Histoire de l'Ardêche


Parmi les anciennes peuplades
celtiques, celle des Helvii, ou Helviens, n'était ni
la moins puissante ni la moins renommée. Au temps des
Tarquins, ils portèrent, sous la conduite de Brennus,
la terreur jusque dans Rome et finirent par s'en emparer.
Plus tard, ils prirent part aux guerres des Allobroges
et des Arvernes contre les Romains. Il y a peu d'années,
on voyait encore à Désaignes les ruines d'un temple
de Diane, qui paraît être un des deux temples élevés
par Quintus Fabius Maximus en souvenir de sa victoire
sur Bituitus, chef des Arvernes. Cependant les Helviens
ne furent assujettis à aucun tribut. Protégés par le
Rhône et leurs montagnes ils occupaient le territoire
dont le département de l'Ardèche a été formé. Ils avaient
pour cité Alba, aujourd'hui Aps ; mais, s'ils échappèrent
au joug romain, ils ne surent pas se préserver des pièges
de cette politique habile et prévoyante qui préludait
à la conquête par des alliances, et, quand César parut
dans les Gaules, il trouva dans les Helviens des auxiliaires.
C'est ainsi qu'ils s'unirent au conquérant marchant
contre Vercingétorix. Ce fut à travers leur pays que
le général romain conduisit son armée jusqu'aux frontières
des Arvernes. Rome, pour prix de leur fidélité, leur
accorda le droit latin.

Compris sous Auguste dans la
Gaule Narbonnaise, régis par des chefs qu'ils élisaient
eux-mêmes, ils conservèrent leurs libertés et leurs
lois. Leur cité, joignit à son nom celui d'Augusta et
devint une colonie florissante. Il y avait un temple
de Jupiter et un collège de flamines. Une double voie
romaine reliait l'Helvie au pays des Arvernes et à celui
des Vellaviens. On en peut suivre encore les traces
elle est connue dans le Vivarais sous le nom de chemin
de César la tradition voulant que ce soit par-là que
César ait passé pour pénétrer dans l'Arvernie.
Vers
l'an 200, saint Janvier vint prêcher l'Évangile dans
l'Helvie il y fonda l'église d'Alba Augusta; mais cette
ville ayant été plus tard détruite par les Vandales,
Viviers devint le siège épiscopal et la capitale de
l'Helvie, qui ne tarda pas à prendre le nom de Vivarais
( Vivariensi Pagus).
Après la conquête des Gaules
par les Francs et les Burgondes, ce pays fit partie
du royaume de Bourgogne; mais il en fut détaché, en
924, pour passer le bas Vivarais, aux comtes de Toulouse,
et le haut Vivarais aux' comtes de Viennois et de Valentinois.
Dans la suite, à la faveur des guerres féodales, les
évêques de Viviers, déjà riches et puissants, cherchèrent
à s'en emparer. C'était le temps où, sous prétexte d'hérésie,
l'Église déposait les princes et confisquait leurs biens
à son profit. Raymond VI, comte de Toulouse, venait
d'être excommunié et dépossédé par le pape Innocent
III comme fauteur de l'hérésie albigeoise, et, dans
le partage qui fut fait de ses États, l'évêque de Viviers,
alors Bernon de Brabant, ne s'oublia point ; il s'adjugea
par provision le pays de Largentière et les riches mines
qui en dépendaient. A la mort de Raymond VI, son fils
et successeur Raymond VII essaya, mais en vain, de faire
rentrer Largentière sous ses lois ; la spoliation était
consommée en 1215.


Cependant, quoique souverain
de fait du Vivarais, l'évêque de Viviers reconnaissait
la suzeraineté des rois d'Arles et de la Bourgogne transjurane
et des empereurs qui leur succédèrent. Prélat et prince
de l'empire, il avait de grands privilèges ; mais les
rois de France, jaloux d'étendre leur domination, travaillèrent
à rendre ce pays dépendant de leur couronne. Philippe
le Hardi, en 1271, réunit à son domaine le bas Vivarais.
Philippe le Bel, en 1308, et plus tard Charles V achevèrent
l'œuvre de leur prédécesseur, et tout le pays rentra
sous l'administration d'un bailli royal du Vivarais
et du Valentinois.
A la vérité, les évêques de Viviers
conservèrent le titre de comtes et de seigneurs de Viviers
et de Largentière; mais, au lieu de princes de l'empire,
ils durent se résigner à n'être plus que princes de
Donzère, un humble bourg qu'ils possédaient de l'autre
côté du Rhône, dans le bas Dauphiné. Cependant, à travers
ses vicissitudes, le Vivarais avait su rester indépendant.
Cet amour de la liberté, qui avait caractérisé leurs
ancêtres et que Rome elle-même respecta, les montagnards
helviens n'en avaient rien perdu durant les longues
agitations qui suivirent la conquête, et le même esprit
qui leur fit, sous les Romains, conserver leurs coutumes
les porta sous le pouvoir royal à s'associer pour défendre
leurs franchises. De là l'origine des états particuliers
du Vivarais, origine antérieure à l'établissement des
états généraux du Languedoc. Deux ordres seulement les
composaient, la noblesse et le tiers. L'évêque de Viviers
y avait entrée comme baron, non en sa qualité d'évêque.
Deux barons diocésains, ceux de Pradelles et de Lagorce,
et les douze barons du Vivarais, ceux de Crussol, de
Montlaur, de La Voulte, de Tournon, de Largentière,
de Boulogne, de Joyeuse, de Chalençon et La Tourrette,
de Saint-Remèze, d'Annonay, d'Aubenas et de Vogué, y
représentaient l'ordre de la noblesse ; treize consuls
ou députés des villes et communautés composaient le
tiers état.

Les barons siégeaient alternativement
et par tour aux états généraux du Languedoc ; mais ils
n'assistaient pas toujours en personne aux états du
Vivarais ; chacun d'eux y était représenté par un bailli.
Aucune preuve de noblesse n'était exigée ni pour les
baillis ni pour les représentants. Ces états étaient
présidés par le baron qui avait assisté dans l'année
aux états généraux du Languedoc. Il n'y avait rien de
fixe pour le lieu où devaient siéger les états ; le
baron président ou son bailli subrogé les convoquait
où bon lui semblait, et même dans sa propre maison.
Comme seigneur de Viviers, l'évêque envoyait son bailli
aux états. Celui-ci, qui était ordinairement un des
vicaires généraux, y prenait rang et séance avant les
baillis des barons. Le sénéchal du Vivarais ou son lieutenant
et le premier consul de Viviers avaient entrée aux états
en qualité de commissaires ordinaires. Telle était l'organisation
des états du Vivarais, les seuls du royaume où l'ordre
du Clergé n'avait point de représentants.
A quelle
époque eut lieu l'union de ces états à ceux du Languedoc
? C'est ce que rien ne nous apprend. Sans doute, le
besoin de concerter des mesures générales pour arrêter
les incursions des Anglais ou pour apaiser les troubles
qui agitaient le pays dut contribuer à cette union,
qui, d'abord accidentelle et dépendante de circonstances
majeures, ne finit par s'opérer régulièrement que lorsque
Charles VIII eut donné aux états généraux la forme stable
qu'ils n'avaient pas avant son règne.

Après la bataille de Brignais
(1361), si fatale aux maisons de Bourbon et du Forez,
les tard-venus se ruèrent sur le Vivarais et le mirent
à contribution. Ces bandits faisaient profession de
tout piller et saccager dans les endroits où ils arrivaient,
de violer femmes, filles et religieuses et de rançonner
toutes sortes d'hommes, nobles et paysans. Ils n'étaient
d'aucune religion ; mais ils assistaient les hérétiques
pour avoir sujet de voler les clercs, les prêtres et
les églises. Plus tard, sous Charles VII, les routiers
reparurent dans le Vivarais. Rodrigo de Villandras,
un de leurs chefs, noble aragonais que Jean 1er, duc
de Bourbon, avait jugé digne de devenir l'époux de l'une
de ses bâtardes, s'était adjugé par droit de conquête,
outre le Velay et le Gévaudan, le Vivarais et avait
fait d'Annonay sa capitale et sa place d'armes. Heureusement,
il n'y séjourna pas longtemps, et, le 24 mai 1430, le
Vivarais vit s'éloigner pour toujours ces bandes de
pillards.
A ces temps orageux succéda pour les habitants
du Vivarais un siècle de tranquillité ; mais ils devaient
l'expier chèrement. Naturellement portés à tendre la
main à tout ce qui est proscrit ou qui leur rappelle
leur antique liberté, ces fiers montagnards avaient
pris parti pour les Albigeois. Après la sanglante expédition
de Montfort, ils en sauvèrent plus d'un de la fureur
des catholiques. Comment le cri du moine saxon n'eût-il
pas eu de l'écho dans ce pays ? C'est en 1528 que la
Réforme y fut prêchée pour la première fois à Annonay,
d'où elle ne tard. pas à se l'épandre dans les autres
villes du Vivarais. Désaignes, Privas, Le Pouzin, Andance,
Le Cheylard, Viviers, Saint-Agrève, Vallon se prononcèrent
pour la nouvelle doctrine.

Partout les religionnaires, rappelant
le zèle des premiers chrétiens contre les idoles, se
jetaient sur les couvents ou sur les églises, renversant
les croix et les autels, brisant les images et foulant
aux pieds les vases sacrés. Ces excès en appelèrent
d'autres, et les catholiques usèrent de représailles.
Alors commença, en 1560, cette guerre qui pendant cinquante-huit
ans ensanglanta le Vivarais. Saint-Chamond le terrible
chef catholique, était seigneur d'Andance. Ses vassaux,
las de ses vexations et de ses tyrannies, secouèrent
le joug et se livrèrent aux protestants. Aussitôt Saint-Chamond,
qui guerroyait dans le Forez, accourt et assiège la
ville. Trop faibles pour résister, les habitants se
rendent ; mais, pour les punir de leur félonie, Saint-Chamond
les chasse de leur ville et les condamne à ne jamais
plus y rentrer. Cela fait, il marche contre Annonay,
s'en empare et y met tout à feu et à sang. Tels furent
les excès des catholiques dans ce pays, qu'au XVIIème
siècle ils n'y avaient déjà plus l'avantage du nombre.
Partout les protestants y dominaient. Privas, Le Pouzin
et la plupart des autres villes résistaient encore.
Chargé de faire rentrer le Vivarais dans le devoir,
le duc de Montmorency vint mettre le siège devant cette
dernière ville (1628). Après une vive résistance, elle
se soumit ; mais ses murs et son château furent rasés.
Déjà Le Cheylard avait subi le même sort. Saint-Agrève
n'était plus qu'un monceau de cendres. Annonay, deux
fois pillée et saccagée, respirait à peine. Bientôt
Privas assiégé par Louis XIII devint aussi la proie
des flammes. Ses habitants furent dispersés, et pendant
longtemps la main royale s'appesantit sur cette ville
comme sur un lieu Maudit.
Après la révocation de
l'édit de Nantes, l'insurrection des camisards dans
les Cévennes agita le haut Vivarais; mais on y envoya
des garnisaires pour empêcher le mouvement de se propager.
C'est ainsi que ce malheureux pays, à peine remis de
ses désastres pendant les guerres du XVIème
siècle, eut encore à subir les dragonnades.
Aussi,
lorsque la Révolution de 1789 éclata, les montagnards
du Vivarais l'accueillirent comme l'ère de la liberté
politique et religieuse qu'ils appelaient depuis si
longtemps de leurs vœux. Depuis cette époque, nous n'avons
plus rien à signaler d'important dans l'histoire du
département de l'Ardèche ; ses laborieux habitants se
sont appliqués à vaincre la nature de leur sol souvent
ingrat, et ils ont trouvé dans l'agriculture, dans l'industrie
et le commerce, une prospérité croissante et méritée.

La route qui, partant de Privas
en direction d'Aubenas et longeant la vallée de l'Ouvèze
est la route des Dragonnades et aurait été percée par
ordre de Louis XIV pour faciliter le déplacement de
ses troupes.
Privas
Privas apparait à la fin du XIIème
siècle parmi les possessions des Poitiers, comtes de
Valentinois. En 1281 Aymar III de Poitiers octroya à
ses fidèles sujets de Privas et de Tournon lès Privas
une charte de libertés et franchises. Privas formait
avec Chalançon l'une des dix baronnies "de tour" du
Vivarais. C'était celle que possédaient les Poitiers.
Au 16èmee siècle elle appartint à Diane de
Poitiers, duchesse de Valentinois, la célèbre favorite
du roi Henri II.
Au XVIème siècle, la
Réforme s'implanta profondément et rapidement à Privas.
Au début, le mouvement fut populaire et un grand nombre
de personnes de la noblesse et de la haute-bourgeoisie
vivaroise adhérèrent vite à ces idées. Privas joua un
rôle de premier plan pendant les guerres de religion,
est devint un centre protestant important et un symbole
de la résistance à la monarchie nommé « petit état huguenot
». Cela lui valut le titre de « Rempart de la Réforme
». Une répression très dure fut organisée. Beaucoup
d'habitants furent exterminés, certains fuirent à Genève.
Cependant, malgré la répression, le mouvement s'étendit
et pendant près de 70 ans, le culte catholique ne fut
plus célébré à Privas, l'église fut même détruite en
1570. Un pasteur venu de Suisse organisa l'Église réformée
de Privas.

On parla alors de la ville comme de la Genève du pays. La garnison du roi fut refusée par la ville. Il n'y eut pas de massacre de la Saint-Barthélemy à Privas. Bien au contraire, dès que la nouvelle des massacres parvint à Privas, celle-ci se dressa contre cette tragédie Jacques de Chambaud, chef protestant devint ainsi le premier seigneur huguenot de Privas. Paule de Chambaud, descendante d'une lignée de huguenots était courtisée par le seigneur de Lestrange catholique, seigneur de Boulogne et par le sire de Brison chef des huguenots, il en découla une nouvelle guerre qui nécessita l'intervention du Maréchal de Montmorency puis, en 1629 à la suite de la prise d’armes des protestants, la ville est assiégée par l’armée royale. Défendue par Montbrun avec 800 hommes, elle est prise et rasée par les troupes de Louis XIII le 28 mai 1629.
Largentière

Initialement nommée Segualeriæ (Ségualières) jusqu'au XVIIIème siècle, la cité doit son nom actuel à des mines de plomb argentifère que les comtes de Toulouse et les évêques de Viviers exploitèrent du Xe siècle au XVe siècle. Ancienne propriété des évêques de Viviers, barons de Largentière, elle garde de ce passé un patrimoine architectural remarquable : la cité médiévale, le château (XVème siècle), l'église gothique Notre-Dame-des-Pommiers du XIIIème siècle ; sur la chaire en pierre est gravée une inscription en occitan datée de 1490 : « hieu Pierre Guarnier de Colens ay donat aquesta chadiera al convent ». Largentière fut une petite ville industrielle au XIXème siècle. Aujourd'hui elle est surtout très touristique etun centre administratif grâce à sa fonction de sous-préfecture de l'Ardèche. Elle avait un tribunal qui est aujourd'hui fermé. Dans le contexte de la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, de nombreux harkis et leur famille, originaires de la région de Nemours, sont rapatriés par la demi-brigade de fusiliers marins, qui aidera à leur installation sur le territoire de la commune. C'est ainsi que sera créée la cité de « Neuilly-Nemours », ainsi qu'un hameau de forestage.
Tournon sur Rhône

Tournon bâtit sa fortune sur le commerce de son vin qui était fort apprécié de l'empereur Charlemagne. Au Moyen Âge, la population s'agglomère autour du château et donne naissance à un bourg castral. Ses alliances précoces avec le royaume de France lui valurent d'entrer dans le cercle rapproché de la famille royale à la Renaissance. En mars 1469, par ses lettres patentes, le roi Louis XI autorisa deux foires annuelles à Tournon, Ce qui permit à la cité de s'agrandir. L'année 1536 fut marquée par deux évènements : la fondation d'un collège qui fut élevé au titre d'université par une bulle papale et la mort du fils de François Ier, le dauphin François dont le corps fut conservé dans l'église collégiale de Tournon jusqu'en 1547. Le premier pont suspendu d'Europe à câble fut construit en 1825 entre Tournon et Tain-l'Hermitage par Marc Seguin.
Annonay est la ville natale des frères Montgolfier, qui, avec un ballon gonflé avec de l'air chaud, furent les premiers à s'envoyer en l'air. En septembre 1783, les frères Joseph et Etienne de Montgolfier présentèrent au roi Louis XVI et à Marie-Antoinette leur célèbre invention qui permettait à l'homme de s'élever dans les airs. Dans la nacelle avait été installé un coq, un canard et un mouton. En novembre 1783, Pilâtre de Rozier survola la ville de Paris à bord d'une Montgolfière.
L'Ardèche
L'Ardèche fait encore partie de ses départements où la nature s'en est donnée à cœur joie pour nous offrir des paysages grandioses. Le lieu le plus célèbre d'entre tous étant les célèbres gorges de l'Ardèche qui offre un parcours exceptionnel pour les amateurs de canoë kayak. Ne pas manquer Vallon Pont d'Arc et son son pont naturel percé par la rivière Ardèche .