Rodez - Préfecture de l'Aveyron
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Rodez ou Rhodez est d’origine celtique, et
est située sur le penchant d'une colline dont l'Aveyron baigne la
base. C'est l'antique Segodunum (montagne du Seigle), cité des Ruthènes,
comme l'attestent plusieurs fragments trouvés dans le Bourg et dans
le voisinage. César fait mention de cette ville dans ses Commentaires,
et elle figure sur la carte de Peutinger. Il paraît, suivant l'étymologie
de son nom, qu'on y cultivait le seigle. Conquise par les Romains,
qui en firent une colonie, elle prit dans la suite le nom de Ruthena;
d'où celui de Rodez. Il y avait des arènes comme à Nîmes, et un
aqueduc qu'on se propose d'utiliser pour amener dans la ville une
source d'eau.
Il partait de Ruthena trois voies romaines une
dans la direction de Divotta (Cahors), une autre dans celle d'Anderitum
(Javols) la troisième allait aboutir par Condate au pont de Castrum
Ӕmilianum (Millau), d'où, par un chemin oblique et raide, encore
appelé dans le pays Costo Roumivo, Romæ, elle allait se diviser
à L'Hospitalet en deux embranchements, dont l'un conduisait à Rome
et l'autre à Narbonne.
Vers l'an 250, saint Martial vint prêcher
l'Évangile à Ruthena et y jeta les premiers fondements de l'église.
Cependant saint Amans passe pour en avoir été le premier évêque
au Vème siècle. Il y abolit le culte de Ruth, dernier
reste de la religion druidique dans ces contrées. Persécutée par
les Wisigoths, l'église naissante de Ruthena compta plus d'un martyr.
Après les Wisigoths vinrent les Sarrasins, qui la pillèrent. Pendant
tout le temps qu'ils régnèrent dans ce pays, c'est-à-dire pendant
cent soixante ans, elle resta privée d'un pasteur; elle ne se releva
de ses ruines que sous Charlemagne.

Des Sarrasins, Rodez passa aux comtes de
Rouergue. Raymond de Saint-Gilles, l'un d'eux, ayant aliéné à Richard
de Millau la partie de la ville appelée le Bourg, Rodez devint chef-lieu
d'un comté qui s'agrandit successivement et occupa le tiers environ
du Rouergue et quelques territoires limitrophes.. Bien que dévouée
aux comtes de Toulouse, Rodez, ville catholique, refusa de prendre
parti pour les Albigeois, qu'ils protégeaient. Cependant, assiégée
par eux en 1210, elle était sur le point de succomber, quand le
seigneur de Ténière vint la délivrer. Rodez s'obligea par reconnaissance
à payer chaque année et à perpétuité, à lui et à ses descendants,
six florins d'or.
Il y avait alors à Rodez un château qui occupait
l'emplacement et les environs de l'église de Saint- Amans. C'était
la principale résidence du comte. Celui-ci était seigneur du Bourg;
mais l'évêque, de la Cité. Vers le milieu du XIIème siècle,
des dissentiments éclatèrent entre le comte Hugues Il et l'évêque
Pierre; au sujet des tours et des fortifications de la ville, des
foires, de la police, du droit d'hommage que le prélat soutenait
lui être dû par le comte, et autres prétentions respectives. Comme
le fait remarquer un sage écrivain ecclésiastique, « l'amour-
propre et l'ambition jouaient dans ces luttes un bien plus grand
rôle que l'intérêt public. Les gens de l'évêque étaient presque
toujours battus par les chevaliers du comte, souvent il y avait
effusion de sang. L'évêque alors se défendait en lançant contre
ses adversaires les foudres ecclésiastiques et lorsqu'on avait bataillé
de part et d'autre, la cause était soumise à des arbitres, qui mettaient
les parties d'accord. »
A la mort de Pierre, Hugues, frère
du comte Hugues Il, ayant été élu évêque de Rodez, celui-ci, de
concert avec le comte et autres seigneurs, fit établir un impôt
qui fut appelé le commun de paix. Comme les chevaliers seuls
avaient le privilège d'être armés d'épées, et que leurs vassaux
ne pouvaient porter que des bâtons, cette taxe était imposée pour
subvenir aux frais d'une garde qui devait veiller à la sûreté des
chemins, afin de les garantir des brigands, alors fort nombreux
par suite de la guerre qui avait désolé la province.

Sur la demande de l'évêque de Rodez, le
pape Alexandre III confirma le commun de paix par une bulle datée
de 1170. Tous les membres du clergé, les chevaliers, les marchands,
les bourgeois, enfin tout homme, clerc ou laïque, possédant des
bestiaux, devaient payer le commun de paix. Pour une paire de bœufs
ou d'animaux de labour quelconques, pour une bête de somme, soit
cheval, jument, mule ou mulet, 12 deniers ; par bergerie de brebis,
3 deniers autant pour un bœuf seul ou tout autre animal de labour,
ou pour un âne susceptible d'être loué. Tout ouvrier et artisan,
tel que tailleur, forgeron, etc., payait 6, 8 ou 12 deniers, suivant
la décision du curé ; un travailleur de terre, vivant de son salaire,
3 deniers. Le père de famille vivant avec ses fils était dispensé
de payer pour eux ; si ses enfants se séparaient et faisaient la
division du patrimoine, chacun payait pour soi. La taxe se levait
par paroisse. » (Bousquet, Histoire du département de l'Aveyron.)
Tel était ce commun de paix, qui a subsisté jusqu'en 1789.
Au
XIIIème siècle, Rodez eut à lutter contre les prétentions
de Villefranche, qui, quoique nouvellement fondée, aspirait au titre
de capitale du Rouergue.
Dans le siècle suivant, les Anglais
ravageant le pays, on entoura, en 1351, de fortifications la Cité
le Bourg étant suffisamment protégé par le château auquel on avait
ajouté, en 1264, la tour de la Martelllère, qui pendant longtemps
servit de prison.
Cependant, livrée aux Anglais par le traité
de Brétigny, Rodez, pendant sept ans, supporta impatiemment leur
joug. Bientôt, ne prenant conseil que de son courage, elle se leva
et appela aux armes tout le pays. A son exemple, huit cents villes
ou forteresses du Rouergue secouèrent le joug étranger. L'épée de
Du Guesclin fit le reste. Dans la guerre contre les d'Armagnac,
Rodez fut assiégée et prise par le dauphin, plus tard Louis XI (1444).
Cependant, fidèle à la cause catholique comme à la cause royale,
elle souffrit peu des guerres de religion et repoussa toujours les
huguenots.
Richelieu et Louis XIII la visitèrent en 1630. Depuis
ce temps, à part le procès du malheureux Fualdès, dont la fin tragique
a donné lieu à une complainte célèbre, modèle du genre, rien n'est
venu troubler la tranquillité de cette ville.

Au XIVème siècle, Rodez était
le siège d'une sénéchaussée qui fut plus tard érigée en sénéchaussée
royale. Villefranche, rivale de Rodez, s'opposa en vain à cette
érection ; elle fut confirmée en 1635.
Rodez est située sur la
rive droite de l'Aveyron, qui coule rapidement et presque circulairement
dans les gorges qui entourent ses anciens remparts. On y remarque
d'assez belles places publiques, des boulevards ombragés d'arbres
et des promenades agréables d'où la vue s'étend sur un paysage varié.
Bien que l'air y soit vif et pur, cette ville a été six fois ravagée
par la peste. Avant ces calamités, elle avait eu à souffrir de la
famine en 975, 1028, 1029, 1030 et 1259 ; enfin, en 1555 et en 1750,
on y ressentit deux tremblements de terre assez forts.
Rodez
ne possède qu'un seul édifice vraiment remarquable, la cathédrale.
Commencée en 1277 sous la surveillance d'un chanoine-ouvrier chargé
d'inspecter les travaux, elle ne fut achevée que vers le milieu
du XVIème siècle, sous l'épiscopat du cardinal d'Armagnac.
C'est un bel édifice d'architecture gothique, bâti sur les ruines
de l'ancienne métropole. « Il est, dit AI. Bousquet, en forme de
croix latine vingt-sept chapelles rayonnent autour de l'église et
forment une dernière enceinte parallèle aux bas-côtés. La hauteur
de ses voûtes, la teinte des pierres, le jour sombre, le retentissement
de la voix, tout annonce le génie qui a présidé à la construction
de cette église. » Dans la nuit du 28 avril 1510, le feu ayant consumé
l'ancien clocher, qui était en bois, on le remplaça par une magnifique
tour de plus de 81 mètres d'élévation et qu'on aperçoit à 72 kilomètres
de distance. Cette tour s'élève à l'extrémité du flanc septentrional
de l'église. D'abord carrée, puis surmontée par une tour octogone
flanquée de quatre tourelles, qui posent sur les angles de sa base,
elle est couronnée par une coupole qui contient le timbre de l'horloge
et sert de piédestal à une statue colossale de la Vierge. Pendant
la Révolution, des vandales eurent l'idée de la détruire. Quelques
amis des arts s'avisèrent, pour la sauver, de la dédier à Marat,
et ce nom la fit respecter. L'église Saint-Amans, qui date du XIème
siècle, a été complètement remaniée à l'extérieur. Le palais épiscopal,
construit au XVIIème siècle, a été agrandi en 1875.
Rodez
a pour devise CIVITAS RUTHENA DEO FIDELIS ET REGI SEMPER.

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