Histoire des Basses Alpes- Alpes-de-Haute-Provence


Le 13 avril 1970, son nom est changé
en « Alpes-de-Haute-Provence ». Voici un extrait peu flatteur
de l'article "Basse Alpes" de l'Atlas Larousse publié au début
du siècle dernier : "Semées de rochers blanchâtres sortant,
comme des ossements, d’un mince sol végétal où languissent des
buissons, quelques fleurs de montagne et des arbres rabougris…,
ces montagnes forment presque partout un effrayant désert qui
n’aura bientôt plus d’habitants : c’est le Sahara sans le soleil
de l’Afrique, avec les neiges de la Sibérie." (P. Joanne). Sur
ce sol élevé que le déboisement et les inondations qui en sont
la conséquence ont frustré de sa terre nourricière, l’agriculture
est des plus misérables. On n’y récolte qu’un peu de blé, du
vin en petite quantité, mais bon, et des truffes en assez grand
nombre.
Parmi les treize peuplades qui habitaient jadis le
territoire des Basses-Alpes, on cite celle des Albici, du nom
d'Albèce, leur cité, aujourd'hui Albiosc, petit village près
de Hiez. Alliés des Celto-Ligures, ils formaient, avec les Reii
(Riez), les Bodiontici ou Brodiontii (Digne), les Esubiani (vallée
de l'Ubaye),les Salinienses (Castellane)et quelques autres peuples,
une confédération ayant ses chefs, son sénat et ses magistrats.
Ainsi que dans tout le reste de la Gaule, on y pratiquait la
religion druidique, les prêtres tenaient le premier rang dans
l'État, puis venaient les nobles ; le reste était esclave. Peuples
remuants et belliqueux, ils étaient souvent en guerre avec leurs
voisins. Vers l'an de Rome 568, les Ésubiens, joints aux Ligures,
s'opposèrent au passage du préteur Lælius Babius conduisant
ses légions en Espagne. Percé de flèches, Lælius tomba, et sa
mort, dit Tite-Live, devint le signal d'un épouvantable massacre.
Les vainqueurs ne firent aucun quartier. Pas un soldat romain
n'échappa au carnage. Plus tard, Marius les surprit dans leurs
montagnes et vengea la mort de Lælius et de ses légions.

Déjà les Phocéens avaient fondé Massilia.
D'abord ennemis de la colonie, les Albici s'en rapprochèrent
dans la suite et recherchèrent son alliance. Dès lors tout changea
lois, mœurs, religion, usages. Peu à peu, les sciences, les
lettres et arts civilisèrent ces peuples à demi sauvages ; les
champs mieux cultivés se couvrirent de moissons. Avec l'agriculture
naquit le gout du commerce et de l'industrie, et l'art de la
guerre fut perfectionné.
Aussi, quand, jaloux de sa puissance,
les Romains attaquèrent Massilia, vit-on les-Albici la défendre,
en reconnaissance des bienfaits qu'ils en avaient reçus. César
vante leur bravoure et ne craint pas de les comparer aux Romains
; il les appelle des hommes forts, endurcis au travail, exercés
dans les armes, infatigables à la guerre et ne reculant jamais
à l'aspect du danger. C'était peu de les avoir vaincus, Rome
voulut les soumettre ; elle n'y parvint qu'en établissant chez
eux des colonies, et comme si elle ne voulait rien laisser à
regretter de la civilisation grecque qu'ils perdaient, elle
accorda au Albici le droit italique et couvrit la Provincia,
dont ils faisaient partie, de temples, de palais, d'aqueducs,
de cirques et de voies romaines, qui étonnent encore par l'aspect
imposant de leurs vestiges.
Cependant le christianisme avait
pénétré dans ces montagnes Digne, Riez, Sisteron, Senez et Glandèves
avaient leurs églises. Ce pays prospérait, quand la grande tempête
du nord se leva et l'enveloppa dans la ruine commune. Bourguignons,
Wisigoths, Ostrogoths, Francs, Lombards et Saxons vinrent tour
à tour s'y combattre, et les Basses-Alpes, après avoir fait
partie du royaume des Wisigoths, furent conquises par les Francs
en 507 et comprises dans la province d'Arles.
Au milieu des
ravages de la guerre, l'esprit chrétien étendait ses conquêtes
pacifiques, fondant des églises, prêchant la paix et la fraternité.
Bientôt paraissent les Sarrasins. Sortis par milliers des flots
de la Méditerranée, ils se répandent dans la Provence, le fer
et la flamme à la main. Riez et l'antique cité des Saliniens
tombent en leur pouvoir et sont réduites en cendres ; Digne,
Sisteron, Manosque sont pillées et saccagées; les abbayes de
Val-Benoit et de Lure détruites. Dans les champs comme dans
les villes règnent la solitude et la mort. Chassés par Charles-
Martel, ils reparaissent et ne se retirent que pour revenir
une troisième fois vers 973 ; mais la main qui les avait si
rudement frappés n'était plus là pour les combattre. Un roi
fainéant dormait sur le trône de Charlemagne. Alors un homme
sort de la foule. Son nom est Valentinus. Descendant, suivant
les uns, des princes de Castille ; selon d'autres, d'une famille
de patriciens établis dans les Gaules, hardi, courageux, expérimenté
dans l'art de la guerre, Valentinus rassemble les Saliniens,
et, l'épée d'une main, la croix de l'autre, il les excite à
marcher avec lui contre les Maures. À sa voix, ce qui reste
de la cité prend les armes. Sisteron, Riez suivent cet exemple.
Bientôt il n'y eut plus un seul Sarrasin sur le territoire des
Basses-Alpes.

Alors, délivrée de la longue et dure
oppression qu'avaient fait peser sur lui ces barbares, ce pays
sembla renaitre ; les églises et les abbayes sortirent de leurs
ruines, les prêtres que la guerre avait dispersés reparurent,
les cités longtemps désertes se repeuplèrent, et le paysan ne
craignit plus de semer pour l'étranger.
Rien ne favorise
l'ambition comme l'anarchie ou la guerre. Boson, profitant de
ces désordres, s'était fait roi d'Arles ou de Provence, pour
veiller à la défense de leurs églises que menaçaient à la fois
l'ennemi invisible et les ennemis visibles. Après sa mort, la
Provence fut érigée en comté. Boson II ayant divisé ses États
entre ses deux fils Rotbaud et Pons, Rotbaud reçut en partage
des terres considérables, dont Forcalquier faisait partie. Ces
terres s'étendaient dans les montagnes de la haute Provence
et du Dauphiné, par-delà la Durance et le Rhône. On les appela
le marquisat de Provence. Plus tard, ce marquisat passa, par
alliance, à Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. Celui-ci
laissa deux fils, dont l'un, Bertrand, hérita du comté de Forcalquier
mais la dynastie des Bertrand s'éteignit dans la personne de
Bertrand IV, mort en 1208, ne laissant qu'une fille mariée à
Régnier de Castellar. De ce mariage naquirent deux filles, dont
l'ainée épousa Alphonse, comte de Provence. Raymond Bérenger,
leur fils, réunit les deux comtés. Sous le règne de Raymond
Bérenger, un sang nouveau, le sang catalan, vint féconder cette
vieille terre gréco-latine ; l'esprit national se réveille,
et avec lui le gout des sciences, des lettres et des arts. Alors
se forma la langue romane ; l'ère de la chevalerie commença,
et ce pays devint le centre et le foyer de la civilisation.
C'était le temps du gaie saber (gaie science) et des cours d'amour
les troubadours, avec leurs sirventes et leurs fabliaux charmaient
les loisirs des manoirs. Heureux poètes, qui ne chantaient pas
en vain les belles châtelaines ni les gentes bachelettes. Précurseurs
de la Renaissance, ils faisaient succéder à l'idiome grossier,
dont on se servait alors, ce doux langage, cette fleur de poésie
dont les plus belles langues de l'Europe, celles de l'Italie,
de l'Espagne et de la France, devaient plus tard s'enrichir.
Alors ils comptaient dans leurs rangs de nobles chevaliers et
même des souverains mais, hélas le plus beau ciel a ses orages,
et la croisade contre les Albigeois vint tout à coup attrister
cette terre d'amour et de poésie. Adieu les chants et les tournois
Les seigneurs effrayés n'ouvrirent plus leurs portes aux ménestrels
; les cours d'amour se fermèrent. A la gaie science succéda
la politique les communes s'affranchirent et résistèrent vaillamment
aux armes de Charles d'Anjou, frère de saint Louis et comte
de Provence, par suite de son mariage avec Béatrix, unique héritière
des Raymond Bérenger. Après des luttes sanglantes, Castellane
et les autres communes des Basses-Alpes se soumirent ; mais,
à la mort de Charles III, en 1389, elles passèrent à la seconde
maison d'Anjou, d'où sortit le roi René, l'une des figures les
plus originales de ces temps religieux et chevaleresques.
Ce prince, dont la Provence « a gardé la mémoire, » rendit
à ce pays son ancien éclat. Vaine lueur que son héritier laissa
tristement s'éteindre.
Alors le territoire des Basses-Alpes
passa avec la Provence à la couronne (1481). Depuis le châtiment
terrible que leur avait infligé Marius, les Ésubiens n'étaient
plus sortis de leur repos. On dit qu'ils ne voulurent pas survivre
à leur défaite. Quoi qu'il en soit, la vallée qu'ils habitèrent
n'était encore en l'an mille, comme de leur temps, qu'une forêt
de mélèzes et d'épines. À cette époque, défrichée et peuplée
par des colons venus d'au-delà des Alpes, séparée par sa position
naturelle du reste du pays, elle en suivit la fortune sans prendre
part aux révolutions qui l'agitèrent. On ne la connaissait encore
que sous le nom de vallée Noire. Soumise aux comtes de Provence,
elle devait à leurs libéralités de grands privilèges. C'était
une des quatre vigueries du comté de Nice, divisée en plusieurs
communes. Il y avait un juge royal à Barcelonnette, et des consuls
ou des bayles dans les autres communes, tous magistrats électifs
investis de la haute, moyenne et basse justice criminelle et
civile. Enfin, les habitants étaient affranchis de toute vassalité,
de toute charge de guerre et des gabelles.
Cependant, à l'extrémité
des Alpes Cottiennes, au milieu de ces âpres montagnes, s'élevait,
à la fin du Xème siècle, une vaste tour carrée à
plusieurs étages. Dans cette tour vivait un petit prince allemand
qui, de simple officier de Rodolphe III, roi de Bourgogne, était
devenu marquis (margrave), c'est à- dire gardien de la Marche,
de la frontière de Maurienne. Il s'appelait Bérold ou Berthold.
Boire et guerroyer était sa vie. Il épousa une pauvre jeune
fille qui s'était trouvée un jour par hasard comprise dans le
butin qu'il avait fait chez le comte de Suse. Berthold en eut
un fils, Humbert aux blanches mains. Il vécut désormais en honnête
et paisible seigneur et mourut, dit-on, dans un couvent. Humbert,
investi par Conrad le Salique du titre de comte, ajouta la Maurienne
et d'autres possessions à ses domaines. Dans la suite, ses successeurs
conquirent les Marches et finirent par prendre rang parmi les
plus illustres maisons princières.
Alors la Provence était
en proie à l'anarchie, grâce aux inimitiés qui divisaient les
familles souveraines. Amédée VII, dit le comte Rouge, en profita
pour s'emparer de la vallée de Barcelonnette, et c'est ainsi
que l'humble héritage de Berthold le margrave devint un État
puissant. Cependant, Amédée promit de respecter les privilèges
et exemptions dont les habitants de la vallée avaient joui jusque-là
; mais, s'ils conservèrent leurs franchises, ils perdirent pour
longtemps la paix, à l'ombre de laquelle ils avaient vécu et
prospéré .Dès ce moment, la pauvre vallée ne fut plus qu'un
champ de bataille, dont la France et la Savoie se disputèrent
la possession. Recouvrée par Louis XI en 1398, reconquise par
Amédée VIII en 1419, reprise de vive force, en 1464, par le
roi René, comme l'âne de la fable, elle était toujours en litige.,
Quand Charles-Quint, à la tête d'une armée de cent mille hommes,
s'avança vers la Provence, François 1er, voulant mettre un désert
entre ses ennemis et lui, commanda que l'on dévastât la vallée
(1535); cet ordre fut exécuté avec une rigueur telle que les
églises mêmes ne furent point épargnées. Deux ans après, en
1537, ce prince rendit un édit qui réunissait la vallée au Dauphiné
; mais, envahie en 1558 par le duc Emmanuel-Philibert, à qui
le comte de Tende, gouverneur de Provence pour Henri II, ne
tarda pas de la reprendre, elle ne fut rendue à la Savoie que
l'an d'après, par le traité de Cateau-Cambrésis. Aux guerres
civiles et étrangères vinrent se joindre les guerres religieuses.
Déjà le contrecoup de la sanglante croisade contre les Albigeois
s'était fait sentir dans ce pays. Hérétiques et juifs y furent
également persécutés. A Digne, à Cadenet, à Moustiers, à Mezel,
à Courbez, au Perthuis et dans plusieurs autres communes, les
habitants se soulevèrent contre les juifs, qu'ils pillèrent
et saccagèrent « avec une grande fureur, meurtre et occision,
» suivant le récit de Nostradamus. « Pour réparation, ajoute-il,
de cette populaire mutinerie, les séditieux habitants et meurtriers
furent condamnés à de grosses amendes et à la restitution des
choses enlevées. » Alors les juifs s'étaient tellement enrichis
par leurs usures que, des dix-huit parts du terroir, ils en
possédaient dix, exemptes de la juridiction royale. Avant 1300,
ils avaient leurs juges comme autrefois à Babylone, et cent
ans après ils furent déclarés libres de tout péage ; mais, en
1501, un édit royal leur enjoignit de recevoir le baptême ou
de quitter, sans délai sous de grosses peines, le territoire
de la Provence.
Jusqu'en 1545, le calvinisme avait fait peu
de prosélytes dans ce pays, encore sous la terreur de la persécution
contre les Vaudois et les juifs ; mais, après la Saint-Barthélemy
de Mérindol, il fallut compter avec les religionnaires provençaux.
Rien ne fait germer les idées comme le sang c'est la rosée féconde
du progrès. De toutes parts, il vint au nouvel Évangile des
apôtres et des soldats. Digne, Riez, Barcelonnette et plusieurs
autres bourgs et villages tombèrent au pouvoir des protestants.
A Barcelonnette, ils se livrèrent à des excès condamnables.
Battus, en 1575, par le maréchal de Retz, ils expièrent cruellement
leurs premiers succès les gentilshommes qui déposaient leurs
armes, reçus à merci et à rançon, avaient la vie sauve. Quant
aux prisonniers, point de grâce ! Brulés ou pendus. Par ce coup
de rigueur, les catholiques rétablirent leur autorité dans le
pays jusqu'en 1585, qu'un édit royal ayant enlevé aux protestants
leur place de sureté, ceux-ci reprirent les armes. Appelé par
les ligueurs, le duc de Savoie entra en Provence en 1590 ; mais
il en fut chassé par Lesdiguières. Cette seconde campagne ne
finit qu'à la paix de Vervins (1598).
Cependant le duc de
Savoie n'avait pas renoncé à ce qu'il appelait ses droits sur
la vallée de Barcelonnette. En 1627, voyant Louis XIII occupé
par le siège de La Rochelle et par la révolte des protestants
du Midi, il en profita pour envahir la vallée, ouverte à tout
venant et toujours la première à souffrir des guerres et des
prétentions royales. Il parvint à s'en rendre maitre ; mais,
l'année suivante, Richelieu- s'empara de la Savoie et du Piémont
et déclara la vallée de Barcelonnette réunie à la France. Cependant,
en 1630, il consentit à la rendre à la Savoie. Plus tard, sur
la fin du XVIIe siècle, Victor-Amédée II ayant osé se heurter
contre la puissance de Louis XIV, les Français reparurent dans
la vallée ; mais, avant de se retirer, les Piémontais y mirent
tout à feu et à sang. « Dieu sait, dit un contemporain, comme
le pauvre pays fut traité Au quartier des Sanières, où, par
malheur, les grenadiers de Savoie furent logés, ils se firent
traiter à ventre déboutonné, rançonnant leurs hôtes à grands
coups de bâton et épée à la gorge, sans pouvoir obtenir aucune
justice de M. de Corbeau, leur capitaine ; ils y tuèrent, battirent
et volèrent impunément. » Pendant toutes ces guerres, les paysans
effrayés s'enfuyaient dans les montagnes, laissant les terres
incultes. Bientôt la disette et la famine réduisirent la plupart
des habitants à se nourrir d'herbes sauvages. Tel fut le sort
de la vallée jusqu'à la paix d'Utrecht, en 1713. Alors, épuisée,
ravagée et dépeuplée, elle commença à respirer ; mais les bras
manquaient dans les campagnes pour les cultiver. On n'y voyait
que chaumières en ruine ou désertes. Les habitants demandèrent
à être réunis à la Provence. C'était, disaient-ils dans leur
supplique au roi, « le seul moyen de rendre à la vallée son
ancien bienêtre, à cause du commerce des bestiaux qui paissent
pendant l'hiver dans les plaines de la Provence, et pendant
l'été sur les Alpes de la vallée. » Cette réunion fut prononcée
par arrêt du conseil, en 1714.
De 1743 à 1747, la vallée
de Barcelonnette eut encore à souffrir des ravages de la guerre
; l'armée austro-sarde envahit la Provence ; mais le maréchal
de Bellisle l'en ayant chassé, la tranquillité régna dans la
vallée jusqu'à la Révolution. Alors, comme l'ancien comté de
Forcalquier et la baronnie de Castellane, elle fut enclavée
dans le département des Basses-Alpes. Il y eut dans le département,
notamment à Manosque, quelques troubles à la suite des évènements
de 1789.
A son retour de l'ile d'Elbe en 1815, Napoléon,
en se dirigeant sur Grenoble, traversa le département des Basses-Alpes
et passa par Castellane, Digne et Sisteron. Le département des
Basses-Alpes est celui de la France où la population est le
plus clairsemée, puisqu'elle n'atteint pas encore vingt habitants
par kilomètre carré ; cependant, il est un de ceux qui pourraient
s'enrichir et se peupler le plus rapidement si les pentes de
ses montagnes étaient consolidées par les gazons et les bois.
La vallée de Barcelonnette offre tout
à la fois les aspects les plus gracieux, les plus magnifiques
et les plus majestueux.
Dans toute sa longueur, elle forme
le bassin de la petite rivière d'Ubaye, bordée de chaque côté
par des montagnes superbes dont les plus hautes sommets ne se
dépouillent jamais entièrement de la neige qui les couvre, leur
élévation est de 2 à 3,000 mètres; elle augmente à mesure que
les deux chaines se rapprochent du mont Viso, où elles se réunissent.
Cette vallée se divise en deux parties, désignées sous les noms
de Châteaux-Bas et de Châteaux-Hauts ou de Val-des-Monts la
première s'étend d'Ubaye au-dessus de Barcelonnette, la seconde
où, se trouvent les sites les plus pittoresques renferme les
jolis villages de Faucon, de Josiers, du Châtelard dont le territoire
est agréable et bien cultivé. Au haut du bassin est le village
de Tournoux, emplacement d'un ancien camp, position militaire
successivement occupée par les soldats romains et par les volontaires
de la république française. Un peu avant cet endroit la, vallée
se bifurque et se transforme en deux défilés, dont l'un est
arrosé par l'Ubaye et l'autre par l'Ubayette. A mesure que l'on
s'élève, les villages font place à de riches pâturages, à des
plateaux peuplés de troupeaux pendant l'été; bientôt l'élévation
du sol en bannit la végétation les sapins et les mélèzes disparaissent,
et la vallée se termine par un affreux défilé bouleversé par
les torrents, battu par les tempêtes, séjour d'un hiver éternel,
qui n'offre plus en perspective que les pics inaccessibles du
mont Viso. Les montagnes pastorales sont une des principales
richesses de la partie septentrionale des Basse-Alpes.
Des
pelouses fleuries s'y étendent jusqu'à deux ou trois mille mètres
d'élévation au-dessus du niveau de la mer. La bonté de l'herbe
qui les compose est si grande, que les brebis, qui chaque printemps
y arrivent d'Arles, exténuées par la fatigue et la rigueur de
l'hiver, y reprennent en peu de jours un embonpoint remarquable.
Il n'est rien de plus beau que l'aspect de ces montagnes au
commencement de l'été. Du milieu d'un fourrage épais, et qui
arrive jusqu'au poitrail des chevaux, on voit s'élever des fleurs
de toutes les espèces imaginables, dont les couleurs variées
ressortent de la manière la plus brillante sur cette riche pelouse,
et dont les divers parfums réunis embaument l'air, et se font
sentir à une distance considérable. Des sources d'une eau fraiche,
limpide et pure, jaillissent des pointes de rochers qui sortent
de loin en loin du centre de ces prairies, et vont former les
torrents qui sillonnent la vallée. D'un côté de ces immenses
prairies où tout respire le bonheur et en présente l'image,
on voit des milliers de brebis savourer ces gras pâturages,
tandis qu'à l'autre extrémité on aperçoit des troupes de chamois
qui viennent en bondissant y prendre aussi leur pâture et qui
prompts comme l'éclair, disparaissent aussitôt qu'on fait mine
de les approcher. Parmi les plus considérables des montagnes
pastorales, on distingue à Allos, celle de Loux, qui a, à son
sommet, un lac très poissonneux de 4 kilomètres de tour; dans
cette montagne vivent, avec trois mille brebis étrangères, des
chamois nombreux des marmottes, des perdrix bartavelles des
perdrix blanches, des lièvres blancs, etc.

Peuplée par les Ésubiens dans la vallée
de l'Ubaye, la région de Digne est occupé par les Bodiontici
et les Suetrii occupent les territoires autours de Castellane.
Ces tribus d'origine cette qui en avaient les croyances et coutumes
formaient une confédération.
Bien que resté à l'écart des
grandes invasions barbares qui détruisirent l'empire Romain
d'Orient, il n'empêche que les Burgonde prennent possession
des territoires du Nord et de l'Est de la Durance servant de
frontière naturel avec le royaume Wisigoth qui eux, occupent
le sud de la Provence.
Au VIIIème les Sarrasins
écumèrent la région, détruisant Riez, Salinae (Castellane),
pillant les autres villes importantes comme Sisteron ou Dinia.
Des monastères furent détruits ce qui provoqua le dépeuplement
de la régions. Les raids sarrasins continuèrent par intermittence
jusqu'au Xème siècle au départ de Port Grimaud dans
le Var.
Après la fin des raids musulmans, la prospérité
revint dans les Alpes-de-Haute-Provence, la population augmenta
et le commerce reprit. Boson Ier, de la maison de
Bourgogne et d'origine franque, se proclama roi de Provence
et Roi d'Arles. Sous son successeur Boson II naquit le comté
de Provence.
En 1245, après la mort de Raymond Bérenger IV,
le mariage de sa fille Béatrice avec le roi de Sicile, Charles
d’Anjou, frère de saint Louis fit passer le comté de Provence
sous la coupe de la maison angevine. En janvier 1277, Charles
d’Anjou ayant racheté, moyennant une rente annuelle de quatre
mille livres tournois, à Marie d’Antioche ses droits au trône,
devint roi de Jérusalem, titre qui resta plus ou moins dans
la famille jusqu'au roi René d'Anjou.
Digne-les-Bains :


Dinia fut la capitale des Bodiontici,
peuplade soumise par Auguste en 14 avant JC, dont le nom figure
sur le trophée de la Turbie. Les Romains en firent une cité
et exploitèrent ses eaux thermales. Les invasions barbares du
IVème siècle amenèrent la ville à se fortifier sur
les hauteurs. La cité était copropriété des comtes de Provence
et des évêques de Digne. Louis XIV était roi de France, comte
de Provence et de Forcalquier. Consulat en 1385, sénéchaussée
en 1535.
Digne est prise dans les guerres de religion. En
1562, les huguenots pénètrent dans la cathédrale, lacèrent les
tableaux et brisent les statues, retirent les reliques et les
font brûler avec les ornements du chœur sur le parvis. La ville
est attaquée par les protestants en 1574.
Dans les années
suivantes, la ville reste sous pression : en 1579, le capitaine
d'Archal qui occupe les campagnes alentours.
En 1589, à l’avènement
d’Henri IV, les ultras-catholiques de la Ligue catholique prennent
le pouvoir dans la ville, jusqu’en 1591. Cette année, la ville
tombe devant les armées royales de Lesdiguières. La cathédrale,
fortifiée par les défenseurs, est attaquée : elle est bombardée
avec des catapultes, puis prise d’assaut. C’est aussi pendant
cette période que les habitants s’emparent du château des évêques,
sur le Rochas, et le détruisent, pour éviter qu’il ne tombe
aux mains d’un parti ou de l’autre.
La nouvelle de la prise
de la Bastille est accueillie favorablement, cet évènement annonçant
la fin de l’arbitraire royal et, peut-être, des changements
plus profonds dans l’organisation de la France.
Immédiatement
après l’arrivée de la nouvelle, un grand phénomène de peur collective
s’empare de la France, par peur du complot des aristocrates
désirant recouvrer leurs privilèges. Des rumeurs de troupes
en armes dévastant tout sur son passage se propagent à grande
vitesse, provoquant des prises d’armes, l’organisation de milices
et des violences anti-nobiliaires. Cette Grande Peur, arrivée
à Seyne le 31 juillet et appartenant au courant de la « peur
du Mâconnais », atteint Digne et sa région le 31 juillet 1789
dans la journée avant de se propager vers Riez où elle arrive
dans la journée à Moustiers et Castellane
Forcalquier :

La ville se constitua autour d'une butte
calcaire, Forum Calcarium, d'où Forcalquier, qui portait dès
le IXème siècle un important château-fort. Au début
du XIIIème siècle le comté de Forcalquier fut réuni
à la Provence par le mariage d'Alphonse II, comte de Provence
de la maison de Barcelone, avec Garsende de Sabran, comtesse
de Forcalquier, héritière de Guillaume IV le Jeune. La Haute
et la Basse Provence furent ainsi réunies. Forcalquier devint
le séjour favori du comte Raymond-Bérenger V aux alliances illustres.
En effet ses quatre filles devinrent toutes reines, en épousant
Saint Louis, Charles d'Anjou, Henri III d'Angleterre et le roi
des Romains, Richard, qui furent ainsi tous ses gendres. Les
rois de France de Charles VIII à Louis XVI eurent dans leur
titulature le titre de comte de Provence et de Forcalquier.
Traversé par la Route Napoléon, elle fut empruntée par l'Empereur
entre le 1er mars date de son débarquement à Golfe-Juan
et le 10 mars 1815, date de son arrivée à Lyon à son retour
de l'Ile d'Elbe pour rejoindre la capitale et remplacer pour
cent jours le roi Louis XVIII.
Depuis peu on assiste également
au retour de grands prédateurs dans le Parc National du Mercantour,
en effet le loup, après avoir totalement disparu du paysage
français revient s'installer dans le massif alpin Ce retour
provoque une grande joie chez les défenseurs de l'environnement
et des amoureux de la nature mais aussi le courroux de éleveurs
de moutons qui comme au haut Moyen-âge ont une peur viscérale
de cet animal de légende.
Castellane :

Deux siècles avant notre ère, des colons,
chassés de leur territoire par les Phocéens, se réfugièrent
dans la plaine et y bâtirent une ville qu'ils appelèrent civitas
Saliniensizcna, cité des Saliniens, du nom d'une grande source
d'eau salée dans le voisinage. Ainsi qu'à Massilia, de qui les
Saliniens avaient reçu la civilisation, les arts y étaient cultivés,
et avec eux l'éloquence et la poésie. Conquise par les Romains,
la ville celtique devint une colonie florissante elle jouissait
du droit de cité. Des Romains elle passa successivement aux
Francs et aux Wisigoths. Puis vinrent les Sarrasins, qui la
pillèrent et la livrèrent aux flammes. Un débordement du Verdon
acheva l'œuvre des barbares.
Ainsi finit l'ancienne ville
des Saliniens. Cependant Valentinus, ayant rallié les habitants,
chassa les Sarrasins; mais les vainqueurs n'avaient plus de
patrie Nouveau Moïse, Valentinus conduit les Saliniens à la
recherche d'une terre nouvelle. Arrivé sur la hauteur, il s'arrête
comme frappé de la situation favorable du lieu. A sa voix, hommes,
femmes, vieillards, enfants se mettent à l'œuvre, mais l'eau
manque; on creuse dans le roc une profonde citerne. « Bientôt
des retranchements, des murailles, une citadelle, une maison,
une rue, une ville, une patrie s'élèvent ils la nomment Castellana,
du mot latin castellum, dont le roc avait la forme. » (Annales
des Basses-Alpes.) Castellane ouvrit ses portes à une foule
d'autres montagnards échappés à la fureur des barbares. Sa prospérité
s'accrut, son enceinte s'agrandit. Cinquante ans après, cette
ville, avec sa forte citadelle, ses remparts flanqués de tours
et sa population active et intelligente, était l'une des plus
importantes de la contrée ; elle avait un cirque, un évêque
et commandait à quarante villes, bourgs ou villages. Valentinus
fut le premier seigneur de Castellane. Qui mieux que lui avait
mérité cet honneur? Mais si le libérateur du pays laissa une
mémoire chère aux Castellanais, il n'en fut pas de même de son
fils. Celui-ci, prétendant que la terre de Castellane était
la conquête de son père sur les Sarrasins, la traita comme son
patrimoine, prit le titre de baron, battit monnaie et régna
sous le nom de Boniface 1er. Telle est l'origine d'une foule
de principautés au moyen âge. Dès lors, les Castellanais connurent
les servitudes féodales, la taille, la corvée, etc. Cependant
Boniface IV dota ses vassaux d'une charte d'affranchissement.
C'était, dit l'histoire, un vaillant et gentil troubadour. Il
aimait la belle Josserande, fille du seigneur d'Hyères de Pierrefonds.
Il joignait à la physionomie la plus heureuse une taille élégante,
que faisaient encore valoir son regard doux et fier et son adresse
à tous les exercices du corps quoique familiarisé dès sa plus
tendre enfance avec le métier des armes, il n'avait pas négligé
l'étude des lettres, et, non moins distingué par son esprit
que par son courage, il se faisait encore remarquer par une
aimable franchise, peut-être poussée à l'excès, puisqu'elle
lui faisait souvent répéter « Ma bouche, qu'as-tu dit? (Boucha,
qu'as dich?) »
Charles d'Anjou, comte de Provence, étant
parti pour la croisade, Arles, Avignon et plusieurs autres communes
se révoltèrent. Boniface, prince libéral autant que brave, prit
parti pour elles mais, trahi par les autres barons provençaux,
il se trouva seul en face de Charles, qui vint assiéger le baron
dans sa ville. Boniface monta sur les remparts et y appela en
vain ses vassaux. Ceux-ci, ne voyant entre leur seigneur et
Charles qu'une querelle particulière, gardèrent la neutralité.
On dit que, la ville prise et son dernier baron vaincu, Charles
se vengea de leur révolte par le sac de Castellane et par la
mort de Boniface. D'autres, au contraire, affirment qu'il agit
en vainqueur généreux. Ce prince, disent-ils, aimait la gaie
science il pardonna à Boniface et l'attira à sa cour. Ainsi
la poésie réconcilia ceux que l'ambition avait divisés. Sous
les comtes de Provence, Castellane ne déchut point. C'était
une de leurs bonnes villes. Aux franchises que Boniface IV lui
avait octroyées, Charles en ajouta d'autres. Onze magistrats
y rendaient la justice ; des syndics veillaient à la sureté
de la ville son bailliage était plus étendu que son arrondissement
actuel ; il avait un chef qui représentait les comtes. Dans
la suite, dépeuplée par la peste, ravagée par le Verdon, cette
malheureuse ville se soutenait à peine, quand le roi René en
fit présent à un seigneur napolitain, qui envoya un de ses officiers
pour la gouverner. Politesse de gentilhomme, et dont les habitants
se plaignirent au roi. René s'efforça de réparer la faute qu'il
avait commise et rendit aux Castellanais leur ville et leurs
privilèges.
À peine échappée aux guerres féodales, Castellane
eut à souffrir des guerres religieuses. Assiégée par Lesdiguières,
affaiblie par la famine, elle était sur le point de se rendre,
quand une pauvre vieille femme se dévoua pour la sauver. Sous
le prétexte d'aller voir un de ses neveux qui servait sous Lesdiguières,
Judith Andrau (c'est le nom de l'héroïne) parvint à pénétrer
dans les rangs de l'armée protestante là, se mêlant aux soldats,
elle apprend que les principaux efforts des assiégeants doivent
se diriger contre la porte de l'Annonciade, qu'ils croient la
plus faible. Soudain, malgré son âge, Judith s'empresse de venir,
pendant la nuit, avertir ses concitoyens du danger qui les menace.
On court aux armes ; la porte est murée; une tour crénelée la
protège Judith demande et obtient d'y être placée, voulant,
disait-elle, offrir la bienvenue à l'ennemi. Bientôt celui-ci
se présente il essaye de faire jouer les pétards contre la porte,
mais chaque fois que les pétardiers s'approchaient, on les voyait
bientôt reculer en hurlant et en faisant des contorsions comme
des damnés. C'était Judith qui leur avait souhaité la bienvenue,
en leur versant sur la tête de la poix bouillante à plein bassin.
Le capitaine des pétardiers, ne pouvant se rendre compte de
ce qui se passait, voulut s'approcher. Alors Judith lui jeta
la chaudière à la poix et l'étendit mort à ses pieds. » (Annales
des Basses-Alpes.) La troupe, saisie d'une soudaine terreur,
mit bas les armes, et Lesdiguières leva le siège. Tel est le
fait mémorable qui a donné lieu à la chanson du Pétard.
Depuis
longtemps le texte provençal en est perdu. Cette chanson se
chantait dans une procession, qui se faisait autrefois avec
une grande pompe. Plus tard, en 1729, les consuls voulurent
la supprimer, mais elle fut maintenue dans tout son lustre par
les évêques de Senez elle avait encore lieu sous la Restauration,
mais ce n'était plus qu'une cérémonie grotesque. Un tambour
ouvrait la marche les confréries, les congrégations de jeunes
filles, les corps de métiers le suivaient avec leurs bannières
et les images de leurs patrons. Venaient ensuite l'échevin et
ses conseillers revêtus de leurs insignes et portant à la boutonnière
de leurs habits un grand bouquet de bois vert auquel on attachait
des grains de maïs épanouis sous la cendre chaude (usage établi
pour rappeler l'explosion des pétards, les grains de maïs faisant
entendre un bruit assez fort en se dilatant au feu). Après l'échevin,
marchant d'un pas magistral, s'avançait le prêtre en chantant.
Dans toutes les rues, et surtout à la porte triomphale, deux
chantres, à mine réjouie et rubiconde, en bas de soie, perruque
poudrée, tricorne en tête et bésicles sur le nez, chantaient
d'une voix nasillarde la chanson du Pétard, dont une trompette
répétait le refrain. Des danses et des repas de famille terminaient
la fête. Castellane s'élève dans un site charmant, au milieu
d'une plaine fertile arrosée par le Verdon, que l'on traverse
sur un pont d'une seule arche, remarquable par la hardiesse
de sa construction. Castellane possède quelques restes du moyen
âge. Ses rues sont mal percées, mais larges et propres, le collège
occupe les bâtiments de l'ancien couvent des Augustins ; elle
a une très belle place publique ombragée de platanes, et au
sommet de son rocher s'élève, à près de 100 mètres, la chapelle
de Notre- Dame à laquelle on parvient par un sentier escarpé
et d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur un amphithéâtre
de montagnes. À droite et à gauche de la ville s'élèvent des
coteaux couverts de vignes, de figuiers et de vergers.

La Peste noire atteint Castellane en 1348, et est suivie d’une crue dévastatrice du Verdon. En 1390, Raymond de Turenne ravage le terroir environnant et le village de Taulanne, sans réussir à prendre la ville. Au milieu du XVème siècle, le bourg en hauteur est complètement abandonné au profit de celui du site de plaine.
Sisteron

Possession des Voconces, puis des Romains,
« Segustero » était, dès le IVème siècle une ville
importante de la seconde Narbonnaise. Des fouilles ont exhumé
des substructions d’un mausolée et des restes de la cité gallo-romaine
s’étendant au long de la Via Sinistra qui reliait entre elles
la voie Domitienne et la voie Aurélienne.
A la fin du Vème
siècle, Sisteron reçoit un siège épiscopal, et subit les incursions
de tous les peuples qui, pendant quatre cents ans, ont ravagé
la Provence. Après Charlemagne, Sisteron fait partie du Royaume
d’Arles, puis pendant un siècle et demi la capitale politique
ou du moins la place forte du minuscule état qui retourne au
comté de Provence en 1209 après la mort de Guillaume II.
Puis de 1209 à 1481, la ville vit l’existence tantôt brillante
tantôt difficile de l’état Provençal que Charles III lèguera
à Louis XI. En 1481, Sisteron devient ville du Royaume de France.
Elle n’en perd pas pour autant sa valeur stratégique, et cet
écrit du XVIème siècle le laisse bien entendre qui
dit que Sisteron est : « Forto villo de gran passage per passa
los mons ».
De 1560 à 1600 la ville est le théâtre de luttes
sans merci. Sisteron passe des mains des Protestants à celles
des Catholiques. Les sièges y durent des mois, la ville est
abandonnée, reprise, et quand la France retrouve la paix sous
Henri IV, la cité n’est plus qu’un amas de ruines. Quarante
années de luttes lui ont coûté sa prospérité, les trésors de
ses églises, et ses plus beaux monuments.
Les XVIIème
et XVIIIème siècles y seront sans histoire, à peine
en 1617 une révolte pour un impôt nouveau brutalement réprimée.
C’est le dernier sursaut d’une ville qui rentre dans le rang
sous la poigne terrible de la monarchie retrouvée. Le 5 mars
1815, Napoléon, de retour de l’île d’Elbe, s’arrête à Sisteron
et déjeune à l’auberge du Bras d’Or.
Prieuré de Carluc
La chapelle est entourée d’une nécropole,
qui a pu constituer un lieu de pèlerinage où les premiers chrétiens
cherchaient le repos près de saints martyrs locaux6. Une partie
de la nécropole est placée dans une galerie creusée dans la
roche, reliée à la chapelle ; quelques sarcophages ont été mis
au jour en 1960-19616.
Le premier texte attestant de la
présence d'un prieuré à Carluc est une charte de donation rédigée
en 1011. Elle fait état d'un legs à Estoublon fait « à l'abbé
Archinric, à ses successeurs et à ses moines, à Saint-Pierre
de Carluc, ainsi qu'aux moines qui résideront dans le monastère
à construire ».
L'abbé Archinric fut contemporain de la
fondation de Saint-Pierre de Montmajour, qu'il dirigea avec
quelques difficultés, et se retira à Carluc où il mourut en
1021. Il y fit construire le prieuré Saint-Pierre, première
des trois églises que va compter ce lieu monastique. Il est
d'ailleurs à souligner que si son nom ne figure pas au nécrologue
de Montmajour, mais que son culte se développa à Carluc puisqu'au
XIVème siècle il y était fêté le 16 février.
En l'état actuel des recherches et de la documentation, s'il
est impossible d'affirmer que l'abbé de Monmajour fut le fondateur
du monastère de Carluc au début du XIème siècle,
il en est très certainement le rénovateur. Contemporain d'Étienne
d'Agde, évêque d'Apt, qui lui aussi fit reconstruire sa cathédrale
ruinée par les Sarrasins, il dut à sa demande entreprendre la
même chose à Carluc.
Le prieuré dépend de l’abbaye de Montmajour
à partir du XIIème siècle, et avait également une
douzaine de prieurés sous sa dépendance
En tant que grand
prieuré de Saint-Pierre de Montmajour, Carluc avait sous sa
dépendance nombre de prieurés ruraux en Haute Provence. Il y
en avait quatre à Reillanne, Sainte-Marie, Saint-Pierre, Saint-Denis
et Saint-Siffrein, s'y ajoutait pour le diocèse d'Aix, celui
de Saint-Trophime à Villemus. Dans le diocèse d'Apt, on relevait
les deux prieurés de Viens, Notre-Dame de Meyrigues et Saint-Pierre
de Tosse, ainsi que celui de Sainte-Croix-Alauze. Le diocèse
de Sisteron en comptait six, Sainte-Marie de Redortiers, Saint-Vincent
de Limans, Saint-Paul à Saint-Michel-l'Observatoire, Sainte-Marie
et Saint-Véran à Aubenas et Saint-Martin-de-Renacas à Saint-Martin-les-Eaux.
S'y ajoutaient cinq autres prieurés du diocèse de Riez, Saint-Donat,
Saint-Pierre de Gréoux, Saint-Sauveur et Notre-Dame à Vinon
et celui de Saint-Pierre de Rousset.
Le nombre de lieux à découvrir dans ce
département est impressionnant et pour cette raison ce département
à une grande vocation touristique. parmi les lieux à visiter
citons :
- Abbaye de Silvacane fondée au XIIème
siècle
- Autre lieu de découverte et faisant partie des
grands cite de France : les Gorges du Verdon où les amoureux
de paysages grandioses et les amateurs de photographies pourront
s'en donner à cœur joie