Histoire de la Savoie
Carte de la Savoie
Carte d'identité
Un rond point - Méribel Montaret
La Savoie
Région :Auvergne-Rhône-Alpes
Préfecture
: Chambéry
Sous
préfectures :
Albertville
Saint-Jean-de-Maurienne
Conseil général
Office département
du Tourisme
Archives départementales
Patrimoine des communes
Note : ce site officiel du ministère de la culture vous
donne toutes les informations relatives à tous les lieux
et objets inscrits au patrimoine de chaque commune d'un
département.
Fondation Facim
Note : Ce site associatif présente un large choix de
lieux à visiter sur l’ensemble du territoire de la Savoie,
lieux d’histoire, lieux de découvertes et de promenades
dans les baux pays de Savoie.
Gentilé : Savoyards
Population : 442 468 hab. (2021)
Densité : 73 hab./km²
Superficie : 6 028 km²
Subdivisions : Arrondissements
: 3
Circonscriptions législatives : 4
Cantons : 19
Intercommunalités : 17
Communes : 273
L'union territoriale de la France, la
force de cohésion qui relie entre elles toutes ses parties et
qui fait l'admiration ou l'envie des autres nations, ce fait
à peu près unique en Europe et dont l'histoire n'est pas un
accident dû au hasard, c'est, au milieu des évènements humains,
le dégagement d'un grand principe, la consécration d'une loi
providentielle. Ce fait, comme toute œuvre destinée à durer,
est l'œuvre patiente du temps, et il lui a fallu de longs siècles
pour s'accomplir.
La Savoie, dont nous allons résumer les
annales, nous prouvera une fois de plus que les peuples, pas
plus que les individus, ne peuvent échapper à leur destinée
et que l'harmonie, ici-bas, consiste tout entière dans l'accomplissement
des lois que nous impose la divine Providence
La Savoyarde de Montmélian
Quoique la réunion-de la Savoie à la
France ne date que d'hier, nos lecteurs verront depuis combien
de temps cette fusion était préparée dans les esprits, dans
les mœurs, dans les besoins, dans les vœux de tous, et par conséquent
à combien de titres elle était légitime ; ils savent que les
années sont à peine des jours dans la vie des peuples, et ils
se rappelleront que celles de nos provinces les plus profondément,
les plus énergiquement françaises, étaient encore séparées de
la grande, de la bienaimée famille, au commencement du siècle
dernier.
Alors encore, pour rattacher ces membres au tronc,
il fallut de violents efforts, des guerres sanglantes le temps
a marché depuis ; la Révolution française est enfin venue. Par
elle, un nouveau droit public a surgi ; les peuples ont repris
possession d'eux-mêmes, et, cette fois, c'est à un suffrage
libre que la France doit l'agrandissement de sa famille et l'extension
de ses frontières. Ces annexions, conquêtes pacifiques, les
seules que devrait désormais accepter l'esprit moderne, sont
déterminées par une communauté d'origine, des liens de traditions
historiques et une solidarité d'intérêts dont l'évidence ressortira,
nous l'espérons, des faits que nous avons à retracer.
Le château des Ducs de Savoie à Chambéry
Avant l'invasion romaine, époque pleine
d'obscurité et d'incertitude, on sait seulement que la Savoie
était habitée par des tribus allobroges, sorties, comme les
tribus gauloises, de la race celtique.
L'organisation politique
était la même, les mœurs étaient semblables. Aussi, quand Brennus
et Bellovèse descendirent en Italie, leurs hordes, en passant
les Alpes, se grossirent-elles de nombreux contingents de l'Allobrogie.
Polybe donne le nom d'un roi des Allobroges, Bancas, qui aurait
servi de guide à Annibal mais aucun monument ne constate d'une
manière positive le passage du général carthaginois. MM. Champollion-Figeac
et Barentin de Montchal prétendent que le gouvernement des Allobroges
était républicain nous ne mentionnons donc le fait que pour
constater les controverses auxquelles il a donné lieu. Le premier
évènement dont l'authenticité soit incontestable remonte à l'an
118 avant l'ère chrétienne. Les Allobroges avaient donné asile
au roi des Liguriens, ennemi de Marseille que Rome protégeait,
Domitius Ahenobarbus saisit avec empressement ce prétexte la
guerre fut déclarée ; les Savoisiens, unis aux Dauphinois septentrionaux,
s'avancèrent au-devant de l'ennemi ; les armées se rencontrèrent
près d'Avignon, dans les plaines d'un village nommé Vindalie
les Romains furent vainqueurs, et l'Allobrogie fut ajoutée aux
provinces déjà conquises. Jusqu'à l'arrivée de César, les montagnards
semblent avoir supporté le joug assez difficilement ; ils protestaient
contre la lourdeur des impôts, et leur mécontentement était
si notoire, que Catilina comptait sur eux dans ses projets contre
le sénat. Il fut trahi à Rome par leurs députés, qui entrèrent
d'abord dans la conjuration ; mais la nation ne s'en associa
pas moins par un soulèvement à sa tentative il fallut que le
préteur de la Gaule Narbonnaise marchât contre les révoltés.
Un de leurs chefs, Induciomar, de la tribu des Voconces, se
mit à leur tête. Toute l'Allobrogie s'arma deux batailles rangées
furent gagnées par les montagnards sur les légions romaines
; mais ce triomphe fut de peu de durée. C'est à César qu'il
appartenait d'achever de les vaincre. L'indocilité des Allobroges
et les nombreuses interventions qu'elle nécessitait valurent
au pays la création de deux voies romaines, constatées dans
les itinéraires d'Antonin et dont de nombreux vestiges existent
encore l'une de Milan à Vienne en Dauphiné, séparant la Tarentaise
et la Savoie proprement dite du petit Saint-Bernard et de Saint-Genix-d'Aoste
l'autre de la Tarentaise à Genève ; la première longue de 100
kilomètres environ, et la seconde de 110. Depuis César jusqu'à
l'invasion des Burgondes en 427, la tradition ne nous a transmis
le souvenir d'aucun évènement important.
Le Monument des « Quatre sans Culs ! »
Histoire de la Savoie
Le chalet du col de Granier
En parcourant les milliers de document
numérisés site Gallica, J’ai découvert un livre signé par Monsieur
Adolphe Joanne, publié en 1901, qui donne dans son ouvrage une
description très complète de l’histoire de la Savoie et je n’ai
pas résister au plaisir de la joindre dans cette page et j’espère
que vous aurez le même plaisir que moi à la découvrir
Dès
qu'on eut reconnu au fond des lacs de la Suisse l'existence
de pilotis et de poteries qui trahissaient d'anciens établissements,
les archéologues des Sociétés savantes de la Savoie explorèrent
les lacs de leur pays et y découvrirent des pilotis et des poteries
semblables. A quelle époque peuvent remonter ces cités primitives
établies sur les eaux pour rendre leur défense plus facile ?
Cette question attend encore une solution. On a déterminé sept
emplacements de cités lacustres, sur le lac du Bourget, à Tresserve,
à Brison-St-Innocent, à Conjux, à Châtillon.
Cette dernière
localité avait même donné son nom au lac désigné par des cartes
et des chartes du moyen âge sous le nom de Châtillon (lacus
Castillonis). Mais on ignore à quelle nation appartenaient ces
habitants des lacs, car, d'une part, en Suisse, les constructions
sur pilotis paraissent avoir diminué ou cessé avec l'invasion
celtique ; d'autre part, en Savoie, elles semblent avoir subsisté
plus longtemps, peut-être jusqu'à l'occupation romaine.
A
cette époque, les peuples qui habitaient les vallées de la Maurienne
s'appelaient les Médulles et les Graïocelles. Les Ceulrons habitaient
les vallées de la Tarentaise, de Beaufort et du Haut-Faucigny.
Les Broges étaient divisés en deux grandes fractions : l'une,
nommée lsobroges, dans la Bresse, l'autre, Allobroges, dans
les vallées de la province de Genevois, dans une partie du Chablais
et du Faucigny et dans la province de Savoie Propre. Débordant
en Dauphiné jusqu'à l'Isère et jusqu'au Rhône, les Allobroges,
chefs de la redoutable ligue des tribus Sapaudes (Sapaudia,
Savoie), étaient l'un des plus célèbres peuples de la Gaule.
L'historien Polybe nous transmet le premier fait écrit relatif
aux peuples qui habitaient la Savoie : le secours donné par
les Allobroges aux Gaulois cisalpins attaqués par les armées
romaines. Le second est le passage des Alpes par Annibal, passage
qui a donné lieu à tant de discussions, continuées de nos jours.
Lorsque Rome, victorieuse de Carthage, maîtresse de l'Orient
et de l'Espagne, intervint enfin dans la Gaule, pour protéger
Marseille, les Allobroges résistèrent énergiquement aux étrangers
et s'unirent aux Arvernes. Défaits une première fois par Domitius
Enobarbus, ils le furent une seconde fois par Fabius Maximus,
qui obtint l'honneur du triomphe et le surnom d'Allobrogicus.
Ce fut par leur pays et peut-être dans leur pays que Jules César
arrêta l'invasion des Helvètes : il s'annonçait à la Gaule comme
un libérateur, en attendant qu'il pût y parler en conquérant
et en maître.
Opiniâtres dans leur résistance contre les
Romains, les Allobroges, une fois soumis, adoptèrent promptement
les lois, les mœurs, les coutumes, la langue des vainqueurs.
Une chapelle savoyarde
Le territoire fut défriché, assaini, sillonné de routes ; des
cités populeuses s'élevèrent, qu'embellirent des temples, des
théâtres, des palais, des cirques, des écoles, des arcs de triomphe,
des aqueducs, des bains. La Savoie est une des contrées de la
Gaule qui contiennent le plus de ruines antiques, de vestiges
de voies romaines, d'inscriptions latines. On en a trouvé :
à Aime (Forum Claudii, Axima au moyen-âge), à Aiguebelette (Aquae
Bellonae), à Lémenc (Lemencum ) situé auprès de Chambéry, à
Arbin (mosaïques fort remarquables), à Aix-les-Bains (Aquæ Allobrogum
ou Aquae Domitianæ ou Aquae Gratianae), à Albens (ancien vicus
Albaniensis), à la Biolle, à Novalaise.
L'antique Allobrogie,
ayant été détachée de la province Narbonnaise par les empereurs
Galba et Vespasien, forma une nouvelle province, appelée Viennoise,
laquelle s'étendait jusqu'au cœur du pays des Centrons. Mais
un jour, son nom même s'effaça pour faire place au nom primitif
de Sabaudia qui reparut. Dans la Notice des princes et des cités
de la Gaule, ce nom s'écrit Sabuudia, puis, après l'arrivée
des Barbares, Saboja, Saboia, Savogia, Savoye, Savoie.
L'époque
de l'introduction du christianisme en Savoie est incertaine
: saint Jacques, saint Marcel, saint Maxime, saint Élie et saint
Milet furent les premiers qui, au cinquième siècle catéchisèrent
les vallées de ce pays. Parmi les peuples barbares qui s'établirent
dans la Gaule, les Burgondes se distinguaient par leur caractère
pacifique, industrieux. Au lieu de se disperser et de courir
les aventures, ils se glissèrent de la vallée du Rhin dans celle
de la Saône, de celle de la Saône dans la vallée du Rhône et
ne s'arrêtèrent que devant les gorges difficiles, les cimes
escarpées de la Savoie. Ils s'étendirent donc jusqu'au cœur
de ce pays, qui fut compris dans leur royaume.
A cette époque,
Chambéry prit le nom de Camera regis (Chambre du roi), d'où
plus tard on fit Cameriacum, Camberiacum.
Quoique Ariens,
les Burgondes avaient respecté le clergé catholique ; mais bientôt
ils éprouvèrent la puissance des Francs.
Clovis soumit Gondebaud
à un tribut, et ses fils conquirent définitivement le royaume
des Burgondes sur Sigismond, puis sur Gondemar (524-554). La
Savoie se trouva ainsi rattachée de bonne heure au royaume des
Francs, dont elle devait plus tard être séparée, mais auquel,
selon la loi naturelle, elle tendit toujours à revenir.
Malgré leurs forteresses naturelles, les habitants de la Savoie
eurent à souffrir des incursions des Sarrasins, qui dévastaient
la vallée du Rhône et les vallées latérales : ils en furent
délivrés par Charles-Martel, Pépin le Bref et Charlemagne. Pépin
le Bref et Charlemagne traversèrent plusieurs fois la Savoie
pour s'acheminer, par les passages alors presque impraticables
des Alpes, vers l'Italie où ils allaient combattre les Lombards.
Charles le Chauve qui, à peine maître de la Gaule, se vit obligé
d'abandonner son pouvoir et ses terres aux ducs et aux comtes,
voulut néanmoins se rendre en Italie pour y chercher la couronne
impériale. Il mourut en 877, au retour, dans une misérable cabane
du village d'Avrieux, près de Modane.
Des mules svoyardes - Pauvres bêtes !
Le démembrement de
l'empire de Charlemagne avait été funeste à la Savoie, car il
l'avait détachée de la Gaule et réunie à la part de Lothaire,
la Lotharingie. Les pays distraits, à cette époque, de leur
région naturelle et ne pouvant par eux- mêmes constituer un
état, furent pendant des siècles disputés par les maîtres de
la Gaule et les maîtres de l'Allemagne. Ils se fractionnèrent
en plusieurs royaumes oscillant entre des dominations diverses.
La Savoie fit partie du royaume de Provence fondé par le duc
Bosoh (879), puis du second royaume de Bourgogne (Rodolphe II).
Le royaume de Bourgogne ayant passé en 1052 sous la suzeraineté
des empereurs allemands, un certain nombre des pays dont il
se composait s'affranchirent, se démembrèrent en seigneuries
; il y eut alors presque autant d'états que de vallées en Savoie
: évêchés de Tarentaise, de Maurienne, seigneuries de Genève,
de Faucigny, etc. Bientôt les comtes de Maurienne grandirent
en puissance grâce à l'investiture faite à leur profit par Bérold
de Saxe. Le premier comte investi fut Humbert Ier,
aux Blanches mains, chef de la Maison de Savoie. Après lui vinrent
Amédée Ier, Amédée II qui prit position au-delà des
Alpes et inaugura la politique des princes de Savoie, aussi
jaloux de s'étendre en Italie que du côté de la Gaule ; Humbert
II, Amédée III, Humbert III, enfin Thomas Ier.
Ce prince acquit Chambéry près de la ville de Lémenc, à la rencontre
des cinq routes d'Aix, du Mont-du-Chat, de l'Épine, d'Aiguebelette,
des Échelles. Maîtresse de ce point central (1232), la Maison
de Savoie, qui habitait tantôt Charbonnières, près d'Aiguebelle,
tantôt d'autres châteaux de ses états, et qui étouffait dans
les vallées des Alpes, put désormais étendre un bras protecteur
ou menaçant sur les populations et les seigneurs de la Savoie.
Cette maison agrandit encore ses domaines avec Amédée IV, Boniface
Ier, Pierre Ier,, dit le Petit Charlemagne,
Amédée V, dit le Grand. Amédée acquit la Bresse, le Bugey et
plusieurs seigneuries dans le pays de Gex. Ce fut lui qui, en
mémoire d'une croisade en Orient, substitua, dans les firmes
de Savoie, la croix blanche des Chevaliers de Rhodes à l'aigle
de l'empire germanique. Edouard 1er, organisa l'escadron
de Savoie, qui fut le noyau d'une armée régulière permanente
et nationale. Aymon créa à Chambéry un conseil supérieur de
justice et les assises générales de Savoie.
Le lac de Méribel Montaret
Sous Amédée
VIII, surnommé le Salomon de son siècle, la Savoie fut érigée
en duché par l'empereur Sigismond (1416).
Néanmoins les
princes de Savoie restèrent pour la plupart dévoués à la France
et combattirent avec nos rois contre les Anglais. Ils les suivirent
dans leurs expéditions en Italie, et plusieurs fois des mariages
avaient scellé leur union avec la Maison de France. Louise de
Savoie, on le sait, fut la mère de François 1er.
Toutefois les princes de la Maison de Savoie commencent à louvoyer
entre la Maison d'Autriche et la Maison de France, ne cherchant
qu'à faire payer cher aux deux adversaires, tantôt leur alliance,
tantôt leur défection. Charles III s'allie avec Charles-Quint,
et François Ier envahit la Savoie (1554-1556). Le fils-de Charles
III, Emmanuel-Philibert, ré- duit au simple rôle d'un lieutenant
de Charles-Quint, puis de Philippe II, combat alors les Français
avec acharnement, et c'est lui qui gagne avec les troupes espagnoles
la bataille de Saint-Quentin (1557). La paix du Cateau-Cambrésis
(1559) lui rendit ses états, et Henri Il, pour le regagner,
lui accorda la main de sa sœur, Marguerite de France. Emmanuel-Philibert
transféra à Turin le siège de ses états.
Les princes de
Savoie se mêlèrent aux troubles de la Ligue, mais ils furent
obligés de céder à Henri IV le pays de Gex, le Valromey et le
Bugey (traité de Lyon, 1601). Henri IV, avec Sully et Crillon,
avait pris Charbonnières, puis Montmélian, et imposé à presque
toute la Savoie sa domination, que Richelieu maintint sous Louis
XIII.
La paix de Ratisbonne rendit, en 1650, ses états à
Victor- Amédée ICT, mais sous la condition que les princes de
Savoie rentreraient dans l'alliance française. Ils ne la rejetèrent
que sous Louis XIV, quand la politique violente du grand roi
souleva contre lui l'Europe et amena la formation de la Ligue
d'Augsbourg. Le duc de Savoie, Victor-Amédée XI, envahit le
Dauphiné en 1692, mais il fut repoussé, et les victoires des
Français en Italie, à Staffarde et à la Marsaille, le ramenèrent
à Louis XIV. Il l'abandonna encore une fois pendant la guerre
de la succession d'Espagne et recueillit plus d'avantages qu'il
n'avait osé en espérer. Au traité d'Utrecht, la France lui céda
les vallées qu'elle avait gardées sur le versant oriental des
Alpes. Il obtint le titre de roi avec la Sicile (1715). Qui,
trois ans plus tard, fut échangée contre la Sardaigne. Le duc
de Savoie devint ainsi roi de Sardaigne.
Du sommet de la Sauluire
Pendant le dix-huitième
siècle, les ducs de Savoie suivirent la politique ambiguë qui
leur avait si bien profité. Alliés de la France pendant la guerre
de 1755, ses ennemis pendant la guerre de la succession d'Autriche,
ils revinrent à elle après la paix d'Aix-la-Chapelle. Lors de
la Révolution de 1789, Victor-Amédée III se joignit à la première
coalition. Aussitôt une armée française, commandée par Montesquiou
pénètre en Savoie, fait son entrée dans la capitale de l'ancien
duché, et bientôt un décret de la Convention incorpore ce pays
à la République, sous le nom de département du Mont-Blanc. La
Savoie reçut alors les lois, l'administration de notre pays,
et déjà elle se considérait comme française lorsque les traités
de 1815 lui rendirent, avec son indépendance, son roi, Victor-Emmanuel
Ier.
Mais ses princes devenaient de plus en plus
italiens. En 1859, avec l'appui de l'armée française, Victor-Emmanuel
II conquit la Lombardie, puis s'étendit au centre de l'Italie
et abandonna (24 mars 1860) la Savoie à la France. Le descendant
des ducs de Savoie, devenu roi d'Italie, se consola sans peine
de la perte d'une province, qui bien qu'elle eût été le berceau
de sa maison, était de plus en plus étrangère au royaume où
la fortune l'avait appelé à régner. Les habitants de la Savoie,
séparés de l'Italie par les Alpes, montrèrent par leur vote
quasi-unanime (3 avril 1860) en faveur de l'annexion, qu'ils
considéraient ce changement, d'ailleurs si favorable à leurs
intérêts, comme un retour pur et simple à leur mère- patrie.
L'ancien duché de Savoie fut alors divisé en deux départements,
et celui qui garda le nom simple de Savoie, comprit la Haute-Savoie,
la Savoie Propre, la Maurienne et la Tarentaise avec Chambéry
comme chef-lieu.
On peut supposer que, le caractère des Savoisiens
ayant été mieux apprécié par les Romains, de meilleurs rapports
s'établirent entre les vainqueurs et les vaincus, que les impôts
furent diminués et qu'une période de paix et de bonheur relatif
fit oublier les tempêtes et les calamités passées. N'est-ce pas
l'occasion d'appliquer le mot célèbre Heureux les peuples qui n'ont
pas d'histoire ?
C'est par analogie encore que nous sommes réduits
à juger les temps qui suivirent. Le contact de la civilisation romaine
dut opérer en Allobrogie une transformation semblable à celle que
nous avons pu signaler dans la plus grande partie de la Gaule par
certains changements caractéristiques et avec des documents précis
qui manquent ici. Il fallait que le caractère national eût perdu
beaucoup de son ancienne fierté et de son énergie pour accepter
sans protestation une invasion des Burgondes vaincus que le patrice
romain Aétius parquait dans les vallées de la Savoie (Sapaudia ou
Sabaudia (1) en l'an 427.
Il fallait que les éléments de sa nationalité
primitive fussent bien altérés pour se laisser aussi facilement
absorber par la barbarie des nouveaux hôtes. Pendant près de six
siècles, la Sapaudia disparaît dans les royaumes de Bourgogne, plus
complètement encore que l'Allobrogie n'avait été effacée sous les
successeurs de César ; malheureusement, cette époque, moins éloignée
de nous et mieux connue que la précédente, ne nous permet pas d'aussi
rassurantes suppositions. La pauvre Savoie eut sa part de tribulations,
de misères, d'épreuves de tout genre, dans les crises que traversèrent
ces éphémères monarchies burgondes. Nos lecteurs trouveront un aperçu
de cette lamentable histoire dans la notice de la Côte-d'Or, où
il était mieux à sa place ; nous n'y emprunterons que quelques détails
se rattachant plus directement au passé du département de la Savoie.
Nous rappellerons seulement le nom de quatre rois de la première
dynastie Gondicaire fonde le royaume. Chilpéric est le père de la
célèbre Clotilde, épouse de Clovis. Gondebaud promulgue la
(1)
A quelle époque parait le mot Sabaudia pour désigner cette région,
et d'où vient-il ? On l'ignore complètement. C'est un écrivain du
IVème siècle après Jésus-Christ, Ammien- Marcellin, qui
l'emploie pour la première fois, et depuis il a été conservé. Des
différentes étymologies qu'on lui a données, la seule vraisemblable
est la suivante Sap-Wald, deux mots teutons ou germaniques dont
la réunion signifie Forêt ou Pays des Pins.
Le Col de l'Iseran
La loi Gombette, ce code de la féodalité
qui survécut si longtemps à l'invasion des barbares et dont l'empreinte
est encore si puissante dans plusieurs constitutions contemporaines
enfin le dernier et le meilleur, dit-on, Sigismond, fait étrangler
son fils sur un simple soupçon de révolte ; mais il fait de nombreux
dons au clergé et de pieuses fondations il est canonisé.
C'est
à cette période de son histoire qu'on fait remonter, pour la Savoie,
la première organisation de son territoire en pagi, espèce de districts
désignés sous la dénomination générique de Pagi Burgonden, organisation
que remania de sa main puissante Charlemagne en 763, lorsque, passant
d'Allemagne en Italie, il s'arrêta à Genève et à Saint- Jean-de-Maurienne.
Dans ce même temps, les plus célèbres apôtres du christianisme en
Savoie furent saint Romain, saint Colomban et saint Lupicin. Notons
encore, comme preuve de la permanente solidarité qui devait unir
la Savoie aux provinces voisines de la Gaule, que le royaume de
Bourgogne comprenait, avec la Savoie elle-même et le nord-est de
la Suisse, la Bourgogne proprement dite, la Bresse, la Franche-Comté,
le Dauphiné, le Lyonnais et toute la Provence.
La savoie sous la neige
La capitale était tantôt Lyon ou Vienne,
tantôt Chalon-sur-Saône. Les annales de la Savoie sont plus dépourvues
encore de tout intérêt spécial et plus vides d'événements importants
sous la seconde monarchie bourguignonne.
Lorsque Louis le Débonnaire,
en 842, partagea entre ses fils l'héritage de Charlemagne, la Savoie
échut à Lothaire avec l'Italie, la Provence et le titre d'empereur.
Après Louis, fils de Boson, le royaume de Bourgogne transjurane
se scinde, et la Savoie passe sous le sceptre de Rodolphe 1er,
premier roi du second royaume de Bourgogne. Ce roi, comme son prédécesseur
Boson, n'était d'abord qu'un simple gouverneur de province ; il
profita des troubles du royaume, en fomenta de nouveaux et se fit
proclamer roi à Saint-Maurice-en-Valais, par les grands feudataires
qu'il avait séduits. Rodolphe Il, qui lui succéda, mourut à Payerne,
près de Lausanne, en 938 ; il ajouta à ses États les principautés
d'Arles et de Provence.
A la mort de ce prince, surnommé le Fainéant,
le royaume tomba dans l'anarchie et passa pièces par pièces aux
comtes, aux barons qui s'emparèrent de l'autorité souveraine dans
leurs districts. Conréard, qui lui succéda, eut lui-même pour successeur
Rodolphe III, plus fainéant encore que Rodolphe II. Ce dernier compléta
l’œuvre de dissolution en étendant aux titulaires ecclésiastiques
les concessions d'autorité temporelle que l'autre avait faites aux
seigneurs laïques. Nos lecteurs ont déjà remarqué sans doute l'identité
qui existe même dans ce surnom de fainéant entre ces tristes chroniques
de Bourgogne et l'histoire de France qui lui correspond ; nous avons
à signaler une similitude plus déplorable encore, le fléau des invasions.
Citons un historien national, Claude Genoux, une des gloires populaires
de la Savoie « Ce fut en 891, dit-il dans son excellente Histoire
de Savoie, que les Sarrasins, fanatiques sectaires de Mahomet, abordèrent
à Nice, ils désolèrent d'abord le Piémont et passèrent ensuite en
Savoie. Les marquis (commandants des marches), les comtes, les évêques
de Maurienne, de Tarentaise et de Genève, convoquèrent le ban et
l'arrière-ban de leurs guerriers ; ce fut en vain des flots de sang
coulèrent, et, malgré la bravoure de ses défenseurs, la ville de
Saint-Jean-de-Maurienne fut ruinée de fond en comble, le Faucigny,
la Tarentaise et le Valais eurent à peu près le même sort. C'était
toujours chargés de butin que les Sarrasins, après leurs expéditions,
se réfugiaient dans la haute vallée des Beauges, ou bien encore,
dit la tradition, dans le quartier général à La Roche-Cevin.
La fontaine de la place »
A Conflans, où ils ne laissèrent pas pierre
sur pierre, ils bâtirent eux-mêmes une tour carrée, afin de perpétuer
la mémoire de leurs méfaits. Cette tour se voit encore aujourd'hui
à l'angle droit de l'esplanade de la ville une autre version, il
est vrai, prétend que les barons saxons bâtirent cette tour ainsi
que beaucoup d'autres et qu'ils employèrent comme manœuvres les
prisonniers qu'ils firent aux Sarrasins. Toujours est-il que ; de
toute notre Savoie, le château d'Ugine seul leur résista. C'était
vers 940, sous le règne de Conréard, troisième roi du second royaume
de Bourgogne. Cette invasion avait duré cinquante ans. » La fin
de Rodolphe III nous conduit à fan 1033. La Savoie appartient alors
à Conrad le Salique, fils de Rodolphe II. Adopté comme héritier
par Charles Constantin, il est, à la mort de celui-ci, couronné
empereur d'Allemagne.
Une nouvelle période commence pour l'histoire
de notre province.
Ici, toutefois, se présente pour nous une
difficulté nouvelle. Pour les époques précédentes, les documents
sont rares et confus ; ceux que nous allons rencontrer maintenant
ont besoin d'être transformés et dégagés d'éléments qui ne leur
sont pas propres. Il n'existe point, pour ainsi dire, d'histoire
de Savoie, tant cette histoire se fond et s'absorbe dans celle de
la maison qui régnait sur ce pays. Ce peuple tout de dévouement
et d'abnégation, semble avoir renoncé à toute existence nationale
pour vivre de la vie de ses souverains. Ses prospérités comme ses
infortunes, sa gloire comme ses revers sont ceux de ses comtes,
de ses ducs, de ses rois ; et les historiens du pays se sont tellement
associés à cette espèce d'abdication, que leur grand souci est de
rechercher s'il faut faire remonter l'origine d'Humbert aux Blanches
mains, le premier comte de Savoie, à Boson, le fondateur du second
royaume de Bourgogne, ou à Bérold le Saxon, descendant du fameux
Witikind, comme le désiraient les princes de Savoie, dans le but
de se donner un titre germanique à l'empire d'Allemagne, auquel
aspirèrent plusieurs d'entre eux.
Notre observation n'a rien
d'hostile pour l'antique et illustre maison de Savoie ; nous sommes
tout disposés à reconnaitre qu'elle a souvent donné des preuves
de clémence, de mansuétude et de bonté, bien rares dans ces siècles
d'injustice et de violence ; nous sommes prêts à proclamer que beaucoup
de ses membres ont été aussi sages, aussi habiles, aussi prudents
que courageux et magnanimes nous faisons trop la part du temps,
des mœurs, des institutions, pour lui reprocher sa persévérante
ambition ; mais il nous sera permis de regretter que tout cet éclat
ait laissé dans une ombre trop profonde les mérites oubliés de ceux
qui ont tant contribué à cette fortune.
En en tirant une excuse
pour l'insuffisance de cette notice, nous espérons aussi y trouver
un argument à l'appui des opinions que nous avons émises en commençant.
Telle est, en effet, la puissance des liens qui rattachent la Savoie
à la France, que, malgré son dévouement docile, malgré l'héroïque
fidélité avec laquelle elle suit et sert ses princes dans leurs
brillantes aventures, rien ne peut détourner ni ses regards, ni
ses pensées, toujours tournés vers l’occident aujourd'hui même que
sa croix blanche flotte victorieuse des confins du Tyrol aux rivages
de la Sicile, aucun regret ne se mêle au bonheur qu'elle éprouvé
d'arborer enfin le drapeau de la France.
Un village savoyard
Tâchons de répondre à ces précieuses sympathies
de nos nouveaux compatriotes, et qu'ils ne s'en prennent qu'à l'humilité
et à la modestie de leurs ancêtres, s'il est si difficile de glorifier
convenablement leur passé. Voici quelles étaient, en Savoie, vers
le milieu du XIème siècle, les grandes familles de hauts
barons déjà existantes les vicomtes de Maurienne, de Briançon et
de Chambéry, les barons de Seyssel, de Menthon, de La Rochette,
de Blonay, de Montbel, de Chevron-Villette, de Beaufort, de Montmayeur,
de Miolans et d'Allinges. Au-dessous de ces puissantes maisons existait
une noblesse inférieure, ne possédant que de petites baronnies et
qui formait l'ordre équestre. Après lui venait, dans l'ordre hiérarchique,
une noblesse militaire, composée de capitaines, qui forma, plus
tard, l'ordre des chevaliers. Après cette dernière classe de la
noblesse venait celle des vavasseurs ou hommes libres, que l'on
nommait aussi hommes d'honneur et compagnons de guerre ; puis les
propriétaires libres ou de franc-alleu, et ensuite les vilains ou
villageois ; ils étaient affranchis et propriétaires, mais attachés
à la glèbe. Enfin, les serfs venaient en dernier lieu ; ils terminaient
cette longue liste de privilèges, de servitude et de misère. Cette
classe, beaucoup plus nombreuse que toutes les autres ensemble,
dit M. Costa de Beauregard, était composée d'ilotes voués exclusivement
aux travaux des champs, à qui l'usage des armes était interdit,
qui ne- devaient jamais quitter le sol natal, qui ne connaissaient
point les douceurs de la propriété, et auxquels il n'était permis
ni de se marier ni de tester, sans le consentement de leurs seigneurs,
lesquels étaient les maitres de lever sur eux des contributions
arbitraires ; et comme, suivant la coutume des Francs et des Bourguignons,
la longueur de la chevelure indiquait le degré de la noblesse, les
serfs, en signe de leur condition, devaient tenir sans cesse leurs
cheveux coupés au ras de la tête. De l'an 1033 à 1391, dix-sept
comtes de la dynastie de Savoie possèdent successivement tout ou
partie du pays. Voici la liste de ces princes, avec la date approximative
de leur règne, sans y comprendre la trop problématique :
Bérold
de Saxe - 1033
Humbert 1er, dit aux Blanches mains
- 1048.
Amédée 1er, ou, par abréviation,
Amé, surnommé la
Queue - 1069.
Oddon ou Othon - 1078.
Amédée II, surnommé
Adélao - 1094.
Humbert II, dit le Renforcé - 1103.
Amédée
III - 1150.
Humbert Ill, surnommé le Saint - 1188.
Thomas
1er - 1230.
Amédée IV - 1253.
Boniface, dit le
Roland - 1263.
Pierre, dit le petit Charlemagne - 1268.
Philippe
- 1285.
Amédée V, dit le Grand- 1323.
Édouard, surnommé le
Libéral - 1329.
Aimon, dit le Pacifique - 1344.
Amédée VI,
dit le comte Vert - 1383.
Amédée VII, surnommé le Rouge, le Noir
ou le Roux.
Après la réunion des deux Bourgognes sous le sceptre
de l'empereur Conrad le Salique Humbert 1er obtint de
ce prince le titre de comte souverain de Maurienne. Cette concession,
toutefois, ne s'étendait qu'à une partie de la Maurienne et à quelques-unes
de ses petites vallées. Le comte habita, ainsi que ses successeurs,
jusqu'au milieu du XIIIèmesiècle, le château fort de
Charbonnière, résidence ordinaire des marquis, feudataires des rois
de Bourgogne et chargés, par eux, de défendre la vallée de Maurienne
et la ville d'Aiguebelle.
Le Village de Tignes avant sa submersion par le Barrage de Chevril
Tels furent l'humble berceau et les premiers
domaines de la puissante monarchie de Savoie. Sous Amédée 1er,
les progrès étaient déjà sensibles, à en juger d'après la chronique
à laquelle ce prince dut son peu poétique surnom. L'empereur d'Allemagne,
Henri Ill, allait se faire couronner à Rome ; il était accompagné
d'Amédée 1er, que suivaient de nombreux gentilshommes
; quarante, diton.
« Advint un jour, raconte Paradin, que
le comte se vint présenter à l'huis de la chambre où se tenoit le
conseil, et ayant heurté, lui fut incontinent la porte présentée,
pour sa personne seulement, le priant l'huissier du conseil de vouloir
faire retirer cette grande troupe qui estoit à sa queue ; à quoi
ne voulant acquiescer, ne voulut l'huissier permettre l'entrée dont
il persista encore si haultement que l'empereur oyant le bruit demanda
que c'estoit, l'huissier répond que c'estoit le comte de Maurienne
qui menoit après soi un grand nombre de gentilshommes. Lors, dit
l'empereur, qu'on le laisse entrer et qu'il laisse sa queue dehors
ce qu'ayant entendu, le comte répondit avec mécontentement si ma
queue n'y entre avec moi, je n'y entrerai jà et vous en quitte.
Alors l'empereur ordonna que la porte fût ouverte au comte et à
sa queue. »
N'est-ce point un curieux tableau des mœurs du
temps et un intéressant indice des rapports qui existaient alors
entre les divers degrés de la hiérarchie féodale? Le marquisat de
Suse, ce premier regard sur l'Italie, échoit à Oddon par son mariage
avec Adélaïde, fille de Mailifroy. Sous le règne de son fils, Amédée
II, cette Adélaïde sert de médiatrice entre le pape Grégoire VII
et l'empereur Henri IV ; et il est déjà question de l'importance
politique que prend la maison de Savoie, dans une relation adressée
par l'ambassadeur Foscarini au sénat de Venise. Cependant le titre
de comte de Savoie ne semble avoir été pris pour la première fois
que par Humbert II.
La Savoie eut, comme la France, les folles
terreurs de l’an 1000 qui multiplièrent les fondations religieuses.
Le siècle suivant fut celui des croisades ce fut principalement
à la troisième que prit part la Savoie. Amédée III accompagna le
roi de France Louis VII ; il mourut à Nicosie, dans l'île de Chypre,
deux ans après son départ de Charbonnière. Voici le nom des principaux
seigneurs dont il fut suivi le baron de Faucigny et son fils, les
barons de Seyssel et de La Chambre, ceux de Miolans et de Montbel,
les seigneurs de Thoire, de Montmayeur, de Vienne-de-Viry, de La
Palude, de Blonay, de Chevron-Villette, de Chignin et de Châtillon.
Les premières monnaies qui portent l'empreinte de la croix de Savoie
datent de Humbert III, le premier de sa race qui ait été enterré
à l'abbaye de Hautecombe.
La Grande Motte vue depuis la Sauluire
Nous ne pouvons rien dire des guerres
si fréquentes auxquelles les comtes devaient presque toujours un
accroissement de leur influence et une extension de leurs frontières
n'oublions pas cependant que l'acquisition de Chambéry est due au
comte Thomas, qui l'acheta du comte Berlion, le 15 mars 1232, moyennant
32,000 sous forts de Suse, somme équivalente à 100,000 francs de
notre monnaie ; le château n'étant pas compris dans ce marché. C'est
à cette époque que remontent les premières franchises municipales
conquises, obtenues ou achetées par les communes. Inscrivons ces
dates glorieuses elles valent bien celles des batailles ou de l'avènement
des princes. Yenne s'affranchit la première en 1215, Montmélian
en 1221, Flumet en 1228, Chambéry en 1233, Beaugé en 1250, Évian
en 1265, Seyssel en 1285, Bonneville en 1289, Rumilly en 1292, Chaumont
et Cluses en 1310, Thonon en 1323, La Roche en 1325, Annecy en 1367.
Genève, si fière aujourd'hui de sa liberté, n'en fit la première
conquête qu'en 1387. Le règne d'Amédée IV fut marqué par une épouvantable
catastrophe, l'écroulement de la montagne du Grenier ; les blocs
de rochers, dit la légende ne s'arrêtèrent que devant le sanctuaire
de Notre- Dame de Myans ; l'image de la Vierge qu'on y vénérait
passait pour avoir été peinte par saint Luc ; aussi la dévotion
envers cette madone devint-elle une des pratiques les plus répandues
et les plus populaires de la Savoie.
Sous Boniface, ce fut la
lèpre qui envahit le pays. Ce prince mourut prisonnier de Charles
d'Anjou, qui l'avait vaincu à Turin. Pierre vengea son neveu ; il
éleva la Savoie au rang des puissances secondaires de son temps.
Une tradition, qu'aucun témoignage sérieux ne confirme malheureusement,
attribue à Philippe la convocation des premières assemblées nationales.
Un titre moins contestable, c'est l'heureux choix qu'il fit d'Amédée
V pour son successeur. Ce prince et son fils Édouard constituèrent
définitivement la puissance de leur maison. Sans avoir à lutter
contre d'aussi grands obstacles, ils réalisèrent dans leur comté
l'œuvre que Louis XI poursuivit en France. Leurs successeurs n'eurent
plus qu'à suivre la voie qui leur avait été tracée. Sous Amédée
VI, les frontières de la Savoie se déterminent d'une manière presque
stable du côté du Valais, de la France et du Dauphiné. Ce prince
acquiert les baronnies du pays de Vaud, se consolide à Genève et
dans le Piémont. Avant lui, Aymon, plus législateur que guerrier,
avait créé à Chambéry un conseil suprême de justice qui fonctionna
jusqu'en 1559, époque à laquelle il fut remplacé par le sénat de
Savoie c'est à ce comte qu'on doit aussi la belle institution de
l'avocat des pauvres et l'établissement des assises générales de
Savoie, siégeant chaque année pendant le mois de mai.
Courchevelle vue depuis la Sauluire
Amédée VII,
après de nombreux démêlés avec Galéas Visconti, duc de Milan, avec
le marquis de Montferrat et les Angevins de Naples, finit par ajouter
aux conquêtes de ses ancêtres les vallées de la Stura, de Vintimille
et de Nice. Ce fut le dernier comte de Savoie ; avant d'aborder
la période des ducs, nous devons donner un souvenir aux hommes qui
ont illustré le pays pendant l'époque que nous venons de parcourir.
Citons d'abord les deux saints Anselme le premier, né dans la cité
d'Aoste, en 1033, qui de bénédictin devint archevêque de Cantorbéry
; l'autre de la maison des seigneurs de Chignin, qui fut évêque
de Belley en 1150 et prieur de la Grande-Chartreuse saint Bernard
de Menthon, fondateur des hospices qui portent son nom et perpétuent
le souvenir de ses vertus aux sommets des Alpes Pennines ; Gérard
Nicolas, de Chevron, sacré pape à Rome, le 28 décembre 1058, sous
le nom de Nicolas II ; Guillaume della Chiusa, originaire de Maurienne,
moine bénédictin, le plus ancien chroniqueur de Savoie ; Pierre
de 'Tarentaise, ami de saint Bernard, archevêque de Moutiers ; Geoffroy
de Châtillon, devenu pape sous le nom de Célestin IV, en 1230 ;
Pierre de Compagnon, né à Moutiers, archevêque de Lyon, cardinal,
puis pontife, sous le nom d'Innocent V, à l'âge de quarante ans
; Guillaume de Gerbaix et Ginifred d'Allinges, tous deux grands
maîtres des templiers, l'un en 1250, l'autre en 1285 ; Jean Gersen,
né à Cavaglia, en Biellais, bénédictin de Verceil, l'un de ceux
à qui on a attribué le célèbre livre de l'Imitation de Jésus Christ;
Pierre de La Palud, de Varambon-en-Bresse ,moine dominicain, le
plus savant théologien de son temps, nommé patriarche de Jérusalem
Étienne de La Baume, de Mont-Revel, premier maréchal de Savoie.
Aux dix-sept comtes succède, en 1391, dans la personne d'Amédée
VIII, dit le Pacifique ou le Salomon, une série de quatorze ducs,
dont voici les noms après Amédée VIII, Louis, en 1440 ;-Amédée IX,
dit le Bienheureux, en 1465 ; -Philibert 1er, surnommé
le Chasseur, en 1472 ; Charles 1er, surnommé le Guerrier,
en 1482 ; Charles-Jean- Amédée ou Charles II, en 1490 ; Philippe,
surnommé sans Terre, en 1496 ; Philibert Il, surnommé le Beau, en
1497 ; Charles III, surnommé le Bon ou le Malheureux, en 1504 -Emmanuel-Philibert,
surnommé Tête de Fer ou le Prince à cent yeux, en 1553 ; -Charles-Emmanuel,
surnommé le Grand, en 1590 ; Victor-Amédée 1er, en 1630
; François- Hyacinthe, en 1637 ;. Charles-Emmanuel II, en 1638.
Peu d'éloges et de panégyriques princiers valent ce que dit Olivier
de La lMarche d'Amédée VIII. « En ce temps où l'Europe entière était
en armes, le duc, homme de vertus singulières, était enclin à la
paix il vécut sans guerre avec Français et Bourguignons et si sagement
se gouverna parmi tant de divisions, que son pays de Savoie était
le plus riche, le plus sûr, le plus plantureux de tous ses voisins.
» Les développements et la prospérité d'Annecy datent de èe règne.
Chambéry reçut dans ses murs l'empereur Sigismond, qui, le, jour
même de son arrivée en 1416, érigea en duché le comté de Savoie.
L'ordre de Saint-Maurice fut créé par Amédée VIII, en 1434. Quoique
le duc Louis fût loin de posséder les qualités de son père, et quoique
son règne ait été beaucoup moins glorieux, ses alliances apportèrent
aux souverains de Savoie le titre de rois de Chypre et de Jérusalem.
Des froids excessifs, des pestes, des famines et des dissensions
intestines concoururent à rendre malheureux le règne d'Amédée IX
et la régence qui suivit. Sous le règne suivant, quoique le duc
Charles ait été surnommé le Guerrier, la Savoie retrouva des jours
meilleurs. La cour de ce prince était, disent les chroniqueurs du
temps, une parfaite école d'honneur et de vertu. Ce fut à cette
école que l'évêque de Grenoble conduisit, en 1488, son neveu Pierre
du Terrail, qui devint depuis l'illustre Bayard, le chevalier sans
peur et sans reproche. Jeune alors, ce héros servit le duc Charles
Ier, en qualité de page, et continua son service auprès de sa veuve
Blanche de Montferrat. Ce règne vit fonder la première imprimerie
que posséda la Savoie. Le premier imprimeur établi à Chambéry se
nommait Antoine Neyret. Nous avons peu de chose à dire des règnes
qui suivent. La lutte continue entre la France et la, maison d'Autriche.
Les ducs de Savoie continuent à pratiquer entre les deux puissances
l'habile et prudente politique qui leur a toujours si bien réussi.
Philibert le Beau épouse la célèbre Marguerite, descendante de Charles
le Téméraire, fille de l'empereur Maximilien 1er, celle
qui avait été fiancée à l'infant d'Espagne et au dauphin de France,
celle qui, se croyant en danger de mort, avait fait elle-même ces
deux vers pour lui servir d'épitaphe :
Ci-gît Margot,
la gente demoiselle,
Qu'eut deux maris et si mourut pucelle.
Cette alliance dérangeait un peu l'équilibre de neutralité,
il en résulta même, en 1535, une invasion du pays par François 1er
; mais ce prince manquait de l'habileté qui consolide les succès,
et la protection de Charles-Quint fut plus profitable à la maison
de Savoie que ne lui avait été préjudiciable l'hostilité du monarque
français.
Conflans
Une des conditions de la paix de Cateau-Cambrésis,
conclue le 3 avril 1559, entre l'Espagne et la France, c'est que
le duc Emmanuel-Philibert, le principal négociateur du traité, obtiendra
la main de Marguerite de Valois, sœur de Henri II. C'est dans le
tournoi donné à la porte des Tournelles, pour célébrer cette union,
que le roi Henri II fut accidentellement blessé à mort par le comte
de Montgomery. Il est un point, toutefois, sur lequel vient échouer
toute la puissance, toute l'habileté des princes de Savoie : Genève,
si longtemps enviée, si souvent attaquée, défend et consolide sa
liberté. Le long règne de Charles-Emmanuel déroule une suite de
tentatives obstinées dont le résultat définitif est de constater
l'héroïsme de la cité et d'assurer son indépendance. Avant d'arriver
à la période des rois, il ne nous reste plus à, relater que la persécution
des barbets, dissidents dont les croyances avaient beaucoup de rapport
avec celles des anciens Vaudois. Ils occupaient les vallées de Luzerne,
de Saint-Martin, d'Angrogne et de la Pérouse.
On intéressa Charles-Emmanuel
dans la question, en lui persuadant que les barbets voulaient créer
une république au milieu des Alpes. Il y eut donc chasse aux barbets,
poursuites, pendaisons, massacres, de véritables dragonnades. Cromwell
et la Suisse intervinrent en 1656, et malgré le pape la paix fut
rétablie. La Savoie, pendant l'époque que nous venons de parcourir,
a produit de nombreux personnages illustres ; les documents étant
plus certains dans ces temps plus rapprochés, nous citerons leurs
noms dans notre notice sur le lieu qu'ils ont illustré. Après ses
dix-sept comtes, ses quatorze ducs, la maison de Savoie compte jusqu'à
ce jour une suite de huit rois Victor-Amédée II, en 1684 ; Charles-
Emmanuel III, en 1730, Victor-Amédée Ill, en 1773, Charles-Emmanuel
IV, en 1796, Victor-Emmanuel 1er, en 1802 Charles-Félix,
en 1821 Charles-Albert, en 1831 ; Victor-Emmanuel II, en 1849.
Avec Louis XIV renaissent les grandes guerres européennes ;
elles appartiennent à un domaine historique qui n'est pas le nôtre
détachons seulement de ces grandes pages quelques détails qui aient
leur place dans notre cadre dans la campagne de 1696, Victor-Amédée
résuma de la plus éclatante manière la politique de sa maison en
moins d'un mois, dit Voltaire, il fut généralissime de l'empereur
et généralissime de Louis XIV. Sous l'influence de ce puissant monarque,
il y eut de nouvelles persécutions religieuses dans les montagnes
de la Savoie, et cependant quand Victor- Amédée, à bout de patience
et de concessions, voulut résister aux exigences de son puissant
voisin, il n'eut pas de plus dévoués, de plus vaillants soldats
que ces pauvres barbets et Vaudois contre lesquels il s'était fait
l'exécuteur d'ordres si iniques et si barbares. La France avait
beau se manifester par des actes aussi déplorables, la Savoie était
sans force contre l'attraction, qui la poussait de ce côté. Claude
Genoux en fait en ces termes la judicieuse remarque « Lorsque les
invasions de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV eurent assimilé
l'esprit savoyard à l'esprit français, alors la Savoie fut française
elle l'était non seulement par le cœur, par la raison, par la logique
des faits, elle l'était encore par tempérament. Lors de ces quatre
invasions successives, Annecy et Rumilly furent les seules villes
qui firent un simulacre de résistance ; ce simulacre fut le chant
du cygne de la nationalité savoyarde cette nationalité appartenait
à la France. Notons que ceci était écrit avant l'annexion, et
par un enfant de la Savoie.
Le rond point de Méribel
L'émigration qui depuis le XVIIème, siècle
amène chaque année dans les grandes villes de France des milliers
de montagnards actifs et industrieux qui rapportent au pays, avec
le fruit de leurs économies, le souvenir des lieuxoù ils ont vécu,'
l'empreinte des moeurs qu'ils ont traversées, cette émigration,
dont l'importance augmente sans cesse, a achevé l'œuvre de fusion
d'assimilation qui vient de s'accomplir. Nous pourrions terminer
ici notre tâche, car de plus en plus l'histoire des souverains s'isole
de celle du pays ; plus la Savoie vient à nous, plus ses princes
s'italianisent. C'est à la bataille de Superga, sous les murs de
Turin, aux côtés du prince Eugène, que Victor-Amédée gagne son titre
de roi. Cependant, c'est dans le château de Chambéry que se retira
encore ce prince lorsque, fatigué des affaires, il eut abdiqué en
faveur de son fils Charles- Emmanuel III. La Savoie, sous ce prince,
qui a néanmoins laissé une mémoire vénérée, paya cruellement les
frais de la guerre, qui ne se termina qu'au traité d'Aix-la-Chapelle,
en 1748.
A diverses reprises, depuis 1733, et surtout de 1742
à 1747, l'armée franco-espagnole prit ses quartiers d'hiver dans
ce pays pauvre et déjà épuisé. A tant de maux c'était une triste
compensation que les réformes administratives et judiciaires qui
ont honoré les dernières années de Charles-Emmanuel. La Révolution
française trouva sur le trône de Savoie Victor-Amédée III, qui ne
méritait pas ses colères, mais qui n'était pas de taille à lui faire
obstacle. En quelques jours, dans le mois de septembre 1792, les
redoutes élevées sur le passage des Français étaient enlevées, 11,000
Piémontais étaient culbutés, le drapeau de la République flottait
sur le château de Chambéry, et sur les murs de la ville était affichée
la proclamation suivante « Liberté, égalité, de la part de la nation
française. Guerre aux despotes, paix et liberté aux peuples. Donné
à Chambéry le 24 septembre 1792, l'an IV de la liberté et le premier
de l'égalité. Signé le général de l'armée française, Montesquiou.
» Ce général n'avait avec lui que 12 compagnies de grenadiers, 12
piquets et 100 sapeurs. Une assemblée nationale des Allobroges,
composée de 665 députés, se réunit à Chambéry et vota l'annexion
de la Savoie à la France. La Convention approuva cette délibération,
et la Savoie devint le 84 département de la République et prit le
nom de département du Mont-Blanc. Pendant vingt-deux ans, ce pays
suivit les destinées de la France. Les armées de la République et
de l'Empire comptèrent dans leurs rangs plus de 50,000 de ses enfants,
parmi lesquels 800 officiers de tout grade et 20 généraux. En 1814,
Victor-Emmanuel 1er recouvra la plus grande partie de
la Savoie, que le traité de Vienne du lu' novembre 1815 lui rendit
tout entière. Jusqu'en 1847, ce pays resta courbé sous le joug d'un
absolutisme impitoyable. A cette époque, le roi Charles-Albert opéra
quelques réformes, et le 4 mars 1848, le Statut constitutionnel
inaugura le régime parlementaire. La Savoie put renaître à la vie
publique grâce aux libertés les plus étendues et à la sagesse prévoyante
des princes qui l'ont gouvernée jusqu'en 1860, sa prospérité se
développa considérablement. Les Savoisiens prirent une part glorieuse
aux guerres de 1848 et 1849, que soutint le Piémont contre l'Autriche.
Après l'abdication de Charles-Albert, vaincu à Novare, Victor- Emmanuel
II, avec l'assentiment des populations et l'aide du comte de Cavour,
son habile ministre, consacra toutes ses forces et ses constants
efforts à rendre la liberté à l'Italie. Il était dans les destinées
de la Savoie de contribuer à l'accomplissement de ce grand projet
et de se séparer de l'Italie juste au moment où le but si longtemps
poursuivi venait d'être atteint. Comme compensation des sacrifices
faits par la France et pour assurer notre frontière du sud-est,
le traité du 24 mars 1860, sanctionné par un plébiscite, nous rendit
cette antique province, qui est si incontestablement française.
La vasque olympique de Val d'Isère
Durant la guerre franco-allemandede 1870-1871, ses habitants payèrent
largement leur dette à la mère patrie, en fournissant un nombreux
contingent à la ligne, à la mobile, aux mobilisés et aux francs-tireurs.
Au moment de la guerre civile qui déchira la patrie après la conclusion
de la paix avec l'Allemagne, plusieurs Savoisiens craignant de voir
la France tomber de nouveau de l'anarchie dans le despotisme, tournèrent
leurs regards vers l'Italie, à laquelle ils avaient été si longtemps
unis ; mais la consolidation d'un régime libéral a fait taire toutes
ces velléités de séparatisme. « Il est certain, dit un historien
contemporain, que la Savoie est française par sa langue, par ses
mœurs, par ses aspirations, par tout ce qui constitue l'existence:
d'un peuple ; il est certain aussi que, plus le régime politique
et administratif de la France se rapprochera du régime de sage liberté
et de bonne administration que la Savoie possédait avant 1860 et
qu'elle eut plus d'une fois lieu de regretter depuis, plus ses populations
seront attachées à la France.
Dans les mauvais jours comme dans
la prospérité, la France trouvera toujours le plus ferme appui et
le plus constant dévouement chez les Savoisiens. » Le département
actuel de la Savoie est formé de la majeure partie de l'ancien département
du Mont-Blanc.
La population de la Savoie a toutes les qualités,
mais aussi quelques-uns des défauts qui distinguent les populations
des montagnes. Dans un pays où circulent lentement les idées, où
mille obstacles naturels s'opposent à l'échange facile et rapide
de ces idées et à la promptitude des communications, on vit généralement
sur le passé, on conserve intacts, avec les traditions locales,
comme un esprit de routine qui tue l'initiative individuelle, et
cette fidélité à ce qui existé autrefois qui fait repousser avec
dédain le nouveau ou l'inconnu.
Le tunnel des Alpes
L'entrée du tunnel des Alpes Coté France
Le tunnel des Alpes si improprement appelé
Tunnel du Mont Cenis, puisque le mont Cenis en est à 27 kilomètres
au nord-est et qu'il conviendrait mieux d'appeler Tunnel de
Fréjus, parce qu'il avoisine ce col ou passage, a une longueur
de 12 233 mètres 50 centimètres. Commencé au mois d'août 1857,
d'abord par le gouvernement piémontais seul, ensuite continué
en 1860 avec le concours des deux gouvernements piémontais et
français, il fut terminé en treize années et inauguré le 17
septembre 1871 il avait coûté 75 millions de francs. La traversée
s'en fait en 45 minutes lorsque l'on se rend de France en Italie
mais si l'on vient d’Italie en France, la traversée est moindre
et ne dure que 25 minutes. L'entrée du tunnel du côté de la
France est à 1 158 mètres 96 d'altitude au-dessus du niveau
de la mer, et la sortie, à Bardonnèche, du côté de l'Italie,
est à 1,291 mètres 52, ce qui lui donne une pente de 132 mètres
156 dans la direction de France en Italie (du nord-nord-ouest
au sud-sud-est). Il règne dans ce tunnel un courant d'air presque
continuel, et la température n'y dépasse pas 24 degrés centigrades.
C'est à M. Médail, de Bardonnèche, que l'on doit la première
idée de ce gigantesque souterrain.
Cet admirable travail,
le premier de ce genre qui ait été entrepris, a été exécuté
par un enfant de la Savoie, M. l'ingénieur Sommellier, avec
le concours de M. Daniel Colladon. C'est au tunnel des Alpes
qu'a été fait le premier essai des perforatrices à air comprimé.
D'une part, si l'on se préserve ainsi de
ces vices si répandus dans les autres pays ; si l'honnêteté primitive
subsiste entière et forme le fond du caractère de chacun d'autre
part aussi on est porté à s'isoler toujours, à vivre à l'écart,
à voir dans son pays le meilleur, le plus beau de tous les pays
; on se méfie de l'étranger, et cette méfiance, souvent exagérée,
subsiste longtemps encore malgré le commerce de chaque jour ; on
n'accepte qu'avec une extrême réserve tout ce qui est nouveau ;
on reste stationnaire, on attend. De là aussi cette lenteur calculée,
souvent paresseuse, à procéder en toutes choses et qui se traduit
dans les actes et les paroles des habitants des villes aussi bien
que des habitants des campagnes. En outre, la grande place que tient
en Savoie l'agriculture, l'amour profond du sol natal et l'attachement
à la terre ne font que rendre plus saillant son caractère, en expliquant
cette ténacité inébranlable mise à la recherche d'un bien-être plus
grand, cet esprit continu qui ne donne rien au hasard et cet amour,
parfois exagéré, du lucre, que l'on retrouve, du reste, dans toutes
les campagnes, quelles qu'elles soient. En somme, une population
foncièrement honnête, tenace et laborieuse, à laquelle on ne peut
demander qu'un peu plus d'initiative et d'abandon. Et cependant
de toutes les populations françaises, celle de la Savoie tend le
plus à émigrer. Déjà on le constatait avant l'annexion ; après 1860,
les chiffres ont parlé d'eux-mêmes de 1860 à 1866, sa population
a baissé de 3,376 habitants ; de 1866 à 1871, de près de 5,000 ;
de 1871 à 1876, de 3,925. L'émigration hivernale ne peut qu'avoir
un bon résultat, puisqu'elle pourvoit au bien-être des habitants
qui retournent au printemps, reprendre possession des hauteurs mais
l'émigration des plaines a de graves conséquences, elle dépeuple
pour un certain nombre d'années les vallées les plus fertiles, pour
porter les émigrants à courir la France, à s'expatrier même dans
l'Amérique méridionale, et une véritable colonie savoisienne est
déjà établie à Buenos-Aires. Il y a là un mal à signaler et qu'il
importe de prévenir, mal qui provient de l'émigration à l'intérieur
de la France, plus que de l'émigration en Amérique.
Les vestiges des premières civilisations
humaines en Savoie remontent à la période du Néolithique, soit entre
9 000 et 3 300 av. J.-C. Les territoires de la Savoie sont occupés
dès 500 av. J.-C. par les peuplades celtes, originaires des plaines
du Danube. Le plus important d'entre-eux est constitué des tribus
Allobroges qui s'établissent dans l'avant-pays plat, entre le Rhône
et les Alpes dont le Viennois, le Graisivaudan, la Savoie Propre,
le Genevois, le Chablais moderne et le bas-Faucigny. Les Allobroges
sont des agriculteurs et ils exploitent les mines de fer de la région.
On a trouvé des traces de cette exploitation au Salève ou encore
à proximité de Faverges. Ils se distinguent des autres peuples occupant
les parties les plus hautes de ce milieu, maîtrisant les différents
passages par les cols alpins. On distingue ainsi les Médulles qui
occupent la basse-Maurienne ; les Adanates et les Graiocèles dans
le haut de la vallée de l'Arc ; dans la vallée voisine, la Tarentaise,
ce sont les Ceutrons qui sont aussi présent dans le Beaufortain,
le haut-Faucigny. Il semble aussi que les Ligures soient présents
dans la haute vallée de Tarentaise et du Beaufortain. La Savoie
est ensuite tour à tour peuplée par des tribus celtes, les Romains,
les Burgondes, avant de faire partie intégrante du Comté de Savoie
durant le Moyen Âge, puis du Duché de Savoie à partir de 1416. Après
diverses périodes d'ententes et de rivalités avec le royaume de
France voisin, la Savoie est une première fois rattachée à la France
post-révolutionnaire en 1792 jusqu'en 1815 à la fin du Ier
Empire de Napoléon Ier. La Savoie revient alors à la
maison de Savoie, devenue entretemps royaume de Sardaigne. Elle
le reste jusqu'au 24 mars 1860, jour de la signature du Traité de
Turin entérinant l'annexion définitive de la Savoie à la France.
Suite à un referendum d'avril apportant une large majorité en faveur
du rattachement, la Savoie est officiellement intégrée à la France,
le 14 juin, tandis que le département de la Savoie, de même que
celui de la Haute-Savoie voisine, est créé le lendemain, 15 juin
1860. Dès lors la Savoie connait le Second Empire de Napoléon III,
ainsi que les troisième, quatrième et cinquième Républiques. Son
territoire joue également un rôle important, notamment en raison
de sa proximité avec l'Italie, lors de la Seconde Guerre mondiale,
et les bombardements alliés qu'elle subit, notamment ceux du 17
septembre 1943 à Modane et ceux du 26 mai 1944 à Chambéry, font
plusieurs centaines de victimes et causent d'importants dommages.
La Fontaine des éléphants plus connue sous le nom "des quatre
sans cul"
Cette carte présentant la Savoie et la
Haute Savoie est composé de quatre partie. Cliquez sur le quart
que vous souhaitez consulter !
L'histoire de Chambéry est directement liée
à sa situation géographique car la ville se situe à un carrefour
naturel sur les grands axes économiques européens. Elle doit également
beaucoup à la Maison de Savoie qui en fit la capitale de ses États.
L'histoire de Chambéry ne peut-être dissocié de celle de la Savoie,
si l'on veut mieux comprendre son évolution et son environnement
culturel. Voici ci-dessous les périodes et les faits historiques
les plus marquants de la commune de Chambéry. L'Empire romain à
son apogée Les hauteurs de Saint-Saturnin, à Saint-Alban-Leysse,
sont occupées comme place forte depuis le Néolithique moyen (env.
4000 av. J.-C.) jusqu'à l'époque gauloise. Cet oppidum est l'ancêtre
de l'agglomération de Chambéry. À l'époque romaine, les habitants
s'installent sur la colline de Lémenc, alors appelée Lemencum. L'ancienne
devise de la ville fut, en latin, Custodibus istis ce qui traduit
en français donne « Par ces gardiens ». L’établissement gallo-romaine
fut installé dans un site peu propice au développement urbain car
au milieu de marécages entre les bras de la Leysse et de l'Albanne,
et se limita à un poste-relais romain. L'attaque du site devait
venir quelques siècles plus tard avec l'importance croissante de
la route du Mont-Cenis. Cet axe fut vital pour des villes en plein
essor économique telles que Lyon et les cités du nord de l'Italie
(Turin). La ville devra son véritable essor à son emplacement stratégique
sur les grands axes économiques de son temps et surtout par l'installation
des comtes puis ducs de Savoie, en quête, au XIIIème
siècle d'un lieu leur permettant d'exercer un rayonnement politique
puissant à travers l'Europe.
Le château des Ducs de Savoie
Le domaine des comtes de Savoie au XIIème
et XIIIème siècles. Chambéry n'apparaît vraiment comme
une petite cité, Camberiaco, qu'au XIème siècle. Un acte
de donation daté de 1057 atteste l'existence d'un burgus et d'un
castellum. Le XIIIème siècle représente une période décisive,
lorsque le comte Thomas Ier de Savoie l'achète, le 15
mars 1232 moyennant 32 000 sous forts de Suse, au vicomte Berlion
et lorsque le comte Amédée V en fait la capitale du comté de Savoie,
en 1295. Le développement de la ville est ensuite très lié à l'ascension
de la Maison de Savoie. Une nouvelle enceinte est construite à partir
de 1352, sous l'impulsion du comte Amédée VI de Savoie, plus communément
surnommé le comte Vert. L'avènement d'Amédée VIII, premier duc de
Savoie en 1416, fait de Chambéry la capitale d'un État souverain,
libéré de la domination du Saint-Empire romain germanique. Une nouvelle
noblesse chambérienne apparaît, liée aux institutions prestigieuses
que compte la ville, et forme une cour autour de la famille ducale.
Cette noblesse fait construire de remarquables hôtels particuliers,
érigés autour d'une cour centrale dominée par une haute tourelle
d'escaliers. De très nombreuses congrégations religieuses sont installées
en ville, et 1452 à 1578, le Saint-Suaire, propriété des ducs, est
exposé dans la Sainte-Chapelle. La ville devient un lieu de pèlerinage.
Après l'occupation française de François Ier, le duc
Emmanuel-Philibert lui préfère cependant Turin comme capitale à
partir de 1563. La ville est prise par Henri IV, lors de la guerre
franco-savoyarde de 1600-1601, guerre qui se terminera par le traité
de Lyon en 1601. Avec son Sénat et sa Chambre des comptes, la ville
conservera néanmoins une vocation administrative maintenant une
population importante de familles nobles. La période baroque voit
s'édifier d'importants hôtels particuliers marqués par l'architecture
turinoise. Jean-Jacques Rousseau habite la ville de 1729 à 1742.
La Savoie est envahie en 1792 par les troupes révolutionnaires françaises
dirigées par le marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac. C'est
la cinquième invasion française, après celles des troupes de François
Ier (et de son successeur, Henri II), d'Henri IV,de Louis
XIII et de Louis XIV. De 1792 à 1815, pendant le rattachement de
la Savoie à la France, Chambéry est le chef-lieu du département
du Mont-Blanc. En 1848, les chambériens expulsent manu-militari
les Voraces venus de Lyon dans l'intention de provoquer la sécession
de Chambéry et de la Savoie. Au XIXème siècle, deux grandes
périodes de développement urbain se détachent : la première, entre
1820 et 1830, est liée aux actions bienfaitrices du général de Boigne
et se caractérise par une politique d'embellissement de la ville
(rue monumentale, théâtre, alignement des façades…) ; la seconde,
entre 1860 et 1890, s'ouvre avec le rattachement définitif de la
Savoie à la France décidé lors du Traité de Turin, le 24 mars 1860
et confirmé par plébiscite le 22 avril 1860.
La retonde du dépôt SNCF de Chambéry
Chambéry devient alors chef-lieu du département
de la Savoie. La cité s'équipe de bâtiments utilitaires tels que
l'actuel hôtel de ville ou le marché couvert, mais aussi de nombreuses
écoles et lycées, ainsi que des musées.
Construite en 1906, la
rotonde ferroviaire de Chambéry est la plus grande construite en
France avec un diamètre de 110 mètres et 36 voies ! La réhabilitation
totale de la Rotonde SNCF, patrimoine ferroviaire exceptionnel,
passe sans doute par l'accès permanent des visiteurs. La rotonde
fait partie du paysage chambérien, sa majestueuse coupole se voyant
de loin. Elle fait aussi partie du patrimoine industriel et culturel.
Avec ses 4.000 visiteurs par an (journées du Patrimoine et groupes),
la rotonde est déjà le monument le plus visité de Chambéry et de
la Savoie.
Allbertville -
Voir Ville d'Art de d'Histoire
Le col de l'Iseran
Saint-Jean-de-Maurienne est la capitale de
la vallée de la Maurienne depuis le VIème siècle. Après
que sainte Thècle rapporta d'Alexandrie les reliques de saint Jean
le Baptiste qui sont les trois doigts représentés sur les armes
de la ville, ainsi que sur les lames des couteaux Opinel, la ville
a été élevée au rang d'évêché par Gontran, petit-fils de Clovis.
En 753, Griffon se rend en Italie pour rejoindre le roi des Lombards,
Aistolf, le plus puissant adversaire de son demi-frère, le roi des
Francs, Pépin le Bref, mais il est tué à Saint-Jean-de-Maurienne
par les hommes de Pépin.
La ligne de chemin de fer Aix-les-Bains—Saint-Jean-de-Maurienne
est ouverte en 1857. Dans les années 1900, les progrès technologiques
de l'hydroélectricité suisse sont à l'origine d'intenses spéculations
boursières sur les sociétés hydroélectriques, qui profitent aux
implantations industrielles en Maurienne, tandis que le tourisme
prend son essor.
Saint-Jean-de-Maurienne (Sanctus Joannes ad
Mauritanias), autrefois capitale de la province de Maurienne. Dans
notre notice générale sur le département, nous avons eu plusieurs
fois occasion d'apprécier l'importance historique de cette ville,
berceau de la grandeur savoisienne l'espace nous manque pour faire
ici l'histoire de ses évêques, qui est celle de la cité il faut
nous contenter de noter les restes les plus remarquables de cette
grandeur passée. Le monument capital de Saint-Jean-de-Maurienne
est sa cathédrale. Elle renferme une statue en plâtre d'Humbert
aux Blanches mains, couché sur un mausolée qui n'a jamais été terminé.
Un bas-relief des frères Collini représente l'empereur Conrad donnant
à ce fondateur de la maison de Savoie l'investiture du comté de
Maurienne. Le chœur est revêtu de magnifiques boiseries dues à Mochet
de Genève, artiste qui vivait au XVème siècle. Le siège
épiscopal est pareillement en bois sculpté, ainsi que vingt-deux
stalles surmontées d'une galerie sculptée à jour. A côté de la stalle
de l'évêque, on voit une pierre merveilleusement travaillée qu'on
nomme le reliquaire de Saint-Jean. La ville possède, en outre, une
église du XIIIème siècle, dont le portail est richement
sculpté. Une statue en bronze du docteur Fodéré décore une vaste
place ombragée de beaux platanes. Le palais épiscopal est un grand
bâtiment moderne sans caractère. Il y a un collège dirigé par des
ecclésiastiques et un hôpital qui renferme les portraits de tous
ses fondateurs et donataires. Un simple citoyen, nommé Bonafous,
a doté sa ville natale de deux établissements précieux, une bibliothèque
et un jardin d'expérimentation. Le pays est en progrès, le culte
du passé n'empêche pas de rendre justice aux améliorations du présent.
Un historien savoisien reconnaît que depuis la Révolution française
le sort des habitants de Saint-Jean-de-Maurienne est bien amélioré.
Plaise à Dieu qu'on ne s'arrête pas en si bonne voie il reste encore
beaucoup à faire en faveur de cette population intéressante. Sur
les pentes, au sud de la ville, est le vignoble de Princens, qui
est réputé pour produire le meilleur vin de la Savoie.
Le Bourget est un village de pêcheurs au
bord du lac très poissonneux qui porte son nom, et qui a 16 kilomètres
de long sur 3 de large. Autrefois, ce fut une des résidences des
comtes de Savoie ; sur un rocher à pic, baigné par le lac, on voit
encore les ruines du château de Bourdeau ou Bordeau, cité par Montaigne
dans son Itinéraire de France en Italie.
Un prisonnier parvint
à s'échapper de ce nid d'aigle, en se laissant glisser le long du
rocher ; il était soutenu par une corde tressée avec ses draps et
ses couvertures.
Non loin du Bourget se trouve l'abbaye fameuse
de Haute-Combe, fondée en 1125 par Amédée III et destinée à devenir
la sépulture des princes de la maison de Savoie. Le monastère actuel
a été construit en 1723 ; sous la République, il fut utilisé et
devint une usine ; il a été complètement restauré en 1821, d'après
les dessins de l'ingénieur Mellanas. Les montagnes qui dominent
Le Bourget renferment des gisements de fer, de cuivre, de zinc et
de plomb sulfuré. Ces mines étaient exploitées au commencement du
XVIIème siècle.
Beaufort, est petite ville est située dans
une position très agréable, au débouché de trois vallées. L'histoire
a conservé le souvenir du séjour qu'y fit, à deux époques, le roi
Henri IV, pendant ses guerres contre le duc de Savoie. Le prince
Vert-Galant y commit, selon la chronique, de grandes folies et donna
de bien mauvais exemples aux 8 000 hommes qu'il menait avec lui.
la coopérative laitière de Beaufort
Beaufort est également le lieu où on élabore
le prince des gruyère, qui porte d’ailleurs le même nom que la cité
où il est fabriqué, le Beaufort, dont le lait provient des vaches
qui paissent dans les massifs environnant et qui sont de race Tarine.
Elle est aussi élevée en Italie dans le Val d'Aoste sous le nom
de Savoiarda . La vache tarentaise appartient au rameau brun. Certains
considèrent qu'elle est issue de vaches africaines arrivées en Espagne
avec les Arabes puis s'est répandue en France ; c'est une cousine
de l'Aubrac.
C’est également dans le massif du beaufortain
que se situe l’un des plus grands barrages du massif Alpin, qui
porte le nom de barrage de Roselend et il situé sur le territoire
de la commune de Beaufort-sur-Doron, dans le Beaufortain, en Savoie,
entre le col du Pré et le Cormet de Roselend, à proximité de la
station de sports d'hiver d'Arêches-Beaufort. Les montagnes aux
alentours avoisinent les 2 800 mètres. Il fait partie du complexe
hydroélectrique de Roselend La Bâthie ; ce dernier comprend le barrage
de Roselend ainsi que deux barrages satellites : La Gittaz et Saint-Guérin.
vue de l'Abbaye d'Hautecombe
Abbaye d'Hautecombe
L'abbaye royale d'Hautecombe
est une abbaye en activité située dans la commune de
Saint-Pierre-de-Curtille sur la rive occidentale du
lac du Bourget, en Savoie. Elle a été fondée en 1125
par le comte Amédée III de Savoie et construite durant
le XIIème siècle par des moines cisterciens.
Elle est particulièrement connue pour être la nécropole
des comtes de Savoie, des ducs de Savoie puis de quelques-uns
des rois et reines d'Italie. Au tout début du XIIème
siècle (en 1101) fut fondé le prieuré d'Hautecombe,
situé à Cessens dans le massif de la Chambotte, au lieu-dit
« plateau de Paquinôt », au pied du Fornet, dans la
« vallée Sessine ». Des moines de l'abbaye d'Aulps,
« désirant embrasser la vie érémitique, arrivèrent à
un lieu, alors plein d'horreur et de solitude, appelé
Hautecombe. Là, ils bâtirent un oratoire et menèrent
une vie sainte et solitaire, selon la règle de Saint-Basile.
Ce lieu, appelé combe de Vandebert en 1126, combe de
Valper au XVIème siècle, est aujourd'hui
situé entre les hameaux des Granges et du Topy. Ce terrain
fut donné aux moines par Gauthier d'Aix à l'abbé Varrin,
vers 1121, mais après qu'ils furent déjà installés :
« Au nom du Seigneur, moi, Gauterin, je donne à la bienheureuse
Marie des Alpes et au seigneur Varrin, abbé de cette
église, pour le repos de mon âme, de celle de tous mes
ancêtres et de mon fils Gauterin, une terre autrefois
appelée vulgairement le Fornet et aujourd'hui la Combe,
située dans le pays d'Albanais, sur la montagne où se
trouve le château de Cessens. Rodolphe, du château de
Faucigny, sa femme, son père, ses frères et ses fils
ont approuvé cette donation », donation qui fut par
ailleurs confirmée par Amédée III. De ce prieuré ne
restaient à la fin du XVIème siècle qu'«
une partie de l'édifice encore debout, plusieurs autres
vestiges des bâtiments, tels qu'un puits, un vase vinaire
», et, dès le milieu du XIXème siècle, «
aucun pan de mur » encore debout.
Le 21 mars 1098,
Robert de Molesme et vingt-et-un autres moines clunisiens
quittèrent Molesme pour aller fonder l'abbaye de Cîteaux
qui aboutit à la création de l'ordre cistercien, d'où
sera issu notamment Bernard de Clairvaux. Cette modification
de la règle bénédictine, plus exigeante, remporta un
franc succès et attira de nombreuses vocations. Pour
ce qui concerne Hautecombe, Bernard de Clairvaux traversa
la Chambotte pour aller à Rome, appelé par Innocent
II. Il se méfiait de la vie d'ermite, plus susceptible
de dérives que la vie en communauté, et conseilla en
conséquence aux moines une évolution de leur vocation.
Sous son influence, saint Guérin et les moines d'Hautecombe
décidèrent d'adopter la règle cistercienne, ce qui fut
fait le 14 juin 1135. L'emplacement, quoique relativement
désert, était considéré par les moines comme trop passant,
leur mode de vie étant très retiré. Ils cherchèrent
donc un lieu plus isolé. Suivant les conseils de saint
Bernard, qui revenait d'une tournée en Allemagne et
en Italie, et après avoir eu la vision d'une lumière
s'élevant de Cessens pour éclairer les roches de Charaïa,
ils choisirent ce dernier emplacement pour leur nouvelle
abbaye, qu'ils appelèrent également Hautecombe. Le nom
de Hautecombe est donc inadapté à sa situation géographique
et ne reflète que le souvenir de son ancienne implantation.
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