Histoire de la Moselle


Le pays qui formait jadis le duché de
Lorraine était habité, à l'époque de la conquête romaine, par
deux peuples principaux : les Medimatrici, dont la capitale
était Metz, appelé alors Divodorum, et les Leuci, qui avaient
pour capitale Tullum nommée aujourd’hui sous le nom de Toul
Ces deux peuples étaient considérés comme faisant partie de
la grande nation des Belges, que César appelle les plus braves
des Gaulois (Gallorum Omnium fortissimi).
Quand la
Gaule fut divisée en dix-sept provinces, le pays des Médiomatrices
et des Leuces ou Leuques fut compris dans la Belgique première,
avec Trèves pour métropole, et pour cités Metz, Toul et Verdun.
Dès le IIIème siècle de l'ère chrétienne, ce pays
eut a souffrir des invasions allemandes ; plus tard, il fut
dévasté par les Vandales et les Suèves. Soumis enfin par les
Francs, il fut, sous les successeurs de Clovis, la principale
province du royaume d'Austrasie ou France orientale. Il eut
encore plus d'importance sous les princes carlovingiens. Les
bords de la Moselle et les forêts des Vosges avaient pour eux
un grand attrait, et ils y possédaient une grande quantité de
domaines, tels que Marsal, Moyenvie, Vic, Scarpone, Gondreville,
Flavigny, Champs, etc. Plus d'une fois Charlemagne célébra à
Thionville les deux grandes solennités de Noël et de Pâques,
et y tint l'assemblée générale des Francs. Le traité de Verdun
signé en 843 sépara de la France proprement dite les contrées
de la Meuse et de la Moselle; elles furent laissées à l'empereur
Lothaire, qui les transmit à son fils Lothaire II.

C'est alors qu'elles prirent le nom de Lotharingia, d'où nous avons fait Lorraine. Mais ce nom s'étendait à une étendue de pays plus vaste que la Lorraine actuelle ; il embrassait tout le pays compris entre le Rhin, la Meuse et l'Escaut. Il y eut encore entre les héritiers de Charlemagne bien des luttes avant que la Lotharingie fût définitivement séparée de la France. D'abord à la mort de Lothaire II, dont les dernières années avaient été pleines de troubles et de scandales, grâce à sa passion pour la belle Waldrade, Charles le Chauve et Louis le Germanique se partagèrent ses États. En 880, toute la Lotharingie fut de nouveau réunie à l'Allemagne.

Vainement un fils naturel de Lothaire
II réclama ; l'empereur Charles le Gros le fit saisir au château
de Gondreville, lui fit crever les yeux et le renferma au monastère
de Saint-Gall. Quelques années plus tard, le successeur de Charles
le Gros fit de la Lotharingie un royaume pour son fils naturel
Zwentibold. Les Lorrains se lassèrent bientôt de la tyrannie
cruelle et fantasque de ce personnage, et appelèrent à leur
secours le roi de Germanie, frère de Zwentibold; celui-ci fut
vaincu et tué aux bords de la Meuse, et son royaume retourna
encore une fois sous l'autorité germanique. Les derniers Carlovingiens
de France firent encore quelques efforts pour reconquérir ce
pays : Mais ces, agressions furent sans succès, et Lothaire,
l'avant-dernier roi de la dynastie de Charlemagne, fut réduit,
en 980, à renoncer à toute prétention sur la Lotharingie ce
qui contrista grandement, dit un auteur contemporain le cœur
des seigneurs de France.
Quelques années avant la conclusion
du traité de 980, l'empereur Othon Ier avait donné
la Lorraine à son frère Brunon, archevêque de Cologne. Ce prélat,
comprenant la difficulté de régir par lui-même un pays aussi
étendu, le divisa en deux parties, dont l'une fut appelée basse
Lorraine et l'autre haute Lorraine ou Mosellane ; c'est cette
dernière qui a conservé le nom de Lorraine.
Les trois premiers
ducs de la Lorraine mosellane Appartiennent à la maison de Bar.
Ensuite les ducs de basse Lorraine, Gothelon et Godefroy le
Barbu, prétendirent à ce duché ; mais il importait aux empereurs
d'Allemagne que la Lorraine restât partagée pour n'être pas
redoutable à leur autorité, et l'empereur Henri III donna la
Lorraine mosellane à Albert, comte d'Alsace, et, après la mort
de ce prince, à Gérard, son neveu survenue en 1048. Des deux
fils aînés de Gérard, l'un, Thierry, fut le second duc de Lorraine
; l'autre, Gérard, eut pour apanage le comté de Vaudémont ;
sa postérité devait le conserver jusqu'au milieu du XIVème
et siècle que Henri de Vaudémont soit tué à la bataille de Crécy,
ne laissant qu'une fille. Cette héritière du comté de Vaudémont
épousa un sire de Joinville ; mais, à la troisième génération,
il ne restait également de cette maison qu'une fille, qui épousa
un frère du duc Charles le Hardi, lequel commença la seconde
maison de Vaudémont.

Ne pouvant suivre en détail l'histoire
des ducs de Lorraine, nous nous arrêterons seulement sur quelques
époques marquées par d'importants événements. Le XIIIème
siècle est une de ces époques ; c'est l'ère de la fondation
des libertés bourgeoises et municipales en Lorraine. Nancy,
Lunéville, Saint-Nicolas, Frouard, Gerhéviller, etc., reçurent
alors la loi de Beaumont, ainsi appelée de la petite ville de
Beaumont-en-Argonne, à laquelle un archevêque de Reims avait
accordé de grandes franchise. pour y attirer des habitants.
Le développement de la liberté fut favorable au développement
du commerce ; l'industrie sortit du fond des cloîtres et passa
aux mains d'une bourgeoisie laborieuse. « Le numéraire, dit
M. Bégin dans son Histoire de Lorraine, plus commun malgré les
croisades qui en enlevèrent une quantité considérable, rendit
les affaires commerciales plus faciles. Plusieurs riches minerais,
tels que celui de Hayange, étaient connus et exploités. Vers
le milieu du XIIIèmesiècle, Henri, comte de Salm,
exploita pour la première fois les mines de Framont (Ferratus
Mons). Les marchands de Lorraine faisaient des échanges avec
les provinces rhénanes, la Franche-Comté, la Champagne »
Ce fut auXVème siècle qu'eut lieu la réunion des
maisons de Bar et de Lorraine, et ce fut à cette époque aussi
que la Lorraine fut mêlée d'une manière plus active aux grands
événements dont la France était alors le théâtre. C'était le
temps de la lutte des Armagnacs et des Bourguignons et de la
lutte nationale de la France et de l'Angleterre. La maison de
Lorraine était représentée par deux vieillards le duc de Bar,
vieux cardinal, et le duc de Lorraine, Charles le Hardi, qui
n'avait qu'une fille. Charles le Hardi avait été longtemps un
violent ennemi de la maison de France. En 1412, irrité d'un
arrêt que le Parlement de Paris avait prononcé contre lui, il
avait trainé les panonceaux du roi à la queue de son cheval.
Mais le parti anglais et bourguignon ne sut pas ménager un allié
si important, et Charles finit par donner sa fille en mariage
a un prince français, René d'Anjou, à qui le duc de Bar, son
oncle, avait déjà assuré son duché. Cependant le parti bourguignon
et anglais conservait en Lorraine un allié, le comte de Vaudémont,
fils d'un frère de Charles le Hardi. Vaudémont prétendit que
le duché de Lorraine ne pouvait tomber en quenouille et qu'à
lui seul appartenait l'héritage en vertu de la loi salique.
Vaincu à Bulgnéville en 1434 par Vaudémont et les Bourguignons,
René d'Anjou fut emmené captif à Dijon. Il consacra les loisirs
de sa captivité à la peinture. Le duc de Bourgogne lui rendit
la liberté sous caution.
En 1441, la guerre entre les deux
prétendants au duché de Lorraine fut terminée par la médiation
du roi, qui engagea René à donner sa fille à Ferry de Vaudémont,
fils de son rival, en confondant les droits des deux maisons.
Quelques années plus tard, René céda le gouvernement de la Lorraine
a son fils aîné, Jean, duc de Calabre. Ce prince belliqueux,
dont la vie se passa sur les champs de bataille, entra dans
la ligue du Bien Public, contre Louis XI et eut sa part des
libéralités du roi au traité de Saint-Maur, où le Bien Public
fut converti en bien particulier, suivant la piquante expression
de Comines.
En secondant l’ambition du grand adversaire de
Louis XI, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, Jean de Calabre
ne se doutait pas qu'il préparait à la Lorraine de redoutables
périls. Charles le Téméraire avait conçu de vastes projets il
voulait reconstituer l'ancien royaume de Bourgogne, en reliant
les États des Pays-Bas à la Bourgogne et à la Franche-Comté
; mais, pour cela, il fallait posséder la Lorraine. Jean de
Calabre était mort en 1470 ; son fils Nicolas ne lui avait survécu
que trois ans. L'héritier du duché était alors René II, fils
du vainqueur de Bulgnéville et de la fille du roi René. Charles
le Téméraire se saisit du jeune duc, et l'obligea d'abord de
lui céder quelques places fortes et le libre passage à travers
son duché ; mais peu après, pendant que Charles le Téméraire
s'obstinait follement ait siège de Neuss, près du Rhin, René,
excité et encouragé par Louis XI, lui envoya son défi et commença
les hostilités. Charles furieux envahit la Lorraine, et Nancy
capitula après une résistance longue et obstinée. Heureusement
pour René, le Bourguignon fut défait par les Suisses à Granson
et à Morat. Le dite de Lorraine, rentré en possession de son
héritage, eut à le défendre contre une dernière attaque ; la
bataille de Nancy en 1477 fit choir dit Comines, le si grand
et somptueux édifice de la puissance bourguignonne, et débarrassa
le duc René de son terrible rival.
Louis XI, qui s'était
entendu avec le duc de Lorraine tant qu'il avait en face de
lui Charles le Téméraire, le traita avec moins de ménagement
après la ruine de la maison de Bourgogne, et, en 1440, à la
mort du vieux roi René, il se saisit du Barrois, qui ne fut
restitué à René II qu'au commencement du règne de Charles VIII.
C'est de René II que descend cette famille des Guises à laquelle
se rattachent des souvenirs à la fois glorieux et sinistres.
On sait quelles graves conséquences eut pour l'État et pour
les derniers Valois l'établissement d'une branche de la maison
de Lorraine en France. René II, qui possédait en Champagne,
en Picardie, en Flandre et en Normandie des biens allodiaux,
les légua au second de ses fils, Claude, duc de Guise, qui se
fixa à la cour de France ; il faisait ainsi de la branche cadette
de sa maison une famille toute française, entièrement distincte
de la branche aînée destinée à gouverner la Lorraine.
Mais
l'ambition des Guises fut fatale, non seulement à eux-mêmes,
mais à la famille ducale de Lorraine, qu'ils entraînèrent dans
leurs projets.
Le duc Charles III fut un des soutiens de
la Ligue ; il conspira avec Philippe II et avec le pape contre
l'indépendance de la France ; il fut l'un des signataires de
cet insolent traité de Joinville, par lequel les princes étrangers
réglaient le sort de la France. Dès lors commença entre la maison
de France et la maison de Lorraine cette antipathie dont les
effets devaient éclater sous le règne de Charles IV.
Il y
a peu d'exemples d'une existence aussi agitée que celle de ce
prince. Dès le début de son règne il se laissa entraîner, par
la belle duchesse de Chevreuse, dans les intrigues et les complots
dirigés contre l'administration vigoureuse de Richelieu. Quand
le duc d'Orléans, qui prêtait aux factieux l'appui de son nom,
s'enfuit de France, le duc Charles lui donne asile à deux reprises
et lui fait épouser, secrètement, sa sœur Marguerite. Le Parlement
de Paris procède contre lui à raison du rapt commis en la personne
du duc d'Orléans, et la Lorraine est deux fois envahie par les
armées françaises. Le duc Charles, réfugié à Mirecourt, abdique
en faveur de son frère, le cardinal François. Mais c'était une
question de savoir si le duché devait passer aux héritiers mâles
par exclusion des femmes. Charles IV n'était pas le fils, mais
le gendre du duc précédent, Henri. Si la duchesse Nicole abdiquait,
comme son mari, la princesse Claude, sœur de Nicole, pouvait
reproduire, en sa personne, la prétention des femmes.
Aussi
le nouveau duc jugea-t-il prudent d'épouser sans retard sa cousine,
Claude, que Louis XIII pouvait faire enlever d'un moment à l'autre.
Il renvoya au pape son chapeau de cardinal ; et comme les liens
de parenté exigeaient des dispenses, il reprit un instant, pour
se les accorder, son caractère de prélat puis il reçut d'un
prêtre la bénédiction nuptiale et consomma son mariage. Cinq
jours après, les nouveaux époux sont arrêtés dans leur logis,
au nom du roi de France, qui ne veut reconnaitre ni le nouveau
duc ni son mariage. Ils parviennent à s'échapper, pendant que
l'armée française, devançant l'arrêt du Parlement, « qui
prioit humblement le roi de se satisfaire sur les biens de son
vassal non situés en France »achève la soumission de la
Lorraine. Cependant le duc Charles, revenant sur son abdication,
essaye vainement de rentrer par force dans ses États et finit
par demander grâce au roi, qui lui restitua les duchés de Lorraine
et de Bar ; mais plusieurs places demeuraient à la France et
Nancy restait occupé provisoirement par une garnison française.
Le duc promettait de rester attaché aux intérêts de la France
et se soumettait à perdre irrévocablement ses États et cas de
contravention. Quelques mois après, il se joignait avec son
armée aux Espagnols, ennemis de Ia France, et la Lorraine était
reconquise par l'armée royale. Enfin, après de nouvelles aventures,
suspect au roi d'Espagne, qui le tint même quelque temps en
prison, abandonné de son armée vagabonde, excommunié par le
pape, pour avoir épousé une maîtresse du vivant de sa femme,
le duc Charles obtint de nouveau de Louis XIV et de Mazarin
la restitution de ses États (1661). C'était le cinquième traité
qu'il contractait avec la France, et on le connaissait assez
pour être sûr que ce ne serait pas le dernier.
Il est vrai
que Louis XIV, héritier des projets de Richelieu et de Mazarin
sur la Lorraine, n'attendait qu'une occasion pour réunir définitivement
ce beau pays à la couronne. En 1662, il obtint, moyennant des
promesses d'argent, du duc Charles, qui n'avait pas d'enfants
légitimes, que ses États seraient après sa mort réunis à la
France. Mais le prince Charles, fils de l’ex-cardinal François,
protesta contre cet arrangement, et le duc lui-même revint à
de meilleurs sentiments pour son neveu. Il crut trouver un appui
contre l'ambition de la France dans les puissances européennes
qu'avaient alarmées les succès de Louis XIV dans la guerre d'Espagne,
et il intrigua pour être reçu dans la triple alliance. Aussitôt
Louis XIV, se saisit de son duché, et le vieux duc s'enfuit
à Cologne. Il combattit encore contre la France dans la guerre
de la Hollande et termina en 1675 à Birkenfeld, son aventureuse
existence.

Il laissait ses droits à son neveu, Charles
V, prince doué de talents supérieurs et qui s'illustra à la
tête des armées impériales. Mais il tenta vainement de s'emparer
de la Lorraine ; Louis XIV avait fait dévaster systématiquement
la partie orientale du duché et démanteler toutes les places
secondaires. Il était impossible de s'aventurer avec une armée
dans un pays si complètement ruiné. Le duc avait écrit sur ses
étendards « Aut nunc aut nunquam » (ou maintenant ou
jamais). L'alternative ne lui fut pas favorable il ne rentra
jamais dans ses États, il est vrai que la paix de Nimègue les
lui restituait, mais en laissant à la France des places de sûreté
et entre autres Nancy, sa capitale.Charles refusa de se soumettre
à cette humiliation. Il resta à la cour de Vienne, où il épousa
une sœur de l'empereur.
A sa mort, Léopold, son fils, prit
le titre de duc de Lorraine, et la paix de Hyswick lui restitua
son duché; Louis XIV ne gardait que Marsal, Sarrelouis et Longwy,
avec le droit de passage pour les troupes françaises à travers
la Lorraine. Pendant un règne paisible de trente-deux ans, Léopold
s'appliqua à faire oublier à ses sujets les longues souffrances
qu'avaient attirées sur eux les fautes de son aïeul.
François
IV, qui succéda à son père en 1729, ne devait pas jouir longtemps
de l'antique patrimoine de sa famille.
Le traité de Vienne, qui, en 1738, mit
fin à la guerre de la succession de Pologne, stipula que le
roi Stanislas, renonçant au trône de Pologne, deviendrait duc
de Lorraine et de Bar, et qu'à sa mort, ces deux duchés seraient
réunis à la France. François IV était dédommagé par le grand
duché de Toscane et par la main de Marie-Thérèse, fille de l'empereur
ce mariage lui valut, plus tard, la couronne impériale. En 1737,
Stanislas prit possession de la Lorraine. Des souvenirs honorables
et affectueux se rattachent au nom de ce monarque ; mais, malgré
les sympathies que méritait la personne de Stanislas, une partie
de la population ne vit qu'à regret son établissement sur le
trône de Lorraine. Ce règne ne pouvait être et ne fut, en effet,
qu'une transition pour préparer l'incorporation définitive de
la Lorraine à la France. C'est ainsi que Stanislas consentit
à l'incorporation des troupes lorraines dans l'armée française
et que le pays fut placé sous le régime financier de la France.Ce
furent ces mesures et d'autres du même titre qui soulevèrent
la susceptibilité des Lorrains ; et Stanislas eut à soutenir
contre la cour souveraine du duché des luttes analogues à celles
que, dans le même temps, le gouvernement en France soutenait
contre les parlements. A la mort de Stanislas, survenu a l’age
de quatre-vingt-huit ans, à Lunéville le 23 février 1766 en
1766, la Lorraine fut définitivement réunie à la France. On
conçoit les regrets des Lorrains en passant de l'autorité d'un
prince bienfaisant et, malgré ses fautes, ami du bien public,
sous le sceptre de l'égoïste Louis XV. Mais ces regrets durent
s'adoucir quand éclata la Révolution de 1789. La Lorraine comprit
alors que mieux vaut s'associer aux destinées d'une grande nation
que de végéter dans la solitude et dans l'humilité d'un petit
Etat. Le décret de 1790 divisa la Lorraine et le Barrois en
quatre départements la Meurthe, les Vosges, la Moselle et la
Meuse.
En 1814, ces départements furent envahis par les
alliés. Pendant la campagne de France, les paysans lorrains
firent une rude guerre de détail aux envahisseurs.
D'autres
faits contemporains, plus terribles encore, appellent notre
attention. Avant de commencer à les exposer, nous devons dire
que la notice historique qui précède se rapporte plus particulièrement
à notre ancien département de la Meurthe ; un seul arrondissement
du département de la Moselle, celui de Briey, a été conservé
à la France il n'est donc plus utile de faire ici l'histoire
du pays Messin, que tant de liens pourtant rattachent à la commune
patrie.
La tâche douloureuse qui nous reste à remplir est
le rapide récit des événements qui nous ont arraché ces territoires
et qui, des membres sanglants de la Meurthe et de la Moselle,
ne nous ont laissé que le département actuel de Meurthe-et-
Moselle, qui en est formé.
Les départements de la Meurthe
et de la Moselle ont été, en effet, pendant la guerre franco-allemande
de 1870-1871, le théâtre d'événements militaires décisifs. Le
19 juillet 1870, notre chargé d'affaires à Berlin remettait,
comme on le sait, la déclaration de guerre de la France au gouvernement
prussien. Le 20 juillet, chacun de nos corps d'armée se trouvait
au poste qui lui avait été assigné, mais quelle énorme disproportion
dans le nombre des combattants ! Tandis que l'armée française
ne comptait pas plus de 230 000 hommes, l'armée allemande mettait
en ligne 400 000 combattants, nombre qui devait s'élever progressivement
au chiffre énorme de 1 350 000hommes. Le 23 juillet, l'empereur
partait de Saint-Cloud pour Metz le 30, le général Frossard
recevait l'ordre de franchir la Sarre et s'emparait de Sarrebruck
le 2 août. On sait quelle fut cette ridicule affaire. Le 3 août,
le général Abel Douay était surpris et battu à Wissembourg ;
ce combat livrait à l'ennemi l'entrée de l'Alsace et les routes
de Strasbourg et de Metz. Le 6 août, malgré des prodiges de
valeur, Mac- Mahon était vaincu à Reichshoffen et Frossard à
Forbach, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Sarreguemines.
Après la défaite de Mac-Mahon et de Frossard, l'empereur ordonna
la retraite sous les murs de Metz, où toutes nos troupes se
trouvèrent concentrées ; le 11 août, moins les corps de Mac-Mahon
et du général de Failly, qui s'étaient rabattus sur Châlons.
Le 10 août, deux divisions détachées de l'armée du prince Frédéric-Charles
arrivaient devant Strasbourg et commençaient le siège ; bientôt
les troupes allemandes eurent occupé, d'un autre côté, le pays
situé au nord-est, à l'est et au sud de Metz, afin de couper
la retraite à l'armée française et de bloquer Metz. La retraite
commençait, en effet, le général Steinmetz accourut pour la
contrarier et livrait la bataille de Borny. Les Allemands la
perdent, mais réussissent à retarder le mouvement de retraite
sur Verdun, ce qui permit à l'armée du prince Charles à la tête
de la IIème armée d'effectuer son mouvement tournant.
Le 16 août eut lieu la bataille de Gravelotte ou de Mars-la-Tour,
qui fut encore une victoire pour nos soldats (1). Un effort
de plus, et on passait sur Verdun ; c'était le salut de l'armée
et le salut de la France. La totalité de l'armée française fut
alors partagée en deux armées : celle dite du Rhin, sous les
ordres du maréchal Bazaine (l'empereur avait regagné Châlons
dès le 19 août) ; celle dite de Châlons, sous les ordres de
Mac-Mahon. Au lieu de marcher sur Verdun, l'armée du Rhin bivouaque
sur le champ de bataille de Gravelotte, et, le 18 août, elle
se replie sur Metz, après la sanglante bataille de Saint-Privat.
Bazaine s'était abstenu de paraître sur le champ de bataille,
et « pour la troisième fois, l'armée du Rhin, grâce à son chef,
écrit le baron A. Du Casse (la Guerre au jour le jour, 1870-1871),
ne se rend pas libre pour rallier l'armée de Châlons, » Le 19
août, l'armée fut rangée autour de Metz. Le 26, au soir, Bazaine
tenta ou feignit d'essayer de rejoindre l'armée de Châlons.
La tentative échoua ; et l'on rentra à Metz ; le 30, le maréchal
Bazaine se, décida à recommencer l'opération du 26, mais sans
plus de succès. Le 1er septembre, l'armée attristée
revenait prendre ses positions autour de la place.
Une phase
nouvelle commençait pour l'armée du Rhin. Renonçant à jouer
un rôle actif dans la partie suprême engagée en France, son
chef attendait des événements politiques ou militaires qui pourraient
le ramener sur la scène. Il se laissait engager dans un ordre
d'idées où devaient périr soit honneur et la force que la patrie
avait mise entre ses mains. Nous n'entreprendrons pas de raconter
ici les péripéties du blocus de Metz, ni les honteuses démarches
qui furent faites pour amener la reddition de la place. Qu'il
nous suffise de dire que le 27 septembre, Bazaine en arrivait
à une reddition pure et simple. Il quitta la place, poursuivi
par la malédiction des soldats et de la population et fut, avec
toute l'armée, interné en Allemagne. Nous n'avons pas besoin
de dire, après ce qui précède, que les principales localités
des départements de la Moselle et de la Meurthe tombèrent aux
mains des Allemands, dont la IIer, la IIème
et la IIIème armées, respectivement sous les ordres
des généraux Steinmetz, prince Frédéric Charles et prince Frédéric-Guillaume
de Prusse, envahirent le territoire. Citons notamment Lunéville,
occupé dès le 12 août par la IIIème armée allemande
; Nancy et Vézelise, le 13 août, par des troupes appartenant
à la même armée ; Toul, investi le 14 aout ; Briey, occupés
le 15 aout par deux divisions de cavalerie allemande, Pont-il-Mousson,
qui le même jour tombe au pouvoir du prince Charles-Frédéric,
etc. Longwy se rendit le 15 janvier 1871 après deux jours de
bombardement. Le 26 février 1871, les préliminaires de la paix
étaient signés à Versailles. La France perdait, outre ses deux
plus fortes places de l'est, plus de 1 600 000 habitants, répartis
dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, des Vosges, de
la Meurthe et de la Moselle. Le 7 septembre 1871, une loi régularisa
la situation du nouveau département formé de ce qui nous restait
de la Meurthe et de la Moselle.
Metz
Metz
Autrefois ville forte, citadelle et évêché,
capitale du pays Messin, gouvernement de province et particulier,
Tacite est le premier qui ait fait; connaître , la capitale
des Mediomatrici. Ptolémée , l'Itinéraire d'Antonin et la Table
de Peutinger en font aussi mention. Elle avait pris le nom du
peuple dont elle était la capitale dès le temps d'Ammmien Marcellin,
qui la nomme Mediomatrici; le nom Mettis, d'où est dérivé celui
de Metz, était déjà en usage dès le commencement du Vème
siècle, et on le trouve dans la Notice de l'empire. Les mesures
de la Table et de l'itinéraire confirment les faits historiques
sur l'identité de position de Divodurum et de Metz. Six routes
romaines qui se joignent à Divodurum conduisent à Metz, en partant
d'Augusta Trivororum, Trêves, Argentoratum, Strasbourg, Tullum
Toul et Durocortorum, Reims.
Metz, avantageusement situé
dans un pays fertile, au confluent de la-Moselle et de la Seille,
dont l'une est navigable jusqu'au Rhin, fut pour les Romains
un poste important, un agréable séjour. De nombreux, monuments,
dont il ne reste plus que de faibles vestiges, attestent le
haut degré de splendeur où cette ville était parvenue sous les
empereurs. Elle eut un vaste amphithéâtre, une naumachie, des
thermes, un palais impérial, des magasins militaires et une
garnison toujours nombreuse, pour repousser les Allemands qui
saris cesse menaçaient d'envahir les .Gaules. Metz était traversée
par six grandes routes, d'où les légions pouvaient au besoin
se porter sur tous les points les plus éloignés du vaste, empire
romain.

Tacite est le premier qui ait fait connaître,
la capitale des Mediômatrici. Ptolémée, l'Itinéraire d'Antonin
et la Table de Peutinger en font aussi mention. Elle avait pris
le nom du peuple dont elle était la capitale dès le temps d'Ammien
Marcellin, qui la nomme Mediomatrici le nom Mettis, d'où est
dérivé celui de Metz, était déjà en usage dès le commencement
du Vème siècle, et on le trouve dans la Notice de
l'empire. Les mesures de la Table et de l’itinéraire confirment
les faits historiques sur l'identité de position de Divodurum
et de Metz. Six routes romaines qui se joignent à Divodurum
conduisent à Metz, eu partant d'Augusta Trivodurum (Trêves),
Argentoratum, ( Strasbourg), Tullum, (Toul), et Durocortorum,
Reims.
Metz, avantageusement situé dans un pays fertile,
au confluent de la-Moselle et de la Seille, dont l'une est navigable
jusqu'au Rhin, fut pour les Romains un poste important, un agréable
séjour. De nombreux, monuments dont il ne reste plus que de
faibles vestiges, attestent le haut degré de splendeur où celte
ville était parvenue sous les empereurs. Elle eut un vaste amphithéâtre,
une naumachie, des thermes, un palais impérial, des magasins
militaires et une garnison toujours nombreuse, pour repousser
les Allemands qui sans cesse menaçaient d'envahir les Gaules.
Metz était traversée par six grandes routes d'où les légions
pouvaient au se porter besoin sur tous les points les plus éloignés
du vaste, empire romain.
Sous les enfants de Clovis, Metz
devint capitale du royaume, d'Austrasie ; Lors de la décadence
de là maison.de Charlemagne, cette ville et sa province passèrent
sous la domination des empereurs d'Allemagne. Ces souverains
voulant opposer un rempart à la France qui convoitait, toujours
Metz, et la Lorraine comme une portion de ce royaume, rendirent
Metz puissante et forte en lui laissant une sorte de liberté
politique. Devenue libre et rendue imprenable, cette ville fut
rarement en paix dans l'intérieur de ses murailles, ayant sans
cesse à lutter contre les prétentions d'une bourgeoisie turbulente
et celles d'un hautain clergé qui voulait l'asservir. La convoitise
de la France, les agressions perpétuelles des ducs de Lorraine,
les ravages des grandes compagnies, la protection chèrement
achetée de la cour, de Rome et de l'empire devinrent autant
de causes de révolutions qui préparèrent la chute de la république
messine.
En 1552, sous Henri II, Metz, obligée de recourir
au protectorat de la France perdit sa liberté. Charles-Quint
voulut s'en emparer en 1552, et la défense de Metz par le duc
de Guise fut comptée parmi les événements les plus marquants
du XVème siècle. Charles-Quint avait passé le Rhin
le 13 septembre avec une armée de soixante mille hommes. Il
avait sous ses ordres le marquis de Marignan et le duc d'Albe,
qui étaient renommés pour leurs talents militaires. Le 19 octobre,
cette armée parut devant Metz, et le duc d'Albe commença aussitôt
à investir la place. Charles-Quint s'était arrêté à. Thionville
car sa santé délabrée ne lui avait pas permis de supporter plus
longtemps la vie des camps. Henri II, de son côté, avait assemblé
une armée à 40 km à l'ouest de Metz mais ses généraux lui conseillèrent
de laisser l'armée, impériale se fatiguer à un long siège dans
une saison si défavorable, plutôt que de lui présenter la bataille.
Ainsi le roi se borna à envoyer des corps détachés pour Inquiéter
l'ennemi et lui couper les vivres. Les Impériaux s'opiniâtrèrent
cependant à continuer le siège, et déjà l'artillerie avait ouvert
de larges brèches dans là muraille. Mais derrière ces brèches
s'élevaient de nouveaux remparts qui défendaient l'entrée de
la ville assiégée. Tous les assauts fuient repoussés, et il
devint impossible de ramener à l'attaque les-Impériaux découragés.
Charles-Quint voulut encore une fois essayer sur ses soldats
l'effet magique de sa présence ; il se fit transporter au milieu
du camp ; leur courage en fut ranimé, mais le dernier effort
-fut encore impuissant. Déjà onze mille coups du canon avaient
été tirés contre les remparts de Metz ; les soldats, enfoncés
dans la fange glacée, moissonnés par les maladies, étaient hors
d'état de combattre ; enfin l'empereur levât le siège, le 1er'janvier
1553 après avoir vu périr trente mille de ses meilleurs soldats.
« fortune, dit-il, avec une douleur amère, n'aime point les
vieillards » et il ordonna la retraite qui fut désastreuse.
' Depuis lors Metz n'a point cessé d'appartenir à la France.
- -'.-:'..'.''. -.-- L'industrie messine a été longtemps florissante.
Au moyen âge Metz était une ville de luxe et de plaisirs : de
tous les points de l'Allemagne on accourait à ses fêtes : «
Si j'avais un Francfort, disait-on, je le dépenserais à Metz.
» Les infinies variétés des monnaies de l'Europe y avaient habituellement
cours ; soixante changeurs suffisaient à peine au commerce d'argent
qui s'y faisait. Metz est une des villes de l'Europe, les plus
anciennement pavées, et l'une de celles où l'on ait fait le
premier usage d'artillerie : on y avait une artillerie volante
dès 1512. L'imprimerie y fut introduite en 1480, ainsi Metz
est l'une des dix premières cités françaises où l'art de Gutenberg
se soit introduit. Dans le cours du XVème siècle,
on y jouait des comédies de Térence et beaucoup de mystères
; ces dernières représentations eurent lieu à Metz presque aussitôt
qu’à Paris.
L'étendue et la population de Metz ont singulièrement
varié : sous les Romains, cette ville s'étendait entre les rives
de la Seille et de la Moselle, dans une étendue de 6 km A la
fin du XVème siècle ; il fallut la resserrer pour
résister à Charles VI et au duc de Lorraine, René I. Resserrée
de nouveau en 1552, elle perdit ses faubourgs ; ses lrihes église,
ses monuments somptueux, et devint une ville forte de premier
ordre. La révocation de l'édit de Nantes, fatale à son industrie
et à sa civilisation, l'a été plus encore à sa population. D'autres
événements malheureux là réduisirent à 22 000 âmes, de 60 000
qu'elle était avant l'invasion de Charles-Quint.

Charles-Quint voulut s'en emparer en 1552, et la défense de Metz par le duc de Guise fut comptée parmi les évènements les plus marquants du XVIème siècle, Charles-Quint avait passé le Rhin le 13 septembre avec une armée de soixante mille hommes. Il avait sous ses ordres le marquis de Marignan et le duc d'Albe, qui étaient renommés pour leurs talents militaires. Le 19 octobre, cette armée parut devant Metz, et le duc d'Alble commença aussitôt à investir la place. Charles-Quint s'était arrêté à Thionville car sa santé délabrée ne lui avait pas permis de supporter plus longtemps la vie des camps. Henri Il, de son côté, avait assemblé une armée à 40 kilomètres à l'ouest de Metz ; mais ses généraux lui conseillèrent de laisser l'armée impériale se fatiguer à un long siège dans une saison si défavorable, plutôt que de lui présenter la bataille. Ainsi le roi se borna à envoyer des corps détachés pour inquiéter l'ennemi et lui couper les vivres. Les Impériaux s'opiniâtrèrent cependant à continuer le siège, et déjà l'artillerie avait ouvert de larges brèches dans là muraille. Mais derrière ces brèches s'élevaient de nouveaux remparts qui défendaient l'entrée de la ville assiégée. Tous les assauts fuient repoussés, et il devint impossible de ramener à l'attaque les Impériaux découragés, Charles-Quint voulut encore une fois essayer sur ses soldats l'effet, magique de sa présence et il se fit transporter au milieu du camp ; leur courage en fut ranimé, mais le dernier effort fut encore impuissant. Déjà onze mille coups de canon avaient été tirés contre les remparts de Metz ; les soldats, enfoncés dans la fange glacée, moissonnés par les maladies, étaient hors d'état de combattre ; enfin l'empereur leva le siège, le 1er; janvier 1553 après avoir vu périr trente mille de ses meilleurs soldats. «:La fortune, dit-il, avec une douleur amère, n'aime point lès vieillards !» et il ordonna la la retraite qui fut désastreuse.

Depuis lors Metz n'a point cessé d'appartenir
à la France.
L'industrie messine a été longtemps florissante.
Au moyen, âge Metz était une ville de luxe et dé plaisirs. De
tous les points de l'Allemagne on accourait à ses fêtes, «Si
j'avais un Francfort, disait-on, je le dépenserais à Metz.»
Les infinies variétés des monnaies de l'Europe y avaient habituellement
cours ; soixante changeurs suffisaient à peine au commerce d'argent
qui s'y faisait.
Metz est une des villes dé l'Europe, les
plus anciennement pavées, et l'une de celles où l'on ait fait
le premier usage d'artillerie : on y avait une artillerie volante
dès 4512. L'imprimerie y fut introduite en 1480 : ainsi Metz.est
l'une des dix premières cités françaises où l'art de Gutenberg
se soit introduit.
Dans le cours du XVème siècle,
on y jouait des comédies de Térence et beaucoup de mystères
; ces dernières représentations eurent lieu à Metz presque aussitôt
qu’à Paris.
L'étendue et la population de Metz ont singulièrement
varié : sous les Romains ; cette ville s'étendait entre les
rives de la Seille et de la Moselle, dans une étendue de 6 kilomètres
A la fin du XVème siècle; il fallut la resserrer
pour résister à Charles VI et au duc de Lorraine, René Ier
Resserrée de nouveau en 1552, elle perdit ses faubourgs; ses
riches église et ses monuments somptueux, et devint une ville
forte de premier ordre. La révocation de l'édit de Nantes, fatale
à son industrie et à sa civilisation, l'a été plus encore à
sa population. D'autres évènements malheureux là réduisirent
à 22 000 âmes, de 60 000 qu'elle était avant l'invasion de Charles-
Quint.

Celle ville est généralement bien bâtie
et décorée de plusieurs beaux édifices. Toute la partie de la
ville située sur la rivé droite de la Moselle est bâtie en amphithéâtre,
celle qui occupé la rive gauche est unie. Là plupart des rues,
quoique élargies et alignées depuis un siècle, sont encore étroites,
tortueuses et incommodes, quelques-unes de celles qui se trouvent
sur la rivé droite de la Moselle sont escarpées et inabordables
aux voitures. Metz est après Strasbourg la ville la mieux fortifiée
de la France. Metz est environné au couchant et traversé par
la Moselle. La Seille entre dans la villes au sud après s'être
auparavant partagée eu deux bras, dont le plus petit baigne
les murs des remparts et y entretient une eau verdâtre et vaseuse
; le bras qui entre dans la ville est retenu par plusieurs vannes,
fait tourner plusieurs moulins, et sert principalement aux tanneries.
On passe ces deux rivières sur dix-sept ponts.
La plupart
des maisons de Metz sont bâties solidement en pierres de taille
; presque toutes se composent d'un rez-de-chaussée surmonté
de deux ou trois étages. Quelques constructions du moyen âge,
de la renaissance ou du XIXème siècle sont décorées
de bas-reliefs. Dans certaines rues les maisons, peu profondes,
ne se composent que d'un seul corps de logis ; dans d'autres
elles en présentent jusqu'à trois et quatre, séparés les uns
des autres par de petites cours humides et mal aérées.
On
peut diviser la population en trois classes sous le rapport
des cultes qu'elle professe : la majorité est catholique, la
seconde classe juive, la troisième protestante. Autrefois des
lignes de démarcation bien tranchées les séparaient. Il n'en
est plus de même aujourd'hui: catholiques, calvinistes, israélites,
vivent confondus et dans la plus parfaite harmonie. Les juifs
ont commencé, depuis trente années, à quitter leur quartier
humide et malsain pour habiter les autres parties de la ville.
Quelques alliances même out lieu entre la jeunesse des autres
cultes et la leur ; la mise des enfants d'Israël devient de
jour en jour plus conforme encore à celle des autres habitants,
et si les plus dévots d'entre eux conservent encore le vaste
chapeau à trois cornes, la culotte de velours et la barbe en
pointe, au moins ou ne voit plus les chapeaux jaunes, les manteaux
noirs, les rabats blancs et les barbes sales qui faisaient des
juifs du XVème siècle une race toute spéciale, vouée
à la risée publique.

On compte à Metz neuf portes garnies de ponts levis, dont six seulement servent aux relations extérieures ; plusieurs de ces portes sont répétées deux, trois et même quatre fois, suivant les différents ouvrages de fortifications qui les défendent. Ce sont la porte de St-Thiébaut, aboutissant à la route de Nancy et du midi du royaume ; celle de France, à la route de Paris; celle de Thionville, aux routes de Longwy, Thionville et de toute la Belgique ; celle, des Allemands, aux routes de Sarrelouis, de Mayence et de toute l'Allemagne; celle de Mazelle conduit à Strasbourg, et c'est par là qu'arrivent les riches produits des salines royales de là Meurthe. La porte du Saulcy conduit dans une île de la Moselle, occupée par des chantiers de bois, par la poudrerie et par une lunette qui couvre l'ouest de la ville et les deux bras de la Moselle. La porte de Chambière conduit à une autre île où sont le polygone de l'artillerie, le champ de manœuvre de la garnison, le port de la ville, des fabriques et diverses habitations, le cimetière des deux premières sections ; la porte de Ste-Barbe, située à l'extrémisé de la rue principale du quartier des juifs, ne conduit qu'à l'arsenal de l'artillerie placé dans une île delà Seille, entre les remparts de la ville et le fort de Belle-Croix. Les anciennes fortifications ont été remplacées par des ouvrages immenses construits d'après le nouveau système de défense, exécutés sous les ordres des maréchaux de Vauban et de Belle-Isle. Les plus importants sont les forts de Belle-Croix et de la Double-Couronne. Le premier, commencé en 1731, couvre toute la partie orientale de la ville , depuis la porte des Allemands jusqu'à la Moselle ; il est établi sur le coteau de Désiremont, qui prit le nom de Belle-Croix, à cause d'une grande croix placée autrefois sur son sommet. La science des fortifications a été, pour ainsi dire, épuisée dans la construction des ouvrages de ce fort, qui ont un très grand développement. La première pierre du fort de la Double-Couronne ou de la Ville-Neuve a été posée par le maréchal de Belle-Isle, le 29 juin 1728; les troupes qui y ont travaillé ont campé pendant deux ans dans la plaine du Ban-St-Martin. Ce fort, qui a une double enceinte de fossés remplis d'eau, , et dont les fortifications rasantes sont d'une approche très difficile, a été achevé en trois ans ; il défend la partie septentrionale de la ville

En 1737 on construisit entre les portes
de St-Thiébaut et de Mazelle une redoute considérable en terre,
qui prit le nom de Pâté. Lorsqu'on élève les eaux de la Seille,
elle forme une ile, et l'on y pénètre de l'intérieur de la place
par une galerie souterraine.
Au moyen de la retenue qui
se fait au pont des Arènes et aux écluses des Allemands, les
eaux de la Seille s'exhaussent de. 8 m., el forment un lac qui
s'étend à plus de 4 kilomètres. De l'une des portes les plus
importantes, celle de St-Thiébaut, on arrive par un chemin très
court au centre de la ville, à l'une des plus belles promenades
qui existent en Europe. Les premières allées de cette promenade
furent plantées d'arbres en 1790 ; mais elle s'agrandit beaucoup
lorsqu'en 1802 on entreprit de combler les fossés larges et
profonds de la citadelle , sur lesquels elle est établie. Achevée
en 1816 , elle offre à la vue le plus riant spectacle.. De là
se découvre aux yeux le superbe bassin de la Moselle, un paysage
riche et varié, de vastes prairies, de nombreux villages groupés
en amphithéâtre sur les coteaux qui bornent l'horizon du sud
au nord, et qui, tapissés de vignes, couronnés de bois, présentent
l'aspect le plus gracieux. Entre les rues de cette promenade
on a formé une grande place d'armes pour les exercices et parades
militaires.
Thionville
Thionville n'est connu que depuis le
V siècle ; c'était alors un des riches domaines des rois de
France. Charlemagne y tint en 805 deux conciles nationaux. Deux
autres conciles y furent tenus en 821 et eu 825, par Louis le
Débonnaire, qui y tint aussi une diète en 836. Après l'extinction
de la race carlovingienne, cette ville eut des seigneurs particuliers
et passa ensuite sous la domination des comtes de Luxembourg.
Eu 1443 elle fut assiégée sans succès par Philippe de Bourgogne.
Plus tard elle appartint successivement aux ducs de Bourgogne,
à la maison d'Autriche et aux rois d'Espagne. Le maréchal de
la Vieuville et le duc de Guise l'assiégèrent et la prirent
d'assaut le 23 juin 1558, après une défense opiniâtre. Le maréchal
de Strozzy y perdit la vie ; on chassa les habitants de tout
âge et de tout sexe, et on vendit leurs maisons aux Messins
qui vinrent la repeupler. L'année suivante, Thionville fut rendu
à Philippe II par le honteux traité de Cateau-Cambresis : on
rappela les bourgeois expulsés de la ville, et on les rétablit
dans leurs demeures.
Le marquis de Feuquières attaqua cette
ville en 1637 avec une armée de treize mille hommes, qui fut
taillée en pièces le 7 juin sous les murs de la place. Le duc
d'Enghien, qui plus tard fut le grand Coudé . prit Thionville
par capitulation en 1643, après trois mois de siège et trente
jours de tranchée ouverte. En 1792, cette ville fut investie
par les Autrichiens et souffrit quelques heures de bombardement
; elle fut bloquée étroitement dans les deux invasions de 1814
et de 1815.
Thionville est la seconde ville du département
par son importance militaire et par sa population. La ville
el ses fortifications occupent une surface parfaitement plane
; on y entre par trois portes ; celles de Metz, de Luxembourg
et du Pont-Couvert. La plupart des rues sont larges , mais en
général irrégulièrement percées. Les maisons sont solidement
construites; quelques-unes appartiennent au XVIème
siècle, époque que constate sur plusieurs bâtiments où une date
y est sculptée. La Moselle, large de 130 mètres borne la ville
au midi ; pour se rendre, sur la rive droite, on la traverse
sur un pont couvert. La place d'armes est belle ; trois corps
de casernes en occupent trois côtés ; le quatrième est occupé
par le manège de cavalerie, regardé comme un des plus beaux
qu'il y ait en France.
Sarreguemines
Cette ville se nommait autrefois Guemonde,
était fermée de murailles et défendue par un château aujourd'hui
détruit; le duc Jean, contre lequel les habitants s'étaient
révoltés, pour soutenir leurs privilèges, la brula en 1380.
Elle est bâtie dans une agréable situation, au confluent de
la Sarre et de la Bélise. Le duc Léopold y avait fondé en 1621
un couvent de capucins , dont les vastes bâtiments renferment
aujourd'hui la sous-préfecture, le palais de justice et le collège
; les prisons sont remarquables par leur construction et leur
situation dans un lieu sain et aéré.

Dès le XIème siècle, Bitche
était une place forte importante et le chef-lieu d'un comté
que le duc Ferry III céda au duc de Deux-Ponts en1297. Bitche
et le comté de ce nom, confisqués en 1571 par Charles III sur
le comte de Hanau, rentrèrent définitivement dans la possession
des ducs de Lorraine en 1606. Le maréchal s'étant emparé de
la forteresse en 1624, les français la conservèrent jusqu'en
1698, où elle fut restituée au duc Léopold. Lorsque la Lorraine
fut cédée à la France, en 1737, on s'occupa de relever les fortifications
de Bitche, dont la première pierre fut posée en 1744.
Le
15 octobre 1793, les Prussiens ayant pénétré au travers des
défilés des Vosges jusqu'à Bitche, tentèrent de s'emparer de
cette place. Déjà l'avant garde s'était approchée du fort, et
les glacis étaient escaladés déjà elle s'était emparée de l'ouvrage
avancé qui se trouve sous la queue de l'hirondelle, lorsque
l'alarme sonna. Aussitôt les Français courent aux armes on se
fusille de toutes parts. Mais comment se guider dans cette obscurité
profonde. Le dévouement d’'un citoyen sauva la ville. Une maison
en bois s'avançait du côté où les Prussiens devaient être descendus,
le propriétaire propose d'y mettre le feu. Elle servira de flambeau
pour nous éclairer, s'écria-t-il.


Cette généreuse proposition est acceptée,
et la maison est livrée aux flammes. La lueur qu'elle jette
trahit les Prussiens, que l'on aperçoit se précipiter des montagnes
et se porter vers Bitche. Une troupe d'ennemies remplissait
déjà l'escalier qui communique à la canonnière sous le pont
de la petite tête. On l'arrête aussitôt par la plus vive fusillade,
et on lui ravit tout espoir de retour en interceptant le passage
avec des décombres qui le rendent impraticable. Bientôt on fait
pleuvoir sur les ennemis une grêle de pierres et de grenades,
ils crient merci et sont écoutés on se contente de les tenir
en respect, tandis qu'on repousse leurs compatriotes. Quelques
bombes furent jetées dans la ville pour en écarter les Prussiens
qui, profitant des circonstances, mettaient les riches à contribution
et se munissaient d'otages. Cet essaim d'ennemis disparut avant
le jour. 700 hommes du bataillon de la Corrèze et une compagnie
de canonniers sauvèrent Bitche. A peine fut on débarrassé de
l'armée prussienne qu'on songea à son avant-garde renfermée
dans les fortifications; elle se composait de 250 hommes, qui
mirent bas les armes et défilèrent devant la garnison.
Le17
novembre de la même année, un corps de 4,000 Autrichiens fut
complètement battu sous les murs de cette ville et on lui fait
150 prisonniers. Cette place, destinée à défendre le défilé
des Vosges entre Weissemboug ert Sarreguemines, domine d'étroites
vallées d'immenses forêts de sapins et des montagnes tapissées
de bruyères. La ville basse, autrefois appelée Kaltenhausen,
est bâtie au pied d'un rocher, près d'un grand étang où la Horne
prend naissance. Le château, placé à 400 mètres au-dessus du
niveau de la mer, est bâti sur un rocher de 50 mètres d'élévation
au-dessus du fond de la vallée, isolé au milieu de la ville,
et surmonté d'un autre rocher de plus de 25 mètre de haut. L'enceinte
du fort se compose de quatre bastions avec une demi-lune couronnée
et un ouvrage à cornes. Tout l'intérieur du rocher est voûté
et casematé ; on y a construit un local assez considérable pour
recevoir, en cas de siège, une centaine de malades ou de blessés.
Cette forteresse est un vrai chef d'œuvre dans son ensemble
comme dans ses parties ; elle peut être armée de 80 pièces de
canon de tout calibre 1,000 hommes suffisent pour sa défense.
L'eau ne lui manque pas; elle possède cinq citernes très belles,
et en outre un puits profond d'environ 80 mètre, taillé dans
le roc, dont l'eau est excellente.
Sarrebourg
On attribue la fondation de Sarrebourg
à Galba, empereur romain, qui vivait l'an 68 de notre ère. Cette
ville est indiquée dans l'Itinéraire d'Antonin ; elle faisait
anciennement partie du-domaine des évêques de Metz, et passa
ensuite sous la domination des ducs de Lorraine; elle-fut réunie
à la France par le traité de Vincennes , en 1661.
Un incendie
la détruisit en 1463.
Cette ville est située sur la rive
droite de la Sarre, dans une contrée fertile. Sa position, au
principal débouché des Vosges, l'ayant fait considérer comme
propre à servir d'entrepôt de subsistances militaires en cas
de guerre sur le Rhin, on y a construit des boulangeries et
des magasins immenses.
Le tonnelier du château d’Arnsbourg

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