Perpignan - Préfecture des Pyrénées Orientale

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Plan de Perpigna
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Vue de Perpignan

Perpignan ( Villa Perpini, Perinianum, Papirianum) était autrefois la capitale de la province de Roussillon.
Perpignan est, sans contredit, d'une bien antique et bien illustre origine, si l'on voit dans cette ville la continuation ou la transformation de l'ancienne cité de Ruscino. Son importance et sa prospérité auraient, en effet, devancé de plusieurs siècles l'invasion romaine, puisque c'est là que s'assemblèrent les chefs gaulois pour délibérer sur les propositions d'Annibal demandant le passage pour l'armée qu'il conduisait d'Espagne en Italie. Toutefois, malgré la proximité des lieux et la concordance des temps, qui fait presque coïncider la ruine de l'une de ces villes avec la naissance de l'autre, nous ne croyons pas qu'il soit permis de confondre en une seule leur double histoire.
Le plus ancien document qui constate l'existence de Perpignan comme ville date de 922; il existe une autre charte de 1025 : c'est un acte concernant l'église de Saint-Jean, paroisse de l'unique quartier dont se composait la ville à cette époque. Les habitants de Ruscino, obligés d'abandonner leurs foyers ravagés d'abord par les Sarrasins, puis détruits presque entièrement par les Normands en 859, avaient remonté les rives de la rivière de la Têt et, séduits par la fertilité du sol et l'heureuse disposition des lieux, s'étaient arrêtés près d'un hameau ou d'une ferme nommée villa Pampiniani. La sécurité qu'ils y, avaient trouvée avait accru leur nombre ; les progrès de la colonie fixèrent l'attention des seigneurs du pays ; le comte de Roussillon, Gausfred II, résolut d'y fonder une église, et peu après le bourg était devenu une petite ville. Les successeurs de Gausfred la dotèrent, l'un d'une collégiale, en1102; l'autre d'un hospice, en 1116 ; de sorte que, sous le comte Guinard, qui abandonna le Roussillon à la maison d'Aragon, la villa Perpiniani était la principale ville du comté. Elle était bien loin encore de l'importance qu'elle acquit depuis. Alphonse II, dont nous avons signalé les sympathies pour tout ce qui intéressait le Roussillon, vit dans Perpignan bien plus ce qui restait à faire que ce qui avait été réalisé. Il voulut changer l'emplacement de la ville et la transférer sur une des collines au pied desquelles elle s'étendait, sur le Puig Saint-Jacques ou montagne des Lépreux. Les intérêts froissés protestèrent on s'adressa à la pitié d'Alphonse, qui ne sut pas résistor aux larmes et aux supplications des femmes, des enfants, des vieillards. Pour concilier les vœux des habitants avec une mesure indispensable à la défense de la on relia le Puig aux quartiers existants par des constructions nouvelles qu'on assigna comme résidence aux juifs. Ceux-ci y demeurèrent longtemps en paix, protégés surtout par l'intelligente tolérance du roi Martin. Leur séjour ne fut pas sans influence sur les rapides et vastes développements que prirent bientôt à Perpignan le commerce et l'industrie. Mais la cause principale de cette prospérité fut le libéralisme des institutions municipales qui régissaient la ville. Les rois d'Aragon avaient compris la nécessité de s'assurer le dévouement d'une population séparée par tant d'obstacles du reste du royaume et exposée, dans son isolement en deçà des monts, moins peut-être aux attaques violentes qu'à la séduction des intrigues étrangères.

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La rivière Basse

C'est donc dans la plus large mesure que privilèges et franchises furent prodigués aux bourgeois de Perpignan. Cinq consuls nommés par le peuple administraient les affaires de la ville leur pouvoir ne durait qu'une année. La noblesse était exclue de toute magistrature municipale. Le droit de se réunir en armes, sous la conduite d'un des consuls fut toujours reconnu et souvent pratiqué. La répartition des impôts était aussi dans les attributions des mandataires du peuple. Le clergé lui-même, au XIVème siècle, dans l'époque de sa toute-puissance, dut, après sept ans de résistance, payer sa part d'un impôt contracté par les consuls en 1368 pour éteindre les dettes de la ville. Bien peu de communes en France peuvent offrir l'exemple d'une semblable indépendance. Nous en avons indiqué et les causes et les heureux résultats. C'est au milieu de ces prospérités qu'un nouveau mais dangereux honneur échut à Perpignan don Jayme partagea ses États entre ses deux fils, et la capitale du Roussillon devint la capitale du royaume de Majorque. Un château royal fut construit, en 1278, sur la colline qui s'élève à la droite du Puig Saint-Jacques, et qui domine toute la ville de nouvelles murailles agrandirent l'enceinte de la cité, divisée dès lors en trois paroisses, Saint-Jean, Saint-Jacques et Saint-Matthieu, et dotée en outre, en 1300, d'un temple à la Vierge, sous l'invocation de Marie-de-la-Réal, parce qu'il était voisin du château royal.
Perpignan échappa aux conséquences des luttes qui inaugurèrent le malencontreux morcellement de la monarchie aragonaise. Le règne de don Sanche, deuxième roi de Majorque, fut pour cette ville pacifique et bienfaisant. Les premiers travaux de la cathédrale et la construction entière du Castillet sont dus à ce prince.
C'est aussi cette époque qu'on peut considérer comme marquant l'apogée des prospérités commerciales de Perpignan. La ville comptait alors 5 000 feux ; les maitres drapiers y étaient au nombre de 349, sans comprendre dans ce chiffre les corporations de Pratz-de-Mollo et Céret, véritables succursales de la métropole, et les tissus de leurs fabriques étaient répandus dans l'Aragon, dans le midi de la France et jusque dans le Levant. Perpignan n'eut pas non plus à souffrir de la crise qui réunit aux mains de Pèdre IV Aragon et Majorque. Cette guerre, si promptement terminée, amena dans ses murs Philippe le Hardi, allié malheureux de Jayme II, troisième et dernier roi de Majorque. Le prince français y mourut le 5 octobre 1285. Les chroniques du temps racontent qu'on fit bouillir sa dépouille mortelle pour en séparer les diverses parties, qui furent partagées entre la métropole de Narbonne, l'église Saint-Jacques des Frères pêcheurs de Paris, l'abbaye de Noé, en Normandie et les caveaux de Saint-Denis.

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La citadelle de Parpignan

Nous arrivons une nouvelle période de l'histoire de Perpignan. Ce n'est plus la capitale d'un royaume, mais de nombreuses compensations lui sont offertes. Don Pèdre y fonde une université ; le château royal est transformé en citadelle formidable ; de nouveaux privilèges communaux sont concédés à la fière et ombrageuse bourgeoisie. La ville obtient le droit d'être représentée aux cortès et de concourir aux actes constitutifs de la Catalogne, les rois d'Aragon ne peuvent exiger d'être reconnus par les syndics de Perpignan qu'après avoir reçu le serment de toutes les autres villes du royaume. Le commerce n'est point oublié dans cette répartition des faveurs royales. Un consulat de mer est institué pour connaître des transactions commerciales avec l'étranger. Une loge ou bourse est bâtit par Martin, le protecteur des juifs, et un privilège spécial de Pèdre IV autorise, en cas de disette, les consuls à armer des galères pour arrêter en pleine mer et amener de force dans les ports du Roussillon tous navires chargés de blé qu'ils rencontreraient.

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Plan de la citadelle de Parpignan

C'était donc sous de bien favorables auspices que commençait cette partie de l'histoire de Perpignan, qui devait être pourtant si agitée, si calamiteuse. Le premier nuage qui vient obscurcir l'horizon, c'est l'antipape, Pierre de Luna, Benoît XIII, beau-frère de Martin, vieillard orgueilleux, obstiné, que les prières de l'empereur Sigismond trouvèrent aussi inflexible dans ses prétentions que les foudres du concile de Constance. Il avait accepté Perpignan comme résidence ; il y tint un concile, en 1408 dans l'église Sainte-Marie-de la-Réal, et y reçut, en 1416, la visite de Sigismond.
A la perturbation morale que jeta dans les esprits le spectacle des querelles religieuses succédèrent bientôt les sanglants débuts de la lutte entre la France et l'Espagne, duel à outrance dont Perpignan était à la fois et le théâtre et l'enjeu. Nous avons raconté, dans l'histoire générale du département, les circonstances à la suite desquelles Louis XI pénétra dans le Roussillon. Perpignan soutint alors contre les Français un de ces sièges fameux qui suffisent à immortaliser une ville, et dont les détails rappellent l'héroïsme de Sagonte et de Numance. Les habitants semblent avoir voulu acquitter alors par leur inébranlable fidélité, les sacrifices de toute sorte qu'ils s'imposèrent et l'invincible dévouement dont ils firent preuve, la dette de reconnaissance qu'ils avaient contractée envers les rois d'Aragon. La position était cependant critique. Trente mille hommes cernaient la place, le château était occupé par les soldats de Louis XI. Il y avait peu d'assistance à espérer du dehors. Mais le vieux roi, Jean d'Aragon avait fait appel au coeur sympathique et résolu des bourgeois de Perpignan ; à l'âge de plus de soixante-dix ans, il n'avait pas craint de venir leur confier sa couronne et sa vie en s'enfermant avec eux dans les murs de la place assiégée. La résistance fut si énergique, qu'une trêve dut être acceptée par les assaillants. Mais Louis XI, qui ne voulait pas perdre les fruits de sa campagne, en hâta la rupture, et, profitant du départ de Jean qui avait repassé les Pyrénées, il fit recommencer et pousser les hostilités avec une nouvelle vigueur. La population, réduite à ses seules forces, ne perdit pas courage et, pendant huit mois, épuisa toutes les ressources de la défense la plus opiniâtre. Depuis longtemps on avait épuisé les vivres, on ne se nourrissait plus que d'herbes, de cuirs et de la chair des animaux les plus immondes, une mère, dit-on, avait partagé le corps d'un de ses enfants mort entre ses autres enfants affamés. Aucun secours n'était espéré ; il fallait se rendre. Perpignan ne voulut pas le faire avant d'en avoir reçu l'autorisation de son roi, Jean la lui envoya en y joignant pour la ville le titre de très fidèle ; honneur stérile, mais bien mérité. Il accorda de plus à tous les Perpignanais qui voudraient vivre ou voyageraient dans ses États les droits et privilèges dont jouissaient les Aragonais. La capitulation fut signée le 11 mars 1475 ; les articles, fièrement rédigés par les consuls, les engagèrent moins qu'ils ne liaient le vainqueur. Louis XI, d'ordinaire si habilement oublieux et clément dans le succès, usa envers Perpignan d'une rigueur rancunière tant il désespérait, sans doute, d'y changer la disposition des esprits.

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L'Universié de Parpignan

L'erreur de Louis XI disparaît devant la faute bien autrement plus grave de son successeur, Charles VIII, abandonnant sans compensation et sans motif la conquête de son père. Mais le temps approchait où nos rivaux, si habiles jusque-là, se tromperaient à leur tour. En face d’une population si fortement trempées, la violence étant une arme inutile, la France avait moins à espérer de ses victoires que des fautes de l'Espagne.
Les premiers symptômes ne tardèrent pas à se manifester. Aux joies enthousiastes qui saluèrent l'entrée solennelle de Ferdinand et d'Isabelle reprenant possession en grande pompe de la province et de sa capitale, succédèrent bientôt les défiances, les inquiétudes. L'inquisition était entrée dans la ville sur les pas du brillant cortège ; c'est de là qu'on peut dater la désaffection des cœurs, la dé- cadence des intérêts. Le grand Charles-Quint lui-même, dans sa lutte avec François Ier, met plus de confiance dans la solidité des remparts que dans le zèle des habitants. Il rebâtit les murailles d'après un meilleur système, trace de nouvelles lignes, élève de nouveaux bastions; il fait entourer d'une seconde enceinte l'ancien château que le vieux roi Jean avait contruit, lorsque, fort de l'amour de ses sujets, il résistait si vaillamment à Louis XI. Le siège soutenu alors n'offre sous aucun rapport le même intérêt que celui que nous venons de rappeler. Si François Ième fut moins heureux que Louis XI, ce n'est plus au dévouement de la population qu'il faut attribuer le mérite de la résistance. Entre Perpignan et l'Espagne on s'aperçoit que tous les liens d'affection se relâchent ; le règne du fanatique Philippe II n'est qu'une série de calamités ; l'industrie émigre, le commerce languit, plus de mille maisons abandonnées par leurs propriétaires tombent en ruine, le poids des impôts devient écrasant pour ce qui reste d'une population épuisée par la guerre, décimée par la famine et par la peste.
Nous retrouvons à cette époque la trace des derniers efforts tentés pour arrêter les progrès du mal : c'est pour la cité le renouvellement de son titre de très fidèle, le transfèrement du siége épiscopal d'Elne à Perpignan en 1602 pour la bourgeoisie, l'octroi de lettres de noblesse attribuées aux fonctions municipales ; pour les pauvres, la création d'avocats gratuits et comme indice des dangers qui ne cessaient de croître malgré ces impuissants palliatifs, la construction d'une enceinte extérieure pour la citadelle. Chez ces ardentes populations méridionales, l'indifférence est une transition inconnue de l'affection à la haine. Le joug espagnol était donc devenu odieux aux Roussillonnais, et l'hostilité comprimée devait éclater à la première occasion. C'est en 1610 que cela arriva. La Catalogne s'était révoltée, le Roussillon avait fait cause commune avec la province rebelle ; les soldats espagnols refluaient de ce côté-ci des Pyrénées, et leurs chefs prétendaient les loger chez les habitants de Perpignan; ceux-ci s'y refusèrent malgré les menaces de la citadelle occupée par les troupes royales; des barricades s'élevèrent, et la lutte était déjà commencée, lorsque l'évêque, revêtu de ses habits pontificaux, l'ostensoir à la main vint se placer entre les mousquets du peuple et les canons du roi. L'autorité de sa parole, l'héroïsme de son dévouement, firent cesser le feu ; mais à peine le peuple avait-il déposé ses armes qu'une attaque déloyale, inattendue, de la garnison, livra la ville à ses indignes agresseurs ; pendant trois jours elle fut traîtreusement saccagée. Une pareille conduite brisait tous les liens qui pouvaient attacher encore Perpignan à ses maîtres. Un appel fut fait à la France, les cœurs étaient désormais conquis, il ne restait que l'Espagnol à chasser. Richelieu envoya une armée sous les murs de la ville, et un nouveau siège commença ; celui-ci avait cela de nouveau que les libérateurs étaient les assiégeants, et que l'ennemi occupait la place.

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Parpignan

Il en résulta pour les malheureux habitants une complication de calamités inouïes. La famine fut accompagnée des persécutions les plus atroces. La soldatesque affamée violait impudemment le domicile des citoyens pour y enlever les vivres qu'elle espérait y trouver; les mères étaient obligées de cacher leurs enfants ; on parlait d'enlèvements dans les rues et de festins de cannibales. Enfin, lorsque l'inutilité d'une plus longue défense fut bien démontrée le 9 septembre 1642, la garnison espagnole capitula, et les autorités françaises prirent possession de la ville. L'importance de cette conquête fut comprise par Louis XIII, Perpignan prit place parmi les grandes villes de la monarchie ; le roi se détourna de son chemin pour la visiter lorsqu'il se rendit à Saint Jean-de-Luz pour y épouser l'infante d'Espagne. Enfin, le règne de Louis XIV lui-même lui donna dans le comte de Mailly un administrateur habile, intègre et bienveillant.
Perpignan était donc une ville bien française quand éclata la Révolution de 1789. Elle s'associa alors à toutes les grandes émotions qui agitèrent l'âme de la patrie. Lorsque l'Espagne essaya d'unir ses efforts à ceux du reste de l'Europe coalisée contre la république française, une première surprise la rendit maîtresse d'Arles et de Céret ; on put croire un instant Perpignan menacé. Le comité de Salut public y envoya sur-le champ le conventionnel Cassanges. Rallier les volontaires roussillonnais sous les murs de la place, repousser les attaques du général espagnol Ricardos, prendre l'offensive, culbuter l'ennemi à Vernet, surprendre son camp de Peyrestores et le poursuivre jusqu'au delà de la frontière, ce fut pour le représentant du peuple l'affaire de quelques semaines. En septembre 1793, il rentrait dans Perpignan traînant quarante-sept pièces de canon, trophées de cette rapide campagne. Elle avait coûté toutefois à la France deux de ses plus illustres défenseurs les généraux Dagobert et Dugommier. Davout y avait conquis ses premiers lauriers. Depuis lors, sauf le désastre universel de 1814 et 1815, les murs de Perpignan n'ont plus revu l'étranger.
Perpignan s'étend des pentes adoucies d'une colline peu élevée jusque sur les bords de la Têt et de la Bosse, dans une plaine vaste et fertile l'enceinte dans laquelle la ville est enfermée est d'une forme ovale, et occupe un emplacement de 1 200 mètres de longueur sur 600 de largeur. La ville, assez mal bâtie, assez pauvre en monuments, a des abords charmants ; la campagne environnante est couverte de jardins, plantée d'orangers, de grenadiers, de vignes et d'oliviers. Après la citadelle et le Castillet, dont nous avons eu si souvent occasion de parler, il faut citer la cathédrale dédiée à saint Jean et deux autres églises remarquables à divers titres Saint-Jacques et la Réal, appelée autrefois Sainte Marie-Ia-Royale.



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