Histoire de l'Aube


La tribu gauloise des Tricasses, qui dans l'origine, occupait le territoire formant la plus grande partie de l'Aube, est une des moins connues des historiens elle dépendait sans doute de la confédération rémoise et sénonaise, et son histoire se confond avec celle des Remi et des Senones, ces fidèles alliés des Romains. César ne fait pas mention des Tricasses, Pline et Ptolémée ne font que les nommer. Le pays des Tricasses appartenait à la Gaule celtique et fut compris d'abord dans la première, puis dans la quatrième Lyonnaise.

Ravagé par les Bagaudes en 286, il
fut, en 451, le théâtre d'une sanglante bataille, que les
Romains et les Francs leurs alliés livrèrent à l'armée d'Attila
dans les Champs catalauniques, plaines voisines de Troyes.
Attila, vaincu dut se retirer laissant, dit-on trois cent
mille hommes sur le champ de bataille.
Nous trouvons,
dès le Vème siècle, ce pays, ainsi que celui
des Remi (Reims) et des Cataloni (ChâIons), désigné, à cause
de son apparence physique, sous le nom de Campagna, Champagne,
le pays des plaines. Après l'invasion des barbares, la Champagne
fut divisée entre le royaume des Burgondes et celui des
Francs, puis, au partage de la Gaule entre les fils de Clovis,
elle fit partie du royaume d'Austrasie.


Jusqu'au Xème siècle,
des chefs militaires, nommés à vie et révocables, eurent
le titre de comtes ou ducs de Champagne. Deux de ces ducs
sont connus pour le rôle important qu'ils semblent avoir
joué à l'époque sanglante de Frédégonde et de Brunehaut
l'un, Lupus, fut le conseiller et le favori de Brunehaut
; l'autre, Wintrio, d'abord partisan de la reine d'Austrasie,
finit par conspirer contre elle et fut mis à mort par son
ordre (597).
Quelques-uns mentionnent encore comme ducs
de Champagne, vers la fin du siècle suivant, Drogon, Grimoald,
Théodoald, qu'ils sont fils et petits-fils de Pépin d'Héristal.
La dynastie des comtes de Champagne commence avec Robert,
troisième fils de ce comte de Vermandois, Herbert II, descendant
de Charlemagne, allié de Hugues le Grand et qui trahit Charles
le Simple. Robert n'avait hérité de son père que de Vitry
et de quelques bourgades comme tant d'autres, il profita
des années tumultueuses qui préparèrent l'avènement définitif
de la race capétienne ; il s'empara de Troyes contre l'évêque
Anségise s'agrandit encore d'Arcis, de Rethel, de Mézières,
de Donchéry et prit le titre de comte de Troyes. C'est lui,
dit-on, qui institua le conseil des sept pairs de Champagne,
qui tenaient les états et les grands jours de la province
ces sept pairs étaient (ou furent plus tard) les comtes
de Joigny, de Rethe, de Braine, de, de Braine, de Roucy,
de Brienne, de Grand-Pré et de Bar-sur-Seine. Son frère
Herbert et Étienne, fils de celui-ci, régnèrent pieux et
paisibles sous le roi Robert. Étienne étant mort sans enfant,
son cousin Eudes, petit-fils de Thibaut le Tricheur, déjà
comte de Blois, Chartres, Tours, Beauvais, Meaux, fonde
la seconde maison de Champagne et la plus illustre. Le chef
de la maison de Blois et de Champagne, Thibaut.
le Tricheur,
était, suivant les uns, d'origine normande et parent de
Rollon ; suivant Raoul Glaber, il était fils d'un Champenois,
Hastang ou Hastings les Normands étant venus piller la Champagne,
Hastings s'enrôla et fit fortune.

Son fils Thibaut, élevé de bonne
heure dans le métier, se fit remarquer de ses compagnons
et devint un de leurs chefs. Il seconda Hugues le Grand
dans ses intrigues et ses luttes contre Louis d'Outre-mer
et obtint le comté de Troyes en épousant une fille d'Herbert
II de Vermandois. Les vieux vers suivants expliquent le
surnom qu'on lui donna
Thibaud de Chartres fut
fil et enguigaux,
Chevalier fut moult et proux et moult
chevaliroux,
Mais moult par fut cruel et moult fut envioue.
Thibaud fut pléiu d'engein et plein de feintie ;
A homme
ne à femme ne porta amitié ; ,
De franc ne de chétif
n'ot mercy ne pitié,
Ne ne douta de faire malœuvre ne
péché.
Le fils de Thibaut le Tricheur, Eudes,
fut le premier mari de la fameuse Berthe, qui épousa le
roi Robert et en eut un fils nommé également Eudes ou Odon.
Eudes II et le roi Robert se prétendirent tous deux parents
d'Étienne et se disputèrent sa succession, Eudes s'en empara
et la garda. Par la réunion de ces deux grands fiefs de
Blois et de Champagne, il comptait plus de grands vassaux
et il se trouva plus puissant que le roi capétien. Il fut
le plus turbulent, le plus ambitieux des comtes de Champagne.
Il commença par soutenir la reine Constance et son fils
Robert contre Henri 1er ; puis il se sentit assez fort pour
s'attaquer à l'empereur d'Allemagne. Il prétendit contre
Conrad II à la couronne d'Arles, à celle de Lorraine et
rêva un nouveau royaume d'Austrasie. Le roi de Bourgogne,
Rodolphe III, avait légué ses États à l'empereur Conrad
II. Eudes, neveu de Rodolphe par sa mère Berthe, réclama
et courut se mettre en possession de la Bourgogne. Il en
soumit tout d'abord la plus grande partie. Une députation
de la ville de Milan, révoltée contre l'empereur, vint lui
offrir la couronne d'Italie la Lorraine l'appela contre
son nouveau duc, Gothelon, créature de Conrad. Eudes pensait
déjà se faire couronner à Aix-la-Chapelle. Il envahit la
Lorraine et s'empara de Bar. Mais les vassaux de l'empire
marchèrent contre lui, Eudes fut défait et tué de la main
même de Gothelon, qui lui trancha la tête. Il ne put être
retrouvé parmi les morts que par sa femme, Ermangarde en
1037.
Cette puissance redoutable du comte de Champagne
s'affaiblit sous ses deux fils, qui se partagèrent ses États.
Thibaut Ier, l'ainé, finit cependant par les
réunir, à la mort de son frère Étienne. Étienne III, fils
de Thibaut Ier, fut tué en Palestine, où il était
allé secourir Baudouin.
L'ainé de ses fils, Étienne,
hérita de Blois et disputa à Henri Plantagenet le trône
d'Angleterre, qu'il finit par occuper; le puiné, Thibaut
II ou le Grand, eut la Champagne.

Thibaut II fut l'ami de saint Bernard.
Par la protection qu'il accorda au neveu d'Innocent III,
nommé malgré le roi Louis VII à l'archevêché de Bourges,
il attira d'effroyables malheurs sur la Champagne. Louis
VII vint ravager toute la province. Vitry fut. Incendiée
; treize cents personnes, hommes, femmes et enfants, qui
s'étaient réfugiées dans l'église, périrent au milieu des
flammes. Saint Bernard conclut le traité de paix. Son successeur,
Henri Ier le Large ou le Libéral, fit faire de
grands travaux. La Seine fut partagée au-dessus de Troyes
en trois canaux, dont deux traversèrent la ville, qui se
trouva assainie et où de nouvelles manufactures s'établirent.
Il enferma les faubourgs dans la ville en les entourant
d'une nouvelle enceinte et de tours. C'est également sous
son règne que fut achevée l'église Saint-Étienne.
Henri
II le Jeune se croisa avec Philippe- Auguste, s'attacha
à Richard Cœur de Lion et devint roi de Jérusalem en épousant,
malgré l'excommunication lancée contre lui, Isabelle, sœur
et héritière de Baudouin V. Thibaut III, son frère, comte
de Blois et de Chartres, réunit de nouveau les deux domaines
il épousa la fille de Don Sanche de Navarre et mit cette
nouvelle couronne dans sa famille. Il était suzerain de
plus de dix-huit cents fiefs, lorsqu'il fut choisi pour
conduire la croisade que prêchait Foulques de Neuilly. La
mort le surprit au moment du départ, et le commandement
passa au comte de Flandre, son beau-frère. La plupart de
ses vassaux partirent cependant, et parmi eux le maréchal
de Champagne, Geoffroi de Villehardouin, qui devait être
l'historien éloquent de cette merveilleuse expédition.
Le plus célèbre des comtes de Blois, Champagne et Brie
fut son fils, Thibaut IV le Posthume ou le Chansonnier,
non pour sa gloire de souverain : il porta la couronne de
Navarre, alla en croisade comme la plupart de ses prédécesseurs
et n'en joua guère un plus grand rôle; mais l'homme, le
prince libéral, l'amant de la reine Blanche, l'imitateur
original des troubadours, le poète gracieux et spirituel
est resté populaire.
Pendant sa minorité sa mère Blanche
de Navarre, gouverna; c'était une femme forte comme la mère
de saint Louis. Un compétiteur, mari d'une fille du comte
Henri II, appuyé de plusieurs puissants seigneurs, Erard
de Brienne, ayant attaqué la Champagne, Blanche leva aussitôt
l'armée de ses vassaux fidèles, en appela à la cour des
pairs de France, se fit rendre justice, obtint du pape une
excommunication contre l'envahisseur et assura l'héritage
de son fils.
Thibaut fut de bonne heure envoyée par
sa mère à la cour de Philippe-Auguste. II fit ses premières
armes sous Louis VIII, au siège de La Rochelle; il s'y comporta
vaillamment. C'est vers ce temps, dit-on, qu'il tomba amoureux
de la reine et que son génie poétique s'éveilla.« Il
se partit tout pensif, et lui venoit souvent en remembrance
le doux regard de la reine et sa belle contenance. Lors
si entroit dans son cœur la douceur amoureuse mais quand
il lui souvenoit qu'elle estoit si haute dame et de si bonne
renommée, et de sa bonne vie et nette, si muoit sa douce
pensée en grande tristesse. Et pour ce que profondes pensées
engendrent mélancolie, il lui fut dit d'aucuns sages hommes
qu'il s'estudiât en beaux sons et doux chants d'instruments,
et si fit-il. » Lui-même a dit

Au revenir que je fis de Florence
S'émut mon cœur au petit de chanter,
Quand j'approchais
de la terre de France
Où celle maint que ne puis oublier.
Celle que j'aime est de tel signorie
Que sa beauté me
fit ontrequider;
Quand je la vois, je ne sais que je
die,
Si suis surpris que ne l'ose prier
.
Louis VIII mourut en revenant du siège d'Avignon.
Thibaut
fut accusé de l'avoir empoisonné. Durant la minorité de
saint Louis, Thibaut fut, malgré sa versatilité, le meilleur
appui de la régente. L'amour et la jalousie, à ce qu'il
semble, eurent plus de part à sa conduite que la politique.
« Il couroit vers ce temps-là un bruit. savoir que le seigneur
légat et la reine Blanche ne se comportoient pas ensemble
ainsi qu'il estoit convenable. »
Aussi Thibaut pencha-t-il
d'abord du côté des barons mais il se ravisa et vint rendre
hommage au roi. La ligue se trouva une première fois dissoute.
Afin de gagner plus sûrement Thibaut à la cause féodale,
Pierre Mauclerc, le chef des mécontents, lui offrit sa fille
Yolande, et Thibaut accepta. Yolande fut amenée jusqu'à
Valserre. Le mariage allait être célébré, quand un billet
de la reine rengagea Thibaut. Pierre Mauclerc, ainsi outrageusement
joué, s'en retourna en Bretagne, et la guerre commença aussitôt
; elle ne devait pas tarder à punir Thibaut de ses légèretés
et de ses trahisons et à amener de grands malheurs en Champagne.
La reine avait convoqué le ban royal contre Mauclerc; la
plupart des seigneurs, bien que du parti de celui-ci, obéirent.
Leur service féodal était de quarante jours ; dès qu'ils
furent expirés, le duc de Bourgogne, les comtes de Boulogne,
de Bar, de Sorez, les sires de Coucy, de Châtillon et d'autres
quittèrent l'armée du roi pour aller envahir la Champagne.
Tout le pays fut dévasté. Le comte de Champagne lui-même,
pour se défendre, fut contraint de brûler plusieurs de ses
villes, Chaumes, Épernay, Les Vertus et Sézanne. Les bourgeois
de Troyes, auxquels s'étaient joints les hommes d'armes
du sire de Joinville (père de l'historien), réussirent à
se débarrasser du duc de Bourgogne, qui les assiégeait.
Mais il fallut que Thibaut implorât le secours du roi. Saint
Louis s'avança en personne à la tête de son armée, et les
barons se retirèrent.

Mais dès l'année suivante, après
le débarquement du roi d'Angleterre, Henri III, ils revinrent
plus nombreux saccager les terres du comte de Champagne.
Ils l'accusaient plus haut que jamais d'empoisonnement.
Thibaut leur livra bataille et fut vaincu deux cents de
ses chevaliers furent faits prisonniers ; lui-même s'enfuit
comme il put jusqu'à Paris. Louis et Blanche s'entremirent,
et la paix fut conclue à la condition que Thibaut prendrait
la croix et irait combattre les ennemi du crucifié. Thibaut
ne se hâta point et ne partit que neuf ans après avec un
grand nombre de ses vassaux et de ses anciens ennemis, entre
autres Pierre Mauclerc et le duc de Bourgogne. Dans l'intervalle,
il était devenu roi de Navarre par la mort de Don Sanche
(1234). La croisade finit assez honteusement pour tous.
Thibaut revint la même année, abandonnant soixante-dix de
ses chevaliers. Depuis, dit Roderic, il s'appliqua à gouverner
ses États de Champagne et de Navarre avec -justice et douceur
et à y maintenir la paix. Il résidait tantôt à Pampelune,
tantôt dans son château de Provins, où, entre autres magnificences,
il avait fait peindre en or et en azur ses chansons, paroles
et musique, au milieu d'Amours et de cœurs percés de flèches.
Le commerce de Champagne prospéra d'ailleurs sous ce règne,
et Thibaut établit un grand nombre de « communautés de bourgeois
et de villageois en qui il se fiait plus qu'en ses soldats
(Albéric). » Il mourut quelques mois avant Blanche de Castille,
à Pampelune en 1253.
Son fils et son successeur, Thibaut
V, épousa Isabelle de France, fille de saint Louis; la demande
en avait été faite par son sénéchal de Champagne, le sire
de Joinville.

Le roi de Navarre suivit son beau-père
à sa seconde croisade et mourut comme lui de fatigue au
retour il mourut en Sicile. Sa couronne et ses seigneuries
furent l'héritage de son frère Henri III, qui n'est célèbre
que pour son excessif embonpoint et mourut en 1274 d'une
attaque d'apoplexie. Henri III ne laissait qu'une fille,
Jeanne, âgée de trois ans. La Navarre se souleva et fut
menacée à la fois par les rois d'Aragon et de Castille.
Jeanne alors fut confiée par sa mère au roi Philippe III,
qui, se déclarant le tuteur de la mère et de la fille, envoya
une armée en Navarre pour assurer les droits de l'héritière.
Jeanne épousa Philippe le Bel, qui gouverna avec sa femme
la Navarre et la Champagne.
C'était une princesse remarquable
par sa beauté et son esprit c'est elle qui fonda le collège
de Navarre, à Paris. Avec elle s'éteignit la maison de Champagne
en 1304. « Famille plus aimable que guerrière, dit M. Michelet,
poètes, pèlerins, croisés, les comtes de Blois et Champagne
n'eurent ni l'esprit de suite ni la ténacité de leurs rivaux
de Normandie et d'Anjou. » Le fils aîné de Jeanne, Louis
le Hutin, devint roi de Navarre et comte de Champagne avant
d'être roi de France, on sait qu'il ne laissa qu'une fille
également nommée Jeanne. Philippe le Long s'empara à la
fois de la couronne de France, de la Navarre et du comté
de Champagne en 1324, Charles le Bel obtint de Jeanne elle-même
et de son mari, le comte d'Évreux, une renonciation à ses
droits sur la Champagne et sur la Navarre. Cette renonciation,
parait-il, n'avait été consentie qu'en faveur de Charles
et de ses héritiers directs, et à l'avènement de Philippe
de Valois, les contestations recommencèrent entre le roi
et Jeanne.
Philippe rendit la Navarre et obtint une renonciation
nouvelle à la couronne de Champagne. Depuis cette époque,
malgré les réclamations et les tentatives du fils de Jeanne,
Charles le Mauvais, roi de Navarre, la Champagne fut regardée
comme une province dépendante du domaine royal. Elle y fut
solennellement réunie par le roi Jean en 1361. Plus qu'aucune
autre, la province de Champagne, ouverte de tous côtés,
eut à souffrir des calamités de la guerre de Cent ans les
Anglais, les grandes compagnies, les malandrins la ravagèrent
incessamment ; c'est en Champagne que se forma en 1362 la
grande compagnie composée d'Anglais, d'Allemands, de Gascons,
de Belges, qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Tard-Venus,
parce qu'ils avaient encore peu pillé au royaume de France
et s'en voulaient dédommager âprement. »
Rappelons seulement
la belle conduite de Henri de Poitiers, évêque de Troyes,
qui se mit à la tête d'une armée, battit et chassa Robert
Knolles, et la victoire de Barbazan à La Croisette (1430).
La Champagne fut donnée par Henri V, roi d'Angleterre, au
duc de Bourgogne, et l'une des conditions du traité d'Arras,
conclu en 1437 entre Charles VII et Philippe le Bon, fut
la cession au duc du comté de Bar-sur- Seine. Ce traité,
qui assura la retraite définitive de l'étranger, mit fin
aux malheurs de la Champagne dans cette période.
La
Champagne peut disputer à la Lorraine l'honneur d'avoir
donné Jeanne d’Arc à la France. Au siècle suivant, les troupes
de Charles-Quint envahirent deux fois la Champagne et incendièrent
Troyes. La Réforme amena des désastres plus terribles encore.
La noblesse de Champagne entra tout d'abord dans l'Union
catholique. Le prince de Condé, voulant renforcer le parti
protestant, y appela les Allemands du comte palatin Casimir.
Les reîtres y commirent longtemps toutes sortes d'excès
et lorsqu'en 1576 Henri III se soumit à payer ces pillards
afin de les renvoyer chez eux, l'argent se faisant attendre,
ils vécurent encore trois mois à discrétion dans le pays.
Presque tout entière à la Ligue, la province ne se soumit
à Henri IV qu'après son abjuration en 1594. Constitué dans
sa forme actuelle, en 1790, par l'Assemblée nationale, le
département de l'Aube n'eut pas à souffrir de l'invasion
de 1792, arrêtée à Valmy, ni du règne de la Terreur en 1793,
mais il fut en 1814 le théâtre principal de la lutte de
Napoléon contre les armées alliées les noms de Brienne,
de La Rothière, de Rosnay, d'Arcis-sur- Aube, de Nogent,
de Méry appartiennent à l'histoire de cette immortelle campagne,
où les habitants de la Champagne rivalisèrent avec nos soldats
de patriotisme et de courage.
Après les Cent-Jours, en
1815, l'étranger envahit de nouveau le département de l'Aube
et ne s'en retira qu'après une occupation de trois ans,
en 1818. Une ère de prospérité suivit de 1818 à 1870, pendant
laquelle la Champagne vit son industrie et son commerce
prendre un rapide et profitable essor. Si, pendant l'invasion
de 1870-1871, il ne se livra point de nouveaux combats dans
le département de l'Aube, il eut cruellement à souffrir
des excès et des pillages des Prussiens, qui y séjournèrent
près de dix mois. On évalue à plus de six millions de francs
les pertes éprouvées par le département de l'Aube pendant
cette funeste époque.
Troyes

En 484, Clovis s'empare de Troyes
et de ses alentours qui seront appelés Champagne (campania)
à cause des plaines crayeuses immenses. La Champagne fut
attribuée au royaume d'Austrasie, après le partage des possessions
de Clovis en 511, sauf Troyes et sa région qui sont attribuées
à Clodomir. Ce n’est qu'en 524, à la suite de la mort du
roi d'Orléans qu’elle rejoint l’Austrasie jusqu'en 558,
année où Clotaire Ier fut proclamé roi des Francs.
À la mort de Clotaire II en 629, la ville dépend de la Bourgogne.
La ville est contrôlée par les Sarrasins d'Espagne en
720. En 820, Aleran devient le premier comte de Troyes à
l'époque de l'empereur Louis le Pieux. Son règne prendra
fin en 852, l’année de sa mort. Le territoire de Troyes
fut également, vers 860, le prix d'une lutte entre l'évêque
Ansegise et le comte Rodolphe de Ponthieu qui en sorti vainqueur.
Lors du premier Concile de Troyes en 878, Louis le Bègue
reçoit la couronne impériale des mains du pape Jean VIII.
En 889, les Normands, s'emparent de la ville, la réduisent
en cendres et pillent toute la contrée environnante.
Au Xème siècle la ville qui est possession de
des ducs de Bourgogne et attaquée une seconde fois par les
Normand mais sont repoussés par Ansegise, évêque de Troyes.
En 1040, Rabbi Salomon Ben Isaac, plus connu sous le
nom de Rachi, nait à Troyes. Il crée une importante école
de pensée juive dans la ville. Au XIIème siècle,
le comté de Troyes fusionne avec celui de Meaux pour donner
naissance au comté de Champagne. Hugues Ier de
Champagne est le premier à être proclamé à ce titre vers
l'an 1102. En 1129, le second concile de Troyes, qui a eu
lieu sur le site de l'actuelle cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul,
s'est déroulé en la présence de Hugues de Payns et de nombreuses
personnalités religieuses comme le comte Thibaut IV de Blois.
Ce concile entrainera la création d’une règle propre à l’ordre
du Temple. Durant cette période des comtes de Champagne,
la ville de Troyes est le centre d'une importante vie culturelle
dans lequel on retrouve la poétesse Marie de France, le
maréchal Geoffroy de Villehardouin mais surtout Chrétien
de Troyes vers 1135 , dont le nom vient de sa ville natale,
et qui est considéré comme le premier grand romancier français
du XIIème siècle et l'un des grands personnages
de la littérature du Moyen Âge grâce à ses nombreux ouvrages.
En 1188, un grand incendie détruit une grande partie de
la ville et ravage l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains,
la collégiale de Saint-Étienne, le palais des comtes de
Champagne et l'ancienne cathédrale de Troyes. Cet incendie
amène pour ce dernier à la phase dite « gothique » du monument.
En 1264, le pape Urbain IV instaure la Fête de l'Église
universelle qui deviendra la Fête-Dieu. Cette fête, dédiée
au Saint Sacrement est célébré les jeudis suivant la Sainte-Trinité.
La Champagne est rattachée au royaume de France par le mariage
en 1285 de Jeanne Ier de Navarre avec le futur
Philippe le Bel, et les foires françaises ont alors une
dimension plus locale. Philippe IV le Bel, qui avait hérité
de la Champagne par son mariage, convoqua à Troyes, pour
la première fois en 1288, l'assemblée judiciaire connue
sous le nom de "Grands jours de Troyes" .
En 1288, un
autodafé a lieu après que les juifs troyens ont été accusés
de crime rituel. Le 24 avril, le tribunal de l'inquisition
condamne 13 d'entre eux à monter au bucher.
Le XIIIème
siècle marque le début de la renommée des foires de Champagne,
pour lesquelles des marchands venaient de tout l’Occident.
Ces foires ont permis le développement de nombreux métiers
industriels comme le textile, la tannerie, la papèterie
et la teinturerie. À Troyes, la célébration se tenait durant
la Saint Jean et la Saint-Rémi dans les rues historiques
du Bouchon de champagne telles que la rue Champeaux, la
rue de la Pierre, ou la rue des Anciennes Tanneries. Pendant
la guerre de Cent Ans, la ville de Troyes se prépare à accueillir
les Anglos-Navarrais. En 1359, les Troyens, menés par leur
évêque Henri de Poitiers libèrent les villes d'Aix-en-Othe,
Beaufort et Nogent-sur-Seine. À la fin du XIIIème
siècle, Troyes n’est plus la capitale du comté de Champagne.
Celui-ci est en effet passé aux rois de France et Châlons-sur-Marne
a été préférée comme capitale administrative de la Champagne.
Le Parlement de Paris fut transféré dans la ville. En 1420,
la signature du Traité de Troyes désigne le roi anglais
Henri V comme héritier de la couronne de France après que
ce dernier épouse Catherine de Valois, l'une des filles
de Charles VI. En mai 1471, Louis XI confirma l'administration
municipale par ses lettres patentes. Peu après toutefois,
le Dauphin monta sur le trône sous le nom de Charles VII.
C'est Jeanne d'Arc qui vint à son secours ; elle le mena
d'Orléans à Reims pour qu'il soit sacré. Le 9 juillet 1429,
Jeanne d'Arc délivre la ville des Anglais.
Nogent sur Seine
Novigentum, qui a donné son nom à
Nogent, était à l'origine une villa qui appartenait à la
célèbre abbaye de Saint Denis. En 859, lors de l'invasion
des Normands, les moines abritèrent les reliques de Saint
Denis en leur villa de Nogent. La ville se développa autour
du domaine monastique.
Il est assez difficile de rendre
compte de la fondation de Nogent, les guerres et les incendies
en ayant détruit tous les monuments. Un chemin qui à conservé
le nom de chemin des Romains a fait penser que celle ville
existait de leur temps ; mais la tradition la plus constante
est qu'elle fui bâtie sur les ruines de Richebourg, ville
située au même endroit, dont on ne peut fixer l'époque de
la destruction. En1101, les habitants l'entourèrent de murs
et de fossés, et y firent construire des portes avec des
pont-levis. Ces fortifications existaient encore en 1401,
époque où les habitants de Nogent obtinrent du roi Charles-VI
la permission de relever leurs murailles et de faire des
constructions nouvelles. Tous ces ouvrages, étant dans la
suite devenus inutiles, sont tombés en ruine ou ont été
détruits.
Dans l'un des faubourgs il existait une petite
chapelle que l'on prétend avoir été érigée en 1359, après
un sanglant combat qui eut lieu en cet endroit entre Eustache
d'Auberticourt, chevalier du comté d'Hainaut, l'un des généraux
du roi d'Angleterre qui ravageait alors la Champagne, et
Broquard de Fenestranges, Lorrain au service du régent de
France (Charles V). D'Auberlicourt, après une vigoureuse
résistance, fut vaincu et fait prisonnier. Ce monument,
détruit à l'époque de la révolution, a été réédifié en 1818.

Nogent appartint longtemps au domaine
de la couronne. Il en fut démembré en 1747, et vendu au
maréchal de Noailles, qui, l'année suivante, le revendit
à Orry de Fulvy seigneur de la chapelle. M. de Boulogne,
ancien contrôleur général des finances, qui le possédait
en dernier lieu, l'avait fait ériger en comté. L'abbé Terray
y avait aussi des propriétés. La jolie promenade de la ville
porte encore son nom.
Vers le milieu du XIVème
siècle, lorsque la France était en partie occupée par les
Anglais, Eustache d'Auberticourt, un de leurs généraux,
avait placé cinq cents hommes de garnison dans les forteresses
de Nogent et de Pont. De là il faisait de nombreuses excursions
et ravageait les campagnes voisines.
En 1359, les Français
se disposèrent à l'attaquer. Ils partirent de la ville de
Troyes qu'ils occupaient avec deux cents lances et neuf
cents brigands, et s'acheminèrent vers Nogent-sur-Seine.
A cette nouvelle, Eustache d'Auberticourt quitta Pont; où
il se trouvait, et se replia avec toutes ses troupes et
des Navarrais, ( partisans du roi de Navarre, Charles le
Mauvais, prince capétien, qui, à l'instar du roi d'Angleterre
Édouard III, prétendait à la couronne de France) dans la
plaine qui avoisine Nogent. Là il se livra une bataille
sanglante où les Anglais furent taillés en pièces, et où
d'Auberticourt fut fait prisonnier.
En 1814 Nogent fut
le théâtre d'un combat sanglant entre un des corps de l'armée
française et les troupes des puissances étrangères. Le 11
février, une division autrichienne se présenta devant la
ville, défendue par mille à onze cents hommes commandés
par le général Bourmont, dont le nom jouissait alors d'un
certain éclat. Les rues de Nogent étaient barricadées, les
maisons crènelées, enfin toutes les précautions étaient
prises pour soutenir un vigoureux choc afin de retarder
par là la marche de l'ennemi, qui se dirigeait sur la capitale.
Les assiégeants échouèrent" dans toutes leurs attaques,
et perdirent le premier jour plus de deux mille hommes.
Le général Bourmont fut blessé, et remplacé immédiatement
par le colonel Ravir, qui soutint le lendemain avec une
égale intrépidité les nouvelles attaques de l'ennemi, à
qui il tua beaucoup de monde. Le terrain fut disputé pied
à pied, et chaque maison devint une forteresse.
Après
avoir protégé la retraite des malheureux habitants de Nogent
et l'évacuation de leurs objets les plus précieux, les Français,
qui étaient pour la plupart des recrues, se retirèrent sur
Provins, en faisant sauter le pont St-Edme, placé sur le
premier bras de la Seine.
L'ennemi entra dans Nogent,
pensant y trouver les munitions et tout l'attirail d'un
corps d'armée. Humilié d'avoir été arrêté par un aussi faible
nombre, il s'en vengea par le pillage et l'incendie. Cent
quarante maisons particulières furent détruites, et un grand
nombre d'autres rendues inhabitables.
L'hôtel de ville,
le palais de justice, les prisons, la caserne de gendarmerie
et la salle de spectacle furent incendiés

Claude Bouthillier et son épouse
y fondèrent un couvent de Capucins en 1639. Siège d'un bailliage
et d'une subdélégation, Nogent devint naturellement chef-lieu
d'arrondissement de l'Aube. Le caractère navigable de la
Seine a fait de Nogent un important port fluvial.
L'abbaye
de Clairvaux : c'est là que Saint Bernard vint défricher,
il y a huit siècles, le 25 juin 1115, la clairière du Val
d'Absinthe et y construire la célèbre abbaye où il vécut
jusqu'à sa mort, le 20 aout 1153. Auteur de nombreux écrit,
dont "Les Combats de Dieu", Saint Bernard, abbé de Cîteaux,
est le prédicateur qui exhortât les foules en faveur de
la Seconde Croisade à laquelle participèrent le roi Louis
VII et son épouse Aliénor d'Aquitaine. Croisade qui fut
non seulement un échec militaire mais qui entrainât également
la dissolution du mariage du roi et de la reine. L’annulation
de cette union allait avoir des conséquences désastreuses
pour l’avenir du royaume de France.
Clairvaux est aujourd'hui
l'une des plus célèbre prison de France et si une grandes
parties de l'abbaye a été démolies pour y loger les détenus
les plus dangereux du pays, le Ministère de la Culture procède
actuellement à la réhabilitation de certaines parties de
l'ancienne demeure de Saint Bernard de Clairvaux. Aujourd'hui
on pourrait dire en parlant de Clairvaux : "Jadis lieu de
prières et de méditation, aujourd'hui lieu de regrets et
de lamentations."
Une autre abbaye célèbre fut construite
à Paraclet par Abélard et la première abbesse en fut Héloïse.
Brienne le Château
Le site est probablement déjà occupé
par les Gaulois et son nom semble être dérivé du celtique
briavenna qui désigne un ensemble de pontons en rapport
avec l'ancienneté de l'activité portuaire de Brienne-la-Vieille.
Son château-fort est détruit par les Normands en 951.
Brienne forme dès le Xème siècle un comté,
qui donne son nom à l'illustre maison de Brienne. Cinq familles
possèdent successivement le comté : la famille de Brienne
puis celles d'Enghien, de Luxembourg, de Loménie et de Bauffremont.
La famille de Loménie développe la ville entre le XVIème
siècle et le XVIIIème siècle. De 1779 à 1790,
elle abrite une école militaire où Napoléon Bonaparte est
élève 5 ans (mai 1779 - octobre 1784), tenant ainsi une
place importante dans l'histoire de la ville et même de
la France. En 1784, le futur Napoléon Ier quitte
Brienne-le-Château pour terminer ses études à l'École militaire
de Paris. Napoléon dort au château de Brienne le 3 avril
1805 pendant le voyage qu'il fait en Italie pour recevoir
la couronne du Roi des Lombards.
Brienne-le-Château
est également le lieu d'une victoire de Napoléon Ier
sur les Alliés le 29 janvier 1814, pendant laquelle la ville
fut prise et reprise, et détruite par le feu.