Le Mont-Saint-Michel est un rocher isolé au milieu
des grèves que la mer recouvre à chaque marée, à environ 5 k. de là
côte. Du temps des Gaulois ce mont était sacré, et c'était là que se
trouvait dit-on, le collège des neuf druidesses qui vendaient aux navigateurs
des flèches qui avaient la vertu de calmer les orages, en les faisant
lancer dans la mer par un jeune homme de vingt-cinq ans qui n'avait
point encore perdu sa virginité. Ce jeune marin était député pour demander
aux druidesses ce don précieux, l’une d'elles le recevait et allait
avec lui se baigner dans la mer, ils saluaient ensemble le lever du
jour, ensuite ils s'égaraient dans les bois épais qui couvraient la
rive. Au retour, un collier de coquillages flottait au cou du jeune
homme ; chacun des grains du collier indiquait combien de fois il s'était
initié aux mystères de la Vénus gauloise. Et c’était pour lui le symbole
d’un doux souvenir.
Au temps des Romains le Mont-Saint-Michel fut consacré
à Jupiter, il portait alors le nom de Mons Jovis. Les premiers
apôtres du christianisme y placèrent quelques ermites qui y bâtirent
un monastère désigné dans les anciens titres de l’abbaye sous le nom
« monastérium ad duas tumbas » par: rapport au voisinage du mont
Tomblaine.
C'est la grande marée de 709 qui sépara le rocher de Mont-Tombe,
du reste du continent. Une église abritait déjà des cultes à saint Étienne
et à saint Symphorien lorsque, en 708, qu'une apparition de l'archange
Michel décida Aubert, évêque d'Avranches, de faire bâtir une petite
église et dédia le mont à saint Michel. Des reliques y furent apportées,
et ce lieu fût visité par des pèlerins couronnés, qui l'enrichirent
et l'accrurent à plusieurs époques.
Il le fortifièrent et en firent un des boulevards
du royaume.
En 1090 les fortifications du Mont-Saint-Michel, étaient
déjà très-importantes. Ce fut là qu’Henri, le plus jeune des fils de
Guillaume le Conquérant, se retira, et soutint contre ses frères un
siège mémorable. Ils n'eussent jamais pu l'y forcer si le manque de
vivres et surtout d'eau ne l’eussent contraint à rendre la place et
à se retirer en Bretagne.
En 1138 des habitants d'Avranches mirent
le feu au Mont-Saint-Michel, et y firent beaucoup de mal. Un autre incendie
eut lieu en 1203, dans une attaque bien plus sérieuse faite par Guy
de Thouars, toutefois les ennemis ne purent y entrer..
C'est sous
les abbatiats de Jourdain (mort en 1212) et de Raoul des Isles (1212-1218)
que fut élevée la Merveille. Le cloître fut achevé en 1228. Plus de
deux cents ans s'étaient écoulés depuis que les malheurs de l'expédition
de Guy de Touar étaient réparés, et durant ce temps la forteresse n'avait
essuyé aucune attaque.
Cependant, vers 1417, les Anglais, redevenus
maîtres de la Normandie, voulurent s'emparer du Mont-Saint-Michel, la seule
place de là Normandie qui n'était point encore en leur pouvoir. Ils
occupaient le mont Tomblaine, dont ils avaient fait leur place d'armes,
et d’où ils envoyaient plusieurs détachements contre le Mont Saint Michel,
qu'ils trouvèrent alors beaucoup mieux fortifié qu'ils ne croyaient,
et défendu par une nombreuse garnison du pays sous le commandement de
Jean de Harecourt comte d'Aumale, qui était gouverneur de la place.
Après différentes attaques inutiles les Anglais prirent le parti de
se retirer dans l'intention de revenir avec des forces plus considérables.
En 1423 ils reparurent; devant le Mont-Saint-Michel
au nombre de quinze milles hommes, conduits par le comte de Lescale,
avec une artillerie formidable, ils établirent leurs campements dans
les paroisses les plus voisines de la grève situées au-devant du Mont
St Michel. Au nord ils occupaient Tomblaine, et du coté du couchant,
ils avaient en mer plusieurs navires. De sorte que la place, investie
de toutes parts se trouvait sans espoir de secours. Comme on s'attendait
aux attaques les plus fortes, le gouverneur d'alors, Louis d'Estouteville,
d’une des plus illustres familles du pays, s'y était renfermé avec cent
vingt gentilshommes des contrées voisines, dont l'histoire nous a conservé
le nom. Eux et leurs troupes, avec les habitants du lieu et des environs,
se dévouant à saint Michel, firent serment de se défendre jusqu'à la
dernière extrémité. Les Anglais tentèrent d'abord différentes escalades
du côté du levant et du midi : les assiégés les reçurent à coups de
flèches, de lances, d'épées, de fusillades, et les précipitèrent au
pied des murailles. L'ennemi ne se rebuta point de cette, première tentative,
quoiqu'il y eût déjà perdu beaucoup de monde, et comme la mer, par son
flux et reflux, couvre deux fois en vingt-quatre heures toutes les grèves,
pendant quelques jours ayant et après les nouvelle et pleine lunes,
les Anglais profitèrent des huit jours d'intervalle que le Mont-Saint-Michel
se trouve à sec, pour y faire approcher leur artillerie. Ils en avaient
surtout deux pièces d'une grosseur prodigieuse et d'un calibre à porter
des boulets de 35 à 45 cm de diamètre : les boulets de cette grosseur
étaient de pierre dure, et se brisaient souvent contre les remparts
; malgré cet inconvénient leur vive canonnade ne tarda pas à faire plusieurs
ouvertures aux murailles qui forment l'enceinte du bas de la ville,
et malgré la résistance opiniâtre des assiégés, qui se défendirent longtemps
sur les brèches, les ennemis s'y établirent avec leur artillerie. Mais,
quelques efforts qu'ils fissent pour monter plus haut leurs canons,
il leur fut impossible de parvenir jusqu'à moitié chemin de ce rocher
de granit, de 60 m d'élévation, presque à pic sur le sommet duquel est
situé le château de l'abbaye. De cette hauteur les assiégés firent d'abord
rouler sur eux d'énormes quartiers, de pierres, dont ils ne purent se
garantir, les hommes, les machines de guerre, en furent écrasés, et
dans, la position où ils étaient, la garnison tombant sur eux avec fureur,
les repoussa plusieurs fois au bas de la place et jusque sûr la grève,
et comme la mer montante était à la veille d'environner le mont et d'inonder
toute la plage, les Anglais furent contraints de se réfugier à la côte
avec leur artillerie et tous leurs équipages, que les flots auraient
entièrement engloutis, brisés ou entraînés dans leur cours.
Pendant
qu'ils étaient ainsi occupés à faire leur retraite en désordre, toute
la garnison se précipita sur eux, conduite par le brave Jean de la Haye,
baron de Boulonces, la mêlée fut sanglante. Dans le fort du combat les
Anglais perdirent beaucoup de monde ; on leur fit des prisonniers, du
nombre desquels fut le chevalier Nicolas Burdet, un des plus, distingués
de leurs chefs.
Ils abandonnèrent une partie: de leurs canons
et notamment deux énormes pièces que l'en voit encore aujourd'hui à
la porte, du Mont-Saint-Michel; elles font 3,66 de longueur, l'une fait
50 cm d'embouchure, et l'autre 37 cm ; elles sont formées de barres-de
fer, de 5 cm. d'épaisseur et reliées avec des cercles de fer. Les habitants
du Mont-Saint- Michel les font remarquer aux étrangers et aux pèlerins
comme un ancien monument de leur victoire.
Les Anglais, rebutés de
ces pertes, prirent le parti de réduire le Mont-Saint-Michel par famine;
à cet effet ils se fortifièrent dans leurs campements, construisirent
des tours, des bastilles, des édifices où ils firent leur demeure; d'autre
part ils avaient sur mer plusieurs navires destinés à intercepter les
vivres et toute espèce de secours; mais le sieur Beaufort, ayant équipé
une petite flotte sûr les côtes de Saint-Malo et de Cancale, vint à pleines
voilés attaquer les Anglais, leur prit quelques bâtiments, coula bas
ou dispersa le reste, et jeta des vivres et des munitions dans le Mont-Saint-Michel;
alors l'ennemi, ayant perdu tout espoir de succès, mit le feu à ses
bastilles et se retira, conservant néanmoins le mont Tomblaine, où il
laissa une forte garnison, dans le dessein de surprendre ou d'inquiéter
le Mont-Saint-Michel.
Ce ne fut qu'en1449 que les habitants de ce lieu
furent délivrés de toute crainte du côté de Tomblaine. En effet, lorsque
sous la fin du règne de Charles VII, la France fut rétablie dans son
intégrité par l'heureux accord de tous les Français, et qu'après la
bataille de Formigny, près de Bayeux les Anglais furent contraints d'abandonner
toute la Normandie, le duc de Bretagne, le comte de Richement, connétable
de France et Jacques de Luxembourg, comte de Saint-Pol, vinrent au Mont-Saint-Michel
avec une partie de leurs troupes, et forcèrent la garnison de Tomblaine
à se rendre par capitulation.
Durant les guerres des catholiques
et des huguenots, cette forteresse tomba, par surprise au pouvoir de
ces derniers. Elle n'y resta que peu de jours. Depuis la Ligue, sa tranquillité
n’a pas été troublée.
L'abbaye du Mont-Saint-Michel formait en même
temps un établissement religieux et militaire, un lieu très fameux de
pèlerinage, et le monastère de toute la Normandie.L'endroit contenait
les plus riches manuscrits du moyen âge.
De toutes les provinces de la France et des autres
pays de l'Europe on voyait arriver des caravanes de 2 à 300 personnes
à cheval, avec des drapeaux et leur aumônier à leur tète. Les vœux accomplis
les pèlerins, avant de partir, nommaient entre eux divers officiers,
dont le premier avait le titre de roi ; on lui attachait une légère couronne
de plomb doré sur son chapeau ; tout le cortège, décoré de plumets, de
cocardes, d'écharpes garnies de coquilles et de médailles de saint Michel,
faisait son entrée, drapeaux flottants, dans les villes sur son passage,
et visitait dévotement les églises principales.
Nous ne citerons
pas les nombreux ducs et rois qui vinrent en pèlerinage au Mont-St Michel.
Il en est un pourtant qu'on ne peut omettre. Louis XI s'y rendit avec
une nombreuse suite ; il voulut se recommander à la puissante protection
de l'archange, et il lui offrit 6O0 écus d'or, somme considérable alors.
Le 1 août 1469, il y institua l'ordre de Saint-Michel.
Le Mont-Saint-Miçhel
a servi de prison à diverses époques; le poète Desforges y fut enfermé
pendant trois ans dans une cage en fer placée dans un caveau de 3 mètres
creusé dans le roc et qui ne recevait le jour que par les crevasses
des marches de l’escalier de l'église.
Après la dispersion des moines,
au commencement de la première révolution, le Mont-Saint-Michel devint
une prison d'Etat où l'on entassa nobles et prêtres. Le conventionnel
Lecarpentier, jugé aux assises de la Manche en 1820, pour être rentré
illégalement en France, y fut enfermé jusqu'à sa mort, en 1829.
Aujourd’hui, le Mont Saint Michel fait partie des Grands Sites de
France et chaque année des milliers de touristes vienne le visiter.
L’un des endroits le plus célèbre du Mont Saint Michel est l’auberge
de la Mère Poulard qui s’est rendu célèbre grâce à son omelette.
Note : Le liens suivant vous fait découvrir un grand nombre de légendes et d'histoire relatives au Mont Saint Michel.
Plan du site | Moteur de recherche | Page Aide | Contact © C. LOUP 2025