Laon - Préfecture de l'Aisne
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Laon. L'étymologie toute celtique du mot
Laon, qui signifiait en cette langue élévation, éminence, et qui
répond à la situation de la ville, ne permet pas de douter de l'antiquité
de son origine. Elle est très certainement antérieure à la domination
romaine ; mais il règne une si complète obscurité sur cette époque
de ses annales, que, pour nous, son histoire ne peut commencer qu'au
IIIème siècle de l'ère chrétienne. C'est dans les archives
du christianisme que nous trouvons les premiers documents historiques
sur lesquels puisse reposer notre récit. Saint Fortin et saint Béat,
envoyés dans les Gaules avec saint Denis, choisirent les environs
de Laon pour théâtre de leurs premières prédications une grotte
appelée Chevresson, et renfermée dans l'enceinte actuelle de la
citadelle, servit de retraite à saint Béat, qui y mourut après de
longs jours consacrés à l'apostolat.
Dès le milieu du IVème
siècle, une église était fondée sous l'invocation de la Vierge,
et Laon voyait un de ses premiers prêtres, Vivent, distingué à Rome
par sa piété et sa science, dans un voyage qu'il y fit, n'étant
que simple clerc, et désigné pour le siège de Reims par le pape
saint Sirice. C'était le temps où les invasions des barbares disputaient
l'Occident aux armes affaiblies de Rome ; Laon, après deux sièges
vaillamment soutenus contre les Vandales en 407, et contre Attila
en 451, ouvrit ses portes à Clovis, cédant moins à la terreur inspirée
par le roi des Francs qu'aux paroles de conciliation et de paix,
et à l'influence sympathique de son compagnon et conseiller, saint
Remi. Nous voyons en effet l'érection de Laon en évêché suivre de
près, en 500, la soumission de la ville à son nouveau maître, et
saint Remi doter de son propre bien l'évêché et son chapitre.
Dans le partage qui suivit la mort de Clovis, Laon fit partie du
royaume de Soissons et passa, après Clotaire, dans celui d'Austrasie.
Brunehaut vint y fixer son séjour après la mort tragique de Sigebert
et y fonda l'abbaye de Saint-Vincent, dont l'église était appelée
le second siège de l'évêque. Un demi-siècle plus tard, en 645, grâce
aux libéralités de Salaberge, fille et veuve de puissants seigneurs
d'Austrasie, s'élevait la célèbre abbaye de Saint-Jean, habitée
par trois cents religieuses au nombre desquelles fut plus tard une
des filles de Charlemagne, et qui compta trois reines parmi ses
abbesses. L'importance que prenait la ville de Laon, l'opulence
de ses couvents, en faisaient une proie toujours enviée et disputée
trop souvent dans ces guerres de partage qui ensanglantèrent les
règnes des princes de la dynastie mérovingienne et celui des premiers
Carlovingiens.
Avant la période féodale, Laon avait eu sept sièges
à soutenir. Avec l'affaiblissement du pouvoir monarchique, aux mains
des descendants de Charlemagne, s'ouvre une phase nouvelle dans
l'histoire de Laon. Pendant que chaque comte ou chaque baron arrache
à la couronne quelques lambeaux de ses provinces, pendant qu'au
centre de l'Ile-de-France, dans les murs de la capitale, grandit
cette dynastie menaçante des comtes de Paris, il semble que la royauté,
entourée d'ennemis déclarés ou secrets, cherche un asile qui la
mette à l'abri de leurs coups, et ne trouve que la fidèle Picardie.
Laon devient la résidence des rois. C'est là que s'éteint, dans
les convulsions des guerres civiles et des dissensions de famille,
au milieu du pays dévasté par les Normands, cette race naguère héritière
de l'empire d'Occident, et, moins de deux siècles après la mort
de son glorieux fondateur, à peine obéie dans l'enceinte même de
la ville où elle avait cherché un refuge.
Hugues Capet, devenu
roi en 987, assiégea et prit, en 991, la ville de Laon, restée fidèle
aux Carlovingiens; mais il ne songea pas à la punir de sa fidélité
il ne lui retira même pas le titre de capitale, quoique sa résidence
fût ailleurs mais, en réalité, cette désignation honorifique ne
servit plus qu'à rehausser le prestige attaché à la dignité des
évêques devenus les maîtres de la ville.

En 1018, un concile
y est tenu sous la présidence du pape Benoît VIII en personne; quelques
années auparavant, le roi Robert était venu s'y faire sacrer. Nous
touchons à la page la plus glorieuse des annales de Laon, au récit
des luttes sanglantes qu'elle eut à soutenir pour se constituer
en commune. L'espèce de gouvernement municipal que les Romains avaient
établi ou conservé dans les Gaules avait subsisté à Laon jusqu'à
la fin du Xème siècle ; la présence des rois avait maintenu
évêques, abbés et comtes dans un certain respect des usages consacrés
par le temps. Lorsque la féodalité se sentit couronnée dans la personne
de ses pairs, les anciens comtes de Paris, elle se crut en droit
de briser les entraves qui gênaient sa tyrannie et sa cupidité.
En 1106, Laon avait pour évêque et seigneur Gaudri, créature
du roi d'Angleterre, protégé d'Enguerrand 1er, sir de
Coucy, homme libertin, cupide et cruel. Sa barbarie, ses exactions
soulevaient l'indignation de tous et excitaient les craintes de
la noblesse et du clergé lui-même ; les classes privilégiées ne
virent d'autre moyen pour tempérer les excès d'un pouvoir devenu
redoutable pour elles que d'encourager la bourgeoisie à la revendication
de ses anciens droits et privilèges. Il fallait que le mal fût devenu
bien extrême et le régime bien intolérable pour qu'on recourût à
un pareil remède. On profita d'une absence de Gaudri ; le prix de
l'affranchissement fut débattu, fixé, et le marché conclu entre
le clergé, la noblesse et la bourgeoisie. Peut-être n'est-il pas
inutile de rappeler en quoi consistait le servage à cette époque.
Le serf était imposable à la discrétion de son seigneur ; il ne
pouvait, sans son consentement, se marier à une personne libre,
ni même à un sujet d'une seigneurie étrangère; la faculté de tester
lui était interdite; ses biens appartenaient son maître s'il ne
laissait pas d'enfants légitimes il était enfin attaché à la glèbe,
c'est-à-dire qu'il ne pouvait transporter son domicile hors de la
seigneurie sans la permission du seigneur, toujours intéressé à
la lui refuser.

C'est le rachat de ces servitudes que la bourgeoisie
de Laon consentait à payer de son or, avant de le payer de son sang.
Les articles principaux de la charte laonnaise avaient été copiés
sur ceux de la charte de Beauvais, déjà conquise par les habitants
de cette ville. Gaudri revint, put apprécier les heureux résultats
du nouveau régime, la paix rétablie, l'aisance revenue; sa colère
et sa haine patientèrent quelque temps; il tira même un certain
parti de la renaissance du commerce et de l'industrie, en altérant
les monnaies qu'il avait droit de frapper; mais sa vengeance tendait
à un autre but après avoir ramené à la solidarité de sa cause une
partie des nobles et du clergé, il obtint de Louis le Gros la faveur
d'une visite dans sa ville pendant la semaine sainte de 1112 ; il
tenta la cupidité du prince par les offres les plus séduisantes.
La bourgeoisie, prévenue, s'efforça de combattre avec des armes
pareilles les manœuvres de l'évêque ; la liberté de la ville fut
mise à l'encan. La bourgeoisie n'avait pu réunir que 400 livres
pour obtenir du roi le maintien de sa charte ; Gaudri en offrit
700 pour que le monarque en décrétât l'abolition. Louis ne sut pas
résister à l'appât d'une somme si considérable pour cette époque,
et, le jeudi saint, il signa l'arrêt qui replaçait la ville de Laon
sous le joug discrétionnaire et implacable de son évêque. Le roi,
honteux, était parti dans la nuit. Dès le lendemain, Gaudri se mit
en mesure de recouvrer, par une taxe extraordinaire, l'argent qu'il
avait versé dans le trésor royal ; la noblesse paraissait disposée
à le seconder; mais, dès que cette nouvelle se répandit, une vive
fermentation se manifesta dans la ville, les boutiques furent fermées,
toutes les transactions furent suspendues la vie publique s'arrêta.
Un homme alors surgit de la foule, l'histoire nous a gardé son nom
il s'appelait Teudegaut (M. Augustin Thierry, dans sa remarquable
lettre XVI sur la commune de Laon, le nomme Thiégaud, serf de Saint-Vincent)
il comprit tous les périls de la situation et ne recula devant aucun
des moyens nécessaires pour en sortir pendant huit jours, il laissa
gronder sourdement la tempête populaire, voyant l'évêque et ses
partisans grouper leurs forces et appeler auprès d'eux, des campagnes
et des châteaux environnants, des bandes nombreuses de soudards
abrutis et de paysans égarés; mais, de son côté, employant cette
trêve à exalter le désespoir de ses concitoyens et à tracer le plan
de l'insurrection.
Le jeudi 25 avril, à un signal convenu, les
conjurés, réunis dans la cathédrale, descendent précipitamment ses
degrés en poussant de grands cris et en marchant droit à la cour
de l'évêché. C'était le quartier général de l'ennemi, que cette
brusque et furieuse attaque déconcerte ; c'est en vain que Gaudri
ranime par son exemple le courage de ses défenseurs, tout plie et
se disperse devant les efforts des assaillants, l'évêque lui-même
disparaît ; il avait pris les habits d'un de ses gens et était allé
se cacher au fond d'un cellier. Le secret de sa retraite fut trahi
on le trouva blotti dans un tonneau, il en fut tiré par les cheveux,
trainé dans le cloître des chanoines, et là, malgré ses supplications
et ses promesses, il tomba frappé d'un coup de hache, qui lui fendit
la tête. Ceux qui s'étaient obstinés à défendre la cause de l'évêque
Gaudri eurent leur part du châtiment ; toutefois, à la tombée du
jour, la justice des défenseurs de la commune de Laon semblait satisfaite,
leur victoire était assurée, quand tout à coup de sinistres lueurs
embrasèrent l'horizon, la ville était en feu; l'incendie, excité
par un vent d'une violence extrême, semblait avoir plusieurs foyers
sur des points éloignés les uns des autres ; dix églises, le palais
épiscopal, le cloitre des chanoines et nombre de maisons particulières
brûlaient à la fois.
Cet événement fut-il un effet du hasard
ou le résultat d'un calcul de Teudegaut, voulant, par les excès
mêmes de la victoire, engager ses concitoyens plus irrévocablement
dans la voie de la résistance, et pensant que la commune ne se fonderait
d'une manière solide et durable que sur un terrain complètement
déblayé ?

Les documents nous manquent pour asseoir un jugement à
cet égard; mais, si la dernière supposition était fondée, il faudrait
convenir que la logique du tribun reposait sur une appréciation
inexacte du caractère des Laonnais. Dès le lendemain, en face des
cadavres mutilés de leurs ennemis, sur les ruines fumantes des demeures
de leurs oppresseurs, ils n'envisagèrent plus qu'en tremblant les
conséquences de la lutte engagée et prirent frayeur de leur triomphe.
Un fils du sire de Coucy, le comte Thomas de Marie, exploita leur
terreur à son profit, en offrant sa protection et l'hospitalité
de ses domaines aux bourgeois qui voudraient fuir les vengeances
du roi. Il ne resta en ville que ceux qui se sentaient le moins
compromis pour ceux-là néanmoins, il n'y eut ni pardon ni pitié,
et les vaincus de la veille exercèrent à froid, contre leurs vainqueurs
repentants, des atrocités qui n'avaient plus même pour excuse le
prétexte de la lutte et l'enivrement du combat.
Cependant, longtemps
contestée, attaquée par la ruse ou la violence des nobles et des
évêques, la charte communale de Laon fut maintenue. Nous ne pouvons
suivre ici toutes les vicissitudes de ses destinées elle régit les
droits de la ville jusqu'en mars 1332 et ne fut remplacée à cette
époque que par une charte de Philippe de Valois, qui, en réalité,
substituait l'autorité royale au pouvoir de l'évêque plus qu'elle
n'amoindrissait les privilèges communaux. Condamné, par le cadre
même qui nous est imposé, à ne pouvoir, pour ainsi dire, qu'énumérer
les titres historiques des villes dont nous nous occupons, nous
ne saurions, cependant, abandonner cette époque de ses annales sans
donner un souvenir à la gloire de ses écoles qu'illustrèrent tant
de savants, tant de prélats distingués, et d'où sortirent des ministres,
des cardinaux et un pape qui régna sous le nom d'Urbain IV. Peu
de villes eurent des destinées aussi agitées que Laon. Un seul chiffre
donnera une idée de ses vicissitudes en 1418, ses remparts soutenaient
leur trentième siège contre Jean sans Peur. La fidélité de ses habitants
ne se démentit pas dans les longues luttes de la France contre les
rois d'Angleterre et les ducs de Bourgogne ; c'est dans leurs murs
que, après la défaite de Saint-Quentin et les désastres de Gravelines,
l'armée française vint se rallier. L'excès du zèle religieux fit
cependant dévier une fois les Laonnois de leur loyauté traditionnelle
menacés par les calvinistes, ils se jetèrent dans la Ligue en 1589,
le cardinal de Bourbon y fut reconnu roi sous le nom de Charles
X, et des monnaies furent même frappées à son effigie.
Henri
IV reprit la ville le 2 août 1594 et y pénétra par la cuve Saint-Vincent
et la porte d'Ardon. En 1673, Laon faillit avoir pour évêque le
vertueux et vénérable Belsunce, qui venait de s'illustrer, pendant
la peste de Marseille, par un dévouement héroïque. Il venait d'être
appelé à ce siège en remplacement de Charles de Saint-Albin, promu
à l'archevêché de Cambrai. Grande fut la joie des Laonnois à cette
nouvelle, mais elle dura peu. Monsieur de Belsunce refusa, et l'on
nomma à sa place Étienne-Joseph de La Fare, fils de l'aimable poète
de ce nom.
L'académicien Duclos, historiographe de France, a
tracé un portrait peu favorable de ce prélat, dont la prodigalité
était excessive, et qui mourut, dit-on, insolvable, ce qui lui valut
cette maligne épitaphe, d'un de ses créanciers sans doute :

Ici git un prélat de prodigue mémoire,
Qui sans cesse
empruntait et jamais ne rendit.
S'il est, Seigneur, dans votre
gloire,
Ce ne peut être qu'à crédit.
Après le règne
de Henri IV, les frontières de la France reculées, l'apaisement
des rivalités féodales donnèrent à Laon paix et sécurité jusqu'aux
invasions qui terminèrent le règne de Napoléon 1er.

Les 9 et 10 mars 1814, l'empereur livra sous les murs de la ville
un combat mémorable, à la suite duquel elle fut occupée par l'ennemi
en 1815, Laon, quoique presque démantelée, soutint un siège de quatorze
jours contre les armées étrangères.
Pendant la guerre de 1870-1871,
le 4 septembre, un parlementaire prussien, précédant trois corps
d'armée, somma la ville de se rendre. La reddition eut lieu le lendemain
; mais la place résistait encore, malgré la menace du prince de
Mecklembourg- Schwerin de faire subir à la ville le sort de Strasbourg.
Cependant, des pourparlers eurent lieu, et la citadelle capitula
; mais au moment où le prince et le général Thérémin, qui commandait
à Laon, allaient signer la capitulation, la poudrière de la citadelle
fit explosion. Il y eut un grand nombre de victimes, tant parmi
les Prussiens que parmi les Français. Croyant à une trahison, le
prince fit arrêter Monsieur Ferrand, préfet de l'Aisne et parla
d'exercer des représailles « dont on se souviendrait, disait-il,
dans mille ans; » mais on sut que cet acte était le fait isolé
d'un vieux garde d'artillerie (Henriot) qui, dans un accès de désespoir,
avait mis le feu aux poudres de la citadelle. Depuis le revers des
armées de l’Empereur Napoléon III, il vivait dans un état d'exaltation
patriotique de nature à étonner ceux qui connaissaient son caractère
froid et résolu. Les Prussiens se contentèrent d'occuper la ville.
Laon située sur une haute colline dont l'Ardon baigne le pied, elle
domine d'une centaine de mètres une plaine vaste et fertile, ses
caves généralement construites à deux étages, présentent un singulier
phénomène elles ont, même dans les chaleurs de l'été, une température
beaucoup plus basse, non seulement que l'air extérieur, mais que
celle des caves de l'Observatoire de Paris. Les principaux monuments
sont la cathédrale, qui date du XIIème siècle, et qui
fut construite avec le produit de quêtes faites dans toute le France
et en Angleterre. Cet édifice est plus remarquable par ses vastes
proportions que par le mérite de son architecture. L'église Saint-Martin,
également du XIIème siècle, moins la façade, qui date
du XIVème siècle, renferme, à l'entrée de sa nef, le
tombeau de Raoul II, sire de Coucy, tué à la bataille de Mansourah
en 1250, en Égypte, aux côtés de saint Louis ; il est représenté
couché dans son armure. Cette ville est la patrie de Bertrade, mère
de Charlemagne, celle qui fut surnommé Berte au Grand Pied.

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