Histoire du Calvados


Le département du Calvados ne
possède pas, comme celui de la Seine-Inférieure, une
cité dominante, dont l'antique importance se soit maintenue
à travers les siècles et puisse donner à son histoire
une véritable unité. Bayeux, Lisieux, Caen ont brillé
tour à tour, et l'histoire du département ne peut être
que l'histoire de ces villes. Nous nous contenterons
donc de rapporter ici quelques faits généraux qui ne
se rattachent point à l'histoire spéciale de ces localités.
Ce territoire était occupé, à l'époque de la conquête
romaine, par trois populations principales les Baïocasses
(environs de Bayeux), à l'ouest à l'est, les Lexoviens
(Lisieux et son territoire) entre ces deux populations,
se, placent les Viducasses. Soumis par un des lieutenants
de César, ils vécurent sous la domination impériale
jusqu'à la révolte de l'Armorique, au commencement du
Vème siècle de l'ère chrétienne

À cette époque, les pays compris plus tard sous le nom de Bretagne et de Normandie formèrent une espèce de république fédérative, où chaque peuplade était gouvernée par des magistrats élus. Cette existence indépendante cessa à l'époque de la conquête de la Neustrie par Clovis ils suivirent, pendant cette période et pendant la période normande, les destinées générales de la Neustrie, devenue plus tard la Normandie. Ce territoire, pendant cette dernière période, fut singulièrement agité habité par les plus fiers et les plus remuants des conquérants, il devint le foyer des révoltes qu'ils essayèrent contre l'autorité de leurs ducs. Cette contrée, réunie comme le reste de la province au royaume de France sous Philippe- Auguste, fut plus particulièrement exposée aux malheurs qu'amena l'invasion anglaise.

En 1346, Édouard III, roi d'Angleterre,
conduit par un traître, Geoffroy d'Harcourt, ravagea
le pays, pilla et incendia les villes. Sous Charles
V, Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d'Évreux,
qui possédait quelques points du territoire compris
plus tard dans la circonscription du Calvados, agita
encore la contrée. Réduit plus tard à se soumettre,
il perdit ses domaines de Normandie, à l'exception de
Cherbourg. Mais, sous Charles VI, le pays fut encore
exposé aux malheurs de l'invasion étrangère. Débarqués
à l'embouchure de la Touques, les Anglais renouvelèrent
leurs anciennes dévastations mais c'était dans ce pays,
si souvent ravagé par leurs armes, que devait se livrer
la bataille qui mit fin à leur domination. Richemond
les défit à Formigny près de Bayeux.
Depuis cette
époque jusqu'à la Réforme, le pays jouit d'une assez
grande tranquillité. Les guerres de religion le désolèrent
de nouveau à la même époque, les paysans, écrasés d'impôts
et poussés au désespoir par l'excès de leur misère,
se soulevèrent. Cette révolte, où des excès de toute
sorte furent expiés par une répression plus cruelle
encore, est connue sous le nom de révolte des Gauthier.
Plus tard, en 1639, ils reparurent sous le nom Nu-Pieds.
Le maréchal de Gassion les soumit aisément et les supplices
recommencèrent. Le pays resta calme depuis cette époque
jusqu'à la Révolution.
La Dives servait alors de
ligne de démarcation aux deux grandes divisions du pays
en haute et basse Normandie. La partie de la basse Normandie
qui est enclavée dans le département se divisait en
plusieurs contrées qui portaient le nom de Bessin (environs
de Bayeux) plaine de Caen, pays d'Auge (environs de
Falaise) ; et enfin le Bocage, qui s'étendait sur le
territoire du département de l'Orne et comprenait, dans
celui du Calvados, Vire et Condé. Lors de la Révolution,
le département du Calvados reçut d'abord le nom d'Orne
Inférieure et, bientôt après, celui qu'il porte aujourd'hui.
Agité un moment, en 1793, par l'insurrection organisée
à Caen par les girondins, le pays se soumit sans résistance
à l'autorité de la Convention. Quelques parties du territoire
furent, plus tard, exposées aux ravages des chouans
; mais ces désordres partiels furent bientôt réprimés.
Depuis cette époque, le Calvados s'est livré paisiblement
aux travaux industriels et agricoles que favorise la
nature excellente de cette contrée.
Le Calvados

Cet département
fait partie du Pays d'Auge. Le mot saxon Cathem, dérivé
du latin Cadomus, signifiait place de guerre.
«Les
sanglots longs de l’automne bercent mon cœur d’une langueur
monotone» ces vers de Verlaine seront les annonciateurs
de l’opération «Over lord ». Le 6 juin 1944, 150 000
Américains, Britanniques et Canadiens débarquent sur
les côtes normandes. La bataille de Normandie durera
plus de deux mois. Dans le Calvados, plus de 30 000
soldats et plus de 20 000 civils trouveront la mort.
Sur les 763 communes de l'époque, seules deux d'entre
elles seront intactes à la fin des combats.
La Normandie
est également réputée pour ses produits laitiers, avec
son célèbre Camembert, son Livarot, son nom moins célèbre
Calvados et également ses caramels. Sans oublier sa
célèbre Andouille, une spécialité charcutière de la
ville de Vire.
Le Calvados est une eau de vie fabriquée
à partir de la distillation du cidre. Le cidre quant
à lui est obtenue par fermentation du jus de pommes.
Pour en savoir plus sur le cidre
Caen


Caen n'est pas une ville forte
ancienne, et cependant on ne peut fixer avec certitude
l'époque de sa fondation. On croit qu'elle a remplacé
une cité dont les débris se retrouvent au village de
Vieux, que les Romains avaient décorée de nombreux édifices
et qu'ils nommaient Civitas Viducassium. C'était la
capitale du pays: elle fut entièrement détruite par
les Saxons dans les invasions du III du VIème siècle;
plus tard la nouvelle ville se forma des débris de l'ancienne,
et occupa d'abord l'emplacement du château actuel. Son
premier nom fut Cathem ou Cathom (en saxon, demeure
de guerre). En912, lors de la cession de la Neustrie
aux Normands par Charles le Simple, Caen était déjà
une cité grande et importante. Sous les ducs normands,
et surtout sous Guillaume le Conquérant son accroissement
fut rapide; ce dernier prince et Mathilde, son épouse,
contribuèrent à l'embellir. Ils y élevèrent les deux
plus beaux édifices de la ville, l'abbaye de St-Etienne,
dite l'Abbaye aux Hommes et celle de la Trinité, dite
l'Abbaye aux Dames. Guillaume commença la construction
du château; Henri Ier, d'Angleterre, le termina,
Louis XII et François Ier le réparèrent et
l'agrandirent.

Caen était devenu la capitale
de la basse Normandie honneur qui lui attira plus d'un
fois les malheurs de la guerre. En 1346, Edouard III
d'Angleterre l'assiégea les habitants, commandés par
Raoul, comte d'Eu, et par Jean de Melun, firent une
sortie et furent battus; ils rendirent la ville par
capitulation mais, quand les Anglais y furent entrés,
le combat recommença dans les rues. Edouard, furieux,
livra la ville au pillage, massacra une partie de la
population et enleva un butin immense. En 1417, les
Anglais prirent Caen une seconde fois, et s'y maintinrent
jusqu'en1450, époque où le brave Dunois leur enleva
cette ville d'assaut et força à capituler le duc de
Somerset, qui s'était retiré dans le château avec 4
000 Anglais.
Caen est à 12 kilomètres de la mer,
dans un beau vallon, entre deux vastes prairies bordées
de collines, où se trouvent les carrières de ces belles
pierres dont la ville est bâtie, et qui ont aussi été
employées à la construction de Westminster et de divers
autres édifices de Londres.
La ville décrit un demi-cercle
qui embrasse une prairie arrosée par les Odon. Au bras
nombreux de milieu de la courbe extérieure s'élève le
château. On est frappé de la régularité des rues de
Caen, de la belle construction de ses monuments, ainsi
que de la propreté générale de la ville. Les deux plus
grandes rues sont celles de t-Jean et de St-Pierre;
elles forment un angle droit et traversent la presque
totalité de la ville, où passe aussi un canal qui vient
de l'Odon et qui active de nombreuses usines.
Le
port formé par le lit de l'Orne et par celui de l’Odon
sert au cabotage ; il est peu important à cause des
dangers que présente l'entrée de l'Orne, obstruée par
de nombreux bancs de sable, et la presque impossibilité
de remonter la rivière au-dessus de la ville; cependant
la haute mer y amène des bateaux de 150 à 200 tonneaux,
et il rend de grands services aux débouchés des produits
de la ville. On travaille à un nouveau canal, déjà fort
avancé, qui permettra de recevoir des bâtiments d'un
tonnage beaucoup plus fort. Ce port est renfermé dans
de beaux quais qui ont été commencés en 1787, et qui
viennent d'être terminés.
Les places publiques sont
remarquables notamment la place Saint Sauveur et la
Place Royale, décorée d’une statue de Louis XIV.
Lisieux

La ville de Lisieux doit son
nom au peuple gaulois des Lexoviens dont parle César
dans la guerre des Gaules. Elle s'appelait alors Noviomagus,
ce qui signifie Nouveau Marché, témoignage de l'importante
activité économique avec un port situé au centre de
la ville actuelle, place Thiers. Siège épiscopal au
VIème siècle, Lisieux fit partie des terres
cédées au chef normand Rollon au traité de Saint Clair
sur Epte en 911. Elle retrouva sa prospérité dans le
cadre du duché de Normandie dont elle suivit le sort.
La ville est célèbre par sa basilique, élevée en
l'honneur de Sainte Thérèse, l'une des plus vastes églises
bâties au 20ème siècle. La cité a été détruite
aux trois quarts en 1944.
Bayeux

La ville de Bayeux est incontestablement
l'une des plus anciennes cités des Gaules, et l'on ne
peut douter qu'à l'exemple des autres villes de la basse
Normandie qui existaient lors de la domination romaine,
elle n'eût des temples, des gymnases, des théâtres et
des thermes. L'opinion la plus accréditée est que la
fondation de Bayeux est antérieure à la conquête de
César. Sous la domination romaine elle fut désignée
sous le nom de Civitas Bajocassiurn.
Les Romains
avaient fait de cette ville une station militaire. Les
Saxons dévastèrent la ville romaine et de ses ruines
formèrent une ville nouvelle qui, après s'être soumise
aux Francs, devint la proie des Normands en 884 et en
890. Elle fut brûlée par accident vers l'année1046.
Sous Guillaume le Bâtard, Bayeux devint le partage du
frère utérin de ce prince, du fameux Odon, célèbre par
la part qu'il eut à la conquête de l'Angleterre. Henri
Ier, fils de Guillaume, s'en empara et la livra aux
flammes en 1106. Philippe de Navarre, frère de Charles
le Mauvais, la prit et la réduisit en cendres en1356.
Bayeux se rendit aux Anglais en 1450,trente-trois jours
après la bataille de Formigny. Les protestants s'emparèrent
de cette ville et saccagèrent ses édifices religieux
en1562 et en1563. La Moricière la prit pour la Ligue
en1589, et la rendit l'année suivante au duc de Montpensier.
Bayeux a été plusieurs fois agrandie et fortifiée, et
pendant plusieurs siècles cette ville passa pour une
place forte redoutable. Il s'y est tenu un concile sur
la discipline en1300.

Bayeux est le siège d'un évêché
depuis le IVème siècle et il a fusionné en
1801 avec le diocèse de Lisieux pour former le diocèse
de Bayeux-Lisieux et d'un vicomté de l'époque du duché
de Normandie jusqu'en 1749. Le XVIIème siècle
est celui du développement des institutions religieuses
sous l'impulsion de Mgr de Nesmond. Bayeux est alors
un grand chantier avec la construction du séminaire,
de l'hôtel-Dieu, du couvent des bénédictines, du couvent
des ursulines, de la charité Notre-Dame et de plus d'une
dizaine d'hôtels particuliers. Il faut dire que Bayeux
cristallise les affrontements entre calvinistes et catholiques,
les insurgés protestants deviennent maitres de la ville
en 1562 et détruisent une grande partie du patrimoine
religieux. Suite au concile de Trente, Bayeux est un
centre de la contre réforme et, entre 1615 et 1650,
on compte l'installation de cinq institutions religieuses
dans la cadre de la Contreréforme sous l'épiscopat de
François de Nesmond. La ville compte un religieux pour
dix habitants. Cette période laisse de nombreuses constructions
caractéristiques du XVIIIème siècle comme
l'hôtel de Nesmond qui abrite aujourd'hui la tapisserie
ou l'hôpital.

C'est également l'époque de l'installation
des premières manufactures de dentelle. Le développement
du travail du textile renforce alors le caractère industrieux
de la cité. Il faut attendre le début du XVIIIeme
siècle pour que la ville connaisse de profondes modifications
avec la destruction massive des remparts, le comblement
des fossés et la construction d'hôtels particuliers
témoignant du luxe de l'époque. Les années 1770 sont
marquées par deux évènements politiques important :
l’installation à Bayeux du Grand conseil de Normandie
et la mise en place dans le cadre de la Guerre d'indépendance
des États-Unis du champ de manœuvre militaire, dit camp
de Vaussieux, à ses portes. Pour quelque temps, la cité
accueille les plus hautes autorités judiciaires et militaires
du royaume.
Bayeux doit aussi sa renommé à La Tapisserie
de Bayeux qui est en fait une broderie de laine sur
une toile de lin réalisée au XIème siècle.
Sur 70 m de long et 50 cm de haut, elle conte, simplement
mais avec un luxe de détails, le pourquoi et le comment
de la conquête de l'Angleterre le 14 octobre 1066 par
Guillaume le Conquérant.
Falaise


Falaise est une ancienne ville dont on ignore l'époque de la fondation. Suivant la chronique de Normandie, Falaise était déjà un lieu remarquable en 949, soit comme ville, soit comme château. Robert Wace et Guillaume de Jumiège citent cette ville pour la première fois à l'occasion des démêlés de Richard III, duc de Normandie, avec son frère Robert le Libéral, duc d'Exmes, en 1027. Le château était dès lors une forteresse importance, où Guillaume, si célèbre depuis par la conquête de l'Angleterre, reçut le jour ; il fut souvent assiégé, résista à tous les efforts qu'on fit pour s'en emparer, ou du moins ne se rendit que par capitulation, et fut le centre de la plupart des opérations militaires jusqu'à l'époque de la réunion de la Normandie à la couronne par Philippe-Auguste.

En 1204, le roi assiégea Falaise,
qui se rendit par capitulation. Henri V, roi d'Angleterre,
s'en empara après un siège de quatre mois, le 2 janvier
1418; mais le château ne capitula qu'un mois après.
Charles VII la prit par capitulation en 1450. Cette
ville eut beaucoup à souffrir pendant les guerres de
religion : les calvinistes la prirent au mois de mai
1562, et la rendirent vers la fin de la même année ;
Coligny la reprit en 1563. Les années 1568 et 1574 y
virent tour à tour Montgommery et Matignon. En 1585,
Falaise embrassa le parti de la Ligue, qui y domina
jusqu'en 1590, époque où elle fut assiégée et prise
par Henri IV, qui en fit démanteler les fortifications.
Capitale du duché de Normandie sous le règne de
Robert le Magnifique, c'est dans cette ville que naquit
Guillaume le Conquérant dit le Bâtard, vers 1027-1028,
son père le duc Robert n'ayant pas épousé sa mère Herleva
ou Arlette, une frilla à la "more danico" locale. La
légende veut que le duc Robert ait aperçu celle-ci depuis
son château soit en train de danser, soit en train de
laver des peaux d'animaux dans la rivière (ou les deux)
dans ce qui deviendra un monument falaisien, « la Fontaine
d'Arlette ».
Vire


Vire ne fut d'abord qu'un château
dont la fondation remonte à unex époque très reculée.
Pendant les premières invasions des Normands, les habitants
des lieux voisins vinrent y chercher un abri. En 1285,
ils ceignirent la ville de fortes murailles, et son
château était si important, qu'Edouard III le démanda
pour la rançon du roi Jean. Henri Ier, roi d'Angleterre,
fit réparer et agrandir ce château. La ville fut ensuite
prise et reprise tour à tour par les Bretons, par les
Français et par les Anglais ; ces derniers en furent
chassés en 1540. Dans le XIVème siècle, Charles V, mécontent
des habitants de Coutances, qui ne cessaient d'ourdir
des trames avec les Anglais, chassa de cette ville une
partie de la population ; les exilés vinrent s'établir
à Vire et y introduisirent la fabrication des étoffes
de laine, qui a été pour la ville une source de. richesse.
Eu 1568, les calvinistes s'emparèrent de Vire, massacrèrent
une grande partie des habitants, pendirent les prêtres,
dévastèrent et brûlèrent les églises. Plus tard, la
ville embrassa le parti de là Ligue; l'armée royale
la prit et la pilla en 1590 ; le château se rendit bientôt
après.
La paix permit à Vire de réparer ses désastres.
La fabrication des draps y ramena promptement l'abondance
et le commerce. Les fortifications ont été démantelées
comme inutiles, ainsi que le château, dont il reste
des débris curieux; une partie de son site est occupé
par l'hôtel de ville et par une promenade plantée d'arbres.