Histoire de Haute Vienne (87)


Le département de la Haute-Vienne a été
formé du Haut-Limousin, d'une partie de la Basse-Marche et de
quelques communes du Haut-Poitou. Avant la conquête romaine,
ce pays, compris dans la Celtique, était habité par les Lémovices,
peuple indépendant dont la puissance parait avoir été assez
considérable. Les Lémovices, dans la lutte contre César, ne
trahirent pas la nationalité gauloise. Ils envoyèrent 10 000
hommes sous les murs d'Alésia pour forcer les Romains à lever
le siège de cette ville, et leur chef, Sédulius, périt dans
la déroute de Vercingétorix.
Sous Auguste, lors de la division
des Gaules en quatre provinces, la cité des Lémovices fut annexée
à l'Aquitaine. Plus tard, Dioclétien divisa l'Aquitaine en deux
parties, et le Limousin fut compris dans la première, qui avait
Bourges pour métropole.
L'histoire de cette province se
confond pendant toute la durée de l'empire avec celle de l'Aquitaine.
En 418, le faible Honorius la céda aux Wisigoths. Leur domination
fut de courte durée. Clovis, chef des Francs, s'empara du Limousin
après la bataille de Vouillé (507). En 579, éclata un soulèvement
général des peuples de Limoges, Chilpéric, descendant de Clovis,
ayant établi un nouvel impôt sur les produits des terres et
sur la propriété des esclaves. La multitude, excitée par le
clergé, se porta vers la demeure de Marcus, le référendaire
royal, saisit les registres de l'imposition et les brûla sur
la place publique.

Des poursuites rigoureuses furent dirigées
contre les auteurs et les complices de cette insurrection. Plusieurs
prêtres subirent la torture et la mort ; un grand nombre de
laïques furent décapités. Mais ces exécutions ne firent qu'exaspérer
la haine que les habitants portaient à la domination des rois
francs. En 630, Dagobert donne l'Aquitaine à son frère Caribert
II. Pendant la période des rois fainéants, le Limousin, comme
tout le Midi de la France, eut à souffrir des invasions des
Sarrasins. Pépin-le-Bref rétablit l'unité de la Gaule. Après
la chute de Waïfre (768), le duché d'Aquitaine perdit son indépendance,
et le Limousin rentra sous l'autorité des rois francs. Charles-le-Chauve,
en 845, céda à Pépin II toute l'Aquitaine, moins le Poitou,
la Saintonge et l'Angoumois. L'année suivante, les Normands
parurent dans le Limousin. Les seigneurs du pays, irrités contre
Pépin, appelèrent Charles-le-Chauve et le proclamèrent roi d'Aquitaine
à Limoges (848) ; mais bientôt ils l'abandonnèrent ; puis, par
un nouveau revirement, ils lui livrèrent son rival (852).
Charles, second fils de Charles-le-Chauve, fut nommé roi
d'Aquitaine (855) et mourut dix ans après. Le roi Eudes, fils
de Robert-le-Fort, eut à combattre Rainulfe II, comte de Poitiers
et duc d'Aquitaine, qui prenait le titre de roi. Eudes installa,
comme premier vicomte à Limoges, en 876, Aldebert, de la maison
de Ségur.
En 930, Raoul, duc de Bourgogne, proclamé roi
de France par Hugues-le-Grand, battit les Normands dans le Limousin.

Sous le règne de Hugues Capet, le pays fut désolé par la peste (994). Le clergé, profitant de la terreur que le redoutable fléau jetait dans toutes les âmes, demanda l'établissement de la trêve de Dieu. Le concile de Limoges (1031) prononça l'excommunication contre tous ceux qui ne garderaient pas la paix de la justice. En 1153, Éléonore de Guyenne, fille de Guillaume IX, dernier duc d'Aquitaine, après avoir été répudiée par Louis-le-Jeune, épousa Henri Plantagenet, et lui apporta en dot les domaines de son père, dont le Limousin faisait partie avec l'Auvergne, le Périgord, le Poitou, l'Angoumois, la Saintonge et la Guyenne. Lorsque, après la mort d'Étienne, Henri succéda au trône d'Angleterre (1154), il possédait un tiers de la France. Le Limousin resta sous la domination anglaise jusqu'en 1203. Il fut alors confisqué et réuni au domaine royal, en exécution de l'arrêt rendu par les pairs de France contre Jean-sans-Terre. La soumission de cette province ne fut achevée que par Louis VIII, en 1224. Louis IX, par le Traité d'Abbeville (1259), rendit à Henri III d'Angleterre, outre le pays au-delà de la Garonne, le Limousin, le Quercy, le Périgord, les revenus de l'Agenois, Saintes et la partie de la Saintonge au Sud de la Charente, à la condition de faire l'hommage lige et de renoncer à toutes les autres possessions des rois anglais en France. Jean-le-Bon, par le Traité de Brétigny (8 mai 1360), confirma les Anglais dans la possession de nos provinces méridionales.

Charles V essaya de réparer par une politique
adroite les désastres de Crécy et de Poitiers. Il entretint
de secrètes intelligences dans le Limousin. Louis, vicomte de
Rochechouart, devint suspect au prince de Galles, qui le fit
venir à Angoulême et donna l'ordre de l'arrêter. Remis en liberté,
il prit ouvertement le parti du roi de France et soutint un
siège dans son Château contre les troupes anglaises. Charles
V le nomma gouverneur du Limousin. L'évêque de Limoges, gagné
par les émissaires du roi, traita avec le duc de Berry (1368),
et la cité de Limoges, qu'il ne faut pas confondre avec le Château
ou ville proprement dite, selon l'expression du temps, « se
tourna française. » Mais le Prince-Noir punit bientôt cette
trahison en faisant massacrer une partie de ceux qui défendaient
la cité, en 1310. En 1374, une armée anglaise, sous le commandement
des ducs de Lancastre et de Bretagne, partit de Calais, passa
près d'Arras, de Ham, de Saint-Quentin, traversa l'Oise, la
Marne, la Seine, et vint dévaster la Bourgogne, l'Auvergne et
le Limousin.
« Plusieurs barons et chevaliers du royaume
de France et consaulx des bonnes villes, relate Froissart, murmuroient
l'un à l'autre, et disoient en public que c'estoit chose inconvéniente
et grand vitupère pour les nobles du royaume de France, où tant
a de barons, chevaliers et écuyers, et de quoi la puissance
est si renommée, quand ils laissoient ainsi passer les Anglais
à leur aise, et point ne s'estoient combattus, et que de ce
blâme ils estoient vitupérés par tout le monde. »
Le
roi, malgré les plaintes, ne changea point de politique.«
Par ma foi, disoit-il, je n'en pense jà à issir ni à mettre
ma chevalerie ni mon royaume en péril d'estre perdus pour un
peu de plat pays. »
Telle était aussi l'opinion de Clisson
et de Du Guesclin. « Laissez-les aller ; par fumières ne
peuvent-ils venir à votre héritage. Il leur ennuiera, et iront
tous à néant. « Quand un orage et une tempête se appert à la
fois en un pays, si se départ depuis et se dégâte de soi-même;
ainsi adviendra-t-il de ces gens anglois. »

En effet, les troupes anglaises, épuisées
par la fatigue, sans chevaux, sans armes, sans vivres, purent
à grand peine arriver jusqu'à Bordeaux. C'était la dernière
armée d'Édouard III.
Charles V, en évitant les « grosses
affaires », avait tiré des mains de l'ennemi le Ponthieu, le
Limousin, le Quercy, le Rouergue, la Saintonge, l'Angoumois
et le Poitou. Pourtant le Limousin ne fut pas dès lors complètement
délivré des Anglais. La guerre s'y poursuivit malgré toutes
les trêves officielles, Aux limites des deux dominations s'étaient
établis des Aventuriers qui se disaient Anglais pour avoir un
prétexte de piller et de ravager les terres de France. On pouvait
leur appliquer à tous ces paroles que Froissart met dans la
bouche d'un chevalier. « Ils ne sont pas Anglois de nation,
mais Gascons, et font guerre d'Anglois. »Un de leurs capitaines
en renom, Geoffroy Tète-Noire, disait à ses compagnons de brigandage
« Ma guerre a toujours été telle que je n'avois cure à qui,
mais que profit y eût. Jamais, sur l'ombre de la guerre et querelle
des rois d'Angleterre, je me suis formé et opinioné plus que
de nul autre; car je me suis toujours trouvé en terre de conquest;
et là se doivent toujours traire et tenir les compagnons aventureux
qui demandent les armes et se désirent à avancer. » Froissart
nous montre ces Anglais de Gascogne, établis en 1387, sous les
ordres de Perrot-Ie-Béarnais, au Château de Chalusset, près
de Limoges. « Les compagnons à l'aventure couroient en Auvergne;
or pour ce que le pays a esté et estoit toujours en doute pour
tels gens, sur les frontières du Bourbonnois se tenoit, de par
le duc de Bourbon, un sien chevalier, vaillant homme aux armes.
» Les temps du brigandage féodal étaient revenus.

Pillés par les Aventuriers, par les Anglais, par leurs propres seigneurs, les paysans, poussés à bout, cherchèrent plus d'une fois la fin de leurs maux dans la révolte des désespérés. En 1381, ceux de l'Auvergne, du Limousin et du Poitou, prirent les armes, assiégèrent les Châteaux, massacrèrent les nobles et cette nouvelle Jacquerie ne fut éteinte que dans les supplices. Pendant la première période du règne de Charles VII, la misère du peuple alla toujours croissant. Quand ce n'étaient pas les Anglais qui étaient maîtres de son royaume, c'étaient ses Routiers pillards et féroces. « Il faut bien que nous vivions, répondaient-ils aux plaintes des paysans si ce fussent des Anglois, vous n'en parleriez pas tant. » En 1442, Charles VII se décida à purger enfin de ces hôtes exécrables les provinces de l'Ouest et du Midi.

Dans son expédition vers les Pyrénées,
il traversa le Limousin et en chassa les Écorcheurs. Louis XI
acheva l'œuvre de son père et rétablit dans les provinces un
peu d'ordre et de sécurité. Le parlement de Bordeaux, qu'il
créa en 1462, comprit le Limousin dans sa juridiction. Durant
le XV siècle, ce pays, encore fatigué des longues souffrances
de la guerre de Cent- Ans, ne put échapper aux désastres des
guerres de Religion. La Réforme commença à se montrer en Limousin
vers 1560 ; mais elle fit peu de progrès. Les habitants suivirent
en général la cause du roi, et repoussèrent également les Ligueurs
et les Huguenots. C'est à Châlus que les Allemands, amenés par
le duc de Deux-Ponts, opérèrent, en 1569, leur jonction avec
les troupes de Coligny. Le duc d'Anjou perdit la bataille de
La Roche-l'Abeille. L'armée catholique mourait de faim dans
ce pays peu fertile et déjà ravagé par les Protestants. Les
Reîtres du duc d'Anjou déclaraient qu'ils ne pouvaient combattre
à jeun. Gens d'armes et fantassins s'en allaient par bandes
sans congé. De leur côté, les Huguenots se fatiguaient de la
guerre d'escarmouches. Leur victoire de La Roche-l'Abeille ne
leur avait pas procuré de grands avantages. Ils auraient mieux
aimé une bataille décisive. Pour terminer la campagne, ils tentèrent
la voie des négociations. Mais Charles IX déclara qu'il n'accorderait
rien avant que les rebelles eussent posé les armes. C'était
rejeter formellement toute proposition de paix. Coligny et les
princes continuèrent les opérations militaires. Ils s'occupèrent
à des sièges à défaut de bataille, et soumirent plusieurs places
du Périgord, du Haut-Poitou et du Limousin.
Après la mort
de Henri III (1589), la Ligue mit pour gouverneurs, dans le
Limousin et dans les provinces voisines, Louis de Pompadour
et Desprez de Montpezat. Anne de Lévis de Ventadour était gouverneur
pour le roi lorsque les Ligueurs assiégèrent la ville de Saint-Yrieix
(1591). En 1594, Henri IV, par ses victoires et ses négociations,
acheva la conquête de la France. Mais « pendant que les grands
traitaient avec le roi et que les cités de toutes parts lui
ouvraient leurs portes, la lassitude de la guerre civile, qui
faisait déposer les armes à la bourgeoisie, dit Henri Martin,
les faisait prendre aux paysans du sud-ouest. « Il n'est pas
facile d'imaginer à quel degré d'insolence et de cruauté étaient
arrivés les petits chefs militaires des provinces : toutes les
horreurs des temps les plus désordonnés de la féodalité se renouvelaient
au fond des donjons ligueurs et royalistes.
Mille petits
tyrans, d'autant plus pressés de se gorger d'or qu'ils sentaient
leur règne plus éphémère, écrasaient, torturaient, suçaient
jusqu'au sang les peuples des campagnes.

Les paysans se soulevèrent par milliers
dans le Poitou, la Saintonge, le Limousin, la Marche, le Périgord,
l'Agenois, le Quercy, non plus pour la messe ou le prêche, pour
le roi ou la Ligue, mais pour avoir le droit de vivre et d'être
hommes. Ils refusèrent le payement des tailles, des dîmes, des
droits féodaux, assaillirent les repaires de leurs oppresseurs,
coururent sus aux percepteurs, aux gens de guerre, aux nobles
connus pour maltraiter leurs vassaux, à tous ceux qui croquaient
le pauvre peuple.
Leur cri de guerreAux craquants ! aux
croquants! leur valut à eux-mêmes le nom bizarre qu'ils
donnaient à leurs ennemis. Dans le Poitou, le Limousin et l'Angoumois,
où le mouvement avait commencé, les gouverneurs royaux dissipèrent
les bandes de paysans moitié par force, moitié par promesse
d'un meilleur traitement. Dans le Limousin, les Croquants avaient
pour chef un nommé P. Deschamps, qui fut tué au mois de mai
1594. Les paysans pillèrent le Château de Châlus et assiégèrent
Saint-Yrieix. « M. de Chambaret, gouverneur du haut et bas Limousin,
lit-on dans les Chroniques Limousines, fit venir quatre à cinq
cents hommes de cheval et des compagnies de gens de pied. MM.
Dably et de Marsillac (La Rochefoucauld) lui amenèrent autant
d'hommes. Les seigneurs de La Chapelle, Biron et de Peyraux
s'y joignirent encore avec toute la noblesse de ces provinces.
« Ils vinrent à Rujaleuf où se tenait le capitaine des croquants,
qu'il n'osa attaquer. « II se retira à Crouzilh (Couzeix), autrement
le petit Limoges, où il remporta quelque avantage, et mit le
feu au bourg. « II les dénicha, avec le canon, de Crouzilh,
puis de Saint-Priest-Ligoure. « Entre Nexon, Meilhat, Lagarde
et Bost-Richard, il voulut charger 2,500 de leurs arquebusiers
mais les croquants et Desmoulins, leur capitaine, les repoussèrent
vivement d'abord. « Desmoulins et leurs autres capitaines, gagnés
par H. de Chambaret, les abandonnèrent ensuite.
On en tua
1,500, et presque tous les autres furent blessés.
C'était
un ramassis de paysans des paroisses de Saint-Pardoux, Saint-Paul,
Saint-Jorry, Sainte-Marie, Saint-Priest, Saint-Nicolas, Meilhat,
Frugier, Firbeix, Dournazac, Legeyrac, Ladignac, Champsac en
Périgord et en Limosin.

Le Bulletin de la Société de l'histoire
de France a publié une circulaire des paysans insurgés, se qualifiant
du tiers état des paysans de Quercy, Agénois, Périgord, Saintonge,
Limousin, Haute-Marche et Basse-Marche, en armes pour le service
du roi et conservation du royaume. Cette pièce est adressée
aux officiers et habitants des diverses châtellenies de la contrée,
que les insurgés somment de se joindre à eux contre « les
inventeurs de subsides, voleurs, leurs receveurs et commis,
etc. ».
Ils reconnaissent Henri IV pour roi de droit
divin, naturel et humain, et déclarent vouloir maintenir l'Église,
la noblesse sans reproche et la justice. L'autorité royale étouffa
dans les massacres et dans les supplices cette révolte uniquement
dirigée contre les brigands féodaux. Mais la même main qui écrasait
les Croquants ne ménagea pas davantage les seigneurs trop remuants
et trop orgueilleux. En 1605, les nobles mécontents conspiraient
dans le Midi contre Henri IV. Le roi résolut de se montrer en
personne dans ses provinces du Sud. Il marcha en Limousin à
la tête d'un petit corps d'armée (octobre 1605). Une chambre
du Parlement de Paris vint tenir les Grands-Jours à Limoges,
et, suivant l'expression des Mémoires de Sully, « il y eut dix
à douze têtes qui volèrent. » Pendant la réunion des États-Généraux,
l'insolence d'un député limousin amena une vive querelle entre
la noblesse et le tiers état. Le 3 février 1615, le sieur de
Bonneval, député de la noblesse du Limousin, chargea de coups
de bâton, dans la rue, le sieur de Chevailles, député du tiers
de la même province et Lieutenant particulier à Uzerche. Cet
outrage souleva une furieuse tempête. Le tiers se transporta
sur-le-champ au Louvre, et demanda justice à Louis XIII du crime
de lèse-majesté commis sur un membre des États, participant
de l'inviolabilité royale.

Pendant les troubles de la Fronde, le Limousin n'eut pas trop à souffrir de la guerre civile Condé le traversa, mais dans un singulier équipage. Gourville, dans ses Mémoires, raconte cette expédition dont il fit partie. « M. le Prince, dit-il, avait eu des nouvelles que M. de Beaufort, qui commandait les troupes de Monsieur, et M. de Nemours, qui commandait les siennes, quoique beaux-frères, avaient de grands démêlés ensemble, jusque-là qu'on craignait qu'ils n'en vinssent aux mains et que, si M. le Prince pouvait se rendre à cette armée, cela pourrait obliger la cour à faire une paix qui lui serait avantageuse. M. le Prince prit le parti de s'y rendre avec un petit nombre de gens à sa suite ; ayant concerté l'affaire avec M. de La Rochefoucauld, qui souhaita que M. le prince de Marsillac, quoique fort jeune, en fût aussi, M. le marquis de Lévis, M. de Chavagnac, M. Guitaut, M. de Bercenay, capitaine des gardes de M. de La Rochefoucauld, moi et Rochefort, valet de chambre de Son Altesse Sérénissime. Le jour qui fut choisi pour partir d'Agen était le dimanche des Rameaux (1652). Ils prirent tous des habits modestes, qui paraissaient plutôt habits de cavaliers que de seigneurs. Nous entrâmes dans un village au-delà de Cahuzac, où il y avait un cabaret. L'on y demeura trois ou quatre heures, et n'y ayant trouvé que des œufs, M. le Prince se piqua de bien faire une omelette. L'hôtesse lui ayant dit qu'il fallait la tourner pour la mieux faire cuire, et enseigné à peu près comme il fallait faire, l'ayant voulu exécuter, il la jeta bravement du premier coup dans le feu. Je priai l'hôtesse d'en faire une autre et de ne pas la confier à cet habile cuisinier. Nos gens ne faisant que dormir, j'étais obligé d'avoir soin des chevaux et de compter, de sorte que je ne pouvais reposer un moment. Le mercredi, à trois heures du matin, marchant auprès de notre guide, et voyant que nous approchions d'un lieu qui me parut assez gros, je lui demandai si nous devions passer dedans ; il me dit que non, mais que la rivière en était si proche qu'il n'y avait que la largeur du chemin entre deux, et qu'on y faisait une espèce de garde. Je me mis pour lors une écharpe blanche dont je m'étais nanti. Voyant quelques hommes devant la porte, je les priai de ne laisser entrer personne de ceux qui me suivaient je fus aussitôt obéi. Nous passâmes, et allâmes faire repaître nos chevaux dans un gros village, où un paysan dit à M. le Prince qu'il le connaissait bien, et en effet le nomma. L'ayant entendu, je me mis à rire, et, quelques autres s'approchant, je leur dis ce qui venait d'arriver. Tous plaisantant sur cela, le pauvre ne savait plus qu'en croire. » Le duc de La Rochefoucauld parle aussi de cette course aventureuse à travers le Périgord et le Limousin. « Ce qu'il y eut, dit-il, de plus rude dans ce voyage fut l'extraordinaire diligence avec laquelle on marcha jour et nuit, presque toujours sur les mêmes chevaux, et sans demeurer jamais deux heures en même lieu. On logea chez deux ou trois gentilshommes, amis du duc de Lévis, pour se reposer quelques heures et pour acheter des chevaux. Mais ces hôtes soupçonnaient si peu M. le Prince d'être ce qu'il était, que, dans un de ces repas, où l'on dit d'ordinaire ses sentiments avec plus de sincérité qu'ailleurs, il put apprendre des nouvelles de ses proches qu'il avait peut-être ignorées jusqu'alors. » La Rochefoucauld fait ici allusion à ses amours avec Mme de Longueville, sœur du prince de Condé. Gourville, plus discret que son maître, ne rapporte pas ce détail assez piquant. Le voyage se termina heureusement. Condé traversa sans encombre le Périgord, le Limousin, l'Auvergne et le Bourbonnais. « II arriva, le samedi au soir au Bec-d'Allier, à deux lieues de La Charité, où il passa la rivière de Loire sans aucun empêchement.» Depuis la victoire de Louis XIV et l'établissement de la monarchie absolue, l'histoire du Limousin se confond entièrement dans celle de la nation. Cette province n'a plus de vie personnelle. Pourtant, elle ne perd pas tout à fait son caractère propre et original, et, dans l'unité de la France, on reconnaît encore le Limousin. Voici le tableau de la province à la fin du XVIIème siècle, tel que l'a tracé le comte de Boulainvilliers, d'après les rapports de l'intendant de Limoges.

« Le haut Limousin est montueux et
froid, couvert de bois de châtaigniers, dont le fruit est la
principale nourriture du peuple. Les terres sont peu propres
au froment ; mais on y recueille de bon seigle, et surtout quantité
de blé noir avec des raves de la grosse espèce. Ces deux derniers,
avec les châtaignes, sont la nourriture ordinaire des paysans,
et, quelque bonne que soit d'ailleurs la récolte, ils pâtissent
toujours beaucoup quand l'une de ces trois espèces vient à manquer.
Il ne faut pas croire qu'ils fassent du pain de châtaignes,
comme on le dit à Paris, ce fruit n'étant propre ni à être moulu
ni à être pétri ; mais ils le font bouillir, le dépouillent
par ce moyen de ses deux écorces, et le mangent ensuite avec
délice. Cette nourriture rend les hommes durs au travail et
robustes, mais elle ne leur donne aucune vivacité. »
Après avoir décrit le pays, Boulainvilliers, traçant le caractère
des habitants, ajoute : « Les habitants du haut Limousin
sont grossiers et pesants, mais laborieux, entendus à leurs
affaires, vigilants, économes jusqu'il l'avarice, jaloux, défiants,
craignant le mépris, durs sur le recouvrement des deniers du
roi. Quand ils se soumettent aux impôts, c'est plutôt par crainte
que par bonne volonté; car leur passion dominante est de posséder
sans inquiétude et sans partage le fruit de leurs travaux. »
Le Limousin n'avait pas de coutumes ni d'usages particuliers,
C'était un pays de droit écrit, et l'une des provinces qui,
suivant Necker, étaient les moins productives.

« Ce pays, dit l'abbé de Laporte dans
son Voyageur français, a donné plusieurs papes à l'Église, plusieurs
hommes célèbres dans la magistrature et dans les lettres, les
sciences et les arts les Dorat, les Saint-Aulaire, les d'Aguesseau,
et plusieurs autres qui doivent effacer par leurs talents ou
leur illustration l'espèce de ridicule que Molière a jeté sur
la noblesse limousine et sur l'esprit des habitants de cette
province. II est vrai que le peuple, pauvre et malheureux, obligé
de suppléer par une vie dure, par des travaux continuels, à
la stérilité du sol, n'a guère cultivé les facultés intellectuelles
et n'a point suivi les progrès de son siècle. La misère n'est
point favorable à l'instruction. Le besoin a fait naitre chez
les Limousins l'industrie, l'activité, la sobriété.On leur reproche
d'être méfiants, processifs et surtout superstitieux. « La religion
des Limousins ne consiste qu'en des pratiques extérieures de
processions et de pèlerinages, et la vénération qu'ils ont pour
les saints de leur pays, saint Martial et saint Léonard, est
exclusive de tous les autres, et va même à l'abaissement du
culte de Dieu. »
Une nouvelle industrie, celle de la
porcelaine, a augmenté l'aisance des habitants, et cette profession,
presque artistique, a éveillé des intelligences longtemps paresseuses.
Aujourd'hui, le département compte de nombreuses fabriques de
porcelaine, dont les produits rivalisent avec les plus beaux
et les plus estimés de l'Angleterre, de la Saxe et des autres
pays étrangers, ainsi qu'on a pu le voir aux grandes expositions
internationales de Paris. Depuis le temps où Turgot, intendance
la généralité de Limoges (1761), abolit la corvée et donna à
ce pays, jusqu'alors impraticable, les Routes les plus belles
et les mieux entretenues de la France, de nouveaux progrès ont
été accomplis, et la création d'un réseau de Chemins de fer
à travers le département y a apporté une activité industrielle
et commerciale qui n'a pas tardé à l'enrichir et à en faire
un des plus importants de la France. Mais si le frottement de
la civilisation moderne a poli le caractère limousin, il n'en
a pas altéré les qualités saines et solides. Texier Olivier,
préfet de la Haute-Vienne, a fait, en 1808, l'éloge suivant
de ses administrés « La douceur est le caractère distinctif
des habitants du département de la Haute-Vienne.
Ils sont,
en général, pleins de bonhomie et de candeur; et, quoique excessivement
économes, ils se montrent charitables et hospitaliers.
Durs
envers eux-mêmes, ils sont honnêtes envers les étrangers; ils
savent apprécier le bien qu'on leur fait; ils sont serviables
et reconnaissants. » On parle généralement à Limoges le
français, mais avec une prononciation vicieuse; l'accent limousin
se perd difficilement, même chez ceux qui font de longues absences.
Le patois du pays est un idiome mélangé de latin, d'espagnol
et de langue romane corrompue. Au Moyen-Âge, la langue limousine
a eu ses troubadours et ses poètes. Les imitations des fables
de La Fontaine, les contes, les chansons et les noëls patois
des abbés Foucaud et Richard et de quelques autres, nous ont
conservé cette langue.
On y trouve des expressions originales
qui, traduites en français, perdraient tout ce qu'elles ont
d'énergie, de sel et de valeur.

La région est christianisée dès le IIIème
siècle : un réseau paroissial important se constitue. La présence
d’ermites, pendant la période mérovingienne, entraîne un culte
posthume de ces hommes, autour de leurs tombeaux.
La domination
des Wisigoths est de courte durée, car le Franc Clovis s'empare
du Limousin après la bataille de Vouillé en 507. Querelles et
révoltes se multiplient, et la région est rattachée au duché
d'Aquitaine en 674. La vicomté de Limoges est bientôt créée.
Des communautés religieuses sont fondées : Solignac est
fondée par Éloi de Noyon, Saint Martial en 848. En 994, les
reliques de saint Martial sont exposées afin d’éradiquer le
« mal des ardents » ; ce sont les premières ostensions limousines.
L'abbaye de Saint-Martial possède un imposant patrimoine. C'est
aussi l'époque de prospérité de l'ordre de Grandmont, fondée
par les disciples d'Étienne de Muret. Ces monastères œuvrent,
en plus de leur rôle de christianisation, pour l'aménagement
du territoire et l'agriculture.
Le Limousin est un territoire
partagé entre diverses seigneuries, avec pour conséquence une
forte insécurité. Les vicomtes réussissent à étendre leur influence
vers le Périgord. Des châteaux sont construits sur des mottes
: Châlucet, Lastours…
Aliénor d'Aquitaine, héritière du
duc d'Aquitaine, divorçant de Louis VII, épouse en secondes
noces Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie,
devenu roi d'Angleterre en 1158. Le Limousin est accolé à l'Aquitaine
anglaise et se trouve au cœur des luttes entre Henri II et Louis
VII.

Il en est de même à la génération suivante,
entre Richard Ier, roi d'Angleterre, dit Richard
Coeur de Lion et Philippe Auguste. À l'occasion d'une trêve
entre les deux souverains, Richard décide de s'en prendre au
vicomte Adémard V de Limoges, qui s'était rallié au roi de France
en son absence. C'est au cours d'une expédition punitive contre
les châteaux qui protégeaient Limoges par le sud, que Richard
Cœur de Lion est mortellement blessé par le chevalier limousin
Pierre Basile lors du siège du château de Châlus-Chabrol en
1199.
Le Limousin est touché par les bandes de mercenaires
qui ruinent les campagnes. Avec la défaite de Jean le Bon en
1356 et le traité de Brétigny, la France donne aux Anglais un
grand territoire comprenant le Limousin. La Cité de Limoges
donne son soutien à la couronne française, quand le Château
apporte son aide à la couronne anglaise et au Prince noir. Celui-ci
met Limoges à sac en 1370, mais la totalité de la ville se rend
au roi de France.
Une paix précaire s'installe à nouveau,
troublée notamment par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Diverses cités trouvent un essor dans les échanges commerciaux
en plus des pèlerinages religieux comme par exemple au Dorat,
à Saint-Junien et à Saint-Léonard-de-Noblat.
Limoges


Limoges a été fondée par les Romains
vers l'an 10 avant notre ère sous le nom d'Augustoritum. L'empereur
Auguste décide en effet la fondation d'une nouvelle capitale
des Lémovices, dans le cadre de la réorganisation des cités
et des provinces gauloises de l'empire romain.
Un vaste
coteau surplombant un gué sur la Vienne est choisi comme site
d'implantation de la nouvelle ville. Orienté au sud-est et en
pente douce et régulière, ce coteau est moins exposé au gel
hivernal. De plus, la ville est placée au carrefour entre l'itinéraire
reliant la Méditerranée à l'Armorique et la « voie d'Agrippa
», reliant Lugdunum , aujourd'hui Lyon et Mediolanum Santonum
qui s'appelle maintenant Saintes.
Le nom d'Augustoritum
est donné à cette nouvelle ville. Ce nom est dérivé de rito
(gué en langue gauloise), et Augusto (en hommage à l'empereur
Auguste, grâce à qui la ville a vu le jour). Augustoritum est
donc « le gué d'Auguste ».
La ville est construite suivant
un réseau de rues parallèles orientées sud-est / nord-ouest,
venant croiser en angle droit un autre réseau de rues parallèles
orientées nord-est / sud-ouest. Un quadrillage presque parfait
est ainsi dessiné, suivant le schéma d'urbanisme en usage chez
les Romains. L'amphithéâtre : Sûrement bâti à la fin du Ier
siècle, il est aujourd'hui à peine visible. Il était situé un
peu à l'écart de la ville romaine et avait la forme d'un ovale
de 136 mètres par 115 mètres. C'est le monument d'Augustoritum
qui a le plus marqué la population car il a subsisté en partie
jusqu'en 1718 avant d'être enfoui sous la promenade de l'Intendant
d'Orsay. Des fouilles archéologiques, menées dans les années
1970, ont permis la découverte d'importants vestiges, depuis
réenfouis. Le théâtre : des restes de cet autre monument de
spectacle ont été découverts récemment en bordure de la Vienne,
quai Saint-Martial et place Sainte-Félicité. Augustoritum est
l'une des rares villes de l'époque à posséder à la fois un amphithéâtre
et un théâtre. Les thermes romains : Les thermes dits "des Jacobins",
situés au niveau de l'actuelle place des Jacobins de Limoges
datant du IIème siècle et richement décorés, étaient
parmi les plus imposants de la Gaule. Ils ont malheureusement
été détruits dans leur quasi-intégralité pour construire un
parking. En 2004 des fouilles dans l'actuel jardin de l'évêché
ont permis de découvrir de nouveaux thermes, datant probablement
du Bas-Empire. Le forum : Il mesurait 100 mètres de large pour
plus de 300 de long. Implanté au sommet d'un replat dominant
toute la ville, il en marquait le centre. Selon la tradition,
un temple consacré à Vénus, Diane, Minerve et Jupiter se serait
élevé là où se trouve l'actuelle cathédrale.
Bellac

Dans la première moitié du Xème
siècle, le comte de la Marche, Boson le Vieux fonda sur un éperon
rocheux au-dessus du Vincou, un château de bois aujourd’hui
disparu. La bourgade se développa grâce aux échanges commerciaux
qui faisaient du site de Bellac un carrefour entre le Limousin
la Marche, le Poitou et le Berry. Au milieu du XIIème
siècle, Aldebert III, descendant direct de Boson, donne aux
bourgeois de la cité une charte de libertés qui accéléra le
développement du commerce et la diversification des produits
vendus. Un siècle plus tard, des tanneurs s’installèrent au
bord du Vincou.
En 1531, Bellac fut rattaché définitivement
à la Couronne ; un an plus tard, François Ier autorisa
les bourgeois à établir quatre foires par an et un marché hebdomadaire,
confirmant ainsi le destin commercial de la ville. À la même
époque fut fondé un hôtel-Dieu, un siècle plus tard les Pères
jésuites installèrent un collège. Du 6 au 28 mai 1591, les Ligueurs
assiègent sans succès la ville, puis se retirent.
En 1663,
Jean de la Fontaine séjourna quelques jours à Bellac où il écrivit
la fable intitulé Le Coche et la Mouche.
En 1800, la cité
marchoise devint l’une des sous-préfectures du département de
la Haute-Vienne.
Rochechouart

On parle de Rochechouart dès le Xème
siècle.
C’est le berceau d’un famille illustre qui posséda
son château jusqu’au XIXème siècle (1836). La cité
des vicomtes, aujourd’hui coquette sous-préfecture de la Haute-Vienne,
au patrimoine culturel exceptionnel aurait pu s’appeler Rochechavard
ou Rochecave. En effet, elle tient son nom de Cavardus qui occupait
l’éperon rocheux situé au confluent de la Vayres et de la Graine
avant la construction du château fort du XIème siècle
par le vicomte Aymeric Ostafrancus. RocaCavardi fut transformé
au fil des siècles et des transcriptions graphiques en Rochechavard
(le fermier Chouard serait mort en 1901 d’après les archives
nationales) puis Rochechouart.
Un évènement extraordinaire
de l’histoire de la planète s’est produit sur la région de Rochechouart,
il y a de cela plus 200 millions d’années. Une météorite géante
d’un kilomètre et demi de diamètre y a fini son voyage à 72
000 km/h
Imaginez le choc, l’explosion gigantesque libérant
une énergie équivalente à 14 millions de fois une bombe atomique.
Toute vie est détruite dans un rayon de 200 kilomètres, le sous-sol
est profondément bouleversé par le choc et la fusion. La zone
d’impact s’étend sur un diamètre de 20 kilomètres où sont installés
aujourd’hui les villes et les villages autour de Rochechouart.
La météorite n’a pas survécu à la force de cette explosion,
mais sa fusion avec les roches terriennes a donné naissance
à des pierres uniques et rares, les brèches d’impact. Leurs
teintes variées selon les degrés de fusion, du jaune au vert,
au rouge donnent une identité originale au patrimoine bâti local.
Depuis toujours l’homme a utilisé ces pierres uniques nées
de la rencontre du ciel et de la Terre pour construire son habitat.
Des gallo-romains dont les thermes de Chassenon sont dans un
remarquable état de conservation, à l’église au clocher tors
et au Château de Rochechouart, jusqu’aux maisons du XXème
siècle.
Aujourd’hui seules les roches gardent la mémoire
de cette histoire unique en France et les paysages environant
présentent d’agréables vallonnements verdoyants où il fait bon
vivre.
Mort de Richard Cœur de Lion

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