Histoire du Bas Rhin


Le territoire du département du Bas-Rhin
prit, au Moyen Age les noms de Nordgau et de basse Alsace, et
fut habité primitivement par une peuplade de la nation celtique.
Au temps où César visita cette limite de la Gaule, une partie
de la confédération des Médiomatrices, dont la capitale Divodurum
(Metz) était située de l’autre côté des Vosges, y avaient formé
quelques établissements dont les principaux étaient Argentoratum
(Strasbourg), Brocomagus (Brumat), Helvetum (Elle ou Schlestadt),
Altitona (Hohenbourg).
Ce n’étaient encore que des bourgades
composées d’habitations chétives et dispersées au hasard, mais
qui servaient de retraite à des guerriers de haute stature,
robustes et infatigables, à ces Belges que César eut tant de
peine à vaincre. Les Médiomatrices bravèrent deux fois les armes
du conquérant, en 56 et 52 ; mais après la destruction d’Alise
et la ruine des efforts de Vercingétorix pour rendre les Gaulois
à la liberté, leur soumission fut complète.
Quelques années
plus tard, pendant la guerre de César contre Pompée, les passages
du Rhin et des Vosges n’étant plus suffisamment défendus, les
Germains en profitèrent pour revenir en deçà du fleuve. Les
Nemètes et les Triboques, deux des peuples que César avait chassés
de la Séquanaise, réussirent alors à s’établir vers Spire et
vers Strasbourg dans la basse Alsace qui, séparée jusque-là
de la Gaule médiomatricienne par les montagnes des Vosges, le
fut bien plus encore, depuis cette époque, par les mœurs et
le langage de ses habitants.
Malgré cet établissement des
Germains, les Romains restèrent maîtres de l’Alsace ; mais pour
se prémunir contre une nouvelle invasion, ils élevèrent sur
les bords du Rhin et aux défilés des Vosges des retranchements
coupés par des tours élevées et par des camps environnés d’énormes
murailles de pierre ; il reste des vestiges de ces travaux gigantesques,
et ce n’est pas sans admiration qu’on peut examiner encore le
retranchement bâti sur les hauteurs de Hohenbourg et dont la
vaste enceinte bien reconnaissable se développe sur un contour
de près de quatre lieues.
Aussi, pendant deux siècles, l’Alsace,
qui dans la nouvelle division forma la Première Germanie, jouit-elle
d’une tranquillité qui ne fut troublée que par la révolte de
Civilis (l’an 70 de J. C.). Cette période vit s’élever des villes
nouvelles ; les anciennes cités s’agrandirent et devinrent vraiment
dignes de ce nom, les institutions romaines apportées en germe
avec la conquête se développèrent et donnèrent à une contrée
jusque-là barbare les premiers éléments de la civilisation.

La basse Alsace fut comprise par Auguste
dans la Germanie supérieure, puis, par Constantin, dans la première
Germanie, et ce fut vers le règne de cet empereur que le christianisme
fut apporté en Alsace par saint Materne. A cette époque les
fortifications établies sur les rives du Rhin pour arrêter l’irruption
des barbares devinrent insuffisantes ; aucune force humaine
ne fut plus capable de contenir les peuplades envahissantes.
Julien retarda par ses victoires la grande invasion ; il défit
en 357 les Lètes aux environs de Strasbourg ; mais après sa
mort, les Alains, les Suèves, les Vandales, les Huns, les Francs
se jetèrent sur la Gaule.
En 407, lors de la grande invasion
de la Gaule par les Suèves, les Vandales, les Alains et les
Bourguignons, la plupart des villes de l’Alsace les premières
exposées aux hordes envahissantes furent détruites. Argentoratum
fut de ce nombre, et la province entière fut enlevée sans retour
aux Romains. A partir de ce moment commence pour les deux Alsaces
une série de misères qui se continue presque sans interruption
dans l’espace de plusieurs siècles. Les ravages, les famines,
les épidémies se succèdent et dépeuplent la contrée.
En
451, Attila détruit tout sur son passage. Les Francs ne tardent
pas à s’emparer de la première Germanie ; Clovis en mourant
laisse à son fils Théodoric cette partie de ses États sous le
nom de royaume de Metz ; Clotaire réunit en 558 toute la monarchie
franque et lègue à son tour Metz ou l’Austrasie à Sigebert.
Les intrigues de la reine Brunehaut agitèrent l’Alsace de 600
à 613.
Clotaire et Dagobert s’efforcèrent d’adoucir par
leur présence et leur administration les malheurs de cet infortuné
pays. Dagobert laissa en mourant l’Austrasie à Sigebert II ;
vers la fin du règne de ce faible roi, l’Alsace fut érigée en
duché en faveur d’Athic ou d’Adalric dont la fille Odile, célèbre
pour sa piété, fonda près de Hohenbourg le monastère qui porte
son nom.
Les victoires de la famille d’Héristal sur les
Saxons préservèrent la basse Alsace d’une nouvelle invasion.
Louis le Débonnaire comprit le territoire de l’Alsace dans la
part de l’empire qu’il assigna à son fils Lothaire au traité
de 817. Le partage de Verdun (843) qui fut le résultat de la
bataille de Fontenay confirma le fils aîné de Louis le Débonnaire
dans cette possession. Sous Lothaire II l’Alsace fut comprise
dans la Lotharingie (855).
Ce prince constitua de nouveau
cette province en duché et la donna à un de ses bâtards du nom
de Hugues ; mais à sa mort, Charles le Chauve et Louis le Germanique
se partagèrent ses États par le traité de Mersen (870), et ce
fut Louis qui devint maître de l’Alsace. Cependant Hugues le
Bâtard s’efforçait de maintenir par les armes son titre de duc
; Charles le Gros s’empara par trahison de sa personne, lui
fit crever les yeux et le jeta dans un monastère.
Cet empereur,
un instant maître de tous les États de Charlemagne, fut déposé
à la diète de Tribur (888), et Arnoul, proclamé roi d’Allemagne,
s’empara de l’Alsace, et la donna avec la Lorraine à son fils
naturel Zwentibold, auquel les grands et les évêques substituèrent
à la mort d’Arnoul, arrivée en 899, le fils légitime de ce roi
le jeune Louis, âgé seulement de six ans. Louis l’Enfant fut
incapable de lutter contre l’agrandissement du pouvoir féodal,
qui prit en Alsace, sous son règne, une extension encore plus
grande que dans le reste de l’empire carlovingien.
Charles
le Simple disputa aux empereurs allemands la possession de cette
province ; elle finit par rester à ces derniers, et aux misères
sans nombre qu’avaient occasionnées les guerres dont elle fut
à cette époque le théâtre se joignirent les ravages des Hongrois
; à deux reprises, en 917 et 926, ces barbares dévastèrent l’Alsace.
L’année même de leur deuxième invasion, l’empereur Henri Ier
l’Oiseleur réunit cette contrée à la Souabe et la donna, avec
le titre de duché, à Hermann.
L’un des derniers Carlovingiens,
Louis d’Outre-mer, essaya encore, mais en vain, de reprendre
l’Alsace, cette province demeura définitivement dans la possession
des empereurs allemands. A la mort d’Othon III (1002), quatre
prétendants se disputèrent l’empire ; parmi eux étaient Hermann,
duc de Souabe et d’Alsace ; l’un de ses adversaires trouva un
appui dans les populations même de l’Alsace et dans la ville
de Strasbourg ; Hermann, pour se venger de ses sujets infidèles,
brûla la capitale de son duché et ravagea tout le territoire.
Quelque temps après la querelle des investitures partagea
l’Allemagne entre le pape Grégoire VII et l’empereur Henri IV
; Grégoire déposa son adversaire en vertu de la toute-puissance
qu’il prétendait s’arroger sur les rois, et Rodolphe, duc de
Souabe et d’Alsace, fut élu par les grands de l’empire ; le
nouvel empereur reçut de Grégoire une couronne d’or sur laquelle
était gravé ce vers : Petra dedit Petro, Petrus diadema Rodolphe.
Mais la bataille de Mersbourg fut fatale à Rodolphe : ce
prince y perdit la vie. Henri disposa alors de la Souabe et
de l’Alsace en faveur de Frédéric de Hohenstauffen, Lorsque
Grégoire avait fait proclamer un nouvel empereur, Henri, par
représailles, avait créé un antipape ; ce schisme et les vicissitudes
de la guerre détruisirent tellement la religion en Alsace qu’il
fallut un missionnaire pour la rétablir.
La peste ravageait
alors toute cette partie de l’empire ; les esprits se montrèrent
disposés, sous l’influence de ce fléau, à accueillir les exhortations
du prêtre Manégold envoyé par le pape Urbain II, les désordres
cessèrent et un grand nombre de fondations pieuses datent de
cette époque. Frédéric le Borgne remplaça Frédéric de Hohenstauffen
comme duc d’Alsace ; son administration fut ferme et prudente.
Conrad III, frère de Frédéric, fut appelé en 1130 au trône impérial,
et cette élévation des Hohenstauffen donna un nouvel éclat à
l’Alsace. Haguenau, construit par Frédéric le Borgne, devint
l’une des principales résidences impériales.
Frédéric Barberousse,
successeur de Conrad (1152), y fit de fréquents séjours et se
plut souvent à chasser dans la forêt voisine qu’on appelait
Forêt Sainte ; il donna à l’Alsace pour duc immédiat un de ses
fils qui portait, comme la plupart de ses prédécesseurs, le
nom de Frédéric.
A cette époque les deux Alsaces avaient
pour gouverneurs chacune un comte ou landgrave (land pays, graff,
comte), chargés de l’administration de la justice. Ces landgraves
ne jouissaient des droits réguliers que sur leurs propres terres,
et on appelait de leurs décisions au tribunal de l’empereur.
Le règne de l’empereur Frédéric II, fils de Henri VI (1197 -1250),
fut pour l’Alsace une époque de calme et de prospérité ; après
ce prince, les empereurs conservèrent le titre de ducs de Souabe
et d’Alsace ; mais les troubles qui suivirent sa mort portèrent
le désordre dans ce territoire.
L’héritier de l’empereur
Conradin, fait prisonnier par Charles d’Anjou, fut décapité
en 1268. Pendant cette confusion la plupart des grands se rendirent
indépendants et les principales villes du Rhin, Strasbourg,
Schlestadt, Haguenau, Wissembourg formèrent entre elles une
confédération pour les intérêts de leur commerce ; le nom de
villes impériales fut donné à la plupart d’entre elles, et bientôt
quelques-unes, telles que Strasbourg et Haguenau, acquirent
une presque complète indépendance.
Rodolphe de Hapsbourg,
qui termina le grand interrègne (1273), visita l’Alsace et lui
donna pour landgrave son fils, nommé comme lui Rodolphe ; les
troubles que lui-même y avait allumés avant d’être empereur
n’en continuèrent pas moins. L’Alsace se souleva plus tard contre
Adolphe de Nassau, parvint à le renverser et lui substitua ce
fameux Albert Ier sous lequel les cantons suisses conquirent
leur indépendance.
L’Alsace favorisa l’insurrection de ces
montagnards et une vaste ligue se forma de Porentrui à Seltz.
Strasbourg secoua entièrement le joug de l’aristocratie et établit
dans ses murs une sorte de constitution républicaine sous la
protection de l’empire. Les discordes civiles n’en continuèrent
pas moins dans la contrée sous cette nouvelle forme de gouvernement,
et il ne fallut rien moins, pour les faire cesser, que l’irruption
des bandes anglaises en Alsace après la bataille de Poitiers.
En 1375 un seigneur français, Enguerrand de Coucy, petit-fils
d’Albert ler, prétendit faire valoir ses droits à la possession
du duché d’Alsace ; il se mit à la tête des bandes d’aventuriers
qui ravageaient le pays, et mit les deux landgraviats à feu
et à sang. Survinrent ensuite de nouvelles querelles entre l’aristocratie
et les habitants des villes ; les campagnes furent dévastées,
et cent cinquante villages furent de nouveau détruits.
La
paix ne se fit guère qu’en 1429, et fut suivie de la ligue de
dix villes, parmi lesquelles Haguenau, Strasbourg, Schlestadt,
Wissembourg, Obernheim se trouvent dans cette partie de l’Alsace
dont nous nous occupons. Ces cités prirent une part active à
la guerre des Suisses contre Charles le Téméraire ; leurs milices
assistèrent à la défaite de Saint-Jacques en 1444, et aux glorieuses
journées de Granson et de Morat en 1476.
Les guerres occasionnées
par la réforme s’annoncèrent par plusieurs soulèvements populaires
en Alsace. Ce fut d’abord la ligue du Soulier formée par des
paysans qui avaient pris pour devise contre les grands et le
clergé : Rien que la justice de Dieu, puis le soulèvement des
Rustauds en 1525. Les anabaptistes vinrent ensuite et proclamèrent
l’égalité de tous les hommes. On les persécuta, et six cents
d’entre eux subirent le dernier supplice.
Le protestantisme
fit des progrès au milieu des entraves que l’Église romaine
s’efforçait d’apporter à son développement ; Calvin, chassé
de Genève, vint en 1 538 à Strasbourg fonder l’Église française
réformée. Les troubles religieux furent le premier prétexte
de cette guerre de Trente ans, qui devint européenne.
L’Alsace
eut sa part de désordres et de misères pendant cette période
; les détails qui la concernent trouveront leur place à l’histoire
du Haut-Rhin. Cependant, il faut dire qu’en 1637, le duc de
Saxe-Weimar battit près de Strasbourg l’armée impériale. Les
deux landgraviats furent conquis et cédés à la France par la
paix de Westphalie ; ils se soulevèrent à plusieurs reprises,
et leur possession eut besoin d’être confirmée par les victoires
de Condé et de Turenne.
Strasbourg seul avait conservé sa
liberté ; elle la perdit après le traité de Nimègue, en 1679.
Malgré sa réunion à la France, l’Alsace resta allemande jusqu’en
1789. La révolution, qui assurait à tous les cultes une égale
protection, fut généralement accueillie avec faveur dans les
deux landgraviats ; quelques soulèvements furent rapidement
comprimés, et les départements du Haut et du Bas-Rhin défendirent
généreusement leurs frontières contre l’armée prussienne.
Le Bas-Rhin vit passer Moreau, et Kehl et Huningue furent
le premier théâtre des opérations de ce général lorsqu’il lit
la célèbre campagne d’Allemagne. L’Alsace se distingua en 1814
par sa fidélité à l’empereur ; en 1815, Rapp, presque sans soldats,
fit soutenir aux habitants de Strasbourg un blocus de trois
mois.
L’industrie s’y développa cependant, et à la fin du
XIXème siècle, le département du Bas-Rhin est l’un
des premiers parmi les départements manufacturiers de France.

C’est aux environs de 1300 av. J.-C.
que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers
la fin du IIIème siècle av. J.-C. le site est devenu
une bourgade cette du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire
et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement,
les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations
bâties sur la terre ferme.
Les Romains arrivent en Alsace
en 58 av. J.-C. et s’installent sur le site de Strasbourg. En
12 av. J.-C. Le général romain Nero Claudius Drusus, frère de
Tibère, y fait construire un camp militaire sur l’emplacement
d’une forteresse gauloise. Le nom de la ville est romanisé en
Argentoratum. C'était alors un camp militaire fortifié positionné
sur le limes du Rhin faisant partie des castella Drusi, les
forts de Drusus. Il abrite dans un premier temps une aile de
cavalerie, l'Ala Petriana Treverorum. Au fil du temps, la ville
va prendre de l’importance. Le camp est agrandi et les fortifications
en bois cèdent leur place à un mur en pierre. La ville abrite
la IIème légion puis, en 88 la VIIIème
légion Auguste. Promue au rang de colonie militaire, Argentorate
est déjà un carrefour commercial important. Aux alentours de
l’an 20 la population est estimée à près de 10 000 habitants,
armée romaine incluse. La ville reste néanmoins essentiellement
militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au
cours des IIème et IIIème siècles, avec
l’agrandissement de l’Empire romain, Argentoratum va servir
de base de repli pour les troupes romaines installées en Germanie.
Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg
redevient une ville frontière.
En 355, la ville est saccagée
par les Alamans. Le césar Julien reconquiert la ville en 357
après une victoire décisive sur les Alamans lors de la bataille
de Strasbourg. Mais en 406 les Germains envahissent à nouveau
la Gaule puis, en 451, la ville est complètement détruite par
Attila


Elle est restaurée sous le nom de Strateburgum
en 496 par les Francs qui favorisent le développement de la
ville, après la conversion de Clovis au christianisme. En effet,
Argentorate est l’une des rares villes de la région à être le
siège d'un évêque, véritable gouverneur de l’époque. En cette
période de paix, la ville se développe à nouveau. Les évêques
successifs étendent leur pouvoir dans toute l’Alsace. Dès le
VIème siècle, sous l’impulsion de l’évêque Arbogast
de Strasbourg, une première cathédrale et un couvent sont édifiés.
Vers 720, la première abbaye est construite à la demande du
duc d’Alsace Adalbert. La majorité des travaux d’urbanisme étaient
alors effectués par les moines qui, par ailleurs, soignaient
les malades et travaillaient la terre.
Sous l’ère mérovingienne,
Strasbourg devient ville royale mais reste de taille très modeste.
Au VIIIème siècle, la ville compte 1 500 habitants.
Les activités sont essentiellement agricoles mais on exporte
déjà du vin, du blé et du bois de chêne vers l’Allemagne, les
Pays-Bas, l’Angleterre et la Scandinavie. En 842, la ville accueille
Charles le Chauve et Louis le Germanique qui s’allient contre
leur frère Lothaire pour le partage de l’Empire légué par leur
grand-père Charlemagne et prononcent les serments de Strasbourg,
le plus ancien texte rédigé en langue romane qui est ancêtre
du français et en langue tudesque langue à l'origine de de la
langue l’allemande. À l’issue de ce conflit en 843, le traité
de Verdun attribue Strasbourg à Lothaire. Mais peu après sa
mort, en 870, la ville revient à la Louis le Germanique. Strasbourg
obtient alors le droit de justice et celui de battre monnaie.

En 962, Otton le Grand fonde le Saint-Empire
romain germanique et s’appuie sur l’Église en lui octroyant
des pouvoirs temporels forts. Strasbourg va alors connaître
une période d’expansion : une nouvelle enceinte fortifiée est
construite vers 1100 et un premier hôpital voit le jour.
En 1160 on décide de remplacer la cathédrale Wernher du nom
de l’évêque qui demanda sa construction, qui est pourtant de
dimensions imposantes, par un édifice grandiose. En seulement
deux siècles, la ville passe de 3 000 à 10 000 habitants et
devient l’une des plus grandes villes du Saint-Empire.

À partir de 1228, les quartiers maraîchers
font à leur tour partie intégrante de la cité. De nombreux couvents
sont édifiés et plusieurs églises reconstruites. Les franciscains
arrivent en 1222 et s’installent sur l’actuelle place Kléber.
Les dominicains s’implantent deux ans plus tard sur le site
du temple neuf.
Le Finkwiller, le quai des bateliers, la
rue des bouchers ou la rue d'or témoignent des nombreuses corporations
présentes à l'époque et indispensables à la vie quotidienne
des Strasbourgeois. Ces axes étaient entourés d’une enceinte
fortifiée qui sera agrandie aux XIIème et XIIIème
siècles. Le système défensif des ponts couverts est édifié.
Les quatre tours actuelles faisaient partie des remparts qui
comptaient 80 tours et étaient reliées par des ponts couverts
d'une toiture en bois, disparue au XVIIIème siècle.
Elles abritaient les corps de garde mais servaient aussi de
prison. En 1201, Philippe de Souabe élève Strasbourg au rang
de ville libre sous l’impulsion de riches seigneurs alsaciens.
Peu après, en 1220, naît le conseil municipal. Il est alors
chargé de fonctions jusque-là attribuées au clergé, notamment
l’administration et la justice. La bourgeoisie acquiert une
autonomie remarquable vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Mais en
1260, Walter de Geroldseck est élu évêque de Strasbourg et exige
qu’on lui restitue les pleins pouvoirs. Très vite, une guerre
éclate entre les Strasbourgeois et l’armée épiscopale. En 1262,
le prélat est vaincu à la bataille de Hausbergen, par les troupes
strasbourgeoises, bien aidées par Rodolphe Ier du Saint-Empire.

Strasbourg tombe alors entre les mains
des plus grandes familles nobles de Strasbourg : les Zorn et
les Mullenheim. Les rivalités incessantes entre ces deux familles,
ainsi que le mépris des nobles à l’égard des bourgeois finissent
par agacer, et en 1332 une guerre civile éclate. Le pouvoir
revient alors à la classe marchande.
Au milieu du XIVème
siècle, la peste envahit toute l’Europe et atteint Strasbourg.
Comme dans de nombreuses villes, les juifs sont accusés d’avoir
empoisonné les puits. Pierre Swarber, l’ammeister de Strasbourg,
tente de protéger les juifs de la ville ordonnant notamment
qu’une enquête soit menée. Mais le 9 février 1349, lui et la
plupart de ses alliés sont bannis de la ville. Le 13 février
de cette même année, près de 2 000 juifs sont brûlés vifs à
l’endroit de l’actuelle rue Brûlée
Haguenau

La ville a été fondée par Frédéric de
Hohenstaufen, dit le Borgne, père de Frédéric Barberousse, sur
une île de la Moder vers 1115. En 1164, son fils Frédéric Ier,
dit Barberousse, empereur du Saint-Empire romain germanique,
rédigea la charte de Haguenau, qui octroyait à la cité un certain
nombre de droits et privilèges, et fit du château une des résidences
impériales de la dynastie des Hohenstaufen. En 1189, il part
de Haguenau pour la 3e croisade non sans avoir auparavant fondé
un hospice pour les pèlerins, l'église actuelle de Saint-Nicolas.
Il se noie en passant à gué une rivière d'Asie Mineure. Ses
successeurs Henri VI et Frédéric II firent de nombreux séjours
dans le château. C'est là qu'eut lieu une des auditions de Richard
Cœur-de-Lion devant le tribunal impérial présidé par Henri VI.
À la disparition de la dynastie, la résidence fut délaissée.
Durant le grand interrègne (1250-1273), les bourgeois de
la ville obtiennent de nombreux droits. Petit à petit, ils se
gouvernent eux-mêmes et obtiennent la moitié de la propriété
de la forêt. C'est l'origine du statut juridique de la forêt
actuelle : l'indivision.

Rodolphe de Habsbourg à partir de 1273
remet de l'ordre dans les possessions impériales et fait de
Haguenau la capitale du grand bailliage regroupant 45 villages
et 10 villes. L'administration se loge dans un ensemble de bâtiments
à côté de l'ancienne résidence impériale transformée en atelier
municipal. Seule subsiste la chapelle impériale où les Staufen
mettaient en sûreté les insignes impériaux et les grandes reliques
lorsqu'ils résidaient au château. En 1354, son rang de chef-lieu
fait d'elle la capitale d'une ligue urbaine qui réunit les dix
villes impériales d'Alsace. Cette association avait pour but
de défendre les droits des villes face aux grands seigneurs
à qui l'empereur, toujours en manque d'argent, était obligé
de mettre les villes en gage.
Elle perd, selon l'interprétation
qui est faite par les Français du très ambigu Traité de Münster,
son statut de ville impériale en 1648. Or, avec les villes de
la Décapole, Haguenau ne l'entend pas de cette oreille, dans
la mesure où ce traité garantit également aux villes leur immédiateté
d'Empire. Malgré de lourdes pertes, sa population est réduite
des 2/3, Haguenau veut résister et rester une ville impériale
indépendante. Un nouveau traité en 1676 donne définitivement
la souveraineté au roi de France. En 1677, Louis XIV décide
de soumettre la Décapole par la force. La population réduite
à quelques centaines de personnes est chassée avec interdiction
de revenir. La ville est incendiée en janvier une première fois
et en septembre à l'exception des églises par les troupes de
son général Montclar. La population est autorisée à revenir
dans la ville qu'en juillet 1678. Jusqu'en 1715, Haguenau ne
connaît que la guerre.
Molsheim

La première mention de Mollesheim n’apparaît que vers 820, dans un acte de donation de vignes de l’évêque Adeloch, en faveur du Chapitre de Saint-Thomas. Le sarcophage de l'évêque Adeloch se trouve en l'église Saint-Thomas de Strasbourg. En 1219, l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen accorde à la ville plusieurs droits et franchises et en 1263 la cité est déjà entourée d'un premier mur d'enceinte qui lui confère quasiment la qualité de ville dans le sens médiéval. Parce que les évêques de Strasbourg y possédaient des biens, il en résulta des conflits entre eux et les empereurs germaniques, querelle qui se termina en 1308, au profit de l’évêque Jean de Dirpheim L'évêque Jean Ier, fit agrandir le premier mur d’enceinte en 1318 et y bâtit un château. Cet évêque mort en 1328, fut inhumé dans la chapelle de l'hôpital qu'il avait fondé, à l'emplacement duquel fut construite l'église des Jésuites, actuelle église paroissiale de Molsheim.

En 1354, l'empereur Charles IV rendra
visite à l'évêque Berthold. Après les victoires de la ligue
helvétique de 1386 à 1388, la féodalité, pour se dédommager
de ses défaites en Suisse, porta la guerre dans d'autres pays.
Le comte palatin Robert ravagea l'Alsace et Molsheim fut de
nouveau incendié en 1388. En 1415 l'évêque Guillaume de Dietsch
y fut arrêté par le Grand Chapitre, secondé par la ville de
Strasbourg, parce qu'il avait aliéné un grand nombre de domaines
et revenus de l'évêché. En 1573 l'évêque Jean IV établit une
monnaie. Dans la même année (selon d'autres en 1560), les chanoines
catholiques de Strasbourg quittèrent Molsheim.
La magistrature
se composait autrefois d'un prévôt, de quatre bourgmestres et
de huit conseillers. La famille noble de Kember porta le nom
de Molsheim. Pendant l'empire, Molsheim fut le siège d'une sénatorerie.
Plus tard, l'évêque de Strasbourg, Lepappe de Trévern, y établit
une école des hautes études ecclésiastiques qui fut ensuite
transférée à Marlenheim, où elle resta jusqu'à la mort de cet
évêque.
En 1580 Laurent Gutjahr, abbé d'Altorf, acquiert
à Molsheim une propriété. Ainsi les bénédictins, déjà établis
depuis le XIe siècle à Altorf, village non fortifié, vinrent
se réfugier derrière les remparts de Molsheim. En 1580 les Jésuites
fondèrent une école à Molsheim que l'évêque Léopold d'Autriche
transforma en académie en 1618, année de consécration de l'église
des jésuites (actuellement église paroissiale). La clé de voute
de la chapelle latérale sud représente les armoiries de l'archiduc
Léopold d'Autriche. Cette académie atteignit très vite une grande
renommée comme en témoignent les nombreux ouvrages qui y furent
imprimés. Le chancelier de cette académie fut Christoph von
Heyden en 1619. Adam Contzen avait le titre de vice-chancelier
de l'académie; il était secondé par Josse Coccius, Étienne Ruid,
Henri Reffay, tous les quatre jésuites. En 1701, Louis XIV transféra
l'Académie à Strasbourg et laissa à Molsheim un collège. Lors
de la suppression de la maison des Chartreux à Strasbourg en
1591, les religieux de cet ordre se retirèrent également à Molsheim
et y bâtirent un couvent, dont les magnifiques vitraux furent
en partie détruits pendant la Révolution; les autres furent
transférés à Strasbourg. La chartreuse de Molsheim fait l'objet
d'un important travail de restauration (chantier de bénévoles).
En 1592, à la mort de l'évêque Jean de Manderscheid, un conflit
opposa les chanoines catholiques de Molsheim aux chanoines protestants
de Strasbourg. La lutte entre le prince Jean Georges de Brandebourg
et le cardinal de Lorraine au siège épiscopal de Strasbourg,
eut des suites funestes pour Molsheim. Cette période est appelée
la Guerre des évêques. En 1605 les magistrats de Strasbourg
chassèrent les chanoines de la cathédrale qui vinrent trouver
refuge derrière les fortifications de Molsheim. En 1657, après
de longues tractations, les Capucins vinrent aussi s'installer
à Molsheim. Ils construisirent un couvent et une église, mais
toutes ces constructions ont disparu. Les capucins, un ordre
mendiant, assuraient leur subsistance en allant confesser, prêcher,
remplacer les curés. C’est ainsi que la cité épiscopale devint
au début du XVIIe siècle le centre de la Contre-Réforme en Basse-Alsace.
Les religieux de Molsheim s’employèrent à combattre la « nouvelle
doctrine » par la prédication, l’enseignement et la formation
de jeunes prêtres.
Saverne

Dès l'Antiquité, les hommes ont su profiter
de ce passage rétréci, étranglé, où les Vosges se réduisent
à un saut abrupt. Les romains l'ont naturellement inclus dans
leur système de communications. Pour surveiller le passage,
il faut un fort ; pour assurer les services, il manque les relais,
car la côte de Saverne est fort rude.
Ainsi naît, au pied
de la côte, au débouché de la Zorn dans la plaine, une petite
ville fortifiée, groupée autour de trois relais, trois auberges
: Très Tabernae, Saverne.
Aux époques carolingiennes, l'importance
de Saverne est capitale ; la ville est alors propriété de l'évêché
de Metz, avant d'échoir aux nouveaux ducs de Souabe et d'Alsace,
les Hohenstaufen.
Au XIIIème siècle, la ville
est donnée à l'évêché de Strasbourg. En 1417, l'évêque Guillaume
de Diest se brouille avec le Magistrat de Strasbourg, qui a
depuis longtemps échappé à sa tutelle, et vient s'installer
avec l'administration épiscopale dans la ville. Il s'en est
fallu peut-être de peu que Strasbourg perde son rang et que
l'évêque d'Alsace soit évêque de Saverne, d'autant plus qu'un
siècle après la cathédrale elle-même est confisquée par la ville
passée à la réforme et vouée au culte protestant ! Quoi qu'il
en soit, Saverne devint par ce fait capitale du domaine épiscopal,
qui s'étendait jusque vers Thann au sud et en pays de Bade.
La ville s'agrandit alors considérablement. Les évêques furent
de grands bâtisseurs et la dotèrent de beaux monuments ; notons
particulièrement l'agrandissement des châteaux et de l'église
paroissiale, par Guillaume de Diest (1394-1439), le comte palatin
Robert de Bavière (1440-1478) et son successeur Albert de Bavière
(1479-1506). En 1444, les Armagnac du dauphin Louis épargnent
Saverne, mais en 1525, éclate la guerre des paysans. Ceux-ci
se réfugient à Saverne ; conscients de leur infériorité en nombre
et en équipement et trompés par les promesses qui leur ont été
faites, ils décident de se rendre, et à peine ont ils quitté
la ville que les soldats du duc Antoine de Lorraine, malgré,
dit-on, son ordre de les laisser aller, les massacrent. 20 000
rustauds périrent en ce jour. Une effroyable boucherie, qui
répond à celles commises par les paysans révoltés dans toute
la région.
La guerre de Trente ans allait gravement toucher la ville, du
fait justement de sa position sur la route devenue stratégique
du col. Les Pandours du baron de Trenck mirent la ville au pillage
et laissèrent un tel mauvais souvenir dans la région qu'on qualifiait
de pandour toute personne brutale, violente ou sans éducation.
"Wilder pandur"...
En 1634, la ville s'était pourtant placée
sous protection française. Pourtant. les traités de Westphalie
laissèrent à l'empire l'évêché de Strasbourg, avec Saverne.
Le roi de France y laissa néanmoins une garnison et se réserva
le privilège de faire passer ses troupes sur son territoire.
Il fallut attendre encore trente-deux ans pour que la ville
devienne française.
Les princes-cardinaux de Rohan installèrent
ici leur cour, bien que la cathédrale et la ville soient réconciliées
avec le catholicisme. On leur doit la construction d'un palais
impressionnant qui reste le chef-d’œuvre de la ville.

En 1779, le château construit par le
prince de Furstenberg disparut dans un incendie. Le dernier
représentant de cette "dynastie" de cardinaux-évêques de Strasbourg,
Louis-René de Rohan-Guémené, ceignant la mitre cette même année
décide de le remplacer par une nouvelle construction. Il y commet
l'architecte Salins de Montfort.
C'est ainsi que naît cette
superbe façade, longue de 104 mètres, célèbre par ses huit colonnes.
Un parc de 400 hectares s'ouvrait devant elle. Une immense majesté
se dégageait de l'ensemble, bien digne de la fière devise des
Rohan : "Roi ne puis, Prince ne daigne, Rohan suis" Au XIXème
siècle, la ville s'industrialise. Le canal de la Marne au Rhin
la traverse (et ampute malencontreusement le parc du palais
des Rohan) avant d'aborder la vallée de la Zorn ; et la voie
ferrée Strasbourg--Paris, achevée en 1850, y fait étape. Ni
l'un ni l'autre ne peuvent franchir le seuil de la côte de Saverne
et devront remonter la vallée de la Zorn et recourir au tunnel.
Si la voix ferrée monte doucement à flanc du vallon, le canal
ne peut l'imiter qu'au prix d'innombrables écluses, dont une
partie sera supprimée par la mise en service dans les années
1960 d'un ascenseur à péniches unique au monde.
A la Révolution,
la ville se rendit propriétaire du palais puis en 1852 l'offrit
à Napoléon III. Celui-ci lui fit ajouter les deux ailes et en
réaménagea l'intérieur. Le fronton donnant place du château
date de cette époque ; il est dû à J. Droz. De 1873 à 1945,
le château servit de caserne, puis il fut rendu à la ville.
Selestat


La légende raconte que la ville a été
fondée par le géant Sletto, ou Schletto (d'où le nom allemand
de Schlettstadt), qui aurait creusé de ses propres mains la
vallée du Leberthal. La première trace écrite remonte au VIIIème
siècle mais le site faisait alors partie du village de Kintzheim.
L’expansion de la ville débuta au XIème siècle lorsque
Hildegarde de Buren, mère du premier des Hohenstaufen, grand-mère
de l'empereur Frédéric Barberousse, y fonda une église occupée
à partir de 1094 par des moines de Conques qui vénéraient Sainte
Foy. Ce prieuré dirigea la ville jusqu’à ce que Frédéric II
de Hohenstaufen accordât le statut de ville libre à Sélestat
en 1217.
Le pouvoir passa dès lors mais progressivement
aux bourgeois. Les commerçants et les Sélestadiens firent construire
à quelques mètres de l'église romane Sainte Foy l'église paroissiale
Saint-Georges. Cette église style gothique flamboyant fut construite
entre 1220 et 1500. Sélestat prospérait et devient membre de
la Décapole en 1354 et jusqu'en 1679, agrandit ses fortifications,
reçut des ordres monastiques et faisait du commerce.
En
1521, à Sélestat, il est mentionné pour la première fois le
sapin de Noël ou arbre de Noël ou encore arbre du Christ. Le
document est exposé à la Bibliothèque Humaniste. Il s'agit d'un
livre de comptes datant du 21 décembre 1522 et venant des archives
de la ville.
La Renaissance marqua la période glorieuse
de la ville qui devint une capitale de l’humanisme. Son école
devint célèbre dans toute l’Europe. La Réforme, la Guerre des
Paysans, qui agitait alors le Sud du Saint Empire, et celle
de Trente Ans marquèrent le déclin de Sélestat.
La ville
fut prise par les Suédois en 1632, occupée par les Français
en 1634 et officiellement annexée par Louis XIV avec les autres
villes de la Décapole à la Paix de Nimègue en 1678. Elle fut
entretemps fortifiée par Vauban et l'ingénieur Jacques Tarade
en 1674. Sélestat devint ville garnison de l'armée française,
vit tous ses privilèges de ville libre disparaître et son nom
francisé.
La ville subit deux sièges par les Allemands en
1814 et 1815 et fut à nouveau assiégée en 1870 lors de la guerre
franco-prussienne. Suite à la défaite de Napoléon III à Sedan,
comme toute l'Alsace et une partie de la Lorraine (le département
de la Moselle actuel), Sélestat fut reprise par les Allemands
à partir de 1870.
Wissembourg


Wissembourg a été fondée voici 13 siècles
par les moines bénédictins qui y bâtirent une abbaye. Cette
abbaye se développa pour devenir au cours des siècles suivants
la plus importante de la région. Son rayonnement exceptionnel
la fit connaître auprès de tous les souverains.
En 868, un
moine franc de basse Alsace, Otfried, écolâtre à Wissembourg,
donne une version rimée des Evangiles (15.000 vers) en langue
franco-tudesque. Ce poème intitulé "Le Christ" a été capital
pour la formation de la langue allemande. Ce moine est représenté
en bas-relief sur la façade de la Grange aux Dîmes.
Vers
1070 est réalisé le vitrail "le Christ de Wissembourg", plus
vieux vitrail figuratif intact du monde, découvert à Wissembourg
en 1880, il est actuellement exposé au Musée de l'Oeuvre Notre
Dame à Strasbourg.
Le village se développe autour de l'abbaye
et grâce à sa prospérité devient bourg et s'entoure d'enceintes.
Les abbés construisent des châteaux aux quatres points cardinaux.
La ville adhère à la Ligue des Villes Rhénanes en 1254 et fait
partie de la Décapole en 1354, l'alliance des dix villes libres
alsaciennes. Les Wissembourgeois eurent souvent à pâtir des
pillages et privations dus aux guerres et aux brigands. Le plus
connu d'entre eux, Jean de Drott, comte Palatin, l'est sous
le nom de Hans Trapp, figure légendaire des Noëls alsaciens.
La ville passe à la Réforme en 1522 lorsque le curé de la
paroisse St. Jean appelle le prédicateur Martin Bucer à ses
côtés. Après le traité de Westphalie, qui plaça la ville sous
la souveraineté française, Wissembourg eut le privilège d'accueillir
le Roi exilé de Pologne, Stanislas Leszczynski. Sa fille Marie
y apprit la demande en mariage de Louis XV, mariage proclamé
à l'église St.Jean en 1725.
Les Wissembourgeois souffrent
beaucoup des guerres et représailles. Conflits entre l'abbaye
et l'électeur palatin, guerres de religion des XVIème
et XVIIème siècles, la ville est ruinée par les pillages
et les privations. Les troupes françaises, impériales, suédoises,
autrichiennes, wurtembergeoises se succèdent.
La bataille
du 4 août 1870, décisive pour le sort du Second Empire, fait
rage au Geisberg où la division Abel Douay succombe sous le
nombre des Allemands. Les combats de la libération de 1944-45
n'épargnent pas non plus Wissembourg qui est libéré une première
fois en décembre 1944, les alliés reperdant le terrain jusqu'au
18 mars 1945.
La suppression des frontières, dernière manifestation
en date de la construction de l’Europe, a redonné à Wissembourg
un rôle régional important et propose un nouvel essor prometteur
à la capitale de l’Outre-Forêt.