Nervers - Préfecture de la Nièvre

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Carte de Nevers
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Nevers, Porte du Croux

Nevers dont on ne sait rien avant l'arrivée de César, est désignée par le conquérant sous le nom de Noviodunum Ǽduorunz; ce nom de Noviodunum paraît être d'origine celtique nov, rivière don, montagne. Elle emprunta ensuite à la rivière Niveris, la Nièvre, qui se jette tout auprès dans la Loire, celui de Nevirnum, Nivernum, Nevedinum. Celui de Noviodinum reparut plus tard, à l'expiration de la domination romaine. Quand César domptait la Gaule, il fit de Nevers un de ses dépôts de vivres, d'armes et de munitions ; mais, en son absence, deux Éduens, Viridumar et Éporédorix, s'introduisirent dans la place et en massacrèrent la garnison romaine. César vint lui-même y relever ses aigles.
Nevers, à la chute de l'empire romain, eut sa part des calamités communes, le roi des Huns y passa, la flamme à la main. D'autres conquérants barbares la dédommagèrent.
Certes, Nevers était chrétienne avant l'arrivée des Francs, quoiqu'on ne puisse admettre qu'elle eût reçu le christianisme de trois disciples de saint Pierre, saint Savinien, saint Pollentien et saint Altin, prétention que Jacques Taveau a essayé de soutenir, et que Fleury a renversée. Mais Nevers n'avait point encore l'honneur d'être un chef-lieu de diocèse; or, vers l'an 500, apparut pour la première fois à Nevers un évêque, saint Eulode, qui était sourd et muet, Dieu ne pouvait permettre que le pasteur chargé de prêcher ses ouailles et de recueillir leurs gémissements demeurât dans des conditions si peu favorables à l'exercice de ses fonctions aussi saint Séverin appelé à Paris à cette époque en 505, pour guérir le roi franc de la fièvre quarte, passa à Nevers et guérit aussi, chemin faisant, le pauvre évêque. Dix ans après, Clovis érigea Nevers en évêché.
Pendant longtemps, Nevers n'apparaît dans l'histoire qu'à de rares intervalles. Elle vit s'assembler, en 765, le Champ de mai convoqué par Pépin, lorsqu'il se disposa à entrer en Aquitaine pour aller châtier Waïfre. Charles le Chauve y établit un hôtel des monnaies. De l'époque de Richard le Justicier date le premier château de Nevers, dont il reste encore quelques débris de murs épais et massifs, de style saxon, avec fenêtres à plein cintre. On peut les voir dans les murailles qui soutiennent la terrasse de l'ancien couvent des oratoriens et dans quelques jardins particuliers. La plupart des édifices de cette époque en France ont disparu, ou ne sont arrivés jusqu'à nous qu'en ruine, ce qui tient, soit à leur mauvaise construction, soit aux dévastations continuelles qui remplissent l'histoire de ces siècles barbares. En 910, c'est la cathédrale qui s'écroule ; en 953, c'est le comte de Paris, Hugues le Grand, qui prend, pille et brûle la ville. Phénomène curieux la ville de Nevers s'amoindrit, disparaît, s'anéantit presque; son ancienne importance n'est plus que dans les souvenirs Noviodunum antiquissimum castrum quidem, sed instar viculi exiguum ; et, à sa place, ce sont ses faubourgs qui attirent la population, s'élargissent, s'enflent autour des riches monastères de Saint-Genès, de Saint-Victor, de Saint-Étienne, de Saint-Martin ; ce sont les paroisses de Saint-Arigle, de Saint-Troès, de Saint- Pierre, de Saint-Laurent, qui virent et prospèrent aux dépens du centre. On doit ajouter, au reste, que des fléaux naturels avaient contribué à cette décadence. Nulle part les incendies, les pestes ne furent plus répétés. La peste de 1094, entre autres, fit de tels ravages que les habitants épouvantés croyaient à la fin du monde. Il fallait refaire cette ville, ou du moins réunir, resserrer, renfermer dans une muraille ses membres épars.
A la fin du XIIème siècle, Pierre de Courtenay fit élever à ses frais la nouvelle et dernière enceinte qui enveloppa les faubourgs, depuis l'embouchure du petit ruisseau de Crou dans la Loire, jusqu'à la Nièvre en 1194.
Cette reconstitution de Nevers porta presque aussitôt ses fruits. Voici cette ville qui prospère. La libéralité de Pierre de Courtenay remet aux religieux de Saint-Étienne le droit de gîte, et accorde à la ville une charte d'affranchissement, confirmée définitivement plus tard en 1231 par Gui de Forez et Mahaut Ier, sanctionnée par lettres patentes de saint Louis. Par cette charte, le comte renonçait à tous les droits exercés dans la ville et les faubourgs, particulièrement à l'ost et à la chevauchée ; un crédit de quarante jours pour l'approvisionnement de sa table, sa justice et ses forfaitures, était tout ce qu'il se réservait. Les habitants étaient autorisés à nommer quatre jurés pour administrer les affaires principales, convoquer les habitants en cas de besoin, proclamer le ban de vendange, etc.
Les bourgeois ne relèvent que de leur propre juridiction et ne peuvent être emprisonnés que pour vol, rapt ou homicide, à moins de surprise en flagrant délit. Le bailli rend la sentence, assisté de quatre bourgeois désignés par les jurés ; point d'appel pour le citadin, mais l'étranger peut en appeler, et, en ce cas, le comte ou son bailli adjoint aux premiers assesseurs deux de ses chevaliers. Le comte ne doit jamais recevoir plus de 3 sous pour les frais du procès et plus de 30 pour l'amende. Enfin la commune reçoit la faculté d'acquérir des membres nouveaux par la concession du droit de bourgeoisie à tout étranger qui y sera domicilié depuis un an et un jour, exception faite des sergents et des serfs du seigneur.
Assurément la postérité doit honorer la mémoire de Pierre de Courtenay et de ses successeurs, qui se signalèrent par un si généreux abandon de leurs prérogatives et prévinrent, de six siècles à l'avance et dans les ténèbres du Moyen Age, la grande émancipation de 1789, d'autant plus que ces concessions paraissent avoir été volontaires de leur part, et que l'on ne voit pas que les habitants aient été obligés de les arracher de vive force.
Ils ne se réservaient, en effet, qu'une cense personnelle, payable à la Saint-Martin d'hiver, variant de 40 sols à 12 deniers, selon la fortune de chaque famille, et dont la répartition était laissée aux bourgeois eux-mêmes. Deux autres droits seigneuriaux, mais peu vexatoires, subsistèrent aussi ; l’un jusqu'en 1587, l'autre jusqu'en 1789. Par le premier, tout habitant de Nevers, à moins qu'il ne logeât dans le quartier privilégié de Saint-Étienne, devait se présenter, le jour de son mariage, devant le comte, précédé des violons, et lui donner « pour le festin de noces, 4 deniers, un pain, deux plats de chair et une quarte de vin. » L'autre était le droit de trumeau ou sabot le comte et l'évêque prenaient, l'un le trumeau de devant, l'autre le trumeau de derrière « des chascunes bestes au maille, bœuf ou vasse, vieille ou jeune, » tuées en la grande boucherie.
Nevers devait aimer ses comtes. Et elle les aimait, si l'on en juge par les réceptions brillantes qu'elle leur faisait. Ainsi, lorsque le comte Jean, fils du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, fit sa première entrée, la ville lui offrit deux tonneaux de vin, plusieurs lamproies des torches. L'année suivante, nouvelle entrée, deux autres tonneaux de vin. Après sa captivité chez les Turcs il vient en 1400, on le comble coupe d'argent doré à couvercle en or, douze tasses d'argent, une boîte d'épices, trois tonneaux de vin vingt-quatre lamproies, et nombre d'autres poissons, sans parler du vin pour les officiers. Et dans le même temps, occupés de le faire sortir de captivité, les bourgeois de Nevers contribuaient pour 1,000 livres d'or à sa rançon, alors qu'une peste terrible les décimait au point que le receveur sollicita un dégrèvement de contribution. Ils savaient, dans l’occasion, mettre dans leurs hommages une certaine galanterie lorsque Bonne d'Artois, seconde femme de Philippe de Bourgogne, entra à Nevers en 1414, un ange habillé de plumes de paon, lequel courait sur une corde de 80 toises, lui mit sur la tête, à elle et à son fils Charles, un chapeau de Fleurs artistement travaillé. Ils ne reçurent pas moins bien Charles VI, qui vint deux fois dans leurs murs, et qui leur remit 200 livres de tailles arriérées, pour être employées à la construction d'un pont sur la Nièvre.
C'était le temps, à Nevers comme ailleurs, des grandes constructions d'églises et de forteresses. Du XIVème siècle, en effet, date la cathédrale dont la reconstruction fut commencée par l'évêque Guillaume Ier, de Saint-Lazare. C'était la quatrième fois que l'on bâtissait l'église de Nevers. Un premier édifice avait été élevé au VIème siècle, un second au sous l'invocation de la Vierge, de saint Gervais et de saint Protais ; un troisième enfin par l'évêque Jérôme, sous Charlemagne, et cette fois dédié à saint Cyr et à sainte Juliette. En 1210, un violent incendie dévora cette église, et ce ne fut pas grand dommage, car elle était encore couverte en chaume. Guillaume fit les choses plus grandement. La nef de l'église, dont on peut admirer la pureté comme exemple de gothique sévère et de la grande époque, lui appartient. Les sculptures y sont d'une grande élégance ; les chapiteaux y représentent les feuillages indigènes, fraisier, chardon, chêne et peuplier. On y remarque surtout un chapiteau où est sculptée la légende de saint Cyr et de Charlemagne ; l'empereur, menacé par un sanglier furieux, s'est jeté à genoux pour invoquer le saint, qui apparaît dans le moment même sur le dos du monstre et le tient immobile sous lui. Le chœur et le sanctuaire sont d'une date différente du XIVème et XVème siècles, et portent, en conséquence, un autre caractère. La tour qui domine extérieurement l'édifice et qui fait un gracieux effet, quoique peu en harmonie avec le reste ne fut commencée qu'en 1509 par l'évêque Bahier, et achevée en 1528. On était en pleine Renaissance et cela ne laisse pas d'être curieux de voir la Renaissance s'essayer une fois par hasard dans le gothique, accoler son génie à celui du moyen âge et répandre à profusion sur une haute tour d'église, au flanc de l'austère ogival primitif, son luxe plus gracieux qu'imposant de balustrades à jour, de statues en pleine saillie, de dais richement brodés dans la pierre, et de tourelles angulaires.
Pour entreprendre de si grandes choses, il fallait que l'évêque de Nevers fût un puissant personnage au XIIIème siècle. Il est à remarquer que c'est lui qui, en 1028, avait pris le premier le titre d'évêque par la grâce de Dieu. Il avait des serfs nombreux. Lorsqu'il faisait sa première entrée dans la ville, les quatre barons de Cours-les-Barres, de Givry, de Druy, de Poiseux, le portaient sur leurs épaules depuis l'abbaye de Saint-Martin jusqu'à la cathédrale. Comme vassal du roi de France, il lui devait le service militaire ; en 1224, Raynald conduisit à Tours son contingent ; en 1244, saint Louis fit citer à Chinon Robert Cornu, qui s'était affranchi de cette obligation,
Il faut reconnaître, d'autre part, qu'il avait à compter avec ses diocésains et qu'il n'entrait pas dans la ville sans conditions. Les prieurs des couvents de Saint-Étienne et de Saint-Martin l'attendaient sous le porche et ne le recevaient qu'après lui avoir fait jurer de maintenir leurs privilèges et ceux des bourgs. Les chanoines aussi étaient des hommes puissants. Depuis 1201, ils nommaient seuls l'évêque, tandis qu'auparavant le peuple participait à l'élection. Ils étaient soixante, vivant en commun, ayant la haute justice, des vassaux qui prêtaient foi et hommage, des serfs taillables et exploitables à volonté. Leur trésorier entrait au chœur en habit de guerre, et y siégeait l'épée au côté, l'oiseau sur le poing, en bottes et en éperons.
Vis-à-vis des bourgeois, l'évêque prenait encore des engagements, et la scène symbolique qui se passait mérite d'être rapportée. Le nouvel évêque, se rendant en pompe à la cathédrale, rencontrait dans la rue de la Parcheminerie les échevins et devant eux une chaîne tendue, la chaîne s'abaissait pour laisser passer le cortège et se tendait de nouveau devant l'évêque, pour lui montrer que ceux-là étaient de la ville, mais que lui n'en était pas encore tant qu'il n'avait pas prêté le serment d'en respecter les franchises.
Il y a dans cette cérémonie je ne sais quelle fierté aragonaise qui donne bonne idée des bourgeois nivernais. On en trouverait peu, en effet, qui aient été plus jaloux de leurs privilèges. Eux-mêmes nommaient leurs jurats, appelés échevins depuis 1288, et, chose curieuse, ils admettaient les nobles, non les prêtres, à l'échevinage.
L'élection se faisait le second dimanche du carême ; les jours précédents, le préconisseur parcourait la ville et criait à tous les habitants qu'ils eussent à y prendre part sous peine d'un écu d'amande. La salle du chapitre de l'abbaye de Saint-Martin était, avant la construction de l'hôtel de ville, en 1436, le lieu où se réunissait l'assemblée. Dans cette même abbaye se trouvait la voix de la cité, la cloche, le gros saint de la communauté, comme on l'appelait. Elle avertissait les bourgeois lorsque le guetteur toujours présent, qui logeait dans le clocher de Saint-Martin avec sa famille, avait aperçu au loin dans la campagne quelque objet menaçant pour la ville. Deux fois par jour, elle annonçait de sa grande voix l'ouverture et la fermeture des portes, et les cloches plus petites, placées aux portes mêmes, répétaient l'avertissement d'un ton plus argentin. Les bourgeois de Nevers ne s'en remettaient qu'à eux-mêmes pour leur propre défense chaque quartier avait ses soldats (quartiniers) qui formèrent plus tard les compagnies bourgeoises, et ce privilège leur fut confirmé formellement par Charles VI, en 1421. Ces soldats étaient choisis parmi les habitants qui élisaient les officiers. Ils excellaient au tir de l'arbalète, dont une école fut établie, en 1409, aux Chaumes de la Loire ; aussi Charles VII les incorpora parmi ses francs archers, et Charles VIII les emmena en Italie. En 1524, le tir à l'arquebuse fut substitué au tir à l'arbalète, et les arquebusiers furent organisés, en 1621, par Charles de Gonzague, en une confrérie célèbre sous le nom de compagnie de Saint-Charles.
C'est à l'industrie, au commerce, que les habitants de Nevers devaient cette indépendance. Les vins de la province se buvaient, au moyen âge, jusque sur la table du roi. Des fabriques d'émaux, des verreries fameuses, qui donnèrent à la cathédrale les beaux vitraux qu'on y admire, popularisaient par leurs élégants produits le nom de Nevers. Les manufactures de faïence, les plus anciennes du royaume, établies par les ducs de Nevers à l'imitation de celles d'Italie, jouissaient d'une réputation qui dura jusqu'au siècle dernier. Les artisans formaient des corporations celle des pêcheurs existait depuis longtemps déjà en 1250 ; celle des boulangers prit naissance après que Louis 1er (1303) eut autorisé l'un d''eux à bâtir un four dans sa maison, rue de la Tartre, et à y cuire pour le public.
Une industrie qui prit, deux siècles plus tard, un grand développement à Nevers et aux alentours, ce fut celle des forges ; à tel point que les habitants se plaignirent au roi de la cherté du bois, et lui demandèrent la suppression et démolition des forges, qui leur fut accordée en 1560.
Nevers ne resta pas en arrière pour l'instruction. Dès 1009, nous voyons le chapitre de Saint-Cyr nommer un certain Gaudon grammairien des petites écoles pour les enfants laïques. C'est à Nevers que fut transportée, en 1316 l'université d'Orléans, interdite par le pape Jean XXII. Elle y eut, au reste, peu de succès, comme nous l'apprend Gui Coquille. Les écoliers firent tapage, « et à certain jour plusieurs particuliers citoyens de Nevers prindrent la chaize du docteur, en cholère la portèrent sur le pont et la jetterent en Loire, disant ces mots que de par le diable, elle retourne à Orléans dont elle estoit -venue. »
C'est en 1535 que fut établie à Nevers la première imprimerie. Nevers, au XVème siècle, suivit, avec le duc de Bourgogne, le parti anglais et reconnut Henri VI. Quand Charles VII l'eut emporté, elle fut un moment l'un des foyers de la jacquerie. Il vint dans ses murs. Louis XII, François 1er y parurent également.
La Réforme s'y manifesta d'une façon singulière. Jacques Spifame, évêque de la ville, homme fort distingué, qui avait été maître des requêtes au parlement, conseiller d'État et chancelier.de l'Université de Paris, un jour de Pâques, se mit à administrer la communion aux fidèles dans l'église de Saint-Cyr, en disant « Reçois la figure du corps de Jésus-Christ. Ces paroles hérétiques en pleine solennité pascale, firent bondir le doyen du chapitre. « Tu mens effrontément, mentiris impudentissime ! » s'écria-t-il et il corrobora son apostrophe d'un violent coup de poing appliqué sur la bouche coupable. Un grand tumulte s'ensuivit, et bientôt le prélat se rendit à Genève après avoir résigné son évêché en 1559). Une passion l'avait conduit, dit-on, à se faire protestant. Il vivait depuis longtemps dans une grande intimité avec Catherine de Gaspence, femme d'un procureur au Châtelet. Tous deux s'épousèrent à Genève. Mais déjà ils avaient des enfants, un de ses neveux ayant contesté leur légitimité, pour la prouver Spifame fabriqua un faux acte de mariage antidaté, traduit devant le conseil de Genève, il y fut condamné à mort comme adultère, en 1566.
Gilles Spifame, son neveu et son successeur à l'évêché de Nevers, travailla avec ardeur à détruire le protestantisme qui se répandait de plus en plus dans son diocèse. En 1561, les calvinistes formèrent une première réunion ; il y opposa une procession à la tête de laquelle il parut en habits pontificaux et les échevins en robe rouge. Malgré la protection que les réformés trouvaient dans le comte de Nevers, François de Clèves, ils furent l'objet de persécutions qui coûtèrent la vie à plusieurs d'entre eux, et qui ne cessèrent qu'après l'avènement de Louis de Gonzague et la nomination de Gui Coquille aux fonctions de premier échevin de la cité en1568. La Saint-Barthélemy ne fit point de victimes à Nevers, et cette ville parut tiède à la Ligue, dont le conseil général, siégeant à Paris, adressa aux habitants une lettre pour exciter leur zèle.
Nevers reçut successivement au XVIIème siècle, Louis XIII et Louis XIV. Elle subissait alors, comme toutes les parties de la France, les effets de la révolution qui s'opérait dans le royaume. Le progrès irrésistible de l'unité monarchique emportait partout les institutions libres que l'esprit d'indépendance locale avait arrachées au moyen âge.
Dès 1566, l'ordonnance de Moulins avait enlevé aux échevins de Nevers la connaissance des affaires civiles ; en 1692, leur autorité fut encore diminuée par l'institution d'un maire. La connaissance des causes criminelles, et même des délits de police leur fut, enfin retirée, et ils né gardèrent en définitive, pauvre débris de leur ancienne autorité, que la proclamation du ban des vendanges. Leur charge devint même un fardeau insupportable, par une ressemblance fort curieuse avec celle des curiales dans l'empire romain en effet, les échevins, en matière d'impôt, répondaient pour leurs administrés de leur fortune et de leur corps, et Nevers, au XVIIème siècle, n'ayant pu acquitter des impôts devenus très lourds, on vit les habitants fuir l'échevinage comme un fléau, et l'intendant de la généralité en fut réduit à désigner pour ce supplice municipal quatre des plus notables citoyens, qui acceptèrent par force. Ceci se passait un peu avant la Fronde, pendant laquelle Nevers fut sévèrement contenue.
L'activité industrielle de Nevers ne paraît pas cependant avoir alors beaucoup diminué, puisqu'en 1710 on y créa un tribunal de commerce. Le XVIIIème siècle, au reste, si remarquable dans presque toutes les provinces de France par les constructions d'utilité publique et les établissements de bienfaisance, rendit à Nevers un grand service en la débarrassant pour jamais de ce fléau de la peste qui semblait l'avoir prise en affection, et venait encore de la dévaster deux fois au siècle précédent. Un conseil de santé, établie 1721, prit des mesures assez habiles pour le chasser sans retour. C'est encore au XVIIIème siècle que Nevers doit sa belle promenade. Le vieux château, commencé vers 1475 par Jean de Clamecy, comte de Nevers, orné et terminé par les ducs de Nevers ; des maisons de Clèves et de Gonzague ; la place Ducale, qui le précède, et qui fut bâtie en 1608 par Charles II de Gonzague, sur le modèle de la place Royale de Paris, existaient déjà. Mais le parc ne formait qu'un grand carré long, le reste planté en vignes. En 1767, une des plus jolies femmes du pays, Mme de Prunevaux, fort aimée du duc de Nevers, s'y promenait avec lui. Elle lui fit observer que la vigne ajoutée au parc en rendrait la promenade bien plus agréable, et le duc, par galanterie, s'empressa de faire transformer cette partie en jardin anglais. Le parc est devenu public, et c'est à la charmante dame de Prunevaux que Nevers doit un de ses plus beaux ornements.
A l'époque de la Révolution, Nevers entra dans le mouvement de 89 et fit rédiger des cahiers tout à fait dans le sens du tiers état. La Terreur y envoya Fouché de Nantes, suivi de Collot d'Herbois et de La Planche, qui firent bruler toutes les archives.
Nevers serait une jolie ville par sa situation en amphithéâtre sur la rive droite de la Loire, si l'affreux percement de ses rues ne rebutait pas le voyageur. Il y pourra remarquer cependant, sans parler du nouveau du parc et de la cathédrale, la porte du Crou, qui donne une idée imposante des constructions féodales (on y a établi un musée lapidaire) le pont de dix-sept arches, mais trop massif, construit sur la Loire ; l'arc de triomphe élevé en mémoire de la victoire de Fontenoy, où il lira quatre mauvais vers de Voltaire qui furent payés par un présent de cent louis ; la préfecture, à l'entrée de la ville ; l'hôtel de ville, qui renferme une bibliothèque de 20,000 volumes ; le théâtre, le palais de justice, qui occupe le premier étage du Palais ducal et dont le second étage a reçu le Musée Nivernais, remarquable par sa belle collection de faïences artistiques. Il ne passera pas dans la rue de la Parcheminerie sans saluer la maison du menuisier poète, modeste maisonnette où grimpe un cep de vigne, pour attester qu'on y a chanté Bacchus. Ce poète, c'est Adam Billaut, ou Maitre Adam, le Virgile au rabot, que sa verve naturelle porta à faire des vers tout en continuant de gagner sa vie le rabot à la main. C'est l'auteur de la fameuse chanson :
Aussitôt que la lumière
Vient redorer nos coteaux.
Le cardinal de Richelieu voulut le voir, et lui donna un vetement neuf , une pension de cent écus et de quoi s'acheter une maison. Il a laissé trois recueils les Chevilles, le Vilebrequin et le Rabot ; ce dernier n'est pas imprimé.
Le collège, aujourd'hui le lycée, tenu alors à Nevers avec grand succès par les jésuites, y faisait prospérer les études et comptait parmi ses professeurs le célèbre père Bougeant. Gresset y fut régent de rhétorique et y composa Vert-Vert, dont il allait égayer la supérieure même des Visitandines de la ville. Ce sont là, avec le fameux révolutionnaire Chaumette, procureur de la Commune de Paris pendant la première Révolution, les principaux noms célèbres que Nevers peut citer.


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