Histoire du Lot et Garonne


Le département de-Lot-et-Garonne correspond
à peu près au territoire qu'occupait avant l'invasion romaine
la peuplade celtique des Nitrobriges. Cette peuplade et celle
des Bituriges vivisques étaient les deux seules appartenant
à la grande nation des Celtes, dont la domination s'étendit
sur la rive gauche de la Garonne. Ce territoire formait le Pagucs
Aginnensis, ainsi appelé de la capitale Agedinum.
Loin de
s'associer à cette énergique résistance nationale dont leurs
voisins leur offrirent tant d'exemples, les Nitrobriges trahirent
la cause commune en livrant le passage de la Garonne aux Romains,
lorsque Crassus, lieutenant de César (56 ans avant J.-C.), attaqua
l'Aquitaine.

La petite peuplade des Sotiates opposa seule de la résistance dans la forteresse de Sos, dont le nom se retrouve aujourd'hui à l'extrémité sud-ouest du département. C'est là que le chef Adcantuan se défendit avec un courage héroïque il pratiquait des mines jusque sous les travaux des assiégeants ; il faisait des sorties terribles, accompagné de ses six cents ,Soldures, ces hommes qui se dévouaient à la vie à la mort à un chef de tribu. Une capitulation honorable lui fut accordée. Les Nitrobriges avaient accepté le titre flétrissant d'alliés de la république romaine. Pourtant, lorsque Vercingétorix, assiégé dans Alésia, fit un dernier appel au patriotisme des Gaulois, ils revinrent à de meilleurs sentiments et fournirent cinq mille hommes sous le commandement de Teutomar, fils d'Ollovicon malheureusement, ce chef imprudent se laissa surprendre sous les murs de Gergovie, tandis qu'il faisait la méridienne dans sa tente, et vit son camp enlevé avant qu'il eût pu se reconnaître ; il n'eut que le temps de sauter demi-nu sur son cheval et faillit tomber aux mains des ennemis.

L'époque celtique n'a pas laissé, des
traces bien nombreuses dans le département de Lot-et-Garonne
; pourtant, on trouve dans les environs d'Agen et de Tournon
des dolmens et des peulvens assez bien conservés à La Plaigne,
près de La Montjoie, arrondissement de Nérac, on voit des ruines
d'un vaste édifice qu'on suppose avoir été un temple druidique
enfin on a déterré aussi en plus d'un endroit des monnaies gauloises,
des haches en silex, en porphyre, en bronze, débris de la demi
civilisation qui précéda dans ces lieux la civilisation romaine.
Quand les Romains, maîtres de la Gaule, la divisèrent en dix-sept
provinces, le Pagus Aginnensis, que nous appellerons désormais
Agenois, fut compris dans la seconde Aquitaine, dont il forma
l'angle méridional. L'Aquitaine était renommée pour la fertilité
de son sol, même à cette époque de décadence où tant de parties
de l'empire étaient devenues désertes, puisque Salvien l'appelle
le « cœur des Gaules, les mamelles de la fécondité, l’image
du paradis. » Or, dans l'Aquitaine, l'Agenois se distinguait
encore par la richesse de ses belles vallées de la Garonne,
du Lot et de la Baïse, par la grâce et la fraîcheur des nombreux
vallons qui entrecoupent ses plateaux élevés il n'est donc pas
surprenant que les riches Romains se soient plu à l'habiter,
à y construire de somptueuses villas dont les fouilles, particulièrement
celles que l'on a faites à Nérac et à Sainte-Pompogne, nous
ont révélé l'existence. Statues, figurines, vases antiques,
amphores, médailles, monnaies impériales, admirables mosaïques
ont été recueillies avec soin. Les voies romaines sillonnaient
le pays l'une d'elles subsiste encore aujourd'hui et conduit
les voyageurs des rives de la Garonne vers la ville de Sos et
l'Armagnac on l'appelle la Téranèse (iter Cæsaris).

Quiconque allait à Bordeaux, venant du
centre de l'empire, traversait l'Agenois. Agen possédait une
école qui le disputait à celles de Toulouse et d'Auch, sinon
à celles de Bordeaux.
Le christianisme fut apporté dans l'Agénois,
vers 250, par saint Vincent, qui fut martyrisé à Vellanum. Nous
parlerons plus longuement, l'occasion d'Agen, de saint Martial,
de saint Firmin et de sainte Foi, qui vinrent ensuite. Les légendes
parlent également de saint Maurin, martyrisé au lieu même où
s'éleva depuis l'abbaye de Saint Maurin, sur les confins de
l'Agenois et du Quercy.
L'Aquitaine ayant été cédée par Honorius
aux Wisigoths, l'Agenois appartint à ces nouveaux maitres jusqu'en
507, que les Francs de Clovis les chassèrent du bassin de la
Garonne. Les rois francs se le disputèrent. Gontran l'enleva
à Chilpéric et le perdit en 587. Dagobert le comprit dans le
royaume qu'il constitua à son frère Caribert. En 732, les Sarrasins
l'envahirent. Pépin s'en empara sur Waïrre. Charlemagne, à la
fin du VIIIème siècle, l'érigea en comté en faveur
d'Ermiladius, arrière petit- fils du duc Eudes.
Ce comté
devint héréditaire et passa sous le régime féodal après la chute
des Carlovingiens, révolution qui s'accomplit partout au milieu
des incursions dont les Normands criblaient notre pays. Pour
ces pirates, les fleuves étaient des routes ouvertes. Ils remontèrent
ainsi la Garonne jusqu'à Toulouse, en 863, semant l'incendie
et la mort sur ces beaux rivages. Pépin, roi d'Aquitaine, les
avait appelés pour se maintenir avec leur secours contre ses
sujets révoltés, Enfin ce fléau s'épuisa. L'Agénois avait passé
pendant ce temps à Wulfrin, comte d'Angoulême et de Périgord.
Garcias le Courbé, duc de Gascogne, le lui enleva en 886.En
effet, depuis que les Gascons, au VIème siècle, descendant
du versant des Pyrénées, s'étaient répandus vers le nord, la
domination de leurs ducs atteignait la Garonne elle la dépassa
dès lors, et, jusqu'en 1030, ils demeurèrent maîtres de l'Agenois
; ce comté fut alors donné en dot à la fille d'un des ducs gascons,
laquelle le porta à la maison de Poitiers. Au siècle suivant,
Éléonore de Guyenne, à son tour, le porta successivement aux
rois de France et aux rois d'Angleterre, qui le gardèrent peu
de temps, Richard Cœur de Lion l'ayant donné en 1196,en dot
à sa soeur Jeanne lorsqu'elle épousa Raymond VI, comte de Toulouse.
Ces comtes, déjà suzerains de l'Agenois depuis deux siècles,
en devinrent alors seigneurs directs.
Avec la domination
toulousaine, l'hérésie albigeoise se répandit dans l'Agenois.
Au reste, ce pays était particulièrement préparé à la recevoir
puisque, dès la fin du Xème siècle et le commencement
du XIème il s'y trouvait un grand nombre de manichéens
condamnés par plusieurs conciles et qu'un auteur contemporain,
Rodolphus Ardens, désignait sous le nom d'Agénois. Il souffrit
considérablement de la fatale croisade qui coûta alors au midi
de la France sa prospérité et sa brillante civilisation. « 0
terres d'Agen, de Béziers, de Carcassonne, s'écrie un troubadour,
quelles je vous vis et quelles je vous vois » Simon de Montfort
y exerça le pouvoir en souverain et y établit un sénéchal. Moins
heureux, son fils Amaury fut chassé et ne rentra qu'avec le
secours de Louis VIII, auquel il céda ses droits peu de temps
après. La mort de ce roi retarda la chute de l'Agenois sous
la domination directe de la couronne de France il fut au nombre
des pays que le traité de Meaux signé en 1229 laissa à Raymond
VII, et tomba des mains de ce dernier dans celles de son gendre
Alphonse, frère de saint Louis, en 1249, et enfin de celles
d'Alphonse à la couronne, en 1271.

Cependant les rois d'Angleterre protestaient
et redemandaient l'Agénois comme un des pays que saint Louis
s'était engagé à céder par son traité avec Henri III. Henri
III lui-même avait élevé cette prétention à la mort de Raymond
VII, et chargé Simon de Montfort, comte de Leicester et deuxième
fils du chef de la croisade anti-albigeoise, de réclamer la
restitution de cette province aux exécuteurs testamentaires
du dernier comte.
Mais l'énergique opposition des habitants
fit échouer cette réclamation. Des députés furent envoyés à
la cour de France, et prêtèrent dans les mains de la reine mère
leur serment de fidélité au comte Alphonse et à la comtesse
Jeanne, « absents pour le service de Jésus-Christ, » c'est-à-dire
à la croisade avec saint Louis. Henri III renonça à faire de
nouvelles démarches ; mais Édouard ler, son successeur,
reprit l'affaire et la mena à meilleure fin. En effet, par le
traité d'Amiens (1279), il se fit restituer l'Agenois et il
en donna la jouissance à sa mère Eléonore. Cette province ne
demeura pas longtemps sans contestation au pouvoir des Anglais.
Lorsqu'en 1292 une querelle de matelots brouilla Philippe la
Bel et Édouard, le roi de France, hautain et ambitieux, signifia
au roi d'Angleterre, alors dans l'Agenois, une citation appuyée
par de nombreux griefs, relatifs en grande partie à cette province.

Il l’accusait, par exemple, d'avoir pendu
deux sergents d'armes à qui la garde de Castelculier, près d'Agen,
était confiée d'avoir « arrêté et détenu en prison un grand
nombre de personnes, notamment maître Raymond de Lacussan, avocat
d'Agen, parce qu'ils disaient qu'il était licite d'appeler du
sénéchal de Gascogne et de toute la terre d'Agenois au roi de
France.
Philippe le Bel envoya une armée qui s'empara du
pays en 1295, la guerre s'y fit avec des succès divers jusqu'en
1299. Elle recommença en 1324 à l'avantage des Français, puis
en 1337, et cette fois le comte de Derby donna la supériorité
aux armes anglaises Jean, duc de Normandie, fils du roi de France
Philippe VI, échoua au siège d'Aiguillonqui se déroula en1345.
Agen restait pourtant aux Français, et leurs plus habiles généraux,
les comtes d'Armagnac, de Foix, de L'Isle- Jourdain, le roi
de Navarre, le sire de Craon soutenaient dans l'Agenois une
lutte opiniâtre contre les capitaines anglais. Le traité de
Brétigny rendit ces efforts inutiles en livrant à Edouard cette
province parmi tant d'autres. Charles V reprit les armes si
honteusement déposées sous le règne de son père l'Agenois fut
reconquis et fortement occupé par le duc d' Anjou. Pourtant
les hostilités y recommencèrent sous Charles VI et s'y prolongèrent
avec des succès divers et de grandes complications pendant tout
son règne ct pendant la première partie du règne de son successeur.
La reprise d'Agen en 1439 fut enfin le signal de la retraite
définitive des Anglais.

Bientôt après se termina cette terrible
guerre de Cent ans dont l'Agenois avait été presque continuellement,
comme on peut le remarquer, un des principaux théâtres.
Momentanément
aliéné par Louis XI en faveur de son frère le duc de Berry,
l'Agenois fut réuni à la couronne. Mais la partie sud-ouest
du département de Lot-et-Garonne, celle où se trouvaient situées
les deux villes alors importantes de Nérac et de Casteljaloux,
appartenait à la maison d'Albret. Cette puissante maison accrut
ses possessions déjà considérables par le mariage du comte Henri
d'Albret avec Marguerite de Valois, sœur de François Ier
qui lui apporta en dot l'Armagnac.
La faveur que cette savante
princesse accorda aux réformés propagea dans le pays la religion
nouvelle et en fit comme une lice ouverte où se rencontrèrent,
pendant les guerres de religion, les plus fameux chers des deux
partis, entre autres le terrible Montluc. On en verra le détail
à l'article des villes. En 1572, l'Agénois, avec le Quercy,
fut donné en apanage par Charles IX à sa sœur, la seconde Marguerite
de Valois, qui épousait Henri de Navarre. Celui-ci domina dès
lors, en son nom et ait nom de sa femme, dans toute l'étendue
du pays qui forme le département mais il se fit des ennemis
dans sa nouvelle province par ses scandales amoureux., et se
vit bientôt obligé de la défendre contre les troupes royales,
puis contre sa femme elle-mème lorsqu'elle se fut tournée du
côté de la Ligue. Avec Marguerite de Valois finit, en 1616,
la liste des comtes apanagistes de l'Agenois.
Toutefois,
la sœur du cardinal de Richelieu, Mme de Gombalct, acquit, en
1642, l'engagement du pays d'Agenois moyennant soixante mille
francs, et les ducs d'Aiguillon, branche cadette de la maison
de Richelieu, en ont joui jusqu'en 1789 les ainés de cette branche
prenaient même le titre de comtes d'Agenois. Quoique réuni définitivement
à la couronne au commencement du XVIIIème siècle,
l'Agenois n'en fut pas moins un des pays qui ressentirent le
plus vivement tous les troubles qui agitèrent les règnes de
Louis XIII et de Louis XIV.

C'était un des derniers foyers de la
Réforme. Dès 1614, Louis XIII fut obligé d'aller assiéger Tonneins.
Sept ans après (1621), la défense des protestants dans l'Agénois
ayant été confiée au marquis de La Force, Louis XIII s'y rendit
de nouveau à la tête d'une armée tout le pays se soumit, moins
Clairac, qu'il fallut assiéger. Mais, à la nouvelle de l'échec
des troupes royales devant Montauban, la révolte éclata de nouveau
et obligea le roi de revenir sur ses pas ; la supériorité de
ses forces lui donna promptement la victoire, et cette fois,
avant de se retirer, il fit démanteler la plupart des villes
et châteaux de l'Agenois.
Pendant les troubles de la Fronde,
le prince de Condé s'efforça d'entraîner cette province dans
le parti des rebelles. Mais la plupart des habitants se déclarèrent
pour le duc d'Harcourt qui y commandait les troupes royales,
et firent leur soumission au roi.
Depuis lors, plus rien
de nouveau jusqu'en 1789. Nous ferons seulement observer que
cette province non seulement n'est demeurée étrangère à aucun
des grands épisodes de l'histoire de France, mais encore que,
grâce sans doute à sa position à peu près centrale dans la Guyenne
et la grande vallée de la Garonne, elle y presque toujours joué
un rôle considérable : croisade contre les Albigeois, guerre
de Cent ans, guerres de religion, s'y sont en quelque sorte
concentrées.

Jusqu’à la Révolution, l’Agenais passe plus pour un « pays » qu'une province bien précise. Situé à la charnière entre la Guyenne et le Languedoc, entre l'influence de Bordeaux et de Toulouse, l'Agenais aurait dû être complètement absorbé par l'un ou par l'autre. Agen appartenait, aux premiers siècles de l'ère chrétienne à l'Aquitaine, ce qui a fixé définitivement le diocèse d'Agen dans la mouvance de Bordeaux. L'effondrement de l'Empire romain a eu des conséquences beaucoup plus graves sur le plan politique. L'Agenais s'est alors trouvé soumis aux influences les plus diverses. « Marche » pour le roi de France face à la puissance des Gascons durant tout le Haut Moyen Âge, il devait être la victime des guerres entre ce souverain et celui d'Angleterre, la frontière politique ou militaire passant, tantôt en amont, tantôt en aval d'Agen. Entre 1196, date à laquelle Richard Cœur de Lion donne l'Agenais en dot à sa sœur, qui épouse le comte de Toulouse, et 1271, où Philippe le Hardi rend ce territoire au roi d'Angleterre, l'Agenais a plutôt appartenu aux États Toulousains. Il entre ensuite dans sa période anglaise, entrecoupée de quelque temps brefs de domination française. C'est avec Louis XI que l'Agenais devait rompre définitivement tout lien avec le Languedoc et Toulouse, dépendant jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, du Parlement de Bordeaux et du gouvernement de Guyenne.

Au cours de cette période très mouvementée, l'Agenais est apparu comme une entité bien incertaine. Ainsi, le diocèse d'Agen fut scindé en deux lors de la création de celui de Condom en 1317. Les juridictions administratives ou judiciaires se superposaient ou se chevauchaient, entretenant une certaine confusion. De plus, certains territoires ont continué de regarder vers Toulouse, comme le vicomté de Brulhois, dont la capitale était Laplume, alors que les autres dépendaient de la généralité de Bordeaux. Si, du point de vue administratif, la sénéchaussée d'Agen était très vaste, couvrant la moitié nord de Lot-et-Garonne actuel, elle était dépouillée, au sud, de cette autorité, car Condom, Nérac (en raison de la puissante famille d'Albret) et Bazas, étaient également le siège d'une sénéchaussée. Cette coupure était facilitée par la Garonne. L'utilisation de ce fleuve comme ligne de partage, à plusieurs reprises au cours de l'histoire, témoigne que la Garonne était un obstacle à la circulation dans le sens nord-sud et une limite naturelle bien marquée principalement d'un point de vue administratif.
Agen


La ville d'Agen est située au milieu d'une vaste et riche plaine, sur la rive droite de la Garonne, que l'on y passe sur un beau pont de onze arches. C'est une ville mal bâtie et mal percée. L'avenue de la route de Bordeaux y forme un faubourg qui en est le plus beau quartier. Vers le sud, cette avenue se développe en une magnifique promenade où de gigantesques ormeaux s'arrondissent en voûte impénétrable aux rayons du soleil. Cette promenade une des plus belles qui existent dans le midi de la France, était autrefois recouverte par la Garonne, et elle en a conservée le nom de Gravier un péristyle formé d'élégantes arcades la borne d'un côté de l'autre, elle est liée à la rive gauche du fleuve par un majestueux pont de pierre de onze arches et par une gracieuse et aérienne passerelle.
Autrefois comté et évêché, capitale de
l'Agenois, dépendant du parlement et de l’intendance de Bordeaux,
L'origine de cette ville se perd dans la nuit des temps et n'est
pas plus connue que celle de toutes les autres anciennes cités
des Gaules; on sait seulement qu'elle existait au temps de la
domination romaine sous le nom d'Aginnum, ville antique don
ton voit encore quelques vestiges et qu'elle est ainsi désignée
dans Ptolémée comme capitale des Nitiobriges l'un des peuples
de la seconde Aquitaine. César, Strabon Ptolémée font mention
des Nitiobriges; ce dernier auteur leur donne Aginnum pour capitale.
Dans l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, les mesures
de quatre routes qui partent de Bordeaux (anciennement Burdigala)
, Auch (anciennement Ausci), Périgueux (anciennement Vesunna),
et Cahors (anciennement Cadurci) ,se joignent à Agen pour la
position d'Aginnum. Sous les empereurs, Aginnum devint ville
prétorienne, et les Romains l'ornèrent d'édifices aujourd'hui
détruits, mais dont on a retrouvé des débris à différentes époques.
Cette ville fut plusieurs fois prise et ruinée par les Visigoths
les Huns et les Vandales les Normands et les Danois la ravagèrent
dans le IX siècle: ensuite elle passa tour à tour sous la domination
des rois de France, des ducs d'Aquitaine, des rois d'Angleterre
et des comtes de Toulouse. Les Français la prirent en1322, et
la rendirent en 1330 aux Anglais, dont elle secoua le joug quelque
temps après; ceux-ci, après l'avoir assiégée sans succès, la
recouvrent par le traité de Brétigny, en1360. La ville d'Agen
ayant de nouveau pris parti pour la France, fut assiégée et
prise d'assaut, en1418, par les troupes du comte d'Armagnac,
qui y commirent de grandes cruautés. Les protestants s'en emparèrent
en1562, et l'évacuèrent peu de temps après. En 1584, elle prit
parti pour la Ligue. Le comte de la Roche, fils du maréchal
de Matignon, l’a prit en 1591, aidé d'un habile pétardier qui
lit sauter la porte sur les deux heures du matin. Marguerite
de Valois, qui était alors retirée à Agen, fut obligée d'en
sortir lors de ce siège,« avec tant de hâte (dit le Divorce
satirique) qu'à peine se put-il trouver un cheval de croupe
pour l'emporter, et des chevaux de louage ou de poste pour la
moitié de ses filles, dont plusieurs la suivoient à la file,
qui sans masque, qui sans devantier, et telle sans tous les
deux, avec désarroi si pitoyable qu'elles ressembloient mieux
à des gueuses de lansquenets à la route d'un camp qu'à des filles
de bonne maison». Agen se rendit à Henri IV en 1592.
Marmande

La fondation de Marmande est difficile à constater, faute de documents bien précis. Plusieurs motifs porteraient à croire que son existence date d'une époque fort reculée. Les Goths, qui ravagèrent l'Italie en 270, l'occupèrent, ainsi que les troupes de Tétricus. Les Sarrasins la détruisirent dans le VII' siècle. Richard ,Cœur de Lion la fit reconstruire et la fortifia. En 1185, Robert de Mauvezin s'en empara par capitulation. En 1212, les Anglais, alliés du comte de Toulouse, qui s'en étaient rendus maîtres, y furent assiégés en 1214 par Simon de Montfort, qui s'empara de la ville et la livra au pillage ; quelques jours après, le château, où la garnison s'était retirée, ayant capitulé, il allait être , ainsi que la ville, détruit de fond en comble et la garnison massacrée, lorsque de sages avis firent abandonner cet atroce projet; on ne démolit qu'une partie des murailles, et on ajouta même de nouvelles fortifications au château.

En 1219, Louis, fils de Philippe Auguste,
et Amaury de Montfort assiégèrent cette ville, qui fut défendue
avec courage par Centulle, comte d'Astarac. Les ouvrages extérieurs
ayant été emportés par les assiégeants , d'Astarac, désespérant
de défendre la place, se rendit à discrétion , après avoir essayé
en vain d'obtenir une capitulation honorable. La brave garnison
parut tête nue, à genoux, devant le prince, dont le conseil
était assemblé pour délibérer sur son sort. L'évêque de Saintes
prit le premier la parole, et, s'adressant au prince, dit qu'il
était d'avis défaire brûler de suite les défenseurs de la ville
ainsi que tous ses habitants ; l'archevêque d'Auch, les comtes
de Saint-Paul et de Bretagne, s'opposèrent à une action si atroce
et conseillèrent la modération. Leur conseil prévalut ; mais
les troupes d'Amaury, accoutumées au meurtre, n'eurent pas plutôt
appris cette décision, qu'elles pénétrèrent dans la ville, et
massacrèrent, sans distinction d'âge ni de sexe , tous les habitants
qui tombèrent sous leurs mains.
En 1424, les Anglais assiégèrent
Marmande, et ne purent s'en rendre maîtres ; ils prirent cette
ville par trahison en 1427 , mais elle fut reprise peu de temps
après par les seigneurs d'Albret et de Montpezat. Henri IV l'assiégea
sans succès eu 1577. Lors de l'invasion de la France par les
étrangers en 1814 , une phalange de 800 guerriers, formée par
les soins de l'intrépide capitaine Guilbert, de Rouen, résista
pendant un mois à toute une division anglaise, commandée par
lord Dalouzy.
Nérac

Suivant quelques écrivains Nérac tire
son nom de Nereidum Aquæ, d'où l'on a formé Nérac. œuf
On ignore les événements des premiers siècles de son histoire
; mais la découverte d'une superbe mosaïque, des débris d'un
palais, d'un temple, de bains et d'autres édifices, faite en1831,1832
et 1833, prouve évidemment qu'elle existait sous les Romains.
Comment celle riche et puissante cité, dont l'histoire ne fait
pas mention, a-t-elle pu si complètement disparaître, que la
tradition même n'en conservât pasle souvenir? C'est un point
sur lequel les antiquités nouvellement découvertes à Nérac ne
fournissent aucune lumière ; mais voici comme on l'explique
: des débris de Nérac et sur son site les templiers se construisirent
un château qui fut aussi renversé plus tard ; et dans la suite,
lorsque souvent des antiquités romaines furent retrouvées, on
s'obstina à n'y voir que les débris du château des templiers.
Vers l'an 1250, un couvent de bénédictins s'était établi sur
le site qu'a occupé depuis le château d'Albret. Tourmentés par
les seigneurs voisins, ils se mirent sous la garde d'un sire
d'Albret, qui bientôt devint oppresseur lui même, et força les
moines à lui abandonner en 1306 leur abbaye et la seigneurie
de Nérac. Les sires d'Albret, devenus roi de Navarre, firent
édifier successivement les quatre corps de logis dont se composait
le château : la partie occidentale fui bâtie par Amanieu d'Albret;
la partie du nord, ouvrage de Charles II et la seule qui soit
conservée, remonte à l'an 1460 ; le corps de logis qui borde
la rivière, le plus beau de tous, fut construit vingt ans plus
tard par Alain d'Albret ; le quatrième enfin fut bâti par Jeanne
d'Albret avec les pierres des églises et des monastères qu'elle
fil démolir après avoir embrassé le calvinisme. C'était là qu'habitait
Henri IV, dont l'appartement occupait l'extrémité orientale
du château. Henri IV passa à Nérac la plus grande partie de
sa jeunesse, et plus tard fit à sa ville de prédilection de
fréquentes visites. Catherine de Médicis se rendit dans cette
ville pour discuter avec son gendre les griefs réciproques des
protestants et des catholiques. On y convint de la paix ; mais
malheureusement elle ne fut pas de longue durée.
Sous Louis
XIII, Nérac prit parti pour les protestants. Le 4 juin 1621,
les ducs de Rohan et de la Force, à la tête des calvinistes,
en chassèrent les magistrats et tous ceux qui tenaient pour
le parti royaliste, y placèrent une forte garnison, et retournèrent
ensuite rejoindre leur armée. Le soir même Mayenne parut devant
la place, et la força à capituler quatre jours après. Pour la
punir, on la démantela en 1622 ; les tribunaux supérieurs qui
y siégeaient lui furent enlevés.peu de temps après. Depuis la
ville fut engagée avec le duché d'Albret au prince de Condé,
et, au milieu du XVIIIème siècle, échangée avec la
maison de Bouillon contre la principauté de Sedan. L'édit de
Nantes acheva d'anéantir son commerce et son industrie.
Villeneuve-sur-Lot

Cette ville doit son origine à un bourg du nom de Gajac, qui fut détruit dans les guerres du commencement du XIIIème siècle. Rebâtie par un frère de saint Louis en 1264, elle reçut alors le nom de Villeneuve. Le connétable de Brienne la prit eu 1337. Le duc de Joyeuse l'assiégea sans succès en 1591. Villeneuve est située dans une belle vallée sur le Lot, qui la sépare en deux parties inégales, dont celle du nord est la plus considérable. Elle est percée de rues larges, tirées au cordeau, dont huit aboutissent à une place centrale, entourée d'arcades : l'une et l'autre sont d'ailleurs propres et offrent plusieurs belles constructions. Cette ville a conservé une partie de ses fortifications, dont il reste encore deux tours et un antique château; le reste a été converti en de beaux boulevards, qui en rendent l'aspect fort agréable. On y remarque le pont hardi qui joint les deux rives du Lot. A 1 kilomètre au nord de Villeneuve existait autrefois la célèbre abbaye d'Eysses, bâtie sur l'emplacement d'une station romaine. Les bâtiments de ce monastère, restaurés et considérablement augmentés, ont été affectés à une maison de détention pour onze départements, où l'on peut renfermer 1 200 condamnés.