Histoire de la Côte-d’Or


Par sa position géographique, la richesse
et l'étendue de son territoire, l'importance de ses villes,
le département de la Côte-d'Or est celui dans lequel se caractérise
le plus la physionomie historique de l'ancienne Bourgogne.
Avant la conquête romaine et l'invasion des Burgondes, qui ont,
laissé leur nom à la province où ils s'installèrent, cette contrée,
comprise dans la Gaule celtique était habitée par les Lingons,
tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les
Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France
actuelle.
La religion, les mœurs des Lingons étaient celles
des autres peuples de la Gaule; ils croyaient à l'unité de Dieu
et à l'immortalité de l'âme; ils avaient une espèce de royauté
élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et
militaire, était, en beaucoup de cas, subordonné à l'autorité
religieuse du grand prêtre, chef des druides.
L'esprit belliqueux
et entreprenant de ces populations les avait souvent entrainées
dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants
avant d'être conquis à leur tour en 590 ans avant l'ère chrétienne,
Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohême et la Bavière,
et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l'est
de l'Italie.

Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léononius et Lutarius, avaient pénétré jusqu'à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Lingons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d'Imola et de Budrio. Lorsque l'invasion des Helvètes ; les menaces d'Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Éduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu'ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l'indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l'union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires Lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l'indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l'exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d'avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

Les Lingons s'attachèrent plus étroitement
à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d'habileté
recruter ses légions parmi ceux qu'il venait de vaincre. Ils
combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule,
si Vercingétorix enchainé, figurèrent dans le cortège du triomphateur,
on vit aussi plus d'un Gaulois quitter ses braies pour revêtir
la toge du sénateur.
C'est par les séductions de la paix
que César voulait achever l'œuvre de ses victoires. Les provinces
gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande
douceur. On n'enleva aux populations ni leurs terres ni leurs
droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres
et par des honneurs nouveaux, des dignités qu'ils avaient perdues.
L'agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu'en Italie,
la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire,
même sur l'Océan. Aussi les luttes du second triumvirat n'eurent-elles
aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste
continua la politique de César. Il fit plusieurs voyages et
de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre
les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les
villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et
magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d'habileté
qu'à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements,
la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions
de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées
de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri
et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d'autres éléments que
l'influence d'une civilisation corruptrice et le contact des
races abâtardies de la Rome des Césars.
Le seul épisode qui
mérite d'arrêter les regards dans cette longue période de servitude
et d'abjection est l'audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement
héroïque d'Éponine, son épouse. L'incendie du Capitole, qui
avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques
vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine.
Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus,
leur compatriote, qu'on prétendait issu de Jules César. Ceux
de Trèves se joignirent à eux mais les Séquanais et les Autunois,
dont Sabinus avait autrefois pris d'assaut la capitale, marchèrent
contre les révoltés et les défirent quant aux Lingons, ils se
réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70,000
hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C'est vers cette époque, au moment même
où l'œuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à
apparaitre les premiers symptômes de régénération. On fait remonter
à la fin du IIème siècle les premières prédications
de l'Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et
la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres
les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après
avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé
l'Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de
Pothin et d'Irénée, s'avancèrent jusqu'à Autun, et de là se
partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays.
Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien.
Andoche et Thyrse, ses maitres dans la foi, périrent à Saulieu,
et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne
de Marc-Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde
de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à
l'Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin
son pasteur. Pendant que ces germes de salut se développaient,
pendant que cette force inconnue grandissait dans l'ombre, rien
ne saurait donner une idée de l'horrible confusion au milieu
de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions
nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement
des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se
précipitait dans le christianisme comme dans un refuge ; mais
ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter
à la foi nouvelle la force d'expansion nécessaire à la reconstitution
d'une autre société ; c'est alors qu'arrivent les barbares.
Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent
des Alpes, pénètrent jusqu'en Espagne, jusqu'en Afrique, sans
que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d'autres
traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière
eux s'avance lentement une lourde armée de géants ; c'étaient
les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales
; Procope et Zosime les disent également Germains d'origine
et de nation vandale. Voici le tableau qu'en a tracé le savant
et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée « Ces
peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte
; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation,
les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et
sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils
n'avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l'hospitalité
et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n'avaient pour
arme que la framée, espèce de lance ou de hallebarde, la fronde,
l'épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour
se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours
armés, usage qu'ils conservèrent après leur conquête. On dit
qu'ils portaient la figure d'un chat sur leurs boucliers, emblème
de la liberté qu'ils voulaient conserver partout. Ils avaient
des chefs, mais ils n'avaient point de maitres. Ces chefs, qui
prenaient le titre de hendin, furent d'abord électifs. Leur
autorité n'avait d'autre terme que celui du bonheur de la nation.
Ils n'étaient pas seulement comptables de leurs fautes personnelles,
ils l'étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux
de la nature. On les déposait lorsqu'ils avaient perdu une bataille
ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité.
Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife,
nommé sinist, était perpétuel; son pouvoir surpassait celui
du hendin, et s'étendait au droit de punir les coupables le
respect des peuples le mettait lui-même à l'abri de toute révolution.
»

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l'Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s'établit sur la rive droite, où il demeura jusqu'en 407. C'est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ils avaient entendu parler d'un Dieu puissant dont le culte s'était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes. Quoiqu'on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d'origine, devenu tuteur d'Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l'aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situés entre le haut Rhin, le Rhône et la Saône. Impuissant à leur résister, le patrice Constance général d'Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d'hôtes et de confédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s'étaient emparés. Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était kendin lors du passage du Rhin en 407, et qu'on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol : les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C'est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée. Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d'abord Genève, qui était alors au centre de ses États; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maitre d'Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435. Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin, Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s'opposant à leur passage; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d'Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent cette rude secousse.

C'est de ce règne que date la répartition
territoriale et cette législation bourguignonne si profondément
enracinée dans les mœurs du pays que, dans plusieurs de ses
parties, elle a continué à régir la province jusqu'à la Révolution
de 1789. Gondioc se fit nommer patrice par les Romains, et obtint
du souverain pontife le titre de fils. II réunit à sa couronne
le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste
de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que
son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut
à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses
vastes États. La Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud,
patrice et maitre de la milice dès 473, arbitre des destinées
de l'empire qu'il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain
indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule.
Le bien qu'on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée
fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent
entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé
de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des
violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que
ne saurait justifier l'histoire. Les représailles, au reste,
ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric,
un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève,
la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé
au massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue
la femme de Clovis, chef des Francs.
Cette princesse poursuivit
avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu'elle
semblait s'être Imposée, usant de toute l'influence qu'elle
exerçait sur son époux pour l'armer contre son oncle, suscitant
les scrupules du clergé de Bourgogne contre l'arianisme qu'avait
embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises ,envenimant
toutes les haines contre celui dont elle s'était promis la perte.
Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques
et lassa pour un temps cette implacable hostilité. L'histoire
de son règne peut se diviser en deux parties la période belliqueuse,
toute remplie des luttes dont nous venons d'énoncer l'origine
et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l'organisation
administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne.
C'est
dans cette dernière surtout qu'il faut chercher les titres de
Gondebaud aux souvenirs de l'histoire; il compléta, dans un
esprit remarquable de justice et d'humanité, l'œuvre commencée
par son père il réunit ses ordonnances modifiées et les édits
nombreux qu'il rendit lui-même dans une espèce de code devenu
célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel
l'agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes
relevées, d'innombrables établissements ecclésiastiques fondés,
marque l'apogée de la monarchie de Gondicaire.
Gondebaud
mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond
et Gondemar mais l'inaction de l'un et la faiblesse de l'autre
rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde
et à l'ardeur conquérante des Francs.

En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent
leurs forces et envahirent la Bourgogne une seule bataille leur
livra le pays. Gondemar alla s'enfermer dans Autun, où il tenta
de résister aux fils de Clotilde; mais ce dernier effort fut
si peu vigoureux, si peu retentissant, qu'en enregistrant sa
défaite, l'histoire reste muette sur les destinées du vaincu.
En lui s'éteint la race de Gondicaire avec lui finit le royaume
de Bourgogne qui avait duré 120 ans. Les princes francs se partagèrent
les dépouilles de Gondemar ; Théodebert, roi de Metz, eut Besançon,
Langres, Chalon Genève et Viviers. Childebert, roi de Paris,
et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu'au moment
où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères.
Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua
un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils,
Gontran, possesseur en outre d'Orléans et du territoire de Sens.
Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales
de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule
figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs
qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde,
et de Brunehaut. Le peuple l'aimait, disent les chroniques du
temps quand il approchait d'une ville, les habitants allaient
au-devant de lui avec des bannières en criant Noël! Après sa
mort, il fut mis au nombre des saints; et, cependant, on rapporte
que la dernière de ses trois femmes la belle Austrégide, lui
ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux
médecins, parce qu'ils n'avaient pas eu l'habileté de la guérir,
il eut la faiblesse d'accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que
c'est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes
et, s'il faut accepter qu'il fut le meilleur roi de son temps,
écrions-nous avec l'historien que nous avons déjà cité :«
Quels rois, quel siècle, quelles horreurs! »
Childebert,
sans changer son titre de roi d'Austrasie, hérita de la plus
grande partie de la haute Bourgogne, qu'il conserva seulement
trois ans et quelques mois. Thierry son second fils est 10 deuxième
prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne
et d'Orléans il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule
; l'histoire de son règne n'est qu'un tissu de trahisons, de
massacres et d'atrocités de tout genre. Il meurt subitement
à Metz d'un flux de sang, à l'âge de vingt-six ans, après en
avoir régné dix-huit, et précédant de quelques mois seulement
dans le tombeau sa terrible aïeule, dont-fait justice à son
tour Clotaire II, fils de Frédégonde. La première apparition
des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne
de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu
de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent
à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion
de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par
le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu'à la fin
du IXème siècle, époque de la constitution des grands
établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.
Charles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse
bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis
le Germanique; mais toutes les leçons de l'expérience étaient
perdues pour ce prince incapable.

Son fils, Louis le Bègue, ne comprit
pas davantage la nécessité de réunir en faisceau les forces
éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion
et l'anarchie augmentèrent encore, le morcèlement du territoire
ne rencontra plus d'obstacle.
Trois nouveaux royaumes furent
formés avec les débris de l'ancien royaume de Bourgogne : celui
de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au
concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane,
par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888; et
celui d'Arles, composé des deux premiers, en 930.
Quant à
la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement
des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à
nous occuper. L'origine des premiers ducs de Bourgogne était
illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme
à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales,
un de ces hommes auxquels il n'a manqué qu'un autre théâtre
pour que l'histoire les mette au rang de ses héros. Richard
le Justicier, comte d'Autun, était fils de Beuves, comte d'Ardenne,
frère de Boson, roi de Provence, et sa sœur Richilde avait épousé
Charles le Chauve en 870. Sans vouloir nier ce que ces hautes
alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu'il fut
surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué
au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises
de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son
frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom
des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette
ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires
de Mâcon. Après s'être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont
il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde
avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre
Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans
les-plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré
dans la Bourgogne et dévasté Bèze remporta de nouvelles victoires
sur eux, avec l'aide des Auxerrois conduits par leur évêque
Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive
auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en
911. Étant à l'agonie, et les évêques l'exhortant à demander
pardon à Dieu d'avoir versé tant de sang humain « Quand j'ai
fait mourir un brigand, répondit-il, j'ai sauvé la vie aux honnêtes
gens, la mort d'un seul ayant empêché ses complices de faire
plus de mal. » Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa
femme Adélaïde, sœur de Rodolphe Ier, roi de la Bourgogne
transjurane, trois fils Raoul son successeur, qui devint ensuite
roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent
au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans l'ordre
suivant après Richard Raoul le Noble, qui fut roi pendant la
captivité de Charles le Simple à Péronne il eut pour successeur
son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille ainée à
Othon, fils de Hugues le Grand, Hugues le Noir, second fils
de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort
de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier; il en
fut dépossédé par Louis d'Outre-mer au profit de Hugues le Blanc
ou le Grand, cinquième duc. On connait la haute fortune de cette
maison pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France
sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement
le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri
fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes
et d'une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé
un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie
des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait
à la succession de Henri le roi Robert neveu paternel du duc,
revendiquait de son côté l'héritage comme étant son plus proche
parent; la guerre éclata; enfin, après treize ans d'une lutte
indécise et ruineuse l'intervention de l'évêque d'Auxerre amena
un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué
à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de
Dijon.
Par une singulière coïncidence, à peu près à la même
époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au
domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s'éteignait,
après cent cinquante ans de durée dans la personne d'Eudes,
comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad Il. Des débris
de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie,
de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté le reste fut réuni
par Conrad à l'Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants
de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de
Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu'il possédait
sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d'Autun, la
capitale du duché qu'il donna à son fils Henri.
Le règne
de Robert forme donc une des époques les plus importantes de
l'histoire de Bourgogne démembrement et fin du second royaume
de Bourgogne; formation d'un comté et transformation du duché
bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire
qui va devenir l'apanage des princes du sang royal. Tels sont
les faits essentiels qui se rapportent à cette date.
Henri
1er, fils ainé de Robert, nommé duc de Bourgogne
en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son
frère Robert, tige d'une dynastie de douze dues, qui possédèrent
la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d'octroi
portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété
et passer à ses héritiers. Robert 1er, premier duc
de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté;
son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois;
il mourut à Fleurey-sur- Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois
ans, d'un accident tragique et honteux que l'histoire n'explique
pas. Son petit-fils, Hugues 1er, s'appliqua, par
la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier
les violences de son aïeul; il prêta volontairement serment
de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit
à six barons l'autorité de réprimer, même par les armes, les
empiétements de ses successeurs.

Après avoir remis son duché à Eudes 1er,
son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline
de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des
vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d'une lettre
que le pape Grégoire VII écrivait à l'abbé de Cluny, pour lui
reprocher d'avoir encouragé la résolution de Hugues « Vous
avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent
mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas
exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous
dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux
larmes des veuves et aux cris des orphelins. »
Les ravages
d'une peste horrible, qu'on appela le feu sacré, et la fondation
de l'ordre des chartreux par saint Bruno sont les évènements
les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa
et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102.
Hugues II,
son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l'ami de saint
Bernard et s'occupa beaucoup de pieuses fondations. L'ainé de
ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus.
Quoiqu'il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d'abord
pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d'Auxerre,
Saint- Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut,
son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins
son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu'il estimait les
bienfaits de la paix à leur juste valeur en refusant de céder
au grand entrainement qui poussait vers la terre sainte les
rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur
de ses sujets à une gloire incertaine, s'appliqua à faire régner
l'union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la
religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui
existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et
notamment la cathédrale d'Autun.
Hugues III, son fils, dont
le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion
des exemples; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins,
prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête,
il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement
d'un vœu qu'il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit
avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d'Acre,
puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il
avait constitué la commune de Dijon.
Hugues III semble revivre
dans son fils Eudes III. Aventures lointaine, exploits guerriers,
affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le
précédent. La participation à l'expédition qui plaça Baudouin
sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois
avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en
sont les dates les plus éclatantes.
Le règne de Hugues IV
fut heureusement préparé par l'habile régence de sa mère, Alix
de Vergy. Dès qu'il fut majeur, le prince confirma la commune
de Dijon, il figura comme un des douze pairs au sacre de Louis
IX, ajouta à ses domaines le comté d'Auxonne et fit reconnaitre
sa suzeraineté sur celui de Mâcon. Hugues fut un des plus fidèles
compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité
dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs
fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa
sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape
Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse
d'y accueillir, en qualité de grand inquisiteur, un cordelier,
Robert, fanatique et apostat, qui trainait avec lui une femme
perdue ; ce ne fut qu'après de nombreuses exécutions et beaucoup
de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées
Cet épisode est une tache regrettable dans l'histoire de Hugues
IV.

Après le massacre des Vêpres siciliennes, il fut chargé d'aller
secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier
de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne,
et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans
ses démêlés avec Boniface VIII. Quoique chargé de si graves
intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché un remaniement
des monnaies et d'importants accroissements de territoire classent
son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf
enfants, dont plusieurs moururent avant lui Hugues V, l'ainé
des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère,
Agnès. À peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si
court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier,
et comme date sanglante, la condamnation des templiers.
Eudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès
obtint qu'il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier
frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente
de 4,000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut
d'héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa
nièce, fille du roi défunt. L'application de la loi salique,
réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines
ses réclamations pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage,
avec 100,000 livres de dot, sa fille ainée, héritière par sa
mère des comtés de Bourgogne et d'Artois. L'accord se rétablit,
et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence
qu'il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans
cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps
a dit
En mil trois cent quarante-neuf,
De cent
ne demeuroient que neuf.
Son fils aîné était mort
trois ans auparavant d'une chute de cheval au siège d'Aiguillon,
laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres,
âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d'abord à Jeanne de
Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa
la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement,
dans l'église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les
franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie
par les calamités qu'entrainaient pour la France les envahissements
des Anglais, la Bourgogne n'était pas plus épargnée .Châtillon
avait été brulé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place
d'armes de l'ennemi tout le pays étant ou envahi ou menacé,
les trois ordres des deux Bourgognes s'assemblèrent à Beaune,
et on vota 200,000 moutons d'or, c'est-à-dire plus de 2,000,000
de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province.
Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint
l'âge fixé pour sa majorité, fixée à quinze ans, prit, en 1360,
le gouvernement du duché. À peine venait-il de contracter avec
Marguerite de Flandre l'union arrêtée depuis longtemps et de
ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon,
qu'un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup
d'espérances reposaient sur cette jeune tête ; son cœur semblait
animé des plus nobles sentiments Il vécut peu, a dit un historien,
contemporain, et fut longtemps regretté. Il fut le douzième
et dernier duc de la première race royale, qui avait régné trois
cent vingt-neuf ans.
Dès que le roi Jean apprit sa mort,
il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais
comme plus proche parent du duc Ratione proximitatis, non
coronæ nostræ hommage éclatant rendu à l'indépendance de
la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se
rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il
unit et, incorpora le duché à la couronne. Cette annexion, but
d'une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive,
la pensée de constituer l'unité française était alors encore
loin des meilleurs esprits le roi Jean, qui avait une prédilection
marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d'ailleurs
l'avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356,
et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché
de Bourgogne à titre d'apanage, réversible à la couronne faute
d'hoirs mâles, l'institua premier pair de France, dignité dont
s'étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d'Aquitaine
et de Normandie.
Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc,
en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après
avoir, selon l'usage, prêté serment de respecter les privilèges
provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les
temps étaient critiques, mais l'occasion de se poser en libérateur
n'en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à
calmer l'orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du
Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées
de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ;
il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par
ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance
par son mariage avec Marguerite de Flandre. Cette alliance ajoutait
à ses États les comtés de Bourgogne, d'Artois, de Flandre, de
Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus
redoutables de l'Europe.

Le roi de France eut recours à lui contre
les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais.
Philippe sut arrêter et contenir l'ennemi ; il triompha de la
patriotique révolte des Gantois, commandés par l'héroïque Arteveld.
Il reçut, à Dijon le roi Charles VI avec une magnificence qui
devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais,
en 1390, au prix de soixante mille écus d'or. Il envoya son
fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours
de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant
la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états
généraux, en 1392, pour gouverner le royaume.
Cette préférence,
en excitant la jalousie de la maison d'Orléans, devint la source
d'une haine irréconciliable qu'en mourant il légua, héritage
funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son
père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière,
dont la dot grossissait ses États de trois comtés le Hainaut,
la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d'un
prince habile, mais peu scrupuleux. Après avoir remis un peu
d'ordre dans les finances, compromises par les prodigalités
de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans
son cœur. Le 29 novembre 1407, Louis d'Orléans, en sortant de
l'hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau
de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d'un
gentilhomme normand, Raoul d'Octonville, écuyer du duc Jean.
La justice étant impuissante en face d'un si grand criminel,
la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne le fils du duc
d'Orléans avait épousé la fille du comte d'Armagnac, et celui-ci
se posa en vengeur du duc d'Orléans La durée de cette triste
guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la
France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d'Azincourt.
Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous
le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait
de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé
en 1416, s'allia aux Anglais, et l'abandon de Rouen fut le gage
de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périn et-Leclerc,
1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris,
où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple
égaré, qui criait sur son passage Noël ! vive le duc de Bourgogne,
qui abolit les impôts ! Mais ce triomphe fut de courte durée;
le crime appelait la vengeance; elle fut digne du coupable,
digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation
générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue,
et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont
de Montereau. L'entourage intime de Jean avait été gagné ; il
partit donc sans défiance; mais quand il se fut avancé sur le
pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du
duc d'Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur
tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean
de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans
la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu'il lui fût remis
; il le garda jusqu'à minuit, le fit alors porter dans un moulin
voisin et le lendemain à l'hôpital, où on l'ensevelit dans la
bière des pauvres. La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit
le Bon, en possession de ses États à l'âge de vingt-trois ans.
Il était à Gand lorsqu'il apprit la fin tragique de son père.
Brulant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée
de grands seigneurs, à laquelle il invita le roi d'Angleterre,
qui était à Rouen. C'est là que fut préparé, pour être conclu
à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec
Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de
l'étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en
démence.

Philippe, qui par la fin de son règne
racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de
tout ce qui se trama et s'exécuta contre la France. Son excuse
est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ;
mais on ne peut même pas lui faire un mérite de son repentir,
car son retour à la cause française fut déterminé surtout par
les outrages dont les Anglais l'abreuvèrent dès qu'ils crurent
ne plus avoir besoin de lui.
C'est en 1434, et par l'intervention
de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires
d'une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement
par le traité d'Arras, le 21 septembre de l'année suivante.
L'insolence des termes prouve à quel point la royauté de France
était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les
Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après
l'énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s'exprime
ainsi : « A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour
la compassion du pauvre peuple, due par la grâce de Dieu, je
reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. »
Hâtons-nous d'ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux
tenue, et qu'à dater de cette époque la conduite de Philippe
fut aussi irréprochable qu'elle avait été jusque-là criminelle.
La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits
de la paix devint son unique préoccupation. L'union des deux
maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage
du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine
de France, fille de Charles VII.
Lorsque Louis XI, dauphin,
quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en
Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la
couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre,
une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu'occasionna,
parmi les chefs de l'armée, la désorganisation de l'ancien système
militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint
d'eux qu'ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.
Quoique l'insubordination de ses sujets flamands le tînt le
plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours
une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l'apogée
des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien
de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu'il
n'y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne
but en vaisselle d'argent. » Ce témoignage naïf est un plus
éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa
cour et les magnificences de l'ordre de la Toison d'or, dont
on sait qu'il fut le fondateur.

Il mourut à Bruges d'une esquinancie,
en 1467, à l'âge de soixante et onze-ans; son corps fut transporté
plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi
profondément et aussi justement regrettés. Charles le Téméraire,
quoique son règne n'ait commencé qu'en 1467, suivait depuis
plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent
même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation
à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI
étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux
et ami de la paix.
Aux qualités héréditaires de sa race,
courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts
qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse
la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son
temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue
et d'obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui
étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté
ou de recourir à l'adresse pour sortir d'un mauvais pas. Il
épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance
à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France
sans paraitre soupçonner de quelle main partaient les coups
qui lui étaient portés. Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement,
mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations
et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces.
II eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité
avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui
rendit sa liberté, se contentant d'une promesse de neutralité
qu'il fut le seul à prendre au sérieux. Il s'empara des comtés
de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec
la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l'hostilité
de ce voisinage l'entraina dans une guerre dont il n'entrevit
pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut
à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en
désastre ce qui pouvait n'être qu'un échec. L'importance qu'il
avait toujours donnée aux prestiges de l'apparat, aux formes
extérieures de la puissance, devait rendre mortel l'affront
que ses armes avaient reçu; il le comprit bien, et on le vit
périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière
défaite sous les murs de Nancy. Il avait été mortellement frappé
le 5 janvier 1477 son corps, à demi engagé dans un étang glacé,
ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles
et à une cicatrice résultant d'une blessure qu'il avait reçue
à la bataille de Montlhéry, en 1465.
Avec lui finit le duché
héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq
duchés à hauts fleurons, quinze comtés d'ancienne érection et
un nombre infini d'autres seigneuries marchaient immédiatement
après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient
des princes étrangers le titre de grands-ducs d'Occident. Charles
laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie.
Louis XI s'en fit d'abord donner la tutelle puis, à force de
séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon
la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du
dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne
voulut pas y consentir c'est la faute la plus capitale qu'on
puisse reprocher à sa politique ; d'ailleurs ce mariage eût
été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit
ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année.
L'archiduc Maximilien, étant devenu l'époux de la fille de Charles
le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et remit en
question l'unité française, qu'il eût été si facile de constituer.
Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l'instinct
public le comprit et la force des choses l'amena le lien qui
venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier
qu'il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives
d'une longue lutte, malgré le péril qu'entretenait pour les
frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée
en la possession de l'étranger, malgré l'espèce de consécration
que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres,
la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès
lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le
titre de duc de Bourgogne reste attaché à l'héritier direct
de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs
aux traditions de l'histoire provinciale, la similitude de langage,
l'affinité des mœurs, la communauté des intérêts rend plus complète
la fusion des deux États. La lutte de François Ier,
et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles
de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent
à la période française des annales bourguignonnes. Les populations
furent admirables de dévouement et d'héroïsme pendant la première
de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l'Autriche
et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes
considérables, outre celles votées par les états pour la rançon
de l'illustre prisonnier de Pavie, et refusant d'accéder à la
condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-
Quint, représentant à ce sujet qu'ayant par les droits de la
couronne et par leur choix des maitres nécessaires, il ne dépendait
pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse
ajouta que si le roi l'abandonnait, elfe prendrait le parti
extrême de se défendre et de s'affranchir de toutes sortes de
domination, et qu'elle répandrait pour ce dessein jusqu'à la
dernière goutte de son sang. La fierté de ces sentiments, puisés
dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès
du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à
souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu'elle avait
été chrétienne avant tous les Français, qui ne l'étaient devenus
que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur
de la monarchie française.
Les fléaux que déchaina le fanatisme
sur tant d'autres provinces furent évités jusqu'à la déplorable
organisation des ligues catholiques, et, grâce à l'intervention
du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes
de Bourgogne-ne fut pas ensanglanté par les massacres de la
Saint-Barthélemy. Cependant l'obstination de Mayenne prolongea
jusqu'en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle
mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les
Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce
monarque fit son entrée à Dijon il assista à l'élection du maire,
jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta
de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer
le collège des jésuites.
Les dernières épreuves que la Bourgogne
eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons,
qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d'une vieille chanson,
ce qui fit désigner cette révolte, qui, d'ailleurs, fut bientôt
apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l'invasion
des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre
Richelieu et le siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les
agitations de la Fronde, auxquelles l'influence des Condé dans
la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua
presque partout l'appui des populations. Dans les époques plus
récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les évènements heureux
ou funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de
1789 y fut accueillie comme une ère réparatrice, qui devait
faire disparaitre les tristes abus financiers des derniers règnes,
et assurer à chacun les libertés que l'on réclamait depuis longtemps.
Les gardes nationales s'y organisèrent avec une rapidité merveilleuse,
et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous
l'ancien régime, elles s'unirent à celles de la Franche-Comté
et demandèrent à marcher ensemble les premières contre l'ennemi.
Le département de la Côte-d'Or fournit donc un large contingent
aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l'ennemi,
promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de
l'Europe et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon
1er, expièrent par les désastres de 1814 et 1815
les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant
appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations
de la Bourgogne.
Depuis que les luttes de l'industrie et
des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes
des champs de bataille, la Côte-d'Or, grâce au génie de ses
habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance
et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des
gloires et des grandeurs de l'ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d'Or eut d'autant plus à souffrir de l'invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d'opérations et par les Français et par les Allemands. A la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l'ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d'être abandonnée par le général Cambriels qui s'était retiré à Besançon, la résistance s'organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d'armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4ème, corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux. Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Pontailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L'ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon; les troupes qui s'opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d'un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d'accourir à la défense de la ville, ce qu'il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d'Or, il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l'ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l'Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l'ennemi près de Saint-Jean-de- Losne. A la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s'y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l'Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d'abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé par le général Cremer, les battit complètement à Arnay-Ie-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l'ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les évènements avaient marché au nord-est; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense; il était temps, car une armée de 70,000 Allemands s'avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort. Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d'abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D'habiles dispositions permettaient d'espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l'armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte d'Or, du Doubs et du Jura n'étaient pas compris dans cet armistice ; l'armée de l'Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l'ennemi qu'après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50,000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu'il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel.

Dijon

La Dijon, la celtique Divio, est la métropole
méridionale des Lingons. Une route romaine passe de l'axe sud-ouest
au nord-est, venant de Bibracte puis d'Autun vers Gray et l'Alsace
alors qu'une autre va du sud-est au nord-ouest, de l'Italie
vers le bassin parisien. Dijon est fortifié au Bas-Empire, par
une enceinte protégeant une petite superficie, de 10 hectares
La muraille romaine devient inutile lors de l'édification d'une
nouvelle enceinte au XIIème siècle, mais son tracé
a toujours été conservé et connu. Cette muraille a peut-être
été construite par Aurélien en 270-275, contemporain du martyr
de saint Bénigne, selon Grégoire de Tours qui décrit Divio et
le castrum ainsi :
« C'est une place forte munie de murs
très puissants, au milieu d'une plaine très agréable ; les terres
y sont fertiles et fécondes si bien qu'après avoir passé la
charrue dans les champs une seule fois, on jette les semences
et qu'une grande et opulente récolte vient ensuite. Au midi,
il y a la rivière de l'Ouche, qui est très riche en poissons
; du côté de l'aquilon pénètre une autre petite rivière [le
Suzon] qui, entrant par une porte et coulant sous un pont, ressort
par une autre porte ; après avoir arrosé le tour et l'enceinte
de son onde placide, elle fait tourner, devant la porte, des
moulins avec une prodigieuse vélocité. Quatre portes ont été
placées aux quatre coins du monde et trente-trois tours ornent
toute l'enceinte ; le mur de celle-ci a été édifié avec des
pierres de taille jusqu'à une hauteur de vingt pieds et au-dessus
en pierraille ; il a trente pieds de hauteur et quinze pieds
de largeur. J'ignore pourquoi cette localité n'a pas été qualifiée
de cité. Elle a autour d'elle des sources précieuses. Du côté
de l'occident, il y a des collines très fertiles et remplies
de vignes qui fournissent un si noble falerne aux habitants
qu'ils dédaignent l'ascalon. Les Anciens racontent que la localité
a été édifiée par l'empereur Aurélien »
Grégoire de Tours indique donc que l'enceinte possède trente-trois
tours dont une, en partie conservée, reste visible au 15 de
la rue Charrue, dans une petite cour. Les quatre portes sont
: la Porte aux lions, la Porte du côté de Saint-Médard, la Porte
du vieux château et la Porte au-dessus du Bourg. L'épaisseur
de la muraille, loin d'atteindre 15 pieds (4,50 m) comme l'affirme
Grégoire de Tours, ne semble pas avoir dépassé 2 mètres. La
création ou le développement de Dijon remonte au séjour de la
VIIIème légion Augusta en 69, mais la ville a très
bien pu n'être fortifiée que sous Aurélien (270-275)


Les évêques de Langres établissent temporairement leur résidence à Dijon après le sac de Langres par les Vandales entre 407 et 411. Leur influence permet l'édification d'édifices religieux et notamment d'un groupe cathédral composé de trois bâtiments : Saint-Étienne, Sainte-Marie et Saint-Vincent. Deux basiliques sont ensuite élevées par saint Urbain (actuelle église Saint-Jean)32. Dijon est ensuite occupé par les Burgondes qui sont défaits par Clovis en 500 ou 501. Les Arabes l'envahissent en 725 alors que les Normands n'y parviennent pas en 887. C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers comtes de Dijon, Aimar, Eliran, Raoul issus de la maison robertienne. En 1002, l'abbé Guillaume de Volpiano entreprend de reconstruire l'abbatiale Saint-Bénigne et son abbaye . Il fait élever dans l'abbaye une rotonde abritant le tombeau de l'évangélisateur de la Bourgogne, saint Bénigne. Au début du XIème siècle, Dijon est composé d'une ville forte enclose de murs gallo-romains, restes de l'ancien castrum de Dijon, et d'un bourg s'étendant jusqu'à l'abbaye Saint-Bénigne. Autour, des petits hameaux, Dompierre, Trimolois, Charencey, Bussy et Prouhaut, disparus depuis, ceinturent la ville. Les ducs de Dijon règnent alors sur la région. En 1015, le roi Robert II essaye de conquérir le Dijonnais : il s'attaque d'abord au village de Mirebeau-sur-Bèze et sa région puis vient mettre le siège devant le castrum de Dijon. Mais, devant la vigoureuse résistance de l'évêque de Langres, Brunon de Roucy, soutenu par l'abbé de Cluny et le comte de la ville, il renonce à donner l'assaut. Dès l'année suivante, la mort de l'évêque lui permet de négocier avec son successeur, Lambert de Vignory, la cession du comté de Dijon au roi de France, en 1016.

La ville rejoint le duché de Bourgogne et en devient la capitale. À la mort du roi de France en 1031, son fils Henri Ier renonce à la Bourgogne et la cède en apanage Dijon et le duché de Bourgogne à son frère Robert Ier. Cela marque le début de trois siècles de règne capétien à Dijon. Le 28 juin 1137, un grand incendie réduit Dijon en cendres. Les ducs reconstruisent alors une enceinte, beaucoup plus large que la précédente, qui abrite la cité jusqu'au XVIIIème siècle. À la fin du XIIème siècle et au XIIIème siècle, Dijon s'orne de monuments de valeur : la Sainte-Chapelle, l'hôpital du Saint-Esprit, l'église Notre-Dame, etc. Auprès de chaque porte se développent de petits bourgs même si la ville ne grossit jamais plus que les limites de son enceinte. Les ducs de Dijon possèdent un château et y exercent avant tout un pouvoir de justice. En 1183 le duc Hugues III permet la rédaction d'une charte de commune, conservée aux Archives municipales. Grâce à cette charte, qui fut beaucoup copiée dans d'autres villes de Bourgogne, les ducs s'enrichissent


Dijon connait une période brillante sous les quatre ducs Valois de Bourgogne, qui règnent de 1363 à 1477. Elle est la capitale du duché de Bourgogne, ensemble d'États qui s'étendent jusqu'aux Pays-Bas. Centré sur ce duché, l'État bourguignon s'étend alors, pendant plus d'un siècle (1363-1477), par héritages et mariages jusqu'en Picardie, Champagne, Pays-Bas bourguignons, Belgique, Germanie, duché de Luxembourg, Alsace, comté de Flandre et Suisse. Le duc Philippe le Hardi (1364-1404) est le premier duc de la dynastie des Valois et prend possession de Dijon, sur ordre du roi, en 1363. Il fonde à Dijon sa nécropole dynastique, la chartreuse de Champmol, dont il fait un foyer d'art. Jean Ier sans Peur (1404-1419) lui succède. Le duc Philippe III le Bon (1419-1467) reconstruit l'hôtel ducal et institue en 1432 la chapelle de son palais comme siège de l'ordre de la Toison d'or .

Pourtant, Dijon n'est pas une ville populeuse
; encore rurale et en raison des épidémies, elle ne compte que
13 000 habitants en 1474. Le duc Charles le Téméraire (1467-1477),
qui ne vit pas à Dijon, échoue dans sa lutte contre le roi de
France et meurt à la bataille de Nancy contre le duc de Lorraine
René II de Lorraine, allié à Louis XI. Le puissant État bourguignon
s'effondre alors, permettant à Louis XI d'annexer le duché le
19 janvier 1477.
En dépit de quelques révoltes contre l'autorité
du roi, Dijon s'est soumis à son autorité. Louis XI ordonne
le transfert à Dijon du parlement de Bourgogne, qui se trouvait
à Beaune. Il fait aussi construire à Dijon un château, à l'emplacement
de l'actuelle place Grangier, pour surveiller les habitants.

Lors d'une visite à Dijon le 31 juillet
1479, le roi confirme solennellement les privilèges de la ville,
dans l'église Saint-Bénigne de Dijon. La duchesse Marie de Bourgogne
(1457-1482), alors âgée de 20 ans et fille unique du duc Charles
le Téméraire, épouse Maximilien Ier du Saint-Empire, auquel
elle apporte le comté de Bourgogne et les possessions des Flandres.
Le traité de Senlis de 1493 divise les deux Bourgognes et Dijon
devient une ville-frontière. En 1513, l'empereur Maximilien
espère récupérer le duché de Bourgogne en envoyant une troupe
formée de 14 000 hommes des corps francs suisses, 5 000 Allemands
et 2 000 Francs-Comtois assiéger Dijon. Le gouverneur Louis
II de La Trémoille, qui a été envoyé pour défendre la ville,
ne peut faire partir les assiégeants qu'en jouant habilement
des dissensions entre Suisses et Allemands et en promettant
400 000 écus dont seulement une partie sera payée. Les Suisses
lèvent le siège le 13 septembre. Les Dijonnais ayant prié avec
ferveur pour leur délivrance, le départ des assiégeants est
attribué par beaucoup à l'intercession de la Vierge, dont une
statue, Notre-Dame de Bon-Espoir, conservée à l'église Notre-Dame,
a été portée en procession. Ces évènements ont prouvé la fermeté
du sentiment des Dijonnais d'appartenir à la France. Après cet
évènement, l'enceinte est renforcée par l'édification des bastions
Saint-Pierre en 1515, Guise (1547 et Saint-Nicolas (1558). La
bourgeoisie se développe par ailleurs, comme en témoignent les
nombreux hôtels et maison encore visibles. Au XVIème
siècle, la ville s'embellit avec le style de la Renaissance
italienne importée par Hugues Sambin.
Le parlement de Bourgogne,
transféré de l'Hôtel des ducs de Bourgogne de Beaune à Dijon,
fait de la cité une ville parlementaire, où la noblesse de robe
édifie des hôtels particuliers.
Dijon subit des troubles
religieux, de 1530 à 1595. Après la Contre-Réforme, de nouvelles
églises et chapelles de monastères sont construites. Henri IV
aurait qualifié Dijon de « ville aux cent clochers »
en raison de la multiplication des institutions religieuses
(Jésuites, Minimes, Carmélites, Jacobines, Ursulines principalement).
Après le rattachement de la Franche-Comté au royaume en 1678,
Dijon, perdant son statut de ville frontière, peut à nouveau
s'agrandir. Sous l'administration des princes de Condé et gouverneurs
de Bourgogne la ville se transforme : une place Royale est aménagée
devant l'ancien Palais des ducs de Bourgogne, qui est lui-même
remanié et agrandi. La rue Condé, actuelle rue de la Liberté,
est percée. Les princes de Condé créent le vaste parc de la
Colombière et le castel de la Colombière reliés à la ville par
une avenue plantée d'arbres, le cours du Parc. Cette prospérité
se poursuit au XVIIIème siècle.

Dijon accueille en 1722 une faculté de
droit, puis l'Académie en 1725, qui remet à Jean-Jacques Rousseau
le premier prix du concours pour son Discours sur l'origine
et les fondements de l'inégalité parmi les hommes en 1750. Les
Collèges de Médecine sont particulièrement réputés dès 1755.
La ville compte entre 22 et 23 000 habitants et a le statut
d'une grande ville de province, derrière Lyon et Strasbourg
néanmoins. L'administration municipale repose sur des Municipaux
élus et mandatés par l'arrêt du Conseil d'État du 20 avril 1668
qui fixe la constitution de la Chambre En 1731, le pape Clément
XII répond positivement aux requêtes séculaires des Dijonnais
qui désiraient avoir leur propre évêque. La ville devient le
siège d'un petit évêché entre ceux de Langres, Autun et Besançon.
De 1754 à 1757, de nombreux aménagement modernisent Dijon. Le
premier jardin botanique est créé en 1760. En 1766 est instituée
une École de dessin ; en 1787 est fondé l'établissement qui
deviendra musée des Beaux-Arts. L'industrie de l'époque (draperie,
soierie, filatures diverses) ne s'implante néanmoins que difficilement

La Révolution fait passer Dijon du rang de capitale provinciale à celui de chef-lieu de département. Le 15 juillet 1789, des émeutiers prennent le château de Dijon, ainsi que la tour Saint-Nicolas, sans lien direct avec les évènements de Paris. Plusieurs monuments remarquables sont détruits : la chartreuse de Champmol, la rotonde de Saint-Bénigne ; d'autres sont endommagés, comme Saint-Bénigne et Notre-Dame, dont les portails sont martelés. Les monastères et couvents sont vendus ou démolis. La Sainte-Chapelle disparaît en 1802. La statue en bronze de Louis XIV qui ornait la place Royale est brisée en 1792 ; son métal servira à fabriquer de la monnaie ou des canons.
Beaune

En 1203 la charte de franchise de la
commune de Beaune confère à ses habitants droits et privilèges.
Eudes III, duc de Bourgogne, permet à Beaune d’exister en tant
qu’institution autonome dès 1203 sur le modèle de Dijon.
En 1422, Nicolas Rolin fut nommé chancelier de Philippe le Bon,
duc de Bourgogne. Il fut très lié à Jean sans Peur, qui fut
le parrain de son troisième fils. Veuf, il épouse en 1421, Guigone
de Salins issue de la noblesse comtoise, avec qui il fonde les
Hospices de Beaune, en 1443, où il crée en 1452 un nouvel ordre
religieux : Les sœurs hospitalières de Beaune. C'est lui qui
commande le polyptyque du Jugement dernier au peintre flamand
Rogier van der Weyden, pour les hospices. Les États de Bourgogne
reconnaissent Louis XI comme souverain le 29 janvier 1477, à
la mort de Charles le Téméraire. Avec l'occupation de la Bourgogne,
par l’armée royale conduite par Jean IV de Chalon, Georges de
la Trémoille et Charles d’Amboise Beaune se rallient à Marie
de Bourgogne, contre le roi de France Louis XI. Les révoltes
de Beaune, ainsi que Semur-en-Auxois, Châtillon-sur-Seine sont
rapidement étouffées. Cependant, le roi confirme finalement
les privilèges de la ville par ses lettres patentes en octobre
1478 Henri II accompagné de son épouse Catherine de Médicis
parcourt son royaume et fait une entrée fastueuse à Beaune le
18 juillet 1548. Le maire était Girard Legoux. Charles IX accompagné
de sa mère Catherine de Médicis, venant de Dijon, entre dans
la ville le 30 mai 1564 lors de son tour de France royal (1564-1566),
accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère le
duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de
Lorraine : ils reçoivent un accueil triomphal.

En 1568, Wolfgang de Bavière, financé par Élisabeth Ier d'Angleterre prend la tête d'une armée expéditionnaire de 14 000 mercenaires pour apporter des renforts aux protestants français assiégés à La Rochelle. Dans sa traversée de la Bourgogne, ses troupes composées de reitres, cavalerie lourde équipée de pistolets, ravagent la Franche-Comté et restent deux jours devant les murailles de Beaune et y détruisent les chartreux, avant de continuer leur route. Le 15 avril 1575, on exécuta à Dijon, François de Lespine et sa tête coupée fut plantée sur une pique, au-dessus de l'Hôtel-de-ville de Beaune, le 18. Il fut reconnu coupable de comploter en vue de livrer Dijon et le château de Beaune aux huguenots.
Montbard

Le site de Montbard est occupé depuis
l'antiquité et au temps des Gaulois, L'oppidum abrite une communauté
de druides.
Au Moyen Âge, elle est une ville importante
disposant de son château fort. En 1070, Aleth, la mère de Bernard
de Clairvaux y nait. Le futur Saint Bernard a pour oncle le
comte de Montbard. En 1231 Montbard est érigée au rang de commune
par le duc de Bourgogne Hugues IV. Elle devient ensuite un lieu
de fréquents séjours des Ducs Valois de Bourgogne.
La ville
est assiégée par le comte de Tavannes, lieutenant d'Henri IV,
qui combat le duc de Nemours en 1590.
Montbard est la patrie
du grand naturaliste Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon,
né à Montbard le 7 septembre 1707.L’Histoire naturelle, son
œuvre majeure, dont les premiers volumes paraissent en 1749,
l’occupera toute sa vie. Placé par cet ouvrage au premier rang
des écrivains de son siècle aussi bien que des savants, Buffon
reçoit récompenses et honneurs en tout genre : il est élu membre
de l’Académie française en 1753, où il prononce le fameux Discours
sur le style.
En juillet 1813, Jean-Andoche Junot, duc d'Abrantès,
général et ami de longue date de l'empereur Napoléon Ier, meurt
à demi fou à Montbard, dans la maison de son père.
C'est
en 1833, que le Canal de Bourgogne y est ouvert à la navigation.
C'est une voie d'eau à petit gabarit longue de 242 km, qui relie
le bassin de la Seine avec le bassin du Rhône. Le tracé suit
un axe nord-ouest/sud-est avec un crochet important vers le
nord-est sur une trentaine de kilomètres avant d'arriver à Dijon
le long de l'Ouche.

Son point de départ est situé à Migennes
ville située sur l'Yonne, un affluent de la Seine tandis que
son point d'arrivée se trouve à Saint-Jean-de-Losne située sur
la Saône, affluent du Rhône. Le canal qui comporte 189 écluses
et un long tunnel à Pouilly-en-Auxois a été inauguré en 1832.
Concurrencé dès son ouverture par la ligne de chemin de fer
à grand trafic du PLM et traversant une région essentiellement
rurale, il n'a jamais joué un rôle important dans le transport
des marchandises. À la fin des années 1960 le canal de plus
en plus concurrencé par le transport par route n'est plus utilisé
pour le trafic des marchandises. Il est désormais le domaine
exclusif de la navigation de plaisance.
En 1926, par décret
de Raymond Poincaré, Montbard devient sous-préfecture en remplacement
des sous-préfectures de Châtillon-sur-Seine et de Semur-en-Auxois
Le 16 juin 1940, la 10e brigade blindée polonaise du général
Maczek mit les Allemands en déroute près de Montbard (à Nod-sur-Seine)
mais se vit alors isolée, les unités françaises sur ses deux
flancs étant défaites ou en retraite. Le 18 juin, la brigade
était pratiquement encerclée et à court d’essence et de munitions.
Le général Maczek ordonna la destruction du matériel de l’unité
et la dispersion des hommes.
Alise-Ste-Reine

Ce bourg, situé sur l'Ozerain au pied
du mont Auxois, est bâti à peu de distance de l'emplacement
où existait Alesia, une des principales villes des Gaules, que
César détruisit, dit-on, lors de la bataille décisive qui fut
le dernier effort et le tombeau des Gaulois commandés par le
brave Vercingétorix.
Après un engagement malheureux avec
les Romains, Vercingétorix s'était jeté dans Alesia, où César
vint l'assiéger. Le général gaulois se retrancha sous les murs
de la ville ; son camp était fortifié par un fossé et par un
mur de pierres sèches de six pieds de hauteur il renvoya sa
cavalerie et donna à chaque cavalier l'ordre de revenir avec
tous ceux qui étaient en état de porter les armes. Les Gaulois
choisirent dans chaque peuple une troupe d'élite, et firent
un grand effort pour se soustraire à l'esclavage; 250,000 hommes
de pied et 8,000 cavaliers se rendirent sous les murs d'Alesia.
Mais ils eurent l'imprudence de s'engager dans une gorge où
ils furent battus par César, qui en fit un carnage épouvantable.
Vercingétorix, ayant perdu tout espoir, fut forcé de se rendre
à discrétion.
Alesia fut rebâtie sous les empereurs, et ce
fut dans cette ville, au rapport de Pline, qu'on imagina d'argenter
au feu les ornements des chevaux et le joug des bêtes attelées
aux voitures roulantes. Plusieurs voies romaines y conduisaient,
et attestent encore son importance. Lors de la chute de l'empire
d'Occident, c'était le chef-lieu d'un pays étendu, dont il est
fait mention dans les capitulaires des rois de la seconde race
(Les Mérovingiens); et c'est de là que s'est formé le mot Auxois,
nom qu'on a donné à cette contrée dont Saumur était la capitale.
On ne peut déterminer l'époque où Alise fut ruinée une seconde
fois. En 865, il n'en restait plus que quelques vestiges.
On ne trouve sur le mont Auxois, où était Alise, aucuns restes
d'antiquités apparentes toute cette montagne est en terre labourable
; mais on retrouve en faisant des fouilles, des débris précieux
de cette ville célèbre.
Il paraît démontré aujourd'hui qu'Alise
n'a pas été détruite par César, mais brulée sous le règne d'Antonin,
vers l'an 160 de Jésus-Christ; elle sortit de ses cendres du
temps d'Alexandre Sévère; florissante sous les Gordiens. Elle
languit ensuite, et reprit un nouvel essor sous Constantin et
Théodose. Détruite dans une des invasions des barbares qui remplirent
le cours du X siècle, cette ville fut remplacée par une bourgade
qui subsistait encore sous Louis XI.
Au moyen âge, le culte
de sainte Reine, décapitée sur le mont Auxois où était Alise,
donna naissance au bourg qui porte son nom, que le pèlerinage
des dévots a rendu vivant. On y lit encore une inscription qui
a appartenu à l'ancienne Alise, dont voici la traduction :
«Ti Claudius Professus Niger, après avoir passé par toutes
les charges chez les Æduens et les Lingones, a ordonné, par
son testament qu'on élevât au dieu Moritosgus un portique, en
son nom, en celui de sa femme Julia Virguline, et de ses filles
Claudia Professa et Julia Virgula.»
Le territoire d'Alise-Ste-Reine
renferme plusieurs mines de fer et deux fontaines d'eau minérale
acidulée, froide. La plus renommée est celle dite des Cordeliers
et c'est un réservoir de forme carrée, d'environ 66 c. de diamètre,
situé dans une chapelle de l'église des ci-devant cordelières
l'eau est claire, abondante et ne tarit jamais. L'autre fontaine
se trouve dans un champ, d'où elle se rend par des canaux souterrains
dans les jardins de l'hôpital. Ces eaux paraissent contenir
de l'acide carbonique, du muriate de soude et du sulfate de
fer. Sous les ducs de Bourgogne un hôpital fut fondé à Alise-Ste-Reine
pour y recevoir les personnes affectées de maladies de la peau
.En 1778, trois riches habitants de Paris fondèrent dans cet
hôpital quarante lits pour recevoir les malades qui affluaient
dans cet endroit. L'hospice fit alors construire des salles
de bains avec des cabinets à l'entour pour vingt maitres et
leurs domestiques. L'administration de cette maison de santé
n'épargne rien pour que les baigneurs y soient commodément reçus
et proprement soignés à, un prix modéré.