Histoire de la Haute-Marne


Antérieurement à la conquête romaine,
le territoire qui forme aujourd'hui le département de la Haute-Marne
était occupé par les Lingones, l'un des peuples les plus anciens
et les plus puissants des Gaules. Cantonnés sur la limite de
la Belgique et de la Celtique, ils confinaient, au nord, avec
les Remi et les Leuci ; au sud, avec les Ædui ; à l'ouest, avec
les Senones et les Tricasses ; à l'est, la Saône les séparait
des Sequani. Ils avaient pour capitale Langres, qui a pris le
nom du peuple, mais qui s'appelait auparavant Andomadunum.
Ainsi que les autres peuplades gauloises, les Lingons reconnaissaient,
sous le nom de Diex, et non Dis, comme plusieurs auteurs l'ont
écrit, un esprit souverain et créateur de l'univers, un Dieu
qui punit le vice et récompense la vertu. Ils croyaient aussi
à l'immortalité de l’âme. C'était en plein air, au sein des
forêts, que s'accomplissaient leurs mystères sacrés. On retrouve
encore, en plusieurs endroits de la Haute-Marne, de ces grandes
pierres druidiques sur lesquelles ils sacrifiaient à leur divinité.
D'après l'inventaire des monuments mégalithiques de la Champagne,
on compte dans la Haute-Marne : 5 dolmens, 6 menhirs, 1 cromlech
(les Fourches, près de Langres), 1 pierre branlante, 12 pierres
diverses.

Six cents ans avant l'ère chrétienne, les Lingons, unis aux Boïens, passèrent les Alpes Pennines. Ayant traversé le fleuve sans fond (c'est ainsi que les Celtes désignaient le PÔ), ils chassèrent les Étrusques de la rive droite, et s'y établirent. Braves, impétueux, on les voyait fondre sur l'ennemi avec tant de rapidité, que quelques auteurs font dériver leur nom du mot grec liggein, qui signifie fondre. Cependant, trop faibles pour lutter contre de puissants voisins, ils furent à leur tour conquis, et chassés par les Romains du territoire qu'ils occupaient au-delà des Alpes. César les trouva établis sur l'une et l'autre rive de la Marne, formant une cité (civitas) populeuse et puissante. Compris dans cette partie de la Gaule vierge encore des armes romaines, et connue sous le nom de Gallia comata, Gaule chevelue, ils y dominaient, suivant Tacite, sur d'autres peuples Il parait qu'ils pratiquaient l'agriculture. Claudien vante leurs champs fertiles et leurs riches moissons, qui, de son temps, servaient à l'approvisionnement de Rome.

César, loin de les combattre, rechercha
leur alliance. Il mande au sénat, comme une nouvelle très favorable,
qu'il a gagné l'amitié des Lingons. Ceux-ci lui fournirent des
vivres et des contingents dans sa guerre contre les Helvètes.
C'est sur le territoire Lingon, près de la source de l'Aube,
que six mille Helvètes, vaincus par les Romains, furent vendus
comme esclaves et massacrés. A quelque distance d'Auberive,
on montre la vallée où cette action sanglante se passa elle
porte, encore aujourd'hui le nom de Vaux-Sang (vallis Sanguinis).
Alliés du peuple romain, fœderati, suivant l'expression
de Pline, les Lingons lui restèrent fidèles.
Vainement l'héroïque,
Vercingétorix essaya-t-il de les rallier à la cause de l'indépendance
nationale. Dans cette lutte suprême du courage gaulois contre
l'étranger, ils restèrent indifférents, comme si, dans leurs
courses aventureuses, ils avaient perdu le souvenir et le sentiment
de la patrie. Plus tard même, quand Julius Vindex voulut renverser
Néron, ils se déclarèrent contre lui, et soutinrent avec les
Trévires, dit Tacite, les intérêts de Néron ce dont Galba les
punit en privant leurs villes de leurs murailles et d'une partie
de leur territoire. C'était trop de honte ; ils se réveillèrent
enfin. Vitellius et Vespasien se disputaient l'empire les légions
étaient divisées ; le sang de Vercingétorix avait engendré des
vengeurs dans les Gaules. Ce n'était plus seulement l'indépendance
qu'elles réclamaient, c'était l'empire ; les druides, sortant
de leurs retraites, prêchaient la guerre sacrée sur les bords
du Rhin, Velléda, la prophétesse, avait parlé ; ses oracles
promettaient la victoire aux fils des vieux Celtes. De toutes
parts on courait aux armes.

Conduits par Julius Sabinus, leur chef, les Lingons se rallièrent à l'empire gaulois, et jurèrent de le défendre. Julius Sabinus était d'une naissance illustre ; il remontait à Jules César. Puissant et renommé parmi les Lingons, son courage, quoi qu'en dise Tacite, qui représente ce chef gaulois comme un fou ambitieux, n'était pas au-dessous de sa fortune. Proclamé césar, il marcha contre les Sequani, restés fidèles aux Romains. Après plusieurs combats, il fut vaincu. Réduit à la dernière extrémité, « il hésita sur ce qu'il deviendrait. La fuite en Germanie lui était facile mais, uni depuis peu par amour à une jeune Gauloise nommée Éponine, il préféra braver tous les périls plutôt que de se séparer de celle qu'il ne pouvait ni abandonner ni emmener avec lui. Dans une de ses maisons de campagne existaient de vastes souterrains, construits jadis pour les usages de la guerre, et propres à recevoir des vivres, des meubles, tout ce qui était nécessaire à la vie de plusieurs hommes. L'entrée en était secrète et connue seulement de deux affranchis dévoués à Sabinus. Ce fut dans cette maison que se rendit le noble Gaulois, annonçant qu'il allait terminer sa vie par le poison, et il congédia ses serviteurs et tous ses exclaves. Les deux affranchis mirent alors le feu au bâtiment ; et le bruit se répandit en tout lieu que Sabinus s'était empoisonné, et que son cadavre avait été la proie des flammes. À cette nouvelle, trop bien confirmée par le témoignage de Martial, l'un des affranchis fidèles, une douleur inexprimable s'empara d'Eponine elle se jeta la face contre terre, pleurant et sanglotant, et resta trois jours et trois nuits dans son désespoir, refusant toute nourriture. Sabinus, attendri et effrayé, lui envoya de nouveau Martial pour lui révéler qu'il n'était point mort, qu'il vivait dans une retraite inconnue, mais qu'il la priait de persévérer aux yeux du monde dans son affliction, afin d'entretenir une erreur à laquelle il devrait son salut. Qu'on se représente, s'il se peut, l'état d'Éponine à cette nouvelle ; l'allégresse dans l'âme, elle prit tous les signes du deuil, et joua si bien, selon l'expression d'un ancien, la tragédie de son malheur, que personne n'en conçut le moindre doute. Bientôt, brûlant de voir son époux, elle se fit conduire pendant la nuit au lieu de sa retraite, et revint avant le jour ; elle y retourna, s'enhardit peu à peu à y rester ; puis elle n'en voulut plus sortir. Là elle devint deux fois mère « Seule comme la lionne au fond de sa tanière, dit un écrivain grec qui con » nul l'un de ses fils, elle supporta les douleurs de » l'enfantement, et nourrit de son sein ses deux » lionceaux. » Par intervalles, elle allait en Italie observer et consulter leurs amis communs. Mais les deux époux furent enfin découverts et conduits prisonniers à Rome. Amenée devant l'empereur, Éponine se prosterna à ses pieds, et lui montrant ses enfants « César, dit-elle, je les ai conçus et allaités dans les tombeaux afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes genoux. » Ses paroles, sa douceur, son héroïsme, arrachèrent des larmes à tous les assistants mais Vespasien, inflexible, ordonna de traîner sur-le-champ Sabinus au supplice. Éponine alors se releva, et d'une voix forte et pleine de dignité, elle réclama que des destinées si longtemps communes ne fussent point désunies à ce dernier moment. « Fais-moi cette grâce, Vespasien, s'écria-t-elle, car ton aspect et tes lois me pèsent mille fois plus que la vie dans les ténèbres et sous la terre ! » Depuis, longtemps les Gaules étaient pacifiées. Le sang de l'héroïque Éponine et du malheureux Sabinus fut le dernier versé pour la cause de la vieille indépendance gauloise. La Gaule se résigna à devenir romaine. »

Cependant, les Lingons résistèrent encore
et ne firent la paix avec Rome que sous Domitien. Toujours libres
et indépendants, Valentinien voulut les rendre tributaires.
« Que l'empereur sache, lui répondirent- ils, que les Lingons
aiment avant tout la liberté. S'il veut les forcer à faire quelque
chose qui y soit contraire, il verra combien ils sont prompts
à prendre les armes ! » Cette réponse fière et courageuse arrêta
les volontés de l'empereur, et les Lingons continuèrent d'envoyer,
selon leur coutume, une main droite d'argent aux légions romaines
en signe d'alliance. Mais s'ils restèrent libres en face des
dominateurs du monde, ils n'échappèrent pas à la servitude commune
quand les barbares se ruèrent sur l'empire.
À la fin du
IIIème siècle, les Vandales ravagèrent leur territoire,
et le couvrirent de sang et de ruines. Plus tard, le pays de
Langres fut conquis par les Francs mais, depuis trois siècles
déjà, le christianisme y avait pénétré par le zèle de saint
Bénigne, l'apôtre de la Bourgogne, envoyé par saint Irénée vers
l'an 160 ; et plusieurs auteurs très autorisés placent vers
l'an 200 l'épiscopat de saint Sénateur, premier évêque de Langres.
Dans les siècles suivants, le territoire des Lingons se présente
comme divisé en comtés. Les chroniques nous ont transmis les
noms de ceux d'Attouar, de Bar-sur-Aube, de Bar-sur-Seine, du
Bassigny, de Bologne et d'Andelot, de Nijon, de Duesmois, de
Langres, de Lassois, de Mémont, du Moge, d'Ousche et de Tonnerre.
Tous ces comtés paraissent avoir relevé de celui de Langres
dont les évêques devinrent titulaires en 967. Après l'avoir
aliéné vers l'an 1000, les évêques de Langres le rachetèrent
en 1178 ou 1179, et en offrirent la suzeraineté au roi de France,
à condition que ce comté ne serait jamais séparé de la couronne.
C'est, croit-on, en retour de ce don que les évêques reçurent
les titres de duc de Langres et de pair de France.
Au moyen
âge, le Langrois et le Bassigny comptaient un grand nombre d'abbayes
Auberive, Beaulieu, Belmont, Benoîtevaux, Lacrêtre, Longuay,
Morimond, Poulangy, Septfontaines, Val-des-Ecoliers, Vaux-la-Douce,
dont la plupart suivaient la règle de saint Bernard.
Pendant
que ces laborieux solitaires s'efforçaient de rendre la vie
à ce pays si bouleversé par les barbares, les seigneurs Iangrois
ne cessaient de l'agiter par leurs querelles particulières.
Plus tard, Philippe le Bel leur fit défense de guerroyer entre
eux. C'était, disaient-ils, leur enlever leur plus beau privilège
ils s'en plaignirent à Louis le Hutin, qui rapporta la défense.
Dès lors plus de repos pour ce malheureux pays. Partout et toujours
l'anarchie et la guerre ! Champs ravagés, paysans rançonnés,
pillés, vexés, bourgs et villages réduits en cendres, tels furent
les résultats des longues luttes féodales des sires de Vergy,
d'Aigremont et de Châteauvillain, etc. Puis vinrent les Anglais
et leurs partisans qui, de 13150 environ jusqu'en 1435, guerroyèrent
dans le pays et le désolèrent. « Pour retourner au service du
roi au milieu des garnisons ennemies, disent les Langrois dans
une supplique, il a fallu faire le sacrifice de tous nos biens
; car ces garnisons, logées tout à l'entour de la ville, ont
pillé et incendié de toutes parts, tué les gens, bouté le feu,
extirpé et copé nos vignes et nos blés, dégasté nos biens, maisons
et héritages, Pour ce faict, ajoutent-ils, la chose nous est
venue de si grand charges et sommes tombés en si grande pauvreté
que nous n'avons do quoi vivre ; contraints, ne pouvant l'acheter
à argent, de bailler ès marchands, pour avoir du blé, plusieurs
de nos biens meubles, c'est à sçavoir: pos, poelles, chaudrons,
lis, linges et autres meubles. » Telle était la misère des Langrois
; mais hélas ! leurs maux n'étaient pas finis. A peine délivrés
de l'étranger, ils virent s'abattre sur leur territoire une
foule d'âventuriers, connus sous le nom d'écorcheurs et de retondeurs.
Le bâtard de Bourbon occupait le pays de Langres à la tête de
ces bandits. Il s'était emparé de La Mothe, d'où il mettait
tout le pays à contribution. Chargé de butin, il se disposait
à se ruer sur la Bourgogne, quand Jean de Vergy surprit sa bande
et la dispersa. Pour lui, arrêté à Bar-sur-Aube, jugé et condamné,
il fut jeté à la rivière dans un sac.
Après la guerre vint
la famine, en '1437, « On voyait dans les villes les pauvres
se rassembler sur les fumiers et y périr de faim. Cette famine
fut suivie de la peste ; les loups, accoutumés à se nourrir
de cadavres humains, se jetaient sur les vivants jusque dans
les villes. » Au XVIème siècle, ce pays souffrit
peu des guerres religieuses ; le parti des politiques y dominait,
et, malgré le vosinage des Guises, malgré la sanglante provocation
de Wassy, fidèle au roi, il sut rester sage et tranquille.
Mais, dans les querelles de la maison d'Autriche et de la France,
il fut en proie à toutes les calamités de la guerre. On sait
que, après le siège de Dôle par le prince de Condé, les armées
réunies de la Lorraine, du comté de Bourgogne et de l'empire
envahirent le territoire. Cette guerre, qui dura de 1636 à 1642,
« a laissé, des souvenirs ineffaçables dans l'esprit de la population.
Chaque village brûlé ou détruit a transmis l'histoire de son
malheur aux générations actuelles ; quelques contrées portent
encore le nom redouté de Gelas (général des impériaux), et des
personnes dignes de foi nous ont assuré avoir entendu, dans
leur jeunesse, ajouter aux litanies des saints cette expression
naïve de la terreur que les généraux inspiraient « A Forkafs,
Galas et Piccolomini, libera nos Domine »
Jusqu'en 1814,
ce pays vécut tranquille ; mais, dans cette année désastreuse,
il fut occupé par les alliés. Napoléon chassa l'ennemi de Saint-Dizier.
Voulant occuper Troyes avant lui, et empêcher la jonction des
deux armées, autrichienne et prussienne, il traversa la forêt
du Der, atteignit le 28 janvier Montierender et arriva le 29
a Brienne, d'où il chassa Blücher, Après les combats des 20
et 21 février sur l'Aube, il s'était porté par Saint- Dizier
et Joinville sur Doulevant. Ce mouvement hardi jeta la terreur
parmi les coalisés ; se voyant menacés sur leurs derrières,
les Autrichiens évacuèrent Chaumont et se retirèrent sur Langres.
Plus encore que les villes, les campagnes eurent à souffrir
de l'invasion. Aussi les paysans étaient-ils exaspérés. Réfugiés
dans les bois ils ne craignaient pas d’attaquer les corps isolés
et les convois. Ceux de Perrancey, Vieux-Moulins et Noidant,
entre autres, armés de vieux fusils et de fourches, se jetèrent
sur les Cosaques et en tuèrent un grand nombre. Un escadron
autrichien se porta sur Vieux-Moulins, avec l'ordre d'amener
prisonnier tout ce qu'il trouverait. Il n'y avait plus que quelques
vieillards.
Durant la guerre franco-allemande de 1870-187
1, le département de la Haute-Mame eut à subir l'invasion des
armées ennemies et à payer d'énormes réquisitions. La première
armée (Ier, VIIème et VIIIème
corps ), sous les ordres du général de Manteuffel, occupa Joinville,
Bologne, Chaumont, Nogent et Châteauvillain la deuxième armée,
commandée par le prince Frédéric Charles, occupa Saint-Dizier,
Montierender, Joinville, Châteauvillain et Montigny ; enfin,
la troisième armée, commandée par le prince royal Frédéric-Guillaume
de Prusse, passa à Saint-Dizier et Blesmes.
Chaumont

L'origine de cette ville est inconnue.
On sait seulement qu'elle portait le nom sous lequel on la connaît
aujourd'hui dès 961, époque où Lothaire roi de France y passa
à son retour de Bourgogne ce n'était alors qu'un bourg fortifié
par un château. La mort du sire de Chaumont, tué en terre sainte,
fit réunir cette châtellenie au domaine des comtes de Champagne.
En 1190, une chartre du comte Henri II accorda aux habitants
de Chaumont la coutume de Louis. En 1202, une prévôté fut établie
dans cette ville, qui commença dès lors à prendre quelque importance.
Plusieurs fois les évêques de Langres élevèrent la prétention
d'étendre leur suzeraineté sur Chaumont, et l'un d'eux obtint
même, en 1214,que la comtesse Blanche veuve de Thibaut III,
lui prêtât hommage pour cette seigneurie.
Le château de Chaumont,
qui était alors séparé de la ville et portait le nom de Haute-Feuille,
devint une des maisons de plaisance des comtes de Champagne,
et fut transformé en un rendez-vous de chasse. Du temps de Belforest,
« on y voyoit encore des chambres et salles bien basties, et
qui ressentent leur grandeur, et entre autre sil y a encore
une chambre qu'on nomme des Demoiselles et près du donjon on
voit une chapelle de Notre-Dame qu'on nomme la chapelle du Roi.
On n'habite point de présent dans ce château, si ce n'est les
concierges et geôliers, d'autant que ce lieu sert à tenir l'audience
des Mrs. présidiaux.» Il ne reste plus de ce château que les
débris d'une tour carrée, bâtie de grosses pierres. La ville
qu'il protégeait augmenta en richesse et en population. Louis
XII l'environna de murailles; François Ier et Henri
Il y ajoutèrent quelques bastions presque entièrement détruits
et de larges fossés aujourd'hui à peu près comblés. Cependant
Chaumont n'est pas tout à fait une ville ouverte une porte du
cote de Langres et quelques débris de ses vieilles fortifications
restent debout. En 1814, les puissances étrangères y conclurent
un traité pour renverser Napoléon. Ce traité fut signé le 1er
mars 1814, dix-neuf jours avant la rupture du congrès de Châtillon.
Jusque-là l'instinct de la peur et une haine commune contre
la supériorité de Napoléon étaient les seuls liens qui unissaient
les rois coalisés à partir du traité de Chaumont il y eut entre
eux une ligue offensive et défensive, cimentée par la foi des
serments. Ce fut une ébauche du pacte impie auquel ils osèrent
plus tard donner le nom de Sainte-Alliance. Leurs plénipotentiaires
étaient lord Castlereagh, pour l'Angleterre; le prince de Metternich,
pour l'Autriche, le baron, depuis prince de Hardenberg, pour
la Prusse, et le comte de Nesselrode, pour la Russie. Au terme
de l'article 1, chacune des grandes puissances s'engageait à
tenir en campagne contre l'ennemi commun une armée de cent cinquante
mille hommes, total six cent mille hommes. Article 2 :chaque
allié s'engageait à ne pas traiter séparément avec l'ennemi
commun. Article 3 et 4, un subside de cinq millions de livres
sterling, fourni par l'Angleterre pour le service de l'année
1814,devait être réparti par portions égales et en termes mensuels
entre les trois autres puissances. Les secours fournis ultérieurement
par l'Angleterre devaient être convenus le 1er janvier de chaque
année, et elle devait payer encore, après la conclusion de la
paix, au prorata du subside convenu, deux mois à l'Autriche
et à la Prusse, et quatre mois à la Russie, pour le retour des
troupes. Art. 5 et 8, si l'une des puissances était menacée
de quelque attaque de la part de la France, chacune devait envoyer
immédiatement à son secours un corps de soixante mille hommes,
dont dix mille de cavalerie. Enfin, aux termes de l'art. 16,
la quadruple alliance était conclue pour vingt années.
Langres

L'évêché de Langres a été fondé dans
le courant du IIIème siècle. L'évêque Albéric y reçut,
en 830, l'empereur Louis le Débonnaire et Lothaire, son fils
aîné, et tint en leur présence un concile provincial pour la
réformation du clergé séculier et régulier.
Les évoques de
Langres eurent donc, depuis le règne de Philippe Auguste, le
titre de-ducs et pairs de France. Au sacre des rois, ils s'étaient
chargés de porter le sceptre. L'évêché de Langres était encore,
en 1830, un de ceux dont la possession assurait la nomination
à la pairie.
La position de la capitale des Lingones,
nommée Audomatunum par Ptolémée, nous est donnée par les mesures
de l'Itinéraire d'Antonin et de la Table de Peutinger, qui toutes
partent à Langres par quatre routes différentes, partant de
Durocatalaunum, Châlons-sur-Marne, Tullum, Toul, Cabillonum,,
Chalon sur-Saône, Vesontio,. Besançon. Dans les derniers temps
de la puissance romaine, cette ville prit le nom du peuple,
Lingones, et dans l'ancien français elle se nomma d'abord Langone
ou Langoine.
On a trouvé à Langres un grand nombre d'antiquités,.
et il n'y a peut-être pas de ville en France autour de laquelle
on découvre plus de vestiges de roules romaines: outre les quatre
déjà routes mentionnées, et dont on aperçoit encore quelques
restes, on en voit d'autres qui se dirigent sur Troyes, sur
Aval-Ion, sur Saulieu, sur la Marche, sur Bar-sur-Ornain. Langres
faisait partie de la Belgique. Sous Auguste, elle fut comprise
dans la Gaule Celtique, et y demeura jointe jusqu'au règne de
Dioclétien, qui la plaça dans la première Lyonnaise. Les Lingons
s'étaient alliés avec les Romains dès le commencement de l'entrée
de César dans les Gaules. Ils persistèrent dans cette alliance,
et refusèrent de se rendre à l'assemblée générale convoquée
par Vercingétorix. Les empereurs romanis eurent pour eux une
grande considération; Othon leur accorda le titre et les privilèges
de citoyens romains; et plus tard, Valentinien ayant voulu les
rendre tributaires comme les autres peuples de la Gaule, ils
lui firent dire : « Que l'empereur sache que les Lingons aiment
avant tout la liberté ; s'il veut les forcer à faire quelque
chose qui y soit contraire, il verra bientôt combien ils sont
prompts à prendre les armes». Langres fut une des villes que
les Romains s'attachèrent à décorer de beaux édifices elle eut
un capitole, des temples et un théâtre. Plusieurs arcs de triomphe
en l'honneur des empereurs y furent élevés ; on eu voit encore
un enclavé dans les murailles de la ville.
Comme beaucoup
d'autres villes de France, Langres a été exposée à de nombreux
désastres. En 306, les Allemands pénétrèrent jusqu'à Langres;
Constance fut lui-même surpris hors de cette ville ; l'ennemi
arriva avant lui jusqu'aux portes, et le général, pour rejoindre
son armée, fut obligé de se faire hisser avec des cordes par-dessus
les murs. Mais en moins de cinq heures, ses troupes se réunirent;
à leur tête, il sortit de Langres, il attaqua les Allemands,
dont il fit un massacre effroyable, et il obligea le reste de
leur armée à repasser le Rhin.

Cette ville, prise et brûlée par Attila,
se rétablit pour éprouver le même sort sous le règne d'Honorius,
lors de l'irruption des Vandales en 407. Rebâtie peu de temps
après l'invasion de l'empire romain par les barbares, elle tomba
au pouvoir des Bourguignons, et continua de faire partie du
royaume de Bourgogne, jusqu'au partage de ce royaume sous les
enfants de Louis le Débonnaire ; elle échut alors à Charles
le Chauve, et eut ensuite des comtes particuliers jusqu'à ce
que Hugues III, duc de Bourgogne, ayant acheté le comté de Langres
à Henri, duc de Bar, le donna en 1179 à Gauthier, son oncle,
évêque de Langres, en échange du domaine de Dijon. Louis VII
érigea ce comté en duché-pairie, en annexant la ville à la couronne.
Pendant les guerres contre les Anglais, Langres resta fidèle
au roi de France. Dans le XV siècle, les habitants de cette
ville, malgré les suggestions de leur évêque, soutinrent courageusement
les assauts réitérés des Anglais, qui les cernaient de toutes
parts, et firent même avec succès à l'ennemi.une guerre extérieure.
Sortant de leurs murs, ils les attaquèrent à leur tour, détruisirent
les châteaux de Changey, de St-Broing, d'Heuilly-Coton, de Cohous,
de Bourg, d'Humés et du Pailly, et démolirent une foule de forteresses,
repaires ordinaires de petits tyrans féodaux, recelant alors
des gens d'armes anglais ou bourguignons, qui mettaient la campagne
au pillage.•— Il ne parait pas que Langres ait eu à souffrir,
pendant la guerre de 1544, contre Charles-Quint. Sous la Ligue,
cette ville se prononça pour, la cause royale contre les ligueurs,
et proclama Henri IV.
En 1814, l'armée dite coalisée marcha
sur cette ville. A son approche, le maréchal Mortier, qui l'occupait
avec 10,000 hommes, se retira sur Bar-sur-Aube, abandonnant
la défense de Langres à 50 soldats de la garde impériale et
au courage des habitants ; mais que pouvaient-ils sans armes
et sans munitions, derrière des remparts en ruine, et que le
bruit du canon eût sufit pour faire écrouler ? D'ailleurs, la
trahison formait déjà des espérances que nos malheurs vinrent
bientôt réaliser. « Des signaux, dit M. Montrol, furent faits
du haut des murs. Les Autrichiens, prévenus que le maréchal
Mortier s'était retiré, ne laissant de garnison que pour la
garde d'une porte, se présentèrent au nombre de 30,000. Il fallut
capituler; les 50 soldats, qui n'étaient pas prévenus de la
capitulation, n'eurent que le temps de jeter leurs armes et
de.se cacher dans les maisons, d'où on les fit plus tard échapper
; un d'eux, ne pouvant se résoudre à fuir devant ces Autrichiens,
qu'il avait peut-être poursuivis de bataille en bataille, depuis
Marengo jusqu'aux champs de Lutzen, aima mieux mourir que de
reculer ; immobile sous cette porte, dont on venait de livrer
les clefs, il attendit, la baïonnette croisée, les premiers
escadrons qui accouraient. Ils ne purent entrer dans la ville
qu'en passant sur son cadavre. Langres fut forcé de se rendre
à discrétion. La rigueur des proclamations vouait la ville au
pillage et à, l'incendie pour s'être opposée, à main armée,
à l'entrée des troupes de la coalition. Le prince de Schwarzenberg
commua cette sentence de destruction en une contribution pécuniaire
pour la sûreté de laquelle des otages furent pris parmi les
plus riches habitants. On assure que les affaires qui étaient
mises en délibération au congrès de Châtillon se traitaient
à Langres. Le fait est que les princes, alliés s'y trouvèrent
réunis à la même époque. De Langres, ils se rendirent à Chaumont,
où fut signé plus tard le fameux traité par lequel les alliés
s'engagèrent à ne mettre bas les armes qu'après l'entière défaite
de Napoléon.
Saint-Dizier

La position géographique de cette ville
porte a croire qu’elle existait à une époque fort reculée. Il
paraît que son nom lui vient d'un saint évêque de Langres, martyrisé
par les Vandales dans le Vème siècle; c'était autrefois
une place importante et bien fortifiée. En 1544, elle soutint
un siége mémorable contre l'empereur Charles- Quint, qui parut
devant ses murs le8juillet, à la tête d'une armée considérable
composée d'Impériaux d, 'Espagnols, de Bavarois de Saxon est
de protestants commandés par Ferdinand de Gonzague, généralissime
qui avait sous ses ordres le prince d'Orange, le duc Maurice
de Saxe, le marquis Albert de Brandebourg, Alvare de Saude,
le duc d'Alnès, etc., etc.
La ville fut défendue avec vigueur
par le comte de Sancerre, qui en était gouverneur, et par le
seigneur de la Lande, son adjoint. Le prince d'Orange fut tué
sous ses murs, à l'endroit où existe une croix qui rappelle
le souvenir de son nom. La ville capitula le 9 août, et la garnison
en sortit avec armes et bagages et les honneurs de la guerre.
Sancerre, en arrêtant pendant plus d'un mois l'empereur
devant cette place, donna à François Ier le temps
de rassembler toutes ses forces, et partagea avec les habitants
de St-Dizicr la gloire d'avoir sauvé sa patrie d'un danger éminent.
Le parlement de Paris ordonna à cette occasion une procession
solennelle du Pillais à Notre-Dame, où l'on chanta un Te Deum
pour rendre grâces à Dieu de la brave résistance des manants
et habitants de St-Dizier: tels furent les termes de l'arrêt.
La ville de St-Dizier ne fut rendue à la France qu'à la paix
de Crespy. François I la fit réparer et en releva les fortifications,
qui depuis ont été remplacées par d'agréables promenades.
Les 27jauvier et 26 mars 1814, il se livra près de cette ville
deux combats meurtriers où les étrangers furent complètement
défaits par les français.
Cette ville fut presque entièrement
brûlée dans la nuit du 19 au 20 août 1775, par l'imprudence
d'un boulanger: l'église paroissiale, le palais, les halles,
les magasins, les écoles publiques et plus de quatre-vingts
maisons furent en moins de vingt-quatre heures réduits en cendres.
C'est aujourd'hui une assez jolie ville, formée de rues larges
et bien percées, bordées de maisons bien bâties, elle est sur
la rive droite de la Marne qui commence en cet endroit à être
navigable. On y remarque un bel hôtel de ville, de construction
récente, et les restes de l'ancien château.
Plan du site | Moteur de recherche | | Page Aide | Contact © C. LOUP 2025 .