Châteauroux - Préfecture de l'Indre

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Plan de Châteauroux
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Le Puy en Velay en 1607

Châteauroux doit son origine, à Raoul le Large, seigneur de Déols, qui, vers 950, quitta le bourg héréditaire, berceau de sa famille et capitale de ses domaines, pour un château qu'il fit construire et autour duquel vinrent se grouper des habitations qui, plus tard, formèrent une ville.
Dès qu'elle eut acquis quelque importance, on l'entoura de murailles, comme c'était l'usage dans ces époques de guerres continuelles et de surprises. Un violent incendie détruisit presque tout entière, en 1088, la cité à peine construite. Ses ruines furent bientôt relevées, mais pour subir d'autres assauts encore plus redoutables. Par le mariage d'Éléonore de Guyenne avec Henri il d'Angleterre, Châteauroux, comme le reste de la province, était passé sous la souveraineté étrangère ce ne fut qu'à la suite de plusieurs expéditions, dirigées par Philippe-Auguste lui-même, et après de nombreux combats dont quelques-uns furent livrés sous les murs mêmes de la ville, que ce prince put la rattacher à la couronne de France. Enfin, vers la fin du XIIème siècle, elle fut rendue au sire André de Chauvigny, devenu son seigneur par son union avec l'héritière de la famille de Déols. Nous trouvons, en 1208, le premier acte d'affranchissement qui ait émancipé la commune de Châteauroux ; il émana de Guillaume 1er de Chauvigny, et ne coûta aux habitants qu'une légère redevance, l'article de cette charte auquel ils paraissent avoir tenu le plus était l'obligation du serment imposé à leur seigneur, qui ne pouvait exiger foi et hommage de ses vasseaux de la terre de Déols sans avoir lui-même préalablement juré le maintien des franchises communales. Heureux et naïfs Berrichons qui croyaient encore au serment des princes. Il paraît, au reste, que cette clause froissait l'orgueilleuse susceptibilité des Chauvigny, car plusieurs fois, dans le cours du XIIIème siècle, ils tentèrent de l'éluder ; mais ils furent chaque fois rappelés par le parlement de Paris au respect de leurs engagements. Les rivalités ambitieuses réveillées par la question de succession au trône à la mort de Charles le Bel, et les longues guerres auxquelles les prétentions anglaises condamnèrent le pays ne permirent pas à Châteauroux d'utiliser les bienfaits de son affranchissement. Parmi les seigneurs de la province qui embrassèrent la cause d'Édouard était un seigneur de Mehin qui, comptant sur l'influence de ses relations, s'était flatté de gagner au parti anglais le vicomte de Bresse, fils du seigneur de Châteauroux. Le refus formel par lequel il fut répondu à ses ouvertures excita chez lui un vif dépit et le désir de la vengeance il appela le prince de Galles et son armée tout l'ancien domaine de Déols fut ravagé ; Châteauroux fut assiégé, pris et brûlé en 1328. Châteauroux avait largement payé sa dette à tous les fléaux de la guerre civile et étrangère il semble que le souvenir de tout ce qu'il avait souffert précédemment l'ait protégé dans les longues agitations qui se succédèrent encore les événements dont se compose le reste de son histoire ne sont plus que des épisodes pacifiques. En 1487, la terre de Châteauroux est érigée en comté en faveur d'André de Chauvigny, le dernier seigneur de cette maison ; l'héritage, objet de longs débats entre les familles de Maillé et d'Aumont, passe en 1612 aux mains de Condé, devient duché-pairie en 1616, est racheté de Charles de Bourbon, duc de Clermont, par Louis XV, qui le donne, avec son nouveau titre, à une de ses maîtresses, la marquise de La Tournelle, et à sa mort il retourne à la couronne, comme apanage du comte d'Artois frère de Louis XVI, et depuis Charles X.
Si ces octrois de titres, ces cessions de domaines sont les actes les plus soigneusement conservés et mentionnés le plus longuement dans les archives officielles, nous devons glisser, moins légèrement qu'elles, sur d'autres faits qui nous semblent avoir une plus grande portée et un intérêt bien plus sérieux. L'histoire nous montre la prospérité s'attachant toujours et partout à tout pays libre et tranquille Châteauroux n'est pas une exception à cette loi. Vers la fin du XIVème siècle, à une époque qui correspond à l'apaisement des précédents orages, un besoin de pacifique activité, un instinct de progrès, une vague aspiration vers le bien-être, s'emparent des esprits ; la réalisation de ces vœux indéterminés n'était chose facile ni dans ce temps ni dans ce pays. Voici une description que nous en a laissée un conteur consciencieux du XVIIIème siècle, l'abbé Delaporte « L'élection de Châteauroux contient le terrain le plus stérile et le plus ingrat du Berry. Il n'y a guère que les bords de la rivière de l'Indre dont il soit possible de tirer quelque parti, et où l'on puisse nourrir des bestiaux et des moutons. Le reste consiste en forêts, en étangs, et en bruyères qui n'ont jamais été cultivées. On y fait quatre ou cinq lieues sans trouver aucun village, et l'on n'y voit des terres labourables qu'aux environs des lieux habités. »
Que créer dans une ville épuisée par plusieurs siècles de guerres et isolée dans des campagnes si peu fécondes ? La liberté et la paix sont ingénieuses à trouver des moyens, à créer des ressources, à tirer du génie de l'homme des idées, germes de prospérité et de richesses. Le bois des forêts fut consacré à l'alimentation des fourneaux de forges nombreuses, dont la plus considérable, en 1750, était celle de Chavières, dans la forêt de Châteauroux les champs, trop maigres pour être utilement semés en céréales, furent abandonnés à d'innombrables troupeaux de moutons. On sait les importants développements qu'a pris l'industrie du fer en Berry. Châteauroux fut jadis un des centres de ce commerce. Quant à la laine des moutons, c'est là qu'elle était apportée et vendue pour y être ensuite lavée, peignée, filée et tissée ; les draps qu'on y fabriquait jouissaient d'une grande renommée dans le XVème siècle, ils ont toujours été recherchés plus particulièrement pour l'habillement de l'armée, et, dès le commencement du XVIIIème siècle, on comptait, tant à Châteauroux qu'aux environs, dix mille personnes occupées à cette industrie. Ses foires et ses marchés étaient devenus, pour un rayon fort étendu, le centre de transactions commerciales très considérables pour l'époque, La Révolution trouva Châteauroux préparé pour ses destinées nouvelles. Dans la division territoriale de 1790, il a été choisi pour devenir le chef-lieu du département. Cette faveur a aidé encore au développement des éléments précieux que possédait Châteauroux, il a pu se laisser distancer dans une industrie spéciale, la fabrication des draps, par Elbeuf et Sedan mais, comme activité commerciale plus généralisée, comme extension plus large de l'aisance individuelle, Châteauroux l'emporte autant sur ses rivales que le bien-être de tous est supérieur à l'opulence de quelques-uns. Pendant la Révolution, Châteauroux porta un instant le nom d'Inde-ville. L'aspect de Châteauroux est d'une diversité moins confortable que pittoresque dans l'ensemble de ses constructions ; depuis les rues du centre, étroites, mal pavées, aux alignements capricieux, aux maisons petites, sombres, irrégulières, jusqu'aux promenades extérieures, ombragées d'arbres, bordées de somptueuses et élégantes habitations construites dans le goût le plus moderne, on peut suivre siècle par siècle, presque année par année, les phases de progrès que nous avons signalées depuis les dernières dévastations du XIVème siècle. Les monuments qui restèrent debout, et ceux qui plus tard furent respectés par la Révolution, sont le château Raoul, qui, grâce, à de nombreuses restaurations, est dans un assez bon état de conservation, et dont on a fait l'hôtel de ville. C'est entre les murs d'un manoir, connu sous le nom de château du Parc, que subit une captivité de vingt-trois années Madame de Maillé-Brézé, épouse du grand Condé, et que ce prince punit si sévèrement pour une faute qui ne fut jamais complètement prouvée. Les églises de Saint-Martial et de Saint-André ou des Cordeliers, qui datent du XIIème et du XVème siècle, renferment toutes deux quelques tombeaux dont la sculpture grossière s'harmonisé avec l'architecture des édifices dans une chapelle de la première est le monument élevé à la mémoire de la princesse de Condé, si longtemps prisonnière, et morte en 1694. Les seigneurs de La Tour-Landry ont été inhumés dans la seconde. Les membres des familles Chauvigny et Aumont avaient leur sépulture dans le chœur de l'église des Cordeliers, fondée en 1214, et dont la Révolution a dispersé les derniers débris. Avant de dire adieu aux vieux souvenirs de Châteauroux, rappelons un droit féodal fort curieux. La dernière veuve remariée de la rue d'Indre devait se présenter chaque année à la porte du château, en grand costume, ayant sur sa tête un pot rempli de roses et entouré de rubans ; le seigneur, ou un de ses officiers, s'approchait et brisait le pot solennellement. Cette cérémonie était le prix de l'abandon du droit de cens que le seigneur avait fait aux habitants de la rue d'Indre, sur le terrain de la prairie où la rue s'était élevée. Cette rue offre une autre singularité, due à l'organisation féodale elle relevait avec ses dépendances du comté de Blois, tandis que le donjon ou la grosse tour de Châteauroux, dont il ne reste aujourd'hui aucun vestige, relevait de l'archevêché de Tours. Châteauroux s'étend sur une petite colline, près de la rive gauche de l'Indre et sur un terrain légèrement onduleux ; elle est située au milieu d'une plaine verdoyante et fertile dans les parties qui avoisinent la rivière, mais sablonneuse et monotone au-delà ; une belle promenade, qui longe le cours de l'Indre, relie la ville aux sites les plus gracieux du paysage. On a construit en 1825, dans le voisinage du vieux château, un beau et grand bâtiment où sont installés les bureaux de la préfecture plus tard encore une salle de spectacle a été élevée avec goût et en rapport avec l'importance de la ville ; citons aussi la bibliothèque, le musée, le lycée, le jardin public et l'hôtel où siègent les tribunaux.



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