Histoire de l'Oise


Le territoire du département de l'Oise fut primitivement habité par les Bellovakes, les ,Silvanectes et les Veromandues. Ces peuples prirent deux fois part au soulèvement de la Gaule contre César, qui, dans ses Commentaires, vante leur courage et "leur habileté. Vaincus sur le territoire des Rèmes, en 57, ils perdirent leur capitale, Bratuspandium (Beauvais ou Breteuil). Cinq ans plus tard, ils se donnèrent pour chef le Bellovake Corrée, dont la mort héroïque rendit les Romains maîtres du pays, qui, subjugué, mais non soumis, pendant longtemps encore résista à leur domination, en l'an 29, avec les Trévires, et plus tard avec les Belges. Après ces vaines tentatives Rome introduisit dans le pays définitivement conquis son administration, et, si les sauvages habitants de cette partie de la Gaule-Belgique perdirent quelque chose du courage farouche de leurs ancêtres, ils reçurent en échange les bienfaits de la civilisation.

De vastes terrains furent défrichés, les forêts s'éclaircirent, les villes s'élevèrent. Il reste aujourd'hui des traces des immenses travaux entrepris par les Romains dans cette contrée c'est une voie qui traverse le département et qui porte le nom de chaussée Brunehaut, parce que, dans la suite, elle fut réparée par cette reine d'Austrasie. Dioclétien comprit le territoire des Bellovakes dans la IIème Belgique. Leur principale ville, qui longtemps avait porté le nom de Cœsaromagus et qui était une des plus importantes stations de la voie romaine qui unissait Rothomagus (Rouen), Ambiani (Amiens) et Parisii (Paris), eut le nom de Civitas Bellovacorum, avec le droit de cité. Dans la suite, on la désigna sous le nom de Bellovacum (Beauvais). Le christianisme y fut porté dans le 1ersiècle de l'ère chrétienne par saint Lucien, fils, disait-on, d'un sénateur romain du nom de Lucius, que saint Pierre avait converti. Ce premier apôtre du Beauvaisis avait deux compagnons, saint Maxien et saint Julien, qui souffrirent avec lui le martyre. Il paraît que la foi chrétienne s'établit difficilement dans cette contrée ; car, pendant les trois premiers siècles un grand nombre de ceux qui s'étaient convertis y subirent de fréquentes persécutions.

À cette même époque, le pays des Bellovakes eut beaucoup à souffrir des premières invasions des barbares en Gaule ; Dioclétien avait donné à cette partie de l'empire, pour la gouverner, Constance-Chlore avec le titre de César. Les Francs et les Alamans firent des invasions si fréquentes que toute l'ancienne Belgique fut en grande partie dépeuplée (292-305) ; il fallut que ce César, pour repeupler la contrée, autorisât, à l'exemple de l'empereur Probus, des colons germains à s'y établir. Lorsque survinrent en Gaule les grandes invasions des Francs, cette partie septentrionale fut la première conquise, elle vit, vers 430, le chef de la tribu Salienne, Clodion le Chevelu franchir la Somme et promener ses bandes dévastatrices au midi de cette rivière ; mais Clodion fut chassé par le patrice Aétius, et c'était à Clovis qu'il était réservé de s'établir définitivement entre le Rhin et la Seine. Le patrice Syagrius, faible représentant des empereurs en Gaule, fut vaincu à Soissons en 486. Sa défaite entraîna la soumission du pays d'entre Rhin et Seine, et par conséquent de la contrée du Beauvaisis. Cette partie des États de Clovis passa en héritage à son fils Clotaire, qui fut roi de Soissons en 511 ; celui-ci la laissa à Chilpéric 1er, époux de Frédégonde (561 à 584). Au temps de Clotaire II, la fille de l’un des principaux seigneurs du royaume fonda aux environs de Beauvais, à Oroër (Oratorium),une abbaye qui est devenue célèbre Angadresme, fille de Robert, chancelier du roi, était recherchée en mariage par un seigneur du Vexin, Ansbert; mais elle préféra, à une position brillante, la retraite obscure et pieuse d'Oroër. Ansbert, de son côté, touché de la grâce divine, se consacra au service du Seigneur et devint par la suite archevêque de Rouen. Angadresme, mise au nombre des saintes, pour sa vie pieuse, est devenue la patronne de Beauvais. Le Beauvaisis se trouvait sur les frontières de la Neustrie et de l'Austrasie ; il fut donc souvent le théâtre de la lutte des Austrasiens et des Neustriens, sous les maires Ebroïn et Pépin d'Héristal. Sous les règnes de Pépin le Bref et de Charlemagne, plusieurs années de paix et de prospérité vinrent réparer les maux occasionnés par les guerres désastreuses qui avaient, sans interruption, désolé le pays pendant le cours de la première race; des gouverneurs, placés sous la surveillance des legati et des missi dominici furent donnés aux diverses parties de l'empire, et le territoire du département de l'Oise fut partagé en différents pagi, qui portèrent les noms de leurs principales villes, et qui étaient administrés par des comtes et des barons. Ils n'étaient d'abord que simples gouverneurs et représentants de l'autorité impériale ; mais ils se rendirent indépendants sous les faibles successeurs de Charlemagne et reçurent de l'un d'entre eux, Charles le Chauve, en 877, la confirmation de leur usurpation et possédèrent alors ces fiefs à titre héréditaire. En même temps que la féodalité commencent les ravages exercés par les pirates normands dans toute la Gaule et en particulier dans le pays des anciens Bellovakes; au milieu du IXème siècle, Hastings, qui, bien que né en Gaule, s'était joint aux Normans et était devenu un de leurs chefs les plus célèbres, pénétra dans le Beauvaisis après avoir brûlé, près de Paris, l'abbaye de Saint-Denis, et détruisit les monastères de Saint-Oroër et de Saint-Germer. À cette période du moyen âge, l'histoire du département se divisé forcément en trois parties ; la première, qui concerne le Beauvaisis, sera suffisamment traitée à l'article consacré spécialement à la ville évêché comté de Beauvais; des deux autres, l'une comprend le Valois, dont les villes principales étaient Senlis et Crépy, et l'autre la ville de Clermont, qui eut des comtes particuliers. Le Valois, pagus Vadensis, s'étendit, sous les deux premières races, aux territoires de Senlis, Soissons, Crépy, Meaux et Reims sa capitale était Crépy, et il en prit souvent le nom de Comitatus Crispeius, Crispeiensis, Crispeicus; une partie de ce pays appartient aux départements qui avoisinent l'Oise. Cependant nous donnerons ici le nom de ses principaux comtes, dans l'impossibilité où nous sommes de scinder son histoire et en considération de Crépy, sa capitale. Un comte du nom de Pépin, frère du puissant comte de Vermandois, Herbert, en reçut l'investiture sous le règne du roi Eudes, successeur du faible Charles le Gros, qui avait été déposé en 887, à la diète de Tribur. Après lui le Valois passa à une famille étrangère. Le comte Raoul Il partagea, vers 1040, ses États entre ses deux fils, Raoul III le Grand et Thibaut III, qui fut comte de Blois. Le vaste château de Crépy fut séparé en deux parties ; Raoul reçut l'habitation avec ses dépendances, et Thibaut le donjon. Après la mort du roi Henri Ier, Anne de Russie, veuve de ce prince, se retira dans le monastère de Senlis ; Raoul l'y vit et résolut de l'épouser ; Anne y consentit. Raoul était marié et il fit accuser d'infidélité sa femme Éléonore, divorça et célébra publiquement son nouveau mariage en 1052. Mais l'épouse répudiée recourut au pape, qui fit faire, par les archevêques de Reims et de Rouen, une enquête dont le résultat fut favorable-à Éléonore. Sommé de répudier Anne, le comte Raoul s'y refusa il fut excommunié et n'en persista pas moins dans sa faute. Une version généralement accréditée fait retourner Anne de Russie auprès de son père, après la mort du roi, son mari. Celle que nous reproduisons a été adoptée par les savants bénédictins de Saint-Mauret le P. Ménétrier. Le fils de Raoul, Simon (1074), fut assez puissant pour combattre le roi de France et lui reprendre quelques places que celui-ci lui avait enlevées. Deux années après avoir succédé à son père, le comte Simon fit transporter la dépouille du grand Raoul de la ville de Montdidier au monastère de Saint-Arnould de Crépy. Présent à l'exhumation du cadavre, il fut si vivement frappé de ce spectacle, qu'il résolut de quitter toutes les pompes de la vie et de se consacrer à Dieu. Vainement ses amis, pour lui faire oublier cette résolution et resserrer les liens qui l'attachaient au monde, lui firent prendre une femme ; il consentit à épouser Judith, fille d'un comte d'Auvergne. Mais la nuit même de leurs noces les deux époux convinrent de se séparer et d'aller vivre tous deux dans la retraite. Simon partit avec trois compagnons, les plus vaillants chevaliers de sa cour, qu'il avait convertis, et se rendit au monastère de Sainte Claude puis dans les gorges du Jura, défrichant et fertilisant des terres jusque-là incultes. Simon fit passer le Valois dans la maison de Vermandois ; ce comté y demeura jusqu'à l'époque de sa réunion à la couronne, par Philippe-Auguste, en 1214. Le roi saint Louis accorda, en 1224, le Valois à la reine Blanche, sa mère. Cette grande princesse étant morte en 1252, à l'abbaye de Mlaubuisson, près de Pontoise, le Valois fut réuni de nouveau à la couronne. Mais, deux ans avant sa mort, saint Louis l'aliéna encore en faveur de son quatrième fils, Jean Tristan, comte de Nevers, qui, né à Damiette pendant la première croisade du saint roi son père, mourut, ainsi que celui-ci, en 1270, pendant la seconde. Le Valois rentra donc de nouveau dans le domaine royal à l'avènement de Philippe le Hardi. Celui-ci le donna en 1285 à Charles, son deuxième fils, qui fut la tige des rois de France de la branche des Valois. Cependant le Valois ne fut pas réuni à la couronne en 1328, à l'avènement de Philippe VI. Ce prince le donna en apanage à son cinquième fils Philippe, qui s'était distingué à la bataille de Poitiers, et qui fut l'un des otages envoyés en Angleterre pour la délivrance du roi Jean. À sa mort, en 1375, le Valois rentra au domaine royal ; mais la roi Charles VI l'en détacha pour le donner, en 1392, à son jeune frère Louis d'Orléans, en faveur duquel il l'érigea, en 1406, en duché-pairie. Les contrées qui composent le département de l'Oise eurent grandement à souffrir des désordres du malheureux règne de Charles VI. Déjà, sous les rois Philippe VI et Jean le Bon, elles avaient été ravagées par les bandes de paysans soulevés qui prenaient le nom de Jacques. La jacquerie était sortie, selon une tradition locale, du village de Frocourt-en-Beauvaisis. Les Jacques avaient pillé un grand nombre de villages et la ville de Senlis, lorsqu'ils furent atteints et défaits par le dauphin Charles, depuis Charles V, alors régent pour son père, prisonnier en Angleterre. Le soulèvement se porta plus loin vers le Midi mais les misères de toute sorte et les dévastations de la guerre étrangère jointes à la guerre civile dépeuplèrent ce malheureux pays, comme au temps des premières invasions des barbares. Le duc de Bourgogne entra dans les campagnes de l'Oise et les dévasta, pendant la sanglante rivalité des Armagnacs et des Bourguignons ; puis, après la victoire d'Azincourt (1415) les Anglais s'emparèrent du Beauvaisis et du Valois. Cette partie de la France fut reconquise par Charles VII vers 1430. Jeanne d’Arc, après avoir fait le siège d'Orléans et remporté la victoire de Patay, poursuivit les Anglais jusqu'au-delà de l'Oise, les atteignit à Gerberoy et les battit de nouveau en 1430 Les Anglais ne renoncèrent cependant pas à leurs tentatives sur le Beauvaisis. Vers 1436, ils se saisirent, dans Beauvais même, par un coup de main habile, du fameux capitaine La Hire, pendant que celui-ci jouait à la paume, et Charles VII fut obligé de leur donner Clermont pour la rançon de son général. Nous retrouverons leurs diverses entreprises à l'histoire particulière des villes. Il est bon, avant de passer à l'histoire des temps modernes, de dire quelques mots des comtes de Clermont. Le premier qui soit connu portait le nom de Renaud ; il fut un des chefs de l'armée conduite en 1054 par Eudes, frère du roi Henri 1err, contre Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. Les Français furent battus, et le comte Renaud ne trouva son salut, dit Orderic Vital, que dans la vitesse de ses pieds. Hugues Ier et Renaud II lui succédèrent. Le fils de ce dernier Raoul Ier, reçut du roi Louis VII la dignité de connétable de France. Il eut plusieurs démêlés avec le chapitre de Beauvais et fut excommunié deux fois ; mais il racheta ses fautes en accompagnant en terre sainte, à la troisième croisade, en 1189, les rois Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion. Son petit-fils Thibaut le Jeune mourut sans enfants, et Philippe-Auguste, toujours prêt à mettre à profit les occasions d'agrandissement, réunit le comté de Clermont à la couronne. Le roi de France disposa de cette acquisition, vers 1218, en faveur d'un fils, Philippe Hurepel, qu'il avait eu d'Agnès de Méranie. Ce dernier, qui fut aussi comte de Boulogne, le laissa à une fille, à la mort de laquelle saint Louis réunit de nouveau Clermont au domaine royal (1258). Mais, en 1269, il s'en défit en faveur de son sixième fils Robert, après lequel le comté de Clermont passa à la maison de Bourbon (1318). Robert de France eut pour bailli dans son comté le célèbre Beaumanoir, qui, en 1283, recueillit et rédigea les Coutumes de Beauvaisis, « le premier, dit Loysel, le plus grand et plus hardie œuvre qui ait été composé sur les coutumes de France. » Pendant les guerres de Louis XI avec les derniers grands vassaux, le Valois et le Beauvaisis furent envahis par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Il sera question plus loin de l'héroïsme des femmes de Beauvais (1472). Les rois Louis XI et Charles VIII témoignèrent leur reconnaissance aux fidèles sujets du Beauvaisis en leur accordant, à plusieurs reprises, d'importants privilèges. En 1474, Louis XI donna à Beauvais une somme de 972 livres pour faire construire une chapelle à Notre-Dame. L'année suivante, le chapitre de cette ville reçut 3 000 livres pour acheter la seigneurie de Rotangis ; puis, en 1477, en récompense d'un prêt de 600 écus d'or, les habitants furent investis du droit, qui leur avait été enlevé depuis peu de nommer leur maire. La peste sévit dans la contrée qui nous occupe vers cette époque ; mais les ravage, qu'elle causa furent peu de chose, en comparaison des misères que les querelles de religion entraînèrent dans le siècle suivant.

En 1586, l'état des campagnes était des plus misérables ; une disette cruelle s'était jointe aux oppressions du pouvoir et aux brigandages des gens de guerre ; la population, sans ressources et affamée, se formait par bandes, qui s'en allaient la nuit dans les villages et s'emparaient du peu de blé que possédaient les malheureux paysans. Après les guerres de religion vinrent celles de la Ligue, à laquelle prirent part les villes, puis vinrent les troubles de la minorité de Louis XIII; la peste exerça de cruels ravages, en 1629 et 1635, dans toute la contrée qui s'étend d'Amiens à Beauvais. La Fronde causa de nouvelles agitations. Le XVIIIème siècle ne fut pas exempt de misères épidémies, disettes, troubles intérieurs. La Révolution survint, et ses premières réformes furent accueillies sans scènes de violence. La classe bourgeoise se montra dévouée à la Constituante, et ce parti modéré exerça dans les villes une grande influence. La condamnation de Louis XVI jeta la consternation dans Beauvais ; deux commissaires de la Convention, Mauduit et Isoré, furent envoyés dans cette ville et, au moment de l'insurrection de la Vendée, levèrent, dans l'Oise, un bataillon de 800 hommes, qu'ils firent marcher contre le département royaliste. Collot d'Herbois vint à son tour à Beauvais ; de cette ville il se rendit à Senlis, où il promulgua un arrêté contre les parents de nobles et d'émigrés. Cependant la Terreur révolutionnaire ne fit pas, dans le département, beaucoup de victimes. Pendant l'invasion de 1814, les habitants, animés d'un noble sentiment de patriotisme, prirent les armes et se portèrent à la rencontre de l'ennemi. L'époque impériale, la Restauration et les dix-huit années du gouvernement du roi Louis-Philippe rendirent à l'Oise le calme et la prospérité qui semblaient avoir fui ses laborieux habitants. Mais, pendant la guerre de 1870-1871,le département fut un des premiers envahis; il eut beaucoup à souffrir de la présence d'un ennemi implacable.
Beauvais

L'église Saint-Étienne, située près de
la Grand-Place, est achevée aux alentours de 1220, et peu après,
s'ouvre le chantier de la cathédrale gothique.
En 1225,
l'évêque-comte Milon de Nanteuil lance le projet de ce qui deviendra
le monument emblématique de Beauvais : la cathédrale Saint-Pierre.
Cette œuvre gigantesque doit surpasser en hauteur les cathédrales
de toutes les villes voisines. Splendeur gothique, elle surpasse
de ses 48 mètres tout ce qui avait été fait auparavant. Le chœur
et le bas-côté oriental du transept sont achevés en 1272. En
1284, les parties hautes des travées droites du chœur s'effondrent.
La reconstruction dure jusqu'au milieu du XIVème
siècle, mais les travaux s'arrêtent pendant la guerre de Cent
Ans. Le transept, chef d'œuvre de l'architecture flamboyante,
est réalisé au XVIème siècle par l'architecte Martin
Chambiges sous l'impulsion du comte-évêque Louis de Villiers
de L'Isle-Adam. Une immense flèche de plus de 150 m de hauteur
est érigée par la suite à la croisée du transept, au lieu de
construire une nef qui permettrait de consolider le monument.
Mais, à peine terminée, la flèche s'écroule en 1573. La nef
ne s'est jamais réalisée, faute de fonds. L'église mesure 72,50
m de longueur pour une hauteur de voûte extraordinaire de près
de 48,50 m, les plus hautes de l'architecture gothique en Europe.
Même inachevé, l'édifice reste un des hauts lieux du patrimoine
religieux.
En 1472, Charles le Téméraire, fait, sans succès,
le siège de Beauvais. La conduite de Jeanne Hachette pendant
ce siège est restée célèbre. Le roi Louis XI accorde, par ses
lettres patentes, les privilèges de la ville, notamment ceux
des femmes et des filles.
Clermont

La première mention
historique date de 1023 : Beaudoin "de Claromonte" est cité
comme témoin parmi les grands du royaume, réunis à Compiègne,
dans un acte portant association de prières et reconnaissance
de biens passés entre Garin, évêque de Beauvais, et Leudin,
abbé de Saint-Vaast d'Arras. Guibert, abbé de Nogent-sous-Coucy,
dans sa curieuse autobiographie, "De Vita Sua", raconte que
toute l'université de Clermont résidait dans la chambre de son
pédagogue : il cite son jeune frère, comme "eques et municeps
Clarimontis castri", (chevalier et citoyen du château de Clermont),
et nous apprend qu'il faut lui-même doté d'une prébende de la
Collégiale, qu'il ne paraît pas avoir occupée d'ailleurs. Jusqu'au
milieu du XVIIème siècle, l'histoire de la ville
ne fut qu'une suite ininterrompue de guerres et de pillages.
Clermont joua un rôle important pendant la Jacquerie (1358);
la dernière rencontre entre les Jacques et les Seigneurs eut
lieu entre Nointel et Catenoy, au lieu-dit le Champ de Bataille;
d'après Froissart, Guillaume Cale aurait eu la tête tranchée
sur la Grand-Place de Clermont; trois bourgeois, Pierre le Cirier,
Jean Alliaume et Henri du Breuil reçurent des lettres de rémission
pour avoir pillé pendant cette période le château d'Ermenonville.
En 1359, le captal de Buch s'empara de Clermont, qui, d'après
Froissart, était "une grosse ville nient fermée" avec un bon
château; il la garda trois ans. Les Anglais, en 1420, "boutèrent
le feu et ardèrent le faubourg Saint-André, où il y avait moult
maisons et de notables édificess.
Le maréchal de Boussac
tenta vainement en 1430 de prendre le château, défendu par Jean
de Crèvecoeur; Thomas Kyriel s'y installa l'année suivante;
le château fut ensuite pris et repris par d'Offémont et la Hire.
Pendant les guerres de religion, Clermont se déclara pour
la Ligue. En aout 1589, Henri IV s'empara du château, qui fut
ensuite repris par Charles de Mayenne; après un nouveau siège,
le capitaine la Grace, signait le 26 septembre 1590, devant
Henri IV, une capitulation dont le texte a été conservé. La
ville fut pillée ensuite pendant dix-sept jours.
Compiègne

Vieux terroir fréquenté depuis la plus
haute antiquité, seule la présence d'une villa royale mérovingienne
et la volonté de l'empereur Charles le Chauve de créer une Carlopolis,
rivale d'Aix-la-Chapelle, expliquent la naissance de Compiègne
à la fin du IXème siècle.
L'amour de la chasse
conduira pratiquement tous les souverains, jusqu'à Napoléon
III, à séjourner dans ses murs. Elle conservera toujours ce
double rôle de lieu de détente en même temps que de siège du
pouvoir.
Fondée de l'empereur Charles, l'abbaye Saint-Corneille
reste au cœur de l'histoire de Compiègne jusqu'à la Révolution.
La richesse de ses reliques, saint Suaire, Voile de la Vierge,
dépouilles des martyrs saint Corneille et saint Cyprien, incite
les pèlerins à visiter l'abbaye.


La foire du Mi-Carême, fait le renom
et la richesse de la ville. Située sur la rive gauche de l'Oise,
au débouché du confluent de l'Aisne, Compiègne occupe une position
géographique enviable qui l'a amenée à jouer un rôle stratégique
et militaire important. Dès l'origine, elle est une place forte
ceinte de remparts et de fossés, compiègne est le point de passage
vers le Nord et les Flandres durant tout le Moyen Age. Les guerres
qui déchirent le royaume de France font d'elle un enjeu, parfois
essentiel.
Durant la Grande Guerre, Compiègne, à l'arrière
immédiat du front, devient le grand hôpital des troupes alliées
et accueille le Grand Quartier général d'avril 1917 à mars 1918.
Le 11 novembre 1918, l'Armistice est signée dans un wagon
de la Compagnie Internationale des Wagons Lits dans la clarière
de Rethonde sur le territoire de Compiègne. Après l'armistice
du 22 juin 1940, signé dans ce même wagon, il est dynamité sur
ordre d'Adolph Hitler.
Senlis


La première mention d'un comté de Senlis date de 823. Plusieurs indices montrent que le château royal existe au plus tard vers le milieu du IXème siècle : en 854, le trésor royal se trouve à Senlis, et Charles le Chauve a daté de nombreuses chartes de Senlis32. Le comte Bernard de Senlis n'ayant pas d'héritier, la ville entre dans les possessions d'Hugues Capet au plus tard en 981, où il aurait été élu roi par ses barons en 987 avant d'être sacré à Noyon. La construction de la première cathèdrale de Senlis commence à la fin du Xe siècle 33. Sous les Capétiens, Senlis est une ville royale, demeure des rois de France, d’Hugues Capet à Charles X. Au XIème siècle, Senlis semble être une ville d'une certaine importance, avec son château royal, le siège d'un diocèse, une cathédrale, au moins trois autres églises paroissiales, trois abbayes, dont Saint-Vincent refondée en 1065 par Anne de Kiev. La cathédrale Notre-Dame de Senlis nait à partir de 1154 sous l'impulsion du roi Louis VII. En 1170, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem établit une commanderie, un hôpital et une église à Senlis. Cet ordre était un gros propriétaire immobilier dans la ville, avec jusqu'à cent-trente maisons dans son actif, qui en partie existent toujours. Une charte communale est accordée à la ville en 1173 par le roi Louis VII, affranchissant les habitants de la ville et les soumettant à la justice de cette dernière, qui n'a plus de comptes à rendre qu'au roi directement. L'inconvénient sont les redevances envers les différents seigneurs locaux dont la municipalité doit désormais s'acquitter afin qu'ils renoncent à leurs droits et respectent la charte. Le statut avantageux des habitants fait que des personnes venues d'ailleurs viennent s'y installer. Les affaires de la ville sont réglées par le maire et les magistrats municipaux ; la confirmation du roi n'est requise que dans des rares cas.

Sous Philippe-Auguste, la construction
d'une nouvelle enceinte est entamée, entourant les principaux
quartiers de la ville à son achèvement en 1287. En 1232, la
chapelle Saint-Étienne est érigée en paroisse, et la ville en
compte désormais huit. Comme symbole de sa liberté, Senlis dispose
d'un beffroi, construction mince et élancée, haute de vingt-six
mètres, implantée à l'angle de la place de la Halle avec la
rue Saint-Jean (démolie en 1802). Senlis connait son apogée
aux XIIème et XIIIème siècles. Elle vit
du commerce de la laine, du cuir et de la fourrure. Une comparaison
des plans de Senlis et de Paris au XIIIème siècle
suggère que Senlis est alors plus grande que la capitale. Plusieurs
halles spécialisées témoignent d'une intense activité marchande.
Les moulins à eau se multiplient sur la Nonette, avec une dizaine
de l'abbaye de la Victoire jusqu'à Saint-Nicolas-d'Acy. La viticulture
se développe, le sol sablonneux autour de la ville lui étant
jugé favorable. Il paraît même que cette culture était la plus
importante dans les environs immédiats de Senlis.

Vers 1265, le bailliage de Senlis est
créé, son territoire très vaste recouvre le Beauvaisis et le
Vexin français.
Dès la fin du XIIème siècle, la
situation financière de la commune devient préoccupante, avec
des charges trop importantes mais aussi des malversations récurrentes,
et en 1319, la commune criblée de dettes est supprimée sur la
demande de la majorité des habitants.
Des atournés remplacent
le maire, officiant sous l'autorité du bailli mais élus annuellement
par les habitants en assemblée générale. Dans les faits, fort
peu de choses changent, sauf que la ville ne s'autogouverne
plus que grâce à la tolérance du bailli qui ne veut pas s'occuper
directement des affaires de la ville. Senlis se transforme de
plus en plus d'une ville commerçante vers une agglomération
d'établissements religieux, le nombre de monastères atteignant
les six, sans compter les hôpitaux et les chapitres. Ces établissements
occupent beaucoup de place et rachètent des maisons de particuliers
pour s'agrandir. La Guerre de Cent Ans commence à se ressentir
à Senlis avec la grande Jacquerie, et la ville est attaquée
par les nobles le 11 juin 1358, mais les habitants se défendent
avec succès.
En septembre 1417, Senlis se fait persuader
par le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, de rejoindre son camp.
Fin 1417, les bourguignons prennent aisément possession de Senlis.
L'année suivante, le roi Charles VI confie à Bernard VII d'Armagnac
la mission de reconquérir la ville rebelle. Senlis est assiégé
fin avril 1418 et accepte une reddition moyennant la livraison
de six otages volontaires à l'armée attaquante. Mais le secours
arrive à la dernière minute. En colère, d'Armagnac fait décapiter
quatre otages, et les Bourguignons font de même avec vingt soldats
des Armagnacs. Les armées se retirent. Les capitaines des Bourguignons
rejoignent le camp du roi, clamant que s'ils ont combattu les
Armagnacs, ils seraient toujours fidèle au roi ; tournant donc
le dos à leur ancien chef Jean sans Peur qui de toute façon
n'était pas présente lors des combats.
Ainsi, la paix peut
s'installer à Senlis, toute relative, car autour de la ville,
les troubles continuent. Pour fuir les impôts prélevés afin
de financer sa reconstruction, de nombreux citoyens s'installent
ailleurs. L'économie est ruinée, et les champs ne sont plus
labourés. Début 1425, Senlis est rançonné par les Anglais. Du
14 au 15 août 1429, la bataille de Montépilloy a lieu dans les
environs. La trève entre
Charles VII et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, est signé
en 1431 lors d'états généraux convoqués à Senlis. En 1493, le
roi Charles VIII, fils de Louis XI, signe le traité de Senlis
avec le duc de Bourgogne Maximilien d'Autriche. Au XVIème
siècle, Senlis assure un rôle judiciaire important, accueillant
plusieurs juridictions, bailliage, élection, grenier à sel ou
eaux et forêts. Mais en 1582, la création du bailliage et présidial
de Beauvais, puis les Guerres de Religion donnent un nouveau
coup d'arrêt à son redressement. Les épidémies de peste à répétition
- en 1564, 1580, 1582, 1583, 1584 et 1585 - mettent la ville
à l'épreuve ; pendant le Moyen Âge, il n'y avait eu qu'une seule
épidémie, en 1334 - 3854. Durant les troubles religieux, Senlis
fait figure de modèle de concorde malgré la présence de protestants
et des voisins qui succombent à la violence (massacres à Paris
et à Meaux en 1572).
En 1567, la ville échappe de peu à une
attaque par une armée composée de réformistes français et allemands
qui campent à Saint-Denis, Creil et Beaumont-sur-Oise. C'est
en commençant par Senlis que Henri IV parvient progressivement
à rallier la plupart des villes derrière lui, à plus forte raison
depuis son abjuration du protestantisme le 25 juillet 1593,
et vide la Ligue de sa substance. Durant trois siècles, jusqu'au
dernier quart du XIXème siècle, Senlis subit un lent
déclin, perdant son rayonnement économique et une part de sa
population. Les derniers états généraux avant ceux de 1789 ont
lieu à Senlis le 21 juillet 1614. Les épidémies de peste avec
leur influence néfaste sur le développement se poursuivent depuis
1564 jusqu'à la fin du XVIIème siècle et éclatent
en 1624-26, 1629-30 ainsi qu'en 1694 et 1695. Le mal ne peut
être endigué que par des mesures de quarantaine strictes et
par des interdictions de se rendre à des villes où la peste
sévit. Hormis ces tâches d'ombre, les XVIIème et
XVIIIème siècles sont une longue période de tranquillité
et de paix, et jusqu'à la Révolution, aucun évènement d'envergure
ne se produit. À partir de 1753, c'est le début du démantèlement
des fortifications, car les brèches ouvertes dans l'enceinte
par la nouvelle route ne sont pas refermées. La porte Saint-Rieul
est également démolie, et les esplanades du futur cours Thoré-Montmorency
sont aménagées comme promenades pour les habitants. Des XVIIème
et XVIIIème siècles, la ville a hérité un certain
nombre d'hôtels particuliers, mais avec l'exception de la rue
Royale, aucun aménagement urbain d'envergure n'est entrepris.
Le nombre d'habitants stagne autour des 4 672 recensés en 1765.

Le bailliage de Senlis comprend encore
les châtellenies royales de Senlis, Compiègne, Creil, Pontoise,
Chaumont-en-Vexin et la majeure partie du Vexin français. Même
si Senlis n'est plus une ville importante à la fin de l'Ancien
Régime, elle est décrite comme très propre, avec des vastes
maisons, presque toutes dotées d'un jardin. L'aisance y serait
générale, on y mangerait des aliments d'une bonne qualité et
l'on y jouirait d'une bonne santé, avec beaucoup de personnes
atteignant un âge avancé. Trois mois après la Révolution française,
la loi martiale entre en application le 27 octobre 1789. L'évènement
marquant de la fin de l'année est l'attentat de l'horloger Billon
contre un cortège de la Garde nationale, faisant deux morts
et puis davantage de victimes encore avant son arrestation.
La période révolutionnaire voit la suppression du diocèse de
Senlis et des établissements religieux, à l'exception de l'hôpital
de la Charité et de l'Hôtel-Dieu. Grâce à une municipalité libérale
dans un premier temps, la cathédrale reste ouverte au culte.
Dans un deuxième temps, une nouvelle municipalité empreinte
de zèle révolutionnaires s'installe, veillant toutefois au maintien
de l'ordre, respectant les propriétés privées et évitant les
débordements. Sous la Convention, cette situation change à partir
du 1er août 1793 avec le début de la Terreur.
La peur règne
sous l'influence des dénonciations calomnieuses, et la crise
économique se fait sentir. Des fêtes civiques sont ordonnées
à maintes occasions en dépit de la pénurie en denrées de tout
genre. La cathédrale est transformée en temple de la Raison
en février 1794. Senlis doit nourrir des dizaines de milliers
de soldats et leurs chevaux en passage. Au mois de mai, il n'y
a plus de provisions que pour dix jours. La fête de l'Être suprême
est toutefois pompeusement célébrée du 4 au 8 juin, avec l'inauguration
d'un nouveau lieu de culte, la Sainte Montagne.