Bourges - Préfecture du Chers
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Bourges (Avaricum, Civitas Biturigensium,
Bituriges).
Sans nous arrêter à la fable qui attribue la fondation
de cette ville à Gomer, fils de Japhet et petit-fils de Noé; le
premier historien qui en fasse mention est César, qui la désigne,
dans ses Commentaires, sous le nom d'Avaricum, « la plus forte place
des Bituriges, sur le territoire le plus fertile. » Avaricum était,
en effet, la métropole des Bituriges auxquels les Romains donnèrent
le nom de Cubi (d'après la forme cubique de leurs habitations),
pour les distinguer d'une autre nation de Bituriges, les Vivisci,
qui occupaient les embouchures de la Garonne. Les Bituriges avaient
soumis la plupart des tribus leurs voisines et étaient alors un
des peuples les plus puissants de la Gaule celtique. Ils avaient
habilement choisi l'emplacement de leur cité en l'établissant sur
un plateau dont le pied était protégé par des marais et par le débordement
de deux petites rivières, l'Auron et l'Yèvre, qui sortaient des
forêts voisines.
Souvent exposés aux rivalités qui, pendant
plusieurs siècles, armèrent les uns contre les autres les peuples
de la Gaule et finirent par la livrer aux aigles romaines les chefs
des Bituriges avaient fortifié leur ville, qui bientôt était devenue
la plus importante de cette partie de la Gaule. Protégée par une
citadelle, elle renfermait des approvisionnements de toute sorte,
et, lorsque les Gaulois connurent l'usage des monnaies, il paraît
qu'un atelier monétaire fut établi dans cette ville ; on possède,
en effet, quelques petites pièces de bronze représentant, d'un côté,
un sanglier avec la légende AVARICO, et de l'autre un cavalier courant
à gauche.
C'est dans cette ville que régnait Ambigat, et c'est
sans doute sous ses murs que furent rassemblées les bandes gauloises
qui, 615 ans avant notre ère, s'en allèrent au loin chercher, sous
la conduite de Sigovèse et de Bellovèse, une autre patrie, étonnant
le monde par leur courage.
Lorsque César fit la conquête des
Gaules, on sait quelle fut l'héroïque tentative de Vercingétorix,
le vaillant chef des Arvernes, pour rendre à la liberté sa patrie
opprimée; la fortune trahit son courage. Battu à Vellodunum, à Genabum
et à Noviodunum, il prit le parti extrême de brûler toutes les places
que leur position ou la faiblesse de leurs fortifications ne pouvait
préserver d'une attaque ; il craignait que les traîtres n'y trouvassent
un refuge et qu'elles ne servissent de place d'armes aux Romains.
Plus de vingt villes des Bituriges furent ainsi livrées aux flammes
dans un même jour, et l'on délibérait sur l'opportunité de faire
subir le même sort à Avaricum, lorsque les Bituriges demandèrent
qu'on épargnât leur ville, l'une des plus belles de la Gaule, se
proposant de la défendre jusqu'à la dernière extrémité.
Mais
bientôt César, qui était en Italie, accourut, délivra la province,
écrasa les Arvernes et vint mettre le siège devant Avaricum. « Protégée
par ses retranchements naturels, l'Auron, l'Yèvre, le Moulon, l'Yévrette
et les marais, la capitale des Bituriges n'était accessible que
par le point où se trouve aujourd'hui la porte Bourbonnoux. César
plaça donc son camp sur l'étroit terrain qui bordait la rivière
et les marais. En vingt-cinq jours, il éleva une terrasse qui dominait
les murailles de la ville.

Elle résista d'abord vigoureusement
mais, n'étant point secourue, elle fut prise d'assaut par les Romains,
qui étaient exaspérés d'une résistance inattendue. Azaricum fut
alors livrée aux horreurs de la guerre les ennemis, furieux d'une
trop longue résistance, n'épargnèrent ni l'âge ni le sexe, et de
quarante mille personnes enfermées dans la place, huit cents, qui
s'étaient enfuies aux premiers cris d'alarme, parvinrent seules
au camp de Vercingétorix. César trouva dans la ville une grande
quantité de vivres et des richesses nombreuses ; il s'y arrêta jusqu'à
la fin de l'hiver pour refaire ses troupes. Bourges devint alors
une ville romaine, capitale de l'Aquitaine on releva ses murs, on
y construisit des aqueducs, des temples et des amphithéâtres.
Au XVIème siècle, on voyait encore des traces de ces
derniers édifices ; mais au XVIIème on en combla l'emplacement
pour y faire la place de Bourbon. La ville prit alors le nom de
Biturica ou Bituriges.
Elle devint bientôt l'un des centres manufacturiers
les plus importants de la Gaule on y tissait le lin et le chanvre;
on y fabriquait toutes sortes d'instruments et d'ustensiles avec
les métaux que l'on tirait de ses environs; enfin, plusieurs voies
romaines, celles d'Augustodunum (Autun), de Cœsarodunum (Tours)
et de Lemovices (Limoges), qui venaient aboutir à Bituriges, servirent
à l'exportation des produits de cette industrieuse cité dans les
différents pays de la Gaule. Au IVème siècle de notre
ère, à la veille des grandes invasions, la ville fut de nouveau
fortifiée. « Les monuments publics, les arcs de triomphe, les temples,
les arènes, en partie, furent, dit Monsieur de Saint-Hippolyte,
sacrifiés au besoin de la défense. Les fondations des murs furent
formées de cinq ou six assises de grosses pierres, futs de colonnes,
chapiteaux, frises, entablements, bas-reliefs, blocs couverts d'admirables
sculptures ou à peine ébauchés, entassés pêle-mêle, sans ciment,
sans ordre apparent, et non point cependant sans art. La partie
de la muraille gallo-romaine, qui se développait au-dessus du sol,
était bâtie en emplecton ou petit appareil à assises en briques
tantôt placées à plat, tantôt figurant quelques ornements

Cette
enceinte, tracée sur le plan dressé par le géographe De Fer en 1705,
est encore visible, mais de moins en moins chaque année, le long
de l'esplanade Saint-Michel et dans le jardin de l'Archevêché.
Lorsque le monde romain devint la proie des barbares, Bourges
tomba successivement au pouvoir des Huns et des Wisigoths; au moment
de la grande invasion de 406, elle avait déjà eu à souffrir du passage
des Vandales et des Suèves. Cependant l'autorité romaine parvint
à s'y maintenir jusqu'à l'année 470, époque à laquelle les Wisigoths,
qui jusqu'alors ne s'étaient présentés dans le pays que comme déprédateurs,
y parurent en conquérants. Ils avaient pour roi Euric, le père d'Alaric
II, ce prince parut à la tête de ses bandes redoutables; en vain
le comte, qui représentait l'autorité romaine de la cité, appela-t-il
à lui les vieux légionnaires qui résidaient dans la province, en
vain convoquât-il les jeunes gens en état de porter les armes; il
fut battu, repoussé, et les Wisigoths se répandirent bientôt dans
la ville, au grand désespoir de l'évêque et de la population chrétienne,
qui redoutaient les vainqueurs, à cause de leurs doctrines hérétiques;
on sait, en effet, que les Wisigoths étaient ariens. Mais le triomphe
des Wisigoths ne fut pas de longue durée. L'Église d'Aquitaine eut
un protecteur, et Dieu se servit d'un barbare pour venger ses serviteurs
de la domination des barbares. Clovis fit un jour entendre ces redoutables
paroles « Je supporte avec grand chagrin que ces Goths ariens possèdent
une excellente partie des Gaules. Allons, avec l'aide de Dieu ;
nous les vaincrons, et nous réduirons leur terre en notre puissance.
L'effet suivit la menace. En l'an 706, Alaric II tombait dans les
plaines de Vouillé, et avec lui la domination des Wisigoths dans
les pays compris entre la Garonne et la Loire. Bourges, imitant
l'exemple des grandes cités, ouvrit avec enthousiasme ses portes
à celui qui avait invoqué à Tolbiac le Dieu de Clotilde et passa
ainsi sous la domination franque.
Cette ville reçut alors des
comtes pour gouverneurs et ils étaient révocables selon la volonté
royale. Après la mort de Clovis, Bourges dépendit du royaume d'Orléans,
qui échut en partage à Clodomir elle passa ensuite à Clotaire Ier,
puis à son fils Gontran, roi de Bourgogne, et enfin à Clotaire II,
qui réunit sous son sceptre les différents royaumes francs.
Au temps où cette ville dépendait du royaume de Bourgogne, en 584,
elle fut envahie et en partie détruite par les bandes armées de
la Touraine, du Poitou et de l'Anjou, qui voulaient punir Gontran
de s'être emparé de leur territoire au détriment de Childebert,
fils de Sigebert. L'année suivante, en 585, on rencontre pour la
première fois dans l'histoire le nom d'un comte de Bourges, le comte
Odon, qui, resté fidèle à Gontran, lors de l'insurrection tentée
dans le midi de la France par l'aventurier Gondowald, s'empara de
celui-ci de concert avec le comte de Provence, Gontran-Boson, et
le fit lapider sous les murs de Saint-Bertrand-de-Comminges où il
s'était d'abord retiré. Bourges servit de séjour au roi Pépin, vers
l'année 768, au moment où il faisait aux Aquitains cette longue
guerre que Charlemagne devait seul terminer.
Cette ville dépendait
de l'Aquitaine, il s'en empara, en fit son quartier général, y résida,
et l'on dit même qu'il y fit élever un palais et de nouvelles murailles,
depuis la porte Bourbonnoux jusqu'à la porte appelée de son nom
la porte Charlotte (aujourd'hui la porte Saint-Louis).

La ville,
du reste, prenait chaque jour de nouveaux accroissements, et l'on
y battait monnaie. Elle avait eu jusqu'en 817 des comtes; à cette
époque, elle fut administrée par des vicomtes qui furent soumis
à l'autorité royale; elle reçut dans ses murs Charles le Chauve,
en l'année 849, son fils Charles, mort en bas âge, y fut même enterré
en 866, dans l'église du monastère de Saint-Sulpice. Prise par les
Normands en 868, disputée aux comtes d'Auvergne et aux descendants
des ducs d'Aquitaine par les successeurs de Charlemagne, qui y avaient
des vicomtes souvent en révolte ouverte contre eux, Bourges, au
moment de la première croisade, fut, ainsi que nous l'avons dit,
vendue pour soixante mille sous d'or par Herpin ou Eude au roi Philippe
Ier. Ce prince vint en l'an 1002 visiter sa nouvelle
acquisition. Louis VI, son successeur, y séjourna plusieurs fois,
et le roi Louis VII, déjà duc d'Aquitaine par son mariage avec Éléonore,
déjà couronné à Reims, s'y fit couronner pour la seconde fois dans
une cour plénière, le jour de la nativité du Seigneur. Les principaux
seigneurs, ecclésiastiques et laïques, de France et d'Aquitaine,
assistèrent au couronnement et aux réjouissances qui l'accompagnèrent
; ce furent les vrais états généraux de la féodalité. Pendant l'absence
du roi, parti pour la terre sainte, quelques mécontents essayèrent
de soulever le Berry et de s'emparer de Bourges ils parvinrent même
à pénétrer dans la Grosse-Tour, citadelle de la ville, dont on rapportait
la construction à Charlemagne ; mais ils furent bientôt réduits
à l'obéissance par la sage attitude de l'abbé Suger, régent de France,
et par le retour du roi. Celui-ci fut plus d'une fois appelé à Bourges
pour protéger la ville contre les prétentions du roi d'Angleterre,
Henri Il, qui la réclamait comme ayant fait partie du duché d'Aquitaine
que la reine Éléonore lui avait apporté en dot après son divorce
avec Louis VII à Beaugency.
Philippe-Auguste comprit de quelle
importance était pour lui la conservation de cette belle cité, qui
commandait la frontière méridionale de ses États; aussi, pendant
ses longues guerres avec Henri II, y tint-il toujours une bonne
garnison; à cette époque, la vieille forteresse de Charlemagne qui
protégeait la ville menaçait ruine il la fit abattre et remplacer
par une tour plus forte ou donjon qu'environnaient quatre autres
tours reliées entre elles par des courtines garnies de mâchicoulis
et protégées par des fossés. Pendant la guerre des Albigeois, il
chargea l'archevêque Simon de Sùlly de conduire un renfort de troupes
au comte de Montfort.
C'est dans la ville de Bourges que s'ouvrit,
en 1225, sous le règne de Louis VIII, le concile où l'on décida
une nouvelle expédition contre les Albigeois. Bourges avait, en
1253, Philippe Berruyer pour archevêque, lorsque éclata contre lui
un soulèvement dont les historiens ne nous ont pas rapporté la cause.
Les portes de son palais furent forcées, ses appartements furent
ravagés, et lui-même reçut de violents outrages. Le roi Louis IX
(saint Louis) fit alors arrêter les principaux habitants de Bouges
et les condamna à une forte amende. Tandis que le pieux roi combattait
au loin les infidèles, la France vit son repos troublé en 1251 par
les pastoureaux, aventuriers armés sous le prétexte d'aller délivrer
la terre sainte,.et qui commettaient mille déprédations sur leur
passage. Les portes de la ville leur ayant été ouvertes par quelques
citoyens en dépit de l'archevêque, ils y pénétrèrent en grand nombre,
dit l'historien Matthieu Pâris, tandis que le reste demeurait au
dehors parmi les clôtures des vignes. Leur chef, qui s'appelait
le Grand Maître de Hongrie, pénétra d'abord dans les synagogues
des juifs, les dévasta et pilla leurs biens mais, à quelques jours
de là, comme il prêchait devant la multitude, on trouva qu'il ne
remplissait pas ses merveilleuses promesses, et que les miracles
qu'il annonçait comme signes de sa mission n'étaient que fourberie.
Un bourreau, aposté parmi le peuple, frappa le maître d'une hache
à deux tranchants et lui fit sauter la cervelle. Au même instant,
le bailli royal de Bourges et ses hommes d'armes fondirent sur les
ribauds qui escortaient le maître de Hongrie et les dispersèrent;
son corps fut abandonné aux chiens dans un carrefour, puis pendu
par les reins aux piliers de justice de la cité. Selon Guillaume
de Nangis, le maître ne fut pas tué dans la cathédrale de Bourges,
mais hors de-la ville, après qu'il, en fut sorti avec ses gens.
Celle-ci présentait alors l'aspect des grandes cités de France;
ses rues étaient étroites et tortueuses, les maisons ou logis mal
alignés n'avaient guère que deux étages empiétant sur la voie publique,
et leurs pignons ouvragés laissaient à peine pénétrer l'air et le
soleil. Sauf les grandes voies charretières couvertes de pierres
inégales, les rues n'étaient pas pavées, et dans leur fange se vautraient
des porcs, qui souvent causaient des accidents. Un arrêt du parlement
de 1268, rendu en présence de saint Louis, porte que, sur la plainte
de beaucoup de personnes, les porcs seront expulsés de la ville
parce qu'ils la remplissaient d'ordures. Philippe le Bon séjourna
plusieurs fois à Bourges ; il y convoqua même, en 1317, les états
généraux du Languedoc, pour en obtenir les subsides nécessaires
la continuation de la guerre de Flandre, ce lourd héritage que lui
avait légué son père Philippe le Bel. La vieille cathédrale n'était
plus depuis longtemps ca rapport avec l'importance de la cité ;
le zèle des fidèles, la piété des archevêques avaient doté la ville
du magnifique monument que nous admirons aujourd'hui. Commencée
au Xème siècle, elle fut inaugurée le 5 mai 1324. Le
roi Jean affectionnait Bourges ; il donna cette ville, ainsi que
nous l'avons dit, à son troisième fils Jean; mais elle faillit lui
échapper, car le Prince Noir, fils d'Édouard III, vint l'assiéger
à la tête de deux mille hommes d'armes et de six mille archers.
Il allait s'en emparer, grâce à la trahison d'un nommé Petiot Menais,
lorsque les habitants, unis à la garnison, le chassèrent du rempart
et des faubourgs qu'il incendia en se retirant. Le duc de Berry,
devenu très puissant et très influent dans le Midi par son mariage
avec une des filles du comte d'Armagnac, prit une part active aux
événements politiques qui illustrèrent le règne de Charles V et
assombrirent celui de Charles VI ; néanmoins, il avait pris au sérieux
son titre de duc de Berry, et la ville de Bourges lui dut des embellissements
et des fondations nouvelles nous avons déjà cité, parmi ces dernières,
la fondation d'une Sainte-Chapelle aujourd'hui détruite. Craignant
que sa bonne ville ne fût encore exposée aux ravages des Anglais,
il fit réparer la Grosse-Tour en 1374 et augmenter ses fortifications
il s'était fait construire dans la ville un palais magnifique, où
se tinrent dans la suite les grandes assemblées de la province ;
il n'en reste plus que des débris informes.
Le duc Jean de Berry
s'étant déclaré pour les Armagnacs contre la faction des Bourguignons,
pendant les troubles qui, sous Charles VI, désolèrent la France,
le duc de Bourgogne, traînant à sa suitel e pauvre roi insensé vint
au mois de juin 1412 l'assiéger dans Bourges. La ville était défendue
par une nombreuse garnison les ducs de Bourbon, d'Armagnac, d'Orléans
étaient auprès de Jean de Berry; après un mois de siège infructueux,
les conférences s'ouvrirent et une trêve fut signée, grâce à l'intervention
d'Amédée VIII, duc de Savoie, et de l'archevêque, La ville avait
néanmoins souffert du siège, et quelques-uns de ses plus vieux monuments
s'écroulèrent aux atteintes des lourds boulets de pierre et de fonte
de l'artillerie royale.
Sous le règne de Charles VII, Bourges
fut un instant la capitale de la France, et toutes les cours du
roi siégèrent souvent dans le palais de Jean le Magnifique; la reine
Marie d'Anjou y demeura pendant la guerre des Anglais, Louis XI
y vint au monde. Mais l'homme dont le nom est le plus mêlé à l'histoire
de la ville de Bourges, à cette époque, est Jacques Cœur, né près
de Montpellier ; établi de bonne heure à Bourges, il s'y livra au
négoce et afferma la monnaie de cette ville; nommé argentier du
roi, il eut, grâce aux gains immenses qu'il faisait, l'occasion
de prêter des sommes importantes au besogneux Charles VII; il lui
fournit même, dit-on, les sommes nécessaires à la levée des troupes
qui chassèrent les Anglais de la Normandie. Sa famille parvint à
une haute fortune, et son fils, Jean Cœur, fut archevêque de Bourges.
Mais le célèbre argentier vit bientôt l'envie, la disgrâce et la
ruine fondre sur lui, et il dut s'estimer heureux, après avoir subi
la question, d'être condamné en 1454 à un bannissement perpétuel.
C'est dans la ville de Bourges que fut signée, en 1438, la Pragmatique
Sanction, ordonnance célèbre fondée sur les décrets du concile de
Bâle, qui établissait les libertés de l'Église gallicane et s'opposait
aux exactions de la cour de Rome. Charles VII aimait Bourges et
il accorda la noblesse aux maire et échevins de cette ville ; il
y résida souvent avec la belle Agnès Sorel, qu'il appelait la Dame
de beauté; il y reçut plusieurs fois les ambassadeurs étrangers
et y donna de grandes joutes et tournois, notamment en 1460. Après
la funeste mort de son père, à laquelle l'histoire l'accuse d'avoir
contribué, LouisXI parut vouloir traiter favorablement sa ville
natale en lui accordant une Université, à la demande de son jeune
frère Charles, alors à peine âgé de dix-sept ans. Elle fut inaugurée
solennellement dans la cathédrale le 30 mars 1469. Cette université
devint bientôt célèbre, et, parmi les élèves et professeurs dont
elle s'enorgueillit à juste titre, nous citerons Alciat, Douaren,
Cujas, Hotman, Jean Calvin, Théodore de Bèze et le grand Condé.
Lors de la guerre dite du Bien public, la ville de Bourges s'insurgea
; mais elle dut bientôt rentrer dans le devoir. Louis XI, après
y avoir fait une entrée solennelle en 1466, donné des fêtes et d'abord
flatté l'amour-propre des bourgeois, leur laissa pour adieu une
augmentation de tailles et d'impôts ceux-ci se soulevèrent de nouveau
; alors ce prince abolit le régime municipal dans la cité et lui
substitua un maire et douze échevins à sa nomination. Cette petite
révolution intérieure ne s'accomplit pas, comme on le pense, sans
qu'on pend it quelques-uns des plus mutins. La peste, vers la fin
du règne de Louis XI, ravagea plusieurs fois la ville ; mais le
mal causé par ce fléau fut loin d'égaler celui que produisit le
grand incendie du jour de la Madeleine de 1487, 10 abbayes, plus
de 3 000 maisons devinrent la proie des flammes ; cet incendie rappela
par ses désastres celui de 1353 qui avait à moitié détruit la ville.
Le commerce de Bourges, alors florissant, ne s'en releva pas ; les
fabricants de draps, dont le nombre était considérable, portèrent
ailleurs leur industrie. Lyon et Lille furent les villes qui gagnèrent
le plus à ce terrible malheur.
Ce fut dans la Grosse-Tour de
Bourges que fut enfermé Louis d’Orléans, à la suite de la guerre
folle. Cette forteresse servait, depuis le règne précédent, de prison
d'État le cardinal La Balue, le comte de Saint-Pol y avaient été
enfermés, et le capitaine qui la commandait recevait des gages aussi
élevés que ceux du capitaine de la Bastille de Paris. Anne de Beaujeu,
régente de France, et son frère le roi CharlesVIII vinrent séjourner
à plusieurs reprises dans l'antique capitale du Berry. Louis d'Orléans,
devenu roi sous le nom de Louis XII, rendit Bourges à la pieuse
et sage Jeanne de France, qu'il venait de répudier, oubliant celle
qui avait volontairement partagé sa captivité dans la Grosse-Tour.
Celle-ci s'enferma dans le palais qu'avait fait construire Jean
le Magnifique, frère de Charles V, et ne se fit connaître que par
ses vertus et sa charité. Nous avons déjà dit qu'elle avait créé
l'ordre des Annonciades ; elle fit aussi bâtir le collège Sainte-Marie,
aujourd'hui le lycée national. Pendant la grande peste qui désola
la ville en 1500, le pieux dévouement de cette princesse la fit
bénir de tous les habitants. Aujourd'hui encore, son nom est populaire
dans la ville de Bourges. Louis XII jura, en 1508, dans la Sainte-Chapelle
de Bourges, le traité de la ligue de Cambrai, préparé par son ministre
Georges d'Amboise ; son entrée dans la ville avait été l'occasion
de grandes fêtes et de grandes cérémonies, et la caisse municipale
avait fait les frais des riches présents qui lui furent offerts.
François Ier ayant cédé le Berry à sa sœur Marguerite
d'Angoulême, celle-ci se rendit à Bourges, y reçut magnifiquement
son frère et lui donna, dans les fossés des Arènes, le curieux spectacle
du mystère de la Passion. On lui doit la rédaction de la coutume
de Bourges ; mais la présence de cette femme légère et spirituelle
dans cette ville dut beaucoup contribuer à la propagation du protestantisme.
Jean Calvin, qui avait étudié à l'université, y composa, dit-on,
la plus grande partie de son fameux livre de l’Institution chrétienne.
Les troubles causés par la différence de religion commencèrent à
Bourges en 1561. Montgomery, à la tête des protestants, s'empara
de la ville en 1562, et pendant trois mois il la livra aux bandes
calvinistes qui dévastèrent les abbayes, pillèrent les églises et,
dans leur fureur sacrilège, profanèrent les magnifiques tombeaux
de saint Ursin, de saint Guillaume, du duc Jean le Magnifique et
de la vertueuse Jeanne de France. Après leur expulsion, Charles
IX, qui séjourna un instant à Bourges, put voir, aux ruines fumantes
qu'il y trouva encore, quelles avaient été les souffrances de l'ancienne
métropole de l'Aquitaine. Les funestes journées de la Saint-Barthélemy
ensanglantèrent aussi la ville. Les catholiques firent main basse
sur les protestants, qu'ils emprisonnèrent dans différents endroits,
et dont ils pillèrent les maisons; le 10 septembre ils réunirent
toutes les victimes dans les prisons de l'archevêché, et le lendemain,
à onze heures du matin, une bande d'assassins, conduite par un échevin
et par son frère, se rendit à l'archevêché, où elle massacra tous
les prisonniers, dont les corps vinrent bientôt encombrer les fossés
de la ville du côté du Bourbonnoux. C'est alors que les jésuites
parvinrent, lorsque le calme fut un peu rétabli, à s'emparer du
collège et de l'université. Dans le cours de l'année 1583, Bourges
fut encore décimée par la peste, et plus de 5,000 personnes succombèrent,
dit-on, atteintes de ce redoutable fléau.
Après la journée des
états de Blois, le jeune duc de Guise fut proclamé roi de France
dans la cathédrale de Bourges par l'archevêque. La ville tint pour
la Ligue jusqu'en 1594 ; le seigneur de La Châtre la rendit ou plutôt
la vendit à Henri IV pour 890 000 livres. Les protestants se virent
cependant encore maîtres de Bourges en 1590 et en 1615 ; mais le
comte de Montigny la reprit à la tête de l'armée royale. Ce fut
le dernier événement militaire qui troubla la ville ; elle refusa
de prendre parti pour le prince de Condé, son gouverneur. Lors des
troubles de la Fronde, le roi Louis XIV y fit son entrée solennelle
au mois d'octobre 1651 et confirma ses privilèges. C'est alors que
fut détruite la Grosse-Tour, monument féodal témoin de tant d'événements,
qui dominait la ville et qui avait servi tantôt de prison d'État,
tantôt de refuge et de place d'armes aux gouverneurs révoltés. Une
perte plus sensible pour les archéologues et les amis des arts fut
celle de la Sainte-Chapelle et du palais royal construit par le
duc Jean, qui furent détruits et ruinés par un terrible incendie
en 1693. En 1730, tout un quartier, celui de l'Auron, fut aussi
dévoré par les flammes, et la ville de Bourges se ressentit pendant
longtemps de ce sinistre. Les règnes de Louis XV et de Louis XVI
ne marquent guère dans les annales de Bourges que par des faits
secondaires.
Pendant cette période, elle essaye de trouver dans
l'industrie de ses fers et le commerce de ses laines de nouveaux
éléments de prospérité pour sa population sage et réfléchie. La
Révolution y marqua, ainsi que dans toute la France, des mauvais
jours ; le terrorisme y déploya ses rigueurs, et l'échafaud fut
teint du sang de plus d'un innocent. Parmi les victimes les plus
illustres, nous citerons le comte de Gamaches, qui descendait d'une
des plus anciennes familles du pays. Le dictateur révolutionnaire
de la cité était le représentant du peuple Laplanche, qui convertit
l'église Saint-Étienne en temple de la Raison, souilla les autres
églises, fondit les cloches et taxa ceux qu'il appelait des aristocrates.
Bourges paya son contingent de braves aux armées de la République,
du Consulat et de l'Empire et lorsque la fortune eut trahi leur
courage, les soldats de Waterloo, devenus soldats de la Loire, trouvèrent
un accueil fraternel dans la vieille cité berrichonne. Depuis, cette
ville a subi le mouvement commun, et les révolutions de 1830, de
1848 et de 1870 l'ont surprise au milieu des actives occupations
d'une industrie prospère, la création de canaux et de nouvelles
routes, et de nouveaux chemins de fer. Le séjour de don Carlos,
prétendant à la couronne d'Espagne, l'émotion temporaire causée
par quelques grandes assises politiques, ont seuls pu tirer du calme
où elle était plongée l'antique Avaricum, la ville métropolitaine
de l'Aquitaine, Bourges, à qui la France tiendra toujours pour honneur
d'être restée française et la capitale du roi de Bourges, alors
que les Anglais nous menaçaient de la servitude. Bourges est agréablement
située sur les deux versants d'un coteau, à la jonction des rivières
d'Auron, d'Yèvre et d'Yévrette ses anciens remparts ont été convertis
en promenades publiques, et l'antiquaire rencontre encore, de loin
a en loin, quelque trace de son enceinte gallo-romaine et quelques-unes
de ses tours féodales. Les rues y sont, en général, larges et bien
aérées ; les maisons peu élevées, souvent entre cour et jardin,
donnent à la ville une étendue considérable. Les boulevards Saint-Sulpice,
Saint-Paul, le cours Saint-Louis, le cours Sainte-Marie forment
de jolies promenades ; la place Séraucourt, celle de Saint-Pierre
et le jardin de l'archevêché sont agréablement plantés d'arbres
; le cours Saint-Louis est aussi fort fréquenté.
La cathédrale,
dédiée à saint Étienne, tient la première place parmi les monuments
les plus remarquables de Bourges ; elle a été construite au XIIIème
siècle sur les fondations d'une basilique plus ancienne, devenue
insuffisante pour les besoins de la cité. Ses deux tours, dont l'une,
celle du Sud, est restée inachevée, couronnent majestueusement le
plateau sur les flancs duquel s'étage la ville de Bourges. L'église
Notre-Dame, bâtie en 1157, détruite par l'incendie de 1487 et reconstruite
en 1520 ; l'église Saint-Bonnet, bâtie en 1250 et reconstruite en
1510, sont aussi dignes d'attention ; l'antiquaire admire dans cette
dernière de fort beaux vitraux. Bourges possède, en outre, les restes
de plusieurs autres églises supprimées par la Révolution et transformées
en granges, magasins ou brasseries. Citons encore l'archevêché,
dont le pavillon qui contient le grand escalier, la chapelle, les
grands appartements et le jardin dessiné par Le Nôtre sont fort
beaux; mais il serait difficile de reconnaître dans l'hôtel de la
préfecture quelques-uns des restes appréciables de l'ancien palais
des ducs de Berry. Un monument qui arrêtera le touriste, et qui,
malgré quelques maladroites réparations, conserve encore le cachet
de son époque, est l'ancien hôtel de Jacques Cœur, aujourd'hui le
palais de justice ; il a été construit en 1443 et décrit par tous
les historiens et les archéologues qui ont laissé quelques écrits
sur Bourges. La maison des Lallemant, improprement appelée la maison
de Louis XI, est aussi une délicieuse construction qui date de la
Renaissance. Nous citerons encore, parmi les maisons particulières,
la maison de Cujas, dans la rue des Arènes. Le petit lycée occupe
les bâtiments de l'ancien hôtel de ville, le nouvel hôtel de ville,
ceux de l'ancien hôtel de la Porte ; la caserne, ceux de l'ancien
grand séminaire, et c'est dans ses jardins que l'on reconnaît la
position de la fameuse Grosse-Tour dont les pierres étaient taillées
à face de diamant.
Bourges possède une bibliothèque de 20 000
volumes, un musée, le musée de Jacques Cœur, un théâtre, un hôpital
général, un lycée, de belles halles, de vastes casernes et un grand
abattoir. Sur l'une des places de la ville s'élève la statue en
bronze du célèbre argentier Jacques Cœur, par Préault.
La Lettre du Promeneur

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