Histoire de la Haute Savoie


Le département de la Haute-Savoie se
composant presque en entier des trois anciennes petites provinces
du Faucigny, du Chablais et du Genevois, notre notice devrait
être un abrégé de l'histoire de ces trois provinces; mais, comme
elles ont eu dans les premiers temps une existence commune avec
le reste de la Savoie, comme, plus tard, elles ont été absorbées
dans cet envahissant petit État, pour éviter de fastidieuses
répétitions, nous nous occuperons principalement ici de l'époque
où ces contrées ont vécu de leur vie propre et où elles ont
eu une place à elles dans le morcellement de l'Europe féodale.
Pour les faits qui ont précédé et suivi cette période, nous
renvoyons nos lecteurs à la partie de notre travail consacrée
au département de la Savoie.
Le Faucigny.
Le Faucigny ou Foussigni (Fociniacum,
Fussiniacensis tractus), pays des anciens Focunates ou Focuates,
est borné au nord par le Chablais, à l'ouest par le Genevois,
au sud par la Savoie et la Tarentaise, à l'est par le Valais.
De ce côté, il est séparé du val d'Aoste par les hautes Alpes,
que les anciens appelaient Alpes Graïennes. Au reste, ses limites
ont souvent changé ; en dernier lieu, il contenait 96 communes,
peuplées ensemble de 105,474 habitants, et sa superficie était
de 203,525 kilomètres carrés. Excepté quelques vallées, le pays
est âpre, rude, peu fertile. Malgré l'existence pénible que
fait aux habitants une nature ingrate et un climat rigoureux,
des trois provinces qui formaient la division d'Annecy c'est
celle où il y a le moins d'ignorance
On prétend que la province
prit son nom d'une ville de Faucigny, disparue depuis bien des
siècles, et sur les ruines de laquelle aurait été bâtie une
autre petite ville du nom d'Anse. Aujourd'hui, le nom ne peut
s'appliquer qu'aux débris de l'ancien château de Faucigny, habité
jadis par les seigneurs de la province et situé sur le sommet
d'un rocher abrupt, à une hauteur de 661 mètres, près du hameau
de Perrine, à quelques kilomètres du bourg de Contamine. Pendant
l'occupation romaine et la période bourguignonne, le Faucigny
partagea le sort des contrées voisines. C'est au XIème
siècle alors que les empereurs allemands descendants de Conrad
le Salique laissent échapper une à une leurs possessions de
Bourgogne et d'Arles, qu'apparaissent les premiers seigneurs
de Faucigny.

Nous retrouvons dans un vieil historien
la généalogie de cette puissante maison. C'est un document d'un
grand intérêt il donne, mieux que de longs récits, la mesure
de l'influence qu'exerça cette famille pendant plus de trois
siècles.
Émerard est le premier seigneur de Faucigny dont
l'histoire nous ait laissé le nom; il vivait dans le XIème
siècle et épousa deux femmes de la première, il eut trois fils,
Aimé, Aimon, et Gui, évêque de Genève; de la seconde, il eut
Guillaume, seigneur de Faucigny, mort vers fan 1119. Ce dernier
eut quatre fils, Gérard, Amé, évêque de Maurienne, Raymond et
Rodolphe, qui lui succéda. Rodolphe vivait en 1125 ; il eut
une lignée plus nombreuse encore ; outre Humbert, son successeur,
il eut Arducius, évêque de Genève, qui fut créé prince de cette
ville par l'empereur Barberousse, en 1157, et qui gouverna son
Église pendant cinquante ans; Ponce, abbé de Sixt ; Annon, fondateur
de la Chartreuse du Reposoir ; Rodolphe, dit Alemand, tige des
Alemands, seigneurs de Valbonnais et d'Aubonne; enfin Raymond,
seigneur de Thoire et de Boussi-en-Genevois. Humbert vécut jusqu'en
1170 ; il laissa deux fils, Aimon, qui lui succéda, et Guillaume
de Faucigny, qui vivait encore en 1202. Ce dernier fut père
d'une fille unique, Agnès, mariée, selon Guichenon, à Thomas
1er, comte de Savoie. Aimon eut trois filles l'aînée
l'héritière de la seigneurie, s'appelait Agnès, comme sa cousine,
et, comme elle, épousa un prince de Savoie, le comte Pierre.
Ce mariage fut conclu en 1233. Des deux sœurs d'Agnès, l'une,
Béatrix, devint la femme d'Étienne, sire de Thoire et de Villars
l'autre, Léonor, épousa Simon de Joinville, seigneur de Gex.
Agnès n'eut qu'une fille, Béatrix de Savoie, dame de Faucigny,
mariée en 1241 à Guignes XII, dauphin du Viennois. De ce mariage
naquirent deux fils, Jean et André, qui moururent sans postérité,
et une fille, Anne, qui apporta en dot le Faucigny et le Dauphiné
à son époux Humbert 1er, sire de La Tour-du-Pin.
Cette union fut féconde de ces fruits nous ne citerons que l'héritier,
Jean II, et Hugues, mort sans postérité en 1323, après avoir
épousé Marie, fille d'Amé V, comte de Savoie. Jean II eut deux
fils Guignes XIII, qui n'eut pas d'enfants, et Humbert II. C'est
celui-ci qui, en 1343 et 1349, fit don de toutes ses terres
au roi Philippe de Valois, à condition que le fils aîné des
rois France porterait le titre de dauphin et que sa baronnie
du Faucigny ne pourrait jamais être séparée du Dauphiné.
C'est ainsi que, sous les auspices d'un prince généreux et dévoué
à la France, cinq cent sans avant l'annexion définitive, le
Faucigny contractait avec ce pays une première union.
Les
comtes de Genève avaient des droits dont ils firent aussi l'abandon
au roi Jean ; mais ceux de Savoie acceptèrent cette cession
avec moins de résignation. Leurs officiers étaient en perpétuelles
discordes avec les gens du dauphin les rixes étaient fréquentes
et menaçaient d'entraîner des conflits plus gr aves. Pour terminer
ces différends, un traité fut conclu en 1355. En vertu de cette
convention, le dauphin abandonnait au comte de Savoie le Faucigny,
le pays de Gex et diverses terres qu'il possédait au delà du
Rhône et du Guier. Le comte, en échange, cédait au dauphin les
terres qu'il avait en deçà des deux rivières. Le marché était
inique, car les domaines acquis par la Savoie représentaient
un revenu.de 25,000 florins au moins, tandis que la part faite
au dauphin n'en rendait pas 1500. Aussi le comte de Valentinois,
Aimar V, gouverneur du Dauphiné, fut-il accusé de s'être laissé
corrompre par les présents d'Amé VI, comte de Savoie, et le
parlement de Paris le condamna pour ce fait à une amende de
1,000 marcs d'argent.
Quoique possesseurs du Faucigny, les
comtes de Savoie étaient tenus à un hommage qu'ils ont rendu
deux fois. Ils en furent relevés en 1445 par le dauphin, qui
fut depuis le roi Louis XI. De la part de ce prince une pareille
concession a lieu de surprendre, surtout si, comme le prétend
notre vieux et patriotique historien cette renonciation outrepassait
son pouvoir comme étant contraire « Aux droits inaliénable
et imprescriptibles » que nos rois ont sur la baronnie de
Faucigny. Charles VIII eut moins de susceptibilité, il ratifia
le traité à Chinon cette même année ; il est vrai qu'en réciprocité
le duc de Savoie renonçait, au profit du roi et du dauphin,
à tous les droits qu'il prétendait avoir sur le Valentinois.
A dater de cette époque, le Faucigny a fait partie intégrante
des domaines de la maison de Savoie; il n'en avait été distrait
que sous la République française et pendant le premier Empire.
Il faisait alors partie du département du Léman.
Le Chablais
Le Chablais ( Caballitus ager, Caballica,
Provincia equestris), ancienne province de Savoie, qui avait
le titre de duché, avait pour limites, au nord, le lac Léman
; à l'est, le Valais ; au sud, le Faucigny, et à l'ouest le
Genevois.
Ce pays s'étend le long du rivage méridional du
Léman il a peu de largeur au couchant et va toujours en s'élargissant
jusqu'à ses frontières orientales, qui sont la rivière de Mourgues,
depuis son embouchure jusqu'à sa source, et, de là, une aligne
tirée par les montagnes, vers le sud, jusqu'aux glaciers, de
sorte que la Valaisine reste au Chablais.
Les Romains trouvèrent
cette contrée occupée par les Andates ou Nantuates et Veragriens,
dont parle César dans ses Commentaires. Elle parut propice aux
vainqueurs pour l'entretien et la remonte de leur cavalerie
ils y établirent des haras, et ce serait là l'origine de son
nom latin. Avec le temps et la corruption du langage, Caballica
se serait transformé en Chablais.
Sous le gouvernement sarde,
voici les renseignements statistiques qu'a recueillis M. Gabriel
Mortillet au sujet de la région qui nous occupe après les deux
provinces dé plaine, la Savoie propre et le Genevois, le Chablais
est celle où il y a le moins d'instruction. Il y a, ajoute-t-il,
dans le Chablais 60 communes qui se composent de 11,572 familles
et de 57,562 habitants, répartis sur une superficie de 928 kilomètres
carrés ; c'est 62 personnes par kilomètre. Le Chablais est donc
la province de Savoie la moins étendue, mais la troisième quant
au chiffre proportionnel de là population. Elle comprenait jadis
cinq bailliages, ceux de Thonon, Évian, Aups, Ternier et Gaillard.
Les centres de population les plus importants, les lieux les
plus remarquables se trouvent presque tous sur les bords du
Léman. On ne peut citer dans l'intérieur des terrés que Douvaine
et le fort des Allinges. Les principales rivières sont la Mourgues,
l'Ursine, la Dranse, la Béveronne. Il y a quelques autres cours
d'eau, mais trop peu considérables pour être cités. Nous avons
peu de chose à dire sur l'histoire particulière du Chablais.
Jusqu'au dernier roi, Rodolphe III, il fit partie du royaume
de Bourgogne. Il fut donné, en même temps que la vallée d'Aoste,
par Conrad le Salique à Humbert Ier aux blanches
mains, en récompense des services que ce premier comte de Savoie
lui avait rendus dans sa lutte contre Eudes II de Champagne,
qui lui disputait sa couronne. Il n'y a donc, comme on le voit,
aucune interruption dans la solidarité qui unit les destinées
du Chablais à celles de Savoie, puisque la petite province est
déjà en la possession du premier prince qui a constitué un comté
de Savoie. Le Chablais, cependant, formait un petit État à part
; il donnait un titre spécial aux comtes.de Savoie.
Dans
les premiers temps, ils ne portèrent que celui de seigneurs
de Chablais ; mais, au XIVème siècle, l'empereur
Henri VII ou VIII de la maison de Luxembourg, érigea le Chablais
en duché au profit du comte Amédée le Grand, qu'il créa en outre
prince de l'empire. Toutefois, Amédée et ses successeurs préférèrent
leur ancien titre de comtes de Savoie et de Maurienne à leur
nouvelle qualité de ducs du Chablais et de la vallée d'Aoste
; ils ne s'intitulèrent ducs que quand l'empereur Sigismond
eut érigé la Savoie en duché et en principauté de l'empire.
Par le fait d'alliances, ou comme conséquences passagères de
la guerre, le Chablais a fourni parfois des fiefs à des seigneurs
étrangers nous voyons en 1313 Guillaume III, comte du Genevois,
faire hommage à l'évêque de Genève du marché de Thonon et des
dépendances de Châtillon. Nous voyons à une autre époque Hermance,
qui est sur le lac, et Allinges, dans l'intérieur des terres,
relever de la baronnie de Faucigny. Deux faits d'une certaine
importance constituent à peu près exclusivement l'histoire du
Chablais les luttes qu'il soutint pour conserver la possession
du bas Valais mais les détails nous manquent complètement ;
nous ne pouvons que constater le résultat, la victoire définitive
des hauts Valaisans, et les troubles religieux qui agitèrent
le pays au XVIème siècle.
Thonon, capitale du
pays et primitivement catholique, avait embrassé le protestantisme
sous la pression des Bernois, qui s'en étaient rendus maîtres.
Quand les princes de Savoie reprirent la ville, les deux cultes
se trouvèrent en présence. Le Chablais eut le bonheur de voir
confier à François de Sales la mission de convertir les dissidents.
La tolérance et la douceur du saint homme eurent de meilleurs
et plus durables résultats que les persécutions et les dragonnades,
auxquelles ont eut recours en trop d'autres endroits. Conquis
par les armées républicaines, le Chablais,. sous l'Empire, faisait
partie du département du Léman.
Le Genevois

Le Genevois était un petit État situé
entre la France, la Savoie et la Suisse. Il se composait, outre
la ville indépendante de Genève, dont nous n'avons point à nous
occuper ici, de onze paroisses dont Annecy devint la capitale
quand leur séparation de Genève fut consommée. Après l'histoire
de la domination romaine, les plus anciens souvenirs qui se
rattachent au Genevois sont ceux de l'établissement du christianisme.
L'Évangile fut, dit-on, prêché pour la première fois dans cette
contrée par saint Nazaire disciple de saint Pierre, qui convertit
saint Celse vers l'an 75. Ces premiers missionnaires de la foi
eurent pour successeurs immédiats Paracodes, Donnellus, Hyginus
et Fronze, qui était auparavant grand prêtre d'Apollon. Tels
sont les premiers noms inscrits sur la longue et glorieuse liste
de prélats qui occupèrent le siège de Genève. Le dernier, Pierre
de Baume se retira à Annecy en 1534, lorsque la coalition victorieuse
des Bernois et des Fribourgeois eut fait triompher le protestantisme
dans sa ville épiscopale. A côté de l'autorité religieuse, il
y avait, pour Genève et pour les Genevois, un pouvoir civil
représenté par des comtes dont l'établissement remontait à une
époque reculée, puisque nous connaissons le nom d'un comte Rutbert
qui vivait en 880. Là, comme ailleurs, les mandataires de l'autorité
centrale profitèrent de son affaiblissement pour assurer leur
indépendance ; il y eut donc à la fois comtes et évêques souverains.
Nous n'avons pas à relater ici les fréquents conflits qui en
résultèrent ; ils eurent presque toujours Genève pour théâtre.
Voici les seuls éclaircissements que nous fournisse Claude Genoux
sur cette époque un peu confuse ; c'est d'abord la table chronologique
des comtes que nous transcrivons :
1020, Guillaume.
1030,
Gerold.
1060, Robert, fils du précédent.
1080, Gerold
II, frère.
1120, Aimon, fils.
1150, Amédée 1er, fils.
1175, Guillaume 1er, fils.
1220, Humbert, fils.
1250, Guillaume II, frère.
1270, Rodolphe, fils.
1274,
Aimon II, fils.
1290, Amédée II, frère.
1308, Guillaume
III, fils.
1320, Amédée III fils.
1367, Amédée IV, fils
1368, Pierre, frère.
1394, Robert, frère (Clément VII).
1324, Humbert de Villars, gendre d'Amédée III.
1400,
Oddo (Eudes) de Villars, oncle.
1401, Oddo de Villars cède
le comté de Genevois à Amédée VIII, comte de Savoie.
Cette liste est accompagnée des quelques détails qui suivent.
Amédée VII entrait dans l'âge de sa majorité quand la famille
des comtes de Genevois s'éteignit dans la personne du comte
Robert, plus connu sous le nom du pape Clément VII. Ce pape
laissa ses États à son neveu Humbert de Villars, Oddo de Villars
en hérita en 1401 et les vendit à son élève, Amédée VIII pour
la somme de 45,000francs d'or. Cette vente fut conclue à Paris
le 5 aout de cette même année 1401.

Les premiers comtes n'avaient eu que
la possession de fait des qu'ils gouvernaient ils s'en rendirent
ensuite souverains héréditaires.
Vers le XI et le XIIème
siècle, époque où l'empire, affaibli par sa lutte avec les papes
dans la question des investitures, ne permettait pas aux empereurs
de s'occuper de choses secondaires ceux-ci crurent bien faire
en nommant l'évêque de Genève, dont ils n'avaient pas à se plaindre,
dépositaire de leur pouvoir sur Genève et ses environs. Avec
le temps, pourtant ; les évêques gardèrent le pouvoir pour eux
; ils le gardèrent tant qu'ils purent, et ne firent pas en cela
autrement que n'avaient fait les seigneurs laïques.
Le premier
évêque souverain de Genève fut Ardutius, fils du baron du Faucigny
; il succéda au comte Humbert en 1135. Ce dernier, forcé de
quitter Genève, où Ardutius commandait, alla résider à Talloires,
puis â Annecy, centre de ses États.
Une ordonnance de Frédéric
Barberousse, du 14 janvier 1153, déclarait qu'il mettrait au
ban de l'empire et soumettrait à une amende de 10 livres d'or
tout prince qui attenterait aux droits de l'Église de Genève
cependant Amédée, le successeur de Humbert, ressaisit cette
souveraineté de Genève, mais ne put s'y maintenir, Frédéric
Barberousse s'y opposant formellement.
Ce fut donc vers le
milieu du XIIème siècle que Guillaume, fils et successeur
d'Amédée, fit décidément d'Annecy la capitale de son comté de
Genevois.
Après sa réunion à la Savoie, le Genevois devint
l'apanage de Philippe de Savoie, second fils de Philippe, surnommé
Sans Terre et de sa seconde femme, Claudine de Bretagne.
A côté de cette branche cadette se développa une autre souche
la maison de Lullin sortie de Pierre Balard de Genevois, fils
naturel de Guillaume III et d'Émeraude de La Frasse, dame de
Montjoie, sa maitresse. Cette famille ne s'éteignit qu'en 1663,
après avoir fourni pendant toute son existence de nombreux dignitaires
dans les plus hautes fonctions de la cour et de l'armée des
princes de Savoie.
Il ne nous reste plus qu'à mentionner
les troubles religieux qui agitèrent et ensanglantèrent le pays
au XVIème, siècle, sa conquête faite par la République,
sa réunion à l'Empire, pendant laquelle il fit partie du département
du Léman. L'annexion à la France donna lieu à quelques réclamations
de la Suisse ; la question était trop simple pour entrainer
de graves complications. Les traités de 1815, pour mieux assurer
l'inviolabilité du territoire de la Confédération helvétique,
avaient étendu les conditions de neutralisation aux enclaves
du Faucigny et du Genevois, qui faisaient retour au royaume
de Sardaigne. Il s'agissait donc de savoir si le Piémont avait
pu céder ces contrées à des conditions différentes de celles
dans lesquelles il les avait reçues ; la solution affirmative
ne fut pas douteuse. Il y a d'ailleurs toujours en France, chez
tous les esprits intelligents, des sympathies pour la Suisse,
un respect de son indépendance et un désir de paix, de bon accord,
auquel le gouvernement ne pouvait manquer de donner satisfaction.

Le département de la Haute-Savoie a fait partie jusqu'en 1860 d'un État indépendant constitué et gouverné depuis le XIème siècle par la Maison de Savoie. Cette famille de grands féodaux avait fondé sa puissance sur le contrôle des routes et des cols à travers les Alpes, son association particulièrement avec la maison de Bourgogne, avec la papauté, avec les empereurs germaniques et même avec le royaume de France à qui elle a donné plusieurs de ses fils et de ses filles. Bloqué à l'ouest par la puissance des rois de France, le comté puis le duché de Savoie, a déplacé son centre d'intérêt vers le Piémont et toute l'Italie du Nord, jusqu'à devenir avec le royaume de Piémont-Sardaigne, l'élément prépondérant de l'unité italienne. Le département de Haute-Savoie a été créé à la suite du traité de Turin et après un plébiscite, à partir de la partie nord de la Savoie, annexée à la France. C'est l'un des derniers grands territoires métropolitains ayant rejoint la France. Elle a gardé de son histoire et de sa position frontalière à la jonction de trois pays, un particularisme local, une langue vernaculaire riche et une fraternité marquée avec le Val d'Aoste et la Suisse romande.
Annecy

Annecy (Annesiacum novum. C'était l'ancienne
capitale du Genevois et, plus tard, le chef-lieu de la division
générale qui portait son nom, et qui comprenait, outre le Genevois,
le Chablais et le Faucigny. Quoique l'origine d'Annecy soit
incertaine, on peut, avec beaucoup de probabilité, la faire
remonter au temps des Romains ; de nombreuses antiquités, découvertes
sur la colline qu'on appelle Annecy-le-Vieux, prouvent qu'il
y existait alors une station militaire. La ville actuelle a
des antécédents exclusivement féodaux ; elle s'est formée et
a grandi à l'abri du château des comtes du Genevois, qui la
domine et qui depuis a été transformé en caserne. Dans la seconde
moitié du XIVème siècle, cette cité était assez importante
pour que le comte René III se crût obligé de lui accorder des
franchises municipales que confirmèrent la plupart de ses successeurs.
Son heureuse situation a favorisé les développements de son
industrie et de son commerce ; ses marchés réunissent jusqu'à
six mille personnes ; mais c'est avant tout un centre industriel
; les eaux du lac, qui traversent la ville par trois canaux,
appelés Thioux, mettent en mouvement les roues de nombreuses
usines ; ainsi compte-t-elle une population ouvrière relativement
considérable. Il y a deux filatures de coton, une seule occupe
plus de deux mille travailleurs ; des tanneries des papeteries
et une importante fabrique d'étoffes de soie.
Outre le château
des comtes du Genevois, qui sert aujourd'hui de caserne, les
principaux monuments d'Annecy sont la préfecture, bâtiment de
construction récente l'hôtel de ville l'évêché, élevé en 1784
la cathédrale, construite au commencement du XVIème
siècle ; l'église du couvent de la Visitation, où l'on conserve
les reliques de saint François de Sales, avec celles de sa pieuse
pénitente, la bienheureuse Jeanne de Chantal ; les églises de
Notre-Dame et de Saint Dominique le grand séminaire. L'hôpital,
construit sur la route d'Albertville, a été récemment agrandi
et doté par un avocat nommé Favre. La bibliothèque publique
se compose de 12,000 volumes, quoiqu'elle n'ait été fondée qu'en
1784 ; on prétend cependant que c'est la plus ancienne de toute
la Savoie. Le Muséum possède une collection de 10,000 médailles
romaines. La principale promenade de la ville est celle du Pâquier
; citons aussi le jardin publie, orné de la statue de Berthollet,
due au ciseau de Marochetti.
Les rives du lac d'Annecy sont
célèbres ; le côté oriental, dominé par la montagne de la Tournette,
est le plus riche en points de vue, en promenades agréables
et en souvenirs historiques. La longueur du lac est de 14 kilomètres
; sa largeur varie de 1 à 3; sa profondeur moyenne est de 30
mètres; il nourrit assez peu de poisson. Il a gelé complètement
dans l'année 1673
Saint-Julien-en-Genevois


À Saint-Julien, on a retrouvé des restes
de l'époque des Burgondes.
L’histoire de Saint-Julien, qui
a subi pendant des siècles les retombées des conflits entre
Genève et la Savoie du fait de sa situation géographique, reste
dominée par la signature, le 21 juillet 1603, du traité de Saint-Julien,
traité de paix qui mit fin aux guerres entre Genève et la Savoie.
Thonon-les-Bains
Thonon-les-Bains est construit sur un
site occupé au moins depuis l’époque gallo-romaine. Selon la
mythologie, la cité a été fondée par une ancienne tribu germanique
ayant pris part au massacre des Romains dans la Forêt-Noire.
Mal connue pour le haut Moyen Âge, son histoire est très bien
documentée à partir de 1270, en raison de la conservation des
comptes du châtelain comtal des Allinges, dans le ressort duquel
se trouvait le village avant de devenir au début du XIVème siècle
le siège du « mandement ». Une bourgeoisie est attestée dès
le milieu du XIIIème siècle et le village de quelques
centaines de feux est ceint de murs vers la fin du siècle, englobant
le faubourg de Rives vers 1290. En 1266, le comte Pierre II
de Savoie (1203-1268) accorda au bourg sa franchise municipale.
Enjeu des luttes entre les comtes de Savoie et les dauphins
de Viennois jusqu’en 1343, Thonon devient ensuite une des résidences
favorites de la maison de Savoie et attire de nombreux immigrants
locaux ou étrangers (Italiens, Allemands…). Le château, initialement
forteresse et prison, est rasé et, reconstruit vers 1410, devient
une résidence d’agrément comprenant de beaux jardins et des
logis luxueux, plus confortables que le simple pavillon de chasse
de Ripaille, construit au XIVème siècle à l’embouchure
de la Dranse ; le terme de « ripaille » synonyme dans la langue
française de fêtes réussies précède dans le temps le nom du
château qui vient plutôt du terme « rispe », broussailles. Plusieurs
dignitaires de la cour de Savoie se font construire autour du
château des hôtels particuliers (famille Ravais), l’hôtellerie
et le commerce se développent. En 1433, le duc Amédée VIII de
Savoie acquiert et lotit la vigne de Vallon, adjacente aux murailles
de la ville, et dont les « chaseaux » (parcelles à construire)
sont acquises par les principales familles de la bourgeoisie
locale l'actuel quartier Vallon.
Il favorise également la
rénovation des équipements collectifs : moulins, fours, halle,
adduction d’eau. Thonon reste ville de cour jusqu’à la fin du
XVème siècle, malgré la présence de plus en plus
prégnante d’une contestation populaire attestée par l’hérésie
ou la sorcellerie, cruellement poursuivies à partir de 1475,
et par l’émigration vers Genève. Aux XIVème et XVème
siècles, la châtellenie d’Allinges-Thonon fait traditionnellement
partie du douaire de la comtesse, puis duchesse de Savoie. Trois
d’entre elles ont tout particulièrement associé leur nom à la
région, Bonne de Bourbon, épouse d’Amédée VI de Savoie, Marie
de Bourgogne, épouse d’Amédée VIII de Savoie, et Anne de Lusignan,
épouse de Louis Ier de Savoie. De 1536 à 1564 la
ville fût sous administration bernoise. Par le traité de Lausanne
du 30 octobre 1564, la République de Berne rendit au Duc de
Savoie le bailliage de Thonon, entre autres possessions. En
1569, au traité de Thonon, Évian, le pays de Gavot ainsi que
Saint-Jean d’Aulps reviennent à la Savoie
Église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy

Un lieu particlier à découvrir pour les amateurs d'art est l'Église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy. Cette égise construite par l'architecte savoyard Maurice Novarina a été construite en pierre verte du pays, le grès de Taveyannaz, conçue à l’image des robustes chalets savoyards. Enveloppé d'un toit à double pan capable de supporter de lourdes charges de neige, dans une région où celle-ci est particulièrement abondante, l'édifice est solidement ancré au sol. Mais ce qui a fait la notoriété internationale de Notre-Dame-de-Toute-Grâce est sa décoration, confiée par le prêtre de la paroisse, l’abbé Devémy, aux plus grands maîtres de la première moitié du XXème siècle ; de ce fait, l’humble église de montagne s’est transformée en un véritable manifeste des mouvements artistiques de l'époque, marquant un renouveau de l’art sacré. Par un jeu d'amitiés sincères, l'abbé contacte, grâce à son ami le père Couturier, les artistes les plus importants de l'époque, qui acceptent tous de collaborer au projet avec enthousiasme. Parmi ceux-ci, Georges Rouault, Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat et son élève Paul Cosandier, Germaine Richier, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz, Marc Chagall, Jean Constant-Demaison, Ladislas Kijno, Claude Mary, Carlo Sergio Signori, Théodore Strawinsky, etc., vinrent signer peintures, sculptures, tapisserie, vitraux, céramiques, mosaïques, pièces d'ameublement et objets de culte.
Possédées de Morzine

Pendant environ 13 ans, de 1857 à 1870,
plusieurs dizaines de femmes de Morzine furent prises de convulsions,
d’hallucinations, de crises de somnambulisme. Elles se disaient
possédées par des diables. Le docteur Augustin Constans, inspecteur
général des asiles et un des médecins qui examinèrent les malades,
qualifia ces faits d’"épidémie d’hystéro-démonopathie". La psychiatrie
contemporaine pourrait qualifier ces crises « d’hystérie de
conversion ». Cette affaire eut, à une époque où la psychiatrie
était une spécialité balbutiante, une grande publicité. Des
revues scientifiques se firent écho des faits, des sommités
du monde médical vinrent examiner les Morzinoises. Magnétiseurs
et spirites firent aussi le déplacement « Le spirite Allan Kardec
se rendit à Morzine avant d’être refoulé par les gendarmes.
L'une des hypothèses possibles est l'empoisonnement involontaire
par l'ergot du seigle. "Les possédées de Morzine" est également
un tableau du peintre et ancien maire Laurent Baud. Cette lettre
du sous-préfet de Thonon adressée au préfet de la Haute-Savoie
et datée du 4 mai 1864 est particulièrement éloquente. Elle
fut rédigée après la cérémonie de confirmation opérée par l’évêque
d’Annecy, un des pics de la crise. Le prélat fut agressé dans
l'église bondée lors de la cérémonie de confirmation.
«
Le brigadier Fourcade s’est distingué : il souffre de nombreuses
blessures occasionnées en voulant secourir l’évêque. Il y a
120 ou 130 malades. Des jeunes fille guéries depuis 5 ans n’ont
pu supporter cet effrayant spectacle et sont de nouveau atteintes
; trois enfants de 5 et 6 ans sont tombés en crise (...). La
consternation et la peur n’ont jamais été si grandes à Morzine.
C’est la population entière qui est malade. Les femmes seules
ont des crises, mais tout le monde est frappé, et les esprits
ébranlés ne peuvent être rassurés par le fait d’un seul et par
le travail d’une année. C’est l’éducation morale de la commune
qu’il faut refaire, en même temps que l’on devra appliquer des
mesures rigoureuses ». Il faut couper nette l’influence religieuse.
Les exercices religieux, les cérémonies, tout ce qui se rattache
d’un point de vue moral ou matériel, la vue d’un prêtre, le
son des cloches, sont des causes qui déterminent presque exclusivement
les accès des malades. »
Chamonix

Chamonix Chamounix ou Chamouny ( Campus
magnitus ) En 1880 Chamonix n’est qu’un un joli village peuplé
de 2,406 habitants, situé au milieu de prairies, au pied du
mont Brévent, sur la rive droite de l'Arve, et auquel les beautés
de sa vallée ont donné une célébrité bien méritée.
Quoique
la réputation de Chamonix date surtout des écrits de de Saussure,
de Bourrit et de Deluc, ce bourg, connu aussi sous le nom du
Prieuré, n'est pas sans quelques titres historiques. On a retrouvé,
dans les archives de la paroisse, une donation de terres et
la fondation du prieuré couvent de bénédictins qui remonte à
l'année 1090. Il y a trace de lois édictées par le prieuré en
1330 contre les étrangers, et preuves certaines des fréquentes
visites qu'y faisaient les évêques de Genève au XVèmesiècle,
ainsi que d'un séjour qu'y fit saint François de Sales en juillet
1606.
Le sénat de Savoie présidé par son souverain promulgua
une ordonnance, en 1634, pour permettre aux bêtes à cornes et
autres objets de commerce d'entrer dans la vallée sans payer
aucune redevance.
Avant de parler des magnificences que la
nature a prodiguées à ce pays, consacrons quelques lignes à
ses habitants. Ils sont actifs et laborieux, dit M. Pictet ;
ils savent presque tous lire et écrire ; ils vivent principalement
du produit de leurs troupeaux et de ce qu'ils gagnent avec les
voyageurs. La longueur de l'hiver ne leur permet pas de cultiver
les céréales d'automne. Ils récoltent plus particulièrement
un mélange d'orge et d'avoine, avec lequel ils font leur pain,
ils cultivent aussi quelque peu de froment de printemps, de
l'espèce appelée blé de Fellemberg, et d'épeautre, de l'espèce
appelée triticum monococcum: Ils n'ont pas de fruits, excepté
quelques mauvaises pommes et cerises ; les pommes de terre réussissent
bien dans cette vallée et y sont très bonnes mais les produits
les plus importants sont le lin et le miel, devenus pour les
habitants un objet d'exportation assez considérable. La chasse
et la recherche des cristaux forment les occupations principales
des Chamoniards qui n'exercent pas la profession de guide ou
de porteur.
L'industrie est représentée par quelques tanneries.
La fameuse vallée, située à 1,000 mètres environ au-dessus du
niveau de la mer, s'étend dans la direction du N.-E. au S.-O.
le long de l'Arve, qui l'arrose sur une longueur de 30 à 35
kilomètres.
Les curiosités qu'elle renferme, ses beautés
principales dont elle est le centre sont la source de l'Arveiron,
le Montanvert, le Jardin, le Chapeau, les Posettes, la Flégère,
le Brévent, le glacier des Bossons, les cascades des Pèlerins
et du Dard, les mines du Coupeau, la montagne de la Côte, le
glacier d'Argentière, les Aiguilles, le Buet, le mont Blanc.
Nos lecteurs comprendront que des volumes entiers ne suffiraient
pas à la description de tant de merveilles ; nous nous réduirons
donc à dire quelques mots de celles qu'il n'est pas permis d'oublier,
recommandant à quiconque désire des détails exacts et complets
les ouvrages consciencieux et si bien faits de MM. Joanne et
Mortillet.

La source de l'Arveiron se rencontre
à une heure seulement de Chamonix; on y arrive par un chemin
carrossable. L'Arveiron sort en bouillonnant de l'extrémité
inférieure de la Mer de glace tantôt par une vaste arcade, haute
parfois de 25 à 30 mètres, tantôt au milieu de blocs de glace,
lorsque le fragile portique s'écroule. Il y a des années où
il est possible de pénétrer sous cette voûte, mais il est dangereux
de s'y- aventurer trop avant, et surtout de décharger des armes
à feu dont la détonation produit un bruit comparable au grondement
du tonnerre. En face de l'hospice du Montanvert est la Mer de
glace, nommée aussi le Glacier des bois. Elle a environ 45 mètres
de largeur. A son extrémité supérieure, elle bifurque. La branche
qui s'élève du côté de l'est prend le nom de glacier de Léchaud.
Il est situé à 2,274 mètres au-dessus du niveau de la mer et
à 1,200 mètres au-dessus de Chamonix. La branche qui s'élève
du côté de l'ouest se nomme le glacier du Tacul ou du Géant.
Depuis le commencement du chemin on voit les deux glaciers se
séparer au pied d'une haute montagne appelée les Périades. Parmi
les sommités voisines, celle qui frappe le plus le regard est
un pic qu'on nomme l'Aiguille du Dru. « Vue du Montanvert,
dit de Saussure, la surface du glacier ressemble à celle d'une
mer qui aurait été subitement gelée, non pas dans le moment
de la tempête mais à l'instant où le vent s'est calmé et où
les vagues, quoique très hautes, se sont comme émoussées et
arrondies. Ces grandes ondes sont à peu près parallèles à la
longueur du glacier, et elles sont coupées par des crevasses
transversales qui paraissent bleues dans leur intérieur, tandis
que la glace est blanche à sa surface extérieure. Quand on est
au milieu du glacier, les ondes ressemblent à des montagnes,
et leurs intervalles semblent être des vallées entre ces montagnes.
Il faut d'ailleurs parcourir un peu le glacier pour voir ses
beaux accidents ses larges et profondes crevasses, ses grandes
cavernes, ses lacs remplis de la plus belle eau, renfermés dans
des murs transparents couleur d'aigue-marine ses ruisseaux,
d'une eau vive et claire, qui coulent dans des canaux de glace
et qui viennent se précipiter et former des cascades dans des
abîmes de glace »
Après deux heures de marche sur le
glacier du Léchaud, on en sort au pied d'un autre glacier qui
s'y jette et qu'on nomme le Talèfre.
Voici en quels termes
M. Pictet le décrit « L'aspect du Talèfre est majestueux
et terrible. Comme la pente par laquelle il descend est extrêmement
rapide, ses glaçons, se pressant mutuellement, se dressent,
se relèvent et présentent des tours, des pyramides diversement
inclinées, qui semblent prêtes à écraser le voyageur téméraire
qui oserait s'en approcher. » C'est de Chamonix qu'on part
généralement pour tenter l'ascension du Mont Blanc. Cette montagne,
le géant de notre Europe, fut gravie pour la première fois en
1786 par le docteur Paccard et Jacques Balmat, de Chamonix.
L'année suivante, de Saussure y monta avec dix-sept guides et
y fit d'intéressantes observations météorologiques.

Depuis 1786 jusqu'en 1854 inclusivement,
dit G. Mortillet, c'est-à-dire pendant une période de soixante-neuf
ans, on ne compte que quarante-neuf ascensions ayant réussi.
Le chiffre total des ascensionnistes heureux, leurs guides non
compris, est de soixante-quatorze, qui se répartissent ainsi
43 Anglais ou Écossais, 12 Français, 6 Savoisiens, 3 Américains,
2 Allemands, 2 Polonais, 1 Russe, 1 Suédois, 1 Napolitain et
3 Suisses. Parmi ces ascensionnistes on compte trois femmes
une paysanne de Chamonix, nommée Marie Paradis, en 1809 ; Mlle
Henriette d'Angeville, Française, en 1838, et mistress Hamilton,
Anglaise, en 1854
Les époques extrêmes des ascensions heureuses
ont été le 19 juin et le 9 octobre ; généralement, elles se
font pendant les mois de juillet, août et septembre. Ces ascensions,
très difficiles et très périlleuses il y a peu de temps encore,
se font maintenant avec bien moins de fatigue et beaucoup moins
de dangers, et, depuis 1854, le nombre des ascensions réussies
s'est fort multiplié. Lorsqu'on approche du sommet, la pente
devient comparativement douce ; mais la respiration est pénible,
le pouls s'accélère sensiblement ; on perd l'appétit, on ressent
une soif ardente et on éprouve une envie de dormir presque irrésistible
; on est si facilement essoufflé, qu'il est impossible de faire
un grand nombre de pas sans s'arrêter ; certains voyageurs ne
vont pas au-delà de 24, mais il n'y en pas qui fassent de suite
plus de 150 pas. Depuis 1854, elles ont été nombreuses ; il
y en a eu plusieurs chaque année.
Le sommet du mont Blanc
est comme arrondi en forme de dos d'âne ; il a environ 200 pas
de longueur et un mètre de largeur au point culminant. Du côté
de l'est, la pente s'adoucit en descendant, tandis que du côté
de l'ouest elle prend la forme d'une arête aiguë. Le panorama
qu'on découvre de cette élévation est immense ; malheureusement,
à moins de jouir d'un temps exceptionnellement beau, les objets
paraissent en général un peu confus. On ne voit distinctement
que les grandes masses de montagnes telles que la chaîne du
Jura les Alpes suisses, les Alpes maritimes et les Apennins.
C'est à un endroit appelé les Grands-Mulets que passent la nuit
les voyageurs tentant l'ascension du mont Blanc; ils y trouvent
un pavillon destiné à les abriter. La hauteur de cette station
est de 3,455 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le chemin
pour y arriver commence à être dangereux après un rocher de
granit qui a 12 à 15 mètres de hauteur, et qu'on nomme la Pierre-à-l'Échelle.
A sa base, en effet, se trouve une grotte dans laquelle les
guides déposent l'échelle qui sert à traverser les crevasses
du glacier. « En quittant la Pierre-à l'Échelle, dit Joanne,
on arrive sur le bord du glacier des Bossons, dont l'accès est
toujours difficile ; on le traverse le plus vite possible car
quelquefois, en revenant, on trouve les traces d'une avalanche
fraîche tombée depuis qu'on est passé. Après avoir franchi le
lit de l'avalanche, on s'attache à une corde et l'on commence
à marcher sur une vaste plaine de neige légèrement ondulée et
sous laquelle d'immenses crevasses s'étendent dans dans tous
les sens. Quand les crevasses sont trop larges pour être enjambées,
on les franchit à l'aide d'une échelle posée d'un bord à l'autre
et servant de pont. Le guide, qui marche le premier, sonde avec
précaution et à chaque pas devant lui et sur les côtés. Après
avoir dépassé les Séracs, énormes blocs de glace d'une forme
à peu près cubique, après avoir escaladé d'autres degrés du
glacier et franchi d'autres crevasses, on arrive aux Grands-
Mulets, rochers isolés, hauts de 200 mètres, et du haut desquels
la perspective est d'une magnificence indescriptible. »
Les guides compagnons indispensables dans ces périlleuses excursions,
forment une corporation à laquelle une loi du 11 mai 1852 a
imposé certains règlements.
Évian-les-Bains

Évian-les-Bains ( Acquianum), chef-lieu
de canton arrondissement et à 10 kilomètres au nord-est de Thonon,
est une ville située, dans une position admirable et en amphithéâtre,
sur le bord du lac de Genève. L'empereur Napoléon III avait
projeté d'y établir un port, et ce projet a seulement reçu un
commencement d'exécution ; le port d'Évian est une des stations
les plus fréquentées de la navigation à vapeur du lac de Genève.
De la plage d'Évian et de la gracieuse colline de Saint-Paul,
qui la domine, on aperçoit la rive suisse sur une étendue de
plus de 12 lieues. L'œil du spectateur, enchanté par ce merveilleux
panorama, pour limites, à l'horizon, les cimes du Jura et des
Alpes vaudoises, et, au-delà dit Léman, la chaîne entière du
Jorat, couverte de villes, de villages et de maisons de campagne.
Mais ce qui plus encore que son site enchanteur, fait la
fortune d'Évian ce sont ses sources minérales, qui portent les
différents noms de Bron ou de Bonne-Vie, Cachet (ce sont les
deux principales), Guillot, du Lavoir, Montmasson ; leur température
ne dépasse pas 12 degrés; elles sont gazeuses, bicarbonatées,
sodiques, limpides, sans odeur ni saveur, laissant déposer un
sédiment rougeâtre. Elles s'emploient en boisson, en bains,
en douches. Elles ont pour effet de stimuler la digestion et
peuvent, dans certains cas, être employées comme les eaux de
Vichy ; enfin, on les recommande pour le traitement des affections
catarrhales de la vessie et des reins, les gastralgies et les
maladies de la vessie.
La Haute Savoie

Lorsque l'on parle de ce département,
certains lieux ne peuvent pas être passé sous silence tel que
Chamonix, haut lieu de l'alpinisme européen qui attire chaque
année des milliers d'amateurs de moyennes montagnes et également
d'alpinistes chevronnés. La Haute Savoie comme sa voisines la
Savoie possède de très nombreuse stations de sports d'hivers
et elle accueille chaque année un important afflux de tourismes
tant l'été que l'hivers qui vienne y découvrir les plaisir de
la glisse et de la randonnée en montagne.
Parmi les grandes
stations de sport d'hivers ont peut citer Avoriaz qui accueille
chaque année le Festival international du film fantastique,
Megève une des plus ancienne stations des Alpes, Chamonix, La
Clusaz, Les Contamines Montjoie, etc..
Autre lieu à découvrir
pour les amoureux de la faune et de la flore, le Massif des
Beauge,à la limite de la Savoie et de la haute Savoie, qui depuis
1995 est classé en réserve régionale et qui attire de très nombreux
vacanciers qui viennet gouter aux charmes de la vie alpine
Visite de Napoléon III en Savoie

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