Bouton


Le crash du Malabar Princess



Une roue du Malabar Princess - ©Lisette B.

Le 3 Novembre 1950 sera une date historique avec la première grande catastrophe aérienne civile dans le massif du Mont-Blanc. Double drame à Chamonix avec la mort du guide René Payot.
Vendredi 10 h 45, un avion de Bombay annonce son atterrissage à Genève-Cointrin, puis rien. Samedi, toujours rien. Dimanche 15 h 45, un avion suisse découvre l'épave près du sommet du mont Blanc. Lundi 15 h 30 le guide René Payot, tête de file de la cordée de pointe, se tue dans une crevasse. Mardi, ordre d'arrêter à Chamonix ; Saint-Gervais continue.
Tel est, à cinq jours de l'accident, le bilan sommaire de la situation. Conduit par un équipage de sept Hindous et piloté par un des as de l'aviation britannique, le Constellation Malabar Princess, de l'Air India, avait chargé à Bombay 40 indigènes de la marine de commerce, destinés à armer un navire ancré en Angleterre. Voyage normal par dessus les déserts torrides de la Méditerranée. Sur la France, un vent d'ouest de 100 km/h qui ne gêne pas trop l'élan de ses quatre puissants moteurs lorsque, de 5.000 m au-dessus de Voiron, il avise de son arrivée la tour de contrôle de Cointrin. On l'y attendra vainement. Aussitôt dépassées les trois heures fatidiques, limite de sa réserve d'essence, l'alarme générale crépite sur les antennes de toute la région alpine, le téléphone vibre dans tous les postes et toutes les gendarmeries. S.O.S. partout ! Mais rien à faire qu'à recueillir et collationner les innombrables témoignages de ceux qui ont entendu ou cru entendre, un avion hors d'horaire voire une explosion. Rien d'autre à faire car le ciel est implacablement bouché, les montagnes impitoyablement barrées par la tempête.
Samedi, l'incertitude s'éternise. C'est en vain que des guides de Pralognan et d'ailleurs, comme les moines de Tamié et du Grand-Saint-Bernard, ont escaladé des cimes dans l'espoir d'une éclaircie, en vain même qu'un avion de la Swiss Air a bouclé le circuit Genève -

Le Super Constellation

Montélimar- le mont-blanc-Cointrin : un ciel complice aide la montagne à garder son secret : pas le moindre indice du disparu.
Dimanche par contre, voici qu'à la faveur des éclaircies commence un grand carrousel aérien d'avions fouineurs. Et enfin, vers 15 h 45, un appareil de la Swiss Air découvre, à la jumelle le théâtre du drame : une centaine de mètres sous l'arête aiguille du Goûter - cime du mont Blanc, sur le versant italien, une aile avec le renflement d'un moteur tranche sur l'épaisse neige ; du fuselage, nulle trace, pas de pistes non plus. Reste-t-il des survivants ? Ont-ils gagné le refuge Vallot ?
L'épave ainsi localisée, se concentrent aussitôt tous les efforts. Tandis qu'à terre - de Chamonix à Courmayeur en passant par Saint-Gervais - les montagnards s'équipent pour le pire (nul n'a jamais tenté le mont Blanc en novembre où la neige fraîche s'éboule en avalanches et cache la gueule tordue des crevasses), les aviateurs préparent d'éventuels parachutages. Si bien que lundi, dès 7 h 30 le plus célèbre de nos aviateurs de haute montagne, le chef-pilote Guiron, s'envole du Fayet emmenant dans son Norécrin le chef de bataillon Flottard, commandant de l'Ecole militaire de haute montagne de Chamonix, chargé de coordonner les opérations.

Le glacier des Bossons - ©Lisette B.

A leur retour, on peut reconstituer le drame avec une marge suffisante de probabilité : dérouté par suite de circonstances inconnues, sa radio sans doute muette et sans doute effondré dans un grand trou d'air, l'appareil a buté à une quinzaine de mètres sous l'arête, mille mètres au-delà du refuge Vallot ; y a perdu son aile droite éboulée sur le versant italien puis, rabotant la haute neige qui couvrait l'arête, a comme éclaté, couvrant de ses débris un kilomètre du versant français. A quinze mètres près, le Malabar Princess était sauvé !
Entre temps, les secours s'organisaient à Chamonix. A 10 heures, une caravane légère d'une trentaine d'éclaireurs skieurs s'ébranlait, conduite par le guide René Payot, moniteur-chef de l'E.H.M. Après l'installation d'une main courante de 80 mètres à travers le couloir d'avalanches de l'aiguille du Midi, à 13 heures part une caravane lourde d'une vingtaine de guides et chasseurs ; aux ordres du lieutenant Maertens, elle doit bivouaquer aux Grands-Mulets puis, si possible, pousser jusqu'à l'épave.
A 17 heures, les sauveteurs parviennent aux Grands-Mulets. En bas on s'inquiète. A juste raison, car, au dernier Message radio, on a cru comprendre que "Payot a glissé avec une masse de neige ". Confirmée vers 22 heures, la triste nouvelle devait plonger dans la désolation tous les Chamoniards qui ne reverraient plus René Payot, cet excellent camarade de 40 ans, père de quatre enfants, depuis 13 ans guide d'une prudence et d'une sûreté éprouvées : à 100 mètres du lieu où une avalanche avait emporté son frère en 1939, six mètres de neige venaient de l'asphyxier au fond d'une crevasse et, après l'avoir dégagé à grand peine, chasseurs et guides s'étaient relayés plusieurs heures sans pouvoir le ranimer.
Quant à l'épave et à ses 48 autres victimes, ils attendront là-haut le blanc linceul des prochaines neiges car, devant les risques mortels de l'ascension et surtout dans la certitude de n'avoir plus de vies à sauver, les autorités françaises ont donné l'ordre de repli général, repli achevé dans la nuit. Toutefois, des guides de Saint-Gervais décidaient de continuer leurs recherches. Parvenant, dans des conditions extrêmes, jusqu'au lieu du drame, ils ne trouvèrent que des débris de corps humains.


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