Chartres - Préfecture de l'Eure et Loir

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Plan de Chartres
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Veüe de l'Esglise de Nostre Dame de CHARTRES du costé de la porte Royale - 1696

Chartres (Autricum, Ciroitas Carnutum) L'origine de Chartres remonte à la plus haute antiquité les historiens romains signalent l'existence d'une ville, capitale des Carnutes, à laquelle ils donnent le nom d'Autricum, dérivé très vraisemblablement d'Autura, qui était celui de la rivière d'Eure. La longue et obstinée résistance de cette tribu gauloise fit donner plus tard le nom même du peuple, Carnutes, Carnotes, à la cité dans laquelle se résumait en quelque sorte la nationalité du pays, et avec le temps Carnute s'est transformé dans le nom actuel de Chartres. L'importance que les Romains attachaient à sa possession lui valut de nombreux embellissements pendant leur domination son enceinte fut régularisée elle formait un vaste carré qu'entouraient des faubourgs considérables. De somptueux édifices furent élevés ; on construisit des aqueducs pour la conduite des eaux; et deux voies principales y aboutissaient, se rattachant l'une à Durocasses (Dreux), et l'autre à Suindinum (Le Mans).
Conquise par les Francs avec le reste de la Gaule, elle fit partie du royaume de Paris lors du partage de l'héritage de Clovis entre ses fils. Pendant les guerres qui éclatèrent entre ces monarchies rivales, Chartres fut assiégée en 600 par Thierry II, roi d'Orléans. Après d'inutiles efforts pour prendre la place de vive force, ce prince fit couper l'aqueduc construit par les Romains, et la ville, privée d'eau, fut obligée de se rendre.
Aux agitations des guerres intestines succédèrent bientôt les invasions des Normands. Chartres fut prise, ravagée et incendiée par eux en 858 et en 872 les habitants durent déployer une grande énergie pour réparer ces désastres, puisque, en 911, nous voyons les attaques du fameux chef Rollon échouer devant leurs murailles. Plus heureux, Thibaut le Tricheur, comte de Champagne, s'en rend maître en 940, et ajoute le comté de Chartres à ses conquêtes et à ses titres. A une époque beaucoup plus récente, Chartres eut à subir l'invasion allemande ; elle fut occupée, le 21 octobre 1870, par la 22ème division de l'infanterie allemande (3ème armée), commandée par le général de Wittich.

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Vue prise dans la basse ville de Chartres

Malgré les temples élevés par les Romains aux divinités de l'Olympe, le druidisme, réfugié dans de mystérieuses retraites ou dans les profondeurs des forêts, comptait encore dans le pays de fervents et de nombreux adeptes, quand le christianisme y fit sa première apparition. Ses progrès eussent été sans doute plus lents et plus difficiles, si les premiers apôtres n'eussent été aidés dans leurs prédications par l'influence d'une légende populaire annonçant la venue d'une Vierge qui devait enfanter. Le mystère de cette prédiction attribuée à des druides morts depuis longtemps fut expliqué par les premiers serviteurs du Christ. Saint Savitien et saint Potentien, envoyés par saint Pierre dans les Gaules, vinrent de Sens à Chartres, pénétrèrent auprès des druides, poursuivis et persécutés comme eux, ils en convertirent un grand nombre, et lorsque, sous le règne de Constantin, il fut enfin permis aux chrétiens de proclamer leur foi, la grotte souterraine de Chartres où les druides dérobaient aux regards profanes les mystères de leur culte devint la première église chrétienne, et le premier autel que surmonta la croix fut cet autel même, élevé jadis par les Gaulois encore païens Virgini parituræ; à la Vierge qui doit enfanter. Notre-Dame de Chartres fut donc bien reconnue, selon le naïf langage des vieilles chroniques, pour la Dame de la ville et du Pays. Les évêques y exerçaient une autorité souveraine, même avant la conquête de Clovis ; l'alliance des Gaulois avec les apôtres du Dieu de la Judée avait été scellée dans le sang des-martyrs des deux cultes.
Un gouverneur romain, nommé Quirinus, avait fait précipiter convertisseurs et convertis dans un puits qui a gardé le nom de puits des Saints-Forts. Les saints dont les noms se rattachent à cette époque de lutte et de persécution sont saint Potentien, qui rejoignit saint Savinien à Sens, et y fut évêque après lui saint Altin et saint Éobald, qui parcourait l'Orléanais, et saint Aventin, qui fut le premier évêque de Chartres, après avoir été, dit-on, prêtre druide.
Clovis et ses successeurs de la première race eurent une grande dévotion pour Notre-Dame de Chartres et respectèrent les droits réels et l'autorité des évêques, même lorsqu'ils se disputaient la souveraineté nominale de la province. Toutes les terres et leurs revenus appartenaient à l'évêque à vingt lieues à la ronde, autour de son clocher il en était de même des tours, des murs de la ville et des lieux fortifiés, des halles et des marchés. On retrouve encore quelques statues des anciens prélats revêtues d'ornements moitié guerriers, moitié épiscopaux. Tenant d'une main leur crosse et de l'autre l'épée, ils ont le casque en tête et l'étole au cou. Ils conservèrent jusque sous la troisième race le droit de battre monnaie.
Charles le Chauve avait ajouté aux nombreuses et précieuses reliques constituant le trésor de la cathédrale une chemise de la sainte Vierge que l'empereur Nicéphore avait donnée en présent à Charlemagne. La métropole possédait, en outre, les châsses de cinq de ses évêques canonisés, la main avec laquelle saint Thomas toucha le côté de Notre-Seigneur, la tête de sainte Anne et un grand nombre de meubles ou vêtements ayant appartenu à Jésus-Christ et à sa mère. Le règne de chaque évêque se perpétuait dans la mémoire du peuple par le souvenir de quelque miracle.
C'est ainsi que, pendant le siège de Rollon le Normand, l'évêque Gaucelin ayant exposé, dans une procession solennelle, la chemise de la Vierge aux regards des assaillants, une terreur subite s'empara des ennemis. Rollon lui-même qui rendit plusieurs fois depuis témoignage du miracle, donna le signal de la retraite et le pré dans lequel les Normands avaient campé conserva le nom de pré des Reculés. Il y aurait une longue liste à dresser des évêques qui ; par leur naissance, leur savoir ou leurs bienfaits ont illustré le siège de Chartres nous n'avons voulu que donner une idée de la persistance du sentiment religieux dans le centre de l'ancien druidisme, et indiquer la face sous laquelle doit être étudiée la plus grande partie de l'histoire de cette ville. L'usurpation de Thibaut le Tricheur, l'avènement des comtes de Chartres eut en réalité moins d'importance que l'énoncé du fait pourrait le faire supposer nous ne voyons pas que ces seigneurs aient résidé dans la capitale de leur nouveau comté ils se contentèrent, pour constater leur autorité plus apparente que véritable, de s'y faire représenter par un vicomte, qui n'avait droit qu'à quelques revenus casuels, et encore les évêques opposèrent-ils à ces dignitaires la création de vidames, destinés évidemment à leur disputer le peu de pouvoir qui leur était laissé.

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La ville de Chartres assiégée et batue par Monsieur le Prince de Condé au mois de mars 1568

Malgré le rang élevé que gardèrent, dans la noblesse féodale, les descendants de Thibaut, malgré l'illustration de leurs alliances souvent princières, l'évêque demeura le véritable souverain de Chartres, même alors que le comté devenait domaine royal, comme sous Philippe le Bel, pour la première fois.
Aussi, presque tous les événements qui touchent à l'histoire de Chartres ont-ils un caractère religieux: de nombreux conciles y sont tenus le pape s'y réfugie en 1130, et Henri ler d'Angleterre vient s'y prosterner devant lui. Saint Bernard y prêche la croisade et entraîne en Palestine presque toute la noblesse du pays. Saint Louis vient y conclure avec le roi d'Angleterre une trêve qui lui permette de partir pour la terre sainte, l'évêque de Chartres se contente d'aller guerroyer contre les Albigeois. Pendant la période comprise entre le XIème et le XVème siècle, nous aurions à raconter les querelles intestines surgissant entre le pouvoir épiscopal, le chapitre de Notre-Dame et les comtes de Chartres ou leurs représentants nous verrions se grouper les premiers éléments de la commune et la bourgeoisie profiter de la division des différentes puissances qui pèsent sur elle pour revendiquer des droits conquis autour d'elle depuis longtemps. Ce serait aussi la place de quelques détails sur l'attitude de Chartres pendant la conquête anglaise, sur la sympathie constante de ses habitants pour la cause française et sur l'héroïque dévouement des deux bourgeois, Lesueur et Bouffineau, ouvrant les portes de la ville à Longueville, Dunois, Boucicaut et La Hire, pénétrant dans Chartres à la suite d'un détachement de soldats déguisés en marchands. Nous retrouverions ce patriotisme et cette abnégation pendant la lutte de François Ier contre Charles- Quint ; aucune cité ne fut plus prodigue de son or, de tous ses biens et du sang de ses enfants pour soutenir l'honneur de la France mais c'est surtout pendant les guerres de religion qu'apparaît dans tout son éclat l'inébranlable fidélité de la population chartraine aux traditions paternelles.
Le schisme est partout, la Réforme triomphe dans l'Ouest et dans le Midi, l’incendie gagne les provinces du centre, la vieille cité des Carnutes n'en est pas atteinte. Henri III meurt, le roi légitime vient en personne sommer la ville si fidèle, si dévouée à la monarchie française la ville ne se rendra pas au huguenot. Après un siège de six mois, le Béarnais verra ses portes s'ouvrir devant lui mais c'est quand il viendra se faire sacrer dans la basilique de Notre-Dame. C'est sur ce glorieux dénouement que peut se clore le rôle historique de la ville de Chartres. Henri IV y avait été sacré en 1594. Vingt-huit ans après, en 1622, une nouvelle organisation diocésaine enlevait à l'évêché une grande partie de son importance ce siège, qui étendait son autorité sur 1,700 paroisses, et qui avait pu s'intituler primatc sedes Franciæ, était démembré, et de ses dépendances l'évêché de Blois était fondé.

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Le Pont-neuf et la cathédrale de Chartres

La puissance seigneuriale grandissait en proportion de l'abaissement du pouvoir épiscopal le comté de Chartres, érigé en duché, devenait apanage des princes du sang la centralisation administrative achevait de substituer aux derniers vestiges de l'existence provinciale le niveau d'une vie empruntée au foyer de Versailles et de Paris.
La Révolution vint plus tard compenser cette décadence politique et cette perte d'influence religieuse par la conquête définitive de la liberté, par l'extension du bien-être et une répartition plus générale de la fortune publique aujourd'hui, que le prix de la moisson va plus directement aux mains qui ont semé et labouré, Chartres s'est enrichie de la richesse des fermiers des environs ; c'est le grand marché de la Beauce, ce pays du blé. Il est peu de fortunes qui reposent sur des bases aussi solides. Les industries qui se rattachent à cette grande et importante production ont développé dans la ville de Chartres un mouvement commercial moins fiévreux qu'ailleurs peut-être, mais, à coup sûr, plus durable. La ville est bâtie en amphithéâtre, sur une colline dont l'Eure baigne la base, et à laquelle les constructions dont elle est couverte donnent la forme d'une vaste pyramide, couronnée à son sommet par les flèches de la cathédrale les rues sont étroites, sombres, irrégulières et grimpantes les maisons mal alignées, de style gothique, avec leurs portes en ogive et leurs ornements, bizarres, conservent l'empreinte des siècles passés. Sept portes donnent accès dans l'intérieur ; la porte Guillaume avec ses deux tourelles reliées par une courtine et quelques pans de vieilles murailles sont les seuls débris qui subsistent de la période guerrière ; des sept paroisses que comptait autrefois la ville, une seule a gardé sa pieuse destination, c'est Saint-Aignan, devenu une succursale de Saint-Pierre.
La rue des Ormes a été percée sur l'emplacement de l'église consacrée jadis à saint Michel. Sainte-Foy a été transformée en salle de spectacle, Saint-André en magasin à fourrages ; trois places ont été ouvertes aux endroits occupés par Saint-Hilaire, Saint-Saturnin et Saint-Martin le Normandier. L'église de Saint-Pierre, dépendant autrefois du célèbre monastère de Saint-Père, dont la fondation est attribuée à Clovis, a conservé de beaux vitraux et un aspect sombre et vénérable mais la gloire de Chartres, c'est sa cathédrale.

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La cathédrale de Chartres

Un premier temple fut construit vers le règne de Constantin, sur l'emplacement même occupé aujourd'hui par la magnifique basilique il eut le sort commun à la plupart des édifices religieux de cet âge. Incendié en 858 par les Normands, lorsqu'ils pénétrèrent dans la ville sous prétexte de recevoir le baptême et de rendre les honneurs de la sépulture à leur chef Hastings, il fut réparé une première fois par l'évêque Gislebert, puis incendié de nouveau, de 962 à 973, pendant la guerre de Thibaut le Tricheur contre Richard, duc de Normandie; restauré, puis détruit par accident, sous l'épiscopat de Fulbert, le 7 septembre 1020, la veille de la Nativité de la Vierge, il se releva sur de nouvelles bases et d'après le plan que nous admirons aujourd'hui, grâce au zèle infatigable du pieux et vénéré prélat qui sut intéresser à cette œuvre glorieuse les personnages les plus considérables de cette époque, tant en France qu'à l'étranger. A côté des rois, comtes et barons, les bourgeois, marchands et corporations d'artisans coopérèrent à la reconstruction du monument ceux-ci de leur participation aux travaux, ceux-là des libéralités de leur bourse. Sur les vitraux, à côté des armoiries de la noblesse, figurent les attributs des corps d'état, témoignage touchant de l'alliance des forces et de la communauté des efforts. Les principaux travaux furent achevés en 1145. Quelques ouvrages de consolidation ont suffi pour défendre le merveilleux édifice contre les ravages de sept siècles un volume suffirait à peine à la description de ses beautés, contentons-nous de citer les voûtes des porches chargées des sculptures les plus curieuses, l'étonnante hardiesse des clochers dont l'un, haut de 124 mètres, dépasse de 60 mètres l'élévation des tours de Notre-Dame de Paris, et se laisse apercevoir à une distance de douze lieues. N'oublions pas le magnifique morceau d'architecture qui décore le maître autel, chef-d’œuvre d'un artiste trop peu connu, Bridan, et représentant l'Assomption de la Vierge. Signalons encore le seul tombeau auquel une place ait été accordée dans l'église, celui du baron de Bourdeilles, tué en 1568, en défendant la ville contre les huguenots, après l'avoir préservée de la ruine et du pillage. Une autre église souterraine règne sous presque toute la surface de la cathédrale elle a pour première origine la grotte druidique où fut trouvée la statue élevée par les prêtres Carnutes à la Vierge, dont la divinité ne leur avait pas encore été révélée. Cette crypte est encore le but de nombreux pèlerinages, et l'image sainte ; rétablie dans l'église haute, est l'objet d'une dévotion particulière. Les boiseries de l’autel sont tapissées d'ex-voto, qui attestent la foi simple et naïve des paysans beaucerons. Les édifices modernes offrent peu d'intérêt auprès de ces splendides monuments du passé c'est toujours vers Notre-Dame que revient le voyageur, répétant le vieux dicton populaire qui associe le monumentaux plus célèbres gloires architecturales de notre pays :

Clocher de Chartres, nef d'Amiens,
Chœur de Beauvais, portail de Reims.
Chartres, au commencement du VIème siècle de notre ère, ne consistait guère qu'en une bourgade occupant un assez petit terrain à l'extrémité d'une plaine du côté de l'orient. Elle était composée d'une dizaine de rues étroites et fangeuses dans lesquelles le soleil et l'air ne pénétraient qu'avec peine. Aucune régularité, aucun plan d'alignement ne se faisaient remarquer dans les habitations construites les unes à côté des autres, suivant le goût, le caprice, les besoins des habitants. La forme de la ville était alors celle d'un parallélogramme borné au nord par la rue de Muret, laquelle tendait du bourg de ce nom au chemin d'Orléans par le Grand-Pont ou pont du Château, à l'orient par la rue Evière, qui partait de la rue Gabé, de la rue Serpente, et se dirigeait vers Bonneval, Illiers et Courville ; au midi par la rue du Bœuf-Couronné, et à l'occident par la rue du Cheval-Blanc.

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La cathédrale de Chartres

Plus tard, quatre bourgs furent réunis à la ville ce furent le bourg de Muret, qui comprenait toutes les maisons qui avoisinent la porte Drouaise; le bourg du Château, que l'on nommait plus particulièrement le Bourg, situé aux environs du Grand- Pont ou pont de la Porte-Guillaume; le bourg de Saint-Sire, qui s'appelait simplement le Haut- Bourg enfin le bourg Châtelet, où est à présent la porte de ce nom. Cependant, quand il fut devenu nécessaire de défendre les villes en les entourant de murs, une partie des quatre bourgs qui s'étaient réunis à Chartres se trouva en dehors des fortifications que l'on éleva, et ils furent même presque entièrement détruits lors de la construction des fossés. « La première enceinte, faite vers le milieu du IXème siècle, commençait, dit Doyen, à la porte Saint- Michel, coupait le tertre du Mouton-Vert (depuis Saint-François) bornait le chœur de l'église de Saint-Aignan; de là à la porte Cendreuse, où depuis a été la chapelle de Saint-Vincent; de la porte Cendreuse au pied du château, à la descente de la Poissonnerie-de-Mer, jusqu'à l'endroit où se joignaient les rues du Bourg et de Muret, près de l'abbaye de Saint-Jean, jusqu'à la rue du Cheval Blanc, la partie depuis la porte Châtelet jusqu'à la porte Saint-Michel achevait cette enceinte. » Plus tard, cette enceinte fut encore augmentée par des additions successives, les murailles furent flanquées de tours, protégées par des fossés, et l'on pénétra dans la ville par sept portes dont une, la Porte Guillaume qui existe encore aujourd'hui, peut donner une idée de la force et de l'importance de ces fortifications.



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