Histoire des Pyrénées Atlantiques


Le territoire du département
des Basses-Pyrénées appartenait, au moment de la conquête
romaine, aux peuples désignés sous le nom générique
d'Aquitains ; ils étaient formés du mélange des Ibères,
les plus anciens possesseurs du sol et des Celtes qui
autrefois les avaient conquis et refoulés dans leur
: montagnes. Rome, avant César, avait déjà tenté de
les soumettre ; deux fois ses armées avaient été repoussées.
Le jeune Crassus, lieutenant de César, fut plus heureux.
Malgré l'énergique résistance des belliqueux habitants
de ces contrées, il réussit à les dompter, et si quelques
peuplades durent à leur éloignement ou à leur situation
dans les montagnes d'échapper d'abord à la conquête
romaine, elles ne tardèrent pas à se soumettre à César
lui-même, qui, cinq ans après Crassus, vint en Aquitaine.
Le pays se révolta sous Auguste, et fut de nouveau subjugué
par le proconsul Messala ; ces succès méritèrent au
vainqueur l'honneur d'un triomphe rappelé par Tibulle,
son ami
Gentis Aquitanæ celeber Messala triomphis.
Sous Adrien, le pays fit partie de la Novempopulanie.
Il est fait mention, sous l'empire, de deux villes importantes,
dont l'une, Iluro, est devenue Oloron ; l'autre, Beneharum,
d'où vient le nom de Béarn, a donné lieu à de grandes
discussions ; on croit que la ville de Lescar est bâtie
sur l'emplacement de cette antique cité.
Ravagée
par les barbares Vandales, Alains, Wisigoths, qui prenaient
ce chemin pour envahir l'Espagne, la contrée fut, au
VIIème siècle, occupée par les Vascons, chassés
de Pampelune et de Calahorra par les Wisigoths ; ces
peuples intrépides luttèrent contre Dagobert et les
autres rois francs de la première race, qu'ils inquiétèrent
perpétuellement par leur humeur turbulente et guerrière.

Plus tard, ce furent les Vascons, qui, à Roncevaux,
firent subir à l'arrière-garde de Charlemagne, revenant
d'Espagne, la fameuse défaite où périt Roland. Louis
la Débonnaire, successeur de Charlemagne, vengea cette
défaite au lieu même où son père avait été surpris par
les Vascons et où ceux-ci lui avaient à lui-même tendu
une nouvelle embuscade. Après de nouvelles guerres contre
ces peuplades insoumises, l'empereur franc fait bannir
le duc de Vasconie, Loup Centulle, et un peu plus tard
donne le pays de Béarn à un frère du dernier duc. Ce
n'est pourtant qu'en 905 que nous voyons commencer la
maison des vicomtes de Béarn, vassaux du comte de Gascogne
; le premier d'entre eux fut Centulle Ier.
L'histoire des premiers vicomtes de Béarn, qui, tous,
portant le nom de Centulle, présente peu d'intérêt leur
turbulence guerroyante à l'égard de leurs voisins, leur
dévotion et leur libéralité envers les monastères, voilà
tout ce qu'on peut signaler dans cette période. L'un
d'eux cependant, Centulle III, se montra moins généreux
que les autres envers les moines. « Aussi, dit la chronique
de Lescar, fut-il blessé et mourut-il de ses blessures,
Dieu merci! » Un cartulaire du temps constate un jugement
rendu sous lui, et qui peint l'époque le moines de Saint-Pée
réclament l'héritage de Guillaume Fel, qui, selon eux,
leur en avait fait donation. Les enfants de Fel le contestent
et redemandent leur patrimoine. Tout se termine par
un duel judiciaire ; le champion du couvent est vainqueur,
et, en conséquence, les enfants de Fel sont dépouillés
de l'héritage paternel. Nous voyons encore un fait assez
curieux dans le testament de Raymond, second fils de
Centulle III il lègue au même monastère un paysan, qui
ne devait cesser de leur appartenir que si le vicomte
de Béarn jugeait à propos de le racheter ; le prix du
rachat est déterminé à trois cents sols.
Centulle
III avait commencé l'émancipation de sa vicomté et agrandi
ses domaines. Aussi, après avoir enlevé au vicomte d'Acqs
deux hameaux, ce baron gascon se qualifie-t-il pompeusement
dans une charte de grand dominateur de la terre,
Magnus dominator terræ Sous son petit-fils, Centulle
IV, duc d'Aquitaine, pour récompenser quelques services
qu'il en avait reçus, fit remise au vicomte de Béarn
de tous devoirs de vassalité. Centulle IV bàtit ou embellit
quelques villes. Gaston IV, en 1088, se signala par
son courage chevaleresque à la croisade en Orient et
contre les Maures ; mais la postérité lui doit plus
de reconnaissance pour le libéralisme qui respire dans
ses institutions.

Avant Louis le Gros, il donna
un exemple d'affranchissement communal Morlaàs fut par
lui déclarée ville libre. Par ses autres institutions,
il établit l'ordre dans ses États, et protégea le faible
contre le fort. Il fonda des hôpitaux, et s'occupa surtout
d'arrêter les progrès de la lèpre, maladie affreuse
que les croisés avaient rapportée d'Orient. On sépara
les lépreux de la société ; ils eurent en Béarn, dans
chaque commune des maisons isolées ; il leur était défendu
d'en sortir, et ils y vivaient seuls. On leur permettait
cependant d'assister aux exercices religieux dans les
églises ; mais ils y entraient par une porte réservée
pour eux seuls ; ils avaient en particulier un bénitier,
une place, et jusqu'à un cimetière, afin que, même après
leur mort, ils n'eussent rien de commun avec leurs concitoyens.
On ne les admettait point dans les armées, et on ne
leur permettait point d'exercer aucun autre métier que
ceux auxquels on travaille en plein air. La lèpre était
regardée comme une punition infligée directement par
la main de Dieu ; c'est ce qu'on appelait un mal sacré.
Les ecclésiastiques, déjà chargés du soin des pauvres,
devinrent aussi les tuteurs des lépreux.
Gaston IV,
que son ardeur belliqueuse avait entraîné en Espagne
dans une croisade contre les Maures, y fut tué dans
une embuscade. Son corps, porté à Saragosse, y fut inhumé
dans l'église de Notre-Dame del Pilar ; on y montre
encore aujourd'hui son cor et ses éperons, et les historiens
espagnols s'accordent à célébrer sa bravoure et les
services qu'il a rendus à leur pays. Il avait reçu de
ses alliés le titre de vicomte et de pair d'Aragon.
Les successeurs de Gaston IV n'ont point marqué dans
l'histoire, et sa famille ne tarda pas à s'éteindre.
Marie, seule héritière de cette maison, fait hommage,
pour sa principauté, à Alphonse d'Aragon, sous la tutelle
duquel elle vivait encore, et se laisse imposer, en
1170, par lui une union avec Guillaume de Moncade, né
d'une des premières familles de Catalogne.

Le Béarn se trouvait ainsi lié
à l'Espagne et détaché de la France ; mais l'hommage
que le nouveau seigneur fit au roi d'Aragon alarma l'humeur
fière et indépendante des Béarnais ; ils le déposèrent,
et déclarèrent le trône vacant. Ils élurent pour souverain
un chevalier du Bigorre ; mais celui-ci, n'ayant point
respecté leurs privilèges, fut tué par eux au bout d'un
an. Même sort était réservé à son successeur, venu d'Auvergne,
et qui offensa par son orgueil la fierté des Béarnais.
La cour de Béarn le fit tuer d'un coup de pique par
un écuyer sur le pont de Saranh. Alors, dit une ancienne
pièce dont la copie date du XIVème et du
XVème siècle) est conservée aux archives
de Pau, alors les Béarnais entendirent parler avec éloge
d'un chevalier de Catalogne, lequel avait deux fils
jumeaux. Les gens du Béarn tinrent conseil, et envoyèrent
deux prud'hommes lui demander pour seigneur un de ces
enfants. Arrivés en Catalogne, ils allèrent les voir,
et les trouvèrent endormis l'un tenait les mains ouvertes,
l'autre les tenait fermées. Ils choisirent le premier,
parce que ses mains ouvertes annonçaient qu'il serait
libéral. Ce prince de trois ans, si singulièrement choisi,
régna sur eux sous le nom de Gaston VI. Sa famille prit
le nom de Moncade. Avec lui commença la seconde dynastie
des seigneurs du Béarn.
Malgré sa libéralité envers
les églises, Gaston VI fut excommunié comme albigeois.
Sa soumission, ses protestations pacifiques ne purent
lui faire obtenir grâce de Simon de Montfort, l'ambitieux
et terrible capitaine chargé d'exécuter les sentences
fulminées par le pape Innocent III. Gaston, obligé de
se défendre, réunit ses troupes à celles de ses voisins
excommuniés comme lui. Vaincu à Muret par Simon de Montfort,
il rentra pourtant dans le sein de l’église et fut relevé
do son excommunication par l'évêque d'Oloron, qui lui
accorda sa grâce en échange des seigneuries de Sainte-Marie
et de Catron.
A la mort de Gaston, en 1215, les Béarnais
lui donnèrent pour successeur son frère, Guillaume-Raymond.
Ce prince, dont la jeunesse avait été violente et orageuse,
se montra un habile législateur. Sous lui fut établie
une cour de justice composée de douze jurats cette charge
était héréditaire, et devint très importante. A ceux
qui la remplissaient fut réservé bientôt le titre de
baron à l'exclusion des autres gentilshommes.
Sous
ses successeurs, dont l'histoire est insignifiante,
le Béarn s'agrandit sans bruit par des héritages et
des mariages avec des familles royales.
C'était l'époque
de la lutte entre l'Angleterre et la France ; ils prirent
parti contre les Anglais ; qui jamais ne franchirent
la frontière de leurs États. Le dernier prince de la
famille de Moncade, Gaston VII, se voyant mourir sans
enfants mâles, choisit pour successeur son gendre, le
comte de Foix ; mais les Béarnais exigèrent que leur
pays restât distinct du comté de Foix, et Roger-Bernard,
leur nouveau souverain, vint fixer sa cour à Orthez,
la capitale des derniers princes de la maison de Moncade.

C'est ici que commence la période la plus éclatante de l'histoire du Béarn. En 1343, le plus illustre de ses princes fut Gaston-Phoebus, renommé en son temps parmi tous les chevaliers de la chrétienté pour sa beauté, sa bravoure et sa courtoisie envers les dames « grand clerc d'ailleurs en fait de lettres, aimant les dons de ménétriers et s'y connoissant, et faisant lui-même des vers. » A quinze ans, Gaston fit ses premières armes contre les Maures d'Espagne. Il épousa Agnès de Navarre, sœur de Charles le Mauvais ; mais, loin de tremper dans les intrigues de son beau-frère, il défendit ses États contre les Anglais, refusant d'ailleurs de rendre hommage au roi de France pour le Béarn, et déclarant qu'il ne devait hommage qu'à Dieu. Il fut le premier des souverains du Béarn à qui les états accordèrent des subsides ce qui en fit un riche seigneur. Il se lança dans les aventures et parcourut les pays étrangers. Il revenait dit Froissart, en compagnie du captal de Buch d'une croisade contre les païens de la Prusse, et était arrivé à ChâIons en Champagne, lorsqu'il y apprit la « pestilence et l'horribleté qui couroit alors sur les Gentihommes ». C'était l'insurrection de la Jacquerie et les paysans, exaspérés par de longs siècles de misères et de cruautés, s'abandonnaient à d'affreuses représailles. Un grand nombre de dames s'étaient réfugiées à Meaux, déjà menacé par les Jacques. Gaston-Phoebus et le captal de Busch y courent ; la ville est déjà envahie. Ils pouvaient être quarante lances et non plus ; ils n'entreprirent pas moins de déconfire et de détruire ces vilains. Ce qui diminue un peu la valeur de leur resolution, c'est que, comme ajoute Froissart, les vilains estoient noirs et petits, et très mal armés, tandis que les chevaliers, couverts de fer, eux et leurs chevaux, des pieds à la tête, étaient à peu près invulnérables. Ils se ruèrent sur les paysans et n'eurent qu'à tuer. « Ils les abattoient à grands monceaux, dit le chroniqueur, et les tuoient ainsi que bestes, et en tuèrent tant qu'ils en estoient tous lassés et tannés, et les faisoient saillir en la rivière de Marne. Finalement ils mirent à fin en ce jour plus de sept mille, et boutèrent le feu en la désordonnée ville de Meaux, et l'ardirent toute, et tous les vilains du bourg qu'ils purent dedans enclore. » Animés par cette facile boucherie, les chevaliers poursuivirent les vilains, brûlant et égorgeant sans merci, et dévastant le pays mieux que ne l'eussent pu faire les Anglais ; ce qui ne leur en attira pas moins beaucoup de gloire et un grand renom par toute la chrétienté.

Gaston, de retour dans ses États,
eut à soutenir contre des seigneurs révoltés ou des
voisins belliqueux des guerres plus difficiles. Il vainquit
et fit prisonniers le sire d'Albret et le comte d'Armagnac,
il se réconcilia avec ce dernier, dont la fille fut
fiancée au fils de Gaston. Gaston devint bientôt un
très redouté seigneur, riche et fastueux, aimant les
fêtes et les tournois la chasse, son plaisir favori,
prenait une partie de son temps, et il entretenait une
meute qui, dit-on, ne comprenait pas moins de seize
cents chiens. Froissart, bien accueilli et choyé à la
cour d'Orthez, ne tarit pas d'éloges sur ce prince,
qui, en bien comme en mal, doit être cité comme un des
types les plus caractérisés des temps féodaux.
Malgré
sa courtoisie, des crimes, abominables même pour l'époque,
souillèrent la mémoire de ce prince, il tua son frère
naturel, Pierre Arnaud attiré dans un guet-apens. Son
jeune fils, touché du délaissement où Gaston tenait
sa mère, reçut un jour de Charles le Mauvais, son oncle,
le conseil de jeter dans les aliments de son père une
certaine poudre qu'on lui donna, et qui devait rendre
à sa mère tout l'amour de son mari. Le crédule enfant
tente l'expérience ; la poudre était du poison. Son
père demande vengeance aux états, qui essayent vainement
de protéger contre le vicomte de Béarn ce fils qu'ils
regardent comme innocent. Voici comment Froissart raconte
la mort de l'enfant. Après avoir dit que le fils de
Gaston, dans sa douleur, refusait de manger, et que
les serviteurs du comte vinrent l'en prévenir, le chroniqueur
ajoute « Le comte, sans mot dire, se partit de sa
chambre, et s'en vint vers la prison où son fils estoit
et tenoit à la malheure un petit long couteau, dont
il appareilloit ses ongles et nettoyoit. Il fit ouvrir
l'huis de la prison, et vint à son fils; et tenoit la
lame de son couteau par la pointe, et si près de la
pointe, qu'il n'y en avoit pas hors de ses doigts la
longueur de l'épaisseur d'un gros tournois. Par maltalent
en boutant ce tant de pointe en la gorge de son fils,
il l'assena ne sait en quelle veine, et lui dit « Ha!
traitour, pour quoi ne manges tu point? » Et tantôt
s'en partit le comte sans plus rien dire ni faire, et
rentra en sa chambre. L'enfant fut sang mué et effrayé
de la venue de son père, avec cela qu'il estoit foible
de jeûner, et qu'il vit ou sentit la pointe du couteau
qui le toucha à la gorge comme petit fust, mais ce fust
en une veine ; il se tourna d'autre part, et là mourut.
Son père l'occit voirement, mais le roi de Navarre lui
donna le coup de la mort. »

Gaston n'avait pas d'autre
enfant légitime; il ne lui restait que deux bâtards.
D'ailleurs, il administrait ses États avec vigilance
et habileté, et fut prud'homme en l'art de régner. Quand
Froissart le vit à Orthez, « le comte Gaston de Foix
avoit environ cinquante-neuf ans d'âge. Et vous dis
que j'ai en mon temps vu moult chevaliers, rois, princes
et autres mais je n'en vis oncques nul qui fut de si
beaux membres, de si belles formes, ni de si belle taille,
et visage bel, sanguin et riant, les yeux vairs et amoureux,
là où il lui plaisoit son regard asseoir. De toutes
choses, il estoit si très parfait qu'on ne le pourroit
trop louer. Il aimoit ce qu'il devoit aimer, et haïssoit
ce qu'il devoit haïr. Sage chevalier estoit, et de haute
emprise et plein de bon conseil. Il disoit en son retrait
planté d'oraisons, tous les jours une nocturne du psaultier,
heures de Notre-Dame, du Saint-Esprit, de la Croix et
vigiles des morts, et tous les jours faisoit donner
cinq francs en petite monnoie pour l'amour de Dieu,
et l'aumône à sa porte à toutes gens. Il fut large et
courtois en dons, et trop bien savoit prendre où il
appartenoit, et remettre où il afféroit; les chiens
sur toutes bètes il aimoit, et aux champs, été ou hiver,
aux chasses volontiers estoit. D'armes et d'amour volontiers
se déduisoit. Briefvement, tout considéré, ajoute Froissart,
avant que je vinsse en cette cour, j'ayois été en moult
cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de
hautes dames; mais je ne fus oncques en nulle qui mieux
me plut ». Évidemment, l'enthousiasme du bon Froissart
se ressentait un peu de la générosité de Gaston-Phoebus
envers les étrangers menetrier Le comte de Foix mourut
le 1er août 1391 subitement d'apoplexie au retour d'une
chasse à l'ours. Nous lui devons le livre intilulé
Phébus, deduiz de la chasse des bestes sauvages et
des oiseaux de proye, au début duquel il prend Dieu,
la Vierge Marie et la sainte Trinité à témoin que pendant
toute sa vie « il s'est délité par espécial en trois
choses, l'une est en armes, l'autre est en amours, et
l'autre si est en chasse. » Ce livre est encore de nos
jours un des traités les plus completsde vénérie.
Son cousin, Matthieu de Castelbon, lui succéda, et mourut
sans enfants ; en lui s'éteignit la ligne masculine
de la maison de Foix. Sa sœur, Isabelle, qui lui succéda,
épousa Archambault de Grailli, captal de Buch, qui prit
le nom de Foix. Ses descendants n'ont joué aucun rôle
important jusqu'au jeune et vaillant Gaston de Foix,
duc de Nemours, le compagnon d'armes de Bayard, qui
fut tué à l'âge de vingt-trois ans, en 1512, à la bataille
de Ravenne, en poursuivant les ennemis qu'il venait
de vaincre.
Le mariage d'un de ces princes avec l'héritière
du royaume de Navarre avait augmenté la puissance de
cette maison ; mais le duc d'Albe, au nom de Ferdinand
le Catholique, enleva aux comtes de Béarn la plus grande
partie de ce royaume, et les réduisit à la basse Navarre.
En 1500, à la maison de Foix avait succédé celle d'Albret
(1500), dont un des membres, Jean II, avait épousé Catherine
de Foix. Henri d'Albret, son fils, combattit vaillamment
à Pavie aux côtés de François ler ; fait
prisonnier avec lui, il reçut après sa délivrance le
prix de son dévouement en épousant la sœur du roi, la
brillante Marguerite, si connue par l'élégance de son
esprit, et qui nous a laissé dans ses contes une fidèle
peinture des mœurs licencieuses de cette époque.
Jeanne d'Albret fille de Henri, épousa Antoine de Bourbon.
Ce prince, après avoir embrassé le calvinisme, l'abjura
; sa femme, au contraire, quitta le catholicisme et
demeura inébranlable dans sa nouvelle religion. Marguerite
de Navarre avait déjà favorisé le calvinisme ; Jeanne,
devenue seule souveraine du pays depuis la mort de son
mari tué au siège de Rouen, établit en Béarn l'exercice
public du culte réformé. Protestante rigide, elle honore
ses convictions par ses vertus, par l'élévation de son
esprit et de son cœur ; elle le propage avec ardeur
au moyen de ministres instruits. Le pape fait afficher
un décret du saint office sommant Jeanne de comparaître
en personne comme suspecte d'hérésie, et prononçant
en cas de refus la confiscation de ses domaines ; la
cour de France obtint du pape qu'il suspendît la publication
de ce décret. Mais Jeanne ayant fourni des secours au
prince de Candé, chef des protestants, Charles IX fait
déclarer Jeanne rebelle et prononcer la confiscation
de ses terres par le parlement de Bordeaux. Le féroce
Blaise de Montluc est chargé d'exécuter l'arrêt ; il
marche sur le Bigorre, tandis que son lieutenant Terride
répand la terreur dans le Béarn. Le sire de Terride
s'empare de Pau et convoque les états, qui protestent
contre l'envahissement du pays.

Mais Jeanne a réuni
une armée ; le terrible Montgomery en est le chef, il
envahit le Béarn, le reconquiert en quinze jours, et
exerce d'affreuses représailles. Maître des dix principaux
chefs catholiques qui s'étaient enfermés avec Terride
dans le fort Moncade, et qu'il amène à capituler en
leur promettant la vie sauve, il les fait poignarder
au mépris de la foi jurée. Terride seul échappe, on
ne sait comment. Jeanne rentre dans ses États et y rétablit
la foi protestante.
Elle commit, comme la plupart
des chefs de la religion réformée, l'imprudence de se
fier aux avances de ses ennemis ; elle se laissa entraîner
à la cour de Charles IX par Catherine de Médicis, qui
lui proposait le mariage de sa fille avec le prince
de Béarn (depuis Henri IV). Jeanne se rend à Paris,
et meurt peu de temps après, empoisonnée, dit-on.
« C'estoit, dit Agrippa d'Aubinné, une femme n'ayant
de femme que le sexe, l'âme entière aux choses viriles,
l'esprit puissant aux grandes affaires, le cœur invincible
aux grandes adversités. » Elle fut la mère de Henri
IV.
Nous n'avons pas à raconter la vie de ce prince,
dont l'histoire appartient moins au Béarn qu'à la France.
Rappelons seulement ce qui se rapporte plus particulièrement
à son pays natal. Henri rétablit en Béarn la religion
catholique, dont sa mère avait proscrit l'exercice public
après l'invasion de ses États par les troupes du roi
Charles IX. Les états rassemblés à Pau protestent contre
l'édit du roi, et de nouveaux désordres ensanglantent
le pays. Mais bientôt, après le massacre de la Saint-Barthélemy,
Henri révoque l'édit, et vient visiter ses États avec
sa femme Marguerite de Valois. Il donne aux Béarnais
pour régente sa sœur Catherine, qui réussit à s'en faire
aimer.
Devenu roi de France, Henri s'occupa du Béarn,
ses premiers sujets au point de leur dire qu'il avait
« donné la France au Béarn, et non le Béarn à la France.))
C'est dans ces paroles, comme en beaucoup d'autres,
qu'on reconnaît la vérité du jugement de d'Aubigné sur
lui :
« C'estoit le plus rusé et madré prince qu'il
y eut jamais. Sa mort fut sentie en Béarn plus vivement
qu'en' aucun lieu de la France. »
Louis XIII, malgré
la résistance des états, réunit la Navarre et le Béarn
à la couronne de France, ce que son père n'avait osé
tenter. L'opposition fut si vive, que le roi jugea à
propos d'aller lui-même à Pau, détruisit l'ancienne
organisation du pays, supprima les conseils souverains
de Béarn et de basse Navarre, et établit un parlement
unique siégeant à Pau. Il laissa cependant au pays ses
états, qui, du reste, ne se réunirent plus que pour
voter l'impôt.
Depuis cette époque, le Béarn n'a
plus joué un rôle distinct dans notre histoire. Seulement,
au commencement de la Révolution, les Béarnais, inspirés
par un étrange esprit de patriotisme local, hésitèrent
à nommer des députés l'Assemblée constituante ; ils
finirent pourtant par s'y décider, mais continuèrent
à montrer un esprit hostile à la Révolution. Chose non
moins extraordinaire, aucune réaction violente ne vint,
de la part des révolutionnaires, châtier un pays si
mal disposé, et le Béarn, qui avait paru songer un moment
à se reconstituer en un pays indépendant, se laissa
tranquillement enclaver dans le département des Basses-Pyrénée
Aux annales du Béarn succède l'histoire du département
dans lequel il a été incorporé, et les événements dont
il a été le théâtre participent à la grandeur de la
nouvelle patrie. Le mot historique « Il n'y a plus de
Pyrénées », n'a pas toujours été un oracle de paix depuis
l'union des deux branches de la famille de Bourbon.
La cour de Madrid manifesta des intentions hostiles
contre la Révolution ; mais l'établissement d'un camp
au pied des Pyrénées, quelques démonstrations vigoureuses,
et l'influence des victoires des armées républicaines
sur les autres frontières, imposèrent à l'Espagne sa
neutralité à défaut de sympathie. Les Pyrénées furent
franchies par les armées de Napoléon Ier
qui, pour assurer le succès de son rêve continental,
voulait avoir un membre de sa famille sur le trône des
héritiers de Philippe V. L'intervention de l'Angleterre
venant en aide aux résistances nationales, les Pyrénées
virent reculer pour la première fois nos aigles victorieuses.
Une sorte de revanche fut prise sous la Restauration.
lorsqu'un arrière-neveu de Philippe V, le duc d'Angoulême,
alla défendre Ie trône bourbonien menacé par la junte
insurrectionnelle de Cadix, se contentant des stériles
exploits du Trocadéro. Depuis lors, les échos des Pyrénées
n'ont été réveillés que par des bruits de guerre civile
et des brigandages que les autorités françaises ont
eu à surveiller et à réprimer, mais sans aucune participation
directe.
Le mariage de Napoléon III avec une comtesse
espagnole ne fut, pour le département, l'occasion d'aucune
faveur spéciale ; il y gagna toutefois, au cours du
règne, des embellissements et des libéralités pour quelques
localités visitées ou affectionnées par l'épouse du
souverain.
Le Pays Basque

Regio Vascorum, Basclorum, Basconia,
Vascitania. Du côté de la France, le pays basque renferme
les trois petites contrées du Labour, de la basse Navarre
et de Soûle. Le Labour formait avec quelques vallées
voisines l'évêché de Bayonne. Il eut des seigneurs particuliers,
sous le titre de vicomtes, dans le XI et dans le XIIème
siècle. Réuni plus tard à la Gascogne, il entra dans
le domaine de la maison de Béarn, et fit accession à
la couronne de France par l'avènement de Henri IV. Lors
de la création des départements en1790, le Labour fut
compris dans celui des Basses-Pyrénées où il forme la
majeure partie de l'arrondissement de Bayonne.
La
basse Navarre, dont la capitale était St-Jean-Pied de
Port, ne formait dans l'origine qu'un canton du royaume
de Navarre. Restée seule au pouvoir des rois de Navarre
de la maison d'Albret, elle n'en conserva pas moins
le titre de royaume, et les rois de France ne dédaignèrent
pas de s'intituler aussi rois de Navarre lorsque cette
petite souveraineté fut réunie sous Henri IV au domaine
de la couronne. En 1790, elle forma le district de St-Palais
puis, à l'établissement des préfectures, elle fut partagée
entre les arrondissements de Bayonne et de Mauléon.
La Soule, dont Mauléon était la capitale, avait titre
de vicomté; elle eut des seigneurs particuliers jusque
vers la fin du XIIIème siècle, et fut réunie
définitivement à la couronne en 1607.
En1790, elle
forma le district de Mauléon qui devint plus tard une
sous-préfecture par l'addition d'une portion de la basse
Navarre
Pau


Pau doit son origine à un château bâti par un des premiers princes de Béarn, vers le milieu du XIème; siècle. Ce prince faisait sa résidence à Morlaas ; inquiété par les fréquentes excursions des Sarrasins d'Espagne, qui pénétraient dans ce pays par le passage des Pyrénées, il choisit un endroit propre à la construction d'une forteresse qui servirait à arrêter les courses de ces ennemis audacieux. La partie méridionale de la plaine de Pont-Long lui parut convenable à son projet ; elle appartenait aux habitants de la vallée d'Ossau, qui la lui cédèrent, à condition qu'eux et leurs descendants auraient, pendant la tenue de la cour majora- " (cour souveraine)., la première place au haut de la salle du Château qui y serait construit: On planta trois-pieux sur le terrain choisi pour en marquer les limites, le château fut bâti dans l'endroit où se trouvait le pieu du milieu, et c'est du mot paon, qui en béarnais signifie pieu, que l'on fait dériver le nom du château, ainsi que de la ville qui fut construite après, laquelle ne commença à prendre quelque extension que vers 1464, sous Gaston IV. Ce roi de Navarre étendit l'enceinte de Pau, et la fit entourer de murs et, de fossés ; il fil aussi construire une église et réparer le château. Insensiblement Pau s'agrandit et se peupla. Devenue ensuite la '. capitale du Béarn, le siège d'un conseil souverain, d'un parlement, d'une académie de belles lettres, d'un hôtel des monnaies, el d'autres établissements favorables à la population , cette ville était fort importante et prenait encore de l'accroissement dans les derniers temps de l'ancienne monarchie.. La révolution arrêta la construction des maisons à demi bâties, empêcha d'achever les plans commencés , et suspendit les différents projets d'embellissement.

La ville de Pau est située à
l'extrémité d'un vaste plateau élevé, qui domine une
vallée délicieuse où coule le gave de Pau ; les sites
qui , l'environnent de toutes parts ; mais surtout au
midi, sont admirables ; la perspective des Pyrénées,
qu'on aperçoit du château , du pont jeté sur le gave,
du parc, de la place Royale, et de plusieurs autres
points, est majestueuse; la vue se promène avec plaisir
sur la vallée où s'enfonce le gave, sur les prairies
dont elle est couverte et sur les riches coteaux qui
la bordent ; au delà de ces coteaux s'élève le pic du-
midi de Béarn qui, par son élévation, domine les plus
bautes montagnes sur la ligne centrale desquelles il
se il est placé.
Pau , ancienne capitale du royaume
de Navarre, fut le siège d'une cour souveraine el d'un
parlement.
C'est une ville pittoresquement bâtie,
sur deux collines, et traversée parle ruisseau de Héas
et la rivière de l'Ousse, qui se réunissent au gave
d'Osseau. On remarque surtout la grande et large rue,
longue de 2 kilomètres, qui parcourt cette ville dans
toute sa longueur. ; les rues transversales sont très
courtes , parce que la ville par elle-même est fort
étroite. On y remarque quelques édifices publics, tels
que ,1a préfecture, le collège, et de belles habitations
particulières, entre autres les hôtels de Gassion et
de Jassel. Comme ville parlementaire, elle fut toujours
peuplée de gens riches, et l'on trouve dans ses constructions
un reste d'opulence que soutiennent encore diverses
familles anciennes.
Bayonne

Il n'est question de cette ville
dans aucun monument romain. La Notice de l'empire indique
une ville nommée Lapurdurn, qui a donné son nom au pays
de Labour, dont Bayonne était la capitale. Ni les mesures,
dont nous sommes dépourvus ni, l'histoire ne prouvent
d'une manière certaine que Lapurdurn occupait le même
emplacement que Bayonne, quoique cela soit probable,
vu la grande antiquité de cette ville. Grégoire de Tours
eu parle dans l'accord fait entre les rois Childebert
et Goutran.
Le diocèse de Bayonne ne remonte pas
au-delà du Xème siècle; il est probable qu'il
fut un démembrement du diocèse d'Ascq. Il n'est pas
question de Bayonne avant cette époque, et Oihenart,
auteur basque, nous apprend que baia-une, en langue
vasconne ou basque, signifie port.
Bayonne a eu ses
vicomtes particuliers jusqu'à l'année 1193 ; Jean sans
Terre s'en empara en1199 ; les Anglais la réunirent
au duché de Guyenne sous le règne d'Édouard II. En 1451,toutes
les villes de la Guyenne se trouvant comprises dans
la capitulation de Bordeaux, elles ouvrirent sans difficulté
leurs portes aux Français, à la réserve de Bayonne;
les bourgeois de cette ville, très-dévoués à l'Angleterre,
déclarèrent que les Bordelais n'avaient rien pu stipuler
pour eux, et Charles VII, qui s'était avancé jusqu'à
Taillebourg, envoya aux comtes de Dunois et de Foix
l'ordre de les investir. Après avoir donné un repos
de six semaines à leur armée, ils dressèrent leur camp
devant cette ville le 6 août 1451, et le 18août, une
brèche étant ouverte, ils commencèrent à parlementer.
Dunois, pour les punir de leur opiniâtreté, leur imposa
des conditions plus sévères qu'aux autres villes du
Midi; il exigea que leur commandant, Jean de Beaumont,
frère du connétable de Navarre, demeurât prisonnier
du roi, avec tous les gens de guerre, et que les bourgeois
lui payassent quarante mille écus comme contribution
de guerre. A ces conditions, Bayonne la dernière place
que les Anglais occupassent en France, à la réserve
de Calais, ouvrit ses portes aux troupes de Charles
VII, le samedi21 août 1451.

Les Espagnols ont tenté deux
fois de s'en emparer par surprise, en 1595 et en 1651.
C'est à Bayonne qu'eut lieu, en 1565, la fameuse entrevue
où se rendirent le duc d'Albe, muni des pouvoirs du
roi d'Espagne, Catherine de Médicis, et le roi de France
Charles IX. Là, suivant plusieurs historiens, et notamment
suivant le grave de Thou, « On délibéra sur les moyens
de délivrer la France des protestants, regardés comme
un mal contagieux et on adopta le sentiment du duc d'Albe,
qui était celui du roi Philippe, et qui consistait à
faire tomber les têtes des principaux chefs, à prendre
pour modèle les Vêpres siciliennes, et à massacrer tous
les protestants ». Le prince de Navarre, depuis célèbre
sous le nom de Henri IV, était pendant cette entrevue,
presque sans cesse auprès de Catherine de Médicis qui
aimait son esprit et qui ne se méfiait pas de cet enfant.
Il entendit une partie des résolutions qui y furent
prises, et les rapporta à sa mère, qui en donna avis
au prince de Condé et à l'amiral de Coligny. Les chefs
protestants prirent des mesures pour conjurer l'orage
dont ils étaient menacés. Ils ne se rendirent point
à l'assemblée de Moulins, où ils savaient que devait
s'exécuter le projet sanguinaire qui fut enfin exécuté
à Paris, le 24 août 1572, pendant la nuit affreuse de
la St-Barthélémy. Les ordres avaient été envoyés dans
les provinces pour continuer les mêmes massacres. Le
vicomte d'Orthez, qui commandait à Bayonne, refusa d'être
en cette occasion complice des crimes de Charles IX
et de sa mère.
Il s'est tenu à Bayonne trois conciles
en 315 ou 358 contre les ariens un autre en 442, et
un troisième en 529.

En 1815,les Espagnols passèrent
la Bidassoa au nombre de 15,000,et firent une démonstration
sur Bayonne ; il n'y avait pas un soldat dans la place
; les Bayonnais coururent aux armes ; huit cents hommes
de garde nationale d'élite occupèrent les approches;
trois cents marins, dont quatre-vingts furent organisés
en compagnie d'artillerie, armèrent tous les forts:
les hommes âgés et les vieillards garnirent le camp
retranché et les remparts, tous jurèrent de s'ensevelir
sous les ruines de la ville: cette contenance imposa
tellement aux Espagnols, qu'ils renoncèrent à leur projet.
Bayonne se glorifie de n'avoir jamais été prise.
La devise de Bayonne est : » « Nunquam polluta ».
C'est à Bayonne que, sur la fin du dernier siècle, fut
inventée la baïonnette, arme doublement nationale, et
par son origine et par l'emploi que les Français savent
en faire.
Bayonne est une ville très avantageusement
située, à peu de distance de l'Océan, au confluent de
la Nive et de l'Adour, qui réunissent leurs eaux sous
les murs du Réduit; c'est la seule ville de France qui
ait l'avantage d'avoir deux rivières où remonte la marée.
La Nive, avant de mêler ses eaux à celles de l'Adour
dans le port même de cette ville, la divise en deux
parties à peu près égales, désignées sous le nom de
grand et de petit Bayonne, réunies par les ponts Mayou
et Paneco.Ces deux enceintes sont entourées de beaux
remparts flanqués de bastions et de fossés larges et
profonds, qu'on peut remplir d'eau à volonté. On y entre
par quatre portes.

Le grand Bayonne s'étend sur
la rive gauche de la Nive, et renferme le vieux château
; le petit Bayonne se prolonge sur la rive droite de
la Nive et la rive gauche de l'Adour, et renferme le
château neuf flanqué de quatre tours. Un troisième quartier,
que l'on peut considérer comme faubourg de Bayonne,
quoiqu'il n'appartienne ni à cette ville, ni même au
département des Basses-Pyrénées, est situé sur la rive
droite de l'Adour ; il porte le nom de Saint-Esprit,
et forme une petite ville du département des Landes,
qui communique avec Bayonne par un beau pont de bois,
sur lequel on traverse l'Adour. C'est au Saint-Esprit
qu'est bâtie la citadelle, qui commande tout à la fois
la ville de Bayonne, le port, la campagne et la mer.
Bayonne est une ville riante, bâtie dans le genre
espagnol, et présentant un aspect tout particulier et
très différent des autres villes de France. Les maisons
ont des jalousies et des balcons sur lesquels ou étend
des toiles; les boutiques sont sans clôtures, et la
grande place ressemble à une place espagnole.
Tout
y est animé, gai, et d'une gaieté de bonne humeur; on
voit que ce n'est pas une joie passagère, et qu'habituellement
les habitants sont d'humeur joyeuse.
Cette ville
est en général fort bien bâtie. La grande rue où passe
la route d'Espagne est large, bien percée et ornée de
beaux édifices. Mais toutes les autres rues sont étroites,
sans l'être pourtant à l'excès ; ce qui les rétrécit
a la vue est la hauteur des maisons élevées de trois
ou quatre étages. Ces maisons sont assez bien construites,
les unes en pierre, les autres en pans de bois. Plusieurs
sont bordées d'arcades qui les embellissent. La place
Grammont, qui donne d'un côte sur la Nive, et de l'autre
sur l'Adour et le port, est décorée de beaux édifices
; c'est là que sont réunis, avec la douane et la salle
de spectacle, tout le commerce, toute l'activité, tout
l'agrément de Bayonne. Le seul édifice public remarquable
de Bayonne est la cathédrale, bâtie sur une hauteur
vers la fin du XIIème siècle ; elle est petite,
mais d'une élégante construction gothique.
Les allées
maritimes forment une promenade agréable qui ne ressemble
en rien à ce qui existe ailleurs en ce genre ; c'est
une espèce de jetée plantée d'arbres entretenue et sablée
avec beaucoup de soin. L'un des côtés est bordé de jolies
maisons peintes de diverses couleurs; de l'autre règne
un quai superbe, où viennent s'amarrer les navires,
et d'où l'on découvre le Saint-Esprit, couronné par
la citadelle.
Au pied est le chantier de construction
appelé le Port, et une rangée de chais ou magasins.

Cette promenade est très fréquentée
et offre un aspect charmant par la diversité des costumes
que l'on y remarque ; c'est là que l'on peut admirer
les aimables Bayonnaises à la physionomie riante aux
yeux vifs et agaçants, à la taille élégante, à la tournure
gracieuse ; les jolies Basquaises aux tailles sveltes
et bien prises, aux figures vives et piquantes, à la
démarche facile et légère. Il est rare de trouver dans
une grande ville un aussi grand nombre de femmes attrayantes,
et c'est avec justice qu'on a dit de Rayonne :
« Jamais cité n'eut plus de belles,
Jamais
belles ont réuni
A tant de grâces naturelles
Un art plus simple et plus uni. »
Les femmes
sont en effet presque toutes jolies à Bayonne, et généralement
dans tout le pays basque. Leur taille est svelte, leur
peau blanche, leurs yeux expressifs, qu'ils soient bleus,
qu'ils soient noirs, et leur physionomie d'une vivacité
charmante. Les environs de Bayonne sont remarquablement
beaux, même du côté des landes de Mont de- Marsan ;
on y voit des bois, des collines, des rivières, de belles
prairies ; le tout dominé par les Pyrénées, qui servent
de cadre à ce riant tableau.
Biarritz

Ce bourg, situé au bord de l'Océan qui y forme un petit port, sur la route de Bayonne à St-Jean-de-Luz, est bâti dans une situation pittoresque, sur des bancs de rochers qui s'élèvent à plus de 40mètres au-dessus du niveau de lamer. La côte est en cet endroit très enfoncée et la marée y monte très haut les vagues poussées par les vents du nord et de l'ouest, et brisées par les écueils, produisent un fracas épouvantable mais ce mouvement tumultueux entretient aux environs une brise légère, qui rafraîchit l'atmosphère de cette côte dépourvue d'ombrage et de verdure. L'agitation continuelle des vagues a déchiré et creusé les flancs des rochers contre lesquels elles exercent leur fureur. Parmi les grottes nombreuses qu'elles ont formées, celle de la Chambre d'amour est la plus vaste et la plus connue suivant une tradition locale, elle tire son nom du berger Oura et de la bergère Edera son amante, auxquels elle avait offert un refuge amoureux ivres du bonheur d'être ensemble, ces amants ne songeaient pas à la marée, dont les flots s'introduisant avec fureur dans la grotte terminèrent leur existence dans un moment où ils en jouissaient le plus délicieusement. La forme de la Chambre d'amour représente un demi-cercle de 36 à 40 pas de diamètre sa plus grande hauteur, à l'entrée, est de 5 à 6 mètres et cette hauteur diminue graduellement jusqu'au fond de la grotte, où la voûte touche le sol. Au-dessus de l'ouverture croissent une foule de plantes curieuses, telles que le rosier à feuilles de pimprenelle, l'astragale bayonnais, le muflier à feuille de thym, le lin maritime , etc.


Biarritz est renommé pour ses bains de mer, que fréquentent assidûment dans la belle saison les habitants de Bayonne. C'est un spectacle charmant d'y voir, à certains jours, arriver des caravanes de baigneurs et de baigneuses qui font la partie d'aller se plonger dans la mer. La manière d'exécuter cette promenade est curieuse : on place sur le même cheval ou mulet, de chaque côté du bât, deux petites chaises ou tabourets sur lesquels, après avoir étendu des tapis plus ou moins élégants, se mettent deux personnes dont le poids s'équilibre au moyen de pierres ajoutées à la plus légère ; l'un des deux voyageurs est le passager, l'autre le conducteur. On trouve de ces équipages, que l'on désigne sous le nom de cacolet, au coin des rues et sur les places publiques de Bayonne; ils y remplacent les fiacres ou les cabriolets de louage, dont on fait usage dans d'autres villes ; ce sont presque toujours de jeunes et jolies Basquaises qui conduisent les cacolets. II n'y a pas à Biarritz d'établissement fixe ; c'est dans une petite anse connue sous le nom de Port-Vieux, sur une belle plage, que l'on se baigne, on y trouve des barques fournies de tout ce qui est nécessaire pour le bain.

Là, les personnes des deux sexes confondues dans la même enceinte, mettent à leurs joyeux ébats une liberté qui n'est pas un des charmes les moins piquants que présentent les bains de Biarritz. On se baigne aussi dans des trous de rochers qu'on appelle bains d'amour. Nulle part ailleurs, le terrible golfe de Gascogne n'est battu par plus de tempêtes, il est arrivé quelque fois que le mouvement rétrograde des flots brisés par le reflux a emporté des baigneuses et autant de fois de jeunes et vigoureux baigneurs ont volé à leur secours, mais presque toujours sans succès. Le danger est grand, les exemples sont connus, toutes les mères racontent à leurs filles l'anecdote de la Chambre d'amour et plusieurs autres histoires déplorables ; on écoute, on pleure, et l'on revient aux bains d'amour !

Cette description de la ville
de Biarritz ce situe bien avant que l’impératrice Eugénie,
digne épouse de Napoléon III, vienne donner à cette
ville l’éclat et sa renommé actuelle. Le petit port
c’est transformé en une élégante station balnéaire qui
attire chaque année des milliers de vacanciers venus
de toute l’Europe, viennent faire trempette dans les
eaux bleu de l’océan ou admirer la furie des eaux les
jours de tempête.
Si le superbe casino qui surplombe
la plage attire les passionnés de baccara ou de poker
d’autre ne manqueront pas d’aller visiter son musée
océanographique qui se situe à l’entrée de la passerelle
menant au Rocher de la Vierge.
Oloron-Sainte-Marie

Oloron était une ancienne ville
de la Novempopulanie, connue sous le nom à'Iluro ou
Elorensium civitas ; elle existait au temps d'Honorius,
et sa place est marquée dans la Notice de l'empire et
dans l'Itinéraire d'Antonin. Les Normands la détruisirent
de fond en comble vers le VIIIème siècle,
et elle resta ensevelie sous ses ruines jusqu'à l'époque
où Centulle II; vicomte de Béarn, releva les murs de
l'ancienne ville, y fil jeter un pont, et bâtit l'église
de Ste- Croix (vers 1080). Centulle II y attira des
habitants en leur promettant des privilèges ; sept hommes
de Campfranc (Espagne) furent les premiers qui l'habitèrent
; il en vint aussi de plusieurs autres parties de l’Aragon
: les nuances de cette origine subsistent encore et
sont entretenues, à cause du voisinage de l'Espagne,
par les mœurs, les alliances, les relations des habitants.
Une charte, concédée par Centulle, déclara exempts de
cens, de lods de ventes, de tout impôt et de péage dans
la seigneurie de Béarn, tous les individus résidant
à Oloron. Cette charte est écrite en béarnais ; ce qui
est d'autant plus digne de remarque, qu'à cette époque
les souverains de l'Europe n'osaient encore employer
dans les actes publics la langue de leur pays. En voici
les principaux articles :
« Si quelque habitant
veut vendre ses terres ou sa maison à quelqu'un de la
cité, il le pourra librement, sans le consentement tant
des seigneurs particuliers que du seigneur majeur :
et, s'il veut changer de seigneurie, le vicomte sera
tenu de le faire conduire sain et sauf hors des limites
de la seigneurie.
Si un homme, de quelque lieu qu'il
soit, vient s'établir dans la ville, et y réside pendant
un an et un jour, le vicomte le défendra contre tout
seigneur qui voudrait le réclamer.
Aucun des habitants
ne sera tenu de suivre le seigneur majeur à l'armée
ou à la chevauchée, hors le cas d'invasion.
Si le
vicomte veut faire arrêter un habitant accusé d'un délit,
si quelque habitant le cautionne, l'accusé sera libre.
La peine de l'adultère sera, pour les deux coupables,
de courir nus dans les rues de la ville.
Le voleur
manifeste sera livré au seigneur. Si un voisin est tué
par un voisin, le meurtrier payera soixante six sols
d'amende, et fera droit au plaignant entre les mains
du vicomte. Nul étranger n'attaquera à force ouverte
un habitant de l'enceinte de la vile ; et si quelqu'un
ose violer cette défense,, il payera au seigneur neuf
cents sols et une médaille d'or.
Le vicomte se réserve
le droit de vendre les vins et cidre de son crû pendant
le mois de mai au plus haut prix courant.
Le vicomte
s'engage à ne jamais mener à sa suite, dans la ville,
le débiteur d'un habitant, ou tout autre qui pourrait
avoir offensé quelqu'un des citoyens , etc. etc. »
La ville d'Oloron est située au sommet et sur le penchant
d'une colline, au confluent des gaves d'Ossau et d'Aspe
, qui s'y réunissent et forment le gave d'Oloron que
l'on passe sur un pont très élevé, avec lequel on communique
à la petite ville de Ste-Marie. On trouve sur son territoire
deux sources d'eau minérale : l'une porte le nom de
Féas, l'autre celui d'Armendiou.
Orthez


Orthez était connu dès le IXème siècle sous le nom à'Orthésium. Vers l'an 1104, Gaston IV, vicomte de Béarn, l'enleva à Navarus, vicomte d'Acqs. Gaston VII y fit bâtir, sur le plan et sous le nom de château de Moncade eu Espagne, un château fort dont la magnificence fut longtemps un objet d'admiration ; c'est dans ce château que fut enfermée par Gaston XV, comte de Foix, la princesse Blanche, fille et héritière des États de Jean, roi de Navarre et d'Aragon; elle y mourut empoisonnée par sa sœur cadette, après deux ans de captivité. Il ne reste plus aujourd'hui que des ruines du château de Moncade, mais ces ruines sont imposantes , et l'on y jouit d'un horizon très-étendu : le peuple le nomme le château de la reine Jeanne, mère dé Henri IV, qui y fit longtemps son séjour.

Cette princesse établit à Orthez la religion réformée , qu'elle rendit dominante, y fonda une université pour cette secte, et appliqua à son entretien les biens du clergé catholique. Le territoire, ou plutôt la ville d'Orthez, a été, en l814,le théâtre d'une bataille sanglante, où 20,000 Français, commandés par le maréchal Soult, soutinrent-le choc de 70,000 Anglais, Espagnols et Portugais, commandés par le général Wellington, qui n'acheta la victoire qu'en laissant 15,000 morts sur le champ de bataille. Cette ville est fort agréablement située, sur le penchant d'une colline dont le pied est baigné par le gave de Pau, qui coule en cette endroit dans un lit très-escarpé et sur lequel est jeté un pont gothique très-étroit et d'un aspect pittoresque. Elle est bien bâtie, bien percée, et s’est embellie depuis quelques années de plusieurs .. édifices remarquables , tels que l'hôtel de ville, la halle, dont l'étage supérieur doit servir de salle de spectacle, les fontaines publiques, etc., etc. On y remarque les restes du château de Moncade, ancienne résidence des princes de Béarn, où vécut et mourut Gaston de Foix, surnommé Phébus. De ces ruines, autour desquelles on dispose une promenade, on jouit d'un des points de vue les plus étendus du Béarn. Le pont gothique jeté sur le gave, et surmonté d'une tour en partie ruinée.

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