Histoire de l'Isère


Le département de l'Isère est l'ancien
Dauphiné, l'une des plus anciennes provinces de la couronne
de France
Avant l'arrivée des Romains se trouvaient principalement
quatre peuples gaulois dans la région, les plus connus d'entre
eux étaient les Allobroges. Puis entre 125 et 118 av. J.-C.,
les peuples gaulois du sud-est, qu’étaient les Allobroges, les
Arvernes et les Voconces, connurent un certain nombre de défaites
successives face à Rome, et cette dernière put dominer une vaste
contrée allant des Alpes aux Pyrénées donnant naissance à la
province de la Gaule transalpine. Ainsi Vienne devint une cité
romaine prospère et était à cette époque le principal centre
économique et culturel du territoire qu'occupe aujourd'hui l'Isère.
De nombreux monuments de cette époque sont encore visibles dans
cette cité qui était la capitale des Allobroges, notamment le
temple d'Auguste et de Livie, le théâtre antique, etc..Lors
du Moyen Âge, l'Isère et tout particulièrement Grenoble connait
une période de développement. Rome céda sa place au royaume
burgonde de 443 à 524 (date de la bataille de Vézeronce) qui
lui-même fut suivi par les rois francs.

Aux côtés de cette autorité royale se trouvaient les évêques qui jouissaient d'un rôle croissant sur leurs diocèses d'un point de vue administratif et juridique devenant ainsi un des principaux personnages d'autorité. En Isère comme partout en Europe, la construction de nombreux châteaux marque la période du Moyen Âge inférieur au bas Moyen Âge. Les fortifications connaissent de fortes évolutions passant de la motte castrale avec des fortifications en bois, comme le montrent les recherches menées sur le site de la motte du Châtelard à Chirens, à des châteaux en pierre destinés à protéger le seigneur et à symboliser son autorité au sein du fief. Vers l'an 1000 arrive une vague de construction de châteaux, en Isère on dénombre, en 1120 120 châteaux sur le territoire. C'est à cette époque qu’apparait le Dauphiné et ses dauphins par l'intermédiaire de Guigues Ier d'Albon, reconnu comme le premier des dauphins. Cet homme ambitieux possédait à la fin du Xème siècle un château, un village et une église à Vizille et des terres vers Roussillon au sud de Vienne.

Il gagne, ensuite, plusieurs titres et agrandit son domaine grâce à ses liens de parenté avec les évêques de Grenoble et Valence et grâce à une fine stratégie de mariages. Ainsi naquit le Dauphiné qui devint un État indépendant du Saint-Empire romain germanique. Le Dauphiné fut un État indépendant sur une période de plus de deux siècles pendant laquelle se déroulèrent de nombreux conflits envers le comté de Savoie. Et c'est le 29 mars 1349 par le traité de Romans que Humbert II céda au roi de France Philippe VI de Valois le Dauphiné. L'époque moderne vit la multiplication des places fortes lors du XVIème siècle dans le département et notamment autour de Grenoble afin de se défendre d'éventuelles attaques de la Savoie dont les souverains se trouvaient souvent parmi les rangs des ennemis des rois de France.

Le XVIIème siècle fut profondément
marqué par le travail de François de Bonne de Lesdiguières,
lieutenant-général du Dauphiné, qui se donna pour mission de
maintenir la paix et de remettre en route la vie économique
de la province. Le XVIIIème siècle tout en étant
une période de prospérité pour les isérois fut toutefois limité
par l'exode protestant de la fin du XVIIème, comme
tout le reste de la France. Cependant, un célèbre paysan qui
devint contrebandier, Louis Mandrin, mit à mal l'autorité notamment
en s'attaquant aux impopulaires fermiers généraux, il reçut
ainsi rapidement le soutien de la population.
Cette période
de calme et de prospérité permit ainsi le développement d'une
vie intellectuelle qui se révéla très vivante, notamment à Grenoble
où se fonda une bibliothèque publique qui comptait parmi ses
membres le grand-père de Stendhal. Plusieurs « grands noms »
isérois sont à noter dans ce siècles des Lumières comme Dolomieu,
un des premiers géologues et litho-logiste français ; Vaucanson,
inventeur et mécanicien qui contribua entre autres à l'automatisation
des métiers à tisser ; Mably, philosophe et frère de Condillac
lui aussi adepte de la philosophie ; Barnave homme politique…
Ce dernier avec Jean-Joseph Mounier furent à l'origine de la
journée des tuiles, émeute qui se déroula le juin 1788 à Grenoble,
pendant laquelle la population de la ville a affronté à coup
de tuiles les troupes royales. C'est l'émeute marquante du début
de la Révolution française.
Grenoble

La première référence à Grenoble remonte
à 43 av. J.-C. Au départ simple bourg gaulois du nom de Cularo,
la bourgade, située à un endroit stratégique sur la voie romaine
entre Vienne et l'Italie par le Montgenèvre, fut fortifiée sous
Dioclétien et Maximien (entre 284 et 293), puis accéda au rang
de chef-lieu de cité suite à la venue de l’empereur Gratien
en 379. Elle fut alors rebaptisée Gratianopolis. Des troupes
y stationnaient en permanence (cohors prima Flavia) et un évêché,
avec à sa tête l'évêque Domnin, est attesté au moins depuis
381. Il fallut attendre le XIème siècle pour voir
l'importance de la cité augmenter considérablement, lorsque
les comtes d’Albon, futurs dauphins de Viennois, la choisirent
comme capitale de leurs États, le futur Dauphiné. Grenoble se
retrouva alors capitale d’un État indépendant au sein du Saint-Empire
romain germanique. Les dauphins successifs fondèrent l’université
en 1338 et le Conseil delphinal s'installa à Grenoble en 1340.
Durant la guerre de Cent Ans, la noblesse dauphinoise participa
aux conflits contre l’Angleterre et ses alliés. En 1349, la
ville se retrouva rattachée au royaume de France suite au transfert
du Dauphiné à la couronne de France et Grenoble devint capitale
provinciale. La présence entre 1447 et 1456 du dauphin, le futur
Louis XI, renforça ce statut de ville parlementaire avec la
création du troisième Parlement de France.
La ville devint également le siège de garnisons, à la frontière
avec le duché de Savoie. Elle s'affirma comme la principale
ville de la province. Lors des guerres d’Italie, la noblesse
dauphinoise se distingua particulièrement sous la figure de
Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche ». Grenoble
eut à souffrir des affrontements des guerres de religion et
en sortit affaiblie. Ils furent marqués par de nombreux massacres
et destructions. Les conflits prirent fin avec l'ultime victoire
de Lesdiguières, lorsqu'il s'empara de Grenoble en 1590. Devenu
administrateur du Dauphiné, il modifia et agrandit considérablement
la capitale dauphinoise et lança notamment la construction de
la première génération des fortifications de la Bastille.
Vienne

Vienne fut promue dès 50 av. J.-C., colonie latine par Jules César sous le nom de Colonia Julia Viennensis. Vienne devient rapidement un centre important du commerce et des échanges avec la Méditerranée, de vastes entrepôts découverts à Saint-Romain-en-Gal en témoignent. Sur les tables Claudiennes de Lyon, Vienne est qualifiée de belle et florissante. Elle obtient le privilège impérial de s'entourer d'une muraille dès le Ier siècle après J.-C. Cette muraille fait 7,2 km de long, soit la plus longue des Gaules ; la superficie enclose, 250 ha environ, en fait également une des plus importantes villes des provinces gauloises. Entre 35 et 41 elle fut promue au statut de colonie romaine, sans doute par Caligula. Elle fut un centre important durant la période romaine, rivalisant avec sa voisine Lugdunum (Lyon). Sa parure monumentale édifiée sur des terrasses successives dominant le Rhône était impressionnante et de nombreux vestiges en témoignent : Temple d'Auguste et de Livie, arcades du forum, théâtre et odéon, hippodrome, murailles, thermes sont encore partiellement ou totalement en élévation. De nombreuses découvertes et fouilles archéologiques depuis le XVIème siècle offrent l'image d'une cité riche et puissante : mosaïques, fresques, marbres, mobilier… Le site archéologique de Saint-Romain-en-Gal, un des quartiers de la ville antique qui s'étendait sur les deux rives du Rhône, témoigne de cette richesse. Vienne est aussi la ville où apparaît pour la première fois en Gaule une colonie juive, et où fut exilé Hérode Archélaos, ethnarque de Judée en l'an 6 de notre ère. Decimus Valerius Asiaticus, dit Asiaticus le Viennois de la gens Valerii, est sénateur romain, consul deux fois, dont en 46, et possède à Rome « les jardins de Lucullus », terrain où s'élève à l'heure actuelle la villa Médicis à Rome. Au Bas-Empire, le rôle de Vienne s'affirme : capitale du diocèse de Viennoise, elle reçoit la visite de plusieurs empereurs. Le trésor d'argent enfoui au début du IVème siècle dans le quartier sud de la ville montre sa prospérité. En 177, le diacre Sanctus de Vienne est martyrisé avec les martyrs de Lyon, première mention du christianisme viennois. Dotée d'un évêque au moins en 314, elle devient une métropole religieuse importante.

Vienne demeure un foyer de la culture romaine au cours des Vème et VIème siècle : les sermons de Saint Mamert, les Rogations qu'il institua à l'exemple de ce qui se faisait déjà au temps des cultes païens, ou les reproches de Grégoire le Grand à Saint Didier qui enseignait les auteurs classiques en témoignent. Vienne est alors également le siège de la province ecclésiastique de Vienne. Clotilde, deuxième épouse de Clovis en 492-494, est originaire de Vienne et son influence sur son mari marquera l'histoire de France, l'amenant à la conversion au christianisme. L'ancienne église Saint-Pierre, construite au Vème siècle, est l'un des monuments majeurs de cette période au nord des Alpes, et une des plus anciennes églises de France. Ville importante du royaume burgonde, elle est ensuite reconquise par les Mérovingiens lors de la guerre de Burgondie, puis intégrée dans l'empire carolingien. Le beau-frère de l’empereur Charles le Chauve, Boson, profitant de l’affaiblissement du pouvoir impérial, se fait proclamer roi de Bourgogne en 879, ce qui déclenche une guerre avec les empereurs successifs. Vienne, sa capitale, est assiégée à plusieurs reprises. Une chanson de gestes de Girart de Vienne relate ces conflits. Boson est finalement reconnu roi de Provence en 884 sous le nom de Boson V de Provence, à l'issue de la guerre. Il meurt à Vienne le 11 janvier 887, et est inhumé dans la cathédrale Saint-Maurice. Vienne conserve un rôle de premier plan dans la royaume de Bourgogne jusqu'à Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, qui donne le comté de Vienne à l'évêque de la ville en 1023. Au Haut Moyen Âge, les Radhanites animent le commerce international et font de Vienne un de leurs importants centres de commerce. L'intégration du royaume au Saint-Empire en 1030 renforce l'autonomie de l'évêque-comte. Cette indépendance de fait dure jusqu'en 1450 date de l'intégration de la ville au royaume de France. La ville est marquée par l'action de l'archevêque Jean de Bernin (1217-1266) qui, après avoir spolié de leurs richesses des marchands juifs, les chasse de Vienne, et donne des libertés aux bourgeois de la ville. Avec l'argent confisqué, il fonde un hôpital, commande la reconstruction du chœur de la cathédrale Saint-Maurice, fait reconstruire le Château de la Bâtie et fait restaurer le pont du Rhône. La ville, fortement marquée par les épidémies et les ravages des bandes armées de la guerre de Cent Ans, décline aux XIVème et XVème siècle. Le fait majeur marquant Vienne ville d'Empire est le concile de Vienne qui siégea entre le 1er octobre 1311 et le 11 mai 1312. Environ cent dix prélats (sur les trois cent conviés) venus de toute la chrétienté, le pape Clément V, le Roi de France Philippe le Bel ainsi que ses fils, Louis d'Évreux frère du roi, Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret et Plaisians ainsi qu'une multitude de barons et de chevaliers venus de France, seront présents pour le prélude de l'histoire des Rois Maudits qui fera suite à l'abrogation de l'ordre des Templiers, comme demandé dans la bulle pontificale Vox in excelso, le 22 mars 1312. Par la bulle Ad providam Christi Vicarii du 6 mai 1312, Clément V attribua les biens du Temple aux Hospitaliers. Le 6 mai 1312 le pape promulgua une autre bulle, Considerantes dudum, fixant le sort des Templiers, en les divisant en deux catégories : ceux qui avaient avoué et les autres.

La fin du Moyen Âge voit cependant les
signes d'une reprise économique, comme en témoignent les nombreux
hôtels particuliers reconstruits aux XVème et XVIème
siècle. Parmi les productions locales, la fabrique d'épées donnant
des armes réputées dans tout le royaume, la « Vienne », ainsi
que la fabrication de papier. L'imprimerie s'installe dès la
fin du XVème siècle. Michel de Villeneuve (1511-1553),
savant, correcteur d'imprimerie, médecin humaniste, soignant
gracieusement les malades nécessiteux, passe quelque temps à
Vienne avant d'être brûlé à Genève à l'instigation de Calvin,
pour des thèses jugées hérétiques concernant le baptême des
enfants et la remise en question de la Sainte Trinité. Lors
des guerres de religion, la ville est plusieurs fois conquise.
En 1562, la ville est prise par le baron des Adrets. Ses troupes
saccagent plusieurs églises, dont la cathédrale. Une partie
des trésors ecclésiastiques est fondue. Dès le début de la deuxième
guerre de religion, en 1567, la ville est prise par Paulon de
Mauvans et le cardinal-archevêque d’Aix, Saint-Chamond, qui
s’est converti au protestantisme. La réforme catholique s'implante
à Vienne sous l'impulsion des cinq archevêques successifs de
la famille de Villars, avec l'assentiment des consuls. La cathédrale
est réaménagée. Les Jésuites fondent un collège. Le pont du
Rhône, maintes fois réparé, est détruit définitivement par une
crue en 1652. L'industrie poursuit son implantation dans la
vallée de Gère : d'abord la métallurgie, dès le XVIIème
siècle, puis le papier et enfin le textile à partir de 1713.
La Révolution fait perdre à la ville son archevêché, malgré
le rôle actif de l'avant-dernier archevêque Lefranc de Pompignan
à l'Assemblée constituante, et Vienne devient sous-préfecture
du département de l'Isère.
Elle profite au XIXème
siècle de la révolution industrielle et devient une ville ouvrière,
avec notamment des fabriques de papiers puis de nombreuses usines
de textile, qui accueillent après la Première Guerre mondiale
une forte communauté arménienne ayant fui le génocide perpétré
par les Turcs, puis une immigration italienne, espagnole, portugaise,
turque et d'Afrique du Nord.
La Tour du Pin
Cette ville est située sur la rive gauche de la Bourbre, et traversée par la grande route de Lyon à Chambéry. C’était autrefois une place forte assez importante entourée de fortifications dont on voit encore quelques traces.