Niort - Préfecture des Deux Sèvres
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Niort L'origine de cette ville est très ancienne,
mais pleine d'incertitude. C'était, à l'époque de la conquête romaine,
un amas de quelques chétives cabanes groupées sur deux collines
que séparait la rivière. La pèche était la principale occupation
des habitants, qu'entouraient presque de tous côtés les marais du
bas Poitou et les eaux de l'Océan, qui s'avançait alors bien plus
avant dans les terres. La première mention qui soit faite d'eux
dans l'histoire remonte au IVème siècle et au règne de
l'empereur Julien.
Ils furent chargés du transport des blés qui,
tirés de la Grande-Bretagne, venaient approvisionner les provinces
occidentales de la Gaule. Ces premières expéditions développèrent
dans le pays niortais, pagus niortensis, un commerce maritime qui
consistait principalement dans l'échange du vin, du sel, du cuivre
et des ouvrages de poterie, produits du territoire ou de l'industrie
des environs, contre les blés, l'or, l'argent, le fer, les cuirs,
les chiens de chasse et les bestiaux, qu''on trouvait en plus grande
abondance de l'autre côté du détroit. C'est dans les premières années
du VIème, siècle qu'une révolution physique vint changer
en cité la bourgade primitive. La mer, en se retirant, permit au
cours de la Sèvre de se dessiner ; la navigation se régularisa et
s'agrandit. Les Niortais exploitèrent cet heureux événement au profit
de leur commerce, et le bourg devenant le centre d'opérations plus
importantes, ils l'appelèrent Niortum, du nom de la contrée dont
il était désormais la capitale.
Les attaques des Normands rendirent
plus tard des fortifications indispensables. Leur étendue et leur
solidité furent proportionnées à l'importance commerciale de la
ville. Plusieurs châteaux furent élevés sur les bords de la Sèvre
pour en défendre l’embouchure. Une ceinture de redoutables remparts
entoura la cité et ses faubourgs, et une citadelle, qui passait
pour imprenable, fut encore ajoutée à tous ces ouvrages protecteurs.
Le but qu'on se proposait fut atteint ; la sécurité de Niort ne
fut ni compromise ni même sérieusement inquiétée, et c'est un incendie,
qui paraît avoir été tout accidentel, qui détruisit le château vers
le XIIème siècle.

La ville, à cette époque, était
l'entrepôt de tout le commerce du Poitou et disputait à Poitiers,
sous beaucoup de rapports, le premier rang parmi les cités de la
province. Éléonore d'Aquitaine, la duchesse-reine, avait pour Niort
une prédilection toute particulière. Un des premiers soins de son
second époux Henri II d'Angleterre, fut de reconstruire la forteresse
que les flammes avaient dévorée. Il rapprocha les nouvelles constructions
des bords de la Sèvre et réunit les deux rives de la rivière par
un pont qui traversait une ile située en face du château. Du côté
de la ville, le pont, en se levant, pouvait intercepter toute communication
avec le dehors, et à l'extrémité deux tours énormes défendaient
les abords de ce périlleux passage. Un moulin construit dans l'ile
assurait l'alimentation de la garnison. Des précautions d'une autre
nature, mais non moins efficaces, furent prises pour consolider
la domination anglaise. Les anciens privilèges de la bourgeoisie
niortaise furent confirmés et consacrés dans une charte à laquelle
Éléonore mit à honneur d'attacher son nom. Ces bons procédés, une
administration sage et bienveillante conquirent non seulement à
Éléonore mais à ses fils, la fidélité et le dévouement de ses habitants.
Pendant plus d'un siècle, le drapeau anglais flotta sur les murs
de Niort. Ce fut seulement en 1224, le 13 juillet, après un siège
de quarante jours, que Savary de Mauléon, sénéchal d'Aquitaine,
ouvrit les portes de la ville à l'armée de Louis VIII. La tâche
du roi de France était difficile. Il parvint cependant, sinon à
faire oublier, du moins à tourner à son profit les sympathies traditionnelles
de la population pour les descendants de l'héritière des anciens
ducs. Il en appela à la mémoire de la reine Blanche, petite-fille
d'Éléonore, et donna aux intérêts commerciaux satisfaction plus
large et plus complète que ses prédécesseurs. En 1230, tous les
privilèges acquis furent confirmés ; en 1285, le port de Niort fut
déclaré port libre ; enfin, en 1341, toutes les franchises de la
charte de Rouen furent concédées à la municipalité niortaise, copie
de tous les titres et diplômes fut envoyée par le maire de Rouen
au maire et aux jurés de Niort. Le traité de Brétigny mit seul un
terme à cette ère de paix et de prospérité.

La journée de Maupertuis
(bataille de Poitiers, 1356) replaça Niort et tout le Poitou sous
la domination anglaise. Du Guesclin prisonnier y fut reçu par Chandos,
son vainqueur, et le prince Noir y convoqua, en 1368, les états
généraux de toutes les provinces conquises, pour y voter le malencontreux
impôt du fouage. C'était, comme on le sait, une taxe de dix sols
par feu. Le prince avait choisi Niort dans l'espoir de convertir
les Gascons par le bon exemple des Poitevins. Il fut déçu dans son
espérance, l'assemblée se sépara, et les Niortais, sur la soumission
desquels on semblait avoir compté, ne tardèrent pas à manifester
leur désaffection. Ils refusèrent l'entrée de la ville à Richard
d'Évreux et à Thomas de Percy, qui se présentaient, en 1369, à la
tête de quatre cents lances et de deux cents archers. Leur patriotique
résistance fut cruellement punie, la place fut emportée d'assaut,
livrée aux flammes, et il y fut occis, dit Froissart, grand foison
d'hommes et de femmes.
Du Guesclin se chargea de la vengeance.
S'étant rendu maître de la garnison de Chizé, il revêtit ses meilleurs
soldats des uniformes des vaincus et les dirigea sur Niort. Les
Anglais, croyant voir en eux des amis, les laissèrent entrer dans
la ville sans défiance. Du Guesclin les suivait de près. Les portes
lui furent ouvertes à son tour ; la ville l'accueillit comme un
libérateur, et la reddition de Niort entraîna la conquête de tout
le reste du Poitou. Depuis l'expulsion des Anglais jusqu'aux guerres
de religion, l'épisode de le Praguerie troubla seul la paix dont
jouit Niort. Ce ne sont qu'embellissements dans la ville, concessions
de nouveaux privilèges au commerce, témoignages réciproques de bienveillance
et de dévouement entre les gouvernants et les administrés. C'est
de cette période que date l'établissement d'un hôtel des monnaies,
d'une justice consulaire et l'hérédité de la noblesse accordée aux
maires et échevins.
On pourrait fixer à la première moitié du
XVIème siècle l'apogée des prospérités niortaises. Au
mois de mai 1562, le comte du Lude, gouverneur du Poitou, chassé
de la capitale de la province par les protestants, se réfugie à
Niort. Il semble qu'avec lui se glissent pour la première fois les
germes du fanatisme et des haines religieuses. En moins de six ans,
les progrès de la nouvelle secte sont tels que les réformés, sous
la conduite de Coligny, s'emparent de la place sans coup férir.
La reine de Navarre et les chefs du parti viennent y rejoindre l'amiral.
Niort devient tout à coup le quartier général et la principale place
d'armes des huguenots. C'est là que les vaincus viennent se rallier
après les journées de Jarnac et de Moncontour ; c'est là que Henri
de Navarre, échappant à la surveillance de ses ennemis, rentre solennellement
dans le sein de la religion réformée, qu'il n'avait abjurée que
des lèvres et par crainte de la mort.
C'est à cette phase de
son histoire, déplorable sous tant d'autres rapports, que Niort
doit cependant les pages les plus glorieuses de ses annales militaires.
En 1569, du Lude était revenu avec des forces imposantes pour reprendre
la place que Coligny avait enlevée à son lieutenant la Marcousse.
La fureur était extrême dans le camp des assiégeants. La comtesse,
qui accompagnait son mari, excitait le délire des soldats en leur
promettant les belles filles de Niort à discrétion. Rien ne fut
épargné pour obtenir la soumission de la place, ni la science des
sièges, ni les ressources de l'artillerie, ni les assauts désespérés
; et cependant le 2 juillet le siège était levé.
Le duc d'Anjou,
plus heureux, prit la ville le 8 octobre de la même année. On doit
supposer qu'alors avec ses chefs l'élément le plus énergique du
parti protestant abandonna Niort pour La Rochelle, théâtre des grandes
luttes ; car, dans les événements qui suivirent, rien ne rappelle
l'acharnement du fameux siège de 1569, et il faut aller jusqu'à
l'insurrection vendéenne de 1792 pour retrouver dans la population
niortaise le réveil des ardentes passions qui l'avaient animée au
XVIème siècle. Par un revirement d'opinion assez peu
expliqué par les chroniqueurs contemporains, nous voyons sous Henri
III la Ligue dominer à Niort.

Catherine de Médicis, en janvier
1587, y vient ourdir ses trames sanglantes. C'est de là qu'elle
dirige sur Maillezais ses bandes d'arquebusiers albanais, chargés
de rompre une trêve qui l'irrite, en égorgeant deux régiments calvinistes
confiants dans la foi jurée. Les habitants assistèrent avec impassibilité
au massacre des prisonniers et à la vente du butin. En 1588, ils
laissent prendre la ville sans plus d'émotion par deux lieutenants
du roi de Navarre, Saint-Genis et Ranques, qui escaladent les remparts
et s'emparent de la place en une seule nuit. Il semble que la vie
politique se soit retirée de Niort la population accepte le bien
et le mal avec la même indifférence. Le Béarnais confirme, en août
1591, les vieux privilèges les prédicateurs protestants reprennent
possession de leurs chaires ; le culte de Calvin retrouve ses anciens
sectaires ; Niort semble devoir redevenir un des boulevards de la
religion réformée.
Quelques années après, en 1621, Louis XIII
traverse la ville pour aller investir Saint-Jean-d'Angely. Les bourgeois
s'empressent de former un détachement de milice niortaise qui brigue
l'honneur d'accompagner et d'assister le roi dans sa sanglante expédition.
Cette milice, composée de douze compagnies et recrutée, chose incroyable,
en nombre égal parmi les catholiques et les protestants, se conduisit
de façon à mériter le titre de régiment royal Niort. Louis XIII
passa par Niort dans chacun des voyages qu'il fit au camp de La
Rochelle, et Niort servit de prison aux plus notables des vaincus,
après la chute du dernier refuge du protestantisme.
Cet assoupissement
de toute passion populaire se révèle dans les événements qui suivent.
La Fronde met tout en mouvement autour de Niort sans que Niort s'en
émeuve, malgré l'influence de La Trémouille dans la province. Les
troubles excités par l'impôt sur le sel y ont à peine un faible
retentissement. Et enfin la révocation de l'édit de Nantes, ce dernier
coup porté à son opulence et à son commerce, n'y soulève pas la
moindre protestation. Depuis cette époque jusqu'à la révolution
de 1789, les Niortais ne donnent signe de vie que par leurs plaintes,
hélas trop fondées, sur la décadence des diverses industries qui
avaient fait leur prospérité d'autrefois. La perte du Canada mit
le sceau à leur infortune, en annulant le commerce des pelleteries
et des industries qui s'y rattachaient.
La comparaison des misères
présentes avec les splendeurs passées put donc entrer pour quelque
chose dans l'enthousiasme avec lequel fut accueillie la convocation
des états généraux, et Niort mérita une place distinguée parmi les
plus patriotiques cités de la France. En 1814 et 1815, les Niortais
s'associèrent aux désastres de l'Empire avec autant de spontanéité
qu'ils l'avaient fait pour les triomphes de la République, et leur
respectueuse douleur accompagna jusqu'au dernier moment, jusqu'à
l'heure suprême du départ, dans la nuit du 2 au 3 juillet, le grand
vaincu de Waterloo, l'hôte captif du Bellérophon

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