Nîmes - Préfecture du Gard
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Nîmes (Colonia Augusta, Nemausus, Nemose)
est une grande, belle, riche et très ancienne ville
Nîmes est
une ville fort ancienne. Quelques auteurs de l'antiquité, Suidas,
Stephanus et Parthenius rapportent une tradition qui désignait comme
son fondateur Nemausus, fils d'Hercule le Libyque. Cette fable rejetée,
des savants plus sérieux pensent que les Ibères, venus d'Espagne,
ont été les premiers fondateurs de Nîmes ; suivant l'opinion de
Ménard, cette ville ne devrait même son origine qu'aux Volces Arécomiques,
qui remplacèrent les Ibères, et à l'usage où ils étaient de tenir
en ce lieu leurs réunions religieuses, ainsi que l'indique le nom
celtique nemoz (forêt), dont les Romains ont fait nemausus.
Capitale des Volces Arécomiques, Nîmes se trouva naturellement en
relation avec Marseille, et l'on voit par les monuments et les médailles.de
cette époque combien ces relations furent à l'avantage de l'art
et de la civilisation. Mais, s'il est très probable que les Marseillais
ont eu un comptoir à Nîmes, rien ne justifie le nom de colonie grecque
que lui ont donné quelques auteurs. On appellerait Nîmes avec plus
de raison une colonie romaine ; elle porta en effet le titre Colo-
après qu'Auguste vainqueur à Actium, y eut établi la légion des
vétérans qui avaient participé à la conquête de l'Égypte. Il chargea
son gendre, M. Vipsanius Agrippa, d'organiser cette colonie, vingt-sept
ans avant Jésus- Christ.
Les habitants, en souvenir de ce bienfait,
firent frapper une médaille qui rappelait en même temps la victoire
d'Auguste et la fondation de la colonie nîmoise. Les fouilles ont
fait découvrir un grand nombre d'exemplaires de cette médaille.
Elle représente d'un côté les effigies d'Auguste et d'Agrippa, avec
cette inscription en légende imp. P. P. DIVI .F. (Imperatori,
patri patriæ, divi filio); de l'autre, un crocodile enchaîné
au pied d'un palmier orné de banderoles et d'une couronne civique
suspendue à ses branches; i on y lit COL. NEM. (Codonia Nemausensis).
Au XVIème siècle, les Nîmois envoyèrent leurs consuls
au roi Françoiser pour lui offrir un plan en relief de
l'amphithéâtre en argent fin. Au milieu de l'arène, l'artiste avait
représenté « un colovre attaché, avec une chaîne au col, à un
arbre de palme, et un chapeau de laurier audict palme. » François
Ier, s'adressant à Antoine Arlier, l’un des consuls, lui
demanda ce que signifiaient ces emblèmes. Arlier répondit que c'étaient,
selon toute apparence, les anciennes armes de la ville, et que les
abréviations col. nem. voulaient dire coluber nemausensis. Le roi
accepta l'explication de l'enfantine archéologie du temps et autorisa
Nîmes à substituer le crocodile et le palmier dans ses armes au
taureau passant sur champ de gueules, qu'il lui avait assigné
précédemment.

Nîmes, très favorablement traitée, eut sa curie,
ses triumvirs, ses décurions, ses quartumvirs, ses undécemvirs,
ses édiles elle se modela sur Rome et prétendit même qu'elle renfermait
sept collines dans son enceinte, comme la capitale du monde.
Par ordre d'Auguste, elle s'entoura d'une muraille défendue par
des tours, le temple de Diane, le pont du Gard, les Thermes, le
Forum, dont il ne reste plus que le sanctuaire appelé Maison Carrée,
sont de cette époque. L'amphithéâtre fut construit seulement sous
Titus. Nîmes conserva la faveur impériale sous la plupart des successeurs
d'Auguste. Elle éleva des statues à Tibère, à Trajan, à Faustine
et à Dioclétien.
Cette ville toute romaine et remplie des monuments
du paganisme ne pouvait pas faire un très bon accueil aux apôtres
de l'Évangile. Les deux premiers qui se présentèrent, saint Honneste
et saint Bauzile, furent envoyés au martyre. C'est seulement sous
Constantin que les Nîmois adoptèrent le christianisme.
Au reste,
dès la fin du IVème siècle, un concile s'y rassembla pour
condamner les ithaciens.
Le premier évêque connu est Félix,
qui subit le martyre vers 407. Les Vandales ne passèrent point à
Nîmes sans renverser le temple d'Auguste, les Thermes, la basilique
élevée par Adrien à Plotine. Ils commencèrent la série des dévastations
qui ont fait tant de mal aux monuments de cette cité.
Les Wisigoths
ne les imitèrent point, et Nîmes accepta leur domination modérée.
Ce sont eux qui les premiers transformèrent l'amphithéâtre en une
citadelle en élevant sur les côtés deux grandes tours ; ils s'y
défendirent, en 507, contre les Francs et furent chassés. Nîmes
se révolta sous Wamba, à l'instigation de son gouverneur Hildéric.
Le duc Paul, s'étant associé à la révolte qu'il avait été chargé
de réprimer, y soutint un siège. L'amphithéâtre, où il s'était retiré,
fut emporté d'assaut. Le vainqueur, dans sa clémence, épargna les
jours du coupable, et fit même rétablir les murs de Nîmes et rendre
le butin fait par ses soldats. Une troisième fois l'amphithéâtre
servit de citadelle, à son grand préjudice. Charles Martel, aussi
barbare que les Vandales, y assiégea les Sarrasins, y mit le feu
et détruisit en partie, ce qui était moins regrettable, les tours
élevées par les Wisigoths. « Mesme ceste superbe, antique et
grande cité de Nismes y fut abbatue rez de terre, » dit avec
quelque exagération un vieil historien.

Nîmes, encore assaillie par les Normands et les Hongrois, ne jouit guère du repos que sous les Trencavel et les comtes de Toulouse. Cette période fut celle de sa prospérité. Les juifs y fondèrent une synagogue en 1009 et y eurent des rabbins que venaient écouter de fort loin de nombreux disciples. Nous considérons volontiers la présence de ces maîtres de l'argent au moyen âge dans une ville comme un indice d'activité commerciale, et nous savons qu'en effet Nîmes entretenait au siècle suivant un commerce considérable avec Arles et toute la Provence. Ce fut alors aussi que se développèrent librement les institutions municipales de Nîmes. Les lois et l'organisation romaines s'y étaient maintenues plus ou moins complètement à travers les catastrophes des siècles précédents. Elles reprirent vigueur en s'accommodant à la forme nouvelle de la société dans le cours du XIIème siècle. En 1177 apparaît le consulat. Cette magistrature n'était pas à Nîmes purement populaire. Les nobles de la ville, qui s'étaient formés précédemment en un corps sous le nom de chevaliers-des Arènes, parce qu'ils occupaient l'amphithéâtre et que la garde leur en était confiée, nommaient leurs consuls particuliers, chargés de veiller aux intérêts de leur classe. Les bourgeois en nommaient d'autres, à qui ils commettaient le soin des intérêts de la bourgeoisie. Le sceau des consuls des Arènes portait cette légende Sigillum consulum nobilium castri arenarum; celui des consuls de la cité, celle-ci ,Sigillum civitatis Nemausi. Ces deux classes de consuls se réunissaient quand il fallait délibérer sur une question d'intérêt général et employaient alors dans les actes la formule Consules castri Aenarum et civitas Nemausi. Quant au mode d'élection, nous voyons, en 1200, le peuple, convoqué à son de trompe, désigner tumultuairement cinq personnes par chaque quartier de la ville, lesquelles nommaient ensemble les quatre consuls de la cité. Les consuls des Arènes étaient également au nombre de quatre, ce qui faisait huit en tout.

Les attributions des consuls comprenaient
l'acquisition de terres ou pâturages pour la cité; la défense des
terres communales contre tout empiétement par l'organe des banniers,
officiers de leur choix à ce préposés la réparation des fortifications
et des chemins, dont ils chargeaient des voyers, également choisis
par eux ; la perception de certains impôts destinés aux besoins
de la ville ; une juridiction fort étendue : la nomination des tuteurs
et des curateurs, la garde des testaments, la surveillance des mœurs
publiques, enfin le droit de conférer la bourgeoisie aux étrangers.
C'étaient là de beaux privilèges, et les bourgeois de Nîmes étaient
d'humeur à les bien défendre. Aussi, lorsque, en 1207, le viguier
de Raymond VI tenta d'y porter atteinte, ils se ruèrent sur son
palais et l'égorgèrent tout de suite. Les consuls profitèrent aussitôt
de cet avantage pour s'emparer du pouvoir judiciaire, exercé jusque-là
par le viguier.
Malheureusement, un ennemi bien dangereux pour
la liberté approchait. On est étonné de la facilité avec laquelle
les Nîmois se soumirent au roi de France, en 1226. Les chevaliers
des Arènes et le peuple de Nîmes s'étaient confédérés sur l'autel
de la Vierge et cet acte solennel semblait annoncer une vigoureuse
résistance. Il n'en fut rien. A peine sut-on à Nîmes l'arrivée de
Louis VIII sur les bords du Rhône qu'on lui envoya des députés pour
implorer sa merci et sa protection, et les chevaliers lui livrèrent
gracieusement les Arènes. Peut-être la longue guerre des albigeois
et les souffrances dont le pays de Nîmes avait eu sa bonne part
avaient-elles épuisé son énergie. L'occupation française fut marquée
au sceau de la conquête par les atteintes portées aux privilèges
de la cité. Plus tard, cependant entre 1248-1254, saint Louis tenta
de réparer le mal et vint lui-même plusieurs fois s'asseoir familièrement
au milieu des consuls de Nîmes. II est à remarquer que le consulat
de la cité avait alors pris un tel avantage sur le consulat des
Arènes que celui-ci avait fini par disparaître ; saint Louis le
rétablit en 1270. Malgré ces marques d'une bienveillance passagère,
on peut dire que les libertés de Nîmes rencontrèrent dans le gouvernement
des rois de France une hostilité constante. Il s'attaqua surtout
à l'indépendance et au caractère du consulat. Ainsi, en 1272, une
ordonnance de Philippe le Hardi retire à l'assemblée du peuple et
restreint à neuf échelles ou catégories de citoyens spécialement
établis le droit d'élection. En 1384, une ordonnance de Charles
VI resserre encore l'élection dans des bornes plus étroites les
consuls sont réduits au nombre de quatre ils sont tirés au sort
parmi seize habitants désignés par les consuls sortants et par vingt
quatre membres du conseil de la ville. A la même époque, les deux
consulats sont fondus en un seul.
Le gouvernement royal ne se
bornait pas à changer les institutions, il violentait les personnes
mêmes des magistrats. En 1334, le conseil de ville s'obstinant à
refuser l'aide que Philippe VI demandait pour la chevalerie de son
fils Jean, le trésorier de la sénéchaussée fit enlever de nuit les
consuls et cinquante notables, et les retint cinq jours captifs
dans les Arènes ; ils ne redevinrent libres qu'en payant 500 livres.
En 1339, ils refusèrent de livrer le trésor municipal, le capitaine
général de Languedoc les fit arrêter et transporter dans la prison
de Montpellier. Les Nîmois furent encore plus maltraités sous l'impitoyable
administration des ducs d'Anjou et de Berry, qui, sous Charles V
et Charles VI, se succédèrent dans le gouvernement du Languedoc.
En 1375, pour quelques subsides refusés, le duc d'Anjou emprisonna
les consuls comme coupables de lèse-majesté, confisqua l'hôtel de
ville et les biens de la commune.

Épuisée par la guerre et par
les impôts (un recensement fait en 1377 ne donna dans la ville que
1,400 feux, environ 7 ou 8,000 habitants), les Nîmois perdent patience.
L'avocat du roi de la sénéchaussée avait fermé sa porte au receveur
de la ville le peuple pilla sa maison, détruisit ses papiers, arracha
les panonceaux royaux. La révolte fut plus sérieuse encore en 1381,
les milices bourgeoises, sous le commandement de Pierre Ponchut,
marchèrent à la rencontre de Grimaldi, chef des troupes du duc de
Berry; elles furent battues et les rebelles punis par d'affreux
supplices. Alors les gens des campagnes, à leur tour, se levèrent,
sous le nom de Tuchins ou Coquins, se mirent à la poursuite des
officiers royaux et des riches, pillèrent et massacrèrent, enfin
se vengèrent en hommes longtemps tyrannisés. Il paraît que quelques
nobles de Nîmes encourageaient secrètement les tuchins, mais les
consuls protestèrent contre toute accusation de complicité. La haine
que Nîmes avait conçue contre le duc de Berry jeta cette ville dans
le parti d'Isabeau de Bavière. Aussi le dauphin Charles VI vint
en personne en faire le siège en 1420. Le château fut enlevé après
dix jours de résistance. Charles, pour punir les Nîmois, renversa
une partie de leurs murs et abolit le consulat. Plus tard, il leur
rendit cette magistrature, et même, touché du zèle avec lequel ils
le secondèrent dans la guerre des Anglais, il leur accorda divers
privilèges.
Louis XI, à son avènement, confirma leurs franchises,
parmi lesquelles on remarque le droit d'être jugés dans leur ville
et point ailleurs, et celui de ne point être emprisonnés pour dettes.
Malgré les exactions des gouverneurs, malgré les trente pestes qui,
de 1347 à 1589, désolèrent Nîmes, cette ville, si avantageusement
située, était prospère. Sous Philippe le Hardi, des négociants lombards
et toscans vinrent de Montpellier s'y établir avec des privilèges
considérables accordés par le roi et qui donnèrent naissance à la
cour commerciale dite des conventions royaux. Sous Philippe le Bel,
les négociants de Nîmes conçoivent le projet d'un canal qui irait
jusqu'à la Méditerranée. Des fabriques de toiles et d'étoffes de
laine sont établies vers la même époque. En 1322, une foire de huit
jours est ajoutée aux deux qui existaient depuis les Trencavel.
Un hôtel-Dieu de douze lits et un hôpital religieux de Saint-Antoine
sont fondés. Une chaire de droit civil et de droit canonique s'élève.
Ces établissements de commerce et d'industrie, de bienfaisance et
de science attestent le progrès de la richesse et des idées.
Deux faits assez bizarres nous apprennent que les produits du territoire
de Nîmes étaient fort recherchés ; en 1358, le pape jeta l'interdit
sur les Nîmois pour lui avoir fourni du vin d'une qualité qui ne
lui plaisait pas les vignerons nîmois avaient, comme on le voit,
une superbe pratique. En 1483, Louis XI mourant fit venir quatorze
charges de mulet de blé de Nîmes, espérant qu'il lui rendrait la
santé.
En 1533, François 1er visita Nîmes avec la
reine Éléonore et ses enfants. Les consuls offrirent à la reine
une coupe d'or fin, au dauphin deux chevaux de main du pays, et
un cheval à chacun de ses deux frères. Le roi visita l'amphithéâtre,
en parcourut jusqu'aux moindres galeries, et on le vit, un genou
en terre, nettoyer avec son mouchoir la poussière qui recouvrait
une inscription romaine.
Un peu plus tard, par lettres patentes
datées de Fontainebleau en 1539, il érigea à Nîmes une université
et un collège des arts. Les Nîmois reconnaissants lui élevèrent,
sur la place qui prit le nom de la Salamandre, une colonne surmontée
de cet emblème, et portant en abréviation l'inscription suivante
Fancisco, Francorum regi, patri patriæ magistratus populusque
nemausi dedicaverunt. On la voit aujourd'hui au musée, car elle
a été renversée à la Révolution.

Henri II, continuant aux Nîmois
la faveur paternelle, établit dans leur ville un présidial, en 1552.
C'est alors que se tinrent les premières assemblées de huguenots
à Nîmes, derrière la tour Magne, et qu'eurent lieu les premières
exécutions. Maurice Sécénat, natif des Cévennes, fut brûlé sur la
place de la Salamandre, où les bûchers flambèrent ensuite presque
sans relâche. Le premier organisateur de la Réforme à Nîmes fut
Guillaume Moget, ministre venu de Genève en 1559. Il trouva faveur
auprès des consuls, et, l'année suivante, après un prêche tenu par
lui dans un des jardins du faubourg des Frères-Prêcheurs, les huguenots,
exaltés, se précipitèrent sur l'église de Saint-Étienne du Capitole,
foulèrent aux pieds le saint sacrement et brisèrent les images:
Chassé quelque temps, Moget revint et enflamma de nouveause ses
disciples, qui s'emparèrent des églises, assiégèrentl a cathédrale,
fouettèrent publiquement le crucifix du maître-autel. Alors Nîmes
se modela sur Genève le consistoire domina la municipalité, sous
l'influence de Moget, Calvin au petit pied, qui fit venir de Lausanne
le pasteur Viret, pour le seconder dans la prédication. On démolit
les couvents pour bâtir des fortifications ; on fondit l'argenterie
des églises pour payer les milices et les reîtres allemands. Nîmes
dut se soumettre en 1564, et reçut dans ses murs le gouverneur du
Languedoc, Montmorency-Damville. Mais, en septembre 1567, les huguenots
rentrèrent pleins de fureur, sous la conduite du capitaine Bouillargues.
Le lendemain de la Saint-Michel, ils envahirent l'évêché, s'emparèrent
de l'évêque et des principaux catholiques, et se souillèrent malheureusement
par des atrocités qui font penser à celles de la Glacière. L'évêque
fut épargné, à la vérité, mais les autres furent massacrés et jetés
pèle-mêle, à demi morts, dans un puits large et profond, qui se
trouvait dans la cour de l'évêché et qu'on appela depuis le Puits
de Malamort. Cette funeste journée a reçu le nom de Michelade.
Chassés encore une fois, les protestants rentrent de nouveau,
en 1569, par surprise, en limant une grille de fer, qui fermait
le canal par où les eaux de la fontaine entraient dans la ville.
Pour ne plus perdre une place si importante, ils l'entourèrent de
fortifications formidables. Au reste, ils se montrèrent aussi tolérants
cette fois qu'ils l'avaient été peu auparavant, et laissèrent les
catholiques aller librement à la messe. L'édit de Nantes, en consacrant
l'existence des protestants, fut très favorable à Nîmes, où ces
hommes industrieux étaient en grand nombre. Depuis 1557 des manufactures
de velours, de damas, de satin et d'étoffes de soie s'y étaient
élevées. La plantation des mûriers blancs par Henri Traucat, Nîmois
protégé par Henri IV, donna à cette industrie un grand essor.
En 1579, les consuls autorisèrent l'établissement d'une imprimerie,
et même avancèrent des fonds pour le faciliter. En 1593, ils réorganisèrent
leur collège des arts, qui compta dès lors sept professeurs. Les
religionnaires, à qui étaient dus ces progrès en tout genre, vécurent
en paix à Nîmes pendant à peu près un demi-siècle. Ils se prononcèrent,
il est vrai, pour le duc de Rohan, et la ville fut alors agitée
par plusieurs émeutes. Mais Louis XIII vint la visiter et pardonna.
C'est seulement sous Louis XIV que la lutte recommença entre les
catholiques et les protestants, avec le caractère de persécution
qui fut propre au gouvernement du grand roi. Dès 1657 l'évêque,
ayant été admis dans le conseil de ville comme président obligé,
forma autour de lui un parti qu'on appela le parti de la Grande
croix ; les opposants s'appelaient le parti de la Petite croix Les
deux partis furent en conflit à propos de l'élection populaire;
le gouvernement approuva le choix de la Grande croix, et le comte
de Bioule, lieutenant général de la province, vint le faire exécuter.
Il trouva les élus de la Petite croix barricadés dans l'hôtel de
ville, fit faire feu ; le sang coula les Nîmois durent se soumettre.
Depuis ce moment une persécution systématique retira successivement
aux protestants les avantages de l'égalité conquise par l'édit de
Nantes. On les exclut peu à peu du conseil général, du consulat,
des professions libérales on détruisit leurs temples ; on limita
le nombre des personnes qui pouvaient suivre leurs convois funèbres
; on livra aux jésuites les octrois de la ville. Enfin les persécutions
sanglantes arrivèrent après la révocation de l'édit de Nantes et
les ordonnances de 1699 et de 1700. Nîmes fut plutôt témoin des
exécutions que des combats de la guerre des camisards. Fléchier
était évêque de Nîmes, quand le maréchal de Montrevel fit cerner
et livra aux flammes un moulin du faubourg de la porte Sainte-Anne
où cent cinquante religionnaires étaient rassemblés ; les dragons
sabraient et rejetaient dans l'incendie les malheureux qui tentaient
de s'échapper. Une jeune fille de dix-sept ans y réussit, cependant
le maréchal la fit ressaisir et mettre à mort.
Domptés par la
force, les Nîmois ne s'occupèrent plus que de leur industrie ; quoique
l'exil des protestants lui eût porté un coup funeste, elle fut encore
brillante au XVIIIème siècle. La fabrication des bas en
soie en était la branche principale. Depuis que la mode a changé
cette partie du costume, ce sont surtout des gants de soie que les
Nîmois fabriquaient ; ils en fabriquaient annuellement pour six
millions de francs plus de la moitié fut exportée aux États-Unis.
Nîmes fut pendant longtemps la première ville de France pour la
production de la soie, quoiqu'elle ne vienne qu'après Lyon et Paris
pour la mise en œuvre.
Citons, parmi les jardins ou promenades,
le square Antonin, décoré de la statue de cet empereur; l'avenue
Feuchères et le Jardin de la Fontaine, une des plus belles promenades
de France; Les monuments romains, enfin dégagés des masures qui
les obstruèrent si longtemps, suffiraient à eux seuls pour rendre
cette ville chère à l'archéologue en effet, Nîmes et le territoire
qui l'entoure offrent un des points où les débris de la grandeur
romaine parlent avec le plus d'éloquence au souvenir de l'homme.
Si le Midi de la France a, sous le rapport des monuments antiques,
été justement appelé l'Italie des Gaules, Nîmes peut en être considérée
comme la capitale. Nous nous contenterons de nommer, parmi ces glorieux
restes l'amphithéâtre, immense édifice construit avec la plus grande
solidité et qui pouvait contenir 23 000spectateurs, la tour Magne,
située sur une colline élevée qui domine la ville et qui était sans
doute un mausolée construit en mémoire d'une victoire et en l'honneur
de ceux qui y avaient perdu la vie; la Maison-Carrée, chef-d’œuvre
de l'architecture ancienne, temple dédié à Marc-Aurèle et à Lucius
Verus ; le temple de Diane, au pied de la colline qui domine le
jardin de la Fontaine; enfin la porte d'Auguste et les Thermes.

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