Bouton

L'ascension du Mont Blanc


Le Château de Miollan
Monument élevé à Saussure à Chamonix

Il fut un temps où les montagnes étaient regardées comme des objets d'aversions, d'horreur même. Les cartes les laissaient en blanc comme les déserts; les livres ne les nommaient qu'accompagnées des épithètes les plus effrayants; partout les neiges et les glaciers étaient regardés comme la punition des crimes des anciens habitants, dont on racontait les sombres légendes aux veillées d'hiver. Les rares voyageurs contraints de traverser les gorges désertes n'y voyaient que des abîmes sans fond et des antres horribles, que leur imagination peuplait de monstres affreux et de féroces brigands.
Pour détruire les vieux préjugés, pour étudier, aimer et faire aimer les montagnes, il fallait un homme fait exprès : Genève eut la gloire de le fournir. Ce Christophe Colomb des montagnes fut Horace-Bénédict de Saussure. Il naquit en 1740; sa mère, nièce du naturaliste Charles Bonnet entendit le récit de deux Anglais Pocock et Windham, les premiers explorateurs du Mont Blanc en 1741, et elle en fut vivement émue; l'enfant fut élevé dans l'amour des sciences et dans l'admiration de la nature. Marcheur intrépide, hardi grimpeur, aguerri contre les fatigues et les privations, il fit, en 1760, sa première ascension au Mont Brévent, d'où il vit la première fois le Mont Blanc face à face.

Dès ce moment, il n'eut plus qu'une seule pensée : monter au sommet de ce géant des monts d'Europe, réputé inaccessible. Pendant vingt sept étés, il parcourut sans relâche les Alpes, franchissant les passages les plus ardus, visitant les vallons les plus reculés, vivant avec ses bonnes populations pastorales, se familiarisant avec leur fatigue et s'habituant à leur climat. Ses écrits, dans les intervalles, popularisaient la montagne et y attiraient quantité de visiteurs. Les premières pages de son grand ouvrage sont consacrées à réhabiliter les montagnards, qu'il montre honnêtes, fidèles, sincèrement religieux et surtout charitables. La confiance qu'il leur témoignait se communiqua à ses imitateurs, et créa parmi les habitants cette belle profession de guide, devenue aujourd'hui l'honneur et la fortune des pays de montagnes.

Ces guides, en reconnaissance, lui trouvèrent ce chemin du Mont Blanc tant désiré, et l'un d'entre eux le conduisit à la cime, après vingt sept ans d'attente et d'efforts, le 3 août 1787. L'année précédente, Jacques Balmat, jeune guide de Chamonix âgé de 24 ans, était parvenu à la cime, et c'est avec lui que de Saussure tenta de nouveau l'ascension. Elle dura trois jours. Arrivé au point culminant le 3 août, à onze heure du matin, de Saussure y demeura jusqu'à trois heures et demie, malgré le malaise que lui causait la raréfaction de l'air et qui se traduisit par l'accélération du pouls, une soif ardente et l'éblouissement occasionné par la blancheur des neiges. Durant quatre heures et demie, au milieu des plus grands dangers, de Saussure procéda avec le baromètre, à la détermination de l'altitude du Mont Blanc qu'il fixa à 4775 au-dessus de la Méditerranée.

D'après A. Dupaigne (Extrait de la France pittoresque de l'Est - ouvrage de 1905 d'Alexis-M. G.)



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