Agen - Préfecture du Lot et Garonne

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Plan d'Agen
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Agen

Agen (Aginum Nitiobrigum, Antobrogum), existait avant la conquête romaine. Elle était la capitale des Nitrobrige, César l'appelle Agedinum; Ptolémée, Aginum; Grégoire de Tours et Frédégaire, Agenum Ageenum. Sous les Romains, quoiqu'elle ne fût pas située sur la grande route qui conduisait de Bordeaux à Arles et qui passait plus au sud par Bazas et Auch, elle eut néanmoins de l'importance et posséda une école qui jouissait de quelque réputation. Le christianisme fut prêché à Agen par saint Martial, à qui saint Vincent venait de frayer la route par son martyre en 250. On lui attribue la fondation de la cathédrale de Saint-Étienne. Il paraît toutefois que l'église établie par lui fut promptement abandonnée, puisque l'évêque de Toulouse, saint Honorat, fut obligé d'envoyer à Agen un nouvel apôtre, saint Firmin, à qui il convient de rapporter véritablement l'établissement du christianisme dans cette ville. Les progrès de l'Évangile furent alors très rapides, si l'on s'en rapporte à la légende suivant laquelle Dacien, gouverneur de l'Aquitaine pour Dioclétien, entre 287 et 290, s'étant rendu à Agen, aurait fait arrêter et livrer au supplice 1,700 chrétiens. Dans le nombre était sainte Foi qui fut grillée à petit feu et qui devint la patronne de la ville. Saint Caprais en était également ; mais c'est à tort qu'on l'a considéré comme le premier évêque d'Agen, titre qui appartient à saint Phœbade, auteur d'un livre contre les ariens. L'histoire d'Agen n'offre rien de remarquable sous les diverses dominations qui se succédèrent depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la chute de l'empire carlovingien.
Vers cette dernière époque, nous voyons grandir le pouvoir des évêques. En 976, l'évêque Gombaut, frère du comte Guillaume Sanche qui meurt sans enfants, reçoit de lui le comté d'Agen, et c'est de là que ses successeurs sur le siège épiscopal continuèrent jusqu'en 1789 d'en porter le titre de comtes, quoiqu'ils en eussent depuis longtemps perdu le pouvoir. Ils n'en gardèrent pas moins une suzeraineté très réelle sur quatre puissants barons du voisinage, de Montpezat, de Boville, de Lastruc et de Bajamont, qui leur devaient l'hommage pour quelques châteaux, et qui portaient le prélat de la maison commune à l'église lors de son entrée dans la ville. Depuis le XIème siècle, ils battaient monnaie à leur leur effigie ; premier qui en avait donné l'exemple, étant Arnaud de Boville, qui se démit de l'épiscopat, on appelait cette monnaie Arnaldaise, Arnaldensis moneta, sols arnaudin ; elle a l'ait cours dans l'Agénois. C'étaient alors des hardis personnages que les évêque d'Agen et qui ne souffraient point l’insulte. En 1138, l'un d'eux prit les armes pour se venger de l'évêque de Bazas, qui avait empiété sur son territoire, prit et incendia sa ville épiscopale, et retourna chez lui tout aussi tranquille que s'il fût revenu de sa tournée diocésaine.
Peut-être faut-il considérer ce XIIème siècle comme l'époque de la plus grande puissance des évêques d'Agen, qui déclina ensuite par diverses causes. Pour parler d'abord de la diminution territoriale, les créations d'évêchés qui se firent dans cette partie de la France sous les premiers papes d'Avignon enlevèrent au diocèse d'Agen, en 1317, tout ce qu'il comprenait de territoire sur la rive gauche de la Garonne pour en doter l'évêché nouveau de Saint Pierre de Condom. Dans le même intervalle, c'està-dire principalement pendant le XIIIème siècle, nos évêques subirent une autre diminution de pouvoir dans l'intérieur de la ville. C'est alors, en effet, que la municipalité d'Agen s'organisa et étendit son pouvoir. Son existence était fort ancienne, et, dès le XIIème siècle, on la voit accorder ou refuser sa sanction aux subsides demandés par, le seigneur de la province, aux traités conclus par eux avec d'autres puissances. Ainsi, en 1242, elle adhéra par une délibération expresse au traité conclu par Raymond VII avec le roi d'Angleterre. L'élection des consuls d'Agen était réglée par la coutume écrite ; ils devaient être choisis par le peuple et il fallait qu'ils fussent «prud'hommes loyaux, catholiques, nés d'un légitime mariage, point hérétiques, ni fils, ni frères d'hérétiques, ni sorciers, ni usuriers publics, ni enfin frappés de quelque peine infamante. Leur rôle est de gouverner les habitants et d'être médiateurs entre les puissants et les faibles, les riches et les pauvres. » Traits qui caractérisent à la fois l'état de la société d'alors et le but principal de cette magistrature. Ils faisaient des ordonnances de concert avec les prud'hommes. Ils nommaient des notaires. Clément V, passant à Agen, leur accorda le privilège de ne pouvoir être cités en jugement hors de la ville et du diocèse par le Saint-Siège et ses légats, sauf le retrait de ce privilège par des lettres pontificales ultérieures. Les Agenois, qui se gouvernaient par leurs consuls, ne pouvaient être jugés aussi, dans le cas de meurtre, que par le seigneur, assisté des consuls et des prud'hommes. Ils avaient donc leurs garanties dans la justice comme dans le gouvernement. Ils ne devaient, du reste, au seigneur le service militaire que pendant quarante, jours. La pénalité inscrite dans les coutumes agénoises offre des dispositions curieuses. L'homme et la femme adultères sont conduits par la ville tout nus et attachés ensemble par une corde. Le faux témoin parcourt la ville la langue traversée d'une broche de fer. La peine du meurtre était de soixante-cinq sols arnaudins quand la victime survivait mais, quand elle succombait, le meurtrier était enterré vivant sous le corps mort et ses biens confisqués au profit du seigneur.

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Une maison à Agen

Différence énorme, comme on le voit, dans le châtiment de l'assassinat consommé et de l'assassinat ébauché. Atrocité de peines vraiment effrayante et digne de ce temps !
A l'époque de la croisade contre les Albigeois, Agen avait par malheur un évêque fanatique, Arnaud de Rovingha, lequel appela lui-même Simon de Montfort, c'est-à-dire la ruine et le sang, dans son diocèse. Le chef des croisés vint dans la ville et reçut le serment de l'évêque et des habitants. Quand Raymond se rendit à Rome avec son fils pour implorer la justice du pape, on vit ce même Arnaud accourir à sa suite, vociférer des injures devant le pontife, et s'efforcer de réprimer les moindres élans de compassion dans ce cœur déjà trop peu disposé à l'humanité. Les Agénois revirent Simon de Montfort l'année qui précéda sa mort ; mais, en 1221, ils se déclarèrent contre son fils Amaury et rappelèrent Raymond VI. Le vieillard mourut avant d'avoir pu se rendre à leur appel mais ils reçurent avec autant de joie son fils, Raymond VII, qui leur témoigna sa confiance en s'enfermant dans leur ville pour y attendre Louis VIII quelques années après. La mort du roi mit fin à cette nouvelle guerre, dont les coups les plus rudes eussent sans doute porté sur les Agénois. L'inquisition ne fut point établie à Agen l'évêque, et ce n'était plus Rovingha, s'y opposa au reste, il y suppléa en instituant un commissaire dont les arrêts ne furent pas moins barbares que ceux du saint-office. En 1249, il fit brûler vifs quatre-vingts Albigeois sous les yeux de Raymond VII.
Les Agénois n'oublièrent point ces cruautés, et dès lors s'éleva entre l'évêque et les consuls un antagonisme qui se montra souvent et qui tourna à l'avantage de la municipalité. Ces magistrats, croissant en audace à mesure qu'on s'éloignait de la sanglante époque où tout était obligé de plier sous le gantelet de fer de Simon de Montfort, allèrent même jusqu'à attaquer tout le clergé et braver l'autorité du pape. Dès 1215, ils refusent de se soumettre à la surtaxe que le clergé veut imposer au peuple d'Agen. Plus tard, soutenus par le pouvoir vengeur de Philippe le Bel, ce fut à leur tour de taxer les prêtres. Il s'agissait de réparer le pont de bois construit sur la Garonne à la fin du XIIème siècle. Les ecclésiastiques s'y refusèrent, alléguant leurs privilèges. Le roi, par lettres spéciales, ordonna que tout le monde contribuât à une réparation dont tous devaient profiter. Persistance du clergé dans son refus. Le lieutenant du sénéchal et le juge-mage, à la réquisition des consuls, font enlever les serrures et même les portes des maisons habitées par les prêtres. Bulle comminatoire du souverain pontife. Les consuls ne s'en soucient ; ils saisissent les revenus des ecclésiastiques, mettent leurs biens en séquestre, occupent leurs caves et leurs greniers. Les prêtres voulurent se venger : le curé de l'église de Sainte-Foi, célébrant un jour la messe, aperçut l'un des consuls, Arnaud Anier, dont l'oncle avait été brûlé vif comme hérétique il lui ordonna de sortir de l'église. Anier obéit ; mais, élevant la voix, il invita le peuple à le suivre tous l'accompagnèrent, et le curé resta seul à dire la messe. Le dimanche suivant, plutôt que de céder la place à l'archidiacre et à ses prêtres, les consuls les obligent de se retirer. Tout cela se passait sous Philippe le Bel ; mais il ne parait pas que les successeurs de ces hardis magistrats municipaux aient dégénéré, car, en 1454, ils osèrent bien faire brûler deux clercs, dans leurs habits ecclésiastiques, malgré toutes les réclamations de l'évêque Jean de Borgia. Fait presque inouï, en vérité, que cette justice consulaire d'une ville de médiocre importance, ne craignant pas d'enlever aux tribunaux ecclésiastiques deux coupables qui ne pouvaient, selon le droit de l'époque, être jugés que par ces tribunaux si jaloux de leur puissance. Le temps n'était pas fort éloigné pourtant où les consuls allaient perdre la confiance du peuple dont ils administraient les intérêts municipaux. Au commencement du XVIème siècle, la population agénoise se mit en pleine révolte contre eux, les accusant de perpétuer le consulat dans quelques familles et de détourner à leur profit les fonds consacrés à l'entretien du pont.
Ce n'était plus le temps où, d'un seul mot, un consul agénois entrainait sur ses pas tous ses compatriotes hors de l'église.
Pendant la guerre des Anglais, Agen, fortifiée par l'ordre de Philippe de Valois, repoussa, en 1352, les troupes d'Édouard III. Le prince Noir y fit une entrée solennelle après que le traité de Brétigny l'eut cédée à l'Angleterre ; mais la victoire de Castillon, en 1453, rendit cette importante ville à la France.
La Réforme calviniste, qui eut de bonne heure un de ses chefs-lieux à Nérac, ne pouvait manquer de réussir à Agen. Elle y trouva surtout faveur parmi les lettrés de la ville, le régent humaniste Charles Sarrasin, le précepteur Belleforest, le dominicain Jérôme Vendocin, professeur de philosophie dans la maison de son ordre, enfin le fameux Jules-César Scaliger, une des lumières de l'érudition au XVI siècle, et qui était secrètement porté vers les réformés. Jules Scaliger, après avoir porté les armes avec honneur en Italie, était venu à Agen, en 1520, à la suite d'Antoine de La Rayère, lorsque celui-ci vint prendre possession du siège épiscopal. Il s'y éprit d'amour pour la belle Andriète de Loubéjac, qui devint sa femme et qui le retint dans le pays. Autour de lui venait se réunir tous les ans, à l'époque des vacances, une société choisie de savants et de littérateurs c'étaient Arnaud Duperron, conseiller au parlement de Bordeaux, Tevins, jésuite, professeur de belles-lettres dans la ville Buchanan, qui, avant de se retirer en Écosse, enseigna aussi dans la capitale de la Guyenne. Muret, qui professait le latin et le grec à Auch ; enfin, Matthieu Bandello. Ce dernier, célèbre par ses Nouvelles, où se rencontre pour la première fois l'histoire de Roméo et Juliette, était un religieux dominicain qui, obligé de s'expatrier de l'Italie, après la bataille de Pavie, pour s'être déclaré en faveur des Français, était venu s'établir près d'Agen à la sollicitation de César Frégose, possesseur d'une terre dans le voisinage de la ville. Il devint évêque d'Agen en 1550. Scaliger recevait ces hommes illustres dans sa maison de l'Escale, située près d'Agen, dans ,un vallon délicieux, et qui appartenait encore à sa famille au commencement de notre siècle.
C'est là sans doute aussi qu'il composa ses nombreux travaux d'une érudition si étendue et si variée, embrassant à la fois les lettres et les sciences, puisqu'il pratiqua la médecine avec succès : Son Traité de la Politique, ses Recherches sur l’origine de la langue latine, Exercitation contre Cardan, Commentaire sur le Traité des animaux d'Aristote et des plantes de Théophraste, ses Problèmes sur Aulu-Gelle, ses Traités de physique, ses lettres, ses harangues, ses poésies. Quant à ce nom de l'Escale, dont il baptisa sa maison, il rappelle celui de la grande famille italienne des Scala, à laquelle ce savant avait la vanité de vouloir appartenir. Les armoiries qu'il s'était données résumaient d'une façon bizarre ses prétentions à la noblesse et ses prétentions à la gloire elles représentaient un aigle portant une échelle. Il mourut à Agen en 1558, âgé de soixante-quatorze ans. Ses deux fils, Sylvius et Joseph-Juste Scaliger, y naquirent et y passèrent une partie de leur existence. Le second, dont la gloire approcha de celle de son père, l'imita dans ses tendances calvinistes et le dépassa même, puisqu'il embrassa les doctrines nouvelles. Il quitta Agen en 1593, à la prière des États de Hollande, qui le chargèrent de remplacer Juste Lipse à l'université de Leyde.
La Réforme, favorisée à Agen, soit en secret, soit ouvertement, par tant d'esprits éminents, y avait fait des progrès, lorsque ces progrès mêmes attirèrent sur les sectateurs de terribles persécutions. En 1539, Vendocin, jeté dans la prison de l'évêché, en fut ensuite tiré pour être brûlé vif sur le Gravier, au bord de la Garonne, il eut de nombreux compagnons de supplice. Joseph Scaliber rapporte qu'il y en périt trois cents. Ces cruautés arrêtèrent si peu les progrès du calvinisme, qu'à l'époque de la conjuration d'Amboise, deux mille réformés prirent les armes dans l'Agénois. On s'arquebusa dans Agen mais la majorité du peuple et les consuls étaient pourtant catholiques. Ceux-ci appelèrent dans la ville, pour y contenir les réformés, un terrible répresseur, Blaise de Moutluc.
Montluc était né en 1500, dans le voisinage d'Agen, au château d'Estillac, où il finit aussi sa vie en 1577. Il s'était distingué dans les guerres d'Italie et avait écrit des Commentaires que Henri IV appelait la Bible des soldats ; mais si l'Italie avait été pour lui un théâtre d'exploits, la France devait être un théâtre de crimes que la postérité a heureusement flétris. Il se rendit à Agen, et fit comparaître devant lui le ministre La Fontaine, qui avait été mis en prison avec quelques autres huguenots. Théodore de Bèze, dans son Histoire ecclésiastique nous a conservé le détail de la mémorable scène qui se passa alors. Il était entouré des présidiaux et des consuls, assis entre le premier consul de Nort et le chanoine Lalande, devant une table chargée de fruits et de flacons de vin blanc de Clairac, parce que c'était dans l'après-midi et qu'il faisait très chaud. Il était vêtu d'une robe de damas rouge, sous laquelle on entrevoyait l'épée et la cuirasse, à laquelle pendait un long poignard. Un feutre noir couvrait presque entièrement ses cheveux gris coupés ras. Petit, sec, l'œil froid et fixe, la joue balafrée, le nez déformé par une ancienne blessure, tel était l'aspect de ce juge sans pitié. Il interrogeât brutalement le malheureux vieillard, et, par la menace d'affreuses tortures, il lui arracha les noms des personnes qui avaient fréquenté son prêche. Il les exila ou les fit mettre à mort. Montluc était meilleur pour frapper que pour concilier. Il sortit d'Agen sans y avoir l'établi la concorde, et, peu de temps après, le capitaine Truelle, à la tête de huit cents calvinistes, s'empara de cette ville par surprise pendant la nuit du 13 avril 1562). Montluc se présenta une première fois devant Agen ; mais sans oser l'attaquer, à cause de l'insuffisance de ses forces. Plus heureux une seconde fois, il s'en fit ouvrir les portes et en fit dès lors le centre de ses opérations militaires. Il y convoqua les états de la province en 1569 et s'y enferma la même année à rapproche de l'armée de Montgomery. Il raconte lui-même dans quelle situation il trouva les habitants. « Je trouvai tout le monde en crainte les gens d'église, tous les conseillers et toute la cour présidiale, et les marchands empressés à empaqueter pour s'en aller. Je ne fais que descendre de cheval, et tout incontinent arrivèrent les seigneurs de Lalande, de Nort, ses enfants et plusieurs autres, et me dirent que toute la ville estoit en effroi. Je leur dis qu'incontinent ils s'en allassent à la maison de ville et qu'ils y appelassent tous les principaux et toute l'Église et toute la justice et ils se firent point prier d'y venir, car pauvres et riches, tous y couroient pour me voir et pour entendre quel conseil je leur donnerois, » Ce conseil fut d'avoir bon courage, et Montluc leur promit de rester parmi eux, quoique ses amis lui conseillassent de s'enfoncer plutôt dans Lectoure. Ce fut sans doute sa présence qui préserva la ville d'être assiégée par les calvinistes.
Agen avait reçu, en 1565, la visite du roi Charles IX et de Catherine de Médicis, accompagnés de leur brillante cour.
Après que l'Agénois eut été donné en apanage à de Valois, Henri de Navarre, son époux, se rendit à Agen et y séjourna quelque temps. JI y reçut, en 1576, les députés des états de Blois. Malheureusement pour lui, il s'y montra trop vert galant et trop diable à quatre, et se perdit dans l'esprit des Agénois par deux aventures qui ne font pas honneur à la délicatesse de ses procédés en matière amoureuse. Il s'éprit de Mademoiselle de Cambefort, issue d'une des familles les plus distinguées du pays, mais ne put réussir auprès d'elle. Alors il trama un assez méchant complot pour s'emparer de sa personne. Il invita toutes les dames de la ville à un bal très brillant dans la grande salle de l’évêché. Au moment où la danse était le plus animée, tout à coup les bougies s'éteignent toutes à la fois, au grand scandale de l'assemblée. Mademoiselle de Cambefort, plus alarmée que toutes les autres femmes et devinant combien elle était exposée, se jeta par la fenêtre et se cassa une jambe sur le pavé, Une vieille chanson, encore usitée il y a moins d'un demi-siècle dans la plaine d'Agen, rappelait la mémoire de cet événement

Annon de Cambefort,
Aquello dansarello, etc.


Moins héroïque que la noble demoiselle, la fille d'un honnête médecin d'Agen succomba aux séductions princières mais, prise ensuite de remords et maltraitée par ses parents, la pauvre fille tomba dans le désespoir et se laissa mourir de faim. Deux événements aussi déplorables, causés par le caprice amoureux du roi de Navarre, lui aliénèrent tellement l'esprit des Agénois, qu'il quitta leur ville après en avoir confié le commandement à Lusignan. Catherine de Médicis fit une entrée brillante à Agen avec Marguerite de Valois en 1578, et de là se rendit à Nérac. C'est alors que fut établie à Agen une chambre mi-partie, remplacée peu de temps après par une chambre de justice composée de douze conseillers du parlement de Paris. Le fameux de Thou faisait partie de cette commission. Un peu plus tard en 1584, Marguerite revint seule dans cette ville, capitale de son comté, après que Henri de Navarre, irrité de ses désordres, l'eut obligée de sortir de Nérac. Elle indisposa tout le monde par les exactions de ses favoris, et bientôt après le maréchal de Matignon, approchant pour s'emparer d'elle par l'ordre de Henri III, elle fut obligée de s'enfuir en grand désordre.
Agen s'était rangée dans le parti de la Ligue, si bien que les jésuites y fondèrent un collège en 1689. La mort de Henri III y amena des troubles. Les protestants, repoussés une première fois en 1591, faillirent réussir la seconde, ils pénétrèrent dans la ville par surprise. On s'y battit ; deux cents hommes périrent, entre autres un des consuls.
En 1630,, Agen devint le siège de la cour des aides de Guyenne et fut dotée à cette, occasion d'un palais de justice. Ces bienfaits n'empêchèrent pas qu'une insurrection terrible n'éclatât en 1635 à l'occasion d'un impôt sur le vin dont on menaçait la province. Autres mouvements en 1647, provoqués par les exactions du duc d'Épernon. Il faut que les demoiselles agénoises soient bien jolies pour avoir si souvent tourné la tête à leurs gouverneurs. D'Épernon s'était épris de la belle Manon Lartigue, favorite hautaine et avide. A son intention il donna un carrousel magnifique et pour elle il pressura si bien la province, qu'elle amassa, dit-on, une fortune de deux millions. Les Agénois perdirent patience et obtinrent le rappel du duc, qui céda la place au prince de Condé. Celui-ci, devenu factieux, essaya d'entrer dans Agen mais, tandis qu'il enlevait la porte SaintAntoine, le duc d'Harcourt, avec l'armée royale, entrait par une autre porte, et n'ayant que deux compagnies avec lui, il dut se retirer.
Nous n'avons plus guère à mentionner à Agen que des travaux d'utilité publique. A ce même duc d'Épernon, qui les traita si mal, les Agénois doivent leurs belles promenades, leurs charmants jardins de Malconte, les écuries du roi. En 1684 et 1688, l'éloquent Mascaron, évêque de cette ville, fonda le séminaire et l'hôpital. Au siècle suivant, la vieille et magnifique cathédrale de Saint-Étienne, dégradée à plusieurs reprises dans les troubles religieux, fut réparée ; réparation qui ne la sauva pas, puisqu'elle fut de nouveau dévastée en 1793 et enfin démolie complètement de nos jours. Saint Caprais, non moins remarquable, est devenue la cathédrale du diocèse. Comptée aujourd'hui au nombre de nos monuments historiques, on y remarque son abside du XIème siècle et le transept du XIIème.
L'Empire fut particulièrement bienfaisant pour Agen. Napoléon et Joséphine s'y rendirent en 1808. Des décrets impériaux ordonnèrent le desséchement du marais de Brax, qui délivra la ville des épidémies terribles qui la ravageaient autrefois et dont on compte jusqu'à treize, puis la construction du magnifique pont qui orne aujourd'hui Agen, et celle du pont-aqueduc du canal latéral de la Garonne. N'oublions pas la légère et élégante passerelle qui unit si gracieusement les deux rives du fleuve. La préfecture occupe les bâtiments de l'ancien évêché ; sur la place s'élève le palais de justice et la prison, de construction moderne ; l'hôtel de ville, avec son pignon aigu, la halle et le théâtre, tous deux modernes, et quelques maisons anciennes à arcades méritent aussi d'être cités. Les principales promenades de la ville sont celles de la Terrasse et celle du Gravier ; cette dernière, comme l'indique son nom, a été conquise sur la rive du fleuve. Une des plus belles foires du Midi se tient sur la promenade du Gravier.



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