Histoire du Gard


Le département du Gard se trouve entre
l’Hérault à l'Ouest, les Bouches du Rhône au sud et la Drôme
au nord, sa pointe sud ayant un débouché Méditerranée au Grau
du Roi. Dominant la Méditerranée du haut de ses 1567 mètres
l’Aigoual, est le sommet de France qui à la particularité de
recevoir la plus importante quantité d'eau de pluie de notre
pays. Une station météorologique est implanté sur son sommet
depuis 1887.
Le pays situé entre le Rhône, les Cévennes
et la Méditerranée, où se trouve aujourd'hui le département
du Gard, fut, dit-on, occupé primitivement par les Ibères. Ceux-ci
furent chassés par le peuple celte des Volces qui prirent, en
s'établissant dans cette contrée, le surnom d'Arécomiques, c'est-à-dire
Volces du pays plat, pour se distinguer des Volces Tectosages,
qui occupaient les montagnes du côté de Toulouse.
La civilisation
orientale fut apportée sur ces rivages par les Phéniciens, qui
du XIIIème au XIème siècle avant Jésus-Christ,
y fondèrent de nombreux comptoirs par les Rhodiens, qui, vers
900, fondèrent Rhoda à l'embouchure du Rhône ; enfin, par les
Phocéens, fondateurs de Marseille.
Entraînés sens doute
par les Massaliotes dans le parti de Rome, les Arécomiques s'opposèrent
au passage d'Annibal et tentèrent de l'arrêter sur les bords
du Rhône. Il les vainquit et passa (218).

Vers 154, les Arvernes soumirent tout le pays des Arécomiques ; mais leur séjour fut de peu de durée, et déjà ils avaient disparu quand les Romains se montrèrent. L'influence de Marseille décida les Arécomiques à se soumettre volontairement en 121 au proconsul En. Domitius en récompense, le sénat permit à Nîmes et aux vingt-quatre bourgs placés dans sa dépendance de conserver leurs lois, leur religion et leurs usages. Rome trouva depuis dans les Arécomiques des sujets toujours fidèles et toujours étrangers aux mouvements qui agitèrent la Gaule. Quelques années après, les Cimbres et les Teutons traversèrent, avec l'impétuosité et les ravages d'une tempête, tout le pays entre le Rhône, les Cévennes et les Pyrénées, et fondirent sur l'Espagne pour revenir ensuite se faire battre par Marius. L'attachement que les Arécomiques vouèrent dès lors au vainqueur des barbares du Nord et à son héritier Sertorius leur valut la haine de Sylla et de Pompée, qui donna une partie de leurs terres aux Marseillais.


Pour la même raison, ils furent favorablement
traités par Jules César et par Auguste. Leur pays fut compris
dans la Narbonnaise, plus tard, dans la Narbonnaise première,
et se couvrit de monuments romains qui font du Gard le département
le plus riche en antiquités de cette époque.
Les invasions
barbares, arrêtées depuis Marius par la puissance romaine, recommencèrent
en 407. Crocus, roi des Vandales, dévasta la Narbonnaise et
renversa plusieurs monuments romains. Il fut vaincu par le second
Marius. Aux Vandales succédèrent les Wisigoths. Le pays de Nîmes
fut soumis à ces derniers et fit partie de la Septimanie. Clovis
le leur enleva un instant. Mais la victoire d'Ibbas, général
ostrogoth, le leur rendit, et leur domination n'y fut plus troublée
que par la révolte du duc Paul sous Wamba en 672.
En 720,
les Sarrasins, sous l'émir Zama, se répandent jusqu'au Rhône
ils sont vaincus deux ans après par Eudes. Iousouf prend le
même chemin en 737 ; Charles Martel le bat à son tour. Pour
la troisième fois le pays de Nîmes est envahi par les Sarrasins
en 752 ; mais il se révolte, forme une ligue et chasse les étrangers.
Le chef qui avait été porté à la tête de cette sorte de république,
Ansemond, ne se sentant pas assez de forces pour résister longtemps
aux Maures, se mit sous la protection de Pépin le Bref et lui
livra Nîmes en 752. Pépin donna le gouvernement de Nîmes et
d'Uzès à Radulfe, qui fut le premier comte en 753.
Les comtes
de Nîmes devinrent héréditaires après Charlemagne, dans ces
temps de trouble où les Normands se rendirent si redoutables.
Ces pirates débarquèrent en 858 dans la contrée qui nous occupe,
les Hongrois y parurent à leur tour en 924 et y commirent d'affreux
ravages. Mais bientôt le Nemosez eut des seigneurs capables
de le défendre ce fut en 956, lorsque l'héritière Cécilé épousa
Bernard II, vicomte d'Albi, dont les descendants, devenus maîtres
de Béziers et de Carcassonne, furent si puissants et si célèbres
sous le nom de Trencavel.

La vicomté de Nîmes fut pourtant détachée
des domaines des Trencavel, en 1130, pour devenir l'apanage
de Bernard, fils cadet de Bernard- Athon IV.
Elle fut vendue
dans le même siècle, en 1185 par Bernard-Athon VI à Raymond
V, comte de Toulouse, déjà maître de cette partie de la contrée
que l'on appelait le comté de Saint-Gilles.
Au commencement
du siècle suivant, Simon de Montfort se la fit adjuger, et son
successeur la remit à saint Louis, qui la réunit enfin à la
couronne de France.
Depuis ce temps, le Nemosez, directement
soumis aux officiers royaux, n'a plus changé de maîtres. Le
fief d'Alais appartenait, au moyen âge, à la maison de Pelet,
descendante des anciens comtes de Melgueil, qui avaient eux-mêmes
pour auteurs les premiers vicomtes de Narbonne. Les Pelet, qui
ont toujours réclamé en vain le comté de Melgueil et la vicomté
de Narbonne, furent même obligés de se contenter de la moitié
d'Alais lorsque Simon de Montfort se fut emparé de l'autre.
Ils gardèrent cette moitié, sous le titre de baronnie, jusqu'au
milieu du XVIIème siècle.
L'autre moitié, devenue
partie du domaine de la couronne par la cession d'Amaury de
Montfort, fut érigée en comté et passa successivement par mariage
ou par vente aux Beaufort, aux Montmorency et aux Conti.
La vicomté d'Uzès, au commencement du XVIème siècle,
fut acquise par un mariage au baron de Crussol le petit-fils
de ce seigneur la fit ériger en duché en 1556, puis en pairie,
et, au XVIIIème siècle, le duc d'Uzès était déjà
le plus ancien pair du royaume, toutes les autres pairies s'étant
éteintes auparavant.
Au XVIème et au XVIIème
siècle, les diocèses de Nîmes, d'Alais et d'Uzès furent agités
par les guerres religieuses. Bien que sans cesse persécutés,
les protestants y étaient nombreux, quand la révocation de l'édit
de Nantes vint les frapper d'une proscription générale. Alors,
en effet, on leur envoya des missionnaires et des soldats, qui
en convertirent quelques-uns ; mais le plus grand nombre aima
mieux s'expatrier ou souffrir pour ses croyances.

Pour la même raison, ilsCe n'était que
temples renversés, pasteurs mis à mort ou envoyés aux galères,
vieillards, femmes, enfants jetés en prison. Beaucoup se réfugièrent
dans les Cévennes ; mais, là encore, l'inquisition les poursuivit,
et plus d'un y périt sur le bûcher ou sur la roue. Désespérés,
quelques montagnards cévenols s'armèrent, les uns de faux, les
autres de fourches, d'autres d'épées ou de fusils ; et, des
montagnes de la Lozère, la révolte se propagea dans le pays
d'Alais. Comme tous les hommes de parti, les camisards ont été
mal jugés les uns en ont fait des brigands, d'autres des héros,
ceux-ci des saints et des prophètes, ceux-là des sacrilèges
et des impies. C'étaient de pauvres paysans qui, las d'être
rançonnés par le fisc et vexés par les gens de guerre, se battaient
pour la défense de leurs biens, de leurs libertés et de leurs
vies. Ils en voulaient surtout aux gens d'Église, dont l'intolérance
et le fanatisme sollicitaient sans cesse contre eux de nouvelles
persécutions. Aussi malheur à ceux qui tombaient entre leurs
mains ! De leur côté, les catholiques mirent tout à feu et à
sang dans ce pays, n'épargnant ni l'âge ni le sexe. On cite
un village où plusieurs femmes enceintes furent égorgées et
dont les enfants, arrachés de leur sein, furent portés en procession
à la pointe d'un pieu. On sait que cette guerre d'extermination
dura trois ans. Les camisards marchaient jour et nuit, et par
bandes ; ils appelaient frères leurs chefs. Jean Cavalier, qui
commandait les bandes de la plaine ou du pays d'Alais, était
un garçon boucher à peine âgé de vingt ans. Ardent et courageux,
il passait pour un prophète et avait sur ses compagnons un pouvoir
absolu. II eut à combattre le maréchal de Montrevel, ce qu'il
fit avec succès ; mais il se rendit à Villars. On dit que le
grand roi s'étant fait présenter le jeune héros, à la vue de
son air chétif et de sa petite taille, il haussa les épaules
et lui tourna le dos. Après ces sanglantes guerres, le pays
de Nîmes, d'Alais et d'Uzès jouit d'un long repos ; mais la
Révolution y vint réveiller les anciennes passions religieuses.
L'histoire du département compte à cette époque de tristes pages,
que nous nous faisons un devoir de laisser dans l'oubli.
Nimes
L'origine de la véritable création de
Nîmes remonte au VIème siècle av. J.-C.. Un peuple
celte, les Volques Arécomiques, s'installe autour d'une source
généreuse, au pied du mont Cavalier, au centre de la ville actuelle.
À la même période, plusieurs peuples s’installent sur des oppidas
non loin de là. Les sites ne manquent pas autour de Nîmes.
La romanisation de Nîmes commence véritablement au cours du
premier siècle avant J.-C.. Nîmes devient colonie de droit latin
et se couvre de somptueux monuments. L'empereur Auguste (Octave)
et ses successeurs en font une ville de promotion de la romanité
en Gaule. Nîmes s'agrandit. La monnaie, frappée à Nîmes, célébrait
une victoire en Égypte de légionnaires ayant obtenu des terres
de la colonie nîmoise : en 31 avant J.-C., Octave défait à Actium
la flotte d’Antoine et Cléopâtre et s’assure la mainmise sur
l’empire, César Auguste est né. Cette monnaie (As de Nîmes),
une des plus célèbres de l'Empire romain) est à l’origine des
armoiries de la ville : un crocodile enchainé à un palmier couronné
de lauriers, symbole de l'Égypte d'Antoine et de Cléopâtre vaincue
à la bataille navale d'Actium, en 31 avant JC, par Octave, le
futur empereur romain Auguste. Ce dernier, pour récompenser
ses capitaines fidèles de l'avoir aidé à prendre le pouvoir,
leur aurait distribué les terres nîmoises (COLonia NEMausensis).

Au IIIème siècle, Nîmes est
évangélisée par Saint Baudile et subit des invasions barbares
successives qui ralentissent l'essor de la cité antique. Au
Vème siècle, l'arrivée et l'installation des Wisigoths
met fin à la prospérité de la cité antique.
Nîmes est incendié
et tombe en 754. Radulf, un comte franc s’installe dans le château
des arènes de Nîmes qui ne possèdent plus l’opulence de l’époque
romaine. La porte d’Auguste devient une forteresse, le site
de la Fontaine est tout à fait abandonné. La ville connaît un
important déclin. À la suite de la dislocation de l’Empire de
Charlemagne en 833, le Languedoc voit la création de nombreuses
abbayes. Tandis que le pouvoir religieux assied son autorité,
les seigneurs laïcs deviennent de plus en plus puissants. Nîmes
passe sous l’autorité des Comtes de Toulouse en 892. Les invasions
sont toujours menaçantes, les Hongrois prennent Nîmes en 924.
En 1096, le pape demande non pas au roi mais au comte de Toulouse
de conduire la première croisade en Terre Sainte. À Nîmes, après
de nombreuses luttes de pouvoir, les chevaliers des arènes prêtent
serment au croisé. En 1194, la ville se dote d’une nouvelle
enceinte défensive. En 1198, le pouvoir est exercé par les quatre
Consuls qui siègent alors dans la Maison Carrée. Grâce à la
vigne, à l'olivier et à l'élevage du mouton, les échanges commerciaux
redémarrent.

Et là encore, la source intervient. Ses
eaux qui courent à travers la ville vont au cours des prochains
siècles amener la prospérité aux tanneurs, teinturiers et marchands
d'étoffes.
Après la conquête capétienne qui suivit la croisade
des Albigeois de 1209, Nîmes fut incorporée à la France et incluse
dans la sénéchaussée de Beaucaire, qui se composait des vigueries
suivantes : Aigues-Mortes, Alais, Anduze, Bagnols-sur-Cèze,
Beaucaire, Lunel, Nîmes, Roquemaure, Saint-André (Villeneuve-lès-Avignon),
Saint-Saturnin-du-Port, (Pont-Saint-Esprit), Sommières, Uzès,
Le Vigan et Meyrueis, Montpellier, et les bailliages du Gévaudan,
du Velay et du Vivarais. En 1215, Simon de Montfort, chef d’une
alliance de seigneurs du nord de la France, se rend maitre de
Nîmes.
C’est finalement Saint Louis qui parviendra à affirmer
le pouvoir royal dans la région devenant ainsi le Languedoc.
La fin du XIIème siècle voit les persécutions
des juifs qui sont finalement largement expulsés de Nîmes en
1306.
Durant la Réforme, les conflits religieux font de Nîmes
l’une des plus importantes communautés protestantes de France.
Au début du XVIème siècle, les idées de la Réforme
se sont ici répandues très rapidement : dans cette région de
droit romain écrit, l’accès direct en français à la Bible, le
livre référent, prôné par la Réforme est immédiat. En 1537,
deux réformés nîmois sont suppliciés. François Ier
ordonne « d’extirper cette malheureuse secte luthérienne »,
mais sa sœur, Marguerite de Navarre, amie de Calvin, intercède
pour donner à Nîmes une université dirigée par des érudits protestants.
Sous le règne du nouveau roi, Henri II, Nîmes s’affirme comme
la « petite Genève ». Les guerres de Religion sont très violentes
dans cette Nîmes devenue en majorité huguenote.

Le protestantisme a en effet eu ici un succès et une influence considérables sur la ville. Au cours des guerres de religion, de nombreux protestants périrent, ils sont le plus souvent brulés sur la place de la Salamandre, ou soit condamnés aux galères, ou encore emprisonnés notamment dans la fameuse « tour de Constance » à Aigues-Mortes. En représailles, en 1567, les huguenots détruisent la tour de droite de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor lors du drame de la « Michelade » et qui fit 90 morts parmis les catholiques, et ce malgré l'intervention de quatre pasteurs pour s'y opposer. À leur tour, en 1568, les catholiques incendient le grand Temple de la Calade construit seulement deux ans auparavant avec l'autorisation du roi Charles IX (il fut reconstruit en 1595 et à nouveau détruit en 1686), et le clergé soutenu par le roi redouble de violence envers les huguenots. Dès 1572, le « parti protestant » devient pratiquement maitre de la ville. Le massacre de la Saint-Barthélemy de l'année 1572 n'eut à Nîmes, aucune répercussion, malgré les ordres reçus. Les deux communautés firent le serment de « vivre en amis et frères ». Cependant, les réformés restent écartés de la vie publique et se tournent donc vers le commerce et la production manufacturière, domaines dans lesquels ils connaissent souvent le succès, notamment grâce à leurs réseaux européens constitués au fur et à mesure des exiles forcés. À partir de 1598, l’édit de Nantes assure la coexistence religieuse alors que les marchands les plus aisés sont principalement des huguenots. À cette époque, certains évêques cherchent à développer une forte activité catholique pour s'opposer à cette coexistence dominée en nombre par le parti réformé. En effet, en 1665, Nîmes compte 20 000 habitants dont une large majorité de protestants : 8 000 catholiques et 12 000 huguenots. Malgré cette large majorité dont les Consuls de la ville font partie (jusqu'en 1631, date à laquelle le premier Consul ne peut plus être protestant), la vie reste très difficile pour les réformés : ils doivent financer la rénovation de la cathédrale en 1636, leurs inhumations sont interdites dans les cimetières, leurs cultes sont encadrés et limités, le collège protestant est supprimé en 1664, le Temple de la Calade est démoli en 1686.

La révocation de l’édit de Nantes par
Louis XIV en 1685 et la démolition de tous les temples de l'Église
Réformée replonge pour plus d'un siècle les huguenots dans une
véritable clandestinité. Les assemblées de prières se tiennent
dans la plus grande discrétion hors de la ville désormais «
contrôlée » par une place forte royale (le fort Vauban) ; c'est
la période dite du « Désert ». D'autres protestants français
prennent le chemin de l’exil, les persécutions redoublent. En
1702, la guerre des Camisards éclate. Pendant deux à trois ans,
environ 2 000 paysans cévenols tiennent tête aux régiments de
Dragons. Cette « guérilla » est soutenue par la majorité des
protestants de Nîmes (d'une façon moins franche chez les classes
les plus aisées, qui parfois même s'en démarquent), surtout
à la suite du « Massacre du moulin de l'Agau » en 1703, où sous
l'ordre du maréchal de Montravel, de nombreux vieillards, femmes
et enfants protestants sont enfermés dans le moulin en bois
auquel est mis le feu et dont les sorties sont bloquées par
les armes : 300 personnes périssent carbonisées ; une femme
survit mais est exécutée le lendemain. Finalement, à la suite
de la résistance acharnée des Camisards, le roi négocie la reddition
des insurgés en 1704. Cependant, les prétentions des réformés
ne plaisent pas au roi, et la répression reprend jusqu'à l'extinction
des foyers d'agitation. En avril 1705 après le « complot des
Enfants de Dieu », les derniers insurgés Ravanel et Catinat
sont brulés vifs sur le parvis des arènes. Cette guerre laisse
les protestants plus misérables qu'avant. Le pasteur Paul Rabaut
parvient cependant à réorganiser l'église réformée à Nîmes et
redonne confiance à ses fidèles.
À la fin du XIXème
siècle, l’empereur Napoléon III, amateur d’antiquité entreprend
une vaste campagne de rénovation dont profiteront les monuments
de Nîmes et de la région gardoise (architecte Henri Antoine
Revoil). La ville a toujours été inspirée et influencée par
de multiples cultures, ceci étant notamment dû à sa situation
géographique exceptionnelle permettant également la rencontre
de nombreuses populations d'origines variées : les cultures
latines romaines et italiennes, languedociennes, provençales,
protestantes, cévenoles, camarguaise, tauromachique et bien
évidemment l'influence espagnole
Alès


La ville d’Alès s’écrivait avant 1926
Alais et c’est sous l'impulsion du professeur Artigues, que
le nom d’Alais devient Alès, la seconde ville du département
du Gard.
Alès n'était qu'un pauvre bourg au commencement
du XIIème siècle, Elle reçut pourtant, dans ce siècle,
la visite de deux papes, Gélase II et Alexandre III. Son histoire
particulière n’offre pendant longtemps que peu d'intérêt ; ce
sont des querelles continuelles entre ses seigneurs dont nous
avons parlé dans l'histoire du département. Au XIVème
siècle, elle avait acquis de l’importance, elle était industrieuse
et peuplée. Le duc de Berry y tint, en 1382, les états de la
sénéchaussée de Bancaire. Les calvinistes dominèrent dans Alès
au commencement des guerres de religion. Ils en furent chassés
en 1542 et n'y rentrèrent qu'en 1575. Le moment le plus important
de l'histoire politique d'Alès, c'est en 1620, lorsque cette
ville s'associa à la révolte des protestants. Les églises y
furent pillées et réduites en cendres, le drapeau de l'insurrection
ouvertement levé. Louis XIII, accompagné du cardinal de Richelieu,
vint assiéger la place et s'en rendit maître.
Ce dernier
accorda aux Réformés un édit de Grâce qui leur retirait leurs
places fortes, mais leur laissait la liberté de conscience accordée
par l'édit de Nantes.
La baronnie d'Alès passa à la maison
de Montboissier en 1575, puis aux Montmorency, enfin aux Bourbon-Conti.
Son possesseur avait la première place de la noblesse aux États
du Languedoc. Alors fut signée la paix, dite d'Alès, qui rendit
au royaume un calme momentané, mais les murs de la ville furent
détruits. En 1632, le baron d'Alès, neveu de Montmorency, s'étant
laissé entraîner dans la révolte de son oncle, le château, à
son tour, fut démoli. Un évêché fut érigé à Alès en 1692.
La ville jouissait dès lors d'une prospérité industrielle qui
n'a pas diminué. Elle excellait dans la fabrication des soies.
Sur son territoire il existait des mines de fer et de houille
grâce auxquelles Alès pris une grande importance.
Uzès


"Premier duché de France", dresse ses tours altières au cœur de la garrigue. Sur le territoire du peuple gaulois des Volques Arecomiques se trouvait le castrum d'Ucetia, qui protégeait Nîmes vers le nord et l'alimentait en eau par le Pont du Gard. Bermond Ier donna son nom à une tour, son petit-fils Raymond Rascas remania le château seigneurial, appelé aujourd'hui le Duché. Simone d'Uzès apporta la seigneurie à son époux Jacques de Crussol en 1486. Charles IX éleva Antoine de Crussol à la dignité de duc en 1565, puis de pair en 1572. Après la révolte de Montmorency en 1632, la pairie d'Uzès devint la première de France. Le jeune Racine séjourna un an à Uzès, il y fut sensible à la beauté des filles de l'endroit et à la qualité du vin, "le meilleur du royaume". Évêché jusqu'en 1790, sous-préfecture jusqu'en 1926, Uzès connait aujourd'hui un renouveau avec la restauration de son patrimoine culturel grâce à la loi Malraux.
Aigues-Mortes


La ville d'Aigues-Mortes doit son origine
à une abbaye de bénédictins, du nom de Psalmodi, détruite par
les Sarrasins vers l'année 725, et rebâtie par Charlemagne en
788. Près de là était la tour de Métafère, forteresse autour
de laquelle se groupèrent quelques maisons, dont la réunion
forma dans la suite une bourgade qui ne tarda pas à recevoir
son nom des eaux mortes environnantes Aigues-Mortes obtint une
charte de commun en 1246.
En 1248, saint Louis acquit des
moines de Psalmodi cette ville naissante, en fit restaurer le
port, y rassembla une flotte nombreuse et s'y embarqua le 25
août pour la Palestine Des écrivains célèbres ont avancé que
la mer baignait alors les murs d'Aigues-Mortes; mais il est
aujourd'hui démontré qu'au siècle de saint Louis la mer était
déjà resserrée dans ses limites actuelles et que alors, comme
aujourd'hui, à 4 kilomètres environ du rivage. Ce qui a pu produire
l'erreur dans laquelle sont tombés la plupart des auteurs qui
ont décrit la position d'Aigues Mortes c,'est qu'il existe en
face du Grau Louis une vaste rade susceptible de recevoir une
flotte nombreuse, où mouillèrent sans doute la plus grande partie
des vaisseaux de l'expédition de saint Louis, et où les pilotes
viennent encore de nos jours chercher un abri contre la fureur
des flots; mais ce n'était point là ce qu'on appelait le port
d'Aigues-Mortes.
Ce port existait sous les murs de la ville.

Lorsque les navires voulaient y remonter
ils entraient par le Grau-Louis dans le Canal-Vieil, qu'ils
suivaient jusqu'à la Grande-Roubine et, de là, par une ouverture
qui subsiste encore, mais qui s'est beaucoup rétrécie, pénétraient
dans l'Etang-de-la-Ville, qui baigne la partie méridionale d'Aigues-Mortes
et, qui était alors très large, très profond, et formait et
véritable port.
Le 1er juillet 1270, saint Louis s'embarqua
une seconde fois à Aigues-Mortes pour une nouvelle croisade
le 25 août suivant il expira au milieu des ruines de Carthage,
exprimant le désir que son successeur fît entourer de remparts
la ville d'Aigues-Mortes ce, qui fut exécuté sous le règne de
Philippe le Hardi. Pendant près d'un siècle après la mort de
saint Louis, le port d'Aigues-Mortes fut dans l'état le plus
florissant chaque jour voyait entrer dans son enceinte les navires
de toutes les nations commerçantes mais, vers le milieu du XIVe
siècle les sables en encombrèrent tellement l'entrée, qu'il
devint impossible aux vaisseaux d'y aborder. Le roi Jean y fit
faire, en 1363 de grandes réparations, qui furent bientôt détruites
par les sédiments qu'apportaient la mer et le Rhône. En peu
de temps, toutes les communications furent encore fermées; la
navigation intérieure cessa, et les navires étrangers, contraints
de s'arrêter sur la plage, où ils restaient exposés aux déprédations
des pirates, allèrent chercher ailleurs un port plus assuré.
De nouveaux travaux furent entrepris sous le règne de Charles
VI, mais ils ne purent ramener la vie et l'activité dans cette
ville, qui, entourée d'eaux croupissantes dont les miasmes délétères
occasionnaient les plus funestes maladies se dépeupla peu à
peu et devint presque déserte. De nouvelles réparations furent
exécutées sous les règnes de François Ier, de Henri IV et de
Louis XIII ; c'est à ce dernier monarque que l'on est redevable
de l'ouverture du Grau-du-Roi, regardé actuellement comme le
port d'Aigues-Mortes. Sous le règne de Napoléon, si remarquable
par 1’exécution de grands travaux d'utilité publique, on entreprit
de restaurer le port d'Aigues-Mortes on se proposait d'abord
de recreuser le Grau du-Roi, ainsi que le canal de la Grande-Roubine,
et de construire en suite, à la jonction de ce canal et de ceux
de la Radelle, de Beaucaire et du Bourgidou un vaste bassin
bordé de quais, dans lequel se seraient réunis les bâtiments
de mer et où ils auraient pu commodément déposer leur cargaison
et recevoir leur chargement. Ces travaux, dont la dépense était
évaluée à 695 140 francs, furent mis en adjudication en 1816,
et les entrepreneurs s'engageaient à les terminer de 1816 à
1817; mais on s'est borné jusqu'ici à l'entretien du Grau et
du canal.
Toute fois une nouvelle source de prospérité pour
Aigues-Mortes fut créée en1811, par l'achèvement du canal de
Beaucaire.
Aigues-Mortes n'a maintenant un port qu'à l'aide
du canal appelé la Grande-Robine; il aboutit à un chenal qui
s'avance de quelques mètres dans la Méditerranée, et qui porte
le nom de Grau d'Aigues-Mortes La. Robine a de 40 à 45 mètres
de largeur et environ 3 mètres de profondeur dans le milieu
de son lit.
Des chaussées en terre, revêtues solidement le
bordent des deux côtés. La profondeur de l'eau à l'entrée du
chenal est d'environ 4 mètres. Vers la fin du malheureux règne
de Charles VI, les Bourguignons auquel il ne restait plus dans
le Languedoc que les places de Sommières et d'Aigues-Mortes
entreprirent de résister dans cette dernière ville au sénéchal
de Beaucaire, qui avait reçu l'ordre d'en faire le siège. La
place, pourvue d'abondantes provisions et défendue par des remparts
qui redoutaient peu les assauts, tenait depuis plus de cinq
mois, lorsque, dans une nuit de la fin de janvier 1421, la garnison
fut surprise par les assiégeants auxquels s'étaient joint les
habitants et passée au fil de l'épée. Les cadavres étaient si
nombreux qu'on prit le parti, pour éviter le pernicieux effet
de leur putréfaction de les entasser sous des monceaux de sel,
dans une des tours de la ville, qui porte encore aujourd'hui
le nom de tour des Bourguignons C'est de là qu'est venue l’épithète
de Bourguignon salé.

Après la trêve de Nice, François Ier
et Charles-Quint eurent une entrevue à Aigues-Mortes, en 1538.
Dans les guerres de religion, cette ville passa plus d'une fois
de la domination des réformés à celle des catholiques ces derniers
y furent presque tous égorgés, et leurs maisons livrées au pillage
par leurs adversaires le 12 janvier 1575. Après la paix de 1576,
les calvinistes obtinrent Aigues-Mortes et Beaucaire pour places
de sûreté.
Avant la révolution, cette ville était exempte
de tous péages et impôts de ville et de province, de la taille,
logements de gens de guerre, étapes, réparations de rivières,
chaussées chemins digues, etc.; elle avait en outre le droit
de prendre tous les ans aux salines de Peccais, francs et quittes
de tous droits de gabelle, trente gros muids de sel, ou 4 320
minots. Lors de la terrible inondation du mois d'octobre 1840,
La ville d'Aigues-Mortes servit de refuge aux habitants des
faubourgs et des campagnes environnantes on parvint à se garantir
entièrement de l'invasion des eaux en fermant les portes et
en les terrassant, et la solidité des murs résista aux efforts
de l'eau, qui baignait les remparts jusqu'à la hauteur de 3
mètres.
La ville d'Aigues-Mortes est située dans une contrée
marécageuse non loin des importantes salines de Peccais, à la
jonction des canaux de Beaucaire de la Radelle, du Bourgidou
et de la Grande-Roubine par lequel elle communique à la Méditerranée
Elle est entourée de remparts d'une belle conservation construits
sur le plan de ceux de la ville de Damiette Leur figure est
celle d'un parallélogramme rectangle, émoussé sur l'un de ses
angles, et dont la longueur est de 545,74 mètres et la largeur
de 454 mètres Bâtis en larges pierres taillées en bossage, les
murs s'élèvent à la hauteur d'environ 11 mètres. Percés de meurtrières,
garnis de mâchicoulis, couronnés de créneaux, ils sont flanqués
de quinze tours, dont les unes sont carrées et servent seulement
de passage et dont les autres, double est cylindriques renferment
des chambres propres à recevoir des combattants Au dessous de
celles-ci s'ouvrent de grandes portes en ogives, qui donnent
entrée à la ville, où l'on a pratiqué des coulisses intérieures
pour les fermer solidement au besoin. Pour compléter ce système
antique de défense, on avait creusé au pied des remparts un
large fossé, actuellement comblé, et remplacé, sous le mur méridional,
par un terrassement qui recule l'Etang-de-la-Ville et sert de
promenade pendant l'hiver.

Vers l'angle émoussé des remparts, dans
la partie intérieure, est assis le château, vaste bâtiment militaire,
et à l'extérieur, au milieu d'un mur circulaire, s'élève la
tour de Constance, dont la hauteur est de 29 mètres, le diamètre
de 66 mètres, et dont les murs ont 2,65 mères d'épaisseur. On
pénètre dans l'intérieur par deux portes doublées de fer, et
roulant avec peine sur leurs gonds. Là se présentent deux vastes
chambres voûtées et placées l'une au dessus de l'autre.
La
première était sans doute occupée par la garnison, comme l'indique
un four creusé dans le mur ; dans la seconde on renfermait pêle-mêle
les prisonniers L'une et l'autre ne sont éclairées que par l'étroite
fente des meurtrières, et par une ouverture circulaire percée
au milieu de leurs voûtes. Un escalier obscur et tortueux, ménagé
dans l'épaisseur du mur, et muni de mâchicoulis qui plongent
sur la porte d'entrée, conduit à la chambre supérieure, et puis
à la plate-forme de la tour. Cette plate-forme, entourée de
créneaux, était à la fois un lien de défense et d'observation
elle servait en outre à retenir les eaux pluviales qui de là
s'écoulent dans une citerne pratiquée dans le mur. Sur ses bords
s'élève une tourelle de 11 mètres de hauteur, dont l'unique
destination était de soutenir le phare qui la couronne. Ce phare,
se trouvant ainsi à 40 mètres au-dessus du sol, pouvait facilement,
malgré son éloignement de la mer, être aperçu par les navires,
comme il le serait encore aujourd'hui si on le tenait allumé.
Au commencement du XVIIIème siècle à, l'époque désastreuse
où les Cévennes étaient ravagées, dévastées comme un pays conquis
par les barbares, la tour de Constance fut convertie en prison
où l'on enfermait les femmes et les enfants des camisards dont
on était parvenu à s'emparer, et où plusieurs furent oubliées
pendant près d'un demi-siècle.
Monsieur de Boufflers décrit
de la manière suivante la visite qu'il fit à la tour de Constance
en 1768. «Je suivais Monsieur de Beauveau dans une reconnaissance
qu'il faisait sur les côtes du Languedoc . Nous arrivons à Aigues-Mortes
au pied de la tour de Constance nous trouvons à l'entrée un
concierge empressé qui, après nous avoir conduits par des escaliers
obscurs et tortueux, Nous ouvre à grand bruit une effroyable
porte, sur laquelle on croyait lire l'inscription de Dante
« Lasciate ogni speranza, ô voi ch'intrate. » Les couleurs
me manquent pour peindre l'horreur d'un aspect auquel nos regards
étaient si peu accoutumés tableau affreux et touchant à la fois,
où le dégoût ajoutait encore à l'intérêt! Nous voyons une grande
salle ronde privée d'air et de jour ; quatorze femmes y languissaient
dans la misère et dans les larmes. Le commandant eut peine à
contenir son émotion et, pour la première fois sans doute, ces
infortunées aperçurent la compassion sur un visage humain. Je
les vois encore, à cette apparition subite, tomber toutes à
la fois à ses pieds, les inonder de pleurs essayer des paroles
ne trouver que des sanglots puis, enhardies par nos consolations
raconter toutes ensemble leurs communes douleurs. Hélas tout
leur crime était d'avoir été élevé dans la même religion que
Henri IV. La plus jeune de ces martyres était âgée de cinquante
ans : elle en avait huit lorsqu'on l'avait arrêtée allant au
prêche avec sa mère, et la punition durait encore.

Aux fortifications d'Aigues-Mortes est
attaché une tour, nommée tour Carbonnière située à mi-chemin
de la chaussée qui conduit à Psalmodi. Cette tour, bâtie dans
le même style que les remparts, et ayant la même origine, défendait
l'approche de la ville ; elle est ouverte en arceau pour le
passage de la grande route , et fermée d'une double porte.
Le climat de la ville d’Aigues-Mortes est loin d'être aussi
meurtrier qu'on le croit généralement et, depuis bien des années,
il est rare que l'on y compte un plus grand nombre de malades,
toute proportion gardée, que dans les localités situées comme
elle au milieu d'un pays marécageux. Toutefois elle est exposée
au vent du sud-est appelé le marin, dont l'influence
maligne engendre des fièvres intermittentes qui exercent leurs
ravages depuis le milieu de l'été jusqu'à la fin de l'automne,
mais qui nuisent plus à la longévité qu'elles ne causent de
mortalité. Si l'on considère l'espace compris dans les remparts
on peut conjecturer qu'à l'époque de leur construction la ville
renfermait près de 10 000 habitants en 1774, on n'y en comptait
plus que 1 600 depuis cette époque, la population s'est un peu
augmentée et s'élève aujourd'hui à 3 393 habitants. Il s'en
faut beaucoup que cette population occupe toute l'enceinte des
remparts. En divers lieux les maisons ont fait place à des jardins,
à des champs labourés.
Le reste de la ville se compose de
rues larges, tirées au cordeau, et bordées de maisons qui n'ont
toutes qu'un seul étage au-dessus du rez-de-chaussée. Dans chacune
de ces maisons se trouve un puits, dont l'eau saumâtre ne peut
servir qu'aux usages les plus communs; ce qui oblige les habitants
à se procurer, pour boisson, des eaux pluviales ou celles du
Rhône.
La Petite Camargue correspond, à l'ouest du actuel,
à une zone anciennement occupée par des bras disparus du Rhône,
qui arrosaient la côte languedocienne, entre Beaucaire et la
mer. L'histoire a gardé quelques traces de cette configuration,
dont les étangs de Scamandre, du Charnier et de l'Or sont les
reliquats modernes. De nos jours, le Petit-Rhône en voie d'atterrissement
peut également être considéré comme un reliquat de ces bras
historiques, du moins dans son tracé supérieur, d'Arles à Saint-Gilles.
La Petite Camargue est aujourd'hui un espace protégé. Pays de
très nombreux étangs où s’ébattent des colonies importants de
Flamands Roses. Elle abrite aussi de nombreuses manades où l’on
pratique l’élevage de taureaux de Camargue reconnaissant à leur
luisante robe noire.
Villeneuve-lès-Avignon

Sur le Mont Andaon, une nécropole chrétienne se développe autour de la tombe de Casarie, dans une grotte. A son décès le 8 décembre 586, son époux Valens appose un épitaphe sur sa tombe. Ce texte gravé sur une plaque de marbre (conservé dans la collégiale de Villeneuve) est à l'origine de la tradition selon laquelle Casarie est l'épouse d'un évêque d'Avignon, qui s'est retirée en ermite au sommet du Mont Andaon, suivant le modèle de sainte Marie-Madeleine. Face à la vénération dont est l'objet la tombe, l'évêque d'Avignon appele une communauté bénédictine afin d'encadrer le culte naissant. Avant 980, l’abbaye saint-André est fondée sur le mont Andaon, avant d’être approuvée par bulle papale en janvier 999. À l’époque, la colline et ses environs ne sont occupés que par quelques maisons et fermes isolées. Un village se développe autour de l’abbaye au XIème siècle, sous le nom de bourg Saint-André.

Après 1181 et avant 1200, une muraille
est construite autour du village, qui devient un castrum, probablement
en liaison avec la construction du pont sur le Rhône, achevé
en 1185, les habitants de Saint-André voulant se protéger des
Avignonnais. C’est probablement également à cette date que l’abbé
donne son autonomie au village et affranchit une partie au moins
des serfs. Cependant, le bourg Saint-André est annexé par la
commune d’Avignon au début du XIIIème siècle, et
en 1210, le comte de Provence Raymond V confirme cette annexion.
Malgré une révolte des habitants de Saint-André en 1213, cette
domination des Avignonnais est à nouveau confirmée en 1222.
En 1226, l’armée du roi de France assiège Avignon, dans le cadre
de la croisade des Albigeois.
En 1226, le roi de France
Louis VIII en lutte contre le comte de Toulouse, arrive avec
son armée devant Avignon. Avignon demeure fidèle au comte et
refuse le passage de l'armée royale. Pendant les trois mois
que dure le siège, le roi est l'hôte de l'abbé de Saint-André,
qui va lui proposer de signer un traité de paréage. Ce traité
place la seigneurie de Saint-André sous la protection du roi
de France. Les termes de ce traité ne seront en fait jamais
appliqués : la fin de la croisade des Albigeois en 1229 a dépecé
le comté de Toulouse au profit des vainqueurs : Avignon est
partagée entre deux frères du roi de France, les prétentions
de la ville sur Saint-André sont réduites à néant. A la fin
du XIIIème siècle, des changements géopolitiques
vont avoir des conséquences sur la rive droite du Rhône. Le
roi de France Philippe IV le Bel, qui a hérité de son oncle
la moitié de la seigneurie d'Avignon, l'échange avec un cousin,
roi de Naples, autre co-seigneur de la ville. Le roi de France
perd le contrôle de la rive gauche du fleuve, il doit alors
prendre le contrôle de la rive droite.


Le 11 juillet 1292, après deux ans de
négociations, un nouveau traité de paréage remplace le premier.
Le traité prévoit : la construction de deux forteresses royales
; le partage entre l’abbé et le roi de tous les revenus de la
seigneurie de Saint-André (très riche) et de la terre royale
de Tavel ; la haute-justice revient entièrement au roi ; le
sceau est désormais commun (d’où les armes actuelles de la ville).
La construction d'une forteresse à l'entrée du pont débute aussitôt.
Le contrôle de l'accès du pont est le véritable enjeu, économique
et stratégique, de ce traité. En construisant la Grosse Tour
du Bout du Pont (aujourd'hui Tour Philippe le Bel), le roi annexe
la totalité du pont et s'en attribue d'autorité les revenus.
Malgrè les protestations des Avignonnais, l'état de fait et
la loi du plus fort l'emportent.
Afin de favoriser le développement
économique de la co-seigneurie, une bastide royale est fondée
en mars 1293 sur les rives du Rhône portant le nom de Ville
Neuve-Saint-André-près-d'Avignon. Dotée de nombreux privilèges
afin d'en favoriser le peuplement, la ville neuve devait sans
doute, dans l'esprit du roi de France, concurrencer et surclasser
Avignon sa rivale. Un évènement tout à fait imprévu aller bouleverser
ses plans et réorienter le destin de la ville. L'installation
en 1316 à Avignon de la papauté a d'énormes conséquences sur
la ville naissante qui va recevoir les villégiatures des cardinaux
et des souverains pontifes. Quatorze palais gigantesques sont
construits à Villeneuve, dont l'emprise des domaines marque
aujourd'hui encore la physionomie de la cité. Certains sont
des manoirs de campagne (palais de Montaut, de Montolivet) construits
dans les collines, d'autres sont des palais urbains (palais
de Via, du Pouget, de Canilhac, de Thurry) élevés à la lisière
de la ville neuve, étouffant le développement naturel de son
plan initial en damier.
Suivra plus tard la construction
de la seconde forteresse royale prévue par le traité de 1292,
le fort Saint-André, sur le mont Andaon, pour protéger l'abbaye
et le Bourg Saint-André des bandes de brigands lors de la Guerre
de Cent Ans et pour fortifier la frontière du royaume.

En 1356, fondation par le pape Innocent
VI de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, qui deviendra
l'une des plus vastes et riches d'Europe. En 1649, un projet
de portail monumental envisagé quatre ans plus tôt pour la Chartreuse,
est finalement réalisé, par l’architecte François de Royers
de la Valfenière. En 1660, Louis XIV le franchira en grand cérémonial
lorsqu'il viendra en visite à la Chartreuse accompagné d'une
nombreuse suite.
Au XIVème siècle, le pouvoir
de l’abbé continue de décroître, jusqu’à la révolte en 1388
des habitants de Villeneuve, qui refusent de prêter serment
de fidélité à leur abbé toujours absent.
En novembre 1461,
par ses lettres patentes, Louis XI confirma les privilèges de
Saint-André-lèz-Avignon.
Beaucaire

Beaucaire est l'ancienne Ugernum, ville
des Volces Arécomiques, qui acquit de l'importance sous la domination
des Romains. Les voies qui conduisaient de Nîmes en Italie y
passaient, et l'on y a trouvé des chapiteaux corinthiens, des
statues, des mosaïques, qui attestent qu'elle fut habitée par
de riches Romains. Prise par les Wisigoths, les Francs, les
Sarrasins, enlevée enfin à ces derniers par Charles Martel,
Ugernum fut érigée en un fief héréditaire appelé terre d'Argence
(Argentia, Argenteus ayer). Le comte d'Arles, qui en était maître,
en fit la cession à l'archevêque, et c'est sous la suzeraineté
de ce prélat que les comtes de Toulouse la possédèrent plus
tard. Ceux-ci l'inféodèrent à leur tour aux vicomtes de Narbonne.
C'est seulement au XIème siècle que Ugernum, qu'on
appelait alors Ugerno, changea de nom. La forme carrée de son
château ou peut-être de la plaine où la ville s'élève avait
donné naissance au surnom de Bel-Quadro, Bellum-Quadrum,
Bellicadrum,Beaucaire, qui bientôt prévalut dans l'usage.
Au siècle suivant, Beaucaire était déjà considérable, Benjamin
de Tudèle, qui la visita en 1165, l'appelle une « grande place
forte, » Castrum magnum et c'est dans sa vaste plaine qu'en
1174 Henri II, roi d'Angleterre, réunit cette fameuse cour plénière
dont l'objet était la réconciliation du comte de Toulouse et
du roi d'Aragon, et que signalèrent les extravagantes prodigalités
des chevaliers méridionaux, l'un brûla publiquement ses plus
beaux chevaux, un autre fit labourer la plaine voisine du château
et y fit semer 30,000 sols en deniers, etc.
En
1215, après la décision du concile de Montpellier qui dépouilla
Raymond VI au profit de Simon de Montfort, l'archevêque d'Arles,
Michel de Morèse, s'empressa de remettre Beaucaire au chef des
croisés. Mais Raymond y rentra par force l'année suivante. Lambert
de Limoux, lieutenant de Montfort, se défendit longtemps dans
le château, mais fut enfin obligé de l'évacuer après avoir vu
repousser ses murs par Simon lui-même, accouru pour le délivrer.
Les Beaucairois, qui s'étaient distingués par leur fidélité
au comte de Toulouse et qui s'étaient laissé excommunier plutôt
que de l'abandonner, furent récompensés par la confirmation
et l'accroissement de leurs privilèges (1217).Ils se soumirent
pourtant à Louis VIII, et leur ville devint alors le siège d'une
sénéchaussée dont la circonscription, réglée par saint Louis,
embrassa les diocèses de Maguelonne, Niâmes, Uzès, Viviers,
Mende, Le Puy et la partie de ceux d'Arles et d'Avignon située
sur la rive droite du Rhône. L'usage du droit écrit leur fut
laissé avec leurs privilèges confirmés au siècle suivant par
Philippe de Valois. Or on voit en 1298 vingt-six bourgeois de
Beaucaire attester que, « d'après un usage immémorial, les bourgeois
peuvent recevoir la ceinture des mains des nobles ou prélats
et jouir ensuite des avantages des chevaliers. » Cela donne
une idée de l'étendue des privilèges de la bourgeoisie de cette
ville. Comme la plupart des villes du Midi, elle avait des consuls,
qui furent remplacés en 1335 par des syndics, mais que Louis
XI rétablit plus tard au nombre de quatre. D'un autre côté,
les rois ne respectèrent pas moins les droits féodaux de l'archevêque
d'Arles, qui furent seulement convertis en une redevance de
100 livres à prendre sur le péage de Beaucaire.

Au XVIème, siècle, Beaucaire n'embrassa point la Réforme. Dès 1543, un luthérien, Antoine Sabathier, y fut brûlé vif. Quand la guerre éclata, les catholiques prirent de grandes précautions pour empêcher les huguenots de pénétrer dans la ville. Ceux-ci y entrèrent néanmoins en 1562, pillèrent les églises et forcèrent les principales familles catholiques à se réfugier en Provence. Une tentative des exilés pour rentrer dans leurs foyers échoua la même année et ne fit qu'amener un combat où périrent douze cents catholiques, soit tués, soit noyés dans le Rhône. Les protestants ne pouvaient cependant garder la supériorité dans une ville où la majorité n'était pas pour eux. Ils eurent le tort de soutenir le sieur de Parabère, qui, bien que gouverneur de la ville, se mit à rançonner les manants et les commerçants qui passaient sur le Rhône. Montmorency-Damville, gouverneur de Languedoc, fut obligé d'ordonner au peuple de Beaucaire de courir sus à ce bandit et à ses partisans et, le dimanche 7 septembre 1578, trois gentils hommes conjurés égorgèrent Parabère et sa maîtresse dans l'église même. Les protestants furent discrédités par la conduite qu'ils avaient tenue en cette circonstance, et Beaucaire, sans intolérance pourtant, demeura la ville catholique en face de Nîmes, la ville protestante. Elle se montra également fidèle à la cause royale en 1532 en refusant d'imiter le gouverneur du château qui avait pris les armes pour le duc de Montmorency. Richelieu s'y rendit la même année et fit démolir le château, dont il ne reste aujourd'hui qu'une ruine impuissante située sur un rocher qui domine le Champ de foire, au bord du Rhône et vis-à-vis du château de Tarascon. Beaucaire résista également aux camisards, qui, en 1704, massacrèrent dans le voisinage trente-neuf catholiques.
La Foire de Beaucaire

Plan du site |
Moteur de recherche
| Index Général
| Page Aide |
Contact
© C. LOUP 2025