Histoire de La Charente Maritime


La Charente Maritime est un territoire où deux entités se distinguent : Le Saintonge et L'Aunis.
Les deux provinces d'Aunis et de
Saintonge, dont a été formé le département de la Charente-
Inférieure, faisaient partie, avant l'invasion romaine,
du pays habité par les Santones. Les Santons possédaient
une capitale, Mediolanum, aujourd'hui Saintes, et un port
très fréquenté, Portus Santonum, sur l'emplacement duquel
les géographes ne sont pas plus d'accord que les historiens.
Jules César trouva le pays occupé par les Kymris, qui
avaient refoulé la nation des Galls derrière la grande chaine
de montagnes qui se prolonge diagonalement des Vosges à
l'Auvergne. L'illustre conquérant entreprit d'asseoir la
domination romaine parmi ces populations qu'il défendit
contre deux invasions des Helvétiens et des Teutons. Mais
rien ne put désarmer la haine des vaincus pour les vainqueurs.
Punis de leur complicité dans la révolte des peuples de
l'Armorique par la perte d'une partie de leur flotte, dont
César employa les vaisseaux contre les Vénètes, les Santons
s'associèrent aux patriotiques efforts de Vercingétorix
et lui fournirent un contingent de 12 000 soldats. La sanglante
journée d'Alésia ne les découragea point encore ; sous l'empereur
Auguste, nouvelle révolte ; nouvelle victoire des Romains
commandés par Messala Corvinus.

D'autres insurrections ayant succédé
à ces tentatives, le gouvernement impérial essaya d'y mettre
obstacle en détachant le territoire des Santons de la province
lyonnaise et en l'enclavant dans l'Aquitaine seconde.
Les Romains eurent à peine le temps d'apprécier les
résultats de cette combinaison ; les Wisigoths et les Saxons
vinrent leur disputer leur conquête ; le général Nommatius,
qui, pour surveiller le pays, avait établi ses cantonnements
dans l'île d'Oléron, était sans cesse harcelé par ces pirates
qui, en 419, restèrent maîtres du terrain. Ils le gardèrent
moins d'un siècle ; en 507, Alaric, leur chef, fut vaincu
à Vouillé par Clovis, qui le poursuivit jusqu'aux Pyrénées
et ajouta cette contrée au nouveau royaume des Francs.
L'établissement du christianisme dans ce pays avait précédé
la conquête franque. À la fin du Ier siècle,
saint Eutrope, premier évêque des Saintongeois, envoyé par
saint Clément, avait subi le martyre près de Mediolanum;
l'Angoumois avait eu aussi son apôtre dans la personne de
saint Ausone, qu'il ne faut pas confondre avec le poète
son homonyme; sous Constantin, les vieilles idolâtries avaient
presque complètement disparu, et, en 379, Grégoire de Tours
nous apprend qu'Angoulême était un siège épiscopal occupé
par Dynamius. Sous les princes de la première race, l'ancienne
province des Santons, incorporée au duché d'Aquitaine, passa
successivement des rois d'Orléans aux rois de Soissons,
des rois de Metz aux rois de Paris et aux rois de Bourgogne.
Aucun fait d'un intérêt général ne se rattache à cette époque
pleine de confusion. Nous devons noter seulement, comme
épisode local, l'usurpation de l'aventurier Gondebaud, qui,
profitant des divisions suscitées par la lutte des deux
reines Frédégonde et Brunehaut, se fit proclamer roi de
plusieurs provinces, au nombre desquelles étaient l'Aunis
et la Saintonge. Le gouvernement de ces contrées était alors
confié à des comtes ou ducs, dont les noms mêmes ne sont
pas parvenus jusqu'à nous, à l'exception cependant de celui
d'un certain Waddon, qui doit sa célébrité à sa complicité
dans les méfaits de Gondebaud.

L'établissement de la dynastie carolingienne
fut signalé par les invasions des Sarrasins, refoulés par
Charles-Martel et par Charlemagne.
Dans le partage de
l'empire, en 835, la Saintonge et l'Angoumois échurent à
Pépin, roi d'Aquitaine, fils de Louis le Débonnaire ; Landry
fut nommé par lui comte de Saintes ; le poste était périlleux
car à peine les derniers débris de l'armée de l'émir Abdel-
Raman étaient-ils dispersés, que le pays fut envahi par
les Danois et les Normands, qui remontèrent la Charente,
jusqu'à l'ancien Mediolanum et ravagèrent l'Aunis, la Saintonge
et l'Angoumois. L'histoire a gardé le souvenir des exploits
du comte d'Angoulême Turpion, qui défendit la contrée avec
habileté et courage contre les ennemis du nord ; c'est à
lui probablement que le comté d'Angoulême dut une prépondérance
qu'il garda, pendant plus de deux siècles, sur les provinces
environnantes.
Vers le milieu du Xème siècle,
c'est un comte de Poitiers, Guillaume Tète d'Étoupe, qui
reconstitue le duché héréditaire d'Aquitaine, dans lequel
sont enclavés l'Aunis et la Saintonge; cette dynastie se
continue sans événements importants jusqu'au mariage de
la princesse Éléonore, fille de Guillaume X, en 1137, avec
Louis le Jeune, roi de France. L'héritière des ducs d'Aquitaine
apportait en dot à la monarchie l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois,
le Poitou, le Limousin, la Marche, l'Auvergne, le Périgord,
le Bordelais, l'Agenais et la Gascogne. Elle conserva toujours
une vive affection pour la Saintonge, où elle avait été
élevée. La France doit à l'esprit éclairé de cette princesse
et à son amour pour son pays natal la rédaction de son premier
code maritime. II est connu sous le titre de Rôles ou Lois
d'Oléron ; ces lois existaient depuis longtemps en Saintonge,
mais elles n'avaient jamais été rédigées et réunies. Ce
code, qui de la Saintonge passa en Angleterre, puis dans
d'autres pays devint le droit commun de la navigation sur
l'Océan, la mer Baltique et la Méditerranée; il avait été
précédé de l'abolition sur toutes les côtes d'Aquitaine,
du droit de bris, d'aubaine et d'épave, exercé si cruellement
jusqu'alors sur les malheureux naufragés; et quand on considère
qu'aujourd'hui, en Angleterre et en Bretagne, la civilisation
moderne n'a pas toujours raison de la barbarie de ce vieil
usage, on doit concevoir une haute estime pour le caractère
d'une femme qui sut imposer une pareille réforme, et compter
à nos provinces d'Aunis et de Saintonge, comme un de leurs
principaux titres de gloire, le mérite d'avoir été les premières
à la pratiquer. Mais là ne devait pas se borner l'influence
d'Éléonore sur les provinces qui nous occupent.

Répudiée par le roi de France, la
fille de Guillaume épousa Henri Plantagenet, duc de Normandie,
comte d'Anjou et plus tard roi d'Angleterre sous le nom
de Henri II. Cette union mettait l'Anglais au cœur de la
France; c'est donc aussi d'Éléonore que nous devons dater
cette domination étrangère de trois siècles sur toute la
partie sud-ouest de notre pays; dès lors La Rochelle et
Royan furent des ports ouverts au débarquement des troupes
ennemies; l'Aunis et la Saintonge devinrent les cantonnements
d'où les armées pouvaient s'élancer sur tous les points
du territoire français, qu'un affaiblissement momentané
ou la trahison d'un grand vassal désignait aux envahissements
de l'Angleterre. Toutefois, le joug anglo-normand, aussi
lourd que honteux pour nos malheureuses populations, ne
fut point accepté sans de sanglantes protestations. Éléonore
elle-même ne vit pas sans douleur et sans indignation les
exactions des officiers fiscaux de son nouvel époux ; elle
réclama; on prétendit même qu'elle voulut mettre ses propres
fils à la tête de la révolte. Henri s'en vengea par des
supplices, des amendes, la destruction des châteaux des
barons suspects, enfin par l'emprisonnement de sa femme,
Éléonore. Ce fut le signal d'un soulèvement général ; toute
l'Aquitaine prit les armes, et Richard, fils du roi, se
mit à la tête des mécontents. Mais les princes du sang royal
sont des guides peu sûrs pour un peuple en révolte. Richard
capitula, et la Saintonge paya le prix du pardon qu'il obtint.
De nouvelles ligues vinrent témoigner encore du désespoir
des habitants, mais sans apporter aucun remède à leurs maux.
Ce même Richard, devenu à son tour roi d'Angleterre et célèbre
sous son surnom de Cœur de Lion, vint aussi châtier ses
anciens complices devenus pour lui des sujets rebelles,
que le seigneur de Taillebourg avait soulevés, comptant
sur l'appui de Philippe-Auguste et d'Aimar, comte d'Angoulême.
Après huit mois d'attente, le roi de France avait enfin
tenu sa promesse et rencontrait l'armée anglaise près du
Petit-Niort, lorsqu'au moment d'engager l'action Philippe
s'aperçut qu'il ne devait pas compter sur ses vassaux de
la province de Champagne, séduits par l'or de Richard ;
il se hâta donc d'offrir une trêve dont la durée fut fixée
d'un commun accord à dix années. Cette trêve fut pour l'Aunis
et la Saintonge une ère de paix et de prospérité. Richard
avait rendu la liberté à sa mère, il la remit en possession
de ses domaines paternels. Éléonore les administra avec
sagesse et libéralité.
C'est à cette époque que remonte
la concession des premières franchises communales auxquelles
les villes de ces provinces, et La Rochelle entre autres,
durent plus tard leur grandeur et leur importance. Pendant
le règne de Jean sans Terre, l'influence française prédomina.
Au retour de la bataille de Bouvines, Philippe- Auguste
obligea l'Anglais à regagner sa flotte, reprit la ville
de La Rochelle et se fit payer au poids de l'or une trêve
de cinq ans. Ces succès, suivis, vingt-sept ans plus tard,
de la victoire de Taillebourg, remportée par Louis IX sur
Henri III d'Angleterre, ligué avec le comte d'Angoulême
Hugues de Lusignan, auraient dû consolider d'une manière
définitive la domination française, si le traité n'eût pas
restitué à l'ennemi une partie de ce que sa défaite lui
avait fait perdre.

L'Anglais conserva en effet le duché de Guyenne et le sud de la Saintonge, qui eut deux capitales Saintes, pour le territoire anglais, et Saint-Jean-d'Angély pour la partie qui demeura française. Au reste, il faut que ce partage du sol français avec nos voisins d'outre-Manche fût accepté à cette époque comme une bien inévitable nécessité ; car, après cinquante ans de paix, nous voyons Philippe le Bel, prince d'une politique assez peu scrupuleuse, enlever par un coup de main hardi la Guyenne et la Saintonge à Édouard Ier, et les lui rendre presque sans compensation, après une occupation de quelques années. L'acceptation du joug anglais, par une partie des populations de l'Aquitaine, donna dans l'Aunis et la Saintonge, aux luttes des XIV et XVème, siècles, le double caractère de guerres étrangères et de guerres civiles; pendant deux siècles, ces deux malheureuses provinces furent un vaste champ de bataille où se heurtaient sans cesse les armées des deux nations; pas de prince, pas d'homme de guerre de cette époque, qui ne, soit venu là acquérir ou justifier sa réputalion de cruauté, d'habileté ou de courage. Nous y voyons figurer tour à tour les rois de France Jean Ier et Charles VII, les rois d'Angleterre Édouard Ier et Richard II tous les princes de leur sang, les ducs de Bourbon, de Bourgogne et de Berry; le prince Noir, duc d'Aquitaine; le comte de Lancastre et Jean, comte de Pembroke; puis le roi de Castille, Jean, allié maritime de la France Du Guesclin, Olivier de Clisson, les maréchaux de Boucicaut et de Sancerre, le Captal de Buch, le comte de Derby, Arundel, Robert Knolles et Chandos. Cependant, au milieu de cette mêlée confuse, dans cette alternative de succès et de revers, un fait important se dégage : c'est l'attachement toujours plus prononcé de la Saintonge à la fortune de la France; et, tandis qu'Angoulême devient en quelque sorte la capitale des possessions anglaises et le séjour ordinaire du prince Noir, La Rochelle ouvre ses portes et garde dans ses murs le dauphin Charles, après le désastre d'Azincourt.

L'expulsion définitive de l'Anglais
et la réunion des provinces de l'ouest à la couronne fut,
comme on le sait, l'œuvre glorieuse de Charles VII. Entre
cette époque et les guerres de religion, qui prirent un
caractère si sérieux dans ces contrées, la paix fut troublée
à diverses reprises en 1462, par une tentative des Anglais
sur La Rochelle, et, quelques années plus tard, par les
révoltes de Charles de Valois, que Louis XI fut obligé de
venir combattre et soumettre en 1472, et par celle de Charles
d'Orléans, comte d'Angoulême, qui céda, en 1487, aux armes
de Charles VIII, venu en Saintonge accompagné de Mme de
Beaujeu, sa sœur.
Louis XI, comprenant la nécessité
de s'assurer l'attachement de populations si souvent et
si longtemps soustraites à la domination française, avait
profité de son voyage pour gagner l'affection de la bourgeoisie.
Il avait confirmé et étendu les privilèges et libertés communales
de La Rochelle, Saintes et Saint-Jean-d'Angély ; Charles
VIII était resté fidèle à cette politique ; mais François
Ier crut pouvoir établir impunément, dans les
pays maritimes de l'ouest, l'impôt de la gabelle, charge
ruineuse et impopulaire. Un mécontentement sourd, mais profond,
après avoir couvé six ans, éclata en 1548 par une terrible
émeute populaire à Jonzac. Un gentilhomme du pays de Barbezieux,
Puymoreau, se mit à la tête des insurgés, dont le nombre
s'éleva bientôt à seize mille. Proclamé couronnal de Saintonge,
il s'empara de Saintes, assiégea Taillebourg, recruta son
armée de toutes les bandes d'insurgés formées dans l'Angoumois,
le Périgord, l'Agenais et le Bordelais, se vit à la tête
d'une armée de cinquante mille hommes et, pendant quelque
temps, maître de la Guyenne. On dirigea contre cette formidable
insurrection le vieux connétable Anne de Montmorency, qui
parvint à l'étouffer, mais dont la conduite impitoyable
attisa les premiers feux d'un autre incendie bien autrement
redoutable que celui qu'il venait d'éteindre. C'est au milieu
de cités ravagées par les troupes de Montmorency, parmi
les ruines des hôtels de ville démolis, sur la cendre des
chartes communales brûlées, qu'apparurent les premiers propagateurs
de la réforme religieuse. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner
de la faveur avec laquelle la nouvelle doctrine fut tout
d'abord accueillie; sans parler de ceux qui croyaient sincèrement
voir en elle un remède aux abus, tels étaient les habitants
des côtes pressurés par la gabelle, pour beaucoup c'était
leur vengeance à satisfaire, leur liberté à conquérir. La
foi protestante s'enflamma donc de toutes les passions politiques
; la guerre fut ouvertement déclarée, les églises furent
pillées et profanées. C'est surtout dans l'histoire particulière
des villes que nous suivrons les péripéties de ces luttes
acharnées qui, de 1550 à 1619, se prolongèrent sous les
règnes de Henri II, François II, Charles IX, Henri III,
Henri IV et Louis XIII, jusqu'à la prise de La Rochelle
par Richelieu. Ce que nous avons dit plus haut de l'espèce
de rendez-vous que s'étaient donné, dans les plaines de
l'Aunis et de la Saintonge, toutes les illustrations politiques
ou militaires des XIV et XVème siècles, pendant
la lutte de l'Angleterre et de la France, nous pourrions
le répéter pour le XVIème siècle, à l'occasion
des guerres religieuses. À chaque page des annales de ces
provinces ; pendant cette période, nous voyons d'un côté,
à la tête des protestants ou des ligueurs, les La Rochefoucauld,
les Châtillon, les Duras, les Condé, les La Trémouille,
les Rohan, les d'Aubigné, et en face, d'eux les Guise, les
Matignon, les d'Épernon et de Joyeuse. Un rapprochement
historique, dont il ne faudrait pas s'exagérer la portée,
mais qu'il ne nous semble pas permis de regarder comme un
jeu du hasard, peut donner une idée du fanatisme qui s'était
emparé des esprits dans ces contrées La Renaudie, l'agent
le plus actif de la conjuration d'Amboise; Poltrot, l'assassin
du duc de Guise, et Ravaillac étaient tous les trois de
l'Angoumois ou des confins de la Saintonge. Si, à ces longues
et rudes épreuves, nous ajoutons les agitations de la Fronde,
qui, par la présence de Condé, eut, sur le littoral de la
Charente, un caractère plus sérieux que partout ailleurs
si nous rappelons les désastreux effets de la révocation
de l'édit de Nantes sous Louis XIV, dans une contrée si
passionnément attachée au culte réformé le commerce ruiné,
les terres en friche, les villes désertes et les tentatives
de l'Angleterre pour exploiter toutes ces misères à son
profit, nous nous expliquerons l'enthousiasme avec lequel
fut salué dans la Saintonge et dans l'Aunis l'avènement
de la Révolution de 1789.

Haines religieuses et rivalités locales s'effacèrent devant la grandeur des circonstances.

Les deux provinces fournirent un
contingent de vingt mille soldats pour la défense de nos
frontières menacées, et, malgré le voisinage du foyer royaliste
vendéen, leur dévouement à la République ne se démentit
pas un seul instant.
C'est même la Charente-Inférieure
qui opposa sa barrière au débordement de l'insurrection
royaliste et empêcha la Vendée de donner la main à Bordeaux
et au Midi. En 1809, sous l'Empire, la flotte française
fut incendiée par les Anglais devant l'île d'Aix. Six ans
plus tard, le Bellérophon quittait cette même rade de Rochefort,
emportant vers Sainte- Hélène le grand vaincu de Waterloo.
Dans le singulier mélange de scepticisme et de naïveté qui
constitue le caractère actuel du Charentais, peut-être serait-il
permis de reconnaître à la fois et la dernière emprunte
du génie des anciens Santones et l'influence de toutes les
crises par lesquelles ont passé ces malheureuses provinces;
au fanatisme religieux a succédé une indifférence assez
générale dans les villes, et il n'en est resté dans les
campagnes qu'un fonds de croyance trop disposé à se rattacher
à de superstitieuses légendes ou à de puériles traditions.
Les ports de la Charente ont résisté bien moins encore que
Nantes et Bordeaux aux conséquences de la révolution commerciale
produite par la perte ou la décadence de nos colonies et
la concentration des affaires dans les villes qui communiquent
plus directement avec les États-Unis d'Amérique. Comme port
militaire, la position de Rochefort a été jugée moins favorable
que celles de Brest et de Cherbourg, places auxquelles il
a été sacrifié.
C'est donc surtout dans les travaux de
l'agriculture et dans les arts industriels que trouve à
s'exercer l'activité de l'habitant des Charentes. Son application,
son intelligence expliquent les résultats obtenus et sont
un sûr garant des succès de l'avenir.
D'ailleurs, le
Charentais n'a aucune ambition; il n'émigre pas pour aller
chercher fortune en dehors de son pays il se contente d'un
petit bien-être et ne croit qu'à la fortune territoriale.
Pays de propriétés divisées à l’infini, chacun possède en
Saintonge et il y a peu de grands propriétaires.
L'Aunis
C'est dans cette partie du territoire que poussait les aulnes. L'immense forêt d'Argenson recouvrait alors toute cette région. C'était le "pays des aulnes", où ces arbres avaient conquis le bord des rivières et des vallées marécageuses, mais où aussi des hêtres et des chênes avaient formé une forêt profonde et mystérieuse, inspirant la fascination autant que les superstitions. Ce sont les romains qui ont commence à défricher ces forets et ont établis certaines localités dans les clairières ainsi dégagées comme Vouhé et Saint-Georges des bois.

A partir du Vème siècle
les grandes invasions barbares sèment la désolation de toutes
ces régions, les Wisigoths prennent possession de ces territoires
avant d'être délogés par les Francs suite à la victoire
de Clovis à la bataille de Vouillé. C'est pendant le règne
carolingien que cette partie de la Saintonge fait véritablement
irruption dans l'Histoire. Son nom, pagus Alnensis, apparaît
pour la première fois en 785. Elle dépendait alors des comtes
du Poitou. Vers la fin du Xème siècle, suite
à l'effondrement du pouvoir carolingien, l'Aunis se détacha
de la Saintonge et eut pour première capitale, Châtelaillon.
Aux IXème et Xème siècles les comtes
du Poitou s'empressèrent d'abord de fortifier le littoral
de l'Aunis. Ils érigèrent la puissante forteresse de Châtelaillon
avec ses quatorze tours, afin de parer à la menace que constituait
les Vikings. Mais les incursions répétées des Normands à
l'intérieur des terres, où ils remontaient le cours des
fleuves et des rivières, créaient une insécurité encore
plus grande. C'est pourquoi le Duc du Poitou établit, dans
sa petite province, la cité fortifiée de Surgères au XIème
siècles ou encore le castrum de Benon, avec "un donjon qui
s'élevait au milieu d'une place, entourée de deux chemins
de ronde et de trois larges douves". À partir du XIème
siècle les comtes du Poitou commencèrent à s'intéresser
à l'arrière-pays de cette petite région, longtemps isolée
et délaissée, et décidèrent alors de la mettre en valeur.
Tout d'abord, ils encouragèrent l'installation de puissantes
abbayes afin de défricher l'antique forêt d'Argenson. Benon
accueillit l'abbaye de la Grâce-Dieu, qui fut la toute première
abbaye cistercienne à être fondée en Aunis, celle-ci participa
activement au mouvement de défrichement. Grâce aux moines
défricheurs, de vastes clairières furent ouvertes dans l'antique
forêt pour y fixer des villages et des cultures (blé, avoine,
orge) et y planter assez précocement la vigne. Ce puissant
mouvement monastique, relayé ensuite par les seigneurs laïcs,
participa au défrichement de l'Aunis dès le XIème
siècle.
Mais c'est surtout aux XIIème et XIIIème
siècles que cette mise en valeur, de ce qui constituera
plus tard la plaine de l'Aunis, connaîtra son plein développement.
Sur le littoral, des salines ont été aménagées et ont fait
les débuts de la richesse de l'Aunis, et à partir du XIème
siècle, assuré la prospérité de la province. Châtelaillon
devint rapidement la grande cité fortifiée de l'Aunis et
un important port par lequel transitait le sel de l'Aunis
et le vin de la Saintonge. À la suite de la chute de Châtelaillon
en 1130, La Rochelle prit rapidement de l'importance et
devint la nouvelle capitale de l'Aunis : « La chute de Châtelaillon
date de 1130, mais ce n'est qu'en 1144 que le domaine entier
de la famille Alon fut démembré. Une partie passa aux Mauléon,
en particulier la presqu'île d'Aunis sur laquelle allait
s'élever dès 1151 la nouvelle ville de La Rochelle ». Cette
petite province fut donc occupée en 1130 par le duc d'Aquitaine
Guillaume X, portée en dot par Aliénor d'Aquitaine à Louis
VII, puis, après le divorce de cette princesse, à Henri
II, roi d'Angleterre. L'Aunis fut enlevée aux Anglais par
Louis VIII en 1224, mais leur fut restituée par le traité
de Brétigny en 1360 par Jean II.

En 1374, Charles V détacha La Rochelle de la Saintonge pour en faire un gouvernement particulier qui comprit dans la juridiction Rochefort, Marennes et quelque temps Benon. C'est alors que l'Aunis apparait légalement comme une province distincte. L'Aunis était une province beaucoup plus étendue à l'époque médiévale, et elle a connu de nombreuses fluctuations de ses limites territoriales. Elle s'étendait du Marais Poitevin au nord, jusqu'à la basse vallée de la Charente, au sud. À l'ouest, elle incluait l'île de Ré, ainsi que l'île d'Aix, face à l'embouchure de la Charente. Par contre, ses terres, à l'est, ont connu des limites extrêmement variables et qui sont demeurées incertaines. Il semble bien que l'Aunis s'étendait jusqu'aux portes de Niort et incluait également la viguerie de Saint-Jean d'Angély. Lors de la création officielle de la province en 1374, pendant le règne de Charles V, l'Aunis reçoit Rochefort et Marennes, mais ses limites à l'est ne sont pas précisées. La Réforme s'y introduisit dès le temps de François Ier et y devint très puissante L'Aunis fut le dernier rempart de la résistance du parti réformé, qui ne succomba qu'avec La Rochelle en 1628.
La Saintonge

Selon la légende, les saintongeais
seraient une colonie troyenne venue après la chute d'Ilion
des rives du Xanthe, d'où la devise de la province de Saintonge
: Xantones a Xantho nomina sancta tenent.
Pendant le
Haut Empire romain, la Saintonge constitua une civitas prospère
de la Gaule romaine. La capitale de la province d'Aquitaine
seconde fut établie à Mediolanum Santonum, l'actuelle ville
de Saintes, qui bénéficia d'importants travaux d'urbanisation
: amphithéâtre, thermes, pont sur la Charente, arc votif
de Germanicus marquant l'arrivée de la via Agrippa, partant
de Lugdunum , l'actuelle ville de Lyon, capitale de la Gaule
romaine. Au IIIème siècle, Saint Eutrope, mort
en martyr et originaire de Saintes, a christianisé ce territoire
qui comprenait aussi l'Aunis.
Saintes fut envahie successivement
par les Alains, les Vandales au début du IVème
siècle et par les Wisigoths en 419. En 507, elle fut conquise
par Clovis avec le reste de l'Aquitaine et incorporée au
Regnum Francorum. Morcelée en de nombreux fiefs, les seigneuries
les plus importantes en étaient celles de Saintes, de Saint-Jean-d'Angély,
d'Aulnay, de Cognac, de Jarnac et de Jonzac. En 565, un
Waddon est mentionné comme comte de Saintonge. Au Xème
siècle, l'Aunis est séparée de la Saintonge qui va dépendre
du sénéchal du Poitou jusqu'en 1360.
Aux XIème
siècle et XIIème siècle les sires de Châtellaillon
jouent un rôle important sur ce territoire, qui passe sous
domination anglaise en 1152, par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine
avec Henri Plantagenêt. Il fut repris en partie à Jean sans
Terre entre 1204 et 1210, Le 1er août 1242, suite
à la célèbre bataille de Taillebourg, le roi Louis IX impose
les dures conditions du traité de Pons au roi d'Angleterre.
En 1270, à la mort d'Alphonse de Poitiers, conformément
au traité de Paris de 1259, la partie sud de la Saintonge
limitée par la rive gauche de la Charente est rendue au
duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre. En 1371, elle est reconquise
dans sa quasi-totalité par Bertrand du Guesclin, et en 1375,
elle est officiellement réunie à la couronne de France par
le roi de France Charles V. Cet acte symbolique ne met cependant
nullement fin à l'anarchie qui règne dans les campagnes
ni aux combats entre Français et Anglo-Aquitains,
De
1542 à 1549, elle connut de sérieuses révoltes contre la
gabelle, jusqu'à l'édit de Henri II, roi de France. À partir
des années 1550, les idées de la Réforme se développèrent
rapidement et le protestantisme y devint très actif, avec
La Rochelle, dans l'Aunis voisin, devenue une des capitales
et place-forte des protestants. La paix de Saint-Germain-en-Laye,
le 8 août 1570, reconnaît d'ailleurs La Rochelle comme une
des quatre places de sûreté accordées aux Protestants. Les
années 1570 à 1590 furent marquées par les terribles guerres
de religion, et de 1593 à 1595 eu lieu la première révolte
des Croquants. Signé en 1598 par le Henri IV, roi de France,
l'Édit de Nantes apporta une vingtaine d'années de paix,
jusqu'en 1620. Saint-Jean-d'Angély tombe en 1621, face à
Louis XIII roi de France, et en 1628 après le siège de la
Rochelle, la Saintonge est de nouveau regroupée avec l'Aunis
dans une Généralité. Dans les années 1630 à 1650, la guerre
de Trente Ans fit des ravages et fut accompagnée de révoltes
paysannes contre les nouveaux impôts de 1629 à 1643: les
Croquants. De 1650 à 1653, la Fronde des Princes touche
la Saintonge et provoque la misère des campagnes. Les années
1660 connaissent une reprise des persécutions à l'égard
des protestants, qui aboutissent en 1685, à la révocation
de l'Édit de Nantes, qui verra le début de l'exode de nombreux
huguenots vers le Nouveau Monde, et l'arrivée de Fénelon,
chargé de la conversion des protestants locaux.
Saintes

Vers 494-96, Clovis mène une expédition
jusqu’à Saintes, alors dans le domaine des Wisigoths11.
La ville est franque après Vouillé (507), avant d'être rattachée
à un éphémère royaume aquitain. En 732, la ville est incendiée
par le général Abd al-Rahman, chef des armées musulmanes,
dont la chevauchée n'est interrompue que par les armées
de Charles Martel. Quelques années plus tard, en 778, Saintes
est intégrée à un nouveau royaume d'Aquitaine créé par Charlemagne
au profit de son fils Louis le Pieux. En 844 la ville est
attaquée par les Vikings. Elle est prise et ravagée une
première fois l’année suivante, puis de nouveau en 848 par
le chef viking Hasting. C'est une période noire : la ville
n'a plus d’évêque entre 864 et 989 ; de plus, son dernier
comte, Landri, est tué en 866 et n’est pas remplacé
Les envahisseurs installent une base à Taillebourg qui leur
permet de razzier tout le pays environnant.

Le tombeau de Saint-Eutrope devient au XIème siècle une étape du Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans la seconde moitié du XIèème siècle, le comte-duc Guillaume VIII de Poitiers concède des franchises au bourg de Saint-Vivien, et son fils Guillaume le Troubadour fait de même pour le bourg Saint-Eutrope. Au XIIème siècle, le poète Pierre de Saintes acquiert une certaine renommée ; il fait l'éloge dans un de ses textes de la cité. Saintes est coupée en deux à partir de 1271 : la rive gauche est dévolue au roi d'Angleterre, et le faubourg Saint-Pallais aux Français19. La partition dure jusqu'en 1360 lorsque les Anglais ont la mainmise sur toute la ville. En 1360, suite au traité de Brétigny, la ville, comme toute la Saintonge septentrionale, repasse aux mains des Anglais. Du 11 au 14 octobre 1361, Jean Chandos, lieutenant du roi Édouard III d'Angleterre et connétable d'Aquitaine, chargé d'appliquer le traité de Brétigny dans la région, prend possession de la ville. Les « consuls » lui en remettent les clefs, ainsi que celle du pont. Jean Chandos les remet à Jehan de Boursy qui est nommé gouverneur. Puis Jean Chandos reçoit les serments de fidélité au roi d'Angleterre des principales personnalités de la ville. En 1372, Du Guesclin reprend toutefois la ville qui redevient intégralement française en 1404. Le XVème siècle est une période de calme relatif durant laquelle plusieurs chantiers importants ont lieu : la cathédrale Saint-Pierre est reconstruite, Louis XI donne à la ville le statut municipal et permet l'édification d'un nouveau clocher à Saint-Eutrope en 1472. La révolte des pitauds éclate en 1548 : en 1541, la gabelle est imposée à la Saintonge et à l’Angoumois. Ces provinces ne payaient cet impôt sur le sel. La jacquerie éclate près d’Angoulême, et se propage rapidement.

Saintes est prise par les révoltés
pendant l’été
Les guerres de religion frappent Saintes
à la fin du siècle du fait de la présence de nombreux protestants
dans la région. Le succès de la Réforme à Saintes est facilité
par les carences et les abus du clergé local, critiquées
par le Parlement de Bordeaux. C'est ce même parlement qui
organise la répression contre les protestants dès 1546.
Bernard Palissy, l'un d'entre eux, a vécu durant cette époque
difficile, durant laquelle les bâtiments religieux sont
soit endommagés — en particulier la cathédrale, alors toujours
en chantier — soit démolis pour renforcer les remparts —
c'est le cas du couvent des Cordeliers. La situation géographique
de la ville, située à la limite de la zone d'influence protestante
de La Rochelle et de celle du bastion catholique qu'est
Bordeaux, fait que Saintes ne peut échapper aux conflits.
En mai 1562 les huguenots saccagent plusieurs églises, mais
les déprédations demeurent relativement limitées.
Saintes
est reconquise par les catholiques en octobre ; elle redevient
protestante au cours de la troisième guerre avant de repasser
aux mains du roi en octobre 1579. Les dégâts sont considérables,
surtout pour les récoltes qui sont ruinées. Si la ville
ne subit plus directement de combats jusqu'en 1598, sa situation
est préoccupante, puisqu'elle sort ruinée des conflits.
Et, si, après la signature de l’Édit de Nantes, une nouvelle
période de paix s'instaure, la ville ne croît pas en importance
dans les domaines économique et administratif. Le conflit
a brisé les progrès qu'elle avait initié depuis le milieu
du XVXIème siècle, et l'aménagement défensif,
massif durant les guerres puisque considéré comme une priorité
absolue, en modifiant le visage de la ville, a sonné le
glas de sa possibilité à se développer et à s'étendre pour
de nombreuses années.
Le Palais de justice de Saintes
(1863) est situé sur le cours national Si son statut de
capitale de Saintonge reste assuré, Saintes est avant tout
un centre religieux, comme en témoignent le nombre important
de lieux de culte — à une quinzaine de sites principaux
s'ajoutent de nombreuses chapelles annexes — et la présence,
autour de la cathédrale, d'un quartier canonial.

De nombreux ordres religieux s'y
sont également installés pour revitaliser l'Église selon
les préceptes du concile de Trente. Saintes reste une petite
ville, dont la population, dans les années 1750, est estimée
entre 7 000 et 8 000 habitants. Son rôle judiciaire prend
néanmoins de l'importance à partir du XVIIème
siècle. L'époque est marquée par la contrainte, pour la
population, d'impôts très importants, qui affaiblit du même
coup l'économie, de même que le départ des protestants,
après la Révocation de l'Édit de Nantes le 15 octobre 1685.
La vie intellectuelle est assez limitée, les imprimeurs
rares, et la ville ne possède aucune bibliothèque publique.
Quant à la topographie urbaine, elle reste essentiellement
moyenâgeuse. Avec la construction de l'hôtel du marquis
de Monconseil en 1730, édifié à l'emplacement d'une enceinte
occupant auparavant les quais, une nouvelle impulsion est
donnée à la ville. Ainsi, vers la fin du XVIIIème
siècle, Saintes se dote d'un urbanisme moderne grâce à Guéau
de Reverseaux, intendant de la généralité de La Rochelle.
Celui-ci établit, avec l'ingénieur Duchesne, un nouveau
plan de voirie et fait percer des grands axes permettant
de contourner la ville, dont celui qui porte son nom.
Saint-Jean-d'Angély
C'est sur l'emplacement d'une villa romaine que des ducs d’Aquitaine, construisent une résidence ainsi qu'une chapelle, En 817, un monastère est fondé par Pépin Ier d'Aquitaine pour abriter la relique de saint Jean-Baptiste. En 860, les Vikings, installés à Trelleborg (futur Taillebourg), font une incursion à Saint-Jean-d'Angély, détruisent le monastère et égorgent les moines. En 1010, une abbaye est fondée à la place du monastère par les bénédictins de Cluny, assurant ainsi le développement de la ville. Au Moyen Âge, Saint-Jean-d'Angély devient une étape sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, entre Aulnay et Saintes. Entre le XIIème siècle et le XVème siècle, la ville est tantôt anglaise tantôt française. Des libertés communales sont octroyées à la ville par Aliénor d'Aquitaine et son fils Jean Sans Terre en 1199 puis par Philippe-Auguste en 1204. Elle est assiégée par les troupes de Jean II le Bon en 1351. En 1360, suite au traité de Brétigny, la ville, comme toute la Saintonge septentrionale, repasse aux mains des Anglais. Du 8 au 11 octobre 1361, Jean Chandos, lieutenant du roi Edouard III d'Angleterre et connétable d'Aquitaine, chargé d'appliquer le traité de Brétigny en particulier en Basse Saintonge, prend possession de la ville et de son château. Le maire Jehan de Marteaux lui remet les clefs. Jean Chandos les lui rend au nom du roi d'Angleterre. Il fait de même avec Tassart de la Venue, châtelain du château. Puis Jean Chandos reçoit les serments de fidélité au roi d'Angleterre des principales personnalités de la ville. Il nomme Jeffren Michel prévôt de la ville. En 1372, Patrice de Cumont, maire de la ville, meurt en chassant définitivement les Anglais hors de la ville. Dès le XIIIème siècle, le monastère s'enrichit grâce au commerce du vin de Saint-Jean. Ce vin était consommé dans l'Europe du Nord grâce à son acheminement par mer jusqu'au port de Damme en Belgique où subsiste encore la maison de Saint-Jean-d'Angély. Une autre source d'enrichissement était le commerce du sel, l'abbaye possédant des salines sur la côte. En février 1462, le roi Louis XI (1423-1483) étant à Saint-Jean-d'Angély accorda des grâces et des prérogatives à cette ville, en raison de sa fidélité envers les rois de France, notamment celle du temps de la guerre de Cent Ans ainsi que la confirmation des lettres patentes au monastère de Saint-Jean-d'Angély. Il confirma de nouveau les privilèges de la ville, à la suite de la mort du duc de Guyenne, son frère.

Saint-Jean-d'Angély devient une place
forte protestante pendant les guerres de religion. En 1568,
l'abbatiale gothique est détruite par les huguenots. Puis
Saint-Jean-d'Angély est assiégée en 1569 par Charles IX.
Le 5 mars 1588, le prince de Condé, chef des protestants,
meurt soudainement à Saint-Jean-d'Angély. Sa femme, Charlotte
de La Trémoille, est soupçonnée d'avoir fait empoisonner
son mari après l'avoir trompé. Charlotte rejoignait à cheval
tous les jours son fils tout juste né, futur Henri II, par
le chemin de Saint-Jean-d'Angély à Villeneuve-de-Mazeray
qui fut baptisé le chemin de la princesse.
Après l'assassinat
du roi Henri IV en 1610 et à l'instar de plusieurs provinces
du midi de la France, l'Aunis et la Saintonge connaissent
une série de brèves escarmouches entre 1615 et 162015. Le
rapprochement avec l'Espagne, puissance ultra-catholique
— concrétisé par le mariage du roi Louis XIII avec l’infante
Anne d'Autriche (1615) — passe mal auprès des calvinistes,
le décret rétablissant le libre exercice du culte catholique
en Navarre (1617) vaut au roi les protestations des réformés.
Devant la résistance du parlement, le souverain décide de
marcher sur la Navarre (1620), au grand scandale des protestants
qui ne tardent pas à se soulever. Les villes d'Aunis et
de Saintonge ne sont pas les dernières à entrer en rébellion,
forçant le roi à se porter devant les murs de Saint-Jean-d'Angély.
Après avoir installé son quartier général au château de
Vervant, Louis XIII, courroucé, décide de réprimer la cité
angérienne qu'il a déjà tenté de soumettre au moyen de la
conciliation en septembre 162016. La ville, défendue par
Benjamin de Soubise, est encerclée par les armées royales,
fortes de 3 500 hommes16, commandées par Louis XIII en personne.
Débutant le 21 mai 1621, le siège dure jusqu'au 24 juin,
et se solde par la capitulation des révoltés, l'abolition
des privilèges communaux et la destruction des remparts.
La répression est si terrible que la ville est débaptisée
et porte pendant un temps le nom de Bourg-Louis. La cité
perdit ainsi une grande partie de sa population et fut ruinée.
La paix revint avec Louis XIV qui pardonna à la ville et
lui redonna son nom originel. La prospérité ne revint qu'au
XVIIIe siècle avec le commerce des eaux de vie du cognac
dont la production était exportée par la Boutonne qui servit
de voie d'eau jusqu'à Tonnay-Charente, considéré alors comme
l'« avant-port de Cognac ».
Jonzac

On a retrouvé dans la commune La
première mention du château de Jonzac date de 1059. L'inscription
1449 sur le château atteste de sa reconstruction au XVème
siècle à la suite des destructions engendrées par la guerre
de Cent Ans. Dans les années 1570, Jonzac devint une place
huguenote, et connut un essor économique important (foire,
marché aux porcs, halle aux grains). La révocation de l’édit
de Nantes en 1685 a contraint de nombreux jonzacais à fuir
vers Bordeaux et aux Antilles.
Jonzac devint chef-lieu
d'arrondissement en 1800 et la prospérité de la ville commence
à se faire grâce au commerce du cognac. Le chemin de fer
arrive à Jonzac en 1870 depuis Saintes. La fin du XIXème
siècle verra Jonzac subir une crise économique à la suite
des ravages du phylloxera sur le vignoble du cognac.
Durant la seconde guerre mondiale, l'un des plus importants
dépôt de munition de la face Atlantique se trouvait dans
les carrières d'Heurtebise. Sa destruction par sabotage
le 30 juin 1944 fut orchestrée par la résistance. Durant
l'opération Pierre Ruibet se sacrifia pour déclencher la
destruction. Son compagnon Claude Gâtineau fut arrêté et
fusillé le lendemain
Rochefort

Rochefort était une partie de la
ligne de défense de la côte d'Aunis et de Saintonge et de
la vallée de la Charente. Le château de Rochefort, isolé
dans la boucle de la Charente n'a apparemment pas joué d'autre
rôle que celui de surveiller le fleuve et de percevoir des
droits sur le trafic fluvial. Il a cependant été attaqué
et repris ou racheté plusieurs fois au cours des siècles.
À la fin du XIIIème siècle la famille de Rochefort
s'éteint avec Gilbert de Rochefort, chevalier. Sa tante,
vend alors le domaine à Philippe le Bel qui est intéressé
car le domaine se situe à cette époque sur une frontière
naturelle avec les possessions du roi d’Angleterre. Mais
avec le traité de Brétigny en 1360, Rochefort ne tarde pas
à passer aux main d'Édouard III d'Angleterre, et ce jusqu'à
ce que Charles V le reprenne en 1372. Il reste dans le domaine
royal jusqu'en 1462, date à laquelle il est confié aux mains
des puissantes familles de Coétivy et de la Trémoille.
En 1537, Rochefort revient à nouveau dans le domaine royal.
Henri IV vend le 11 septembre 1599, la terre de Rochefort
à un petit seigneur, Adrien de Lauzeré, 1er valet de chambre
du roi, qui en offre 35 568 écus. Ses héritiers le conservent
jusqu'en 1665. Aux alentours de 1660, la marine française,
créée par Richelieu est en mauvais état, elle ne compte
plus que quelques navires capables de prendre la mer. Louis
XIV charge alors Colbert de Terron de trouver un lieu sur
la côte Atlantique capable d'accueillir un arsenal qui devienne
un lieu de « refuge, de défense et d'approvisionnement ».
Après la tenue à Brouage d'une commission, Rochefort est
choisi en décembre 1665.

Plusieurs raisons ont conduit au
choix de ce site : la situation est à la fois au milieu
de la façade Atlantique, au fond d'une grande rade protégée
par plusieurs îles, offre une protection contre un bombardement
des bateaux en construction par les flottes ennemies, hollandaise
et anglaise ; le roi veut remplacer, en retrait de à La
Rochelle, le port de guerre Brouage qui s'est ensablé ;
la présence de vasières en eau douce est propice à l'échouge
des navires ; les propriétaires des deux sites qui sont
d'abord préférés parce qu'ils sont plus proches de l'embouchure,
Saint-Nazaire et Soubise, refusent de se défaire de leur
seigneurie en faveur du roi. Jacques Henry, seigneur de
Cheusse, seigneur par sa femme de Rochefort, refuse aussi
car il est calviniste, mais il a le statut de seigneur engagiste
du roi ce qui permet à celui-ci d'exiger son rachat à un
prix qui est fixé à 120 000 livres. la Charente et les canaux
d'acheminer des bois, des vivres, des métaux, des toiles
et des denrées depuis le Saintonge, le Périgord, le Limousin
qui sont des pays riches.
En 1666, sur ordre de Louis XIV, les restes du château de
Rochefort furent rasés, dans le but de créer un arsenal
militaire pour abriter la flotte du Ponant. Le choix de
Rochefort fut un compromis entre les propriétaires de deux
villes préalablement choisies, Fouras et Tonnay-Charente
; Colbert de Terron sut convaincre le conseil du roi de
choisir à mi-chemin entre ces deux villes, à Rochefort.
L'arsenal est donc construit, accueillant ateliers et magasins.
Le bâtiment de la corderie royale est alors construit. La
ville se développe alors rapidement sous l'impulsion de
Colbert de Terron, puis de Michel Bégon de 1688 à 1710 où
la construction navale se fait à un rythme très soutenu
(près de 49 navires jusqu’en 1692 et environ 350 bateaux
au total). Bégon embellit la ville. En 1677, l'eau est amenée
par canalisation en bois depuis Tonnay-Charente pour les
besoins de la population grandissante. Cependant à l'usage,
l'arsenal est difficile à exploiter. Les 12 milles nautiques
le séparant de la rade sont une très bonne protection, mais
les méandres du fleuve et sa faible profondeur posent de
gros problèmes aux plus gros navires. Il est nécessaire
de décharger les vaisseaux de leur artillerie, de l'eau
potable et des munitions jusqu'à la rade. Le halage se faisant
à la force des bras, il faut 3 marées dans le meilleur des
cas pour sortir le bateau et l'amener jusqu'à l'ile d'Aix.
À partir de 1766, on utilise des forçats pour ce travail.
Les canons sont ensuite chargés à l'ile d'Aix, l'eau douce
à Saint-Nazaire-sur-Charente (une fontaine d'eau potable
est créée en 1676), l'embarquement se faisant à Port-des-Barques.
L'étalement des infrastructures est générateur de retard,
de surcouts et de complications. L’État royal est très mauvais
payeur : après avoir attendu leur salaire pendant plusieurs
mois, les ouvriers s’insurgent, arrêtent le travail, et
mettent le siège devant l’intendance. La situation se répète
avec les calfats et les charpentiers en 1717 et 1719.

Au XVIIIème siècle, la ville se dote d'immeubles cossus, comme l’hôtel Mac Nemara aménagé par Jean-Baptiste Mac Nemara, qui commence par acheter en 1719 à Rochefort un immeuble urbain, et qui fut lieutenant de frégate et enseigne d'une compagnie de marine, puis chef de division d'escadre et vice- amiral, puis lieutenant général des armées navale. Rochefort a été le site de nombreuses écoles de la marine et de l'armée, à commencer par ce qui va devenir l'école navale. La première compagnie de gardes-marines est crée par Mazarin en 1655, réformées par Colbert en 1670, dissoute en 1671, reconstituée en 1672, en partie à Rochefort. Avec l'École spéciale d'hydrographie fondée dans les principaux ports à l'initiative de Richelieu, la compagnie des gardes-marine assure la formation et l'apprentissage des futurs officiers de marine, dont beaucoup vécurent à Rochefort. En 1683, trois compagnies de cadets-gentilhomme sont créées à Brest, Rochefort et Toulon. Les deux premières prendront le nom définitif d'école navale lorsqu'elles seront rétablies en 1810 à Brest, et en 1816 à Angoulême, puis réunies définitivement à Brest en 1830. De nombreuses autres écoles ont été implantées à Rochefort par la suite.. Un bagne est ouvert à Rochefort en 1777, qui faisait partie des trois "grands bagnes" du royaume avec Toulon et Brest. On y enfermait les prisonniers condamnés à vie. Il fut fermé en 1854. La mauvaise récolte de 1788 conduit à des émeutes et des boulangeries sont pillées à Rochefort le 28 avril 1789.

Les officiers de la Marine nationale
étant restés majoritairement royalistes, la Terreur est
particulièrement sévère : les représentants en mission à
la Rochefort Lequinio et Laignelot font guillotiner 52 prévenus,
dont 19 officiers de la marine. Témoin des changements radicaux
de l’époque : on compte 63 divorces sur la période. Après
le 9 Thermidor, la Convention envoie Chauvin-Hersant qui
épure le tribunal révolutionnaire. Rochefort est aussi le
point de départ d'une déportation qui a eu lieu en 1794
et 1795. Appelés les martyrs des pontons de Rochefort, les
déportés étaient 829 prêtres. Parmi eux, 274 ont survécu.
Pons

Pons situé sur la rive droite de la Seugne qui s'y partage en plusieurs bras, est une ville ancienne qui se divise en deux parties bien distinctes, la haute ville ou les Aires, qui est aussi appelée Saint Martin et la basse ville, que l'on nomme Saint Vivien. Elle était autrefois fortifiée et avait un château, dans lequel le roi Louis IX, après la bataille de Taillebourg, en 1242, reçut à merci Hugues de Lusignan, comte de la Marche, et sa femme Isabeau d'Angoulême, veuve en premières noces du roi d'Angleterre Jean sans Terre. Une partie de ce château est aujourd'hui convertie en hôtel de ville et il en reste un donjon de forme rectangulaire, haut de 31 mètres et protégé par des contreforts, classé comme monument historique. Elle devint une des places de sûreté des protestants. Le gouverneur Châteauneuf avait résolu de s'y défendre vigoureusement ; mais, privé des poudres et des munitions que l'assemblée de La Rochelle lui avait promises et qui ne purent passer, et ayant appris la prise subite de Saint-Jean-d’Angély, d'accord avec les habitants, ce gouverneur se résolut à envoyer des députés au roi et fit sa soumission. C'est alors que Louis-XIII fit démanteler la place, en 1622. Les seigneurs de Pons portaient le titre de sires et ne relevaient que du roi. C'est cette ville qui a donné son nom à une des plus nobles familles de la Saintonge. Les sires de Pons étaient très riches ils prenaient le titre de comtes de Marennes, princes de Mortagne, barons de Mirambeau ; ils exerçaient leurs droits féodaux sur 52 paroisses et plus de 250 fiefs nobles. Parmi les plus célèbres, nous citerons Renaud V, tué à la bataille de Poitiers ; Renaud VI, commandant pour Charles VII des armées françaises en Poitou et en Saintonge, qui conquit sur les Anglais Cognac, Marans, Saint Maixent, Royan ; et Antoine de Pons, sur lequel les protestants s'emparèrent de la ville en 1568, malgré des prodiges de valeur ; dernier de sa race, il maria sa fille Antoinette à Henri d'Albret, comte de Miossens, qui hérita de ses biens.

Fort Boyard
Au XIXème siècle, c’est Napoléon Ier qui donna l’ordre de débuter les travaux de construction du Fort Boyard sur l’Atlantique. Initialement conçu comme un lieu de défense de la baie de la Rochelle, le Fort perd son utilité et devient une prison.