Histoire de la Charente


On croit que la contrée dont se compose
le département de la Charente fut habitée originairement par
les Agesinates, tribu de la grande confédération des Santones.
Ils firent sans doute partie de l'antique expédition des Celtes
en Italie et durent contribuer aussi à la fondation de Médiolanum,
appelé aujourd’hui Milan. Toutefois malgré plusieurs dolmens
encore debout dans le pays, il n'y a rien de bien certain ni
de bien authentique dans les faits antérieurs à la conquête
romaine.
À dater de cette époque, les documents se présentent
plus clairs et plus précis. Jules César et ses successeurs firent
d'inutiles efforts pour conquérir l'affection des Santones vaincus
; c'est en vain que leur territoire fut préservé par les armes
romaines d'une double invasion des Helvètes et des Teutons ;
c'est en vain que les villes furent embellies, les arts encouragés,
le commerce protégé, la circulation facilitée par la création
de routes nouvelles ; rien ne put désarmer les rancunes obstinées
de l'esprit national. Sans parler de plusieurs séditions locales,
les Santones, qui avaient fourni un contingent de 12,000 hommes
à Vercingétorix, ne se laissèrent pas décourager par leurs constantes
défaites ; on les vit encore sous Auguste livrer à Messala Corvinus
une sanglante bataille non loin de l'Océan.

Pour chercher à déraciner cette nationalité tenace, la politique des empereurs eut recours à son moyen habituel elle changea les divisions territoriales ; de la Celtique Lyonnaise, le pays des Santones passa dans la seconde Aquitaine. La trêve fut de courte durée un siècle à peine s'écoula entre l'apaisement des révoltes du peuple conquis et les premières apparitions des barbares, ses nouveaux maîtres. Dès les commencements du IVème siècle, les pirates saxons apparaissent sur les rivages de la mer et à l'embouchure des rivières ; les Francs, dont l'heure n'est pas encore venue, menacent déjà le Nord ; les Wisigoths disputent aux Romains les régions occidentales et méridionales, dont ils finissent par rester maîtres.

C'est au milieu de ces symptômes de dissolution
et de transformation que le christianisme pénètre et s'implante
dans le pays. Il dut trouver les cœurs des Agésinates disposés
à la foi nouvelle, puisque l'Angoumois, qui avait eu pour premier
apôtre saint Martial, et pour premier évêque saint Ausone, qu'il
ne faut pas confondre avec le poète, possédait en 379 un siège
épiscopal occupé alors selon Grégoire de Tours par Dynamius.
On sait quels ravages les doctrines d'Arius, encouragées par
les princes wisigoths, exerçaient dans leurs possessions; les
évêques se liguèrent avec les chefs francs qui étaient restés
orthodoxes. Clovis exploita habilement l'alliance qui lui était
offerte. Le succès de ses armes et l'éclatante victoire de Vouillé
couronnèrent l'œuvre préparée par sa politique, et l'Aquitaine,
dont notre province faisait partie, fut incorporée dans le nouvel
empire franc.
L'existence de l'Angoumois, comme province
distincte, est constatée à cette époque par la création de comtes
qui y représentaient le pouvoir du roi et par l'acte de partage
qui suivit la mort de Clotaire. L'Angoumois entrait dans l'héritage
de Sigebert, roi de Metz, tandis que la Saintonge et l'Aunis
étaient affectés à Caribert, roi de Paris. Nous avons donné
dans l'histoire de la Guyenne où il était mieux à sa place,
le récit des longues luttes des ducs mérovingiens d'Aquitaine
avec les maires du palais qui préparèrent avec une persévérance
si habile l'usurpation de la couronne. L'Angoumois fut mêlé
à toutes ces guerres; mais le fanatisme, les traditions et l'intérêt,
qui poussèrent si avant Toulouse et Bordeaux dans cette querelle,
eurent moins d'action sur les habitants de la province qui nous
occupe; Nous n’avons pas guerre au Francs, disaient-
ils, et, trop désireux peut-être de voir la paix rétablie, ou,
du moins, trop peu scrupuleux sur les moyens d'y parvenir, ils
mirent à mort le malheureux Waïfre, le dernier et intrépide
descendant des ducs, qui, vaincu et fugitif, était venu chercher
un asile auprès d'eux. Malgré la garantie que semblait offrir
cette attitude, il paraît que Charlemagne ne regardait pas comme
sans danger le pouvoir provincial aux mains des hommes du pays
il les remplaça tous par des seigneurs francs dans le voyage
qu'il fit en Aquitaine pour y organiser sa dernière expédition
d'Espagne, dans laquelle périt Roland.
C'est à Angoulême
qu'il rassembla son armée, et parmi ses plus illustres compagnons,
l'histoire a conservé les noms des membres de trois familles
de l'Angoumois, qui s'acquirent un grand renom de vaillance
dans les guerres de cette époque c'étaient les Achard, les Tison
et les Voisin.

Lors du partage de l'empire entre les
fils de Louis le Débonnaire, Pépin, roi d'Aquitaine, institue,
en 839, des comtes pour gouverner les provinces de son royaume;
il met à la tête de l'Angoumois un seigneur d'un rare mérite
et d'une valeur éclatante, Turpion, qui devient la souche des
comtes d'Angoulême, si puissants pendant une grande partie de
la période féodale. Turpion, comme tous les fondateurs de dynastie
à cette époque, établit sa réputation et son crédit par son
zèle à défendre sa province contre les agressions étrangères
et par ses exploits contre les Normands.
Pendant trois siècles,
ses successeurs maintiennent et agrandissent la puissance de
leur maison ; guerroyant contre leurs voisins les comtes de
Saintes et de La Marche, contre les seigneurs d'Archiac et de
Bouteville étendant leurs domaines aux dépens des ducs d'Aquitaine,
comme les seigneurs d'un rang plus élevé le faisaient eux-mêmes
aux dépens de la royauté; expiant leurs méfaits trop criants,
leurs usurpations trop flagrantes par quelques voyages en Palestine
et couronnant enfin l'ambition traditionnelle de leur famille,
par le mariage du comte Geoffroy, surnommé Taillefer, avec Pétronille
d'Archiac et de Bouteville, la plus riche héritière de la Saintonge
et de l'Angoumois, en 1148.
La reconstitution sérieuse du
duché d'Aquitaine par Guillaume Tête-d'Étoupe, comte de Poitiers,
la réunion d'immenses domaines aux mains d'Éléonore, son héritière,
l'union de cette princesse avec Louis VII le Jeune, son divorce,
puis son second mariage avec Henri Plantagenet, ouvrent une
nouvelle phase de l'histoire de l'Angoumois.
Rien de plus confus, de plus variable
que la politique des seigneurs de nos provinces occidentales
pendant cette lutte longue et désastreuse de la France et de
l'Angleterre, qui commence à Louis le Jeune et ne finit qu'à
Charles VII ; les intérêts aquitains s'effacent, le sentiment
de la nationalité française n'existe pas encore; les princes
anglais, par leurs alliances par leur origine par les traités
avaient des droits trop oubliés par l'histoire, mais qui durent
ne pas être sans valeur aux yeux des contemporains; en outre,
leur valeur dans les combats, le libéralisme de leur administration
purent souvent faire illusion sur la légitimité de leurs prétentions.
On comprend donc, sans pouvoir l’excuser absolument, que dans
ce chaos, au milieu de toutes ces incertitudes, l'intérêt ait
été le guide le plus habituel des barons aquitains.
La difficulté
de la situation rend d'autant plus méritoire la conduite des
comtes d'Angoulême, qui, sauf quelques circonstances exceptionnelles,
restèrent fidèles à la cause nationale. En 1168 et 1175, Guillaume
IV prit part à la lutte des grands vassaux ligués contre Henri
II d'Angleterre.
En 1194, Aymar Taillefer s'allie à Geoffroy
de Rancon pour recommencer la guerre contre Richard Cœur de
Lion, et, quelques années plus tard, il refuse à Jean sans Terre
la main de sa fille et unique héritière, Isabelle, pour la marier
à Hugues de Lusignan, comte de La Marche. Puis, lorsque le célèbre
arrêt de confiscation est prononcé contre le monarque anglais,
pour le punir d'avoir dépouillé son neveu, Arthur de Bretagne,
Aymar, quoique déjà vieux, se met à la tête des seigneurs disposés
à assister Philippe-Auguste dans l'exécution de la sentence.
Les descendants de cet ennemi acharné de l'Anglais furent moins
belliqueux que leur ancêtre, mais ils semblent avoir hérité
de ses sympathies pour la monarchie française. Le second mariage
d'Isabelle avait réuni dans les mains des Lusignan les deux
comtés de la Marche et de l'Angoumois. Hugues XIII, qui n'avait
point d'enfants engagea la Marche à Philippe le Bel, en 1301,
pour une somme d'argent considérable et assura au roi tant d'avantages
par bon testament, qu'à sa mort le prince put écarter sans peine
les prétentions des collatéraux et réunir à la couronne les
deux provinces, en 1303.

Ce fut donc dans la personne de Hugues
XIII et de Guy de Lusignan que s'éteignit la dynastie des comtes
féodaux de l'Angoumois. Les princes qui, depuis, portèrent ce
titre ne le possédèrent que comme apanage. C'est ainsi que Charles
IV le Bel le conféra à sa nièce, Jeanne de Navarre, et que plus
tard, de 1322 à 1496, nous en voyons successivement revêtus
Charles d'Espagne, favori de Jean le Bon, le duc de Berry et
le duc d'Orléans, frère et second fils de Charles V, puis Jean
et Charles d'Orléans, héritiers du duc. Le retour de l'Angoumois
au domaine royal ne l'avait pas mis à l'abri des chances de
la guerre, qui continuait plus calamiteuse et plus acharnée;
l'épée de Du Guesclin avait bien maintenu pendant quelque temps
la domination française dans nos provinces; mais de cruels désastres
avaient succédé à ces jours de gloire.
Pendant la captivité
du roi Jean, l'Angoumois était tombé au pouvoir des Anglais;
le traité de Brétigny avait ratifié cette conquête; Angoulême
devint la capitale et le séjour habituel du Prince Noir Cette
possession fut vivement disputée pendant le règne suivant. Mais
c'est à Charles VII qu'appartient la gloire d'avoir enfin rendu
l'Angoumois à la France.
Nous n'aurons plus à compter maintenant
avec l'Étranger; ce sont des discordes civiles et les guerres
de religion qui agiteront le pays. Elles, ne se firent malheureusement
pas attendre ; à la révolte de Charles de Valois, que Louis
XI, son frère, avait placé à la tête des gouvernements de la
Guyenne, de l'Aunis et de la Saintonge, succède, sous Charles
en 1487, la conjuration de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême,
contre lequel le roi fut obligé de marcher à la tête d'une armée,
accompagné de sa sœur, Anne de Beaujeu. Le duc fit sa soumission
on lui pardonna. Il venait d'épouser Louise de Savoie et de
cette union naquit, au château de Cognac, en 1494, François,
qui, avant de régner sous le nom de François Ier,
porta comme son père le titre de comte d'Angoulême. C'est en
considération de ce souvenir qu'en 1515 il érigea en duché-pairie
le comté dont il avait été titulaire et il en fit hommage à
sa mère, qui fut la première duchesse d'Angoulême.

Les nombreux témoignages de bienveillance et d'affection que François Ier donna aux habitants de l'Angoumois, soit par l'amélioration de la navigation de la Charente, soit par l'établissement d'une université dans la capitale de la province, retardèrent ou rendirent inoffensifs les premiers progrès de la réforme religieuse; il est même permis de supposer que la lutte eût été beaucoup moins acharnée et moins sanglante dans cette contrée, si les haines n'avaient eu leur principal aliment et la guerre son point de départ dans la malheureuse insurrection dite de la gabelle. Un impôt fort impopulaire, frappé dans les circonstances les plus défavorables, détermina un soulèvement presque général dans les campagnes. La révolte trouva pour la diriger un gentilhomme d'une rare capacité, qui réunit sous ses ordres jusqu'à 50 000 hommes et fut pendant quelque temps maître de l'ancienne Aquitaine. C'était, sans doute, une immense calamité ; mais ce qui fut plus malheureux encore, ce fut de confier le soin de la répression à un homme aussi inflexible dans son caractère, aussi implacable dans sa sévérité que l'était le connétable de Montmorency. Il usa envers les insurgés vaincus de si terribles représailles ; il rendit si odieux le gouvernement au nom duquel il prétendait agir, que les populations se jetèrent avec une espèce de frénésie dans les voies d'opposition qui s'ouvrirent devant elles, et que le souvenir des atrocités dont le pays avait été le théâtre et la victime exerça une déplorable influence sur le caractère des habitants. Le calvinisme, à dater de ce moment, prit des développements formidables la noblesse, jalouse de la fortune inouïe de la maison de Lorraine, fournit des chefs à l'insurrection qui se préparait. La Renaudie, l'âme et le héros de la conjuration d'Amboise, était un gentilhomme de l'Angoumois ; les comtes de La Rochefoucauld, les barons de Duras furent des premiers à courir aux armes quand les religionnaires crurent venu le moment favorable de prendre l'offensive. C'est par la dévastation, le pillage, le meurtre et le sacrilège, que leurs premiers succès furent signalés on se vengeait du connétable ; les insurgés de la gabelle prenaient leur revanche. Les catholiques s'abandonnaient aux mêmes excès quand ils étaient vainqueurs ; les trêves, les traités de paix ne servaient qu'à masquer de nouveaux pièges et de nouvelles trahisons. L'état normal, c'était la guerre, et la guerre des grandes batailles, comme Jarnac et Moncontour, des sièges héroïques, comme ceux de Saint-Jean-d’Angély et de La Rochelle des grands capitaines, comme Condé, Coligny, Rohan, d'Aubigné, d'Anjou, La Trémouille, Matignon et les Guises. Les massacres de la Saint-Barthélemy vinrent mettre le comble à l'exaspération, et lorsque l'épuisement des deux partis, la mort de leurs principaux chefs, la politique conciliatrice de Henri IV, l'administration paternelle et éclairée de Sully ont partout ailleurs ramené le calme dans les esprits, le poignard d'un Angoumoisin, de Ravaillac, vient attester l'invincible obstination des haines et du fanatisme de sa province. C'est dans ces ferments de discorde toujours prêts à éclater, dans ces amas de rancunes toujours ardentes, que trouvèrent leur principal point d'appui et qu'établirent leur base d'opération les ambitions qui agitèrent les premières années du règne de Louis XIII.

C'est l'Angoumois et la Saintonge que
soulèvent Rohan et Soubise, à la nouvelle de l'union projetée
entre le roi et l'infante d'Autriche. C'est sur les bords de
la Charente que se rencontrent le maréchal de Bois-Dauphin et
le prince de Condé, commandants en chef des deux armées. Quatre
ans plus tard, lorsque, dans un accès de dépit, Marie de Médicis
quitte la cour, c'est à Angoulême qu'elle se réfugie, et c'est
là que Richelieu vient négocier sa réconciliation avec son fils.
La Fronde elle-même, enfin, si futile dans ses causes, inoffensive
sur tant de points, d'une stérilité quasi ridicule presque partout,
prend dans l'Angoumois les proportions d'une guerre sérieuse
et aboutit à une sanglante bataille, perdue par le prince de
Condé sous les murs de Cognac en 1651. Des agitations si continuelles
et si profondes avaient depuis longtemps paralysé l'essor du
commerce dans l'Angoumois ; la révocation de l'édit de Nantes
acheva de l'anéantir. Le règne pacifique de Louis XV, les commencements
de celui de Louis XVI avaient été impuissants à réparer tant
de maux. La révolution de 1789 fut accueillie dans l'Angoumois
avec un enthousiasme universel et saluée comme l'aurore d'une
ère réparatrice. Toutes les rivalités locales s'effacèrent,
les dissentiments religieux eux-mêmes furent oubliés. Les orages
mêmes qui survinrent bientôt ne découragèrent pas les espérances
des habitants ; il existe plusieurs rapports des commissaires
de la Convention, envoyés en mission dans le département de
la Charente ils sont unanimes dans l'éloge qu'ils font de l'esprit
patriotique des habitants. Au temps des Romains la confédération
des Santones avait, comme nous l'avons dit, fourni 12,000 combattants
à l'armé de Vercingétorix ; en 1793, le seul département de
la Charente leva 10 000 hommes pour la défense de la République
menacée.
Depuis lors, le département n'a plus eu qu'un rôle passif dans les événements de l'histoire nationale. L'amélioration de sa culture, le réveil de son commerce sont des bienfaits qu'elle doit à l'organisation moderne ; l'aspect général du pays s'est déjà notablement modifié. On sent qu'une vie nouvelle circule dans ce corps rajeuni ; l'application de la vapeur a transformé, agrandi les anciennes industries et en a créé de nouvelles. À côté des papeteries de l'Angoumois, renommées depuis si longtemps, s'élèvent de puissantes usines pour la distillerie et la fabrication du fer et de l'acier. Le nombre des filatures et des ateliers de tissage augmente de jour en jour le commerce, à son tour, par son activité, par l'abondance des capitaux, et grâce au perfectionnement des voies de communication et des moyens de transport, étend d'année en année le rayon des débouchés de tous ces produits. Ce progrès, tout sensible qu'il soit, n'est à nos yeux que le début d'une véritable renaissance. Les longues misères du passé avaient placé le département de la Charente dans une infériorité relative contre laquelle protestent et les ressources de son sol et le génie de ses habitants. Cette surexcitation que nous avons indiquée, cette marche accélérée vers les conquêtes de l'avenir, ne s'arrêtera que quand la Charente aura repris sa place parmi les plus avancés et les plus favorisés des départements de la France. Le caractère des habitants se dépouille petit à petit de tout ce qui pourrait faire obstacle à la réalisation de nos espérances; cette paresse contemplative, jointe à une grande instabilité dans les goûts et à un vif amour des plaisirs, ces tendances superstitieuses s'alliant à un scepticisme religieux, toutes ces inconséquences signalées par les vieux auteurs n'existent plus guère dans les villes, si elles se manifestent encore au fond de quelques campagnes partout on semble avoir conscience de l'avenir, et l'homme s'harmonise avec la nature qu'il embellit et qu'il féconde.
La Charente Anglaise
Le duché d'Aquitaine constitue
l’héritage d'Aliénor d'Aquitaine qui épouse le roi de France
Louis VII en 1137, puis s’en sépare et se remarie en 1152 avec
Henri Plantagenêt, futur Henri II d'Angleterre. Le duché d'Aquitaine
dont fait partie la Charente passe alors sous domination de
l'Empire Plantagenêt. La politique d'Henri II d'Angleterre provoque
des révoltes. Il confie le duché à son fils Richard Cœur-de-Lion,
qui se révolte par la suite ; Aliénor est emprisonnée et ses
fils vaincus. En 1181, à la mort de Vulgrain III, Henri II confisque
le comté d'Angoulême. Richard Cœur de Lion meurt en 1199 et
c'est son frère Jean sans Terre, qui a enlevé pour l’épouser
la dernière descendante des comtes d'Angoulême, Isabelle, qui
lui succède. Philippe Auguste est appelé par Hugues IX de Lusignan,
père du fiancé d'Isabelle, et le souverain prononce la confiscation
des terres de Jean sans Terre qui a refusé de se présenter à
lui. La rive droite de la Charente est reprise à Jean sans Terre
entre 1204 et 1210. Toute la Charente est ravagée, des dizaines
de châteaux brulés.
Jean sans Terre meurt en 1216 et Isabelle
épouse son premier fiancé Hugues X de Lusignan. À la mort en
1217 de son père, le comte Aymar, dernier représentant des Taillefer,
Isabelle hérite du comté d'Angoulême. En 1241, le roi Louis
IX donne à son frère Alphonse les comtés de Poitiers et d'Auvergne.
Les troubles durent jusqu'à la paix signée en 1258. À la mort
du dernier Lusignan en 1308, le roi Philippe IV le Bel met ses
biens sous séquestre. En 1317, Jeanne de France, la fille de
Louis X le Hutin, reçoit le comté d'Angoulême en compensation
de son éviction de la succession au trône de France. Elle l'administre
jusqu'à sa mort en 1349 mais le comté ne revient pas à son fils
car le roi le lui échange contre d'autres terres. La guerre
de Cent Ans entre rois de France et d’Angleterre commence en
1337. La première phase est close en 1360, par le traité de
Brétigny : toute la Saintonge et l'Angoumois reviennent aux
Anglais. Le Prince Noir séjourne fréquemment à Angoulême, Bouteville
et Cognac ; il y est entouré d'une cour brillante et l'Angoumois
connait quelques années de paix jusqu'aux troubles dus à un
impôt exceptionnel, le fouage, voté en 1363 et reconduit en
1367. Les Français commencent la reconquête en 1369. En 1372,
Angoulême ouvre ses portes à l'armée royale et Charles V lui
accorde en 1373 une charte de commune avec un maire et douze
échevins, semblable à celle obtenue par Cognac à l'époque de
Jean sans Terre et renouvelée par Charles de La Cerda, comte
d'Angoulême, en 1352. Cognac est repris en 1375 et la rivière
fait alors office de frontière. De nombreuses églises sont alors
fortifiées. Après une trêve quelques années, les châteaux charentais
sont repris un par un, Archiac et Bourg-Charente en 1385, Merpins
et Châteauneuf en 1386, Jarnac en 1387. Certains sont pris et
repris plusieurs fois. Il n'y a pas de vraie frontière mais
un enchevêtrement de fiefs contrôlés par l’un ou l’autre des
belligérants, ou par leurs alliés. En 1416, la place forte de
La Roche-Chandry est reprise aux Anglais et rasée ; en 1417,
celle de Barbezieux ; en 1445, celle de Bouteville. En Charente,
la guerre se termine en 1453 par la prise de Chalais, année
qui sonne la fin de l'Aquitaine anglaise . La Charente est ravagée,
et la présence anglaise laisse des traces durables dans les
esprits.
La ville d'Angoulême a perdu la moitié de sa population
(en partie lors de la peste noire de 1400 à 1407), certains
villages ont été désertés et les terres laissées à l'abandon,
le commerce a diminué, les foires ont disparu, les moulins tombent
en ruine.
Alors certains seigneurs proposent des conditions
avantageuses à qui veut reprendre le travail agricole comme
tenancier (un sillon sur dix pour le seigneur). En 1445, le
comte Jean, otage en Angleterre depuis 1412, revient et trouve
un château de Cognac abandonné en très mauvais état et en commence
la reconstruction en 1450. Il reconstitue son comté, lui assure
le retour de la prospérité d'où son surnom du bon comte Jean.
Il le lègue à son fils Charles de Valois en 1467. Avec sa femme
Louise de Savoie, ils font de Cognac un centre intellectuel
et artistique.
Angoulème

La ville, tenue par les Wisigoths, adeptes
de la version arianiste du christianisme est assiégée une première
fois par Clovis en 507 après Vouillé, puis prise en 508, miraculeusement
selon Grégoire de Tours et Adémar de Chabannes. Au cours de
la bataille, cependant Clovis aurait été gravement blessé à
une jambe, sans doute une fracture. Le fait est rapporté par
la tradition, et sur une tour de la 2e enceinte figure une jambe
sculptée qui est dite « jambe de Clovis ». Lors de son passage
à Angoulême, après avoir fait passer la garnison au fil de l'épée,
Clovis fit abattre l'ancienne cathédrale wisigothe dédiée à
Saint-Saturnin pour en rebâtir une nouvelle, portant le nom
de Saint-Pierre. Seuls subsistent de cet édifice primitif deux
chapiteaux sculptés en marbre qui encadrent la baie d'axe dans
l'abside de l'actuelle cathédrale.
Au VIIème
siècle saint Cybard est resté reclus, dans une grotte située
sous le rempart nord d'Angoulême, en prolongement du Jardin
Vert, ce qui provoque la création de la première abbaye, l’abbaye
Saint-Cybard, alors que la création de la première abbaye de
femmes, l’abbaye Saint-Ausone se fait sur la tombe du premier
évêque de la ville.
En 848, Angoulême est pillée par le
chef viking Hasting. En 896 ou 930 la ville subit une nouvelle
attaque des envahisseurs vikings. Mais cette fois ils se heurtent
à une résistance efficace.
Guillaume Ierr, troisième
comte d'Angoulême, à la tête de ses troupes, leur livre un combat
décisif. Au cours de cet engagement, il aurait fendu à mi-corps,
d'un magistral coup de taille le chef normand Stonius, ainsi
que son casque et sa cuirasse. C'est cet exploit qui lui aurait
valu le nom de Taillefer, que portent tous ses descendants jusqu'à
Isabelle d'Angoulême, dite également Isabelle Taillefer, épouse
de Jean Sans Terre.
Du Xème au XIIIème
siècles, les comtes d'Angoulême, les Taillefer puis les Lusignan,
renforcèrent les défenses de la ville et les agrandirent en
englobant le quartier Saint-Martial. En 1110, l'évêque Girard
II fait ordonner la construction de la cathédrale actuelle.
Le 18 mai 1204 une charte est signée par Jean Sans Terre,
roi d'Angleterre pour rendre officielle la création de la commune
d'Angoulême. Le roi « concède aux habitants d'Angoulême de garder
les libertés et justes coutumes de leur cité et de défendre
leurs possessions et leurs droits ». En 1308 à la mort de Guy
de Lusignan, le comté d'Angoulême revient à la couronne de France.

En 1360, suite au traité de Brétigny,
la ville, comme tout l'Angoumois passe aux mains des Anglais.
Du 16 au 22 octobre 1361, Jean Chandos, lieutenant du roi Edouard
III d'Angleterre et connétable d'Aquitaine, chargé d'appliquer
le traité en particulier en Angoumois, prend possession de la
ville, de ses châteaux, du « mostier » (monastère) Saint Pierre.
Il reçoit les serments de fidélité au roi d'Angleterre des principales
personnalités de la ville. Le comté d'Angoulême est donné à
Louis d'Orléans frère du roi Charles VI en 1394 puis transmis
à son fils Jean d'Orléans (1400-1467) grand-père de Marguerite
d'Angoulême et de François Ier. Le Bon comte Jean
d'Angoulême agrandit magnifiquement le château comtal lors de
son retour de captivité anglaise au milieu du XVème
siècle. Angoulême, siège d'un comté, l’Angoumois, parvient avec
lui à une branche de la famille de Valois dont est issu François
Ier, roi de France de 1515 à 1547, né à Cognac en
1494. En 1524, le navigateur italien Giovanni da Verrazzano
revient des Indes. Il annonce à François Ier avoir découvert
un nouveau territoire qu'il a nommé Nouvelle Angoulême en son
honneur. Ce territoire devient par la suite la Nouvelle-Amsterdam,
puis New York.
Jean Calvin, promoteur du protestantisme et
ami de Jean du Tillet, archidiacre d'Angoulême, obligé de fuir
Paris en 1533, se réfugie à Angoulême et dans les grottes de
Rochecorail à Trois-Palis. Il y rédige une partie de l'Institution
de la religion chrétienne dont la première édition est publiée
en latin à Bâle en 1536. Angoulême est touchée par la révolte
des pitauds : en 1541, la gabelle est imposée à la Saintonge
et à l’Angoumois. Ces provinces ne payaient cet impôt sur le
sel. La révolte éclate autour d’Angoulême, et les paysans des
campagnes environnantes prennent la ville en juillet 1548
Lors de la première guerres de religion, la ville prend les
armes : elle est reconquise en 1563 par Montpensier. En 1565,
Charles IX passe dans la ville lors de son tour de France royal
(1564-1566), accompagné de la cour. En octobre 1568, la ville
est prise par les protestants. Henri III fut dans sa petite
enfance duc d'Angoulême. Il en a laissé une description peu
flatteuse « Les rues d'Engolesme sont tortes, les maisons sans
ordre, les murailles bâties de diverses sortes de maçonneries
qui montrent qu'elle a été faite en plusieurs fois et souvent
prise et ruinée » En 1588, le maire d'Angoulême François Normand
seigneur de Puygrelier reçoit l'ordre d’Henri III d'arrêter
le duc d’Épernon, gouverneur d'Angoumois. Il mène l'assaut qui
est repoussé et il meurt le 10 août 1588. En 1619, Marie de
Médicis en fuite y est reçue par le duc d’Épernon, gouverneur
de l'Angoumois. Ensuite le château ne fut que la résidence des
gouverneurs.
Cognac
Au XIIIème siècle, les armes
de Cognac, sur un sceau communal représentaient un cavalier
et sa monture, allant vers la droite, sur un champ rempli de
petites rosaces. Il avait pour inscription :"S.MAIORIS ET COMMUNIE
DE COMPNIACO". Le cavalier qui était représenté n'était pas
un chevalier. Il s'agissait du maire, vêtu d'un vêtement court,
et coiffé d'un chaperon , (capuchon couvrant la tête et les
épaules). Il avait dans sa main droite un bâton de commandement,
ressemblant à une massue. De son autre main, il conduisait son
cheval. Le maire étant en même temps chef de la milice urbaine,
une petite épée passée à son côté gauche était là pour rappeler
cette fonction.
Le futur roi de France François Ier
voit le jour à Cognac en 1494 .Sa mère Louise de Savoie séjourne
alors au château des Valois. Plus tard, le souverain accordera
à la ville le privilège du commerce de sel par la rivière, assurant
à Cognac un premier développement. La ville a été administrée
par des gouverneurs dont les premiers furent Jean de Brémond
de Balanzac de 1504 à 1514 puis Jacques Chesnel.

La révolte des pitauds atteint Cognac en 1548. Quelques années avant, en 1541, la gabelle avait été imposée à la Saintonge et à l’Angoumois. Ces deux provinces étaient auparavant exemptées de cet impôt sur le sel. La révolte gronde puis éclate près d’Angoulême, et Cognac finit par être prise par les révoltés pendant l’été. Les gouverneurs suivant seront Pierre de Montalembert en 1557 et Duch d'Asnières mis en place par les protestants en 1562. Il Calvin avait trouvé refuge à Angoulême en 1553. Sa présence dans la région facilitera très tôt la propagation de la Réforme à Cognac. Lors de la première des guerres de religion, la ville prend les armes : elle est reconquise en 1563 par Montpensier. En 1565, Charles IX y passera lors de son tour de France royal (1564-1566), accompagné de la Cour. En 1570, la paix de Saint-Germain, signée entre le roi Charles IX et l’amiral Gaspard II de Coligny, octroie aux Protestants quatre places fortes : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité-sur-Loire. En 1610, un certain Jacques Roux fait commerce d'une eau-de-vie qui semble être l'origine du cognac actuel. En 1651, Cognac soutient un siège contre la Fronde menée par Condé, la ville sera sauvée tardivement par l'arrivée des troupes royales. En récompense elle reçoit des privilèges du roi Louis XIV.
Confolens
La région était peuplée dès l'époque
préhistorique, comme en témoignent de nombreux monuments mégalithiques.
Mais il n'est fait mention de Confolens qu'au XIème
siècle. Confolens était située sur l'ancienne voie romaine d'Angoulême
à Bourges par Argenton, à l'endroit où elle traversait la Vienne.
L'agglomération de Confolens a été créée par les seigneurs de
Chabanais, et elle était séparée en deux par la Vienne et chaque
rive dépendait d'un diocèse différent, Limoges à l'est, Poitiers
à l'ouest. Au XIIème siècle, des fortifications furent
édifiées pour protéger la principauté de ses puissants voisins
: les comtes de la Marche et du Poitou. Confolens fut le siège
d'une commanderie de l'ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit
aux XIIème siècle et XVIIIème siècle ;
la chapelle a servi aux pénitents blancs en 1656. Au XVIème
siècle, elle s'émancipe de la tutelle de Chabanais.
La construction
des halles affirme son rôle de plaque tournante entre la côte
qui fournit le sel, l'Angoumois et la Saintonge qui donnent
leurs vins et le limousin, fournisseur de cuir et de bois. La
baronnie qu'elle est devenue est érigée en comté en 1604 par
le roi Henri IV. Au XVIIème siècle, trois établissements
religieux importants sont construits en périphérie des zones
alors urbanisées de Confolens : le couvent des Récollets, le
couvent des Clarisses et la maison des sœurs de la Charité.
En 1714, l'élection de Confolens, jusqu'alors rattachée à la
généralité de Limoges, revient à la généralité de Poitiers,
alors que la baronnie de Champagne-Mouton quitte l'élection
de Niort pour gagner celle de Confolens. Mais le faubourg du
Goire reste dans la généralité de Limoges. En 1764, le consulat
de Confolens est supprimé et remplacé par une mairie et des
échevins. Ces charges sont électives jusqu'en 1774, puis établies
à titre d'offices. Une délibération du corps de la ville de
Confolens, en date du 5 avril 1777, indique que le pont Vieux
était défendu par trois tours dites de Saint-Maxime, du Mi et
de Saint-Barthélemy.
Jarnac
Jarnac : Cette petite cité de Charente est devenue célèbre pour y être la dernière demeure de François Mitterrand, Président de la République de 1981 à 1995. Elle est aussi célèbre pour un fameux duel qui, s'étant déroulé dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye restera dans l'histoire sous le nom de "Coup de Jarnac"
Ce qui a rendu rendu le nom de Jarnac
historique, est la bataille que se livrèrent non loin de ses
murs, sur les bords du ruisseau de Bassac, les armées catholiques
et protestantes. Le duc d'Anjou, qui régna depuis sous le nom
de Henri III, commandait les catholiques ; il franchit le ruisseau
qui séparait les deux armées avant que Coligny, son adversaire,
eût eu le temps de rallier ses forces éparses; les trois corps
principaux dont elles se composaient furent défaits successivement.
Condé, qui en commandait un, blessé la veille par une chute
de cheval et portant le bras en écharpe, arriva le dernier sur
le terrain. Au moment où il rejoignait Coligny, la monture de
son beau-frère, le comte de La Rochefoucauld, lui cassa la jambe
par une ruade. Sans s'émouvoir de ce nouvel accident, présage
sinistre du sort qui l'attendait « Allons, noblesse française,
s'écria-t-il en s'adressant à 300 gentilshommes environ qui
l'entouraient et auxquels il montrait sa jambe, voici le combat
que nous avons tant désiré; souvenez-vous en quel état Louis
de Bourbon y entre pour Christ et sa patrie. » C'était une allusion
à la devise de sa cornette Doux le péril pour Christ et le pays.
Puis il s'élança au milieu de la mêlée il fut bientôt entouré
par ses ennemis, dont le nombre ne lui laissait aucune espérance
de salut ; ses compagnons lui conseillaient la retraite « A
Dieu ne plaise, répondit-il, qu'on dise jamais que Bourbon ait
fui devant ses ennemis. Obligé cependant de céder à la masse
des assaillants, il se rendit à d'Argence, gentilhomme qui devait
la vie à ce prince et qui fit tous ses efforts pour sauver la
sienne ; mais, ayant été reconnu par les compagnies du duc d'Anjou
et voyant ces troupes marcher à lui, il dit à d'Argence « Je
suis mort, tu ne me sauveras jamais.» En effet, Montesquiou,
capitaine des gardes du duc d'Anjou, arrive « Tuez, tuez, »
s'écrie-t-il en jurant, et lui-même, d'un coup de pistolet,
il casse la tête au malheureux prince. Des deux côtés, l'acharnement
était extrême. Un vieillard calviniste nommé La Vergne défendit
le corps du prince avec vingt-cinq jeunes gens, ses fils, petits-fils
et neveux, jusqu'à ce que lui-même et quinze des siens fussent
tués et presque tous les autres faits prisonniers.
Le duc
d'Anjou déshonora sa victoire par la joie la plus indécente
et les vengeances les plus ignobles il se fit apporter le corps
du premier prince du sang attaché sur une vieille ânesse, et
il l'insulta par les plus lâches quolibets. C'est à ce propos
que courut le mauvais quatrain si souvent cité
«
Lan mil cinq cent soixante-neuf, Entre Jarnac et Châteauneuf,
Fut porté mort sur un âne le grand ennemi de la messe. »
Il y a quelque chose de triste et de répugnant à voir
un poète famélique célébrer, même dans de mauvaises rimes, un
véritable assassinat mais combien n'est-il pas plus affligeant
encore de voir le fanatisme religieux égarer les meilleurs esprits
au point d'inspirer à Ronsard lui-même des vers tels que ceux-ci,
à propos de la défaite des protestants à Jarnac :
« Ils ont été foudroyés,
Poudroyés
Sur les bords de
la Charente;
Charente, qui prend son nom D'Achéron,
A
leurs esprits sert de guide
Et d'esbat pour traverser
Et passer
Au rivage Achérontide. »
Jarnac est
situé au milieu d'un charmant paysage, sur la rive droite de
la Charente, que traverse en cet endroit un pont suspendu d'une
construction hardie, élégante et solide. Aucun vestige ne reste
du vieux et magnifique château de Jarnac, construit en 1467,
ni des magnifiques jardins qui l'entouraient mais on voit encore
quelques restes des anciens remparts. La ville est bien bâtie
elle possède de nombreuses distilleries ; il s'y fait un commerce
considérable de cuirs, de bestiaux, de bons vins rouges, et
surtout d'eaux-de-vie dites de Cognac, qui se distillent dans
les communes environnantes.
La Rochefoucauld

La Rochefoucauld (Rupes -Fucaldi), est
le berceau de la puissante famille qui a illustré ce nom. Cette
terre avait depuis longtemps déjà le titre de baronnie, lorsqu'en
1515 elle fut érigée en comté en faveur de François Ier
de La Rochefoucauld, chambellan des rois Charles VIII et Louis
XII, assez estimé à la cour pour avoir eu l'honneur de tenir
sur les fonts baptismaux François 1er de Valois,
qui devint depuis roi de France.
Trois siècles après, l'influence
toujours croissante de la maison de La Rochefoucauld déterminait
l'érection de l'ancien comté en duché-pairie. Le seigneur le
plus illustre de cette famille fut François VI, prince de Marsillac,
né en 1613. Sa liaison précoce avec l'ambitieuse duchesse de
Longueville le lança de bonne heure dans la politique, fort
agitée à cette époque. François fut un des héros de la Fronde
; au combat du faubourg Saint Antoine, il reçut un coup de mousquet
qui le priva de la vue pendant quelque temps. Il était jeune,
il était amoureux, il fut poète. On se rappelle encore ces vers
tirés d'une de ses tragédies bien oubliées aujourd'hui, Alcfonée
« Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux,
J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurois faite aux dieux »

La transparence de l'allusion en explique le succès mais ce n'est pas la poésie qui devait faire la gloire de cet esprit froid et observateur, de ce cœur un peu sec, c'est l'auteur des Maximes surtout, que la France a adopté parmi ses illustrations littéraires. Il a un autre titre encore à la reconnaissance de la postérité il ne se contenta pas d'encourager les lettres par son exemple, sa maison fut grande ouverte à toutes les célébrités de son temps Racine, Boileau, Mme. de Sévigné et de La Fayette, trouvèrent au château de La Rochefoucauld une hospitalité digne d'eux. Le parc, dont les ombrages ont abrité ces glorieux talents, est aujourd'hui la promenade publique de la ville. Le vieux manoir, qui date du moyen âge, est d'une architecture remarquable il est flanqué de quatre grosses tours rondes à combles pyramidaux, dominés à leur tour par un donjon plus élevé et qui paraît d'une construction beaucoup plus ancienne. Le parc et le château ne sont pas les seules curiosités de la ville on y remarque, en outre, deux anciennes églises, l'une du XIème et l'autre du XIIIème siècle, et un vieux pont sur la Tardoire.