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Saint Brieuc


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Plan de Saint Brieuc
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Folklore Breton

Saint-Brieuc, selon quelques savants, serait l'ancienne Bidue ou Biduce; capitale des Biducassi, dont il est question dans la géographie de Ptolémée. Mais il est reconnu aujourd'hui que les Biducassi étaient un peuple de Normandie habitant les environs de Caen. Aussi doit-on préférer l'opinion plus accréditée qui, dépouillant Saint-Brieuc de cette superbe antiquité, place son origine seulement au Vème ou même au VIème siècle. A cette époque arriva d'Angleterre un saint homme nommé Brioc, en latin Briocus, Briocius, Briomalcus.Ce vénérable personnage, que nous appellerons désormais saint Brieuc, avait été disciple de saint Germain. Quel saint Germain, Saint Germain d'Auxerre, qui vivait au Vème siècle, ou saint Germain de Paris, qui vécut au VIème ? De la solution de ce problème insoluble dépend la date de la fondation de Saint-Brieuc, fixée en 480 par dom Lobineau et en 556 par Albert le Grand. Quelle que soit de ces deux dates la véritable, le saint homme, ayant débarqué sur la côte septentrionale de l'Armorique, se trouva en pays de connaissance. Le maître du lieu était aussi un Breton fugitif, et de plus, le propre cousin de saint Brieuc ; il se nommait Rigwal ou Rivallon. La reconnaissance fut touchante. Rigwal céda à son parent sa propre maison, située dans un lieu couvert de bois, et appelée la Vallée Double, à cause des deux cours d'eau du Gouët et du Gouëdic (Petit- Gouët), qui le traversaient.
Saint Brieuc y bâtit un monastère et s'appliqua dès ce moment, avec ses disciples, à détruire dans la contrée ce qui subsistait encore de l'idolâtrie. La célébrité de ces pieux solitaires attira bientôt autour d'eux de nombreux zélateurs, qui vinrent chercher sous les murs de leur monastère une sécurité dont on ne jouissait guère, à cette époque si troublée, qu'autour des églises et des couvents. Des maisons s'élevèrent. La mort de saint Brieuc, loin de diminuer le concours des fidèles, ne fit que l'augmenter par les miracles qui éclatèrent sur son tombeau. Telle est l'origine de la ville de Saint-Brieuc, qui ne pouvait porter à plus juste titre le nom du saint personnage dont nous venons de raconter l'histoire. La règle que saint Brieuc établit dans son monastère était celle des grands moines d'Orient. Il l'avait sans doute apprise de saint Germain, son maître, et l'avait imposée déjà au monastère de Grande-Lann, fondé par lui en Angleterre avant son émigration. L'abstinence, le travail des mains, la simplicité des vêtements, l'éloignement du monde étaient les principales obligations de cette règle, que les moines de Saint-Brieuc ne paraissent avoir abandonnée que pour adopter, au VIIIème, ou au IXème siècle, celle de Saint-Benoît, qui triomphait alors dans tout l'Occident.
On a discuté beaucoup sur l'époque de la fondation de l'évêché de Saint-Brieuc.
Une inscription trouvée en 1210 dans la châsse du saint l'appelle episcopus Britanniæ, et, d'autre part, la chronique de Nantes déclare que l'évêché de Saint-Brieuc ne fut fondé qu'au IXème siècle par Noménoë. Cette difficulté nous semble avoir été levée par l'auteur des Annales Briochines. Selon lui, saint Brieuc ne fut point évêque diocésain, mais, suivant un usage alors fort répandu, principalement en Angleterre, il fut du nombre de ces évêques régionnaires ou chorévèques, qui exerçaient les fonctions épiscopales par tout le pays sans se renfermer dans une circonscription particulière. Ainsi s'explique ce titre très vague d' episcopus Britanniæ et Noménoë demeure le fondateur du diocèse de Saint- Brieuc, qu'il forma aux dépens de celui de Dol, lorsqu'il voulut augmenter le nombre des évêques de son domaine. C'est peut-être à cette époque que les moines du monastère de Saint-Brieuc, las de la vie commune, adoptèrent le partage des biens, et échangèrent le titre de moines contre celui de chanoines, le froc contre l'aumusse. Il est certain que ce changement était déjà opéré lorsque Juhel, archevêque de Tours, vint faire sa visite en 1233. C'est sans doute en commémoration de l'ancienne vie commune que l'évêque de Saint-Brieuc était obligé, au XVlllème siècle, de donner un repas à ses chanoines aux quatre grandes fêtes de l'année.
De bonne heure l'évêque de Saint-Brieuc eut la seigneurie temporelle de la ville et de ses environs. Elle lui fut cédée ou par Eudon, ce fondateur de la première maison de Penthièvre, qui fut enterré dans la cathédrale, ou par Noménoë. Ce fief était dans la catégorie des reguaires, qui tenaient un rang distingué parmi les principaux fiefs du duché, où les évêques, comme pairs ecclésiastiques du duc, jouissaient de la plupart des droits attribués aux hauts barons. L'évêque de Saint- Brieuc, comme la plupart des évêques de Bretagne, tenait à manifester sa puissance par la pompe déployée le jour de son entrée dans la ville. « Le seigneur du Boisboixel l'allait recevoir à la porte de la ville; là, on présentait au prélat une haquenée richement caparaçonnée. Le seigneur du Boisboixel, en qualité d'écuyer féodé, tenait l'étrier tandis que l'évêque montait sur cette haquenée. Il la conduisait ensuite par la bride jusqu'au palais épiscopal, et, lorsque le prélat était descendu, il prétendait que la haquenée devait lui appartenir. Dans le festin de cérémonie qui suivait cette entrée, le gentilhomme qui avait le titre de maître d'hôtel féodé de l'évêque lui donnait à laver avant qu'il se mît à table ; il lui versait à boire pendant le repas, et il prétendait avoir aussi pour cela l'auguière, la serviette, la coupe d'or ou d'argent dans laquelle le prélat avait bu, et ce qui restait de viande dans le grand plat pour en manger ce qu'il voudrait. Le reste, il devait le donner au maréchal ferrant ; celui-ci, après en avoir aussi mangé autant qu'il voulait, allait aux prisons de l'évêque inviter les prisonniers à faire bonne chère de ce qui restait. Le maréchal ferrant était obligé de ferrer la haquenée et les prisonniers de l'évêque, et avait droit de demander pour payement un parisis. Le maître d'hôtel était obligé, et cette obligation subsiste encore au XVIlIème siècle, de donner les hautbois, musettes et violons, avec un jambon, le jour du mardi gras de chaque année, sur la place du Martray à Saint-Brieuc, et tous les cabaretiers de cette ville sont obligés d'apporter à la table du jambon, un pot de vin ou de telle autre boisson qu'ils débitent. » (annales Briochines.) Parmi les droits dont l'évêque de Saint-Brieuc jouissait comme souverain temporel, il en était un fort singulier. Le jour de la Saint-Jean, à l'heure des vêpres, un des propriétaires de la rue nommée l'Allée-Menault était tenu de sortir de sa maison un bâton à la main, et de dire trois fois « Renouessenelles (grenouilles), taisez-vous, monsieur dort, laissez dormir monsieur ! »
Au reste, si les évêques de Saint-Brieuc étaient fort puissants, ils n'en étaient pas moins, la plupart du temps, des créatures de la maison de Penthièvre, qui cernait de toutes parts leur diocèse de ses terres et de ses châteaux forts et de qui ils tenaient leur puissance. Quelquefois même il arrivait que c'était un cadet de cette puissante maison qui occupait le siège épiscopal. Cette circonstance, en diminuant leur indépendance, fut peut-être une des causes de l'étendue de leurs droits. Lorsque, par exemple, au XIVème siècle, le siège épiscopal de Saint-Brieuc était occupé constamment par des cadets d'Avaugour, de Rohan et de Malestroit, parents et amis des Penthièvre, il était impossible que des évêques si étroitement liés aux puissants seigneurs du pays n'en tirassent pas quelque avantage. Aussi le droit de régale, longtemps contesté, finit par leur demeurer. Ce droit leur conférait la juridiction, la jouissance des revenus de l'évêché pendant les vacances du siège, etc.
Au Xème siècle, l'évêque Jean, qui assista au concile de Latran (1116) et à celui de Reims (1131), se fit remarquer par des fondations nombreuses et par son application à faire disparaître quelques désordres qui peignent l'époque et qui nous donnent occasion de faire remarquer comment un certain ordre et une certaine police prirent peu à peu possession de cette société bouleversée par le chaos du Xème et du Xlème siècle.
Dans le pays de Jugon, les habitants s'étaient accoutumés à enterrer leurs morts au pied des croix placées sur les grandes routes. L'évêque Jean consacra le cimetière de Notre- Dame-de-Jugon pour servir aux sépultures à l'exclusion de tout autre lieu. Un autre abus, alors très commun et que les papes et les évêques eurent beaucoup de peine à déraciner, c'était la possession des biens ecclésiastiques par des laïques, qui les avaient usurpés en grand nombre pendant les deux siècles précédents. Ces biens étaient devenus héréditaires dans les familles, qui les vendaient., les partageaient, les assignaient comme douaires. On voit dans les cartulaires des ventes d'églises, d'autels, de cloches, de calices. Jean obtint de certaines personnes laïques qui possédaient ainsi l'église de Bréhand, qu'elles s'en démissent entre ses mains.
Sous son épiscopat, un concile fut tenu à Saint-Brieuc et présidé par l'archevêque de Dol.
Au temps d'Erispoë, la piété des Briochins, alarmée des ravages des Normands, avait fait transporter au monastère de Saint-Serge, à Angers, les reliques de saint Brieuc. Les reliques des saints étaient à cette époque de tels trésors qu'on ne s'en dessaisissait que dans une nécessité extrême, et qu'on s'empressait de s'en remettre en possession dès qu'elle avait disparu. Celles de saint Brieuc étaient pourtant restées plusieurs siècles dans cet exil, lorsqu'en 1210 l'évêque Pierre obtint des moines de Saint-Serge qu'ils lui en rendissent du moins une partie, à savoir un bras, deux côtes et un petit peu de la tête ou du cou, paruamper de cervice. Ce fut avec une grande solennité et au milieu d'un concours de peuple extraordinaire que se fit cette translation. Entre autres s'y trouva, dit la Chronique de Bretagne, le très noble comte Alain, et il voulut lui-même porter ces ossements vénérés depuis la porte de la ville jusqu'au chœur de la cathédrale.
Un des évêques les plus fameux de Saint-Brieuc est Guillaume Pinchon. Il appartenait à une famille noble du diocèse. Il fut d'abord chanoine de Saint Gatien de Tours, d'où il fut rappelé dans sa patrie pour y occuper le siège épiscopal. Opiniâtre défenseur des prérogatives de l'Église, il soutint la lutte, au sujet des droits de tierçage et de past Nuptiad, contre Pierre Mauclerc, qui avait entrepris d'abaisser les évêques orgueilleux de la Bretagne. Plutôt que de céder, l'obstiné prélat se fit chasser de son diocèse par les commissaires du duc. Au reste, il paraît que la population de la ville s'était jointe à eux. C'était le temps où les bourgeois, plus hardis, commençaient à se lasser des exigences ecclésiastiques, et c'en est un symptôme frappant que de voir Saint-Brieuc, une des cités les plus arriérées au point de vue municipal, dans ces dispositions. Pinchon se retira à Poitiers, où il fut coadjuteur de l'évêque. Quand il lui fut permis de rentrer dans son diocèse, il s'occupa de rebâtir son église cathédrale qui tombait en ruine. « Il n'eut pas la consolation, dit un bon abbé historien, de voir la fin de son entreprise. Dieu, content de sa bonne volonté, le retira de ce monde au mois de juillet 1234 ». Le grand nombre de miracles qui éclatèrent à son tombeau engagèrent le pape Innocent IV à le canoniser treize ans après sa mort. Les offrandes des fidèles fournirent abondamment de quoi achever l'église qu'il avait commencée, et ainsi fut vérifiée cette parole qu'il avait dite plein de confiance en la divine Providence que, « mort ou vif, il bâtirait son église. »
Pinchon vivait encore lorsque Juhel, archevêque de Tours, vint visiter l'évêché de Saint-Brieuc. Nous avons, sous le nom d'Acte de Juhel, un règlement par lequel cet archevêque détacha du corps de la cathédrale une paroisse pour laquelle il institua un vicaire, Dans le même acte, il établit que les chanoines seraient astreints à six mois de résidence au lieu de trois. Au XIVème siècle, Saint-Brieuc eut un évêque célèbre dans la personne de Hugues de Montrelais, chancelier de Bretagne il soutint avec énergie la cause du duc Jean III contre le roi de France, Charles V, qui exigeait l'hommage lige, et qui, vaincu par l'habileté du prélat, consentit à recevoir l'hommage simple, le seul qui fût véritablement dû, comme le prouva Hugues de Montrelais. Il se retira à la fin de sa vie à Avignon et fut fait cardinal.
On s'étonnera que nous ne parlions, à propos de Saint-Brieuc, que d'évêques et d'affaires ecclésiastiques. C'est que l'histoire de cette cité est là presque tout entière. Pourtant cette paisible existence fut troublée à la fin du siècle où nous sommes parvenus. La guerre, dans les querelles de Jean IV et de Clisson, vint tourbillonner autour de Saint- Brieuc et s'abattit enfin sur elle. Les Briochins tenaient pour le duc. Clisson vint les assiéger, ils se renfermèrent dans la cathédrale, que les évêques, en leur qualité de souverains temporels, avaient fortifiée comme une citadelle. Ils s'y défendirent quinze jours, et ne cédèrent qu'après que le connétable eut fait avec ses machines plusieurs brèches considérables à leurs murailles. Le duc, très sensible à cette perte, accourut avec des forces supérieures et, ne pouvant attaquer Clisson dans les murs dont il s'était emparé, l'attendit durant six jours sur la grève d'Hillion. Clisson refusa le combat, et bientôt l'intervention du roi de France fit cesser la lutte.
La guerre visita encore Saint-Brieuc deux siècles plus tard. Près de la ville, et sans doute pour la défendre des attaques des Anglais, avait été bâtie la tour de Cesson, au bord de la mer, sur une falaise de 200 pieds de hauteur. La tour elle-même avait 100 pieds. On en attribue la fondation à Charles de Blois. En 1591, Avaugour Saint-Laurent, lieutenant du duc de Mercœur, vint mettre le siège devant cette tour formidable, qui tenait pour le roi. Une armée royaliste, commandée par Rieux de Sourdéac, vint le forcer de lever le siège, et, l'ayant fait prisonnier, l'enferma dans cette même tour où il avait compté entrer en vainqueur. Le duc de lllercoeur accourut pour venger son lieutenant, et força la place à capituler après y avoir envoyé quatre cents volées de canon. Le maréchal de Brissac la reprit en 1598, et Henri IV, qui démolissait partout les forteresses de Bretagne, fit tomber celle-ci comme beaucoup d'autres. On en voit encore d'imposants débris. Le XVIIème siècle eut une grande importance pour Saint-Brieuc. Cette ville n'avait point eu, au moyen âge, ce mouvement municipal qui avait fait la richesse et la force de la plupart des villes de France. Aussi n'avons-nous vu à aucune époque la population briochine se signaler par sa richesse, sa force et son émancipation. On a remarqué que la ville n'était pas fortifiée. La cathédrale seule l'était. En fait d'institutions municipales, nous trouvons bien des syndics, mais dont l'établissement ne remonte pas au -delà du règne de Henri II. Ce n'est que par un édit de 1692 que Saint-Brieuc obtint d'avoir des maires et autres officiers municipaux. Ce n'est qu'en 1628 qu'elle fut munie d'une enceinte fortifiée, dont il ne reste plus de traces aujourd'hui, et que des milices y furent organisées. Ces milices, destinées à la défense des côtes, se signalèrent en plusieurs occasions, particulièrement à l'attaque d'une frégate hollandaise qui s'était trop avancée sur les grèves et s'y trouvait à sec. Elles enlevèrent d'assaut cette forteresse d'un nouveau genre malgré un feu bien nourri, et le roi, en récompense, leur donna six des canons de la frégate (1675).
Plus tard, à la bataille de Saint-Cast, on retrouve encore honorablement les milices briochines. Ce n'est qu'en 1650 que Saint-Brieuc posséda une imprimerie. Elle fut établie sous la direction de Guillaume Doublet. Pour favoriser un établissement si utile, l'évêque, le chapitre de la cathédrale et la communauté de la ville payèrent chacun une somme de deux cents livres. En 1601, un collège avait été fondé et placé sous la direction du chapitre. En 1664, l'évêque fonda aussi un séminaire dont il confia la direction aux prêtres de la congrégation de la Mission, dite de Saint-Lazare.
Plusieurs couvents d'hommes ou de femmes s'élevèrent également à Saint-Brieuc durant le XVème siècle, un couvent de capucins en 1615, un couvent d'ursulines en 1624, un couvent de bénédictines de la congrégation du Calvaire en 1626. Depuis 1503, la ville avait aussi des cordeliers. Le XVIIème siècle apporta quelques modifications aux règlements du chapitre, et particulièrement au point important de la résidence. Le règlement de 1648, en autorisant les chanoines à s'absenter trois mois pour leurs affaires, les obligea implicitement à résider neuf mois. Plus tard, l'évêque Vivet de Monclus confirma cette disposition et en ajouta quelques autres également propres au maintien de la discipline. Un chanoine briochin fit ce distique, où perce, à travers beaucoup d'admiration pour les vertus du prélat, le peu de satisfaction que sa sévérité causait au chapitre

Sic clero insigni, vivet, pietatis amator
Aurea connexit vincula, vincla tamem.


Puisque nous parlons des règlements du chapitre, nous ne les quitterons pas sans en rappeler quelques anciens articles, assez curieux par le détail où ils entrent. Il en est qui ordonnent les bonnes mœurs, la régularité des vêtements point de grandes manches, point de collerettes renversées, point de gants ou de mitaines. « L'on doit entrer en cueur (au choeur) humblement et révéremment, et ne doit-on point faire de station ny de parlement en l'entrée dudit cueur, ny à l'issue. Et quand on entre au grand autel, l'on se doit revirer et tourner pour faire révérence audit grand autel. Et s'aucun en entrant ou en yssant (sortant) trépasce ces choses devant dites, en le corrigeant et remonstrant sa faute, on peut siffler sur lui, ou battre les chaeses de chanoines en chanoines, de chapelains en chapelains, de bacheliers en bacheliers. Item. Chacun ès festes doubles doit être, ébarbé et tonsuré. Item. De ancienne coutume le vicaire perpétuel de Saint-Michel est tenu au jour de Pâques bailler des esteurs (balles du jeu de paume ou ballons), savoir, au prélat de ladite église cinq, et aux dignitaires et chanoines de ladite église chacun trois, avec les cabarets (raquettes) à les frapper à la manière accoutumée. » Nous n'avons pas encore parlé des assemblées des états de Bretagne qui furent tenues à Saint- Brieuc. Il y en eut quatorze jusqu'en 1768. La première que l'on connaisse est de 1567. En 1789, la noblesse et le clergé, dont l'union avait toujours été étroite dans le diocèse de Saint- Brieuc, protestèrent en commun contre la disposition qui autorisait les ordres à envoyer séparément leurs députés, tandis que d'après la constitution de Bretagne aucune représentation ou délégation ne pouvait être envoyée au roi sans le concours des trois ordres élisant par ordres et non par têtes. Au reste, la bourgeoisie elle-même montra peu de sympathie pour les idées nouvelles, et ne suivit que mollement l'exemple des autres villes de la province. Les prêtres avaient la plus grande influence, et refusèrent presque tous le serment de fidélité à la constitution. Néanmoins, le gouvernement resta maître de Saint-Brieuc, qui n'eut à subir qu'une attaque des chouans du voisinage. Ce fut en l'an VIII, dans la nuit du 4 au 5 brumaire ces insurgés, commandés par Mercier, dit la Vendée, se jetèrent sur la ville pour délivrer leurs compagnons prisonniers, et y réussirent. Cette cité, qui végéta si longtemps, a pris de grands développements depuis la Révolution et s'est beaucoup embellie dans ces dernières années. Chef-lieu d'un de nos départements les plus peuplés, elle a doublé sa population, qui n'était alors que de 6 à 7,000 habitants, et qui aujourd'hui est de 16,355 habitants. Son clergé s'est mis plus au niveau de l'esprit moderne, grâce surtout à l’influence de l'évêque Caffarelli sous l'Empire. Les états de Bretagne, tenus à Saint-Brieuc en 1768, ont doté Le Légué d'un quai magnifique qui en fait un des meilleurs ports de cette côte. Le commerce d'exportation a pour principaux objets le lin, le chanvre, l'huile de lin, le suif, le beurre, le cuir. L'aspect de la ville, qui est à 88 kilomètres de Rennes et à 462 de Paris, n'est pas désagréable. Ses rues, ses places, ses églises sont assez belles. La cathédrale, d'un gothique un peu lourd, mérite l'attention. Les églises Saint-Michel et Saint-Guillaume ont été rebâties, l'une en 1837, l'autre en 1866. Parmi le monuments civils, on distingue l'hôtel de la préfecture et son beau parc ; le palais épiscopal, ancien manoir de Quiquengrogne; le grand séminaire, le lycée, le palais de justice entouré d'un beau square; et dans la ville quelques anciens hôtels, notamment l'hôtel de Rohan, des maisons curieuses du XIVème et du XVème siècle et de belles casernes .Le Champ de Mars, planté d'ormes, est une jolie promenade. Près de la ville il existe une source d'eau ferrugineuse, et l'on trouve un beau granit qui s'expédie à Paris. Une belle grève d'un sable uni et ferme, qui s'étend au pied de la tour de Cesson, sert de théâtre à de brillantes courses de chevaux fondées en 1801, et qui attirent de nombreux spectateurs. Dans une partie de l'arrondissement de Saint-Brieuc on parle le langage brezounecq ou bas breton, qui n'est autre que l'ancienne langue celtique.


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