Saint Lô - Préfecture de la Manche

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Plan de Saint Lô
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Saint Lô

Saint-Lô (Briovera, Sanctus Laudus), Sur le territoire où est actuellement Saint-Lô existait un château, celui de Briovire ou Briovère, qui devait son nom à sa situation sur une pointe de terre dominant un cours d'eau. Auprès de ce château se groupèrent quelques habitations qui, après l’établissement du christianisme, prirent le nom de Saint-Étienne, puis celui de Sainte-Croix. Saint Laud (sanctucs Laudus), par contraction saint Lô, cinquième évêque de Coutances, affectionnait ce séjour et lui donna son nom. Charlemagne fit réparer le château et entoura la ville de murailles pour la mettre à l'abri des incursions des pirates du Nord. Les Normands, en effet, assiégèrent cette ville ; repoussés une première fois, ils revinrent en 890. Leur chef Rollon, désespérant d'emporter la ville de vive force, fit couper un aqueduc qui fournissait de l'eau à la place les habitants, pressés par la soif, furent obligés de capituler ; on leur promit la vie et on les massacra au moment où ils sortaient des murs, l'évêque fut au nombre des victimes, et les Normands rasèrent les fortifications.
Saint-Lô, sans jouer un rôle bien important dans l'histoire des guerres féodales, prospéra, grâce à son industrie et à son commerce, et sa population, enrichie par la fabrication du drap, se montait à 9 000 âmes quand Édouard III, roi d'Angleterre, s'en empara en 1346. Quoique la ville démantelée ne lui eût opposé aucune résistance, il la pilla, la ruina en un instant, en emportant un riche butin consistant surtout en une quantité considérable de draps.
Sous Charles V, ce fut à Saint-Lô que se réunirent les troupes rassemblées par le roi de France pour châtier Charles le Mauvais, roi de Navarre, et réduire les châteaux que celui-ci possédait en Normandie. En 1417, la ville se rendit au duc de Glocester. Les Anglais la possédèrent jusqu'en 1449 et elle leur fut reprise cette année par le connétable de Richemond.
A l'époque de la Réforme, Saint-Lô, qui avait prospéré depuis l'expulsion des Anglais et acquis une certaine importance, fut livrée de nouveau à tous les malheurs de la guerre. La ville se prononça en partie pour les idées nouvelles ; et, en 1562, les calvinistes y saccagèrent les églises, dévastèrent les maisons de leurs adversaires, et relevèrent les fortifications de la ville pour en faire, dans le Cotentin, leur principale place de guerre. A la fin de la même année, les Bretons, sous la conduite du comte d'Étampes, les en chassèrent et exercèrent de cruelles vengeances contre les habitants.
Le comte de Montgomery reprit Saint-Lô l'année suivante ce fut pour la malheureuse cité le commencement de nombreuses et sanglantes représailles. Rendue au roi par un édit de pacification, Saint-Lô échappa aux horreurs de la Saint- Barthélemy, dont le gouverneur de la basse Normandie, Matignon, sut préserver les villes de la contrée. La ville fut reprise par Montgomery, qui, craignant d'y être enfermé, s'en échappa de nuit, laissant le soin de la défense à son lieutenant Briequeville-Colombières. Le siège dura six semaines Montgomery, après avoir vainement essayé de tenir la campagne, avait été obligé de capituler. Amené par Matignon sous les murs de Saint-Lô, le prisonnier essaya vainement de déterminer Colombières à se rendre. Celui-ci, lui reprochant cette faiblesse, répondit qu'il mourrait à son poste. Il repoussa neuf assauts des troupes royales, réparant la nuit les brèches que l'artillerie des assiégeants y avait pratiquées pendant le jour, entraînant par son exemple les habitants et jusqu'aux femmes à la défense de la place. Tout se disposait cependant dans l'armée royale pour un dernier assaut ; Colombières se prépara à y mourir, et amena près de lui sur la brèche ses deux jeunes enfants armés tous deux d'un javelot « J'aime mieux, dit-il, qu'ils meurent impollus et pleins d'honneur que de les abandonner aux mains des infidèles et des apostats. » Malgré l'héroïque résistance des protestants, la brèche fut emportée, Colombières tué d'un coup d'arquebuse ; ses deux enfants furent épargnés et protégés par Matignon, mais la ville fut livrée à toutes les horreurs de la guerre, et d'une guerre de religion. Épuisée par ce massacre, elle s'effaça pendant quelque temps mais, au XVIIème siècle, l'esprit indépendant de ses habitants se manifesta de nouveau par des soulèvements causés par l'excès des impôts.
Lors de la révocation de l'édit de Nantes, les calvinistes de Saint-Lô furent cruellement persécutés ; une grande partie s'échappèrent et réussirent à quitter la France. On cite le jugement curieux qui condamne deux sœurs protestantes, Louise et Madeleine Pezé, qui, arrêtées au moment où elles fuyaient la persécution, furent condamnées à faire amende honorable en chemise, à genoux, la torche au poing, conduites par le bourreau à demander pardon à Dieu, au roi, à la justice, disant que, par opiniâtreté, elles avaient voulu professer une prétendue religion. Elles furent ensuite séparées et enfermées pour toujours.
Au XVIIIème siècle, sauf quelques persécutions religieuses que le fanatisme n'excusait plus, Saint-Lô jouit d'une grande tranquillité.
A la fin de la Révolution, le chef-lieu du département, qui avait d'abord été à Coutances, fut transféré à Saint-Lô.
Cette ville est la patrie du cardinal Du Perron, qui joua un rôle important sous Henri IV. Élevé dans le calvinisme, il l'abjura et dut sa haute fortune à cette conversion autant qu'à ses talents comme diplomate et à ses connaissances littéraires. Quoiqu'il ait publié un assez grand nombre d'ouvrages de controverse, il est difficile de croire au sérieux des convictions d'un homme qui faisait sa lecture habituelle de Montaigne et de Rabelais. On peut penser du reste que les calvinistes, qui l'ont traité d'intrigant sans foi et sans mœurs, avaient contre lui de trop naturelles préventions pour être toujours justes à son égard. Dans le piquant pamphlet de d'Aubigné, la Confession de Sancy, Du Perron est fort maltraité. Saint-Lô est aussi la patrie du grand astronome Le Verrier ; elle lui a élevé une statue sur une de ses places. Pendant la Révolution, cette ville porta le nom de Rocher de la Liberté.
Saint-Lô s'élève sur une colline rocheuse d'environ 33 mètres d'altitude, qui domine à l'ouest la rive droite de la Vire ; sur l'esplanade qui termine la colline sont la préfecture, la cathédrale, le nouvel hôtel de ville, le musée, la bibliothèque et les plus belles habitations. La rue principale est celle du Neufbourg ; d'autres rues tortueuses gravissent les pentes de la colline. Cette ville possède deux églises ; l'ancienne cathédrale Notre-Dame, qui date du XVème siècle, où l'on remarque une statue de la Vierge dite du Pilier, objet d'une grande vénération dans le pays, et à droite de l'abside une chaire extérieure en pierre très délicatement sculptée, qui semble dater du XVème siècle ; elle servait à annoncer au peuple, réuni dans le cimetière, tous les actes de la juridiction épiscopale. Cette église, qui s'annonce au loin par ses deux belles flèches est rangée au nombre de nos monuments historiques. L'autre église, celle de Sainte-Croix, de style roman, est toute moderne elle a été batie en 1860 elle a remplacé une antique abbatiale fondée, dit-on, au temps de Charlemagne, et dont les bâtiments monastiques, agrandis et réparés, sont occupés par le dépôt d'étalons.



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