Montpellier - Préfecture de l'Hérault

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Plan de Montpellier en 1772
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Fronton de la préfecture de l'Hérault

Note : Cette description de Montpellier est extraite de La France Illustrée.


Montpellier ( Mons Pessulanum, Mons Puellarum),et une grande et belle ville peuplée de 55 258 habitants et située sur une colline dominant le confluent du Lez et du Merdanson, d'où l'on découvre la mer, le Canigou, le mont Ventoux et les Cévennes, à 750 kilomètres au sud-est de Paris.
Montpellier est divisée en six quartiers ou sizains, qui se subdivisent en plusieurs îles; cette ville se compose de rues étroites et tortueuses, mais propres et généralement bordées d'assez belles maisons. Sur les boulevards du Peyrou à l'Esplanade, et dans les quartiers neufs, il existe de remarquables constructions. Citons les boulevards de Saint-Guilhem, du Jeu-de-Paume, de la Comédie, la rue de Maguelonne, la Cité industrielle, qui offre le spectacle d'une ville active et récemment construite. Montpellier est aujourd'hui dépouillée de ses fortifications dont il ne subsiste que la tour des Pins et trois portes.
Montpellier n'existait pas du temps des Romains. On attribue sa fondation aux fugitifs de Maguelonne en 737, qui auraient bâti les deux bourgs de Montpellier et de Montpelliéret, l'un au nord-ouest, l'autre au sud-est de la colline qu'occupe aujourd'hui la ville.
De toutes les étymologies que l'on a prêtées à son nom, la plus probable est celle-ci Mons Pessulus ou Pessulanus, c'est-à-dire mont fermé au verrou (quasi pessulo clausus), en patois Montpeglat qui signifie mont fermé à clef. Le monticule sur lequel la ville s'élève aurait été anciennement un terrain planté de bois, une sorte de parc ou de garrigue remplie d'herbes sauvages où les habitants de Substantion avaient seuls le droit de faire paître leurs bestiaux, et qu'ils entouraient, pour cette raison, d'une palissade dont la porte était fermée au verrou. Des étymologistes plus galants ont voulu faire honneur à la beauté bien connue des Montpelliéraines du nom de leur ville. Montpellier serait alors le Mont des Belles-Filles (Mons Puellarum) ,à moins que cette étymologie elle-même ne se rapporte à ces deux pieuses sœurs de saint Fulcran, de la famille des comtes de Melgueil et de Substantion, lesquelles, possédant un franc-alleu, l'une Montpellier, l'autre Montpelliéret, en firent don à l'église de Maguelonne en 975.

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La place de la Comédie

D'autres disent que Montpellier est pour Mont-Pilier, à cause de la base rocheuse sur laquelle la ville est assise; d'autres, enfin, qu'elle tire son nom du Lez, petite rivière qui coule auprès de la montagne, Mons in pede Ledi. Malheureusement, c'est la rivière qui est au pied de la montagne, et jamais on n'a dit qu'une montagne était au pied d'une rivière. Les deux bourgs de Montpellier et de Montpelliéret paraissent avoir été, dans l'origine, une sorte d'asile, ce qui faisait dire à Casaubon que les habitants méritaient le nom de Convenæ. Les dispositions favorables aux étrangers, qui abondaient dans les règlements de Montpellier, et particulièrement dans la charte de 1204, ne seraient qu'un effet de cette facilité à accueillir qui se rencontre chez la plupart des villes formées ainsi, villes généralement destinées, au reste, à un brillant avenir. Cette population, mêlée de Celtes, de Grecs, de Gallo-Romains, de Wisigoths, de Gallo-Francs, s'accrut, en 815, d'une bande de fugitifs espagnols chassés par les Sarrasins. Les évêques de Maguelonne, ayant acquis en 975 les deux bourgs de Montpellier et de Montpelliéret, cédèrent le premier aux Guilhem et ne gardèrent dans leur dépendance immédiate que le second.
Alors même que ces deux bourgs se rejoignirent par des habitations intermédiaires, la ville formée de leur réunion n'en demeura pas moins divisée, pour la seigneurie et la juridiction, en deux portions parfaitement distinctes. La plus considérable des deux fut celle qui appartenait aux Guilhem, surtout après les acquisitions de Guilhem V. Sous ce seigneur, qui prit part à la première croisade, nous voyons à Montpellier un bayle ou bailli, premier juge de la ville, dont il détermina l'autorité. C'est à lui aussi que remonte l'établissement de deux syndics appelés consuls de mer et choisis parmi les plus riches et les plus sages habitants de la ville.
Le règne de Guilhem VI fut moins tranquille et moins heureux. D'abord il fut en guerre avec le comte de Melgueil à propos d'une chaussée qu'un des vassaux de ce dernier s'était avisé de construire dans le Lez et qui rejetait les eaux sur les terres des Montpelliérains. Guilhem détruisit la chaussée, livra bataille et fit beaucoup de mal aux ennemis. L'intervention du pape Calixte fit cesser le débat.
Un fait plus important se passa en 1141. Les habitants de Montpellier chassèrent leur seigneur. Guilhem se retira dans son château de Lattes et fut pendant deux ans en guerre avec ses sujets. Il ne rentra dans Montpellier qu'avec le secours du comte de Barcelone, qui lui fit bâtir une forte tour destinée à dominer la ville. C'est là le premier éveil de l'esprit d'indépendance communale dans Montpellier.

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Fronton du Musée Fabre

Il prouve combien était déjà redoutable cette population, qui lutta deux ans contre son seigneur et soutint un siège en règle. En 1180, Guilhem VIII, en querelle avec les bourgeois, en est réduit à invoquer l'arbitrage des évêques de Maguelonne et de Lodève, et l'accord se fait « sous le portique du château, en présence d'une, grande multitude de peuple. » Mais l'événement qui eut le plus d'influence sur les destinées communales de, Montpellier et qui fit de cette ville presque une république, ce fut l'expulsion définitive de la famille des Guilhem et l'avènement de la dynastie aragonaise. Ce fut, en effet, Pierre II qui, en 1204, accorda aux habitants une charte communale très libérale. Ce peuple fier et passionné, si prompt à courir aux armes, était divisé en sept échelles, suivant la diversité des professions, absolument comme les sept arts de Florence, qui ne prirent naissance que plus tard. Ces sept classes ont à tour de rôle le soin de garder nuit et jour les murs de la ville. Le mars de chaque année, elles concourent par l'organe des chefs de métiers à l'élection des consuls. Ces chefs, désignés dans chaque corps de métier par une élection toute populaire, s'assemblent au son de la cloche de Notre-Dame-des-Tables dans l'hôtel de ville, près du marché aux Herbes. Ils élèvent au scrutin cinq prud'hommes par échelle, et parmi ces trente-cinq le sort en désigne sept, lesquels, d'accord avec les douze consuls sortants, élisent soixante candidats enfin, parmi ces soixante, le sort désigne les douze consuls nouveaux au moyen de petites boules de cire parfaitement semblables jetées dans une urne et portant à l'intérieur le nom des candidats. C'était en somme une élection à trois degrés.

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Notre Dame des Tables - Elle tire son nom des tables que les changeurs de monaies intallaient devant cette église, seule église de style baroque de Montpellier

En 1125, elle renouvela ses conventions marchandes avec Gênes et Pise et en coEn 1211, la piété des Montpelliérains donna à l'évêque de Maguelonne une certaine part d'intervention dans cette élection, de laquelle héritèrent plus tard les seigneurs. Appuyés sur cette large base, c'étaient des personnages considérables que les consuls de Montpellier avec leurs robes rouges et leurs chaperons noirs. Dans leurs mains était déposé le sceau de la ville, où étaient figurés la vierge Marie et l'Enfant Jésus entourés de cette légende

Virgo Mater, natum ora
Ut nos juvet omni hora.


Les consuls avaient sous leurs ordres le clavaire ou trésorier du consulat, dépositaire des fonds publics, D'eux également dépendaient les ouvriers de la commune clôture, au nombre de sept, un par échelle, chargés de veiller à l'entretien des murs et des fossés, d'ouvrir et de fermer les portes de la ville, soit de jour, soit de nuit. Outre les consuls de la ville, qu'on appelait consuls majeurs, il y en avait d'autres d'un rang inférieur, les consuls des métiers et les consuls de mer. Chaque métier avait son consul particulier, comme dans le nord de la France son roi. Ce consul veillait aux besoins de sa corporation et correspondait avec les consuls majeurs pour toutes les affaires qui concernaient sa profession. Il se faisait assister par des inspecteurs ou gardes des métiers. Et comme la ville avait sa charte, chaque profession avait ses établissements particuliers ou règlements tracés par les consuls des métiers. Quant aux consuls de mer, les plus anciens de tous, ils étaient au nombre de quatre, élus à peu près de la même manière que les consuls majeurs. Ils juraient sur l'Évangile, en présence des douze consuls majeurs, de percevoir fidèlement l'impôt établi sur le transport des marchandises de Lattes à Montpellier et de Montpellier à Lattes, d'en consacrer les revenus à l'entretien de la route de Lattes, ainsi que du Grau et de la Robine, qui mettaient celle-ci à partir de Lattes en relation directe avec la Méditerranée; de veiller enfin à la sûreté de la navigation. On voit par-là quelles étaient leurs attributions.
On remarquera aussi que le commerce maritime de Montpellier se faisait alors par le port de Lattes, aujourd'hui complètement ensablé ; après saint Louis, ce fut par Aigues mortes.
Montpellier était, en effet, une cité industrieuse, commerçante et riche. Ses relations n'avaient fait que s'accroître de siècle en siècle. Lorsque les rois d'Aragon en devinrent seigneurs, ils lui accordèrent le droit de trafiquer librement dans tous leurs États, et lui abandonnèrent même un quartier dans la capitale de Majorque. Divers traités lui avaient ménagé ailleurs des avantages semblables.

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La faculté de Droit

En 1125, elle renouvela ses conventions marchandes avec Gênes et Pise et en conclut de pareilles avec Nice, Antibes, Hyères, Toulon, Marseille. Quelque temps après elle obtint d'importantes immunités du doge de Venise, du prince d'Antioche, qui lui donna une rue à Tripoli, du grand maître ,de Rhodes, du roi de Sicile, du roi de Chypre et de Jérusalem. Un peu plus tard encore en 1265, ses marchands prêtent de l'argent au roi de Sicile et au pape Clément IV, qui place sous leur protection les marchands de Lucques. Mais ce n'était pas seulement par la Méditerranée que se dirigeait leur commerce; le Rhône offrait une autre voie. Ainsi Montpellier traitait avec Arles, Montélimar, Avignon elle avait des capitaines dans les foires de Champagne et les principaux marchés de la Flandre, et, par une glorieuse prééminence, ces capitaines avaient pour mission de protéger tous les marchands du Languedoc dans ces contrées éloignées. Cette prospérité commerciale ne fit que s'accroître sous les rois de Majorque et trouva des protecteurs même dans les rois de France, lorsque ceux-ci, maîtres de Montpelliéret, aspirèrent à le devenir aussi de Montpellier. Philippe le Hardi et Philippe le Bel enjoignirent à plusieurs reprises aux sénéchaux de Beaucaire et de Carcassonne de laisser les blés se diriger librement sur Montpellier, alors qu'ils en interdisaient la sortie sur tous les autres points du royaume. En 1294, Philippe le Bel défend aux officiers de la sénéchaussée de Beaucaire d'inquiéter les marchands de Montpellier pour les laines qu'ils pourront tirer de son royaume, malgré les prohibitions or, la manufacture des laines était une des principales industries de Montpellier. Par lettres royales de 1297, il ouvre ses États à leurs marchandises sans aucune redevance. Enfin, en 1302, il vient leur faire visite avec toute sa famille. Les vins, les huiles, les draps, l'orfèvrerie, le vert de-gris, la droguerie étaient alors les principaux objets du commerce de Montpellier. Un élément de population très favorable au commerce de Montpellier, c'étaient les juifs et les Arabes. Il fallait que les juifs fussent riches, en effet, pour que dans la charte de 1204, et même auparavant ; on ait jugé nécessaire de leur interdire la baylie par une disposition spéciale.
Quant aux Sarrasins, la monnaie melgorienne, frappée à Melgueil sous l'autorité même des évêques de Maguelonne, ne portait-elle pas encore en 1266, par une étrange concession, l'effigie de Mahomet ?

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Le clocher de la cathédrale Saint Pierre

Le temps de la liberté ne fut pas seulement pour Montpellier le temps du commerce et de la richesse, ce fut aussi celui de la science. Alors prospéraient ses célèbres écoles de droit, d'arts, et surtout de médecine, réunies en université par le pape Nicolas IV, en 1289. L'école de droit datait de 1160 antérieure, par conséquent, à celles d'Orléans et d'Angers, elle avait été fondée par le Lombard Placentin, disciple d'Irénérius, et pouvait se dire ainsi fille de l'école de Bologne. Placentin y fut tellement révéré que, le jour de sa mort se trouvant être consacré à sainte Eulalie, cette sainte devint la patronne de l'école de droit, dont le siège fut aussi placé dans la tour de Sainte-Eulalie.
Jusqu'en 1792, on lut sur le portail du lieu où se faisaient les cours Aula Placentinea.
Placée sous l'autorité ecclésiastique, elle reçut son premier règlement de saint Louis. Moins ancienne, l'école de médecine a eu de plus longues et de plus brillantes destinées encore. Son origine se perd dans l'obscurité des premiers siècles de Montpellier, mais on ne peut douter que les juifs et les Arabes y aient beaucoup contribué. Un de ses hommes les plus célèbres, François Rauchin, en attribue ingénieusement la fondation à Apollon, lequel, chassé de l'Asie, de l'Afrique et du reste de l'Europe, et errant dans la Gaule Narbonnaise, résolut de se « choisir dans Montpellier un nouveau mont Pélion. » En 1153, saint Bernard parle d'un archevêque de Lyon qui, allant à Rome, tombe malade et se détourne de son chemin pour aller se faire soigner à Montpellier, « où il dépensa avec les médecins ce qu'il avait et ce qu'il n'avait pas. » A la fin du même siècle, la réputation des médecins de Montpellier est européenne. Guilhem VIII contribua puissamment à la développer en déclarant formellement en 1180 qu'il n'accorderait aucun privilège ou monopole pour l'enseignement de la médecine, mais que qui voudrait la pourrait enseigner librement ; liberté féconde, qui fit naître l'émulation. Le cardinal Conrad, chargé en 1220 par Honorius III de donner des statuts à l'école de médecine de Montpellier, atteste au début la longue prospérité de la science médicale à Montpellier, « d'où elle a répandu la salutaire abondance et la vivifiante multiplicité de ses fruits sur les diverses parties du monde. » Ces statuts plaçaient l'école de médecine sous l'autorité de l'évêque de Maguelonne. Ils en faisaient un corps uni par des liens d'une étroite fraternité, dont on peut avoir une idée par l'obligation imposée à tous, maîtres et étudiants, d'assister aux funérailles de leurs confrères, sans parler des assemblées périodiques auxquelles tous étaient également tenus de prendre part.

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Le palais de Justice

D'autres statuts, dressés en 1240 par ordre de l'évêque, complétèrent ceux de 1220. Au siècle suivant en 1369, Urbain V fond à Montpellier le collège des douze médecins ou collège de Mende, où la jeunesse pauvre de son pays natal pouvait venir étudier sans frais, et qui fut une pépinière de médecins célèbres. C'était le temps, en effet, de la renommée la plus brillante de l'école de Montpellier ; ses élèves étaient appelés à la cour des princes, des papes d'Avignon. Jean, roi de Bohême, l'héroïque victime de Crécy, vint s'y faire soigner les yeux ; il en avait déjà perdu un, et malheureusement un médecin juif lui fit perdre l'autre. C'était encore, après tout, l'enfance de l'art les chimères de l'astrologie, de la cabale et de l'alchimie se mêlaient aux sérieuses observations. Bernard de Gordon, un des plus fameux médecins de Montpellier, écrivait dans son Lilium medicinæ que, pour guérir un épileptique, il suffisait de lui répéter trois fois à l'oreille ces trois vers :

Gaspar fert myrrliam, thus Melchior, Balthazar aurum.
Hæc tria qui secum portabit nomina regum
Solvitur a morbo, Christi pietate, caduco.


L'immortel Arnaud de Villeneuve, également de l'école de Montpellier, cherchait à faire de l’or et à créer un homme dans la même cornue qui lui servait à découvrir la distillation de l'alcool. Ces deux médecins sont de la fin du XIIIème siècle ; au XIVèmebrilla Gui de Chauliac, surnommé le père de la chirurgie moderne ; ce grand chirurgien croyait aux talismans. .Ce n'est, au reste, qu'en 1376 que la dissection des cadavres fut autorisée à Montpellier pour la première fois par le duc d'Anjou ; l'école de médecine eut droit de réclamer chaque année le cadavre d'un supplicié ; privilège que les médecins de Paris n'obtinrent que beaucoup plus tard. Ce commerce, cette brillante université, tout cela faisait de Montpellier au moyen âge une des villes les plus vivantes et les plus agréables. Lorsque Charles VI, jeune roi amoureux de fêtes et de plaisir, s'y rendit en 1389, il s'y plut fort. « Si dansoit et caroloit avecques les fraiches dames de Montpellier toute la nuit. Et leur donnoit et faisoit banquets grands et beaux, et bien étoffés, et leur donnoit anels d'or et fremaillets à chacune, selon qu'il véoit et considéroit qu'elle le valoit. Tant fit le roi qu'il acquit des dames de Montpellier et des damoiselles grands grâces. » On voit que les Montpelliéraines méritaient déjà l'hommage que leur a rendu plus tard le poète Roucher, leur compatriote, cette triste victime de l'échafaud révolutionnaire.

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Le jardin des plantes


Et toi, cité fameuse, ô moderne Epidaure
Je dirai qu’en tes mur règne un sexe enchanteur
Je peindrai son œil vil, son parler séducteur
Son front où la gaité s’unit à la noblesse,
Les grâces, son esprit, et sa svelte souplesse ;
Né pour sentir l’amour et par l’amour formé,
Tendre et constant il aime ainsi qu’il est aimé.


Depuis que les rois de France avaient acquis Montpellier, elle ne formait plus avec Montpelliéret qu'une seule ville et ne reconnaissait plus qu'une seule autorité. Elle n'eut guère à s'en louer victime de l'administration criminelle du duc d'Anjou, frère de Charles V, elle se révolta avec une fureur terrible ; les rebelles égorgèrent les commissaires royaux, jetèrent leurs cadavres dans des puits, et même quelques-uns « mangèrent, est-il dit, comme des bêtes féroces, les chairs baptisées. » Le duc d'Anjou entra en forces et prononça une sentence terrible, qu'il ne fit pas exécuter. Le pays continua de gémir, en proie à ses exactions. Justice fut demandée à Charles VI à son passage. Bétizac, trésorier du duc d'Anjou, aussi coupable que son maître, paya pour lui et fut brûlé vif.
Cet événement n'altéra pas le dévouement invariable que Montpellier professa toujours pour la couronne de France. Charles VII la visita deux fois, dauphin et roi, et elle fut sous son règne le chef-lieu de l'immense commerce de son argentier, Jacques Cœur, qui la combla de ses dons. François Ier y établit une chambre des comptes et y transporta l'évêché de Maguelonne.

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Le jardin du Peyrou

Henri II y érigea un présidial. Sous ce règne en 1552, les consuls rachetèrent le domaine royal et se trouvèrent par-là investis de l'autorité exercée auparavant au nom du roi. Montpellier demeurait sous la monarchie une ville presque aussi libre qu'auparavant. La Réforme y pénétra dès 1559. Les huguenots tinrent leurs premières réunions dans une cave; puis, au nombre de 1 200, ils s'emparèrent de l'église Saint-Matthieu et y célébrèrent la cène. Obligés de céder, ils ne purent supporter longtemps les outrages des catholiques, qui, à l'instigation de l'évêque, les insultaient dans les rues et se plaisaient à leur donner des charivaris dans leurs maisons, la croix et les tambours en tête. Ils prirent les armes, s'emparèrent de Notre-Dame, saccagèrent avec fureur la cathédrale de Saint-Pierre, que le pape Nicolas V, deux cents ans auparavant, avait fondée et comblée de richesses. Le baron de Crussol, leur chef, rasa les faubourgs. Le gouverneur de Languedoc, Montmorency-Damville, mit fin à la sédition. Elle recommença en 1567, malgré le voyage que Charles IX avait fait dans le pays trois ans auparavant, et les efforts de son lieutenant Joyeuse ; les réformés détruisirent toutes les églises. Leur nombre était tel à Montpellier, à l'époque de la Saint-Barthélemy, que Joyeuse, quoique les catholiques eussent repris le dessus, n'osa pas exécuter les ordres sanglants de la cour.
En 1577, Damville assiégea la ville soulevée de nouveau, et ne put y entrer. La Ligue n'y eut point de prise, et le triomphe de Henri IV y fut accueilli avec joie. Après sa mort, les protestants et les escarlambats, gens du tiers parti, et qu'on appelait ainsi parce qu'ils avaient un pied chez les réformés et l'autre chez les catholiques, remuèrent de nouveau et, en 1621, reconnurent pour chef le duc de Rohan. Louis XIII en personne vint assiéger la ville, qui résista deux mois en 1622, au bout de ce temps, elle ouvrit ses portes; ses fortifications furent rasées au niveau du sol; et une citadelle s'éleva pour dominer la ville entre 1624 et 1630.
Ce fut le tombeau des libertés de Montpellier. Bientôt elle vit en silence violer l'antique liberté des élections consulaires. Elle n'osa plus remuer. Les protestants, lors de la révocation de l'édit de Nantes, coururent en foule à l'hôtel de ville se munir de cartes marquées du sceau de l'évêque. Les plus hardis s'enfuirent dans les Cévennes, d'où d'audacieux prédicants vinrent plus d'une fois se risquer et se faire martyriser sur l'esplanade de la ville. Nicolas Lamoignon de Basville, intendant du Languedoc, épouvanta par le nombre et l'horreur des exécutions une cité qui trop de fois, sans doute, aux yeux du roi Louis XIV, avait soutenu la cause de l'hérésie. C'est pourtant lui qui fit commencer, en 1689, cette belle promenade du Peyrou.

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La statue équestre de Louis XIV au Peyrou

Le XVIIIème siècle fut plus heureux pour Montpellier. Il fut employé surtout à des travaux publics d'utilité et d'embellissement. Le Peyrou fut achevé, une statue de Louis XIV y fut élevée. Cette place compense à elle seule l'irrégularité du reste de la ville et ses rues étroites et tortueuses. De là, on voit à l'ouest le Canigou, dans les Pyrénées à l'est, le mont Ventoux, auprès des Alpes au nord, le pic Saint-Loup, la sentinelle avancée des Cévennes au sud, les ruines de Maguelonne et la mer. Un autre travail non moins considérable est ce bel aqueduc, chef-d’œuvre de Pitot, qui amène à la ville les eaux de la source de Saint-Clément. Commencé en 1753 et achevé douze ans plus tard, il coûta un million.
Montpellier, tant à cause de sa Faculté de médecine que par la beauté de son climat, était le rendez- vous des riches malades, surtout des Anglais qui venaient y guérir leur spleen. Jean-Jacques Rousseau y vint pour ses palpitations et s'en retourna comme il était venu. Arthur Young, le sombre poète des Nuits, y amena sa fille Narcissa, cherchant pour elle un soleil plus doux; elle mourut, et l'on voit aujourd'hui, sous une petite voûte obscure, dans une allée basse du jardin botanique, une plaque de marbre blanc avec cette inscription: Narcissæ placandis manibus.
Pendant la Révolution la disette causa des troubles à Montpellier. La confrérie du Plan de l'olivier en excita également par ses menées occultes. Obligée de disparaître sous l'Empire, elle se remontra tout à coup en 1815 et se joignit aux verdets pour lever le drapeau blanc. Bientôt arriva de Nîmes Trestaillons avec sa bande fanatique. Le général Briche, qui occupait la citadelle avec ses soldats, intimida ces brigands et les reconduisit, la baïonnette au bout du fusil jusque hors de la ville. Depuis ce temps, les passions religieuses et politiques se sont assoupies. Montpellier a souvent servi de lieu de réunion aux états de Languedoc. Elle était le siège de la généralité ca bas Languedoc.
Aujourd'hui chef-lieu de département et évêché, elle a toujours dans sa Faculté de médecine, élément de prospérité et un titre de gloire. Cette vieille institution, complétée par l'établissement, sous Henri IV, de chaires d'anatomie, de botanique, de chirurgie et de pharmacie, une charge de dissecteur ou anatomiste royal, du jardin des plantes commencé en 1598, et, sous Louis XIV, d'une chaire de chimie en 1673, fut quelque temps suspendue sous la Terreur, puis restaurée en 1794 d'après le rapport de Fourcroy.
Sans énumérer tous les grands médecins qu'elle a donnés dans ces derniers siècles et dans le nôtre, Chirac, Astruc, Fize nos contemporains Chaptal, Flourens, Candolle, Balard, rappelons en finissant que Rabelais y vint, joyeux écolier, qu'il y joua un rôle dans la « morale comédie de celuy qui avoit espousé une femme mute, » représentée par les élèves de l'université de médecine après un de ces banquets dont on fut obligé de régler le nombre, tant nos étudiants du moyen âge en usaient largement, et qu'enfin sa robe fut longtemps conservée par un usage traditionnel pour la réception des bacheliers. Les monuments les plus remarquables de Montpellier sont la cathédrale de Saint-Pierre, érigée en 1536 l'église Saint-Denis, bâtie en 1699 Saint- Roch, Sainte-Eulalie, Notre-Dame ; le temple protestant, autrefois église des Cordeliers; l'École de médecine le Palais de justice, l'hôtel de ville, l'hôpital Saint-Éloi, le musée Fabre et la bibliothèque. On y remarque la place du Peyrou, la place Neuve, un bel aqueduc, l'Esplanade et le Jardin des plantes.


« Le Scaphandrier »



L'immeuble « Le Scaphandrier ».


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« Le Scaphandrier »

La Place de la Comédie : une première place apparaît en 1755, mais c'est celle du XIXème siècle qui est intéressante. En effet, influencé par les travaux opérés par Haussmann sur la capitale, un certain Jules Pagézy, maire de Montpellier, transforme l’aspect de cette place. Le but est d'en faire un lieu vivant d'attractions commerciales et sociales. C'est la construction de la gare ferroviaire et la création de percées débouchant sur cette place qui vont permettre d'en faire un lieu très emprunté.
La Comédie se situe au coeur de la ville et en devient un carrefour, elle permet un chemin direct de la gare jusqu'aux Halles, la préfecture ou la cathédrale. C'est une place rectangulaire qui débouche sur l'Opéra, ce qui rappelle la volonté d'Haussmann de mettre en valeur les grands monuments en les plaçant au bout de grands espaces vides tels des boulevards ou des places, souvent en points de fuite. Les immeubles longeant la Comédie sont soumis à une réglementation stricte, pour un aspect uniforme. Façades en pierre de taille, murs du rez-de-chaussée striés à bossage, balcons filants, corniches identiques ainsi qu'un alignement horizontal et vertical caractérisent ces immeubles… Cette place est un espace illustrant les changements urbains s'opérant dans les villes au XIXème siècle, une volonté de ne faire apparaître que la richesse au coeur de la ville grâce aux grands immeubles occupés par les plus riches, les plus opulents d'entre eux se trouvant à droite surtout car l'exposition est plein sud et le soleil y pénètre. C’est un lieu d'échanges, de promenade et de sociabilité.
Construit vers la fin du XIXème siècle sur la place de la Comédie à Montpellier, cet immeuble occupe une place privilégiée dans un angle et tient son surnom de sa forme particulière et extravagante de scaphandre. Cette architecture est caractérisée au premier regard comme appartenant au style Napoléon III lancé par son préfet le baron Haussmann. Ces immeubles répondent à un gabarit spécifique appliqué à toutes les constructions des villes d’une certaine importance. Il comporte une hauteur, une largeur, un nombre d'étages et un style particulier. La décoration de style éclectique correspond à l'idéal artistique du second Empire. En effet, on peut constater que plusieurs styles sont mélangés dans la décoration de la façade. Par exemple, le style classique que l'on retrouve dans les constructions géométriques et l'ensemble rythmé par la répétition de pilastres identiques surmontés de chapiteaux néo-corinthiens. Il est aussi marqué par un certain goût baroque en raison des surcharges décoratives et des sculptures aux motifs divers. Les toits des deux tours qui embrassent le bâtiment ont même des formes comparables aux coupoles byzantines ou à bulbe avec toits en ardoise. Les sommets des tours sont percés d'immenses oculus, innovations stylistiques caractéristiques du XIXème siècle : ce sont des fenêtres circulaires croisées, entourées de corniches débordantes ornementées en zinc. Le Scaphandrier de Montpellier possède donc une architecture éclectique ostentatoire, exemplaire des réalisations artistiques de la société enrichie du Second Empire.



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