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Les Manufactures Royales


Les plans ambitieux de Jean-Baptiste Colbert, ministre des finances de Louis XIV visaient à donner à la France l'autosuffisance pour les arts et manufactures, afin de satisfaire la demande domestique en produits de luxe, ce qui avait pour effet de servir la gloire du roi et de renforcer l'économie du pays.


Manufacture de la Savonnerie


Les Mines d'Ales
Ce paravent fut réalisé, à la manufacture de la Savonnerie, en 1740, pour la salle à manger intérieure du roi à Fontainebleau

La Manufacture de la Savonnerie est une manufacture royale de tapisseries située à Paris et Lodève et faisant actuellement partie de la Manufacture des Gobelins.
La manufacture était à l'origine spécialisée dans la fabrication de tapis veloutés ainsi que des garnitures de siège. Ces tapis étaient utilisés par la cour de France ou comme présents royaux. Ce sont des tapis souvent de grandes dimensions, d'une qualité exceptionnelle. Ceux tissés sur les cartons de Charles Le Brun pour la Grande galerie du Palais du Louvre sont parmi les plus célèbres.
Première manufacture royale de tapis fondée en France, la Savonnerie tire son nom d'une ancienne savonnerie située à Chaillot, à peu près à l'emplacement actuel du Palais de Tokyo. Cette savonnerie fut transformée en orphelinat par Marie de Médicis. La main d'œuvre bon marché procurée par les orphelins attira deux lissiers, Pierre Dupont (1560-1640) et Simon Lourdet (vers 1590-1667), qui transférèrent sur le site en 1631 la manufacture qu'ils avaient fondée en 1627 ou 1628 par ordre de Louis XIII.
Dupont avait effectué un voyage en Turquie d'où il avait ramené la technique du point noué, permettant de tisser « des tapis veloutés façon du Levant ».
À leur suite, la manufacture fut divisée en deux ateliers distincts, dirigés chacun par les descendants des fondateurs : Louis puis Bertrand Dupont d’une part, Philippe Lourdet, sa veuve Jeanne Haffrey puis leur fils, d’autre part. En 1714, Bertrand Dupont réunit les deux ateliers. Son neveu par alliance, Jacques Noinville, devint régisseur de la Savonnerie de 1720 à 1742.
De 1743 à 1826, trois Duvivier se succédèrent à la tête de l’entreprise : Pierre-Charles (1743-1773), Nicolas-Cyprien (1774-1807), et Ange-Pierre (1807-1826).
La manufacture fut réunie à la manufacture des Gobelins en 1826 et transférée sur son site. En 1968, l'atelier fut installé sur deux niveaux dans le bâtiment des nouvelles manufactures. Aujourd'hui 40 lissiers y travaillent.


Villeneuvette


Villeneuvette était un petit village-usine, fondé au XVIIe siècle par un marchand drapier de Clermont-l'Hérault. Entouré de bois et des vestiges de canaux d'irrigation, il était autrefois fermé le soir, les ouvriers vivant en communauté. Son activité perdura jusqu'au milieu des années 1950, au moment du développement de l'électricité. L'eau avait une importance primordiale pour la confection des textiles, la rivière Dourbie, traversant le village, par ailleurs tout proche du Lac du Salagou. Les draps étaient vendus par le nouveau port de Sète et par Marseille. André Pouget finança les travaux, avec les autres actionnaires. Le lieu fut choisit en fonction de sa typographie et de la présence de «vieille manufacture» fondée par un marchand drapier clermontois Pierre Baille. Une ville nouvelle fut créée entièrement et obtint son indépendance sur lettre patente du roi. Fileuses, cardeuses, tisserands, menuisiers, boulangers, médecins, charretiers participaient à la production des draps. Les débuts de la manufacture furent difficiles et les frais de fonctionnement, avec une cinquantaine de métiers, n’étaient pas couverts car elle affrontait la concurrence de la Manufacture de draps des Saptes, créé quelques mois avant avec le soutien du puissant actionnaire Pierre Louis Reich de Pennautier, trésorier des États du Languedoc, plus tard accusé en 1676 d'avoir attenté en 1669 à la vie de Colbert lors de affaire des poisons. Face aux difficultés des deux manufactures concurrentes fut créé en 1670, à nouveau à la demande de Colbert, la Compagnie du Levant chargée de vendre les draps languedociens à Constantinople, Smyrne, Alexandrie. Le projet ne fut cependant concrétisé qu'en 1682, avec pour actionnaire Pierre Louis Reich de Pennautier, tandis qu'une nouvelle société regroupe les deux manufactures. Les résultats sont restés longtemps modestes : dans les deux années 1690, les exportations au Levant de deux manufactures dépassent à peine 1 000 pièces de drap par an. La Manufacture de draps des Saptes employait en 200 ouvriers en 1689, mais à la mort du directeur, Noël de Varennes, en 1699, le travail cessa, le site de la Villeneuvette étant plus appropriée grâce à la présence d'une rivière et du Lac du Salagou, la Guerre de la Ligue d'Augsbourg pénalisant par ailleurs les deux sites. La manufacture fut rachetée par ses créanciers puis dissoute en 1703, mais vendue à Honoré Pouget, frère d'André, pour un montant significatif de 142.000 livres. Elle produisait 800 à 1000 pièces de drap par an. En 1720, elle est à nouveau rachetée, pour 110 000 livres de capital et 14 000 livres de rente viagère, par Guillaume Castanier d'Auriac (1670-1725), fils d'un drapier de Carcassonne, qui avait créé une nouvelle manufacture aux portes de la ville et déjà racheté celle de Saptes. Vers 1725, le Languedoc comptait douze manufactures royales dont neuf aux alentours de Carcassonne, de tailles diverses, où une activité drapière était constatée dès 15088. Après ces débuts difficiles, la manufacture connut grande prospérité à la fin de l'Ancien Régime, en multipliant sa production par 80, malgré un ralentissement dans les années 1770-80 dû aux difficultés de l'Empire Ottoman. Chaque année, entre 50 000 et 100 000 pièces de drap destinées au Levant et constituées de londrins du Languedoc, étaient admises au bureau de Marseille, soit plus de la moitié des exportations vers le Moyen-Orient dont la valeur totale dépassait, vers 1785, vingt millions de livres


Manufacture royale de glaces de miroirs


Galerie des Glaces
La galerie des glaces du château de Versaille
Les Mines d'Ales
Manufacture des Glaces de Saint Gobin

Colbert s'est ainsi intéressé aux verres et miroirs, une industrie monopolisée par la République de Venise qui exportait le Verre de Venise dans toute l'Europe. Or l'importation de ces verres était couteuse (30 000 livres or par an), si bien que Colbert fit espionner les verriers vénitiens et parvint à en faire venir leur promettant argent, exemption d'impôts et femmes mais ces derniers furent empoisonnés au mercure utilisé pour la fabrication de la Galerie des Glaces. Colbert établit donc par lettre patente, entre autres projets, en octobre 1665 l'entreprise d'état de la Manufacture royale de glaces de miroirs. Son bénéficiaire et premier directeur fut le financier Nicolas du Noyer, receveur général des tailles à Orléans. Nicolas du Noyer et ses partenaires reçurent un monopole de 20 ans pour la fabrication du verre et des miroirs. La compagnie fut alors connue sous le nom informel de La Compagnie du Noyer. Elle bénéficia d'un financement de l’État de 11 000 livres et commença ses activités dans le faubourg Saint-Antoine à Paris. Colbert affecta à la Manufacture royale de glaces de miroirs plusieurs ouvriers vénitiens qui étaient venus à Paris. Les premiers miroirs sans défaut furent produits en 1666. Bien que les miroirs produits par sa compagnie puissent rivaliser avec ceux de Venise, du Noyer se plaignit que les ouvriers vénitiens ne partagent pas leurs secrets de fabrication avec leurs collègues français et que la Compagnie n'arrivait pas à faire des bénéfices. Les distractions de Paris nuisaient au bon travail des ouvriers et le cout du bois était très élevé. Aussi en 1667 la fabrication du verre fut transférée à Tourlaville près de Cherbourg, au lieu-dit La Glacerie, où existait déjà une verrerie au milieu de la forêt de Brix sous la direction de Richard Lucas de Néhou. Les ateliers parisiens furent consacrés au polissage du verre. À plusieurs reprises la Compagnie du Noyer fut réduite à importer de verre de Venise pour le finir en France. Toutefois en septembre 1672 la Manufacture royale de glaces de miroirs était suffisamment sure d'elle-même pour que l'importation de verre soit interdite aux sujets du roi. En 1683, l'accord financier entre la Compagnie et l’État fut reconduit pour une nouvelle période de 20 ans, sous la direction de Pierre de Bagneux. À la fin du règne de Louis XIV, l'industrie miroitière avec à sa tête, la Manufacture royale de glaces de miroirs, exporte des glaces dans toute l'Europe pour un équivalent de 300 000 à 400 000 livres or par an. Le monopole vénitien est remplacé par le monopole français.


Manufacture de Porcelaine de Sèvres


Sèvres possède une importante manufacture de porcelaine, la plus célèbre de l'Europe par la beauté des matières, la pureté de dessin , l'élégance des formes et la richesse des ornements de ses produits. On y voit une espèce de musée qui renferme une collection complète de toutes les porcelaines étrangères et des matières premières qui servent à leur fabrication; une autre collection de toutes les porcelaines, faïences et poteries de France, et des terres qui entrent dans leur composition ; enfin une collection de modèles de vases, d'ornements, de services, de figures, de statues, etc., qui ont été faits dans la manufacture depuis sa création. Ces différents modèles ou échantillons sont rangés par ordre, .et forment un coup d'œil extrêmement curieux. Le bâtiment de la manufacture est vaste et régulier, mais 'd'une décoration fort simple.
Sèvres compte encore une manufacture de faïence de couleur, une autre d'émaux, el une verrerie qui dépend de la commune de Meudon.


Manufacture des points de France


La manufacture des points de France visait à rivaliser avec l'industrie dentelière italienne alors très développée à Venise, à une époque où le secteur de la passementerie prend son essor, avec le goût pour les sous-vêtements. Pour assurer son succès, Colbert fait venir en France des dentelières vénitiennes et brugeoises, qui transmettent leur savoir-faire. Marie Colbert, la nièce du surintendant des finances, dirigeait les opérations. La manufacture des points de France donnait trois ans après sa création un dividende de 30 pour 100. La société était implantée à Alençon, où elle dut faire face à la critique virulente des ouvrières de la ville, et à Sedan, Charleville, Gisors et Reims.


la manufacture des Gobelins


Les Mines d'Ales
Louis XIV visitant la manufacture des Gobelins avec Colbert en 1667

La première mention d'un Gobelin date du mois d'août 1443, quand Jehan Gobelin, vraisemblablement originaire de Reims d'une famille qui paradoxalement ne fabriqua aucune tenture, prit à loyer une maison rue Mouffetard à l'enseigne du cygne et quatre ans plus tard établit sur les bords de la Bièvre, coulant en ce temps-là à ciel ouvert, un atelier de teinture. Jehan Gobelin était donc, vers le milieu du XVe siècle, un teinturier de laine réputé pour ses rouges à l'écarlate, installé près d'un moulin sur la Bièvre, dans le faubourg Saint-Marcel, que l'on baptisa « Moulin des Gobelins » en raison de l'importance de sa descendance ; alliée aux Le Peultre et aux Canaye1, celle-ci continua pendant un siècle et demi à y perfectionner l'industrie tinctoriale à tel point que la réputation des Gobelins éclipsa dès lors celle des autres teinturiers, au point que la rivière et le quartier prirent leur nom dès le XVIe siècle.
En avril 1601, la tapisserie façon de Flandres fait son apparition lorsque Henri IV fait installer dans « une grande maison ou antiennement se faisoit teinture » Marc de Comans et François de la Planche, tapissiers flamands associés depuis le 29 janvier 1601. En 1629, Charles de Comans - ou Coomans - et Raphaël de la Planche - ou van der Plancke2 - succèdent à leurs pères. Après leur démission, le roi Louis XIII leur donne la permission d'exercer séparément leur monopole le 30 juillet 1633 et Charles reste à la tête des Gobelins - suivi par ses frères Alexandre (début 1635) et Hippolyte (en 1651) - tandis que Raphaël part s'installer dans le faubourg Saint Germain.
. Reprenant pour le compte de Louis XIV le plan mis en œuvre par Henri IV, Colbert incite peu avant 1660 le hollandais Jean Glucq à importer en France un nouveau procédé de teinture écarlate appelé « à la hollandaise ». Celui-ci se fixe définitivement en 1684 dans une des maisons de l'ancienne folie Gobelin qu'il achète et embellit après avoir obtenu des lettres de naturalité.
Appréciant la qualité des productions de l'enclos des Gobelins, Colbert réussit à convaincre Louis XIV de donner les moyens nécessaires au lustre censé glorifier la monarchie. Voulant donner une toute autre organisation à l'œuvre d'Henri IV, il ne renouvèle pas à Hippolyte de Comans la concession en 1661 : il emprunte afin d'acheter le 6 juin 1662, à l'emplacement de l'ancien Clos Eudes de Saint Merry, l'hôtel des Gobelins (environ 3,5 hectares, maintes fois agrandi jusqu'en 1668) et regrouper autour tous les ateliers parisiens ainsi que celui créé à Maincy par Nicolas Fouquet. Ainsi nait la Manufacture royale des Gobelins qui dépend du surintendant des bâtiments et est soumise par lui à l'autorité du premier peintre du Roi, Charles Le Brun, lequel, nommé officiellement en 1663, a par la suite sous ses ordres des équipes entières d'artistes « bons peintres, maitres tapissiers en haute lisse, orfèvres, fondeurs, graveurs lapidaires et ébénistes… » Il cumule donc la direction de la Manufacture des Meubles de la Couronne.
C'est ainsi qu'incluse dans la Manufacture des Meubles de la Couronne, la Manufacture des Gobelins reçoit de l'édit royal de novembre 1667 son organisation définitive, d'importants avantages étant octroyés à ses habitants : exemption d'impôts, renoncement au droit d'aubaine, entretien des apprentis choisis. Charles Le Brun y déploie jusqu'à sa mort le 12 février 1690 une prodigieuse activité, en implantant les premiers travaux de haute lisse - 19 tentures (197 pièces) et 34 en basse lisse (286 pièces) - les œuvres de la Manufacture, destinées à l'ameublement des Maisons royales et aux présents diplomatiques, acquièrent par leur magnificence une réputation internationale qui subsiste trois siècles plus tard. Différents successeurs tels Pierre Mignard et Robert de Cotte continuent et développent le dessein de Le Brun.
En 1674, Jean Glucq épouse Marie Charlotte Jullienne, sœur d'un fabricant de drap et teinturier réputé auquel il s'associe, François Jullienne, qui possède de son côté un secret pour le bleu de roi. Jean de Jullienne, neveu de Marie Charlotte, seconde par la suite son oncle François à la direction des manufactures royales de draps fins et teintures de toutes couleurs, façon d'Angleterre, d'Espagne et de Hollande. Ces deux établissements privés, mitoyens de la Manufacture royale des Gobelins, sont réunis en 1721 par Jean de Jullienne, admis conseiller honoraire de l'Académie royale de peinture et de sculpture au premier jour de 1740 et devenu célèbre comme mécène (Watteau, Pater, Lancret, etc.), amateur et collectionneur. Sa teinturerie, souvent confondue avec l'Hôtel royal des Gobelins en raison de l'estampille royale (qu'autorisent les privilèges) dont sont pourvues ses productions, périclite vers 1804. En montrant les installations de la fabrique Jullienne, certaines des planches qui illustrent le traité de l'art de la draperie de Duhamel du Monceau sont identiques à celles de l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert relatives aux Gobelins.
À partir du 9 décembre 1689, l'orfèvrerie royale est fondue à la Monnaie et durant cinq mois on voit détruire « ces précieux ameublements dont l'art surpassait la matière » ; des difficultés financières ralentissent les travaux puis obligent à congédier les ouvriers en avril 1694. Seuls les plus habiles artistes achèvent leurs chefs-d'œuvre, les autres s'enrôlent à la guerre après laquelle, les ateliers rouverts en janvier 1699, on ne produit plus que des tapisseries aux Gobelins, nom qu'on leur attribue dès lors.
Jules Hardouin-Mansart remet en marche l'établissement en confiant la direction jusqu'en 1782 à plusieurs architectes contrôleurs des bâtiments du Roi, dont le plus célèbre est Soufflot. Mais dès le milieu du XVIIIe siècle, la Manufacture connait de graves difficultés financières qui vont en s'aggravant, le Trésor ne pouvant payer les commandes royales aux entrepreneurs, alors au bord de la faillite ; à cette crise financière s'ajoute une crise artistique, malgré la nomination de Jean-Baptiste Pierre, premier peintre du Roi. Une réorganisation en mai 1791 évite la ruine mais le fonctionnement demeure difficile pendant la Révolution. Le règne de Napoléon donne un regain de vie, la Manufacture ne travaillant plus que pour l'Empereur qui souhaite que ses productions soient « le principal ornement des Maisons Impériales ». Quatre-vingt à quatre-vingt-dix ouvriers répartis entre les ateliers de haute et basse lisse relatent alors l'épopée impériale d'après les tableaux historiques de David, Gros, Meynier, Girodet-Trioson… tout en répliquant également les portraits de l'Empereur et de sa famille. La Restauration fait reprendre les portraits de la fin du règne de Louis XVI et le Second Empire les portraits de Napoléon III et de l'impératrice.
En 1665, l'atelier de teinture est officiellement organisé par Colbert ; la teinture est alors réalisée à l'aide de colorants naturels d'origine végétale (gaude, garance, indigo) ou animale (kermès, cochenille). La teinture des laines et des soies se fait maintenant exclusivement au moyen de pigments synthétiques. On teint toujours à l'écheveau mais les cuves en bois ont été remplacées par des cuves en inox. Entre 1824 et 1883, les expériences du chimiste Eugène Chevreul, directeur du laboratoire des teintures, permettent de réduire de moitié le nombre des couleurs qui étaient jusque-là nécessaires au lissier. Il élabore une véritable grammaire des couleurs et des lois du contraste simultané. Son cercle chromatique a défini, à partir des trois couleurs de base 72 tons et 14 400 coloris. Aujourd'hui un nouveau système appelé N.I.M.E.S. prend en compte l'apport des nouvelles technologies.
En 1825, les métiers de basse lisse sont envoyés à Beauvais, les tapisseries dorénavant tissées exclusivement en haute lisse. Située pendant deux siècles au pied de la colline de Chaillot, une ordonnance de Charles X du 4 mai 1825 fait s'installer, le 15 février 1826, la Manufacture de la Savonnerie (ateliers de tapis) dans l'enclos des Gobelins dont une partie des bâtiments brûlés le 23 mai 1871 lors de la Commune, est reconstruite en 1914.
Rattachée à l’administration du Mobilier national depuis 1937, la Manufacture nationale des Gobelins tisse toujours des tapisseries pour décorer des édifices publics en faisant appel à de nombreux artistes (Paul Cézanne, Jean Arp, Fernand Léger, Alexander Calder, Jean Picart le Doux, Yves Brayer, Sonia Delaunay, Jean Dewasne, Serge Poliakoff, Jean-Paul Riopelle, Zao Wou-Ki, Jean Lurçat, Marcel Gromaire, Joan Miró, Victor Vasarely, Eduardo Arroyo, Gérard Garouste, Louise Bourgeois, Pierre Alechinsky, Matali Crasset, Christian de Portzamparc, Raymond Hains, Jean-Michel Othoniel, Martine Aballéa…), témoignant ainsi des multiples possibilités d’un mode d’expression ouvert à toutes les tendances esthétiques et contemporaines.



Compagnie royale des mines et fonderies du Languedoc


Les Mines d'Ales
Les Mines d'Ales

La Compagnie royale des mines et fonderies du Languedoc fut fondée en 1666 et devait mettre en exploitation les gisements de plomb et de cuivre de cette province, ceux du Rouergue et du pays de Foix, et établir des fonderies pour épurer le minerai. Ils envoyèrent en Allemagne un ingénieur de Carcassonne, nommé Chénier, pour étudier le système d'exploitation des mines du Harz et de la Saxe1. Dès les mois de juin et de juillet 1666, Chénier, de retour de sa mission, débuta les travaux, pour une dépense de moins de 50.000 livres, dans une vingtaine d'ateliers. La Compagnie avait sollicité Colbert pour faire venir de Suède des mineurs habitués à la recherche des filons de cuivre et de plomb, et au traitement du minerai. Le fils de Guillaume de Bèche, venu de Suède où sa famille a développé la métallurgie, s'installe alors dans la région. Colbert lui demanda de faire venir d'autres ouvriers de Suède et d'attirer leurs femmes, pour mieux retenir les maris. Mais la désorganisation de l'entreprise, suivie de près par Colbert, obligea à concentrer les efforts sur trois ateliers seulement. Les expériences se prolongèrent d'octobre 1669 à mars 1670. Elles laissèrent peu d'espoir. En décembre 1670, le licenciement des ouvriers était décidé. Colbert renonçait à un projet dont l'exécution lui paraissait désormais impossible. Parmi les causes de l'échec furent avancées l'absence d'unité dans la direction de l'entreprise, l'incompétence des financiers qui en avaient été chargés, les rivalités entre le représentant d'actionnaires pressés d'obtenir des résultats rémunérateurs, et l'ingénieur Clerville, préoccupé surtout d'assurer une bonne exploitation technique. La Compagnie royale des mines et fonderies du Languedoc n'a pas pour autant disparu. En mars 1734, la compagnie Guillaume Roussel, encore appelée « Compagnie des mines du Languedoc », obtenait la concession des mines des diocèses d'Alet et de Narbonne. Constituée par contrat en date du 21 août 1734, elle regroupait François Penot de Tournières, écuyer secrétaire du roi à Paris pour trois sols, Jacques Lempereur, receveur des tailles à Lyon, logé à Paris chez François Tronchin pour cinq sols, Joseph François Baladud de Saint-Jean pour un sol ; Henry Jules Bouquet, de Rolle dans le Vaud, pour deux sols ; François Tronchin, banquier à Paris pour quatre sols ; Benjamin Jaïn de Morges, dans le Vaud, et Charles Mathieu de l'électorat de Trèves, « bourgeois de Paris », chacun pour un sol. Au total, 15 sols sur les 22 envisagés furent souscrits, avec un apport de fonds -tout à fait considérable- de 30.000 livres par sols à quoi s'ajoutaient deux sols et demi accordés sans versement de fonds à Jean-Baptiste Privat de Perpignan « pour son travail de recherche, découverte et exploitation des dites mines ». En 1736, elle se vit attribuer la concession des mines du diocèse de Pamiers.


Tapisserie d'Aubusson


Tapisserie d'Aubusson
Tapisserie d'Aubusson

Les origines de la tapisserie sont incertaines. Certains auteurs disent qu'elle doit son origine à des Sarrasins qui se seraient installés sur les rives de la Creuse après leur défaite à Poitiers en 732. Ainsi que l'écrit l'abbé Lecler : « Attribuer l'origine d'Aubusson à une troupe de Sarrasins qui, échappés aux coups de Charles-Martel en 732, se réfugièrent en ce lieu, c'est faire du roman, et non de l'histoire. Il est bon de remarquer que c'est l'expression tapis sarrasinois, donné à un genre de tapis fabriqué à Aubusson, qui a donné lieu à cette légende. » Selon d'autres auteurs tel Adrien Proust ou Adolphe Blanqui « Il est prouvé que des ouvriers de cette nation s'y établirent, par les réglemens du Châtelet pour la communauté des maîtres tapissiers, lesquels réglemens reconnaissent les Sarrasins pour les plus anciens de ce corps ». Une autre origine possible est peut-être liée à Louis Ier de Bourbon, alors comte de la Marche. Il avait confirmé les privilèges d'Aubusson en 1331. En 1331, Louis de Bourbon avait épousé Marie de Hainaut (m. 1354). Autant d'éléments qui peuvent laisser supposer que le comte de la Marche, voire sa femme, auraient incité des tapissiers flamands à venir sur les bords de Creuse dont on se plaisait déjà à vanter la qualité des eaux acides pour dégraisser la laine et alimenter les teintures. Que ce soit à l'initiative de Louis de Bourbon, ou, peut-être, de marchands désireux de profiter d'une opportunité locale, l'économie drapière se reconvertit. Les paysans possédaient traditionnellement des troupeaux de moutons dont la laine était valorisée localement. Elle allait désormais permettre la fabrication de tapisserie. L'influence flamande fut d'emblée évidente dans les ateliers : même technique de la basse lisse, même sainte patronne (Sainte Barbe). Au demeurant, les premières tapisseries connues d'Aubusson ont été tissées par les frères Augeraing (1501).


Manufacture de Beauvais


Tapisserie de Beauvais
Tapisserie de Beauvais

La manufacture de Beauvais a été créée en 1664 par Jean-Baptiste Colbert pour concurrencer les manufactures de tapisseries des Flandres en réalisant des tapisseries de basse lisse sur des métiers à tisser horizontaux. Elle est d’abord confiée à Louis Hinart, marchand, maître tapissier et entrepreneur, puis en 1678, à son fils Jean-Baptiste Hinart. En 1688, celui-ci criblé de dettes, devra se retirer. Philippe Béhagle, originaire des Flandres et formé aux Gobelins, reprend sa succession1. Les tissages de Beauvais étaient d'une qualité exceptionnelle, quasiment à l'équivalent des Gobelins. La manufacture était particulièrement renommée pour les garnitures de sièges. À sa mort en 1705, les difficultés s’accumulent jusqu’à l’arrivée de Jean-Baptiste Oudry. Sous sa direction, Beauvais travaillera pour l’Europe entière créant d’immenses tentures relatant par exemple l’histoire de Don Quichotte. La manufacture employait à la Révolution française de 1789 plusieurs centaines d’ouvriers et le 8 octobre 1804, Napoléon Bonaparte décida d’en faire une manufacture d'État. Dans l'entre deux guerres, la manufacture rattachée au Mobilier national en 1935 prend une part active au renouveau de la tapisserie qui caractérise le XXe siècle (Dufy, Le Corbusier, Matisse, Picasso) qui se poursuit aujourd’hui avec la contribution d’artistes contemporains (Raymond Hains, Jean-Michel Othoniel, Eduardo Chillida, Roberto Matta, Pierre Buraglio, Gérard Traquandi, David Tremlett, Bioulès, Paul-Armand Gette, Martine Aballéa, Jacques Vieille…).


La Manufacture Royale de Vidalon

Armoirie de la Manufacture
Armoirie de la Manufacture

Le 19 mars 1784, la papeterie des Montgolfier est érigée en Manufacture Royale. Ce titre tant convoité par tous les papetiers du royaume revient à ceux dont le potentiel d’innovation les a classés en tête de la profession. La papeterie de Vidalon prend alors devise et armoiries. Ces dernières rappellent le blason d’Annonay (damier sang et or), l’invention de la montgolfière par Joseph et Etienne et la fabrication du papier, notamment le vélin. La devise Ite per orbem (Allez par le monde) évoque la diffusion, déjà internationale, des papiers des Montgolfier.






Les tapisseries de la Dame à la Licorne

Les tapisseries de la Dame à la Licorne


A mon seul désir

Cette suite de six tapisseries, exposées actuellement dans le musée de Cluny, à Paris serait selon Marie-Elisabeth Bruel, docteur ès Lettres, Attachée de Conservation du Patrimoine, responsable de l’Inventaire au Conseil Général de l’Allier, les six tentures traditionnellement identifiées comme les cinq sens et "mon seul désir" représenteraient six des Vertus allégoriques courtoises du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris, soit respectivement : Oiseuse (la Vue), Richesse (le Toucher), Franchise (le Goût), Liesse (l'Ouïe), Beauté (l'Odorat), Largesse (A mon seul désir).
Elle auraient été commandées par Antoine II Le Viste (mort en 1534), héritier de son père Aubert Le Viste, cousin germain de Jean IV Le Viste, en 1493, rapporteur et correcteur de la Chancellerie en 1500, marié en 1510 avec Jacqueline Raguier qui a fait sa carrière sous Louis XII et François Ier.
À la suite d'héritages successifs, elles passèrent des Le Viste aux Robertet, aux La Roche-Aymon, puis aux Rilhac, qui les firent transporter dans le courant du XVIIIe siècle dans leur château de Boussac. En 1835, le château fut vendu à la municipalité de Boussac par leur lointaine héritière, la comtesse de Ribeyreix (née Carbonnières) ; il devint en 1838 le siège de la sous-préfecture de l'arrondissement. Les tapisseries y avaient été laissées, et ceux qui eurent l'occasion de les admirer et eurent l'occasion d'échafauder les hypothèses les plus invraisemblables sur leur origine. C'est ainsi que l'on attribua leur réalisation au prince ottoman, Djem, malheureux rival de son frère le sultan Bajazet II, qui, pour échapper à la mort que lui promettait ce dernier, s'était réfugié chez les chevaliers de Rhodes. Ceux-ci l'envoyèrent en France, dans les châteaux de la famille du grand maître Pierre d'Aubusson, et il fut notamment enfermé dans la tour Zizim construite à son intention à Bourganeuf. On a pensé qu'il avait pu séjourner aussi dans celui de Boussac (ce qui n'a jamais été établi). Pour tromper son ennui, il les aurait confectionnées avec l'aide de sa suite. Le nom turc de Djem a été francisé en "Zizim". Suivant d'autres sources, tout aussi fantaisistes, ces tapisseries auraient été réalisées à Aubusson : on sait qu'il n'en est rien. En 1882, la municipalité de Boussac vendit les six tapisseries pour une somme de 25000 francs-or au conservateur de l'actuel Musée national du Moyen Âge de Cluny, Edmond du Sommerard, mandaté par l'État.



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