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Le Mont Saint Michel (50)


Le Mont Saint Michel

Le Mont-St-Michel est un rocher isolé au milieu des grèves que la mer recouvre à chaque marée, à environ 5 k. de là côte. Du temps des Gaulois ce mont était sacré, et c'était là que se trouvait dit-on, le collège des neuf druidesses qui vendaient aux navigateurs des flèches qui avaient la vertu de calmer les orages, en les faisant lancer dans la mer par un jeune homme de vingt-cinq ans qui n'avait point encore perdu sa virginité. Ce jeune marin était député pour demander aux druidesses ce don précieux, l’une d'elles le recevait et allait avec lui se baigner dans la mer, ils saluaient ensemble le lever du jour, ensuite ils s'égaraient dans les bois épais qui couvraient la rive. Au retour, un collier de coquillages flottait au cou du jeune homme ; chacun des grains du collier indiquait combien de fois il s'était initié aux mystères de la Vénus gauloise. Et c’était pour lui le symbole d’un doux souvenir.
Au temps des Romains le Mont-St-Michel fut consacré à Jupiter, il portait alors le nom de Mons Jovis. Les premiers apôtres du christianisme y placèrent quelques ermites qui y bâtirent un monastère désigné dans les anciens titres de l’abbaye sous le nom « monastérium ad duas tumbas » par: rapport au voisinage du mont Tomblaine.
C'est la grande marée de 709 qui sépara le rocher de Mont-Tombe, du reste du continent. Une église abritait déjà des cultes à saint Étienne et à saint Symphorien lorsque, en 708, qu'une apparition de l'archange Michel décida Aubert, évêque d'Avranches, de faire bâtir une petite église et dédia le mont à saint Michel. Des reliques y furent apportées, et ce lieu fût visité par des pèlerins couronnés, qui l'enrichirent et l'accrurent à plusieurs époques.

Saint Michel terrasant le dragon
Plan du Mont Saint Michel

Il le fortifièrent et en firent un des boulevards du royaume.
En 1090 les fortifications du Mont-St-Michel, étaient déjà très-importantes. Ce fut là qu’Henri, le plus jeune des fils de Guillaume le Conquérant, se retira, et soutint contre ses frères un siège mémorable. Ils n'eussent jamais pu l'y forcer si le manque de vivres et surtout d'eau ne l’eussent contraint à rendre la place et à se retirer en Bretagne.
En 1138 des habitants d'Avranches mirent le feu au Mont-St-Michel, et y firent beaucoup de mal. Un autre incendie eut lieu en 1203, dans une attaque bien plus sérieuse faite par Guy de Thouars, toutefois les ennemis ne purent y entrer..
C'est sous les abbatiats de Jourdain (mort en 1212) et de Raoul des Isles (1212-1218) que fut élevée la Merveille. Le cloître fut achevé en 1228. Plus de deux cents ans s'étaient écoulés depuis que les malheurs de l'expédition de Guy de Touar étaient réparés, et durant ce temps la forteresse n'avait essuyé aucune attaque.
Cependant, vers 1417, les Anglais, redevenus maîtres de la Normandie, voulurent s'emparer du Mont-St-Michel, la seule place de là Normandie qui n'était point encore en leur pouvoir. Ils occupaient le mont Tomblaine, dont ils avaient fait leur place d'armes, et d’où ils envoyaient plusieurs détachaient contre le Mont St Michel, qu'ils trouvèrent alors beaucoup mieux fortifié qu'ils ne croyaient, et défendu par une nombreuse garnison du pays sous le commandement de Jean de Harecourt comte d'Aumale, qui était gouverneur de la place. Après différentes attaques inutiles les Anglais prirent le parti de se retirer dans l'intention de revenir avec des forces plus considérables.

Le Cloitre du Mont Saint Michel

En 1423 ils reparurent; devant le Mont-St-Michel au nombre de quinze milles hommes, conduits par le comté de Lescale, avec une artillerie formidable, ils établirent leurs campements dans les paroisses les plus voisines de la grève situées au-devant du Mont St Michel. Au nord ils occupaient Tomblaine, et du coté du couchant, ils avaient en mer plusieurs navires. De sorte que la place, investie de toutes parts se trouvait sans espoir de secours. Comme on s'attendait aux attaques les plus fortes, le gouverneur d'alors, Louis d'Estouteville, d’une des plus illustres familles du pays, s'y était renfermé avec cent vingt gentilshommes des contrées voisines, dont l'histoire nous a conservé le nom. Eux et leurs troupes, avec les habitants du lieu et des environs, se dévouant à saint Michel, firent serment de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les Anglais tentèrent d'abord différentes escalades du côté du levant et du midi : les assiégés les reçurent à coups de flèches, de lances, d'épées, de fusillades, et les précipitèrent au pied des murailles. L'ennemi ne se rebuta point de cette, première tentative, quoiqu'il y eût déjà perdu beaucoup de monde, et comme la mer, par son flux et reflux, couvre deux fois en vingt-quatre heures toutes les grèves, pendant quelques jours ayant et après les nouvelle et pleine lunes, les Anglais profitèrent des huit jours d'intervalle que le Mont-St-Michel se trouve à sec, pour y faire approcher leur artillerie. Ils en avaient surtout deux pièces d'une grosseur prodigieuse et d'un calibre à porter des boulets de 35 à 45 c. de diamètre : les boulets de cette grosseur étaient de pierre dure, et se brisaient souvent contre les remparts ; malgré cet inconvénient leur vive canonnade ne tarda pas à faire plusieurs ouvertures aux murailles qui forment l'enceinte du bas de la ville, et malgré la résistance opiniâtre des assiégés, qui se défendirent longtemps sur les brèches, les ennemis s'y établirent avec leur artillerie. Mais, quelques efforts qu'ils fissent pour monter plus haut leurs canons, il leur fut impossible de parvenir jusqu'à moitié chemin de ce rocher de granit, de 60 m d'élévation, presque à pic sur le sommet duquel est situé le château de l'abbaye. De cette hauteur les assiégés firent d'abord rouler sur eux d'énormes quartiers, de pierres, dont ils ne purent se garantir, les hommes, les machines de guerre, en furent écrasés, et dans, la position où ils étaient, la garnison tombant sur eux avec fureur, les repoussa plusieurs fois au bas de la place et jusque sûr la grève, et comme la mer montante était à la veille d'environner le mont et d'inonder toute la plage, les Anglais furent contraints de se réfugier à la côte avec leur artillerie et tous leurs équipages, que les flots auraient entièrement engloutis, brisés ou entraînés dans leur cours.
Pendant qu'ils étaient ainsi occupés à faire leur retraite en désordre, toute la garnison se précipita sur eux, conduite par le brave Jean de la Haye, baron de Boulonces, la mêlée fut sanglante. Dans le fort du combat les Anglais perdirent beaucoup de monde ; on leur fit des prisonniers, du nombre desquels fut le chevalier Nicolas Burdet, un des plus, distingués de leurs chefs.

Un canon du Mont Saint Michel

Ils abandonnèrent une partie: de leurs canons et notamment deux énormes pièces que l'en voit encore aujourd'hui à la porte, du Mont-St-Michel; elles font 3,66 de longueur, l'une fait 50 cm d'embouchure, et l'autre 37 cm ; elles sont formées de barres-de fer, de 5 cm. d'épaisseur et reliées avec des cercles de fer. Les habitants du Mont-St- Michel les font remarquer aux étrangers et aux pèlerins comme un ancien monument de leur victoire.
Les Anglais, rebutés de ces pertes, prirent le parti de réduire le Mont-St-Michel par famine; à cet effet ils se fortifièrent dans leurs campements, construisirent des tours, des bastilles, des édifices où ils firent leur demeure; d'autre part ils avaient sur mer plusieurs navires destinés à intercepter les vivres et toute espèce de secours; mais le sieur Beaufort, ayant équipé une petite flotte sûr les côtes de St-Malo et de Cancale, vint à pleines voilés attaquer les Anglais, leur prit quelques bâtiments, coula bas ou dispersa le reste, et jeta des vivres et des munitions dans le Mont-St-Michel; alors l'ennemi, ayant perdu tout espoir de succès, mit le feu à ses bastilles et se retira, conservant néanmoins le mont Tomblaine, où il laissa une forte garnison, dans le dessein de surprendre ou d'inquiéter le Mont-St-Michel.
Ce ne fut qu'en1449 que les habitants de ce lieu furent délivrés de toute crainte du côté de Tomblaine. En effet, lorsque sous la fin du règne de Charles VII, la France fut rétablie dans son intégrité par l'heureux accord de tous les Français, et qu'après la bataille de Formigny, près de Bayeux les Anglais furent contraints d'abandonner toute la Normandie, le duc de Bretagne, le comte de Richement, connétable de France et Jacques de Luxembourg, comte de St-:Pol, vinrent au Mont-St-Michel avec une partie de leurs troupes, et forcèrent la garnison de Tomblaine à se rendre par capitulation.
Durant les guerres des catholiques et des huguenots, cette forteresse tomba, par surprise au pouvoir de ces derniers. Elle n'y resta que peu de jours. Depuis la Ligue, sa tranquillité n’a pas été troublée.
L'abbaye du Mont-St-Michel formait en même temps un établissement religieux et militaire, un lieu très-fameux de pèlerinage, et le monastère de toute là Normandie le plus riche en manuscrits du moyen âge.
De toutes les provinces de la France et des autres pays de l'Europe on voyait arriver des caravanes de 2 à 300 personnes à cheval, avec des drapeaux et leur aumônier à leur tète. Les vœux accomplis les pèlerins, avant de partir, nommaient entre eux divers officiers, dont le premier avait le titre de roi; on lui attachait une légère couronne de plomb doré sur son chapeau; tout le cortège, décoré de plumets, de cocardes,-d'écharpes garnies de coquilles et de médailles de saint Michel, faisait son entrée, drapeaux flottants, dans les villes sur son passage, et visitait dévotement les églises principales.
Nous ne citerons pas les nombreux ducs et rois qui vinrent en pèlerinage au Mont-St- Michel. Il en est un pourtant qu'on ne peut omettre. Louis XI s'y rendit avec une nombreuse suite ; il voulut se recommander à la puissante protection de l'archange, et il lui offrit 6O0.écus d'or, somme considérable alors. Le 1 août 1469, il y Institua l'ordre de Saint-Michel.
Le Mont-St-Miçhel a servi de prison à diverses époques; le poète Desforges y fut enfermé pendant trois ans dans une cage en fer placée dans un caveau de 3 mètres² creusé dans le roc et qui ne recevait le jour que par les crevasses des marches de l’escalier de l'église.
Après la dispersion des moines, au commencement de la première révolution, le Mont-St-Michel devint une prison d'Etat où l'on entassa nobles et prêtres. Le conventionnel Lecarpentier, jugé aux assises de la Manche en 1820, pour être rentré illégalement en France, y fut enfermé jusqu'à sa mort, en 1829.

Aujourd’hui, le Mont Saint Michel fait partie des Grands Sites de France et chaque année des milliers de touristes vienne le visiter. L’un des endroits le plus célèbre du Mont Saint Michel est l’auberge de la Mère Poulard qui s’est rendu célèbre grâce à son omelette.



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