Histoire du Nord


Le département du Nord, formé, en 1790,
de la Flandre française, du Cambrésis et de la partie occidentale
du Hainaut français, fut peuplé, à une époque dont la date est
incertaine, par les Celtes, habitants primitifs du sol gaulois.
Deux siècles environ avant notre ère, quatre grandes tribus
d'origine germanique envahirent ce territoire, refoulèrent les
anciens habitants et s'établirent les Ménapiéns au nord-est,
les Morins au nord-ouest, les Atrébates au sud-ouest (il sera
particulièrement question de ceux-ci au département du Pas-de-
Calais) et les Nerviens au sud-est. Aucun des principaux établissements
fondés par ces peuples n'appartient au département du Nord,
et la contrée continua à rester couverte de vastes forêts, de
marécages, à présenter un aspect de désolation sous un ciel
brumeux, attristé par les plaintes continuelles d'un vent glacé,
et au milieu des empiétements et des inondations des eaux de
la mer. Les peuplades conquérantes conservèrent sous cet âpre
climat, et par le contact avec les autres Germains, le caractère
guerrier de leurs ancêtres; aussi, lorsque César envahit les
Gaules, n'éprouvât-il nulle part plus de résistance que chez
les Belges indomptables, à la taille gigantesque, à l'œil bleu
et farouche, à la chevelure blonde, dont il a vanté le courage
dans ses Commentaires.
Par ses ordres, de grands abatis furent
pratiqués dans les forêts et quelques villes, entre lesquelles
on distingue Cambrai (Cameracum),commencèrent à s'élever; mais,
rebelles à toute tentative civilisatrice, les Morins et les
Nerviens conservèrent leurs mœurs sauvages et indépendantes,
pendant les cinq siècles de la domination romaine, et ne cédèrent
qu'à d'autres barbares, Germains comme eux, les Francs, qui,
dans la grande dissolution de l'empire, quittèrent les rives
occidentales du Rhin pour s'avancer vers l'Escaut et envahir
la Gaule.

Il n'est rien resté dans le pays de la
période celtique ; mais les légions romaines ont laissé quelques
traces de leur passage ce sont des routes stratégiques, improprement
appelées de nos jours Chaussées de Brunehaut, et dont il ne
subsiste que des tronçons à peine reconnaissables.
Lorsque,
en 445, le chef franc Clodion passa le Rhin et la Meuse et pénétra
chez les populations belges, le christianisme, apporté pour
la première fois dans ces pays sauvages par trois martyrs, Piat,
Chrysole et Eucher, commençait à s'y établir et à se régulariser.
Le chef franc s'empara de Cambrai et de Tournai, et fit massacrer
tous ceux qui pratiquaient la religion nouvelle, Gallo-Romains
pour la plupart. Après Clodion, Mérovée, l'allié d'Aétius contre
les Huns, Childéric, puis son fils Clovis dominèrent sur une
partie du territoire, conjointement avec d'autres chefs de tribu,
leurs parents, Cararic et Ragnacaire, roi de Cambrai, que Clovis
mit à mort pour s'emparer de leurs États, dans les dernières
années de son règne (507-511).


Ces nouvelles acquisitions du royaume
franc firent naturellement partie de l'Austrasie et entrèrent
dans le partage de Théodoric à la mort de Clovis, puis dans
celui de Sigebert, après Clotaire 1er, en 561.
Dans les
premières années du VIIème siècle, sous Clotaire
II, vivait au fort de Buc, situé sur l'emplacement qu'occupe
aujourd'hui la ville de Lille, un homme riche et considéré dans
tout le pays, on le nommait Lyderic; il sut gagner la confiance
du roi franc devenu tout-puissant par la mort de Brunehaut,
et obtint le titre de comte forestier. Cette dignité, qui indique
que le pays était encore à cet époque couvert de bois, fut,
dans l'origine, simplement bénéficiaire, c'est-à-dire à vie.
Après ce premier gouverneur, l'histoire en mentionne encore
deux autres, Lyderic Il d’Harlebeke, sous Pépin, et Ingelram
sous Charles le Chauve ; mais il tant aller jusqu'à la seconde
partie du règne de ce prince, à l'année 863, pour trouver une
suite de comtes certains et héréditaires, dans cette partie
de la Flandre. Balduin ou Baudouin, nom qui en langue teutonique
signifie audacieux, succéda à Ingelram, son père, qui d'abord
simple « missus dominicus » dans le pays, c'est-à-dire
envoyé par le roi pour surveiller l'administration et la justice,
avait fini par s'y établir mais son pouvoir était précaire et
subordonné au caprice du roi Charles le Flamand, dans un séjour
à la cour de son maître, séduisit sa fille Judith, l'enleva
et obtint avec sa main le titre de marquis, qu'il légua, vers
l'an 879, à son fils Baudouin Il le Chauve.
Le premier Baudouin,
fondateur de la dynastie des comtes flamands, avait été un guerrier
et un chrétien irréprochable on l'avait surnommé Bras de fer,
et une légende populaire, consacrée par le récit de la chronique,
racontait qu'il avait dû ce surnom à une lutte et à une victoire
sur le diable. Un jour, assailli par l'esprit malin, qui avait
voulu le précipiter dans l'Escaut, il l'avait repoussé par la
seule force de son bras.

Les Normands commencèrent, sous Baudouin
II, à envahir toute la Gaule, et ses États ne furent pas épargnés
les incursions de ces pirates redoublèrent sous son successeur
; ils remontaient l'Escaut et ses affluents à une telle hauteur,
que les villes les plus éloignées de l'embouchure du fleuve
n'étaient pas toujours à l'abri de leurs ravages. Baudouin défendit
énergiquement la Flandre et la partie de ce pays qui nous occupe
eut peu à souffrir des pirates.
Parmi les autres faits de
la vie de Baudouin, on signale sa lutte avec Héribert de Vermandois
et l'archevêque de Reims, qu'il fit assassiner tous deux. Comme
lui, son fils Arnoul le Vieux (919) fut cruel et se débarrassa
de ses ennemis par le meurtre sous son gouvernement, en 953,
une grande invasion hongroise traversa le Hainaut et la ville
de Cambrai, les barbares s'emparèrent de l'église de Saint-Géri,
située hors de la ville et défendue par un grand nombre d'habitants,
qui furent tous massacrés. Arnoul, pour expier les fautes de
sa vie, consacra ses dernières années au Seigneur et entra dans
un monastère, laissant le comté de Flandre à son fils Baudouin
III.
Quand, peu de temps après cet acte de pénitence, il
mourut (964), il y avait un siècle que la dynastie flamande
régnait sur le pays. Baudouin III était mort avant son père;
il avait eu pour successeur son fils nommé Arnoul, comme son
aïeul, et que, pour distinguer de lui, on a surnommé le Jeune.
Ce comte se trouva mêlé aux derniers événements de la dynastie
carlovingienne. Lothaire, fils et successeur de Louis d'Outre-mer,
pour le punir de ce qu'il lui refusait hommage, envahit ses
États, s'empara de Douai et ne se retira qu'avec un butin considérable.
Plus tard, Hugues Capet, après avoir pris le titre de roi des
Francs, voulut faire acte de suzeraineté sur la Flandre le refus
d'Arnoul entraîna une nouvelle guerre, le comté fut envahi et
ravagé, et Hugues ne se retira qu'après que le Flamand se fût
reconnu son vassal.

Arnoul le Jeune, dont le gouvernement
n'avait cessé d'être malheureux, laissa à un fils en bas âge,
Baudouin Belle-Barbe, des États dépeuplés et appauvris par les
invasions successives des Normands, des Madgyars, de Lothaire
et de Hugues.
Le règne de ce Baudouin ne fut pas plus heureux
que celui de son père; des troubles agitèrent sa minorité, puis
une guerre avec Godefroi, duc de Lorraine, entraina des hostilités
avec l'empire enfin la peste, les inondations, la terreur qu'inspira
l'apparition d'une comète, la rébellion de son fils Baudouin
le Jeune vinrent l'attrister. La dynastie flamande, malheureuse
sous ses deux derniers chefs, se releva avec Baudoin V de Lille,
fils et successeur de Baudouin Belle-Barbe (1036). Fils rebelle
et turbulent dans sa jeunesse, il devint un prince sage et résolu
; sa fille Mathilde épousa Guillaume le Bâtard, bientôt le Conquérant,
duc de Normandie, et son fils consolida sa domination dans le
pays par un mariage avec Richilde, comtesse de Hainaut. Ce fut
à sa sagesse et à son habilité reconnu que Baudouin dut d'être
nommé par Henri 1er, à sa mort, tuteur du jeune roi de France,
Philippe (1060). Il profita de l'influence que lui donnait ce
choix pour favoriser l'expédition de son gendre en Angleterre,
par des secours d'hommes et d'argent. Il mourut quatre ans après,
en 1070 ses dernières années furent employées en œuvres pieuses
; il institua dans le bourg de Lille, alors de fondation récente,
et encore peu considérable, mais dont il avait fait son séjour
de prédilection, un chapitre de chanoines, devenu célèbre sous
le nom de chapitre de Saint-Pierre. Il fut enterré à Lille,
dans l'église qu'il avait fondée.
Baudouin VI, fils et successeur
de Baudouin V, fut surnommé Baudouin de Mons, parce qu'il habitait
cette ville de préférence, comme son père avait reçu le nom
de Baudouin de Lille pour s'être fixé dans cette ville naissante.
Son règne fut de courte durée mais les trois années qu'il porta
la couronne comtale furent pour la Flandre, si nous en croyons
un chroniqueur contemporain, une époque de complète prospérité.
La paix, la concorde, la sécurité étaient universelles il n'y
avait plus ni voleurs ni assassins, les portes des villes et
même des maisons particulières restaient ouvertes, et partout,
disent les historiens du temps, se vérifiait cette prophétie
« Ils transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs
lances en faux. »

Mais les dissensions et la guerre intestine
commencèrent aussitôt après sa mort; il avait partagé la Flandre
entre ses deux fils en bas âge, Arnoul et Baudouin, sous la
tutelle de son frère, Robert le Frison leur mère, Richilde,
s'empara de l'autorité au nom de son fils Arnoul et se rendit
odieuse aux Flamands par ses exactions et ses violences une
partie de la Flandre se déclara pour Robert une bataille eut
lieu à Cassel. Philippe, roi de France, avait conduit une armée
au secours de Richilde et d'Arnoul ; les Flamands insurgés considéraient
Robert le Frison comme leur chef national ; les hommes du roi
de France et les partisans de la comtesse furent entièrement
défaits, le jeune Arnoul fut assassiné sur le champ de bataille
par un traître de son camp. Richilde, sans se décourager de
ce revers, donna son second fils Baudouin pour successeur à
son fils ainé, et, bien qu'abandonnée de son allié Philippe,
bien que faiblement secourue par Théoduin, évêque de Liège,
dont elle avait consenti à se reconnaitre vassale, en échange
d'un secours d'argent et de soldats, elle reprit les armes une
seconde bataille eut lieu à Broqueroie le combat fut acharné,
et le souvenir s'en est perpétué jusqu'à nous par les noms que
porte encore le lieu où il fut livré on l'appelle les Haies
de la Mort ou les Bouniers sanglants. Robert ravagea tout le
pays entre Bouchain et Valenciennes, mit garnison dans le fort
de Wavrechin, qui commandait les frontières du Hainaut, et rentra
en Flandre où il fut universellement reconnu comte.
Pour
faire oublier son usurpation, il chercha à s'attacher le clergé
et dota de grands biens la plupart des églises flamandes, fonda
un monastère à Watten, bâtit une église collégiale à Cassel;
néanmoins, l'évêque de Cambrai, Liébert, se prononça contre
lui et le traita ouvertement de rebelle et d'usurpateur. Robert,
pour le punir, vint exercer des ravages dans le Cambrésis et
mettre le siège devant la ville, mais il en fut chassé par l'autorité
et les anathèmes du saint Prélat. Le pouvoir de Robert, bien
qu'appuyé sur deux victoires et sur l'affection des barons flamands,
sembla longtemps illégitime aux populations, et on se redisait
par toute la Flandre des récits merveilleux, qui promettaient
malheur à la postérité du comte. Il avait envoyé une ambassade
à l'empereur pour se le rendre favorable; ses messagers approchaient
de la ville de Cologne, quand une femme, d'apparence surhumaine,
s'approcha d'eux et leur demanda qui ils étaient; ils gardèrent
le silence à cette question mais, les regardant fixement«
Je sais bien, dit-elle, que vous êtes les envoyés du duc des
Flamands, et que vous vous en allez prier l'empereur de garder
votre comte en paix; le but de votre voyage sera rempli, l'empereur
lui accordera son pardon, mais l'usurpateur sera châtié dans
sa race pour avoir violé le serment qu'il avait prêté à son
frère Baudouin, et pris le comté de son neveu Arnoul qui a été
assassiné; son petit-fils mourra sans enfant mâle, alors deux
compétiteurs se disputeront le comté, et il y aura meurtre et
sang et carnage de génération en génération jusqu'à l'Antéchrist.
» Puis, l'apparition s'évanouit et jamais depuis on n'entendit
plus parler de cette femme qu'on voyait pour la première fois
dans le pays.


Robert, inquiet de l'avenir, fit la paix avec son neveu pour fléchir le courroux du ciel, et lui abandonna en toute propriété le Hainaut Mais ce prince perdit encore Douai ; il s'était engagé à épouser une fille de Robert, élevée en Hollande, et avait donné cette ville, l'une des plus considérables du comté qui lui restât, en garantie de sa parole quand il vit sa cousine, il la trouva tellement difforme que, plutôt que de l'épouser, il préféra abandonner sa ville. Sur la fin de ses jours, Robert le Frison associa son fils, nommé comme lui Robert, et fit un pèlerinage en Palestine pour expier ses fautes. Là encore, selon le récit des chroniqueurs, la colère céleste se manifesta contre lui en vain voulut-il pénétrer dans la sainte cité de Jérusalem, les portes se fermèrent d'elles-mêmes à son approche, et il ne put s'agenouiller au tombeau du Sauveur, qu'après avoir confessé ses fautes et promis de rendre la Flandre à son légitime héritier. A son retour du saint tombeau, Robert le Frison, accueilli par l'empereur de Constantinople, lui promit des secours, et fourni 500 cavaliers pour la défense de Nicomédie contre les entreprises du sultan de Nicée. Le comte, de retour dans ses États, mourut en 1098, à l'âge de quatre-vingts ans, et fut inhumé dans l'église de Cassel, qu'il avait jadis fondée, après sa première victoire. Son fils Robert II lui succéda compagnon de Godefroy de Bouillon, il prit une part active à la première croisade et fut le dernier des souverains de Flandre qui se qualifia de marquis ses successeurs ne prirent plus que le titre de comte. Baudouin, fils de Robert II et son successeur, dut à sa justice sévère le surnom de à La Hache.

Baudouin à la Hache offrit un asile à
Guillaume Cliton, fils de Robert le Hiérosolymitain, que son
frère Henri 1er d'Angleterre avait dépouillé de son duché de
Normandie ayant déclaré la guerre au prince anglais, il fut
blessé à la tête au siège de la ville d'Eu et mourut en 1119,
tant des suites de sa blessure que de celles de son incontinence.
Ainsi que l'avait prédit la femme mystérieuse qui avait jadis
apparu aux messagers de son aïeul, la ligne masculine des comtes
de Flandre s'interrompit avec lui. Il avait fait reconnaître
comme son successeur au comté Charles de Danemark, fils d'une
sœur de Robert le Frison. Celui-ci éprouva au début de son règne
une grande opposition mais il sut par ses qualités, qui lui
valurent le nom de Charles le Bon, pacifier la Flandre et rétablir
l'ordre.
Sa modestie lui fit refuser la couronne impériale
d'Occident et celle de Jérusalem mais une conspiration, à la
tête de laquelle était le prévôt Bertulphe, s'organisa contre
lui et, en 1127, il fut assassiné dans l'église Saint-Donat
de Bruges.
Le roi de France, Louis VI le Gros, intervint
alors dans les affaires du comté et imposa aux Flamands Guillaume
Cliton, fils de Robert de Normandie mais ce malheureux prince
ne put se maintenir en Flandre au-delà d'une année.
A sa
mort, en 1128, il fut remplacé par Thierry d'Alsace qui conserva
le comté jusqu'en 1168 et, après lui, le laissa à Philippe d'Alsace,
qui régna sur les Flamands jusqu'en 1191, époque à laquelle
il mourut au siège de Saint-Jean-d'Acre. Ce prince ne laissait
pas d'héritier. Le comté de Flandre fut alors dévolu à Baudouin
de Hainaut, surnommé le Courageux, descendant direct de Baudouin,
comte de Flandre. Ce dernier étant mort en 1195, il laissa la
couronne comtale à son fils, Baudouin IX. Ce fut lui qui fut
élevé au trône de Constantinople en 1204, à la suite de la quatrième
croisade, et qui périt, en 1205, dans une bataille sanglante
contre les Bulgares. Sa fille Jeanne avait épousé Ferrand, fils
du roi de Portugal qui, pris à la bataille de Bouvines (1214),
fut enfermé par Philippe-Auguste dans la tour du Louvre.
Impérieuse et absolue, Jeanne gouverna le comté après avoir
vainement essayé de racheter son mari. Jeanne passait dans le
pays pour une mauvaise fille, et beaucoup la disaient parricide
un vieillard aveugle s'était présenté en Flandre prétendant
être le comte Baudouin, échappé aux Bulgares elle le fit mettre
en croix, et la rumeur populaire disait que c'était son père
lui-même que Jeanne avait fait périr de ce supplice infâme.

A la mort de la comtesse qui ne laissait
d'enfants ni de Ferrand, ni d'un second mari, Thomas de Savoie,
son héritage passa à sa sœur Marguerite, puis au fils de celle-ci,
Gui de Dampierre (1280). La guerre, commencée par Jeanne et
Ferrand contre la France, s'était continuée sous leurs descendants
avec les successeurs de Philippe-Auguste; les soulèvements intérieurs
compliquèrent les difficultés de ce règne; une partie de la
Flandre, Gand, Bruges, Ypres, plus industrieuses que Lille,
plus heureuses que Cambrai qui s'était soulevée, mais en vain,
pour obtenir les franchises communales, se révoltent. Philippe
le Bel envahit le comté avec une armée puissante et s'empare
de tous les domaines de Gui qu'il retient lui-même prisonnier.
Le tisserand Keninck et le boucher Breydel soulèvent les Flamands,
si jaloux de leur indépendance. Ceux-ci anéantissent à Courtrai
une armée française, commandée par Robert d'Artois, cousin du
roi de France (1302). Mais ils furent battus deux ans plus tard
à Mons-én-Puelle (Mons-en-Pévèle) et laissèrent cette fois 14
000 des leurs sur le champ de bataille.
Gui de Dampierre
mourut au château de Compiègne. Pour obtenir la liberté, son
fils Robert de Béthune s'engagea, par le traité de Paris signé
en 1320, à abandonner à la France Lille, Douai et Orchies. Les
communes industrieuses et amies de la liberté se soulevèrent
contre le petit-fils de ce comte, Louis de Nevers ou de Crécy,
qui appela à son secours Philippe de Valois Philippe fut vainqueur
à Cassel, mais cette victoire lui coûta cher.
De ce moment
commença la haine irréconciliable de la Flandre contre la France,
les insurrections sans fin contre les seigneurs que cette dernière
prétendait maintenir et l'alliance avec l'Angleterre qui fut
d'un si grand poids dans la première moitié de la guerre de
Cent ans. Mais nous n'avons pas à nous arrêter sur cette histoire,
qui concerne non la Flandre française et notre département du
Nord, mais les Flandres de Belgique, si fières de leurs libertés
et de leurs privilèges, et les deux Artevelde et Pierre du Bois
et tant d'autres, dont les noms, illustrés par le courage et
la persévérance, se perdent dans le grand nombre de noms glorieux
des valeureux enfants des Flandres.
La partie de son comté
que retint Louis de Crécy fut transmise par lui à son fils,
Louis de Male, qui donna sa fille en mariage à Philippe le Hardi,
dernier fils de Jean le Bon, et le comté de Flandre passa de
la sorte dans la maison de Bourgogne, en 1383. Ainsi, en donnant,
si malheureusement, le beau duché de Bourgogne à l'un de ses
fils, Jean, roi de France, nuisait deux fois à la couronne :
il aliénait l'un des plus riches duchés et empêchait la réunion
de la Flandre. Louis XI, bien qu'habile politique, perdit aussi
l'occasion de réunir la Flandre, en faisant épouser la princesse
Marie, fille de Charles le Téméraire, au dauphin Charles VIII.
La fille du duc de Bourgogne épousa Maximilien, archiduc d'Autriche.
Leur fils, Philippe le Beau, marié à Jeanne, infante d'Espagne
et héritière de Ferdinand le Catholique et de la reine Isabelle,
laissa la Flandre et les Pays-Bas à son fils Charles- Quint,
qui porta longtemps le nom de Charles de Luxembourg.
La monarchie
espagnole, unie à la maison d'Autriche et longtemps ennemie
irréconciliable de la France, entourait ainsi sa rivale au nord
comme au midi, et la province de Flandre facilitait une invasion
sur le territoire français. François 1er, battu à Pavie, fut
contraint par le traité de Madrid (1525) de renoncer à la souveraineté
du comté de Flandre. Les Espagnols conservèrent cette province
pendant plus d'un siècle, et c'est durant cette longue domination
que s'y forma ce mélange singulier, dont on retrouve encore
des traces aujourd'hui, des usages espagnols, du caractère et
de la physionomie de cette contrée, avec les mœurs des Flamands,
et par suite duquel il arrive souvent que, parmi ces blonds
enfants du Nord, on rencontre des visages dont le type et la
couleur accusent une origine méridionale.
Richelieu comprit
l'importance de la possession de la Flandre pour les frontières
françaises lorsqu'en 1629, une invasion des Espagnols menaça
Paris et fit lever l'armée dite des Portes cochères, six ans
après, il conclut avec les Hollandais un traité de partage des
Pays-Bas et envoya au secours des protestants une armée de 15
à 20,000 hommes.
Cette armée n'eut aucun succès ; mal conduite,
elle échoua devant Louvain et périt en partie, dans ses quartiers,
de maladie et de misère. Plus heureux, Mazarin s'empara d'une
partie du Hainaut. Celle province, le Limbourg et le Brabant
donnèrent naissance à la guerre dite de Dévolution, par laquelle
Louis XIV réclamait, à la mort de Philippe IV, roi d'Espagne,
ces contrées du chef de sa femme Marie-Thérèse. Le traité d'Aix-La-Chapelle
(1668) lui en assura une partie. Dans la guerre qui suivit,
et que termina le traité de Nimègue, le roi conquit une partie
des Pays-Bas et établit un conseil souverain à Tournai.

Désirant s'attacher les populations par
des privilèges, il érigea ce conseil souverain en parlement,
par édit du mois de février 1686 mais Tournai ayant été prise
par les puissances coalisées contre la France, dans la guerre
de la succession d'Espagne, le parlement fut transféré à Cambrai.
Au traité d'Utrecht (1713), le siège de ce parlement fut transporté
à Douai, et il y resta jusqu'à la Révolution.
Vers la fin
de la guerre de la succession d'Espagne, la Flandre était redevenue
le théâtre de la guerre. Le 11 juillet 1708, l'armée française
avait été mise en déroute Oudenarde, au passage de l'Escaut.
Ce fut, à vrai dire, plutôt une affaire d'avant-garde qu'une
bataille elle nous avait coûté à peine 1,500 hommes. Toutefois,
malgré l'avis de Vendôme, le duc de Bourgogne, que Louis XIV
avait mis à la tête des troupes, ordonna la retraite; celle-ci
commença et fut désastreuse. « Les régiments allaient à l'aventure,
dit M. Victor Duruy, sans ordre, sans chefs; l'ennemi survint,
qui tua ou prit plus de 10,000 hommes. Gand, Bruges se rendirent.
Lille même capitula, malgré l'héroïque défense de Bouftlers,
» qui tint 72 jours dans la ville et qui se défendit encore
47 jours dans la citadelle. Aussi, le prince Eugène, plein d'admiration,
lui laissa-t-il rédiger les articles de la capitulation tels
qu'il les voulut. La France était ouverte aux alliés ; un parti
de Hollandais osa même s'aventurer jusqu'à Versailles et enleva
sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, qu'on prit pour
le dauphin. Le terrible hiver de 1709 accrut nos malheurs. Louis
XIV demanda la paix et ne put l'obtenir, il fit alors un touchant
appel au patriotisme de la nation. Cet appel fut entendu, et,
à la bataille de Malplaquet, Villars put opposer aux ennemis,
qui comptaient 120,000hommes, 90,000 combattants et 80 pièces
d'artillerie. Toutefois, notre armée dut reculer entre Le Quesnoy
et Valenciennes, et on compta pour une victoire l'honneur de
n'avoir perdu que le champ de bataille (1709). La victoire de
Villaviciosa, remportée par Vendôme en Espagne, amena le congrès
d'Utrecht, auquel l'empereur d'Allemagne refusa de prendre part,
ainsi que les délégués de l'Empire. La guerre continua donc
de ce côté ; mais la coalition était désagrégée. Le prince Eugène,
à la tête de 100,000 hommes, s'était emparé du Quesnoy ; il
occupait Bouchain et assiégeait Landrecies. « Il appelait
très justement ses lignes, dit un historien, le chemin de Paris;
car, Landrecies tombé, il ne voyait plus de place forte entre
Paris et son armée. » L'alarme se répandit dans le pays.
En ce péril extrême, le roi dit à Villars « La confiance
que j'ai en vous est bien marquée, puisque je vous remets les
forces et le salut de l'État. Je connais votre zèle et la force
de mes troupes ; mais enfin la fortune peut leur être contraire.
Si ce malheur arrivait, je compte aller à Péronne et à Saint-Quentin
y ramasser tout C3 que j'aurai de troupes, faire un dernier
effort avec vous et périr ensemble ou sauver l'État. » Une
imprudence du prince Eugène et l'heureuse audace de Villars
sauvent la France les Impériaux sont battus à Denain ; Landrecies
est délivré ; Douai, Marchiennes, Bouchan, Le Quesnoy sont repris;
nos frontières sont dégagées. Cette mémorable victoire de Denain
amena la conclusion du traité d'Utrecht(1713) entre la France,
l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande, la Savoie et le Portugal
; celui de Rastadt (1714), entre la France et l'empereur; celui
de Bade (1714), entre la France et l'Empire. Le traité de Rastadt,
en restituant les Pays-Bas à la Hollande, laissa à la France
d'une manière définitive l'Artois, la Flandre wallonne et le
Hainaut. Au mois d'avril 1792, lorsque Louis XVI, ou plutôt
l'Assemblée législative, eut déclaré la guerre à l'Autriche,
les armées françaises se réunirent en Flandre, afin d'exécuter
le plan de Dumouriez et de La Fayette, qui consistait, en se
portant sur Namur et la Meuse jusqu'à Liège, à se rendre maîtres
des Pays-Bas, à révolutionner la Belgique, envoyant ainsi aux
souverains la liberté puisqu'ils avaient envoyé la guerre. Mais
les premières opérations, qui eurent en partie pour théâtre
la Flandre Française, ne furent pas heureuses le lieutenant
général Biron était parti de Valenciennes pour Mons à la tête
de 10,000 hommes ; ses troupes, saisies à Quiévrain d'une terreur
panique, s'enfuirent et laissèrent prendre par les ennemis le
camp et les effets militaires. En même temps, le général Dillon
était massacré à Lille avec quelques-uns de ses officiers par
les habitants, qui les accusaient de trahison.

Après les événements politiques du 10
août et le départ de La Fayette, les trois corps d'armée formant
30,000 hommes, qui se trouvaient réunis à Maulde, Maubeuge et
Lille, eussent été insuffisants pour défendre la frontière septentrionale,
si Dumouriez n'eût pris lui-même le commandement de l'armée,
abandonné par La Fayette, et n'eût, par la victoire de Valmy,
sauvé la France d'une première invasion.
Bientôt, le duc
de Saxe-Teschen vint mettre le siège devant la ville de Lille
(octobre 1792) mais il fut obligé de se retirer honteusement,
après les cruautés d'un bombardement inutile. L'héroïsme que
les Lillois avaient déployé en cette occasion fut publié par
toute la France, et redoubla l'enthousiasme qu'inspiraient alors
les luttes gigantesques d'une seule nation contre toutes pour
sa liberté.
Les opérations qui précédèrent la bataille de
Jemmapes (6 novembre 1792) se passèrent en Flandre, et cette
province ne fut pas en danger d'être envahie, tant que Dumouriez
conduisit la guerre. Mais, après la défection de ce général,
les Français perdirent Landrecies, Le Quesnoy, Condé et Valenciennes,
qui furent incorporés à la Belgique. Cependant, les Anglais
et les Hollandais investirent Dunkerque les victoires d'Ypres
et d'Hondschoote sauvèrent cette place et rendirent à la France
celles qu'elle avait perdues.
Pichegru occupa les Flandres
et le Brabant, et termina cette glorieuse campagne par l'occupation
complète des provinces bataves.
Sous le premier Empire,
la Flandre cessa d'être le théâtre de la guerre. Elle avait
accueilli avec peu d'empressement les idées révolutionnaires,
sans toutefois y opposer une résistance ouverte comme Lyon ou
la Vendée ; mais elle avait fourni d'excellents soldats et continua
à apporter aux armées de Napoléon un de ses meilleurs contingents
en hommes et en officiers. En 1814, ses places ouvertes furent
occupées sans coup férir, et les villes fortes furent assiégées.
Aux Cent-Jours, la Flandre vit une partie des préparatifs de
la courte guerre dont Waterloo fut le triste dénouement ; pendant
que Napoléon Ier concentrait ses troupes dans la Flandre, les
Prussiens et les Anglais formaient des camps dans le Brabant
et le Hainaut. La France perdit, au second traité de Paris,
quelques districts et forteresses, qui furent réunis au nouveau
royaume des Pays-Bas. De 1815 à 1818, le département du Nord
subit l'occupation des armées étrangères. Après une ère de prospérité
due à l'active industrie de ses habitants et à ses inépuisables
richesses, ses campagnes retentirent de nouveau, en 1870, du
clairon des armées allemandes ; le général Bourbaki et après
lui le général Faidherbe furent chargés d'organiser la défense
dans le Nord. Le général Faidherbe, enfant du département (il
est né à Lille), eut bientôt levé, armé, exercé une armée de
20,000 hommes qui, appuyée sur les places fortes de Lille, de
Douai, de Valenciennes, etc., put enfin prendre l'offensive.
A la bataille de Pont-Noyelles, cette jeune armée garda victorieusement
toutes ses positions ; à la bataille de Bapaume (2 janvier 1871
!), elle enleva les positions de l'ennemi ; mais, affaiblie
par ses succès eux-mêmes, elle dut pour se refaire aller chercher
ses cantonnements à 6 kilomètres en arrière. Pendant ce temps
l'ennemi recevait de nombreux renforts quoique privé de cavalerie,
le général Faidherbe voulut reprendre l'offensive; cette fois,
la fortune des armes trahit sous les murs de Saint-Quentin le
courage et le patriotisme de l'armée du Nord et de son général
(19 janvier 1871) l'armée du général Faidherbe s'était mise
en retraite vers Cambrai, Valenciennes, Douai, Arras et Lille
elle chantait encore dans ses étapes forcées Mourir pour la
Patrie! tandis que d'autres soldats, montrant leurs rangs clairsemés,
disaient avec un juste orgueil « Voilà ce qui reste des chasseurs
à pied! » Quelques jours après, le département du Nord était
envahi, occupé, réquisitionné par les armées allemandes, et
cette occupation se soldait pour lui par 1,918,885 francs de
pertes.
L'armée du Nord et le général Faidherbe avaient
bien mérité de la patrie ; leurs efforts avaient réussi à retarder
l'occupation du département du Nord et aussi à empêcher l'ennemi
de se rendre maître du Havre et d'une partie de la haute Normandie.
Aujourd'hui, cette province si belliqueuse dès la domination
reculée des Romains, et que le hasard de sa situation géographique
a souvent exposée aux calamités de la guerre, doit à l'esprit
laborieux de ses habitants une grande prospérité, et le département
du Nord est l'un des plus riches en même temps que l'un des
plus industrieux.

Avesnes-sur-Helpe
Avesnes Située à un important carrefour, ce fut la foire la plus importante du Hainaut.Avesnes est la patrie de Jesse de Forest, qui participa à la fondation de La Nouvelle Amsterdam, aujourd'hui New York, et qui a donné son nom à un quartier de Long Island. La ville et son terroir produisent des fromages réputés : la boulette d'Avesnes et le dauphin.
Landrecies

Landrecies n'était au XIème
siècle qu'un simple village ; Nicolas, seigneur d'Avesnes, y
construisit un château en 1150, et une ville ne tarda point
à s'y former. Devenue placé forte, Landrecies subit plusieurs
fois les conséquences de la guerre : elle fut prise en 1477
par les Français, qui l'incendièrent, en se retirant; elle n'éprouva
pas un meilleur sort lorsque le duc de Vendôme s'en empara en
1521. François Ier s'en rendit maître en 1543, et
Charles-Quint l'assiégea inutilement la même année, toutefois,
après la conclusion de la paix, l'empereur obtint cette place
du duc d'Arschot, en échange d'une autre seigneurie, et elle
passa ainsi sous la domination de ce souverain en 1545.
La
ville de Landrecies fut prise en 1637 par les Français, qui
la conservèrent pendant dix ans; l'archiduc Léopold, frère de
l'empereur, s'en empara en 1647 ; les maréchaux de Turenne et
de la Ferté s'en rendirent maîtres en 1655 ; elle a été cédée
à la France, par le traité des Pyrénées, eu 1659. Cette ville
fut encore assiégée en 1712 par le prince Eugène de Savoie,
qui fut obligé de se retirer après la victoire du maréchal de
Villars à Denain. Sa possession fut définitivement assurée à
la France en 1713, par le traité d'Utrecht.
Les Autrichiens
la bloquèrent en 1794: une compagnie de canonniers, formée dans
ses murs, postée au Bas-Moulin, qu'elle était chargée de défendre,
fut en grande partie engloutie par l’explosion d'un moulin à
poudre. Les ennemis repoussés dans une sortie de la garnison
commencèrent le bombardement, qui fut terrible : presque tous
les édifices publics et particuliers furent renversés. Les habitants,
secondés par leurs femmes, déployèrent dans ce siège le plus
grand courage; mais la place, n'ayant pas été secourue à temps,
se rendit le 30 avril. Huit jours après la bataille de Fleurus,
Quinze mille républicains entreprirent le siège de cette ville,
que les Autrichiens rendirent à discrétion le 17 juillet 1794.
Les Russes l'occupèrent de 1815 à 1818.
Cette ville est située
au milieu de belles prairie sur la Sambre, qui y est navigable.
Ses fortifications ont été construites par le chevalier Deville,
et augmentées par Vauban; elles sont entourées d'un fossé que
l'on peut remplir d'eau pour la défense de la place
.
Cambrai
Cameracum, d'où Cambrai, devint la capitale des Nerviens après la destruction de Bavay au IVème siècle, puis le siège d'un évêché organisé par Saint Géry. Des conflits surgirent entre l'évêque, auquel l'empereur Henri II donna le titre de comte en 1007, et les bourgeois. Ces luttes prirent fin en 1227 avec l'octroi de franchises à la ville. En 1529 y fut signée la paix des Dames, ainsi nommée parce qu'elle fut négociée par Louise de Savoie, mère de François Ier, et Marguerite d'Autriche, tante de Charles Quint. Les archevêques de Cambrai, métropolitains de tous les Pays Bas, ducs de Cambrai, princes du Saint Empire, présidaient les États du Cambrésis. Le plus illustre d'entre eux fut Fénelon, "le cygne de Cambrai", opposé à Bossuet, "l'aigle de Meaux", dans la querelle du quiétisme. Cambrai est réputé pour faire des bêtise. Un certain jour de 1850 un jeune gamin du nom d'Emile Afchain se fit copieusement "remonter les bretelles" pour avoir louper les confiseries qu'il devait élaborer, sa mère mais aussi sa patronne très en colère lui dit : « Tu n'es qu'un bon à rien ! Tu ne fais que des bêtises ! » Il faut croire que ces bonbons eurent la faveur des clients car le nom est resté à ce berlingot parfumé à la menthe et qui porte le nom de Bêtise.
Douai


Duacum, d'où Douai, fut possession du
comte de Flandre. Le traité de Pontoise, le 11 juillet 1312,
réalisa le "Transport de Flandre" : Douai, Lille et Béthune
furent cédées au roi de France Philippe le Bel par le comte
de Flandre Louis de Nevers. En 1369 ces villes firent retour
à la Flandre. Douai soutint trois sièges célèbres : en 1479
par Louis XI, en 1667 par Louis XIV, en 1710 où elle fut occupée
par les Hollandais. Une université y fut fondée en 1562, laquelle
fut transférée à Lille en 1887. Réunie à la France en 1668 par
le traité d'Aix la Chapelle, Douai fut le siège du parlement
de Flandre créé en 1686. Douai peu également s'enorgueillir
de posséder le plus important carillon d'Europe avec ses soixante
dex cloches.
La fête des Gayant, que l'on célèbre chaque
année à Douai, tire ses origines de l'histoire de la ville qui,
au XVème appartenait à la Flandre. Une première procession
commémorait, chaque 16 juin, la victoire du comté sur la France
en 1479, après le traité du 6 aout 1529, signé entre la France
et le Roi François Ier, la célébration devint plus solennelle,
et l'on vit apparaître successivement dans le défilé des corporations
Monsieur Gayant, ce qui signifie Géant en picard, puis son épouse;
Marie Cagenon. Après le rattachement de la Flandre à la France,
on déplaça la fête, marquant ainsi officiellement l'entrée des
troupes royales dans Douai, en 1667.
Le couple Gayant ,jugé
profane par l'évêque d'Arras disparu des défilés pendant une
centaines d'années, mais réapparut à la Révolution. Lors de
la fête des Gayant les douaisins se déplacent en hurlant :"
Turlututu, Gayant trompette, Turlututu, Gayant pointu.". Ces
personnages et la traditions oral et immatériel ont été enregistrés
au patrimoine mondiale de l'humanité par l'UNESCO.
Lille


La ville de Lille, autrefois capitale
de la Flandre française, a pris son nom d'un village entouré
d'eau, qui devait lui-même son origine à un château bâti dans
les derniers siècles de l’empire des Romains dans la Belgique,
et autour duquel quelques habitants, attirés par la sûreté qu'il
procurait, vinrent s'établir. Les chroniques du temps ne font
pas mention de Lille jusqu'à Baudouin Ier, dit Bras
de fer, qui, en 863, fit pendre plusieurs de ses ennemis aux
murailles du château de Lille.
Les courses des Normands
pendant le IXème siècle et pendant une partie du
Xème durent nécessairement nuire au progrès de Lille,
et il faut arriver à Baudouin IV, qui fit bâtir en 1007 un grand
nombre de maisons et donna une forme positive à la ville. Il
l'entoura de murs et de fossés en 1030, et sa population s'accrut
si promptement que Baudouin V se vît obligé de l'agrandir.
Ses fortifications nouvellement construites ne l'empêchèrent
pas de tomber, en 1054, au pouvoir de l'empereur Henri III qui
venait de ravager la Flandre; mais elle fut bientôt reprise,
et réparée par les bienfaits de Baudouin, qui la rétablit et
releva ses murs abattus. L'année suivante, ce prince érigea
l'église collégiale de St-Pierre, qu'il dota richement en 1066.
A cette époque, Lille était divisée en deux parties : la plus
ancienne comprenait l'église St-Etienne ; la seconde, qui seule
était entourée de murailles, ne comprenait que la paroisse St-Pierre.
En 1147, la ville avait une enceinte que déterminent encore
actuellement les canaux de Poissonceaux, des Ponts-de-Comines
et des Sœurs-Noires. La ville de Lille fut prise trois fois
dans l'année 1213, d'abord par Philippe Auguste, après un siège
de trois jours, puis par le comte de Flandre Ferrand, en faveur
duquel elle se, révolta, et ensuite par le même Philippe, qui,
irrité de sa rébellion, la réduisit totalement en cendres. Lorsque
après ce désastre on la reconstruisit, elle fut augmentée presque
du double de sa grandeur, et l'on y entrait par six portes.
Philippe le Bel l'attaqua, et la prit par capitulation après
onze semaines de siège, au commencement de septembre 1297; mais
les habitants ouvrirent leurs portes, en 1302, à Jean de Namur,
comte de Flandre, qui venait de gagner sur les Français la bataille
de Coutrai.
En 1303, après la bataille de Mons-en-Pévèle,
Philippe le Bel attaqua Lille, qui soutint un siégé de onze
semaines, après lesquelles les bourgeois, manquant de vivres,
demandèrent à capituler.


Malgré leur longue résistance, ils obtinrent la conservation de leurs privilèges. En 1304, Lille devint alors ville française. Peu de temps après, la ville fut entourée de murailles et de fossés par le comte Guy de Dampierre. Robert de Béthune, comte de Flandre, tenta sans succès de s'en rendre maître en 1314. Un incendie la consuma presque entièrement en 1382. La ville de Lille fut rendue à la Flandre par Philippe le Hardi. En 1476, elle passa à la maison d'Autriche, Vingt ans après, les Pays-Bas ayant été réunis à la couronne d'Espagne, Lille fut soumise à la domination de cette puissance, qui la conserva en son pouvoir pendant deux siècles. Eu 1667, Louis XIV l'assiégea à la tête d'une puissante armée, et la prit le 27 août, après neuf jours de tranchés ouvertes. Ce monarque agrandit son enceinte, et y fit construire par Vauban de nouvelles fortifications, et une citadelle qui passe pour l'une des plus belles de l'Europe. Lors de la guerre de la succession d'Espagne; la ville, fut reprise par lés alliés, le 23 octobre 1708, après un siégé de quatre mois. Elle fut enfin cédée à la France par lé traité d'Utrecht, en 1713. Lille s'est agrandie en 1786 de tout le beau quartier qui s'étend depuis la porte de la Barre jusqu'à celle de la Madeleine.
Dunkerque


Il y a plus d'un millénaire, le Blootland
est sous les eaux, l'histoire de Dunkerque commence lorsque
l'amoncellement du sable dû aux courants marins forme des dunes
qui gagnent sur la mer. Malgré l'instabilité des dunes menacées
par le vent et la mer, des pêcheurs choisissent de s'installera,
formant alors un bourg sans nom. La rivière Vlietnoteen s'écoulant
vers la mer du Nord forme une crique : la Gerstab : les pêcheurs
y installent naturellement leurs bateaux afin de les protégera.
À la fin du premier millénaire, un hameau s'est formé sur une
dune de l'estuaire de la Vlieta. Afin d'évangéliser la zone,
on construit une chapelle pour les pêcheurs et leurs familles,
le bourg a un nom : Dunkerquea. Au fil des années, les Dunkerquois
apprennent à maitriser les dunes et les eaux intérieures afin
d'éviter les inondations de l'arrière pays.
Au cours du Xème
siècle, la Flandre connaît l'invasion des peuplades du Nord.
En 960, Baudoin III dit Baudouin le jeune, quatrième comte de
Flandre, auquel appartient la bourgade, fait édifier une première
muraille autour de la ville. Les moines de Bergues-Saint-Winoc
construisent de grands fossés appelés watergangs afin d'assécher
les terres et les rendre cultivables. Au cours de XIIème
siècle, Philippe d'Alsace, comte de Flandre, continue les travaux
d'assèchement du Blootland, on lui doit notamment le construction
de l'ancêtre du canal de Bergues : le Havendycka. Le comte octroie
à Dunkerque le statut de « ville nouvelle » et exonère les Dunkerquois
de tonlieux, en remerciement de la délivrance par les Dunkerquois
de sa fiancée Élisabeth de Vermandois aux mains des Vikings.

La fin du XIIème siècle voit
un conflit entre le comte de Flandre, Gui de Dampierre et le
roi de France, Philippe IV de France dit Philippe le Bel. Tandis
que le roi a l'appui des riches bourgeois de Flandres, les leliaerts,
les « partisans des fleurs de lys » en flamand, le comte a le
soutien du peuple — les clauwaerts, les griffes du lion de Flandres.
Finalement, les armées flamandes sont vaincues le 20 août 1297,
lors de la Bataille de Furnes, Dunkerque devient alors française
pour éviter d'être pillée. Cela ne dure pas puisque cinq années
plus tard, le 11 juillet 1302, la ville redevient flamande suite
à la bataille de Courtrai dite « bataille des Éperons d'or »
dont les Flamands sortent vainqueurs. Dunkerque dispose à cette
époque d'un « corps échevinal », ni plus ni moins que l'ancêtre
du conseil municipal, composé d'un mayeur assisté de neuf échevins.Le
corps se réunit à la maison commune ou Stadhuys attenante au
clocher ou klokhuys dont la cloche informe les Dunkerquois des
évènements importants. Quant à la justice et au commerce, ils
sont réglementés par le bailli du seigneur de Cassel. En 1311,
Robert III de Flandre dit « Robert de Béthune » et fils de Gui
de Dampierre accorde aux Dunkerquois plus d'autonomie, notamment
commerciale1. En 1322, Robert de Cassel alors seigneur de Flandre
fait construire un château à Dunkerque. Trois ans plus tard,
en 1325, les flamands refusant l'autorité du roi de France,
détruisent le château. Robert de Cassel en représailles impose
à Dunkerque un impôt très élevé pour les rebelles. En 1328,
les révoltes n'étant toujours pas éradiquées, Louis de Nevers,
comte de Flandre, demande l'aide du roi de France, le premier
des Valois Philippe VI de France, lequel écrase la rébellion
à la bataille de Cassel. Dunkerque subit une nouvelle fois les
représailles.


Lorsque Yolande de Dampierre, fille de Robert de Cassel, hérite de la seigneurie de Cassel dans laquelle figure Dunkerque, elle fait reconstruire le château de son père. Le 13 juillet 1338 éclate la guerre de Cent Ans, Louis de Nevers reste fidèle au trône de France, et décrète donc l'arrêt du commerce avec l'Angleterre. Les villes flamandes, y compris Dunkerque, vivant du commerce avec l'île, se soulèvent alors contre le comte de Flandre, Louis II de Flandre dit « Louis de Mâle », fils de Louis de Nevers, mort lors de la victoire anglaise à la Bataille de Crécy en 1346, signe alors la trêve entre la Flandre et l'Angleterre. Durant la guerre accostent à Dunkerque des bateaux transportant des vivres pour les troupes, l'importance du port croit jour après jour. Faisant fi des discordes entre leur bailli et les échevins, les Dunkerquois acclament Yolande de Dampierre de retour de la prison du Temple à son entrée dans la ville. Satisfaite, elle entreprend l'exécution de travaux portuaires afin d'agrandir le port. En 1378, commence le Grand Schisme d'Occident, deux papes se disputent le trône de Saint-Pierre, Louis de Mâle soutient Urbain VI et Yolande de Dampierre appuie Clément VII. Les Anglais, urbanistes, débarquent sur la côte pour une croisade religieuse. S'oppose alors à eux Jean Sporkin, gouverneur des terres de Yolande à la tête d'une armée. Les Anglais pillent Dunkerque, Yolande est contrainte à la fuite, ils attaquent les digues afin d'inonder le Blootland. Charles VI arrive à la rescousse, repousse les Anglais. Cependant l'arrière pays est noyé, les récoltes sont perdues et les bêtes sont mortes, Dunkerque a souffert plus que toutes les autres villes de la côte. En 1384, Louis de Mâle meurt, le comté de Flandre passe à la Maison de Bourgogne de Philippe le Hardi. La Princesse de Dunkerque, Yolande de Dampierre, meurt en 1395, lui succède alors son fils Robert de Bar, il octroie à Dunkerque le droit de percevoir la taille afin de construire une muraille autour de Dunkerque pour prévenir des prochaines attaques.


Parmi ces fortifications, il construit
deux « tours à feux » indiquant l'entrée du port. L'une d'elle
existe encore aujourd'hui : le Leughenaer ou « tour du menteur
». Lors de la construction de ces fortifications, les terrassiers
découvrent une source d'eau douce, creusent plus pour découvrir
d'où elle vient, ils découvrent une statuette de la Vierge.
Les Dunkerquois crient au miracle, et bâtissent aussitôt une
chapelle qui prend le nom de Notre-Dame-de-la-Fontaine qui deviendra
Notre-Dame-de-la-Mer En 1426, s'installe dans la cité, une communauté
de religieuse : les « Sœurs Blanches » Au milieu du XVème
siècle, les Dunkerquois construisent un amer, c'est la naissance
de l'actuel Beffroi. Dix ans après, l'église Saint-Éloi l'utilise
comme clocher La ville de Dunkerque est, à cette époque, entièrement
tournée vers la mer et le commerce, la ville hérite des traditions
festives des gens de la mer et des Flamands, c'est d'ailleurs
à cette époque que nait l'ancêtre du carnaval de Dunkerque.
En 1435, Jeanne de Bar épouse Louis de Luxembourg, Dunkerque
passe alors à la Maison de Luxembourg. En 1477, à la mort de
son père Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne épouse Maximilien
Ier du Saint-Empire, Louis XI envahit aussitôt la
Flandre. Dunkerque revient au Royaume de France. Une nouvelle
fois flamande, Dunkerque devient espagnole suite au mariage
de Philippe le Beau et de Jeanne de Castille, mariage d'où naîtra
l'empereur Charles Quint, héritier de nombreuses Maisons d'Europe.
En 1520 il est reçu triomphalement dans la ville en tant que
trente-et-unième comte de Flandre. Dunkerque est impliquée dans
la guerre que mène Charles Quint contre le roi de France, François
Ier. En représailles, les pêcheurs dunkerquois sont
attaqués par les corsaires français. Le magistrat de Dunkerque
prend la décision d'armer des bateaux en course afin de protéger
ses bateaux de pêche. Sous le règne de Philippe II, la course
prend de plus en plus d'importance, ce sont les prémices des
corsaires dunkerquois, parmi eux Cornil Petersen se distingue
particulièrement. Le port a acquis une telle importance qu'en
1557 il sert d'abri à la flotte espagnole. L'année suivante,
suite à la prise par les Français de Calais, ville anglaise,
Dunkerque se prépare à la guerre. En juillet, en dépit de la
défense héroïque de Dunkerque par ses habitants, le Maréchal
de Thermes conquiert Dunkerque et y met le feu. Par le traité
de Cateau-Cambrésis les Français la cèdent à l'Espagne en 1559.
L'Inquisition nourrit un lot d’iconoclastes : « les gueux
» qui s'opposent à la religion et contestent le pouvoir de Philippe
II. Dunkerque, fidèle à son roi, s'y oppose et subit donc les
attaques des gueux. Les marins épuisés par la pêche qui n'est
pas rentable, se tournent vers la course, les corsaires dunkerquois
sont réellement nés. L'un des premiers d'entre eux est Michel
Jacobsen, le « renard des mers », corsaire pour le compte de
l'Espagne, il ramena les restes de l'Invincible Armada de Philippe
II.

En 1662, Godefroi d'Estrades négocie difficilement l'achat de Dunkerque aux Anglais, mais finit par réussir. Le 27 octobre 1662, Dunkerque devient définitivement française. Le 2 décembre, le Roi Soleil fait une entrée triomphale dans Dunkerque. Avec l'acquisition de la ville, le Royaume de France a un pied dans les Pays-Bas historiques, Dunkerque supplante Calais comme place avancée. Pour les mêmes raisons d'avancées vers le nord-est, Lille dépasse Douai en terme d'importance. Dès lors l'axe Dunkerque-Lille devient un axe majeur de la région. Dunkerque compte alors 5 000 habitants. Vauban, Louvois et Colbert entreprennent alors de fortifier la ville et développe son port, qui devient le plus grand port de guerre du royaume. Le canal de Bourbourg est percé en 1670 pour faciliter l'acheminement de bois, le Vliet est aménagé pour former les bassins de commerce et de l'arrière-port, le bassin de la Marine est également creusé. En 1678, des jetées sont construites afin de fixer un chenal et d'empêcher son ensablement par le banc Schurcken situé à la place de l'actuel phare. La citadelle est également érigée. Vauban entreprend la réalisation d'un arsenal à la place de l'actuel parc de la Marine. Dès 1670, Louis XIV encourage la course à Dunkerque. C'est à cette époque que Dunkerque va connaitre le plus célèbre de ses corsaires : Jean Bart. Naviguant sur de petits navires, il n'hésite pas à attaquer de gros vaisseaux grâce à ses remarquables talents de manœuvrier. Il est rapidement incorporé dans la Royale par Colbert puis anobli au vu de ses faits d'armes et de ses prises, notamment celui de la bataille du Texel, le 29 juin 1694, où le corsaire dunkerquois reprend aux Hollandais 120 navires de blé et sauve ainsi la France de la famine. En 1700 apparait à Dunkerque la chambre de commerce qui fait prospérer les commerçants, la ville est alors une puissante place commerciale.

À ce moment de l'Histoire, Dunkerque est imprenable sur la mer du Nord derrière les défenses de Vauban et grâce à ses redoutables corsaires. Cependant ce n'est pas le cas de toute la France. En 1713, elle est affaiblie par la guerre et est contrainte de signer le traité d'Utrecht qui lui impose de combler le port et de raser les fortifications, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en partie, et Louis XV la fortifia de nouveau. Comme de nombreuses villes du Royaume de France, Dunkerque s'imprègne de l'idéologie des Lumières : l'urbanisme de la ville est repensé on crée alors des places et des rues plus larges pour faire « circuler l'air », on construit des bains publics, on déplace les cimetières en périphérie de la ville, de plus des groupes de réflexion se forment. Une partie de ceux-ci furent à l'origine de la loge maçonnique « Amitié et Fraternité » connue pour avoir parrainé la plus ancienne loge maçonnique de Nouvelle-France : la loge « Francs-maçons régénérés ». En 1714, la ville compte 14 274 habitants, les habitations débordent des murailles. Il est décidé de construire un nouveau quartier, ce sera le quartier de la Basse-Ville qui correspond globalement au quartier actuel de Dunkerque-Sud. Dunkerque, au XVIIe siècle, est une ville sale et sans accès à l'eau potable que pourrait fournir un puits ou une source d'eau douce. Les échevins installent ainsi des citernes publiques pour récupérer l'eau de pluie et recrutent une entreprise qui récupère les déchets des Dunkerquois. La Basse-Ville, à cette époque est le quartier le plus pauvre de Dunkerque, y vivent les journaliers et les dockers. Les matelots dunkerquois vivent en marge du reste de la population de la ville, pour assurer aux bateaux de commerce l'entrée ou la sortie du port sans s'échouer, ils créent un corps de pilotes destinés à guider ces navires à travers les nombreux bancs de sable (Braecknote 3, Schurken…), c'est l'ancêtre des bateaux pilote surnommés « pilotines ». À l'hiver 1788-1789, il fait tellement froid que les bateaux sont pris dans les glaces.
Bergues


Cette ville doit son origine au château
de Berg, où se retira saint Winoc en 902. Baudouin II, comte
de Flandre, la fit entourer de murailles, de fossés et de fortifications.
Baudouin IV y fit construire un magnifique monastère en l'honneur
de saint Winoc.
En 1083, un terrible incendie consuma la
ville de Bergues et l'abbaye de St-Winoc. En 1206, Bergues,
qui était une ville florissante par ses manufactures de toiles
et de draps, fut assiégée sans succès par des brigands nommés
Bleumontins.
Robert II, comte d'Artois, s'empara de cette
place en 1297.Les Flamands la prirent au commencement du XIVème
siècle. Le 7 septembre1383, l'armée française arriva devant
Bergues, et commença l’attaque de cette place. Caverley, qui
y commandait, ayant reconnu l'impossibilité de s'y défendre,
l'évacua pendant la nuit, et emmena avec lui les habitants des
environs qui s'y étaient réfugiés. Les autres habitants de Bergues
envoyèrent, le 8 septembre, l'abbé de St-Winoc à Charles VI,
pour lui annoncer qu'ils l'attendaient comme un libérateur.
L'abbé fut repoussé. Au milieu de la nuit, l'assaut fut livré
par l'armée française à des murailles que personne ne défendait:
tous les crimes les plus effroyables furent commis dans cette
ville malheureuse; puis, le matin suivant, tous les habitants
furent massacrés à, la réserve de quelques religieuses qui furent
envoyées à St-Omer.


L'abbaye de St-Winoc, entourée de Murailles
et éloignée du centre de la cité, l'église de St-Pierre et le
couvent des dominicains furent les seuls monuments qui restèrent
debout après cet horrible embrasement.
Philippe le Hardi
releva cette ville de ses ruines, et vers la fin du XIVe siècle
elle était devenue plus forte qu'avant son désastre. Un incendie
la détruisit en partie en 1494. Le maréchal de Termes l'assiéra
et la prit d'assaut en 1558; la population fut massacrée sans
distinction d'âge ni de sexe ; la ville et abbaye de St Winoc
furent réduits en cendres. Philippe II, roi d'Espagne releva
les fortifications de cette place, qui bientôt, par le zèle
que les habitants mirent à reconstruire leurs maisons, devint
une des plus belles villes de la Flandre. Les Espagnols la prirent
en 1650, après une vigoureuse résistance. L.es Français la reprirent
en 1658, et la rendirent au roi d'Espagne en 1660 par le traité
des Pyrénées. Louis XIV la prit par capitulation, après un assaut
général, livré le 6 juin 1667, et la fit fortifier par Vauban,
qui l'a rendue une place susceptible d'une longue défense. Elle
est demeurée à la France par le traité d'Aix-la-Chapelle.
Note : Alphonse de Lamartine fut député du Nord Canton
de Bergues du 7 janvier 1833 au 25 mai 1834 et du 21 juin 1834
au 3 octobre 1837
Le Quesnoy

Cette ville est dans une situation très-agréable, sur une éminence qui domine une vaste plaine et fertile, bornée par la forêt de Mormal. Elle est assez bien bâtie en briques, et possède un bel hôtel de ville, un arsenal el une église paroissiale remarquable. Sa fondation remonte au delà du xi" siècle. En 1150, Baudouin V, comte du Hainaut, la fit entourer de murailles; Louis XI la prit en 1447 ; Maximilien, fils de l'empereur Frédéric III, la reprit en 1477-;Henri II, roi de France, s'en empara en 1552; les Espagnols la reprirent en 1568; Turenne l'enleva en 1654 ; le prince Eugène la prit en1712, mais le maréchal de Villars la reprit deux mois après." Depuis ce temps, elle a continué d'appartenir à la France. — Vers le commencement du mois d'août 1793, les Autrichiens, maîtres de Condé et de Valenciennes après avoir bloqué le Quesnoy , assiégèrent cette place en forme, et y entrèrent le 9 septembre suivant.
Famar

Ce village tire son nom d'un temple élevé
dans ce lieu au dieu Mars par les Romains,, au temps où la ville
de Bavai était dans sa splendeur Lorsque cette ville fut détruite,
le temple de Mars devint une forteresse où les, Romains entretenaient
une garnison, où résidait le préfet des Lètes Nerviens de la
seconde Belgique, qui en fut chassé par Clodion en 445. Famars
fut brûlé par les Français en 1340. En1793, les républicains
avaient formé à Famars un camp qui fut levé avec précipitions
dans la nuit du 23 au 24 mai. Le général Dampierre, tué dans
une affaire contre les Autrichiens, le 7 du même mois, y fut
enterré ; les habitants montrent encore aujourd'hui, au milieu
d'un champ cultivé, l'endroit où les restes du général ont été
déposés. Il est à regretter qu'aucun monument n'indique l'endroit
où repose cet illustre guerrier.
Famars est une petite commune
qui ne contient que trente où trente-cinq habitations, y compris
l'ancien château, consistant en un bâtiment de construction
moderne, élevé sur l'emplacement de l'ancienne forteresse. Il
est prouvé aujourd'hui qu'il existait dans cette forteresse
un palais élevé avec magnificence. Dans les fouillés pratiquées
dans son intérieur en 1823, 1824 et 1825, sous la direction
d eM. Aubert Parent, on découvrit beaucoup de fragments de sa
riche décoration. Parmi les fragments mis à découvert, M. Aubert
Parent a levé les plans de plusieurs salles spacieuses dont
les pavés en marbre étaient établis sur un hypocauste qui les
soutenait et y entretenait une chaleur uniforme; une salle de
bains souterraine, les foyers, les aqueducs, etc.
Il est
plus que certain aussi qu'il y existait un temple consacré au
dieu Mars : on a trouvé plusieurs statuettes de cette divinité,
et Déguise rapporte qu'en l'an 56 de notre ère, après la révolte
des villes de Tournai, Arras, Térouane, ces trois cités furent
punies, et que l'on épargna Famars, par respect pour le temple
de Mars, qui y était très fréquenté. On trouve ailleurs que,
sous le règne d'Octave Auguste, la statue de Mars, qui avait
été transportée à Reims, fut rapportée à Famars, elle était
d'or, mais on en ignore le poids. A cette époque, les voies
romaines, connues sous le nom de chaussées Brunehaut, qui se
réunissaient à Bavai traversaient Famars, se rendant à Arras
et Amiens : En 385, Bavai et Famars furent dévastes par les
Huns ; les Vandales la pillèrent en 407. Clodion, roi de France,
détruisit les restes de la forteresse en 445. Attila la détruisit
entièrement en 450, et depuis cette époque il ne fut plus question
de Famars.