La Bataille de Muret (31)

Depuis quatre ans, une armée de croisés opère
dans les possessions du sud de la France dans le but d'éradiquer
l'hérésie cathare. Après les sièges de Béziers et de Carcassonne
(1209), Simon IV de Montfort a accepté de poursuivre la lutte. Il
avait d'abord fait la conquête des vicomtés de Raymond-Roger Trencavel,
puis s'était attaqué au comte de Toulouse. La croisade tourne rapidement
à la guerre de conquête. Le roi Pierre II d'Aragon, également comte
de Barcelone et seigneur de Montpellier, était alors suzerain d'un
certain nombre de seigneurs languedociens, dont le vicomte Trencavel.
Inquiet de la venue de cette croisade qui nuisait à son influence
et à ses ambitions, il se propose plusieurs fois en médiateur entre
les belligérants, et ne reconnut Simon de Montfort comme vicomte
de Carcassonne et de Béziers que du bout des lèvres. Ne voulant
pas se brouiller avec l'Église, il ne pouvait pas soutenir militairement
le comte de Toulouse. D'autre part, il était également en lutte
contre les Maures d'Espagne, qu'il battit à Las Navas de Tolosa
le 17 juillet 1212.
Auréolé de ce prestige, il plaide la cause
du comte de Toulouse auprès du pape Innocent III, qui décida d'ouvrir
le concile de Lavaur. Ce concile n'aboutit pas et, le 21 janvier
1213, le roi d'Aragon prend officiellement Raymond VI, comte de
Toulouse, Raymond-Roger, comte de Foix, Bernard IV, comte de Comminges
et Gaston VI, vicomte de Béarn sous sa protection et reçoit leur
hommage. Philippe II Auguste, roi de France, dont les droits sur
le sud du royaume étaient lésés par cet hommage, voulut envoyer
son fils Louis prêter main-forte, mais doit au dernier moment l'envoyer
combattre le roi d'Angleterre, ce qui oblige Simon à attendre d'autres
contingents de croisés, menés par les évêques d'Orléans et d'Auxerre.
Pendant ce temps, le château de Pujols est assiégé puis pris
par les Occitans et sa garnison massacrée. À la fin du mois d'août
1213, Pierre II, qui a fini ses préparatifs, franchit les Pyrénées,
rejoint ses nouveaux alliés et commence le 8 septembre le siège
de Muret, défendu par une trentaine de chevaliers de Simon. La ville
est rapidement prise, mais Pierre II doit modérer l'ardeur de ses
soldats qui veulent prendre également le château. Il souhaite que
Montfort puisse atteindre et entrer dans la château à la tête de
ses troupes pour ensuite mieux le vaincre, et il craignait que si
le château était pris avant l'arrivée de Simon de Montfort, ce dernier
ne change ses plans. Effectivement, Simon IV de Montfort qui se
trouvait alors à Fanjeaux, lève une troupe de mille cavaliers, arrive
à Muret le 11 septembre et entre dans le château.
Les deux évêques,
moins confiants que Simon de Montfort en la victoire, tentent d'entrer
en pourparlers avec Pierre d'Aragon pour le convaincre de cesser
de soutenir les barons occitans. Ce que voyant, le roi d'Aragon,
croyant déceler dans cette démarche une faiblesse de Montfort, renonce
à son premier plan consistant à attendre l'affaiblissement des assiégés
dans Muret et décide de livrer bataille le lendemain. Le comte de
Toulouse s'y oppose, connaissant le talent stratégique de Simon
de Montfort, mais Pierre II le traite de lâche. De son côté, Simon,
voyant que les vivres ne lui permettent de tenir que quelques jours,
décide également de livrer bataille le lendemain. Au matin, il sort
de la ville avec tous ses chevaliers qui se regroupent dans la plaine
à proximité de la Porte de Salles. Il répartit ses troupes en trois
batailles de 300 hommes, l'une commandée par Guillaume des Barres,
la seconde par Bouchard de Marly et la troisième par lui-même. Les
trois bataillons suivent la Louge vers le sud, évitant les milices
toulousaines qui, à défaut de les intercepter, auraient pu sonner
l'alarme. Cette manœuvre donne au contraire l'impression d'une fuite.
Traversant la rivière plus loin, ils continuent en direction du
camp occitan, et rencontre la cavalerie ennemie à proximité. Le
comte de Toulouse, manifestant son opposition, ne prend pas part
à la bataille et reste au camp avec ses 900 hommes. L'armée occitane
est composée de deux bataillons, l'un dirigé par le comte de Foix
et composé de 200 Aragonais et 400 Fuxéens, l'autre de 700 Aragonais
dirigés par Pierre II. Le bataillon de Guillaume des Barres charge
aussitôt celui du comte de Foix, qu'il enfonce sans peine et qui
reflue sur la ligne de Pierre d'Aragon. C'est alors que la charge
de Bouchard de Marly arrive sur le lieu et continue de désorganiser
les deux bataillons adverses. La mêlée est violente et tumultueuse.
Rapidement deux chevaliers, Alain de Roucy et Florent de Ville,
décident de viser la tête de la coalition et tuent un héraut d'armes,
qui portait les habits du roi : il était courant qu'un seigneur
choisisse avant la bataille d'échanger ses habits avec un de ses
chevaliers pour partager la position de ses hommes et ne pas être
avantagé par rapport à eux. Cette coutume est très chevaleresque
mais catastrophique sur le plan stratégique. Les chevaliers se seraient
étonnés que le « tueur des Maures » ait été aussi faible. Les Occitans
crurent alors que leur roi était mort et commençaient à désespérer,
c'est pourquoi Pierre II proclama haut et fort qu'il était bien
vivant et en pleine forme, et que le tueur de Maures allait leur
montrer comment il avait gagné Las Navas de Tolosa. Mais cette bravade
lui coûta cher, il se retrouva vite submergé par les Croisés et
fut tué peu après. Pendant ce temps, Simon de Monfort et son bataillon
effectuaient un mouvement tournant pour attaquer l'ennemi sur son
flanc droit. Raimond VI de Toulouse, constatant la catastrophe des
opérations telle qu'il l'avait craint, prit alors la fuite vers
Toulouse avec ses 900 hommes, sans combattre. Les survivants des
deux premières lignes fuirent alors en direction de la Garonne.
Les milices toulousaines, qui n'avaient pas du tout pris part à
la bataille et essayaient de s'emparer de la ville et du château
ne cessèrent pas leurs assauts pour autant. Les Croisés s'attaquèrent
alors aux milices toulousaines qui ne s'y attendaient pas et les
massacrèrent : la plupart seraient morts sous les coups des Croisés
ou noyés en essayant d'embarquer précipitamment vers Toulouse. Cet
épisode est en tout cas le véritable drame et la grande catastrophe
de la croisade des Albigeois : la majorité des hommes toulousains
en âge de combattre y sont morts. Les Toulousains n'en ont cependant
pas tenu pour responsable Raymond VI qui a tenté d'éviter une attaque
frontale face à Simon de Montfort, mais bien Pierre II qui s'est
révélé trop sûr de lui et très téméraire.

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