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Alfred Dreyfus


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Alfred Dreyfus

Alfred Dreyfus est le benjamin des neuf enfants de Raphaël Dreyfus, industriel, et de Jeannette Libmann-Weill. Il passe son enfance dans la maison familiale rue du Sauvage. Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne en 1871, Lorrains et Alsaciens ont la possibilité de partir pour la France s'ils ne veulent pas devenir citoyens allemands.
En 1872, les Dreyfus optent pour la nationalité française et quittent l'Alsace pour Paris. Alfred décide alors de s'engager dans l'armée française, souhaitant voir l'Alsace revenir à la France. Il entre à l'École polytechnique en 1878 et devient officier d'artillerie. En 1890, il est admis à l'École de guerre. La même année, il épouse Lucie Hadamard (23 août 1869-14 décembre 1945), issue d'une famille aisée de diamantaires. Ils ont deux enfants, Pierre (5 avril 1891-28 décembre 1946) et Jeanne (22 février 1893-30 avril 1981).
En 1893, il est attaché à l'état-major de l'armée au ministère de la Guerre comme capitaine-stagiaire. Il y effectue des stages, passant successivement dans chaque bureau de l’État-Major, sans toutefois être admis à la Section de statistiques nom donné au services de renseignements.
C'est son collègue Junck qui y fait un stage. En septembre 1894, le service de contre-espionnage, dépendant du Ministère de la Guerre, découvre un bordereau contenant des informations sur des secrets militaires français. Celui-ci aurait été transmis à l'ambassade d'Allemagne.
Alfred Dreyfus apparaît très rapidement comme le suspect idéal du fait de la similitude de son écriture avec celle du bordereau. En outre, il est passé par l’État-Major, il est artilleur, et a des origines alsaciennes et juives. Il est réputé antipathique et prétentieux.


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La destitution de son grade et la dégradation militaire d'Alfred Dreyfus

Le 15 octobre, il est arrêté et incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Il passe en conseil de guerre à Paris le 19 décembre 1894. Il est défendu par un avocat pénaliste talentueux, Edgar Demange, de confession catholique et choisi par son frère Mathieu.
Cet avocat tente de démontrer à la Cour l'insuffisance des charges pesant sur l'accusé puisque les différentes analyses graphologiques produites se contredisent ; l'une de celle-ci a été effectuée par Bertillon. Mais, contre toute attente, Dreyfus est condamné le 22 décembre à l'unanimité pour trahison « à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », c'est-à-dire au bagne en Guyane. Il n'est pas condamné à mort, cette peine ayant été abolie pour les crimes politiques depuis 1848.
Pour les autorités, la presse et le public, les quelques doutes d'avant procès sont dissipés. Son cas est évoqué devant la Chambre des députés et il ne trouve alors aucun défenseur, ni même en la personne de Jean Jaurès qui le condamne à la tribune ou de Clemenceau, les deux soulignant que la peine de mort venait d'avoir été appliquée à un jeune soldat insolent en vertu du Code de justice militaire.
Alfred Dreyfus est dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour d'honneur de l'École militaire de Paris devant une foule furieuse qui crie notamment « À bas le traître, à bas le juif ! ».
Le 22 février 1895 on embarque Alfred Dreyfus sur le Ville-de-Saint-Nazaire, qui accoste à l'île Royale le 12 mars. Gardé en secret total sur l'île Royale, il pose pied sur l'île du Diable cinq jours plus tard. Au début, il a une relative liberté de mouvement, quoique fortement suspecté de vouloir s'évader, mais, en 1896, la rumeur d'une tentative de le faire évader se répand, et les autorités font construire une palissade autour de sa case. Il ne peut plus voir la mer ; il reste confiné à l'intérieur de l'enceinte entourant sa case.

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Républicain, ancien combattant de la guerre de 1870, Debat-Ponsan s'engage dans la lutte pour la réhabilition du capitaine Dreyfus, en exposant au Salon de 1898 sa Vérité sortant du puits, tableau manifeste qui sera offert en souscription à Émile Zola

Son cas, à nouveau évoqué à la Chambre des Députés, provoque un scandale dans le cadre de crises ministérielles. Les preuves produites par le ministre de la Guerre devant la Chambre se révèleront être des faux commis par les militaires. L'auteur de ces fausses pièces, le Colonel Henry, sera emprisonné en 1898, et se suicidera au lendemain même de sa mise en détention.
Après l'arrêt de la Cour de cassation qui annule le premier jugement pour violation des droits de la défense aux termes d'un arrêt réputé particulièrement audacieux pour l'époque, Alfred Dreyfus est rapatrié pour être jugé par un second conseil de guerre, à Rennes, le 30 juin 1899. Il est de nouveau reconnu coupable de trahison sur la base de nouvelles pièces apparemment extraites du dossier secret, reçoit bizarrement le bénéfice de circonstances atténuantes et est condamné à dix ans d'emprisonnement. Dix jours plus tard, dans un climat médiatique délétère, Alfred Dreyfus bénéficie d'une grâce présidentielle.
Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation, saisie par l'avocat Ludovic Trarieux peu avant sa mort d'un recours en révision, cassera finalement le jugement de Rennes sans renvoi.
Alfred Dreyfus est réintégré dans l'armée avec le grade de chef d'escadron, et reçoit peu après la Légion d'honneur, avec le grade de chevalier. En 1908, il est victime d'un attentat par balles et blessé lors des cérémonies de transfert au Panthéon des cendres d'Émile Zola, son défenseur, auteur de la lettre envoyée au président Félix Faure, « J'accuse…! », où il dénonce et dit que Dreyfus est innocent. L'auteur de l'attentat, Louis Grégori, sera acquitté.
Il sert pendant la Première Guerre mondiale comme lieutenant-colonel, et voit l'Alsace-Lorraine revenir à la France. Une anecdote veut que ce fût lui qui accueillit les deux aviateurs qui avaient détecté le changement de direction de l'armée allemande qui allait déclencher la bataille de la Marne.
Il les laisse informer l'état-major malgré son grade supérieur. Il termine la guerre avec la décoration d'Officier de la Légion d'honneur. Il meurt en 1935 à Paris d'une crise cardiaque, à l'âge de 75 ans, et est enterré au cimetière du Montparnasse


L'Affaire Dreyfus

L'Affaire Dreyfus


Émile Zola Né à Paris le 02/04/1840 Mort à Paris le 29/09/1902

Par une décision, contraire à l'esprit de la constitution, la durée du mandat de la Chambre élue en 1983, qui expirait en 1897, avait été prolongée de six mois. Le ministère Méline semblait en possession assurée du pouvoir quand une crise d'origine judiciaire vint bouleverser la politique de la France.
Le capitaine d'artillerie Dreyfus, israélite alsacien, attaché à l'état-major du ministère de la Guerre, avait été condamné en décembre 1894 à la déportation pour avoir livré à l'Allemagne des documents militaires. Cette condamnation était liée à l'agitation contre les Juifs, commencée en 1886 par le journaliste Drumont. Les officiers du ministère de la Guerre avaient porté leurs soupçons sur Dreyfus parce qu'il était juif. Le ministre de la Guerre qui hésitait à le poursuivre avait été menacé d'une campagne de la «Libre Parole», journal anti juifs, qui dénonçait le «Le grand complot juif qui nous livrait à l'ennemie.»

Le Proces de Dreyfus

L'accusation reposait sur une seule pièce dérobée à l'ambassade allemande, une lettre qui annonçait l'envoi de documents. On ne découvrait pas le motif à la trahison; Dreyfus, riche, n'avait pas besoin d'argent; il protestait de son innocence. Le Conseil de guerre semblait prêt à l'acquitter. Mais les journaux anti juifs avaient ameuté l'opinion publique pendant le procès.
Le général Mercier, ministre de la Guerre, craignant d'être accusé de s'être lui-même vendu aux juifs; envoya illégalement aux officiers réunis en Chambre du conseil, un dossier secret dont l'existence même fut tenue cachée à l'accusé et à son défenseur, et qui décida de la condamnation. Ce fut une victoire du mouvement anti juif. La trahison d'un officier juif montrait le danger d'ouvrir aux Juifs l'armé et les fonctions : «Hors de France les Juifs !» écrivait Drumont. Un journaliste royaliste, Gohier, expliquait que Dreyfus avait trahis «par fatalité de sa race !»
Dreyfus détenu en Guyane à l'Ile du Diable, ne cessa de se déclarer innocent. Sa famille chargea un journaliste israélite, Bernard Lazare, de rechercher les preuves de son innocence. Le parti anti-juif essaya d'arrêter ce travail; un député boulangiste interpela sur la formation d'un «syndicat» aux services des juifs; un journal publia en, novembre 1896,en fac-similé la lettre d'envoie, appelé bordereau, attribuée à Dreyfus.
A l'état major, un Alsacien, le lieutenant-colonel Picquart, chargé par ses chefs de renforcer le dossier Dreyfus, découvrit que la lettre d'envoi avait pour auteur, non pas Dreyfus, mais un commandant d'infanterie, Esterhazy, d'origine hongroise, dont les dépenses dépassaient les ressources. Une lettre pneumatique le petit bleu adressé à Esterhazy, par l'attaché militaire allemand, déchirée sans avoir été envoyée et dérobée à l'ambassade allemande, révéla à Picquart les relations d'Esterhazy avec l'étranger.
Des amis de Dreyfus reconnaissaient aussi dans le fac-similé du bordereau l'écriture d'Esterhazy. Picquart prévint ses chefs, mais ils refusèrent de rouvrir l'affaire et, pour se débarrasser de lui, l'envoyèrent en Tunisie.
En juillet 1897, un Alsacien, le Sénateur Scheurer-Kestner informé à la fois par ces deux voies communiqua ses preuves aux ministres, ses amis et les engagea à faire réviser le procès; ils refusèrent de peur de soulever l'agitation. L'état major averti fit commencer dans les journaux conservateurs une campagne contre les partisans du «traite». Les partisans de la révision furent ainsi réduits à opérer en opposition avec le gouvernement.
Scheurer-Kestner interpella le Sénat sur le refus de révision. Le ministère céda au désir de déblayer le terrain politique d'une question dangereuse. Le ministre de la guerre déclara que Dreyfus ait été «justement et légalement condamné» Méline répondit par la fameuse formule « Il n'ya pas d'affaire Dreyfus». Le 7 décembre 1987 le Sénat l'approuva à l'unanimité.
Le frère de Dreyfus dénonça Esterhazy comme l'auteur du bordereau. Un officier de l'état major, pour encourager Esterhazy, alla secrètement lui remettre en document secret; puis pour le mettre à l'abris de poursuites qui pourraient fournir un moyen de rouvrir l'affaire, le 10 janvier 1987, on le fit juger part un conseil de guerre qui l'acquitta.
Les partisans de la révision essayèrent d'émouvoir l'opinion par des appels publics; ils avaient signé deux pétitions pour demander la lumière sur les irrégularités. Après le procès d'Esterhazy, le romancier, Emile Zola, assuré de l'innocence de Dreyfus par les confidences de l'Ambassadeur d'Allemagne publia, sous la forme d'une «lettre ouverte au Président de la République» un manifeste intitule :J'accuse.

La Une de l'Aurore

Il accusait nominativement deux ministre de la Guerre, les principaux officiers de l'état major, les trois experts en écriture du procès Esterhazy, les bureaux de la Guerre «d'avoir mené dans la presse une campagne abominable pour égarer l'opinion». Il accusait « le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète» et le deuxième « d'avoir couvert cette illégalité par ordre en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter un coupable.
Presque tout le personnel politique des partis républicains se tint à l'écart de l'affaire. Jaurès seul parla à la Chambre pour la révision.
Un royaliste lui cria: « Vous êtes l'avocat du syndicat de Dreyfus !» et le frappa par derrière. Les hommes politiques savaient la masse des électeurs violemment hostile à la révision du procès. Elle choquait des sentiments très populaire : la haine du traitre qui avait venu la France à l'Allemagne, le respect de l'armée nécessaire à la défense du pays, l'aversion contre les juifs, excitée par la presse catholique et accrue par le scandale de Panam, où deux juifs, Reinach et Arton, jouaient le rôle de corrupteurs.
Ce furent les conservateurs catholiques et les anciens boulangiste, reparus sous le nom de nationaliste, qui mirent l'affaire Dreyfus sur le terrain politique, soit pour en tirer parti contre leurs adversaires, soit par intolérance; il ne leur suffisait pas de maintenir la condamnation de Dreyfus, ils ne supportaient pas de l'entendre innocent. L'orateur catholique De Mun interpella le ministère pour le forcer à poursuivre Zola. A l'ordre du jour approuvant les déclarations du gouvernement, il fit rajouter :«Comptant qu'il saura prendre les mesures nécessaire pour mettre fin à la campagne entreprise contre l'armée». L'ancien ministre de la Guerre, dans le cabinet bourgeois, Cavaignac, essaya même de faire blâmer le ministre pour ses «hésitations. Puis le 22 janvier 1898, il l'interpella pour l'obliger à dire que Dreyfus, après sa condamnation, avait fait un aveu qui démontrait sa culpabilité. Méline s'en prit aux journaux socialiste, Jaurès accusa la droite de pousser le gouvernement à la réaction : ce fut l'occasion d'un tumulte, qui força à lever la séance.
Les adversaire des Juifs profitèrent de l'excitation pour pousser des manifestations anti-juives. L'organe italien des Jésuites de Rome publia le 5 février 1998 l'article suivant :

«Le juifs a été créé par Dieu pour servir d'espion partout où quelque trahison se prépare. Les Juifs allèguent une erreur judiciaire; la véritable erreur c'est celle de l'Assemblée Constituante qui leur a accordé la nationalité française. Cette loi, il faut l'abroger. Dreyfus est à la foi juif et maçon, et la maçonnerie et notoirement maîtresse de l'Etat Français. La condamnation de Dreyfus a été pour Israël un coup sensible, elle a marqué au front tous les juifs cosmopolite. Cette flétrissure, ils ont juré de l'effacer. Le complot a été noué à Bâle, au congres sioniste. Les protestant ont fait cause commune avec les Juifs pour la constitution d'un syndicat. l'Argent vient surtout d'Allemagne. Ils ont acheté dans tous les pays de l'Europe les consciences, les journaux à vendre..»

Dans quelques villes, la foule cria «Mort aux Juifs !» et des israélite furent maltraités. A Alger où la haine des Juifs était ancienne, plus de cinquante magasins furent pillés, des Juifs assommés dans les rue. Le Conseil Général d'Alger émit le vœux d'abroger le décret de 1870 et d'enlever aux juifs la qualité de citoyens français.
Du 7 au 21 février se déroula le procès en cour d'assise d'Emile Zola; ce fut pour ses témoins et ses avocats, une occasion de faire publiquement l'histoire et la critique des deux procès Dreyfus et D'Esterhazy. Les érudits de l'Ecole de Chartres montrèrent dans le fac-similé du bordereau toutes les particularités de l'écriture et de la langue d'Esterhazy, différente de celle de Dreyfus. On lut les lettres privées où Esterhazy exprimait sa haine contre les officiers français et disait son rêve d'entrer en uniforme de la uhlan dans Paris conquis. La déposition de l'ancien ministre de la justice, Trarieux, révéla la communication secrète du dossier secret qui rendait illégale la condamnation de 1994. On apprit les irrégularités et les absurdités des expertises qui avaient reconnu dans le bordereau l'écriture de Dreyfus. L'impression fut si forte que l'état major voulu l'effacer par une intervention directe et une révélation nouvelle. Un général vint expliquer que les pièces annoncés dans le bordereau ne pouvaient provenir que d'un officier d'état major, et fit appel à la crainte de la guerre :

« C'est un crime d'ôter à l'armée la confiance qu'elle à dans ses chefs. Car si les soldats n'ont plus confiance, que feront les chefs, au jour du danger, qui est peut-être plus proche qu'on le croit ? - Vos fils seront conduit à la boucherie. »

Le lieutenant colonel Henry révéla au jury une pièce du dossier secret qui ne laissait aucun doute sur la culpabilité; un billet de l'attaché militaire allemand à son collègue italien relatif à Dreyfus. Le Chef d'état major posa la question de confiance :

«Si la nation n'a pas confiance dans les chefs de son armée, dans ceux qui ont la responsabilité de la défense nationale, ils sont prêts à laisser à d'autres cette lourde tâche.»

Emile Zola fut condamné au maximum, mais le jugement fut cassé pour vice de forme. Au second procès, à Versailles, Zola fit défaut et se retira en Angleterre.
Ce procès dramatique passionna le monde entier. L'affaire Dreyfus partagea la France en deux camps, révisionnistes et antirévisionnistes, familièrement appelés dreyfusards et antidreyfusards. L'affaire elle même compliquée d'incidents, bientôt embrouillée par des manœuvres, obscurcie par des récits légendaires, n'intéressa pas la masse du public, qui ne la compris jamais.



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