Histoire de la Gironde


La Gironde, département crée par la loi
du 22 décembre 1789 fait partie intégrande de la Guyenne et
de l'Aquitaine.
Deux siècles avant l'ère chrétienne , l'histoire
des Gaules, qui commence à prendre quelque certitude, nous fournit
des documents incomplets, mais authentiques sur la partie du
territoire dont le département de la Gironde est formé. Il était
habité par deux peuplades principales les vasates et les Bituriges
Vivisci. Ces derniers se subdivisaient en plusieurs tribus les
Boïates, dans le district de Buch ; les Belendi, gens du canton
de Belin, et les Medulli, qui occupaient le Médoc.
Burgdikal,
aujourd'hui Bordeaux, était la capitale de la contrée; les villes
les plus importantes après celle-là étaient Boïes et Noviomagus,
disparues toutes deux sous les empiètements de la mer qui baigne
nos côtes de l'ouest.
Les Phéniciens d'abord., puis la colonie
grecque de Marseille, initièrent les Bituriges au commerce et
aux arts de l’antiquité. L'invasion romaine trouva déjà sensiblement
modifiées dans ce pays la langue celtique et les croyances religieuses
des druides. Les Vasates opposèrent quelque résistance aux légions
commandées par un lieutenant de César ; mais les Bituriges acceptèrent
sans protestation la loi du vainqueur.

Les remaniements territoriaux, l'établissement de nouvelles divisions administratives soulevèrent des mécontentements qui n'allèrent cependant point jusqu'à une lutte sérieuse. En 211, sous Caracalla, l'œuvre de la conquête était achevée ; les lois, la religion, les usages, le costume même des Romains étaient adoptés par les vaincus. Bordeaux était devenue la capitale de la seconde Aquitaine. Mais cette paix dans la servitude de ne devait pas avoir une longue durée ; dès le milieu du IIIème siècle apparaissent, avec le christianisme, les premiers germes de dissolution du vieil empire. Saint Martial, saint Front et d'autres apôtres dévoués viennent dans le Bordelais braver les outrages, les haines et les supplices pour prêcher la doctrine de l'Évangile. Ils sont persécutés, mis à mort, mais leurs vengeurs approchent.

Sous Honorius, la Gaule est envahie par les barbares. Pendant que la frontière est menacée, la sédition éclate à l'intérieur ; les rigueurs des collecteurs d'impôts poussent au désespoir les serfs et les colons. Les Vandales sont les premiers barbares qui pénètrent dans l'Aquitaine ; ils n'y séjournent que deux années ; mais les Wisigoths leur succèdent, et Bordeaux leur ouvre ses portes. Le patrice Constance les repousse une première fois, mais il est bientôt contraint de céder par un traité ce que ses armes ne peuvent plus défendre les Wisigoths reprennent possession de leur conquête la seconde Aquitaine est érigée en royaume dont Toulouse est la capitale, et sept rois de cette race occupent successivement le trône.

Sous cette domination, du IV au Vème
siècle, on voit se développer concurremment le commerce, les
arts, les littératures grecque et latine, ce qui devait survivre
à le conquête romaine, et le christianisme, qui devait ouvrir
le pays à de nouveaux maîtres. Le poète Ausone a laissé de curieux
renseignements sur l'éloquence et la poésie à cette époque.
En 507, Clovis, roi des Francs, appelé par les évêques, s'avance
vers l'Aquitaine, bat les Wisigoths dans les plaines de Vouglé,
et fait une entrée triomphale dans l'ancienne capitale des Bituriges.
Partagée une première fois entre les fils de Clovis, plus tard
entre les héritiers de Clotaire, épuisée par les guerres longues
et acharnées que suscita la rivalité de Frédégonde et de Brunehaut,
l'Aquitaine s'était livrée au prétendant Gondovald, fils adultérin
dé Clotaire, que ses derniers partisans assassinèrent pour rentrer
en grâce. Vers la fin du siècle, Dagobert défendit le pays contre
une invasion de Vascons ; mais, quoique vainqueur, il abandonna,
moyennant un léger tribut, l'Aquitaine à ces nouveaux envahisseurs.
Il plaça son frère Caribert à la tête du royaume d'Aquitaine
retrempé dans l'élément vascon. Ce prince régna un an à peine
et mourut à Blaye en 631. Son fils Boggès ou Boggis reçut l'Aquitaine
des mains du roi Dagobert à titre de duché héréditaire et sous
la condition de foi et hommage. C'est le premier exemple d'un
apanage donné aux princes de la famille royale. Les descendants
de Boggès conservèrent leur duché pendant cent cinquante ans.
Ils soutinrent glorieusement le nom de fils de Clovis, pendant
que l'autorité monarchique s'éteignait aux mains des rois fainéants
et passait aux maires du palais.


Sous Dagobert déjà, les Aquitains mécontents
avaient réclamé par une révolte l'indépendance de leur province
et le titre de royaume ; vaincus, ils avaient dû accepter la
position qui leur était faite ; la lutte devint plus ardente
quand elle eut pour aliment la rivalité des ducs contre les
maires devenus tout-puissants.
Les ducs avaient à se défendre
contre d'autres ennemis ; n'étaient-ils pas les sentinelles
avancées de la monarchie contre les Sarrasins qui menaçaient
les provinces méridionales ?
Eudes, dans un moment de péril
suprême, fit alliance avec Charles-Martel; mais les secours
qu'il en attendait n'arrivèrent point assez tôt pour préserver
ses domaines des calamités qu'une invasion traîne après elle.
La Garonne fut franchie, Bordeaux pris, d'assaut ; la ville,
déjà riche, fut livrée au pillage, et son gouverneur mis à mort.
La victoire qui succéda à ces jours d'épreuves, victoire dont
Charles-Martel sut garder toute la gloire et tout le profit,
eut pour le duché des conséquences presque aussi déplorables
; les fils de Charles-Martel, jaloux de l'importance que prenait
cette province, voulurent la reconquérir à la couronne. Pépin
et Carloman entrèrent en Aquitaine et mirent la frontière à
feu et à sang. Hunold, héritier du duc Eudes, consentit à ce
qu'on exigeait de lui il se reconnut comme vassal des ennemis
qui venaient si injustement le dépouiller; puis, sentant son
insuffisance pour une lutte qui menaçait de se prolonger, il
se fit moine et laissa à son frère Waïfre le soin de le venger
et de défendre l'héritage paternel. Ce jeune prince, doué d'une
grande force de corps et d'âme, aurait réparé les désastres
de sa famille, s'ils avaient pu l'être par l'intelligente et
le courage.

Sous de frivoles prétextes, Pépin lui
déclara la guerre, guerre d'extermination, poursuivie pendant
plusieurs années avec un acharnement qu'égala seule l'opiniâtreté
de la défense. Tout ce que pouvaient la valeur et la ruse, Waïfre
le tenta. Presque toujours vaincu, souvent trahi, jamais abattu,
poussé de revers en revers jusqu'au fond des forêts de la Double
(Edobola), son dernier refuge, il serait mort en combattant,
si, parmi ce peu d'hommes qui suivaient encore sa bannière,
l'or de Pépin n'avait pas suscité des traitres. Ils l'assassinèrent
la nuit, sous sa tente, le 2 juin 768. Pépin ne survécut que
peu de jours à Waïfre, et laissa le trône à Charlemagne, qui,
devenu maître de l'Aquitaine, en fit un royaume auquel il donna
Toulouse pour capitale.
Le fils de Waïfre, Loup, que Charles
le Chauve appelle Lupus re et nomine, poursuivit l'œuvre
de son père qu'il put voir vengé à Roncevaux; malgré quelques
succès passagers, il fut bientôt fait prisonnier et pendu ;
ses fils tombèrent à ses côtés dans les combats ou se retirèrent
en Espagne en eux finit la dynastie mérovingienne des ducs d'Aquitaine.


En 778, à son retour d'Espagne, Charlemagne
donna à son fils, Louis le Débonnaire, l'Aquitaine érigée de
nouveau en royaume, avec Toulouse pour capitale. La nomination
de Séguin au comté de Bordeaux, la construction du château de
Fronsac, la fondation douteuse de quelques églises, l'érection
plus douteuse encore du tombeau du preux Roland à Bordeaux,
d'autres disent à Blaye, et le nom de Charlemagne resté en quelques
endroits voilà les seules traditions locales que le département
de la Gironde ait conservées du règne de ce grand monarque.
Devenu empereur, Louis le Débonnaire transféra le royaume
d'Aquitaine à son fils Pépin. Celui-ci en mourant laissa un
fils, Pépin II, qui fut déshérité par Louis le Débonnaire. Charles
le Chauve fut désigné comme roi d'Aquitaine ; mais Pépin II
fit la guerre à son oncle et l'obligea à traiter avec lui. Les
Normands, qui ravageaient alors l'Aquitaine, ayant surpris et
saccagé Bordeaux, les populations s'en prirent à Pépin, et le
livrèrent à son oncle. Celui-ci lui ayant laissé ou rendu la
liberté, Pépin finit par se jeter dans les bras des Normands,
et fut pris combattant sous leurs enseignes.

En 877, l'Aquitaine redevint un simple
duché à charge d'hommage au roi, obligation que méconnurent
les titulaires autant de fois qu'ils crurent pouvoir le faire
sans danger.
Après une longue série de luttes sanglantes,
tantôt contre les Normands, tantôt contre les comtes d'Anjou,
le dernier des ducs d'Aquitaine étant mort en pèlerinage, sa
fille Éléonore épousa Louis le Jeune, qui devint roi de France.
Le divorce qui rompit quinze ans plus tard ce mariage remit
Éléonore en possession de l'héritage paternel elle l'apporta
en dot à Henri II d'Angleterre, avec lequel elle contracta une
seconde union. C'est à cette époque que remonte la transformation
du mot Aquitaine, dont l'étymologie latine était tirée des nombreux
cours d'eau qui arrosent le pays la suppression de l'a et la
corruption du langage usuel firent d'Aquitaine Guyenne, nom
qui, dans la suite, s'applique plus spécialement aux rives de
la Gironde et au comté de Bordeaux.
L'établissement des princes
anglais en France origine de guerres si longues et si cruelles,
source de tant de maux, valut aux habitants des villes les premières
franchises communales dont l'histoire fasse mention, concessions
accordées par la politique étrangère pour s'assurer les sympathies
des populations que tant de liens devaient rattacher à la couronne
de France ; Bordeaux et d'autres villes de la Gironde obtinrent,
sous Henri II, le droit de se gouverner, d'élire leurs magistrats
de se défendre elles-mêmes et de n'être assujetties à aucun
subside, s'il n'était librement consenti par le peuple.

Ces améliorations n'étant guère profitables
qu'aux villes, de sérieuses manifestations contre la domination
anglaise signalèrent les règnes de Henri II et de Richard Cœur
de Lion mais les barons aquitains furent toujours obligés de
se soumettre.
Sous Jean sans Terre, les dévastations commises
par les routiers, les exactions des baillis et sénéchaux anglais
excitèrent de nouveaux troubles; la situation ne fit qu'empirer
sous Henri III, dont les mandataires ne respectaient même plus
les immunités de l'Église.

Tant d'excès et d'outrages lassèrent
enfin la patience des opprimés.
Toutes les paroisses de l'Entre-deux-Mers,
en partie ruinées et dépeuplées, jetèrent ensemble un cri de
détresse, et leurs plaintes furent transmises à Henri III, par
l'archevêque et le clergé de Bordeaux, en 1235.
L'année
suivante, Henri chargea deux commissaires de s'informer sur
les griefs articulés et de vérifier soigneusement la légalité
des privilèges à invoquer; l'enquête eut lieu en présence de
l'archevêque de Bordeaux, de l'évêque de Bazas, des abbés des
deux diocèses, du maire et des jurats de Bordeaux, des barons
et des principaux chevaliers de la Guyenne. Il était facile
d'établir que les atteintes portées aux privilèges de la province,
les excès commis par les routiers, les ravages momentanés d'une
autre espèce de brigands qui, sous le nom de pastoureaux inondèrent
une partie de la Guyenne en 1259, et tous les désordres dont
on se plaignait avaient pour cause première et principale l'absence
de toute autorité centrale capable de se faire respecter et
obéir mais quel était, à cette époque, le gouvernement qui pouvait
donner une pareille sécurité à ses sujets ?
Le traité de
1259 reconnaissait Henri III comme souverain des comtés de Périgord,
Limousin, Saintonge, Quercy et Agenais, outre le Bordelais et
la Gascogne dont il avait la possession sous la suzeraineté
des rois de France. De ce partage du territoire, de cet équilibre
de forces, de cet antagonisme, pouvait-il sortir autre chose
que cette lutte acharnée dont le pays fut le théâtre et la victime
jusqu'au triomphe définitif de Charles VII ? En 1292 les Anglais
capturent en pleine paix des vaisseaux naviguant sous le pavillon
de France. Philippe le Bel somme Édouard de comparaître devant
les pairs pour y rendre raison de cette violation du droit des
gens. Sur le refus du roi d'Angleterre, l'Aquitaine est confisquée
par un arrêt, et les Français en occupent plusieurs villes à
main armée. Édouard fait passer de nombreuses troupes dans la
province menacée, sous les ordres des ducs de Richemond et de
Lancastre, qui reprennent Blaye, Bourg, La Réole et Rions; après
une guerre de plusieurs années où les succès de part et d'autre
se balancent une double alliance entre la famille des Plantagenets
et celle de France remet Édouard en possession de son duché,
en 1303.


Les hostilités recommencent en 1324,
à l'occasion d'un fort que Hugues de Montpezat s'était permis
d'élever dans l'Agenais sur les limites françaises ; la prise
de La Réole fait craindre au monarque anglais l’envahissement
de ses domaines. Il se hâte de proposer un traité qui est accepté.
En 1337, les prétentions qu'Édouard III élève à la couronne
de France rallument la guerre. Le comte de Derby, son neveu,
arrive en Guyenne en 1345 ; Langon, Libourne, Monségur, La Réole
lui ouvrent leurs portes. Au comte de Derby succède le prince
de Galles ; la bataille de Poitiers a été perdue par les Français,
le roi Jean est prisonnier en1356 au cour de cette bataille.
Édouard érige la Guyenne en principauté et en investit son fils,
à la charge de relever de la couronne d'Angleterre, avec redevance
d'une once d'or.
Bordeaux devient alors siège d'une cour
brillante et chevaleresque ouverte à tout prince ambitieux,
à tout baron mécontent qui croit avoir quelque grief à faire
valoir contre le roi de France. L'éclat de cette puissance éblouit
le successeur de Henri II, de ce prince qui consolidait sa puissance
par la concession des franchises communales, le fils d'Édouard,
pour réparer ses finances épuisées par la guerre et subvenir
aux prodigalités de sa cour, impose une taxe de dix sous sur
chaque feu de sa principauté. Les paysans murmurent les seigneurs,
jaloux de la prédominance anglaise, se font les interprètes
de leurs justes plaintes auprès du roi de France. Le connétable
Bertrand Du Guesclin, à la tête d'une vaillante armée, arrive
pour les appuyer de victoire en victoire, il poursuit les Anglais
jusqu'aux portes de Bordeaux, et n'est arrêté que par la trêve
de Bruges, signée en 1375. De tous les événements particuliers
à la Guyenne survenus du temps de Richard II, le plus remarquable
fut la ligue défensive que les villes du Bordelais formèrent
entre elles en 1379.
A l'expiration de la trêve, les hostilités
avaient recommencé ; la ville de Saint-Macaire venait d'être
prise par le duc d'Alençon toutes les autres places étaient
menacées. Se voyant abandonnées par le roi d'Angleterre, les
villes de Blaye, Bourg-sur-Gironde, Libourne, Saint-Émilion,
Castillon, Saint-Macaire, Cadillac et Rions résolurent de pourvoir
à leur sûreté commune en se confédérant sous le patronage de
Bordeaux, avec promesse d'un mutuel secours.

Mais il n'était pas au pouvoir des communes
de conjurer l'orage prêt à fondre sur elles. La Guyenne ayant
été envahie par le comte d'Armagnac, plusieurs places furent
prises la ville de Bourg-sur-Gironde fut assiégée ; cependant
les troupes confédérées de Bordeaux et le secours d'une flotte
anglaise obligèrent le comte d'Armagnac à lever le siège et
à quitter la province.
Depuis cette époque jusqu'en 1451
pendant trente-six ans, la Guyenne ne vit point d'armée française
dans son sein; ses destinées et celles de la France se jouaient
sur d'autres champs de bataille. Les Anglais n'y eurent même
que de faibles garnisons ; ils comptaient sur les communes pour
la défense du pays. Les seules hostilités dont la province fut
passagèrement le théâtre se bornèrent à des rencontres de partisans
sans importance, à des attaques de châteaux faites par les troupes
communales. Lorsqu’enfin l'armée française en 1451 prenant une
sérieuse offensive commença la campagne de Guyenne, les châteaux
forts ouvrirent leurs portes sans combattre les villes résistèrent
davantage en stipulant toujours dans leurs capitulations la
conservation.de leurs franchises. Les Anglais retirant à la
hâte leurs garnisons, se concentrèrent dans les murs de Bordeaux
ou aux environs. Castillon, Saint-Émilion, Libourne, Rions furent
emportés et le sire d'Orval s'avança avec une troupe de cavalerie
à peu de distance de Bordeaux.
A son approche, les Anglais
et les bourgeois, au nombre de dix à douze mille, sortirent
des murailles, le maire à leur tête; mais le sire d'Orval les
ayant chargés rudement sur plusieurs points, les mit en déroute,
couvrit la campagne de leurs morts et de leurs blessés, et conduisit
à Bazas un grand nombre de prisonniers.
L'été suivant, les
comtes de Dunois, de Penthièvre, de Foix et d'Armagnac pénétrèrent
en Guyenne par quatre côtés différents. Blaye se rendit. Les
Anglais, à qui il ne restait plus dans toute la province que
les places de Fronsac, Bayonne et Bordeaux, obtinrent un peu
de répit en s'engageant à remettre ces trois villes aux Français
si, à l'époque de la Saint-Jean, il n'était pas arrivé des troupes
suffisantes pour tenir la campagne. Les renforts attendus ayant
manqué, les garnisons de Fronsac et de Bordeaux mirent bas les
armes. La capitulation passée entre les bourgeois de Bordeaux
et le comte de Dunois portait :
Que la ville serait à jamais
exempte de tailles, subsides et d'emprunts forcés;
Que le
parlement y serait établi pour toute la Guyenne;
Que le
roi y ferait battre monnaie.


Mais, en 1452, à la première nouvelle
d'un débarquement en Médoc de quelques troupes commandées par
Talbot, Bordeaux, sans calculer les chances de succès, arbora
les couleurs anglaises, et la garnison française, prise au dépourvu,
abandonna la ville; les autres places suivirent l'exemple de
la capitale.
Charles VII obligé de conquérir une seconde
fois sa province, envoya ses généraux assiéger le fort de Castillon.
Talbot et son fils volèrent au secours de la place ; l'action
s'engagea sous ses murs ; tous deux y périrent avec un grand
nombre de chevaliers de Guyenne et d'Angleterre.
Après cette
victoire, Charles ne rencontra presque plus de résistance. La
garnison de Bordeaux demanda à capituler, et, malgré l'opposition
des bourgeois, elle ouvrit ses portes au roi de France. La ville
perdit ses privilèges elle fut imposée à cent mille écus d'or,
et vingt seigneurs de la province furent condamnés à l'exil.
Quant aux Anglais, il leur fut permis de se rembarquer et d'emmener
avec eux tous les citoyens à qui il plairait d'émigrer. Charles
VII plaça de fortes garnisons dans toutes les villes de la Guyenne,
et, pour tenir Bordeaux en respect, il fit bâtir deux citadelles
appelées l'une le Château-Trompette, et l'autre le fort du Hâ.
De graves modifications furent apportées alors dans la constitution
des municipalités cependant, conformément au texte du traité,
le parlement fut installé à Bordeaux la seconde année du règne
de Louis XI, en 1462, et son ressort s'étendit sur les sénéchaussées
de Bordeaux, Bazas, Agen, Condom, les Landes Armagnac, Cahors,
Limoges, Périgueux, Angoulême, Saintes et La Rochelle. Cette
vaste circonscription judiciaire détermina les limites d'un
nouveau duché d'Aquitaine donné par Louis XI en apanage à son
frère Charles de Berry, en 1469.
La noblesse de la contrée
crut voir dans cette mesure une occasion de reconstituer l'ancien
royaume; le duc Charles était connu personnellement de la plupart
d'entre eux; ils avaient été ses compagnons d'armes dans la
ligue du Bien public; un nouveau complot fut formé; mais, avant
qu'il éclatât, Charles mourait empoisonné, et les plus influents
parmi ses complices étaient arrêtés et traduits devant le parlement
de Bordeaux.
Soit complicité de la magistrature, soit absence
de preuves suffisantes, les juges refusèrent de conclure à la
peine capitale. Louis XI, irrité, épura le parlement, et la
mort fut prononcée.

Cette terrible leçon étouffa le fédéralisme
aquitain, qui ne se réveilla plus qu'avec les girondins de la
Convention, deux siècles et demi plus tard. Toutefois, dans
l'intervalle de ces deux époques, l'esprit de révolte trouva
de trop nombreuses occasions de se manifester.
L'établissement
de l'impôt sur le sel, dit de la gabelle, si impopulaire dans
toutes les provinces de l'Ouest, souleva dans la Guyenne un
mécontentement qu'accompagnèrent des actes de la plus déplorable
barbarie et que suivit une répression plus barbare encore. Après
avoir tué les gabeleurs ; les paysans attaquèrent les seigneurs
comme gabeleurs eux-mêmes, ou, du moins, comme partisans de
la gabelle. Les châteaux furent brûlés, et quelques gentilshommes
massacrés. Le couronnal ou chef suprême de l'insurrection avait
adressé au maire et aux jurats de Bordeaux des dépêches par
lesquelles il leur enjoignait de se trouver sans délai à Libourne
avec des munitions de guerre et de bouche, sous peine de la
vie.
Pendant que les conseillers municipaux délibéraient, la multitude força les portes de l'hôtel de ville, y enleva les armes qui s'y trouvaient en dépôt assiégea la garnison dans le Château-Trompette s'empara du gouverneur Tristan de Moneins au moment où il s'approchait pour parlementer, et le tua. Le corps de ce malheureux officier fut dépecé et enterré tout saupoudré de sel. Le parlement essaya de calmer l'effervescence publique mais la populace contraignit les conseillers à monter la garde dans ses rangs, habillés en matelots et la pique à la main. Montmorency fut chargé par Henri II de punir cette émeute. Tous les habitants, sans distinction de conduite et de rang, furent désarmés; le parlement interdit fut remplacé par une commission extraordinaire de maîtres des requêtes de Paris, et de quelques conseillers d'Aix et de Toulouse; la place de l'hôtel de ville resta couverte d'échafauds et de gibets permanents pendant sept semaines cent cinquante bourgeois furent exécutés ; plusieurs chefs de mécontents expirèrent sur la roue, une couronne de fer rouge sur la tête; d'autres furent condamnés à la flétrissure et au bannissement. La ville, atteinte et convaincue de félonie, perdit ses franchises et son gouvernement municipal ; on remplaça ses jurats par vingt-quatre prud'hommes à la nomination du roi, les cloches descendues du haut des églises et fondues pour la marine royale, les tours de l'hôtel de ville découvertes, ses titres et registres, artillerie et munitions de guerre enlevés, ne furent point, aux yeux de la cour prévôtale, des mesures assez exemplaires ; elle ordonna de plus que l'hôtel serait rasé, et que de ses débris on bâtirait une chapelle où serait célébré chaque jour l'office des morts pour le repos de l'âme de Tristan Moneins. En exécution d'un autre article de l'arrêt, les jurats et cent vingt notables allèrent, en habits de deuil déterrer, avec leurs ongles, le corps de Moneins, l'emportèrent sur leurs épaules d'abord devant l'hôtel du connétable, où ils se mirent à genoux, et demandèrent pardon à Dieu, au roi et à la justice, et se rendirent ensuite à la cathédrale, où Moneins fut inhumé dans l'endroit le plus apparent du chœur.

Les capitaines de la ville, du château
du Hâ et du Château-Trompette, quoique innocents des désordres
de la populace, furent punis de mort pour n'avoir pas devancé
les ordres sanguinaires du connétable. La ville fut taxée à
200 000 livres pour payer les frais de l’armement.
L'année
suivante, en 1549, Henri II rendit à la plupart des villes les
privilèges abolis; mais quelques-unes, et Bordeaux entre autres,
furent privées de ce que leur constitution renfermait encore
de libéral. La gabelle fut réduite au droit dit du quart et
demi.
La réforme religieuse répondait trop bien au sentiment
d'examen, de critique et d'indépendance si développé chez les
habitants de la Guyenne pour ne pas trouver dans cette contrée
des adhérents fervents et nombreux ; Marguerite de Navarre aida
de tout son pouvoir à la propagation des écrits de Luther, Calvin
et Théodore de Bèze mais la question, d'abord purement religieuse,
prit bientôt une couleur politique. La bourgeoisie riche et
éclairée, ainsi qu'une partie de la noblesse, se montraient
particulièrement favorables aux nouvelles doctrines, le maréchal
de Montluc fut chargé d'en arrêter les progrès. La sévérité
cruelle dont il usa et dont il se vante si naïvement dans ses
curieux Mémoires lui valut les titres de lieutenant général
et conservateur de la Guyenne. Les rigueurs de sa répression
ne furent cependant pas jugées encore suffisantes, et un massacre
général des protestants eut lieu le 5 octobre 1572. Le fanatisme,
surexcité par toutes ces atrocités, entretint dans la Guyenne
la lutte la plus acharnée jusqu'en 1593. L'influence du parlement
avait entraîné une partie du pays dans la Ligue, le maréchal
de Matignon sut maintenir à Bordeaux l'autorité royale, mais
les ligueurs, retranchés dans la citadelle de Blaye, désolèrent
les rives de la Gironde pendant cinq ans après l'avènement de
Henri IV au trône de France, et c'est seulement par composition
que la place fut rendue au roi.
Enfin, après de si rudes
épreuves le repos succéda à ces longs orages dès que les plaies
furent cicatrisées, l'activité des esprits se dirigea vers les
spéculations du commerce et les conquêtes de l'industrie ; sauf
quelques tentatives isolées des mécontents pendant le règne
de Louis XIII, tentatives qui tombèrent d'elles-mêmes ou furent
étouffées sans beaucoup de peine, la Guyenne, jusqu'en1789,
fut tout entière aux progrès de son commerce et à l'extension
de sa marine. L'abandon des ports de la Méditerranée, l'activité
des relations avec l'Espagne, la prospérité de nos colonies
firent du port de Bordeaux une des places les plus florissantes
du continent.

Les travaux philosophiques du XVIIIème
siècle et les discussions qu'ils engagèrent avaient opéré dans
les esprits une diversion aux préoccupations exclusivement mercantiles.
la Révolution de 1789 vint souffler sur ces ardeurs mal éteintes,
et l'enthousiasme présent, réchauffé de toutes les traditions
du passé, salua les premières victoires de l'Assemblée nationale
sur la royauté. Par leurs talents, leur zèle leur éloquence,
les députés de la Gironde méritèrent de donner le nom du département
qui les avait élus au parti le plus hostile à la monarchie,
le plus influent dans l'établissement du gouvernement républicain,
L'histoire conservera le nom de ces orateurs éloquents, Vergniaud,
Guadet, Gensonné, Grangeneuve Ducos, Fonfrède, qui jouèrent
un rôle si important dans la période la plus décisive de nos
annales modernes, et qui expièrent leurs fautes politiques par
une fin si tragique.
L'avenir prononcera entre eux et leurs
inflexibles adversaires de la Montagne; mais ce qu'il ne saurait
absoudre, c'est d'avoir compromis, par une guerre de diversion,
le salut de la France alors attaquée sur tous les points par
l'étranger. La Convention fut obligée de distraire une partie
de ses forces pour étouffer le fédéralisme girondin. Tallien,
chargé de cette mission, fut, toutefois, moins impitoyable que
Montmorency et Montluc. Le royalisme, que le dépit des girondins
vaincus avait réveillé, exploita, pendant l'Empire, la gêne
commerciale occasionnée par le blocus continental ; cette direction
des idées, opposée au courant de l'opinion publique en France,
conduisit les Bordelais, en 1815, à des manifestations contraires
aux sentiments du reste du pays. C'était le triomphe des passions
égoïstes et des intérêts matériels sur le dévouement dû à la
cause commune; c'était aussi une satisfaction maladroite donnée
à de vieilles rancunes, et la dernière manifestation de préjugés
d'un autre temps; souvenirs affligeants pour l'expiation desquels
semblent être morts ces deux frères César et Constantin Faucher;
les jumeaux de La Réole, victimes de la terreur royaliste en
1815, qui ont scellé de leur sang l'union définitive de la Gironde
avec la mère patrie.

Dans l'histoire générale des provinces dont a été formé le département de la Gironde, le caractère bordelais nous est parfois apparu sous un aspect peu favorable, mais il doit être apprécié tout différemment dans son individualité. Si dans ce pays, malgré l'exception qu'offre Montesquieu, les esprits à haute et vaste portée ont été plus rares qu'ailleurs; si, dans la vie politique comme dans la vie privée, les prétentions provinciales ou les ambitions personnelles ont nui au développement des grandes et généreuses aspirations qui ne naissent que de l'abnégation et des sacrifices, en revanche l'esprit moyen, l'intelligence des choses pratiques n'est nulle part une faculté plus générale, un don plus universel que dans la Gironde. Toutes les qualités aimables et superficielles que développe la civilisation les grâces du langage, l'élégance des manières, l'affabilité, la bienveillance sont poussées à un degré de raffinement inconnu ailleurs.

La science pratique des affaires, la
fertilité des expédients, le génie plus inventif quel persévérant,
ont fait du Girondin, dans l'époque actuelle, le négociant le
plus fin l'avocat le plus habile le ministre d'État le plus
utile qu'on puisse trouver dans le reste de la France. Au service
de ces talents si propres à l'exploitation la Providence a mis
pour l'habitant de la Gironde les ressources inépuisables du
sol le plus fertile, les richesses de vignobles uniques au monde,
le voisinage de l'Océan, des ports admirables, de magnifiques
fleuves dans l'intérieur des terres en un mot, tous les éléments
de la plus merveilleuse prospérité. Si donc, en devenant une
annexe de la France, la Guyenne a dû entrer en lice avec nos
autres provinces dans les luttes pacifiques du progrès, elle
doit reconnaître qu'aucune n'arrivait au combat si bien munie
qu'elle, et que sa part doit être large dans les profits de
la victoire. Aussi sommes-nous heureux de voir chaque jour s'effacer
de plus en plus les germes d'anciennes divisions, et le département
de la Gironde se placer parmi les plus nationaux comme parmi
les plus riches et les plus importants de la France.
Bordeaux

Bordeaux et notamment Mérignac est un centre industriel important où est regroupé un grand nombre d’entreprises travaillant pour l’aéronautique et l’armement. Le chiffre d’affaire généré par les industries aéronautiques de la Gironde est supérieur à celui réalisé par l’ensemble des activités de même type du bassin toulousain. Bordeaux n'a conservé que très peu de vestiges de l'époque romaine, seule les ruines du Palais Galien présente un quelconque intérêt. Quelques demeures du Moyen-Âge sont à également découvrir dans le quartier Saint-Pierre. mais le siècle des Lumières est omniprésent dans le Bordeaux actuel. La façade des quais, la place de la Bourse, le Cours de l'intendance les Allée Tourny sont le grand miroir de ce XVIIème. C'est sous l'essor du Gouverneur de Guyenne, l'Intendant Tourny que Bordeaux doit en grande partie sa physionomie actuelle et qui font la richesse architecturale de le cité.
Arcachon

Arcachon fut d'abord un village de pêcheurs
appartenant au célèbre seigneur gascon du XIVème
siècle, le captal de Buch. Dans la forêt avoisinante des essaims
d'abeilles fournissaient un miel délicieux. Vers 1520 le moine
Thomas Illyricus trouva sur le rivage une statue de la Vierge
rejetée par les flots. Il fit établir sur la dune un oratoire
qui devint un but de pèlerinage.
La station balnéaire fondée
au début du XIXème siècle connut un très grand essor
et Arcachon fut érigée en commune en 1857. Une l'inscription
gravée sur la cloche de l'église Saint Ferdinand : "nox hieri
hodie aurora cras lux", inspira la devise d'Arcachon. Arcachon,
de simple village de pécheur est devenue, au début du siècle,
un lieu de résidence privilégié pour la grande bourgeoisie.
La ville d'hiver construite sur les hauteurs d'Arcachon se distingue
par ses élégantes demeures datant de la fin du XIXème
siècle. Un belvédère aménagé vous permet également une vue incomparable
sur tout le Bassin d’Arcachon.

Entre 1789 et 1850, la partie occidentale
du département était couverte de landes mal drainées (sur environ
60 % à 70 % de l'espace). Cette lande était entretenue par écobuage
afin de pourvoir en nourriture les grands troupeaux de moutons,
surveillés par des bergers montés sur des échasses ; l'usage
de ces dernières permettait d'accomplir plus facilement de grandes
distances (15 à 20 kilomètres par jour), tout en surveillant
le troupeau. De plus ces échasses permettaient également de
protéger les troupeaux des attaques de loup qui infestaient
la région.
Avant 1857, date de la Loi d'assainissement et
de mise en culture des Landes de Gascogne, le régime agropastoral
est généralisé : il puise sa force dans le libre usage des communaux
majoritaires. Puis la systématisation des plantations de pins
exploités pour leur résine (gemmage) et leur bois, accompagnée
de la vente des communaux durant la deuxième moitié du XIXème
siècle, a complètement modifié le paysage et l'économie de la
moitié du département Au 18e siècle les frères Desbiey entreprirent
la fixation et la mise en valeur des dunes par semis de pins
maritimes.

Particularité géographique, la Dune du Pilat est le cauchemar des cartographes, car du fait de vents pouvant être très violents en provenance du large son sommet se déplace et lors de la grande tempête qui dévasta la France en décembre 1999, son sommet s'est déplacé de plus de 6 mètres à l'intérieur des terres. Quelques bâtiments se trouvent même enfouis sous cette montagne de sable.
C'est également en Gironde que se
construit actuellement sur le site du C.E.A. de Cestas le plus
puissant laser du monde, dénommé Mégajoule. Le Lac de Biscarosse
est une ancienne base aérienne d'hydravions et vous y retrouverez
un musée consacré à l'histoire de ces appareils, ainsi que l'historique
des pionniers de l'Aéropostale.

Libourne

Libourne À la place du village romain de Fozera, le tracé de la ville est réalisé en 1270 par Roger de Leybourne. Au cours des années, son nom fut légèrement déformé. Il se transforma en Libourne. À l'époque, sa vocation était celle d'un port maritime pour le commerce du vin et fluvial pour le commerce du bois, ultime destination des gabares descendant la Dordogne chargées, entre autres, de bois de noisetier destiné aux vignobles. Pour la petite histoire, il se dit que le pavage du port est en pierre anglaise transportée dans les bateaux qui venaient chercher du vin. En effet, ceux-ci ne pouvant venir d'Angleterre à vide, il fallait les lester pour qu'ils puissent naviguer sur l'Atlantique.

Libourne fait partie du type de villes
construites autour d'une place entourée d'arcades pour créer
un marché, les bastides. Libourne est touchée par la révolte
des Pitauds en 1548 : en 1541, la gabelle est imposée à la Saintonge
et à l’Angoumois, provinces qui ne payaient pas cet impôt sur
le sel. La révolte éclate près d’Angoulême, et Libourne est
prise par les révoltés pendant l’été. Lors de la Fronde, la
ville est à nouveau assiégée par les troupes françaises en 1652.
Saint-Emilion village du Moyen-âge avec son église troglodyte
entièrement creusée dans le calcaire. C'est sur un coteau de
Saint Emilion que le poète Ausone de son vrai nom Decimus Magnus
Ausonius, qui fut précepteur et plus tard conseillé de l'Empereur
Gratien plantât son vignoble. Château Ausone fait partie des
cent meilleurs vins de l'Aquitaine.
COUTRAS

Coutras (Cutracum, Corlerate) était,
sous la domination romaine, une station militaire appelée Corterate
; la voie romaine de Bordeaux à Périgueux, connue vulgairement
aujourd'hui sous le nom de Chemin de Charlemagne, passait au
pied de ce poste. Pendant près de quinze siècles, l'histoire
de Coutras ne nous offre aucun événement digne d'être relaté.
En,1290, la nomination d'un notaire par Édouard 1er
est une preuve de l'importance de la commune nous trouvons,
en 1475, la ville de Coutras possédée par cette famille de Lautrec
qui fournit des amiraux et des gouverneurs à la province de
Guyenne, et dont un membre fut placé par François 1er
à la tête de ses armées d'Italie, et chargé par ce prince du
gouvernement du Milanais.
La construction du château de Coutras,
célèbre par les hôtes illustres qui s'y réunirent pendant les
troubles de la Fronde, date de cette époque ; mais c'est surtout
à la victoire de Henri de Navarre sur Joyeuse que Coutras doit
la renommée de son nom. Les deux armées de Matignon et de Mayenne
étaient venues se joindre à celle du présomptueux favori, qui,
craignant d'avoir à partager avec les deux vieux généraux la
gloire du triomphe, attaqua les huguenots avant leur arrivée.
D'un côté, des casques surmontés d'aigrettes flottantes, l'éclat
de l'or et des pierreries sur les armures, des vêtements, des
écharpes de velours et de satin, d'élégants coursiers aussi
richement parés que leurs maîtres; de l'autre, la laine, la
bure, le fer; tout est austère et silencieux dans les rangs
des huguenots; à la vue des troupes de Joyeuse qui se disposent
bruyamment à l'attaque, ils fléchissent le genou et entonnent
le cantique de Marot:
La voici l'heureuse journée
Où
Dieu couronne ses élus,
« Ils ont peur, dit Joyeuse à
Lavardin. Ne vous y trompez pas, répond cet officier ; jamais
ils ne sont plus terribles qu'au sortir de la prière. » Le combat
avait commencé à huit heures, le matin du 28 octobre 1587 ;
le soir, Henri, victorieux, soupait au château de Coutras, les
cadavres nus des deux Joyeuse gisaient dans une salle et étaient
insultés par quelques officiers. Ce moment, leur dit le Béarnais
avec sévérité, « est celui des larmes, même pour les vainqueurs.
» Belle parole, mais, hélas ! moins authentique que l'envoi
à une de ses maîtresses, la belle Corisandre d'Andouin, de vingt-deux
chapeaux enlevés pendant la bataille.
Louis XIII traversa
Coutras le 15 juillet 1621 : il se montra au peuple, se promenant
à pied dans une grande allée de lauriers, qui existait alors
devant le château. L'intervention du pape ayant obtenu le pardon
du duc d'Épernon, le cardinal Henri de Sourdis fut envoyé à
Coutras pour l'absoudre, la cérémonie eut lieu sur la place
de l'église paroissiale. C'est enfin au château de Coutras que
la belle duchesse de Longueville essaya ses séductions sur les
personnages influents qu'elle y avait réunis, pour les entraîner
dans le parti de la Fronde. Coutras n'a rien conservé de cette
époque on n'y voit aujourd'hui qu'un monument élevé à la mémoire
du brave Albert, qui enleva aux ennemis le corps du général
Marceau, blessé mortellement à la journée d'Altenkirchen
Blaye


Grace à sa position stratégique sur l'estuaire
de la Gironde, César, dans ses Commentaires sur la Guerre des
Gaules, cite un oppidum gaulois appartenant à la cité des Santons,
qu'il nomme Blavia Santorum. Il semble très probable qu'il s'agisse
là de la ville actuelle de Blaye, située sur un promontoire
rocheux qui domine la Gironde. Dès le premier siècle de notre
ère, les Romains s'installent sur ce site et en font une place
fortifiée. Plus tard ce lieu devient la demeure de Jaufré Rudel,
célèbre troubadour de Langue d'Oc, qui y fait construire son
château. Blaye et sa citadelle Vauban. C’est dans cette cité
qu’a été enterré Roland de Roncevaux, neveu de Charlemagne.
Après la révolution de 1789, la citadelle de Blaye devient prison
d'État, surtout destinée aux prisonniers politiques de haut
rang. En 1815, les ultras royalises s'opposent aux royalistes
libéraux. A la mort de Louis XVIII succède Charles X qui est
lui même un ultra royaliste, cela l'obligera à démissionner.
En 1820, le duc de Berry est assassiné par Louis Louvel, un
anarchiste qui voulait «détruire la souche des Bourbons». Son
épouse, Marie Caroline de Bourbon Sicile, donne naissance à
un fils posthume, héritier directe de la couronne de France.
Après l'abdication de Charles X, elle parcourt le France dans
le but de provoquer un soulèvement afin de mettre sur le trône
son fils, à le place de Louis-Philippe, qu'elle qualifie d'usurpateur.
Trahis par un informateur, elle est arrêtée, et conduite à la
citadelle de Blaye, dont le général Bugeaud en est le gouverneur.
En 1833 après avoir accouché d'une fille, le gouvernement de
Louis-Philippe exploite la situation et jette le discrédit sur
la prisonnière qui sera conduite en Italie par le Général Bugeaud.
C'est également dans cette citadelle construite par Vauban que
débutera la carrière du futur Préfet de Paris, Georges Eugène
Haussmann qui à l'instigation de Napoléon III modifiera complètement
le visage de Paris.

Langon
L'histoire de la ville est indissociable de celle de Bazas, à une quinzaine de kilomètres au sud, important centre militaire et religieux de l'Antiquité jusqu'au XVIIIème siècle, dont Langon est le port sur la Garonne, rivalisant un temps avec celui de Bordeaux. Profitant de sa situation privilégiée autour d'un coude du fleuve, au confluent avec le Brion, Langon devient une ville de marchés, sur la route entre Bordeaux et Agen. Elle compte deux paroisses dès le XIIème siècle, Notre-Dame et Saint-Gervais, formant deux bourgs dont la ville est la réunion. Langon a été marquée par la vigne, qui fit sa richesse en tant que port, au carrefour des Graves et du Sauternais. Bazas est une très vieille cité et est le siège d'un évêché dont l'évêque est l'archevêque de Bordeaux La Cathédrale. Surtout ne manquez pas d’aller déguster une entrecôte bordelaise de son bœuf qui est délicieux.


Mais le bordelais est surtout connu pour
son vignoble et ses somptueux châteaux. A voir également certaines
forteresses du Moyen-âge telles que Langoiran, sur la rive droite
de la Garonne, château insulté par Louis XIV car son propriétaire
s’était relié à la Cause du Prince de Condé, le grand meneur
de La Fronde. Les ruines du Château du Prince Noir à Blanquefort,
le Château d’Henri IV à Vayres. les ruines du Château de Clément
V à Villandraut, premier Pape Français, son tombeau se trouvant
à Uzeste. Le Château de Roquetaillade, le Château de la Brède
appartenant toujours aux descendants de la famille de Montesquieu.
Et puis les très nombreuses bastides, Saint Macaire, Sauveterre
de Guyenne, La Réole, Cadillac, qui donna son nom à une célèbre
marque automobile de Détroit (U.S.A.), son nom rend hommage
au fondateur français de la ville de Détroit (USA), le gascon
Antoine de Lamothe-Cadillac, etc. Cadillac est aussi le centre
d’internement de tous les plus grands malades mentaux réputés
très dangereux de notre pays. Son château fut une ancienne prison
pour femme.
A découvrir pour les amoureux de l’époque préhistorique
la curieuse grotte de Pair Non Pair à quelques kilomètres de
Bourg sur Gironde.
La vallée de la Dordogne offre des paysages
tout à fait remarquables et ne manquez pas le détour vers les
ruines de l’Abbaye de la Sauve Majeure qui offrent encore quelques
belles pierres et qui fait même l’objet de vaste programme de
restauration.