Histoire du Puy de Dôme


Puy-de-Dôme occupe environ les trois
cinquièmes de l'ancienne province d'Auvergne, dont le Cantal,
une partie de la Haute-Loire, de la Creuse et de la Corrèze
complètent la circonscription
Ce pays était occupé lors de
l'invasion romaine, par une des plus puissantes tribus de l'ancienne
Gaule, les Arvernes (ar, haut ; verann, habitation), dont la
domination ou l'influence s'étendait depuis le Tarn et les Cévennes
jusqu'au cours supérieur de l'Allier, du Cher et de la Creuse,
et depuis la Vézère et la Corrèze jusqu'à la haute Loire. Ils
avaient pour clients les Vellavi (Velay), les Gabali (Gévaudan),
les Ruthéni (Rouergue), et pour alliés les Caducrci (Quercy),
le dernier peuple de la Gaule qui subit la domination romaine.
Le roi des Arvernes pouvait lever deux cent mille combattants
et tenir en échec les puissantes tribus des Éduens, des Séquanes
et des Bituriges.
La capitale de l'Arvernie était Gergovia
(près de Romagnat, à 6 kilomètres au sud de Clermont), dont
le nom disparaît de l'histoire après l'héroïque défense de Vercingétorix.
Après sa destruction, il n'est plus question que de Nemetum
ou Nemossus aujourd'hui Clermont, qui s'élevait dans le voisinage
de Gergovie.

Nous ne savons rien des événements dont ce pays a été le théâtre pendant la domination gauloise. Des guerres de peuplade à peuplade, des incursions sur des territoires peu ou point limités, des alliances conclues ou rompues, le tout sans résultats politiques importants, sans noms historiques, sans chronologie voilà ce que nous connaissons des Arvernes, comme de leurs voisins, avant l'arrivée des légions romaines. Leur nom figure parmi ceux des tribus gauloises qui, dès l'an 150de Rome, vinrent, sous la conduite de Bellovèse et de Sigovèse, s'établir dans le nord de l'Italie, appelé après de cette invasion, Gaule cisalpine. Luer, Luern ou Luérius est le premier roi dont il est fait mention ; il régnait vers l'an 130 avant notre ère et il s'est rendu célèbre par sa magnificence et ses libéraralités.

Son fils Bituit s'est fait un nom illustre
parmi les chefs de la Gaule ; avec lui commence l'histoire de
l'Arvernie, c'est-à-dire l'histoire de la décadence et de l'asservissement
de sa nation.
Les Romains avaient pénétré jusque chez les
Allobroges (Savoie et Dauphiné) la conquête de ce territoire
devenait pour les Arvernes une menace imminente d'invasion.
Bituit offrit sa médiation ; il envoya au consul Domitius Ahenobarbus
une ambassade qui lui permit d'étaler aux yeux des austères
conquérants toute la pompe d'un roi barbare, mais qui n'eut
aucun résultat. Il se hâta d'appeler aux armes sa nation et
ses clients, et leva une armée qu'on n'évaluait pas à moins
de deux cent mille hommes. Mais il n'arriva que pour assister
à la défaite de ses alliés tout ce qu'il put faire, ce fut d'empêcher
les vainqueurs de poursuivre momentanément leurs succès.
Il ne les arrêta pas longtemps. Le consul Fabius Maximus vint
amener à son collègue un renfort de vingt mille hommes. Bituit
se porta au-devant de l'ennemi, franchit le Rhône et offrit
la bataille (121 avant Plein de confiance dans le nombre de
ses soldats, il regardait avec mépris cette poignée d'envahisseurs
qui se proposait de dicter des lois à une grande nation. « Il
n'y a pas là de quoi nourrir mes chiens, » disait-il dans son
orgueilleux dédain. Cependant la tactique parut un instant céder
au nombre. Fabius fit alors charger les éléphants. C'était la
première fois que les Arvernes se trouvaient en présence de
pareils ennemis. La panique se mit dans les rangs ; ce fut un
sauve-qui-peut général ; on compte qu'il périt, tant sous le
fer de l'ennemi que dans les eaux du Rhône, plus de cent vingt
mille hommes. Ce chiffre, quelque énorme qu'il soit, ne paraîtra
pas exagéré, du moins quant à la proportion des morts sur le
nombre des combattants, si l'on songe qu'à cette époque les
batailles se terminaient presque par l'extermination de l'armée
vaincue, témoin la défaite des Cimbres et des Teutons par Marius.
Bituit, assez heureux pour échapper au massacre, s'enfuit dans
les montagnes, laissant au vainqueur son char et ses trésors.
A quelque temps de là, Domitius l'attira dans une entrevue,
sous prétexte de propositions de paix, et le fit traiteusement
prisonnier. L'infortuné Bituit fut envoyé à Rome pour figurer
dans la solennité des honneurs du triomphe décernés à ses vainqueurs.
Il mourut à Albe. Son fils Congentiat, amené également à Rome,
où le sénat avait promis de le faire instruire, disparut, sans
que l'on sût jamais ce qu'il était devenu. Malgré la grandeur
d'un tel échec, les Arvernes ne furent point traités en peuple
conquis. Les Romains n'étaient pas encore en mesure de se maintenir
dans le pays

Bituit n'eut point de successeur. La
nation resta constituée en une sorte de république, sans chef
prépondérant, et Celtill, pour avoir aspiré à la royauté, fut
mis à mort par ses concitoyens.
Ce fut vers l'an 58 avant
J.-C. que César pénétra dans les Gaules. Il venait au secours
des Éduens, menacés de dépossession par les Helvètes et les
Germains d'Arioviste. En quelques mois, le général romain refoula
les envahisseurs dans leurs montagnes et au-delà du Rhin, avec
des pertes considérables. Mais, au lieu d'un allié, les Éduens
avaient amené un maitre.
La prodigieuse activité par laquelle
César soumit, en quelques années, toute la Gaule et la Grande-Bretagne
fera l'éternel étonnement de l'histoire. Cependant, si l'on
considère que, dans leurs guerres de tribus à tribus et de nation
à nation, il s'agissait, entre barbares, non d'une question
de prédominance, mais de la possession même du sol, on sera
moins surpris de la facilité avec laquelle les Gaulois subirent
la domination romaine, qui leur laissait leurs champs, leurs
villes, une partie de leurs institutions, et ne leur imposait
qu'un tribut et une garnison. C'était la civilisation instruisant
la barbarie. Aussi, le héros romain est-il populaire chez ceux
mêmes qu'il vient de soumettre.
Toutefois, ce travail d'éducation
est avant tout l’œuvre du temps, et avant qu'il ait porté ses
fruits, les puissances déchues n'ont pas renoncé à ressaisir
leur influence. Si la masse, qui n'a fait que changer de maîtres,
accepte une autorité qui s'annonce d'abord par des bienfaits,
les chefs, les bardes, les prêtres, les grands feront appel
à tous les sentiments de religion, de patrie, d'indépendance,
afin d'entraîner les peuples à la révolte et de ressaisir leur
suprématie.
Le retour de César en Italie et son séjour prolongé
à Rome parurent aux Gaulois une occasion favorable de prendre
l'offensive. Les Arvernes, qui avaient subi sans trop de résistance
la conquête, se trouvent cette fois les meneurs de l'insurrection
nationale. Vercingétorix, qu'ils viennent de placer à leur tête,
devient le chef de tous les confédérés. Ce n'tait plus une révolte
que les Romains avaient à combattre, mais le soulèvement général
d'un peuple, jusque-là divisé, mais uni cette fois contre l'ennemi
commun, et résolu, pour l'affamer, à ne laisser derrière lui
que la ruine et la mort.

A la nouvelle des événements, César quitte
brusquement l'Italie, franchit les Alpes Maritimes et parait
tout' coup sur le territoire des Arvernes, brûlant et saccageant
tout, afin de faire un exemple et de contenir les populations
par la terreur des représailles. Vercingétorix était alors chez
les Bituriges avec son armée. Il revient à la hâte défendre
son pays. Déjà le général romain, laissant un détachement sous
les ordres de son lieutenant Brutus, est allé rejoindre ses
légions cantonnées au pays des Lingons. Il reparaît à la tête
de nouvelles forces en Arvernie et vient mettre le siège devant
Gergovia. Mais la résistance des assiégés et le soulèvement
des Eduens l'obligent à la retraite. Encouragé par le succès,
Vercingétorix poursuit l'armée romaine jusque hors de son territoire,
sur les bords de la Saône ; malheureusement, il a l'imprudence
d'offrir la bataille. Ce n'était pas la bravoure qui manquait
aux Gaulois. Aussi la mêlée fut-elle des plus sanglantes. Cependant
le nombre dut céder encore à la tactique, et le chef arverne
fut trop heureux d'échapper au massacre avec quelques débris
de son armée. La défaite n'abattit pas ses espérances ; il réussit
à rallier quatre-vingt mille hommes et s'enferma dans Alesia
(Alise), une des forteresses les plus redoutables de la Gaule.
La résistance ne fut pas moins opiniâtre qu'à Gergovie ; mais
Alésia fut forcée de se rendre, et Vercingétorix, fait prisonnier,
fut envoyé à Rome et lâchement assassiné dans sa prison six
ans plus tard. Ce fut le dernier effort de l'indépendance.
A dater de ce moment en l'an 705 de Rome, et jusqu'à l'invasion
des barbares, la Gaule n'est plus qu'une province de l'empire.
Les Romains, cruels jusqu'à la lâcheté envers leurs ennemis,
comme on l'a vu par l'exemple de Bituit et de Vercingétorix,
ne s'occupaient plus, après la victoire, que des moyens de s'attacher
les vaincus. Comprise dans la Gallia comata (Gaule chevelue),
Nemetum, la nouvelle capitale de l'Arvernie, eut son capitole,
son sénat, ses monuments, ses écoles. En reconnaissance des
bienfaits d'Auguste, elle voulut s'appeler Augusto-Nemetum.
Elle eut bientôt des savants, des artistes, des orateurs
dont la réputation ne le céda en rien à ceux de la métropole
Marcus Cornélius Fronton, professeur d'éloquence, atteignit
une telle célébrité qu'il fut mandé à Rome, où il devint l'instituteur
et l'ami de Marc-Aurèle; plus tard, nous trouvons les Avitus,
Sidoine Apollinaire, etc.
Le christianisme ne commença d'être
prêché aux Arvernes que vers l'an 250. L'Église a consacré le
souvenir des premiers apôtres de ce pays saint Austremoine,
saint Alyre, saint Népotien, saint Rustique, saint Éparque.
Elle tient également en vénération la mémoire du sénateur Injuriosus,
qui vécut avec sa femme dans une perpétuelle continence et dont
l'histoire se trouve rapportée au long dans Grégoire de Tours.
Malgré ses montagnes et les fortifications naturelles dont
elle se trouve protégée, l'Arvernie ne fut point à l'abri des
incursions des barbares. Elle fut ravagée tour à tour par les
Vandales, les Alains, les Suèves, Crocus, chef d'une de ces
bandes, pénétra jusqu'à Nemetum et détruisit le fameux temple
de Wasso, l'une des merveilles de l'antiquité. En 439, les Huns
y passèrent à leur tour. Trop faibles pour résister à l'invasion,
les empereurs romains avaient cru prudent de lui faire sa part.
Dès 419, Honorius avait cédé l'Aquitaine aux Wisigoths. En 475,
Népos dut acheter quelques moments de trêve en leur cédant encore
l'Auvergne, où ils avaient déjà fait une incursion l'année précédente.
Ils la gardèrent trente-deux ans; et, après la bataille de Vouillé,
qui leur fit perdre toutes leurs possessions des Gaules .
En 507 l'Auvergne passa sous la domination des rois francs,
comme partie du royaume d'Austrasie Thierry, fils de Clovis
(511-534) fut obligé de reconquérir cette partie de ses États
sur Childebert, roi de Paris, qui, pendant que son frère était
occupé au-delà du Rhin, s'était emparé de Clermont. Le règne
de Théodebert de 534 à 547 et celui de Théodebald de 547-553
à permirent aux Auvergnats de réparer les désastres des invasions
précédentes. Clotaire 1er, roi de Soissons et bientôt
après de toute la monarchie franque, confia le gouvernement
de l'Auvergne à son fils Chramne, dont la révolte ramena encore
une fois les fléaux de la guerre sur cette province. En 560,
vaincu par ses frères Caribert et Gontran, le nouvel Absalon
périt au milieu des flammes.
L'Auvergne, ravagée encore une
fois en 573 par les Saxons, fut comprise dans le royaume d'Aquitaine,
fondé en 630 par Dagobert en faveur de son frère Caribert. Pendant
un siècle et demi, les annales se taisent sur les événements
politiques de cette contrée. A défaut de chefs de hordes, promenant
après eux le pillage et l'incendie, elles conservent les noms
de quelques bienfaiteurs de la civilisation saint Gal; saint
A vit, qui fit construire, en 580, l'église du Port; saint Genès,
d'une famille sénatoriale, qui fonda deux monastères et un hospice
; saint Bonnet, grammairien et jurisconsulte; saint Avit II.
De 730 à 732, invasion des Sarrasins; de 750 à 768, guerre entre
Waïfre, duc d'Aquitaine, et Pépin, chef de la seconde dynastie
franque. Nouveaux désastres pour le pays. En 761, Clermont est
livré aux flammes.
Au IXème et au Xème
siècle, incursions des Normands. C'est de la domination des
rois d'Aquitaine que date la création du comté d'Auvergne, dont
les titulaires, d'abord simples gouverneurs amovibles, finirent
par se rendre héréditaires. Guillaume le Pieux, le premier comte
par droit de succession, succéda à son père Bernard en 886.
En 893, Eudes le nomma roi d'Aquitaine. Cependant la suzeraineté
du comte de Poitiers fut presque constamment reconnue.
Les
Auvergnats, qui avaient subi plutôt qu'accepté l'autorité des
Carlovingiens, ne se montrèrent pas moins hostiles aux fondateurs
de la troisième race. La déposition de Charles le Simple ne
les empêcha point de dater leurs actes par les années de son
règne ; et, après sa mort, ils adoptèrent la formule « Christo
regna~z.Ge, Rege deficiente » que l’on peut traduire par Christ
régnant, le roi manquant.
Au XIème siècle
s'arrêtent les incursions des barbares. Indigènes et conquérants
ont fini par trouver place sur le sol. La nouvelle société est
en travail d'organisation. Ce sont les beaux jours de la féodalité.
En attendant que la puissance royale, confisquant à son profit
toutes les suzerainetés secondaires, ne reconnaisse plus dans
les provinces que des gouverneurs amovibles, chaque pays, chaque
canton va avoir son seigneur. A côté des comtes d'Auvergne surgissent
ceux de Murat, de Carlat, de Thiers, de Mercœur, de Brioude,
etc. Aux seigneuries laïques viennent s'ajouter les fiefs ecclésiastiques,
le chapitre de Clermont, l'abbaye de Saint-Austremoine, celles
de Mauzac, de Mauriac, d'Aurillac, de La Chaise-Dieu. C'est
la guerre civile en germe ; elle ne tardera pas à faire oublier
les maux de l'invasion. Toutefois la première croisade en,1095,
résolue au concile même de Clermont en réunissant toutes les
activités vers un but commun, arrête un instant l'explosion
des querelles intestines. Mais, dès 1121, Guillaume VI entre
en campagne contre l'évêque, qui appelle à son secours le roi
Louis le Gros. Le comte est forcé de céder. Son fils Robert
III va à son tour chercher querelle aux chanoines de Brioude.
A sa mort, son fils Guillaume VII le Jeune était en Terre sainte
; son frère puîné, Guillaume VIII le Vieux, s'empara du comté.
Les deux compétiteurs en appelèrent à leurs suzerains ; l'oncle
s'adressa au roi de France, le neveu au duc d'Aquitaine, qui
était alors Henri II, roi d'Angleterre. La querelle des vassaux
venait de soulever une question de compétence, il en sortit
la guerre entre les suzerains. Les deux Guillaume s'arrangèrent
par un partage, et Guillaume le Jeune devint la souche des comtes
de Dauphiné. La guerre n'en continua pas moins entre les rois
de France et les rois d'Angleterre. En 1213, les comtes se déclarèrent
contre le premier, et Philippe-Auguste fut obligé de reconquérir
une à une toutes les places de l'Auvergne. En 1230, saint Louis
en rendit une partie à Guillaume X.. Le XIIIème et
le XIVème siècle nous montrent la bourgeoisie aux
prises avec les seigneurs. C'est la lutte des communes pour
leur affranchissement, lutte autrement féconde que les querelles
des hobereaux et des abbés. Les cités d'Auvergne obtinrent sans
trop de résistance leurs franchises, et dès le commencement
du XIVème siècle, treize villes avaient leurs représentants
aux états provinciaux.
A cette époque, les comtes d'Auvergne
semblèrent accepter complètement la suzeraineté royale et ne
se signalèrent plus que par leur zèle à servir la couronne.
Nous les trouvons avec leurs vassaux et toute la noblesse aux
guerres de Flandre et aux combats d'Azincourt, de Crécy, de
Poitiers.
Citons, en passant, la mort tragique d'un comte
de la branche aînée, le templier Gui, brûlé avec Jacques Molay,
en 1313. Le traité de Brétigny vint distraire l'Auvergne de
l'administration royale en la constituant en duché pairie au
bénéfice de Jean, troisième fils du roi, à qui ce même traité
enlevait le comté de Poitou, cédé aux Anglais. La fin du XIVème
siècle fut signalée par les ravages des Anglais, des grandes
compagnies et par la révolte des paysans contre leurs seigneurs.
Béraud II, dauphin, et Louis II, duc de Bourbon, firent de vains
efforts pour arrêter les désordres. Le XVèmesiècle
vit éclore sous les auspices des ducs de Bourbon, comtes d'Auvergne,
deux révoltes contre le pouvoir royal la première, la Praguerie,
comptait parmi ses chefs le dauphin, depuis Louis XI ; la seconde,
la ligue du Bien public, était dirigée contre ce même prince
devenu roi. Ces deux insurrections trouvèrent peu de partisans
chez les Auvergnats ; aussi la couronne en eut-elle bon marché.
En 1510, réunion des trois états de la province, afin de mettre
en harmonie les coutumes et le droit écrit et d'arriver à une
sorte d'unité de législation. En 1533, voyage de François 1er
allant au-devant de Catherine de Médicis, fiancée à son second
fils Henri ; il passe par l'Auvergne, où on lui offre des fêtes
splendides.
Nous arrivons aux guerres de religion. Les doctrines
de la Réforme avaient pénétré en Auvergne et y avaient trouvé
de zélés partisans. Les supplices et les exécutions ne pouvaient
manquer de suivre. En 1548, Jean Brugière, du village de Piernoël,
avait été brûlé vif à Issoire ; en 1553, Antoine Magne, d'Aurillac,
avait été supplicié à Paris. En 1561, massacre de tous les protestants
d'Aurillac. C'était assez de violences pour légitimer la révolte.
Les protestants levèrent une armée et battirent les catholiques
en 1568. Les succès de chacun des deux partis furent signalés
par des atrocités et des supplices. La ville d'Issoire dut à
sa qualité de place forte d'être assiégée, pillée et saccagée
par les huguenots et par les catholiques.
L'Auvergne ne sortit
des troubles religieux que pour tomber dans ceux de la Ligue.
Les rebelles avaient à leur tête, dans cette province, Louis
de La Rochefoucauld, comte de Randon, gouverneur du pays, et
son frère François, évêque de Clermont. La population résista
tant qu'elle put à l'entraînement des partis. Mais la guerre
n'en dévasta pas moins la contrée, et ce fut encore la malheureuse
ville d'Issoire qui en paya les frais. Les royalistes s'en emparèrent
en 1590, le jour même où Henri IV gagnait la bataille d'Ivry.
Ce fut la ruine de la Ligue. En 1606, l'Auvergne se trouve définitivement
réunie à la couronne ; nous résumons ici les mutations qu'elle
a subies jusqu'à cette époque. Nous avons parlé du partage qui
eut lieu vers 1155 entre Guillaume VII et Guillaume VIII. Le
Dauphiné d'Auvergne resta dans la famille de Guillaume VII jusqu'en
1436 ; à cette époque, il passa dans la maison de Bourbon-Montpensier,
par la mort de Jeanne, femme de Louis de Bourbon, décédé sans
postérité. Le comté d’Auvergne proprement dit subit encore un
démembrement. Gui II, troisième successeur de Guillaume VIII,
était en guerre avec son frère, l'évêque de Clermont. Ce dernier
appela à son secours le roi de France Philippe-Auguste. Le comte,
vaincu, fut dépouillé de son titre, dont fut investi Gui de
Dampierre. La famille du nouveau seigneur s'éteignit en la personne
de son fils. Le comté, réuni à la couronne, fut de nouveau constitué
en apanage, en 1225, par Louis VIII, et divisé en deux parts
la plus considérable, érigée en duché, fut donnée à Alphonse,
comte de Poitou, second fils du roi ; l'autre fut rendue par
saint Louis à Guillaume X, fils de Gui Il, dépossédé par Philippe-Auguste.
Le duché, réuni à la couronne à la mort d'Alphonse, reconstitué
au bénéfice de Jean de France, duc de Berry, fut cédé, en 1416,
à la maison de Bourbon, déjà maîtresse du Dauphiné. La confiscation
des biens du connétable, le 26 juillet 1527, fit rentrer à la
couronne ces deux fiefs importants. Quant au comté rendu à Guillaume
X, il resta dans la même famille jusqu'en 1505. A cette époque,
Jeanne, héritière de Jean III, se voyant sans postérité, légua
ses biens à Catherine de Médicis, sa nièce par sonmariage avec
Henri Il. Le comté échut par héritage à Marguerite de Valois,
sœur de Henri III et première femme de Henri IV. Elle en fit
don au dauphin, depuis Louis XIII (1606), et l'annexion de toute
la province à la couronne se trouva complète.
L'histoire
de l'Auvergne se confond, à dater de ce moment, dans l'histoire
générale. Nous devons mentionner la tenue des Grands-Jours à
Clermont, en 1665. Les guerres de religion et les troubles de
la Fronde causèrent de grands désordres en Auvergne et dans
le centre de la France ; l'autorité royale y était méconnue,
et la plupart des nobles et des seigneurs y avaient ramené les
tyrannies et les exactions de la féodalité. Le roi et le parlement
s'émurent des plaintes qui leur parvenaient, et, le 31 août
1665, une déclaration royale ordonna la tenue d'une juridiction
ou cour, vulgairement appelée les Grands-Jours, dans la ville
de Clermont, pour l'Auvergne, le Bourbonnais, le Nivernais,
le Forez, le Beaujolais, le Lyonnais, la Combrailles, la Marche
et le Berry (1). Un président au parlement, Potier de Novion,
un maître des requêtes, Caumartin, seize conseillers, un avocat
général, Denys Talon, et un substitut du procureur général furent
désignés pour tenir ces assises extraordinaires. Leurs pouvoirs
étaient à peu près absolus. L'arrivée des commissaires royaux,
de Messieurs des Grands-Jours, comme on les appelait, produisit
dans toute l'Auvergne une émotion extraordinaire. Le peuple
accueillit les magistrats parisiens comme des libérateurs, et
l'on a conservé un remarquable monument de sa joie, c'est le
Noël des Grands- Jours. La terreur, au contraire, planait sur
les châteaux une foule de gentilshommes quittaient la province
ou se cachaient dans les montagnes ; d'autres s'efforçaient
d'amadouer les paysans, et ceux qui avaient été le tyran des
pauvres devenaient leurs suppliants. Fléchier, alors simple
abbé, âgé de trente-trois ans, qui accompagnait Monsieur de
Caumartin en qualité de précepteur de son fils, a laissé une
curieuse relation de son voyage en Auvergne et de ces assises
judiciaires.
Le vicomte de La Mothe-Canillac fut condamné
à mort et exécuté, ainsi que le sieur de Veyrac ; le marquis
Jacques-Timoléon de Montboissier-Ganillac, L’homme au douze
apôtres » Gaspard, marquis d'Espinchal ; le comte d'Apchier
; les comtes du Palais, alliés à la maison de Turenne le baron
de Sénégas, et bien d'autres, furent condamnés par contumace,
leurs châteaux furent démolis et leurs biens confisqués. Il
y eut 273 contumaces condamnés au gibet, 96 au bannissement,
44 à la décapitation, 32 à la roue et 28 aux galères. De sages
règlements furent édictés pour prévenir le retour des abus de
la noblesse. Les Grands-Jours furent levés après trois mois
d'assises, d'octobre 1665 à janvier 1666, et une médaille, frappée
à cette occasion, en consacra la mémoire. L'effet moral qu'ils
avaient produit fut très considérable. La dernière secousse
violente imprimée au pays fut la révocation de l'édit de Nantes
promulgué le 18 octobre 1685 par le roi Lous XIV. Des villes
entières furent ruinées par cet acte impolitique que l'histoire
a reproché au grand roi.
Là Révolution fut acceptée par la
population de l'Auvergne comme une délivrance, et, depuis, rien
n'est venu distraire les patients et laborieux descendants des
Arvernes des travaux de l'agriculture et de l'industrie.
Note
À sa création en 1790, le département devait s'appeler Mont-d'Or, mais le député de Clermont-Ferrand, Gaultier de Biauzat intervint car il pensait que ce nom attirerait l'attention de l'administration fiscale sur ses concitoyens : il fut écouté et le département s'appela finalement Puy-de-Dôme
Clermont-Ferrand
La première mention de Clermont peut
être accordée au géographe grec Strabon sous le nom de Nemossos.
Le terme est gaulois et désigne un bois sacré. Elle y est qualifiée
de « métropole des Arvernes » et sa population est située sur
la butte actuelle de la cathédrale.
À proximité, lors du
siège de Gergovie, l’armée gauloise repousse les légions romaines.
Pendant la période gallo-romaine, la ville se développe sous
le nom d’Augustonemetum, latinisation du nom gaulois formée
à partir du nom de l’empereur Auguste. Sa population est alors
estimée de 15 000 à 30 000 habitants au IIème siècle
ce qui fait d’elle une grande ville de la Gaule romaine. Augustonemetum
connaît une phase d’extension qui se termine au milieu du IIIème
siècle. C'est alors que se développe le forum récemment mis
au jour place de Jaude, en contrebas de l'oppidum.

Les Wisigoths assiègent plusieurs fois
Clermont entre 471 et 475. Malgré la défense du patrice Ecdicius
et de l’évêque Sidoine Apollinaire, la ville est cédée aux Wisigoths
par l’empereur Julius Nepos, et fait partie du royaume wisigoth
jusqu’en 507.
Clermont connaît après la disparition de l’Empire
romain une période sombre, marquée par les pillages dont elle
est l’objet de la part des peuples qui envahissent la Gaule
et n’aurait pas été épargnée par les Vikings lors de l’affaiblissement
de l’Empire carolingien.
En 848, la ville prend le nom de
Clairmont par référence au château fort de Clarus Mons. Clermont
aurait été ravagée par les Normands du chef Hasting en 8629.
L’évêque Sigon entreprend sa reconstruction, mais elle est de
nouveau ravagée en 898 ou 910.

L’évêque Étienne II fait bâtir une cathédrale
romane; du moins la consacre-t-il à une date indéterminée mais
que la tradition locale place en 946 à l’emplacement de la cathédrale
actuelle. Elle sera détruite lors de la construction de la cathédrale
gothique actuelle.
En 1095, lors du concile de Clermont,
le pape Urbain II prêche la première croisade.
En 1120,
pour contrecarrer le pouvoir des évêques, les comtes d’Auvergne
fondent à proximité de la ville épiscopale la cité de Montferrand
selon un plan orthogonal qui n'est pas sans rappeler celui,
ultérieur, des bastides du Sud-Ouest, ces villes nouvelles du
Midi. Pendant tout le Moyen Âge et jusqu’à l’époque moderne,
Clermont et l’actuel quartier de Montferrand sont deux villes
distinctes : Clermont est la cité épiscopale, Montferrand, la
ville comtale.
En 1202, le comte Guy II abandonne à l'évêque
les droits qu'il possède sur la cité de Clermont. Désormais
et jusqu'au milieu du XVIème siècle, l'évêque et
le chapitre cathédral sont les maîtres de la ville.
À partir
de 1248 commence le chantier de la cathédrale gothique, qui
se poursuit au siècle suivant.
En août 1480, par ses lettres
patentes, le roi Louis XI crée un consulat à Clermont.
En
1490, la ville de Clermont subit de gros dommages à cause d’un
tremblement de terre. Douze tours de l’enceinte s’effondrent
totalement ou partiellement ainsi qu'une tour de la basilique
Notre-Dame-du-Port. La cathédrale subit également des dommages.
(Une fissure sur le portail sud est toujours visible).
En
1551, Clermont devient ville royale, puis en 1610, propriété
inséparable de la Couronne. Henri II transforme l’administration
de Clermont en échevinage le 18 octobre 1556 (4 échevins puis
3 en 1559).
En 1557, Clermont reçoit le titre de Chef et
ville capitale du pays d’Auvergne alors que Riom devient Chef
du duché d'Auvergne et pays pour l’exercice de la justice prenant
ainsi l’avantage pour les fonctions judiciaires. Cependant,
la création, en 1582 à Clermont, d’un présidial de dix magistrats
rétablit l’équilibre.
Le 15 avril 1630, l’édit de Troyes
(1er édit d’Union) rassemble autoritairement Clermont
et Montferrand. Cette union est confirmée en 1731 par Louis
XV avec le 2ème édit d’Union.
Ambert

Jusqu'au XVème siècle,
le bourg d'Ambert était morcelé en trois quartiers spécifiques,
correspondant à une division ternaire de la société : un quartier
marchand, un quartier ecclésiastique et monastique, et un quartier
« seigneurial », qui se « mélangèrent » à partir de la construction
de l'enceinte fortifiée dite des 19 tours.
Ambert fut très
éprouvée par les suites du massacre de la Saint-Barthélemy.
Une bande de Huguenots, commandée par le capitaine Merle, s'empara
de la ville en 1574 et y fit subir pillages, massacres et autres
sévices à une population majoritairement catholique. La ville
fut ensuite reprise par les catholiques.
Dans un registre
plus paisible, l'histoire d'Ambert et de toutes les communes
environnantes est indissociable de la fabrication de la pâte
à papier à base de chiffon d'origine végétale (chanvre et lin),
à laquelle se consacraient plus de 300 moulins au XVème
siècle. Les maîtres papetiers avaient reçu leur savoir-faire
de maîtres italiens. Les premiers tirages de l'Encyclopédie
ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers
de Diderot et d'Alembert, furent d'ailleurs imprimés sur de
la pâte à papier d'Ambert.
Le brigand et contrebandier Mandrin
fit un passage à Ambert le 12 octobre 1754 ; il existe toujours
dans la ville une Tour Mandrin.
Le déclin progressif de
l'industrie papetière, à partir de la deuxième moitié du XVIIIème
siècle, fut partiellement compensé par la montée en puissance,
dès le XVIIème siècle, des métiers du tissage, de
la passementerie, de la tresse et du lacet, de la broderie et
de la fabrication de chapelets.
Issoire
Dénommée jadis Isiodorensis, "Issoire
la Belle" garde à travers son vocable le souvenir d'une origine
gallo-romaine. Plusieurs objets datant de cette époque furent
découverts dès 1780 : urnes antiques, monnaies gauloises et
romaines, vases funéraires gallo-romains.
Le nom de la ville
s'est écrit pendant longtemps Yssoire. Le "Y" qui apparaît dans
les armoiries en témoigne. C'est à partir de la Révolution que
l'orthographe moderne Issoire s'est imposée. En occitan, la
ville s'appelle Soire (ce qui se prononce [ˈsujre], [ˈsujrə]
ou localement [ˈsɥirə]).
Du Ve au VIIIe siècle, la mémoire
de saint Austremoine tomba dans l'oubli. Ses reliques furent
transférées à Volvic, puis à l'abbaye de Mozac. En 816, des
moines bénédictins venus de Charroux dans le Poitou et fuyant
les invasions normandes, se réfugient dans la région, à Saint-Yvoine.
L'un d'entre eux, nommé Gislebert, se rend à Issoire et décide
de reconstruire l'ancien monastère de Saint-Austremoine. Le
nouveau monastère sera consacré en 937 par Bernard, évêque de
Clermont, sous le double vocable de Saint-Pierre et Saint-Austremoine.
Un protestant est brûlé vif en 1548. Le 15 octobre 1575
(cinquième guerre de religion), la ville est prise et pillée
par les troupes du capitaine Merle. Lors de la guerre suivante,
en juin 1576, la ville est reprise et pillée par l'armée royale
du duc d'Anjou2. La ville d'Issoire est prise par les ligueurs
le 10 février 1590. Le 11 février, Jacques de Villelume-Barmontet
assiège les ligueurs réfugiés dans la citadelle, c'est alors
que le chef de la Ligue Jean-Louis de La Rochefoucauld, comte
de Randan, fait le siège de la ville tenue par les royalistes,
commandés par Jacques de Villelume-Barmontet, maréchal de camp
qui repoussent les ligueurs. Le 14 mars 1590, Jacques de Villelume-Barmontet,
à la tête de cinquante cuirassiers, aide les troupes royales,
les contingents de Clermont et les volontaires menés par François
de Chabannes, marquis de Curton à poursuivre le comte de Randan
et à le défaire à la bataille de Cros-Rolland, près d'Issoire.
Il se marie en 1578 avec Magdelaine, Dame de Vassel. Le 15 mars
1590, Jacques de Villelume-Barmontet est nommé gouverneur d'Issoire,
et dans sa charge de maréchal de camp, continue à prendre part
aux opérations contre la Ligue jusqu'en 1595. Un contemporain,
Julien Blauf, notable de la ville, rédigea une chronique des
évènements de 1540 à 16223.
Riom

Riom occupe une hauteur, site défensif au cœur d’une zone de contact entre la plaine de la Limagne à l’est et les premiers contreforts de la chaîne des Puys à l’ouest. Le nom celtique de Ricomagnum – le riche marché – indique un centre économique aux fonctions commerciales importantes au carrefour de deux grandes voies, la route de la vallée de l’Allier et celle de l’océan Atlantique.

Au Moyen-Age, Riom, bourg d’origine antique,
se développe autour d’un édifice religieux devenu lieu de pèlerinage
sur les reliques de saint Amable. Capitale administrative des
Terres royales d’Auvergne dès le XIIIe siècle, la ville connaît
alors deux périodes fastes : celles des apanages d’Alphonse
de Poitiers (1241 – 1271) et de Jean de Berry (1361 – 1416).
L’un lui donne un nouveau plan d’urbanisme, l’autre construit
le palais ducal et la Sainte-Chapelle.
A la renaissance,
après l’apanage de la famille de Bourbon (1416 – 1527) la ville,
comme le duché d’Auvergne, revient à Louise de Savoie, mère
de François 1er, puis définitivement à la couronne de France
en 1531. Riom est une ville florissante, siège des différentes
juridictions royales. Le soin apporté à la construction et au
décor des demeures témoigne de l’essor urbain.

Au XVIIIème siècle, la ville
s’ouvre sur l’extérieur avec la démolition des remparts et l’aménagement
de boulevards plantés d’arbres. Parallèlement aux grands travaux
d’urbanisme, les particuliers construisent de nouveaux hôtels
ou entreprennent des rénovations en remplaçant les façades à
pignons du XVIIe siècle par des façades rectangulaires.
Après la Révolution, Riom conserve une fonction judiciaire et
obtient la création de la cour d’appel en 1804, année où Riom
devient sous-préfecture. Débute alors ce qu’on appellera « le
chantier du siècle » : la construction du Palais de Justice
à l’emplacement du Palais des Ducs (1824-1846). Le XIXe siècle
voit l’extension de la ville mais il n’a que bien peu transformé
le centre ancien.

Ne par parler du parc des Volcans d’Auvergne
serait une lacune lamentable et ce parc fait partie des grands
espaces protégés de notre pays. La chaines des volcans d’Auvergne
s’étend du Gour de Tazenat au nord du département pour finir
vers le Puy de l’Enfer au sud du département, à l’est de la
commune d’Espinasse. Paysages tourmentés, mais très agréablement
boisés, le parc régional des volcans d’Auvergne s’étend sur
plus de 150 kilomètres. Si quelques sommets franchissent l’altitude
de 1800 mètres comme le Plomb du Cantal avec ses 1855 mètres,
ou le Puy du Rocher (1813), l’altitude moyenne des volcans se
situe entre 1600 et 1400 mètres . Le point culminant étant le
Plomb du Cantal, alors que le volcan du Roc de la Chauve ne
mesure que 1427 mètre d’altitude.
Pays de randonnée, de sentiers
de découverte en été, cette partie de l’Auvergne est également
un lieu de pratique du ski de fond pendant la saison hivernale.
Un parc d’attraction, Vulcania, présentant le monde des volcans
a couvert ses portes le 20 février 2002.