Histoire de l'Yonne


La moitié du département actuel appartenait
à l'oncle de Louis XVI, S.A.R François-Xavier de Saxe, en 1771
jusqu'à ce que l'Yonne soit créée à la Révolution française,
le 4 mars 1790 en application de la loi du 22 décembre 1789,
à partir d'une partie de la province de Bourgogne, d'une partie
de la province de Champagne et de l'Orléanais. Des villes comme
Auxerre ont le label « Ville d'art et d'histoire
Dans la division de la France en départements, celui de
l'Yonne fut surtout formé de deux petites provinces, le Sénonais
et l'Auxerrois, qui faisaient partie, l'un de la première Champagne,
et l'autre de la Bourgogne.
L'histoire de ce département
se rattache donc à celle de ces deux grandes provinces. Mais,
comme celles-là ont ailleurs leur place plus spéciale, nous
bornerons notre récit aux événements qui concernent plus directement
les localités comprises dans la nouvelle répartition territoriale.
Les Romains trouvèrent la contrée habitée par les Senones, peuple
puissant de la confédération gauloise; leur capitale était Agedincum
son nom actuel, Sens, rappelle celui de ses fondateurs. Le pays
des Senones fut compris dans la Quatrième Lyonnaise, qui lui
emprunta sa désignation particulière de Sénonie.
De 408
à 410, les Burgondes vinrent disputer et enlever aux Romains
leur conquête. La Sénonie fut incorporée au nouveau royaume
de Bourgogne. Pour constater l'origine des nouveaux maîtres,
dès les premiers temps de l'établissement du Christianisme,
l'archevêque de Sens prenait le titre de primat des Gaules et
de la Germanie.
Les Francs succédèrent aux Bourguignons.
Clotaire, en 558, réunissait la Bourgogne au vaste héritage
de Clovis. À sa mort, le partage de ses États amena la reconstitution
d'un royaume de Bourgogne, que les premiers Carlovingiens rattachèrent
encore à la Couronne de France.
Sous les descendants de
Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, le morcellement de la
France et l’affaiblissement de la monarchie donnèrent au duché
de Bourgogne une existence à peu près indépendante.

Robert-le-Fort, dont les exploits préparaient
à ses neveux le chemin du trône, vint aider les Bourguignons
de l'Yonne à repousser les Normands. C'était alors le titre
principal à la reconnaissance des populations. Le duc Raoul,
qui avait dû à des services pareils de pouvoir se faire proclamer
roi de France, était mort à Auxerre, en 930, sans laisser d'héritier
direct. Son frère puîné Hugues-le-Noir, qui lui succéda, mourut
aussi sans postérité, ainsi que Giselbert, successeur des deux
princes, comme époux de leur sœur Ermengarde. Hugues-le-Grand,
petit-fils de Robert-le-Fort, qui avait épousé une autre sœur
de Raoul et de Hugues-le-Noir, devint à la fois duc de Bourgogne,
duc de France et comte de Paris.
Le sentiment de l'unité
monarchique était alors si peu dans les esprits, que cette occasion
de concentrer dans les mêmes mains les provinces du royaume
fut perdue. Othon, second fils de Hugues Capet, fut duc de Bourgogne.
Après lui, à défaut d'enfants, le duché échut à son frère Henri.
La femme de ce dernier prince, Gerberge, voulut lui donner pour
successeur un fils qu'elle avait eu d'un premier mariage, Othon-Guillaume,
et qui ne tenait par aucun lien de parenté à la famille des
Capets. Le roi Robert-le-Pieux réclama contre cette usurpation,
mais il trouva dans la province une redoutable hostilité à la
légitimité de ses droits. Il tenta de reconquérir par les armes
l'héritage qui lui était contesté, assiégea vainement Auxerre,
fut repoussé par Landry et dut accepter l'arbitrage d'un concile
convoqué à Airy en 1015. Pour donner plus de solennité à la
réunion, on y transporta les châsses des saints de Montier-en-Der,
de Saint-Pierre-le-Vif et de Châtillon-sur-Seine. La sentence
abandonna à Othon-Guillaume la Bourgogne d'outre- Saône.
La contrée d'Yonne fut adjugée à Robert, qui se hâta d'investir
du duché, limité conformément à l'arrêt, son second fils Henri.
Celui-ci, étant devenu roi de France par la mort de son frère,
transmit à son tour l'apanage à son autre frère Robert, « pour
qu'il le tînt en pleine propriété et souveraineté, sauf foi
et hommage au roi, et le fît passer à ses héritiers. » C'est
ce Robert qui fut la tige de la première race royale des ducs
de Bourgogne. Cette dynastie dura de 1033 à 1361 et s'éteignit
dans la personne de Philippe de Rouvres, qui mourut à 14 ans.
Pendant cette période, la maison de Bourgogne conserva à
l'égard des rois de France une attitude respectueuse et dévouée.
Les ducs de cette branche assistent comme premiers pairs du
royaume au sacre des souverains, les secondent dans les guerres
de l'intérieur et du dehors, les accompagnent en Terre-Sainte,
pendant les Croisades, et occupent avec fidélité et dignité
les plus hautes fonctions de l'État. Leurs efforts sont constamment
dirigés vers l'agrandissement de leurs domaines. Mais ils poursuivent
généralement leur but par des moyens honorables et pacifiques.
Outre le démembrement opéré par la sentence du concile d'Airy,
un comté de Bourgogne avait été constitué en grande partie avec
la Franche-Comté des fiefs nombreux et importants avaient été
détachés à divers titres du duché proprement dit. C'est à la
récupération de ces pertes que les ducs travaillèrent et souvent
avec succès. Hugues III acquit de l'évêque de Langres, par échange,
des terres que le prélat possédait enclavées dans le Dijonnais.
Hugues VI acheta le comté d'Auxonne à un autre Hugues, comte
de Bourgogne. Semur-en-Auxois lui revint comme fief de son duché,
la race des seigneurs étant éteinte. Il obtint encore du comte
Jean de Chalon, par échange et cession, le comté de Charolais
et Chalon-sur-Saône. Si nous ajoutons à ces conquêtes l'annexion
des villes de Beaune, d'Avallon, du Briennois, des deux Semur
et du pays de la montagne, dont la capitale est Châtillon-sur-Seine,
on trouvera que le duché avait repris d'imposantes proportions.
L'émancipation des communes s'était accomplie sans grands déchirements.
La constitution politique de la province, basée sur la représentation,
dans les États de Bourgogne, de la noblesse, du clergé et du
tiers état, fonctionnait sans confusion. C'est dans ces favorables
conditions que le duché fit une fois encore retour à la Couronne
par la mort du jeune Philippe, dernier de sa race. Le roi Jean,
accepté comme héritier par les États, avait à peine recueilli
la succession, qu'il la transmit à son quatrième fils, Philippe-le-Hardi.
De l'investiture de Philippe, en 1364, à la mort de Charles-le-Téméraire,
en 1477, il ne s'écoula qu'un siècle. Mais, pendant ce temps,
combien de désastres, quelles calamités causa à la France, à
la patrie commune, déchirée et trahie, cette seconde dynastie
des ducs de Bourgogne. Il ne faut pas chercher leur histoire
dans le département de l'Yonne ; elle est dans la Guyenne et
dans les Flandres, même à Paris, partout où la France peut être
blessée.
La monarchie possède enfin, en Louis XI, un champion
digne de ses adversaires. II s'empara de l'héritage de Charles-le-Téméraire,
ne laissant à sa fille Marie que le comté de Bourgogne. Plus
tard, Charles-Quint exigea de François Ier, son prisonnier,
la cession du duché de Bourgogne. Mais les États protestèrent,
et le Traité de Cambrai n'accorda que le Charolais à la maison
d'Autriche.
L'attitude patriotique des États, en cette circonstance,
augmenta leur influence et étendit leurs prérogatives. La coutume
de Bourgogne ne fut modifiée en 1570 que de leur consentement
et sur l'avis conforme du parlement. Quant à l'autorité ducale,
elle ne fut jamais rétablie. L'expérience en avait trop cruellement
prouvé le danger. Le titre de duc de Bourgogne, purement honorifique,
ne fut accordé qu'aux princes du sang royal, héritiers présomptifs
de la Couronne : il fut porté par le père de Louis XV, et le
petit-fils de ce monarque le conserva jusqu'à sa mort en 1761.
Nous avons réservé pour l'histoire particulière des villes le
récit des événements dont chacune d'elles a été le théâtre.
Nous aurons à y signaler, dans le XIIIème et le XIVème
siècle, le sanglant passage des Anglais et plusieurs invasions
de la peste. Les discordes religieuses ensanglantèrent les rives
de l'Yonne. Les cruautés qui se commirent de part et d'autre
avaient exaspéré les esprits, et permirent aux Ligueurs de recruter
dans le pays d'ardents et fanatiques sectaires. Henri IV profita
de sa victoire pour incorporer le comté d'Auxerre au duché de
Bourgogne. La tranquillité du pays fut encore troublée par les
agitations de la Fronde. Condé parcourut le pays et mit le siège
devant Auxerre qui persévéra dans sa fidélité à la cause royale.
En toute circonstance, d'ailleurs, les Bourguignons ont eu à
cœur de protester contre les actes d'hostilité envers la France,
qui furent surtout l'œuvre des ducs. Il n'est pas en France
de province plus intimement et plus complètement française que
la Bourgogne. Elle a, dans les derniers temps de notre histoire,
donné les preuves les plus éclatantes de son patriotisme et
de sa nationalité.
Dans la grande lutte de la France républicaine
contre l'Europe coalisée, l'indépendance du territoire et le
salut de la patrie ne rencontrèrent nulle part des citoyens
plus dévoués, des soldats plus courageux. Quand l'épuisement
des forces, l'affaissement de l'esprit public, eurent amené
les désastres de 1814 et les deux invasions de l'étranger, c'est
sur le sol du département de l'Yonne que Napoléon Ier
s'appuya pour tenter les derniers efforts d'une héroïque résistance
; c'est dans le cœur des braves Bourguignons qu'il alla puiser
ses dernières ressources.
Cette affinité était indispensable
à la constitution de la patrie commune. Il n'y a réellement
eu une France en Europe qu'à dater du jour où la Bourgogne lui
a été réunie.
Notre histoire moderne réservait à cette contrée
des épreuves analogues à celles qu'elle avait éprouvées en 1814.
Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, le riche département
de l'Yonne fut envahi par les troupes ennemies, appartenant
à la ler et à la IIème armée, sous les
ordres respectifs de Manteuffel et du prince Frédéric-Charles.
Auxerre, Sens, Tonnerre, Joigny, Saint-Florentin, Chablis, et
un grand nombre d'autres localités moins importantes, eurent
à subir les douleurs de l'occupation.
Pourtant, dès le 5
octobre, le conseil général de l'Yonne votait un emprunt applicable
à la défense du département. Le 21 du même mois, une troupe
composée de gardes nationaux attaquait sans résultat, à Grand-Puits,
près de Nangis, un faible détachement prussien. Le 11 novembre,
après un essai de résistance honorable à Brienon, Joigny tombait
aux mains des troupes envahissantes, et, sauf de courts intervalles,
cette malheureuse cité ne devait en être débarrassée qu'après
la signature de la paix. Le 12 du même mois, une colonne ennemie
entrait à Sens. Quelques jours après, les Allemands occupaient
Villeneuve-l'Archevêque et Tonnerre. Le 16, un détachement allemand
arrivait à Chablis. Le 20, l'artillerie prussienne envoyait
sur Auxerre environ 80 projectiles. Le 21, le général Zastrow,
commandant du VIIème corps, entrait dans cette ville,
qui devait être abandonnée et réoccupée plusieurs fois dans
le courant de la guerre. Il est inutile de parler des vexations
de toute nature, des réquisitions et des menaces, procédés habituels
de l'état-major allemand. Ce n'est pas seulement Auxerre que
les Prussiens bombardèrent. La petite ville de Saint-Bris eut
le même sort. Le 27 décembre, ils pillèrent Courson. Le 16 janvier,
ils bombardèrent Avallon. Le 25, un engagement eut lieu à Laroche,
entre Joigny et Tonnerre ; son résultat fut la prise de la Gare
par les volontaires de l'Yonne et la destruction du Pont du
Chemin de fer. L'armistice préserva Auxerre d'une attaque imminente.
Pendant la période d'occupation, à titre de garantie de la conclusion
de la paix, le département de l'Yonne fit partie du gouvernement
général du Nord de la France, dont le siège était à Versailles
et dont le chef était le général Fabrice. Son chef-lieu retomba
entre les mains allemandes et subit la présence des troupes
commandées par le général de Fabeck jusqu'au 14 mars 1871.
Auxerre

L'origine d'Auxerre remonte à une époque
très reculée Sous la domination romaine cette ville était déjà
célèbre sous le nom d'Autissiodurum. Après la chute de l'empire
romain occidental Auxerre tomba au pouvoir des Francs sans que
cependant jamais cette ville ait été soumise aux rois bourguignons.
Clovis en fut maître, et elle échut en partage à son fils Clodomir.
Gontran, fils de Clotaire ler fut aussi maître d'Auxerre,
ainsi que du royaume de Bourgogne c'est pour cela que quelques
auteurs mettent Auxerre dans ce royaume.
Les comtes qui ont
gouverné cette ville n'en ont jamais été propriétaires, ni sous
les Mérovingiens ,ni même sous les Carlovingiens, ce fut sous
ceux-ci que le comté d'Auxerre qui avait alors autant d'étendue
que le diocèse fut donné par les rois à l'évêque et à l'église
cathédrale de St-Etienne. Le premier comte d'Auxerre dont on
nait connaissance fut Pénius et ensuite Mommos son fils, dans
le Vème siècle. Le dernier comte d'Auxerre fut Jean
IV, qui vendit ce comté en 1370 au roi Charles V, qui le réunit
à la couronne; mais en 1435 il fut cédé avec ceux de Mâcon et
de Bar-sur-Seine par le roi Charles VII, au duc de Bourgogne
Philippe le Bon, pour les tenir en pairie de même que le duché,
à la charge du ressort de ces comtés au parlement de Paris.
Les Sarrasins s'emparèrent d'Auxerre en 732. Les Normands pillèrent
cette ville et la brûlèrent en partie en 887. Plusieurs incendies
la détruisirent presque entièrement en 1035, 1075,1209 et en
1216. Les Anglais la prirent d'assaut le 10 mars 1359 et y commirent
de grands ravages. En 1567, les calvinistes s'en rendirent maîtres
et détruisirent les églises, les monastères les images, les
autels, les châsses et jetèrent les reliques dans la boue.

Auxerre embrassa le parti de la Ligue,
et fut une des dernières cités qui se rendit à Henri IV. Les
habitants embrassèrent avec passion le parti catholique et se
livrèrent à toutes les fureurs du fanatisme religieux. Amyo
était alors évêque d'Auxerre et l'on peut lire dans ses lettres
ce qu'il souffrit alors quoiqu'il eût fait plus peut-être que
tous ses devanciers pour embellir Auxerre, et particulièrement
ses églises. Le nom de cette ville a subi de nombreuses altérations,
surtout dans les manuscrits étrangers, où l'ignorance des copistes
l'a singulièrement.
Sous le règne de Louis IX, le comte Guillaume
avait, avec l'agrément du roi accordé le privilège de commune
à la ville d'Auxerre. L'évêque, s'opposant à cette nouvelle
constitution, se plaignit du tort qu'elle lui faisait, et vint
plaider à la cour du roi. L'historien qui nous instruit de ces
circonstances ajoute Ce n'est ni sans péril, ni sans grandes
dépenses; car l'évêque encourut presque l'inimitié du très-pieux
Louis qui lui adressa ce reproche « Tous voulez donc me ravir,
à moi et à mes héritiers la cité d'Auxerre » Car il regardait
comme siennes les villes où les communes étaient établies.
L'évêché d'Auxerre, érigé au IIIème siècle, reconnaissait
pour son premier évêque saint Peregrin, il y avait été envoyé,
en 261, par le pape Sixte II, et fut martyrisé sous Aurélien,
en 263. . L'évêque entrait aux assemblées des états de la province,
et prenait la qualité de comte d'Auxerre.

Conscients de la menace d’un plus grand
danger, les habitants s’emploient alors à édifier des fortifications
derrière lesquelles ils seraient alors à l’abri des incursions.
Ils choisissent pour emplacement de défense l’élévation
de terrain que domine aujourd’hui la cathédrale, surplombant
l’Yonne, défense naturelle (4 ha ; celles de Paris ne faisaient
que 9 ha).
Dans cet enclos s’élevait la résidence des comtes,
protégée par cinq tours. La base de la tour Saint-Alban et le
soubassement de celle de l’Horloge sont les seuls restes que
l’on puisse apercevoir de cette enceinte restée visible jusqu’au
XVIIème siècle.
La solidité des murailles assura
l’intégrité de la ville pendant les grandes invasions germaniques
de 407. Elle semble ne pas avoir échappé au saccage des Huns
en 451, dont les dévastations la privent d’évêque pendant dix
ans. Les territoires passent alors sous le commandement militaire
des comtes. Les évêques partageant leur activité entre les préoccupations
guerrières et l’organisation de leur diocèse.
Les IVème
et Vème siècles) sont marqués par les évêques saint
Amatre et surtout par saint Germain, qui fait à l’église d’Auxerre
d’importantes libéralités. Le nom de Germain ne cesse donc de
grandir après sa mort. La légende vient entourer son nom de
merveilleux. Clothilde, l’épouse de Clovis, substitue à l’oratoire
où Germain avait choisi de reposer, une basilique qu’elle lui
dédie. Ces pieuses dispositions sont à l’origine de l’abbaye
de Saint-Germain dont l’époque carolingienne va consacrer la
puissance et le rayonnement qui devient centre intellectuel
éminent au IXème siècle où l’enseignement bénédictin
qu’y dispensent les clercs atteint une grande réputation dans
toute l’Europe.
Pendant les trois siècles troublés qui suivent,
l’église d’Auxerre, à la main de ses évêques, va faire du monachisme
la base de sa floraison spirituelle et artistique dont le Moyen
Âge consacrera l’épanouissement.

En effet, les rivalités guerrières, l’insécurité
généralisée, l’esprit de corruption, la faiblesse mérovingienne
ouvrent, au VIème siècle, une ère de dérèglements
et d’anarchie où sombrent les idées d’humanisme et de religion.
Charles Martel s’empare des richesses de l’église et confisque
l’Auxerrois et ce n’est qu’au IXème siècle que l’évêque
d’Auxerre recouvrera la souveraineté qu’il a perdue sur les
établissements religieux de la ville.
Mais, entre temps,
l’épiscopat auxerrois n’a pas négligé sa mission. Dès le VIème
siècle, Auxerre possédait huit églises : Saint-Germain, Saint-Pierre,
qui, reconstruites, sont parvenues jusqu’à nous ; saint Amatre,
Saint-Martin dont il subsiste quelques vestiges de la reconstruction
; Saint-Valérien et Saint-Julien, disparues.
Le VIIème
siècle voit s’élever, hors de l’enceinte, de nouveaux monastères.
Vers 634, l’évêque Pallade transfère le monastère de Saint-Julien
qui s’enorgueillira, plus tard, de trois basiliques juxtaposées
et de deux oratoires. Il fonde aussi Saint-Eusèbe, qu’il peuple
de religieux. Vigile, son successeur, fait édifier l’église
disparue de Notre-Dame-la-d'Hors sitée hors les murs, qu’il
destine à sa sépulture. Il appartient à l’évêque Humbaud, au
IXème siècle, de parachever l’œuvre de ses prédécesseurs
en fondant les monastères de Saint-Marien, de Saint-Père, de
Saint-Gervais et des Îles.
L’étendue de la ville monastique
coïncide, alors, avec celle de la ville actuelle telle que la
délimite sa ceinture de boulevards intérieurs. Une première
urbanisation se dessine, les communautés religieuses attirant
peu à peu une population de marchands, d’artisans, d’habitants.
Faisant leur apparition à l’époque carolingienne, les paroisses,
à leur tour, viennent se superposer aux domaines monastiques.

Au IXème siècle, Auxerre est
le siège d'une école monastique, autour de l'abbaye Saint-Germain,
qu'illustrent des érudits comme Murethach, Haymon d'Auxerre,
Heiric d'Auxerre et Remi d'Auxerre. Son rayonnement intellectuel
touche tout l'Occident chrétien.
Les invasions normandes
ont épuisé le pays. Abbés et prélats ont ceint l’épée. En 912,
saint Géran, évêque d’Auxerre, défait les Normands à Saint-Florentin.
L’Auxerrois et le Sénonais sont réunis à la Bourgogne de
Boson et de Richard le Justicier. En 1015, le traité d'Hery
attribue la Bourgogne au roi Robert II, et soumet l’Auxerrois
à la double souveraineté du comte-évêque Hugues de Chalon et
du comte Otte-Guillaume, divise le comté en trois baronnies.
Outre la famine qui règne vers l’an 1030, Auxerre subit
deux grands incendies. Seule l’église de Saint-Alban martyr,
que saint Germain avait bâtie dans le haut de la cité, réchappe
au premier incendie : la cathédrale est réduite en cendres.
L’évêque Hugues, au lieu de la rebâtir de moellons, comme auparavant,
en jette les fondements sur le roc avec des pierres de taille
; il demande une enceinte d’une plus grande étendue, et il y
fait faire les grottes ou cryptes telles qu’on les voit encore
aujourd’hui sous le sanctuaire et sous la moitié du chœur. L’ouvrage
était déjà bien avancé, lorsqu’il arriva un second incendie
; mais l’église fut indemne, et le feu ne toucha que quelques
maisons.
1039 voit renaître les guerres de Bourgogne. L’évêque
devient indépendant du comte Renaud sur arbitrage de saint Bernard,
et suzerain d’une partie de la ville.
Les différends qu’il
soutient, notamment en 1166 contre le comte de Chalon, incitent
le comte Guillaume III à protéger les faubourgs de la ville.
Vers 1171, une deuxième enceinte fortifiée est hâtivement construite
sur 4 km, appuyée à la rive gauche de l’Yonne, comme la première,
mais englobant largement abbayes et monastères. La figure de
boulevards, aujourd’hui séparative des villes anciennes et modernes,
en figure exactement le tracé.
En 1183, l’évêque de la ville,
Hugues de Noyers, prend la tête de la répression armée du mouvement
égalitaire des Capuchonnés.
Il revient à Pierre de Courtenay,
le plus illustre des comtes d’Auxerre, cousin germain de Philippe
Auguste, d’achever la deuxième enceinte de la ville. À peine
élu au trône de Constantinople, il meurt en 1218.
Sa fille,
Mathilde, attache son nom à l’octroi des franchises communales.
L’une des filles de Mathilde, par mariage, fait passer le comté
d'Auxerre de la famille des Courtenay à celle des Chalon.
Lors de la guerre de Cent Ans, en janvier 1358, Anglais
et routiers attaquent Auxerre et s’emparent de la ville par
surprise le 10 mars 1358, la mettant en pillage. En 1348 et
1361, la peste noire ajoute ses ravages aux excès de brigandage.
Le vieux comte Jean IV de Chalon vend le comté au roi Charles
V, par acte du 25 janvier 1370, moyennant 30 000 francs d’or.
Par cette première réunion à la couronne, les Auxerrois deviennent
bourgeois du roi. Mais la guerre des Armagnacs et des Bouguignons
survenant, Auxerre prend le parti du duc de Bourgogne, Jean
sans Peur. Une paix, plus ostentatoire que sincère, est signée
à Auxerre le 22 juillet 1412. C’est Louis XI qui obtient la
cession du comté d’Auxerre, cession régularisée en 1490. Entre-temps,
les Auxerrois font leur soumission au roi, et Charles le Téméraire
périt à Nancy en 1477. Le rattachement du comté d'Auxerre à
la France est devenu cette fois définitif. Louis XI confirme
également en janvier 1477 les privilèges de la ville et ordonne
la création d'un bailliage.

La guerre passe les Alpes. Avec éblouissement,
les nobles découvrent l’Italie d’où ils rapportent une conception
nouvelle de la vie et, choc décisif, une idée de l’art.
Villes et campagnes pansent alors leurs plaies. On relève partout
les églises. Auxerre, pour son alimentation, dérive les abondantes
eaux de Vallan (1495). On y achève la cathédrale.
L’imprimerie
est florissante (surtout à Joigny) et l’évêque Jean III Baillet
fait exécuter les tapisseries fameuses de l’invention des reliques
de saint Étienne dont il orne la cathédrale.
Mais c’est
sûrement le portail de l’évêché qui est considéré comme le plus
intéressant des monuments auxerrois de la Renaissance. Il est
l’œuvre de François II de Dinteville que des missions en Italie
avaient familiarisé avec l’art nouveau.
La fin des guerres
de France-Bourgogne a apporté à l’Auxerrois une ère de sécurité
et de prospérité au cours de laquelle le chef-lieu va se façonner
au monde moderne. L’affranchissement fait de rapide progrès
dans les campagnes, le commerce est actif. Auxerre s’enrichit
de l’exportation de ses vins. L’aisance grandit parmi les vignerons,
les voituriers par eau, et les propriétaires.
Dès le début
du siècle, le développement de la construction entraine le recul
des clos monastiques au profit des lotissements. Les règlements
de voirie font leur apparition. Le réseau des voies urbaines
prend peu à peu la physionomie qu’il conservera jusqu’à l’époque
contemporaine.
Dotée d’un maire par Charles IX, la municipalité
se consacre aux tâches d’édilité, construit ou reconstruit les
bâtiments publics (hôtel de ville, pont, horloge, palais de
Justice, hôpital de la Maladière…).
La seconde moitié du
XVIème siècle ramène les troubles. Les idées issues
de la Réforme ont pénétré dans l’Auxerrois par l’Yonne et la
Loire.
L’édit de 1562 interdit le culte protestant dans
les villes. Les protestants auxerrois se retrouvent alors à
Cravant distant de 20 km. Aidés par le gouverneur, ils s’emparent
de la ville le 27 septembre 1567. Ils s’y livrent incontinent
au pillage et à la dévastation des églises.
Les catholiques
récupèrent la ville l’année suivante et massacrent environ 150
réformés. Mais les querelles des princes viennent s’ajouter
aux passions locales. La majorité des habitants d’Auxerre se
déclare pour la Ligue contre le roi. Il faudra l’abjuration
d’Henri IV et surtout la présence des troupes royales aux portes
d’Auxerre pour que la ville, le 19 avril 1594, fasse sa soumission
à Henri IV.
Les abus de la fiscalité, les intempéries, la
peste et la réapparition de la lèpre, avaient éprouvé les Auxerrois
depuis le début du siècle. D’inspiration médiocre, la municipalité
s’épuisait en procès multipliés.
Les troubles armés réapparaissent
avec la Fronde. Auxerre tient pour le roi et résiste à l’assaut
de Condé. Mais le va-et-vient des troupes des deux partis, le
brigandage, laissent le pays ravagé. Économiquement, le XVIIIème
siècle sera décevant. Lors de la famine de 1709, on dénombre
à Auxerre 3 000 pauvres. Aussi la fin du siècle accusera-t-elle
un sérieux recul démographique.
Cependant vers 1750, le
pouvoir se préoccupe de l’extension et de la restauration des
voies de communication dont l’état est lamentable. L’éclairage
public fait une timide apparition en 1788 avec deux lanternes.
Aussi l’aménagement des anciennes fortifications en promenades
publiques débute en 1732.
La grande querelle des théologiens
sur la prédestination et la grâce, après avoir opposé les catholiques
aux protestants, vient à diviser les catholiques eux-mêmes.
Fidèle aux idées de Port-Royal, Mgr de Caylus, évêque d’Auxerre,
entraîne avec lui la majorité de son clergé.
Le diocèse
d’Auxerre, « refuge des pécheurs », accueille les prêtres persécutés,
s’attire les foudres du gouvernement pour son action clandestine.
Les séquelles du jansénisme marqueront durablement l’Auxerrois.
L’ostracisme contre les prêtres jansénistes, la défiance des
populations contre leurs successeurs, la pénurie de prêtres
après la Révolution, favoriseront, jusqu’à la Restauration,
le développement d’un « culte laïcal » déchristianisateur et
d’un anticléricalisme qui ne faiblira qu’au XXème
siècle.
Avallon


Le site était déjà occupé avant l’époque
romaine. La présence d’un oppidum du peuple gaulois des Éduens
en offre le témoignage. Il semble que la ville dépendait de
la province d’Autun. Le Morvan avallonnais a dû jouer un rôle
attractif pour les riches familles gallo-romaines venues d’Autun
: facilement accessible grâce à la Via Agrippa, avec ses sources
nombreuses et ses immenses forêts. Elles firent construire un
temple, un tribunal et un théâtre.
Au VIIème
siècle, le moine Jonas mentionne un château nommé Cabalonem
Castrum. Mais ce dispositif d'avertissement défensif n'empêche
pas des invasions sporadiques de déferler sur la cité : les
Sarrasins venu d'Espagne en 731 en Occitanie et y démeurant
dans des réduits, tentent des raids parfois fructueux au cœur
de la Bourgondie au milieu du VIIIème siècle les
bandes vikings multiplient leurs incursions après 843.

Les habitants, effrayés, décident d'entourer
Avallon d'une grande muraille.
Avallon est alors le chef-lieu
du pagus Avalensis. Le sort du bourg est lié à celui de la Bourgondie
: tantôt royaume indépendant, tantôt réuni au royaume d’Austrasie,
jusqu’au IXème siècle. En 806 Charlemagne, dans un
capitulaire, fait don d’Avallon et de l’Auxois à son fils Louis
le Débonnaire. En 817 celui-ci le transmet à son fils Pépin.
En 931 le duc de Bourgogne, Gislebert, part en guerre contre
le roi des Francs, Raoul, son beau-frère qui s’est emparé d’Avallon
et l’a annexé au comté d’Auxerre. En 1005, le roi Robert veut
reprendre le duché de Bourgogne à Otte-Guillaume : Avallon,
place forte bien défendue, est assiégée pendant trois mois,
mais, au final, la famine oblige à livrer la ville. Elle est
alors dévastée et la plupart des habitants massacrés ou exilés,
il ne resterait selon la légende que 300 survivants.
Les
habitants, serfs ou bourgeois, appartiennent alors à trois maîtres
différents : le duc de Bourgogne, l’abbé de Saint-Martin, les
chanoines de Saint-Lazare. En 1200, le duc de Bourgogne Eudes
III affranchit les habitants d’Avallon et leur octroie une charte
de commune. C'est ensuite l’abbé de Saint-Martin qui imite le
duc. Par contre les chanoines, conservateurs, ne cèdent que
beaucoup plus tard et sous la contrainte. Ils obtiennent « le
droit de nommer quatre échevins pour régir, gouverner, manier,
administrer la ville et subvenir à ses affaires et négoces,
celui de présenter au choix du roi un capitaine ou lieutenant
pour leur défense, et, quand le tiers état fut admis aux Etats
de Bourgogne, aux alentours du XIVème siècle, ils
y envoyèrent deux députés ». En 1232 est passée une transaction
entre les maîtres et frères de la léproserie d'Avallon et l'abbé
de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun.
Malgré ses fortifications,
Avallon n'échappe pas aux violences engendrées par la guerre
de Cent Ans. En 1359, le roi Édouard III d'Angleterre, après
avoir bousculé les troupes bourguignonnes à Montréal, s'installe
dans l'ancien château de Guillon, d'où il ravage l'Avallonnais.
Malgré le traité de Guillon et le départ des Anglais, des bandes
de mercenaires continuent à piller la région.
Au commencement
du XVème siècle les tours et les remparts sont en
ruines. En 1419 et 1421, une aide financière accordée par les
ducs de Bourgogne, Jean sans Peur et Philippe le Bon, permet
de les relever. Pourtant en 1433, Jean d'Espailly dit Fort-Épice,
mercenaire et capitaine au service du roi de France, s'empare
de la ville par surprise et la garde pendant huit mois. Il faudra
six semaines d'un siège mené par le duc Philippe en personne,
pour reprendre Avallon. La cité, avec ses faubourgs brulés et
détruits, a perdu la moitié de sa population - une ruine qu'elle
doit autant aux troupes ducales qu'aux bandes de Fort-Épice.
Il faut vingt ans à la ville pour se relever de cette épreuve.
On reconstruit les remparts, en partie abattus par le sape et
le bélier des assiégeants. On élève en 1453 une tour carrée
au point le plus haut d'Avallon, pour y établir le guet et y
placer une horloge. Les rues se pavent.
En 1543, la
population a presque triplé. Mais les guerres de religion ne
vont pas épargner la ville, ainsi les ligueurs, en 1590, causent
de grands dommages. La foudre endommage aussi le grand clocher
de Saint-Lazare et le petit clocher, respectivement en 1589
et 1595. Il faut ajouter à ce sombre tableau, la peste en 1531,
et 1587.
Le XVIIème siècle est le temps des embellissements
: en 1713 l’hôpital est reconstruit, en 1770 c’est la construction
de l’Hôtel-de-Ville et en 1791 la démolition de l’église de
Saint-Julien
Rappelons quelques traditions de la ville :
le guetteur de nuit, criant l’heure et demandant de prier pour
les trépassés, le fantôme de "carême-prenant" qui parcourait
la ville en procession, la messe de Pâques fleurie où l’on faisait
pleuvoir sur l’assistance des oublies et où on libérait des
oiseaux au sein de la nef.
Sens

Une fraction du peuple des Sénons, entre
dans l'Histoire de manière fracassante. Elle s'est établie au
bord de la côte adriatique en Italie. De là, elle va attaquer
Rome sous la conduite de Brennus, et rançonne sévèrement la
ville (malgré la vigilance des oies). En Gaule, le peuple est
considéré avec grand respect (le mot "sen" de Sénon aurait donné
Sénat et sénile). Il n'a pas été identifié à ce jour d'oppidum
majeur (peut être Château à Villeneuve-sur-Yonne). À l'arrivée
de César, les Sénons se déchirent entre partisans d'un roi et
ceux du régime "républicain". Il fixe son meilleur lieutenant
Labiénus à Sens où les légions reconstituent leurs forces, et
où les chefs gaulois sont exécutés.
On présume que les bords
de l'Yonne aient pu accueillir une agglomération fluviale qui
aurait retenu l'attention des logisticiens militaires romains.
Non seulement, les lieux sont au bord d'une rivière qui conduit
à l'embouchure de la Seine, mais, ils permettent une circulation
aisée entre le val de Loire et la Moselle.
Le diocèse de
Sens a été fondé vers 240 par saint Savinien. Ses archevêques
ont eu une place importante dans l’Église de France : au IXème
siècle, le Pape Jean VIII a donné à l’archevêque de Sens le
titre de "Primat des Gaules et de Germanie" et jusqu’au XVIIème
siècle, l’évêque de Paris dépendait de l’archevêque de Sens.
À ce titre, elle avait sous sa dépendance Chartres, Auxerre,
Meaux, Paris, Orléans et Troyes. La circonscription ecclésiastique
fut calquée sur la circonscription civile et le siège épiscopal
de Nevers lors de sa création à la fin du Ve siècle fut également
rattaché à Sens. Ces sept évêchés constituaient une province
ecclésiastique d’une exceptionnelle importance que traduisait
la devise CAMPONT - acrostiche des initiales des sept sièges
- inscrite sous les armes du chapitre de la cathédrale de Sens.
En 769, l’archevêque de Sens, Villicaire, était à la tête de
la mission épiscopale franque qui assistait à Rome au Concile
chargé de juger le pontife intrus Constantin II, avec le titre
d’archevêque des Gaules.
À la fin du quatrième siècle Sens est
la capitale de la Quatrième Lyonnaise. Cette circonscription
civile sert de cadre à l'église pour la fondation de l'Archevêché
de Sens. Sa devise est Campont, d'après les initiales des évêchés
de : Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes.
L'hôtel de Sens à Paris est leur résidence officielle à Paris.
Le trône archiépiscopal de l'archevêque dominait dans la cathédrale
Notre-Dame de Paris, le trône épiscopal de l'évêque de Paris.
En 1622, la province ecclésiastique de Sens fut divisée en deux,
Chartres, Meaux, et Orléans devenaient suffrageants du nouvel
archevêché de la ville de Paris. En 732, les Maures débarqués
en Camargue remontent toute la vallée du Rhône et pillent la
ville de Sens. Cette opération est vue comme une tentative de
diversion, afin de diviser les forces franques à affronter
Les comtes de Sens sont issus de très hauts lignages, apparentés
à la famille royale mérovingienne. Parente de Clovis, la reine
Théodechilde fonde le monastère de Saint-Pierre-le-Vif en 568.
Vers 630, Samo, marchand né au voisinage de Sens, relève le
courage des Esclavons chez qui il commerce et leur permet de
tenir tête à une attaque des Huns. Il est fait roi de ce peuple.
L'usage de nommer à la tête du comté de Sens de très hauts
dignitaires se poursuivra jusque le début du Xe siècle.
Au Moyen Âge, la ville conserve un rôle important au point de
vue ecclésiastique. Plusieurs archevêques procèdent à des couronnements
royaux avant que ce ne fut réservé à l'archevêque de Reims.
Ses archevêques porteront par la suite le titre de « primats
des Gaules et Germanie ».
En 1015, le comté du Sénonais
est rattaché une première fois à la Couronne et définitivement
à la mort du dernier comte Renard le Mauvais en 1055. Il est
momentanément détenu par le comte de Blois de 1030 à 1032. Le
Roi gère sa nouvelle possession par le biais d'un vicomte basé
à Vallery et d'un prévôt. Le Roi dispose d'un palais, d'écuries,
d'une tour ronde et d'un donjon carré, des jardins, d'un clos.
Mais il n'y vient qu'une fois toutes les trois années, puis
très rarement une fois que Philippe Auguste se soit lancé à
la conquête de l'Ouest.
Le rattachement du Bas Gâtinais
en 1080 permet de rompre l'isolement du domaine royal Sénonais,
à présent en capacité de communiquer avec Orléans et Melun.
En 1120, Louis VI autorise Etienne, prévôt de l'église de
Sens à fortifier le cloître dont les portes, murailles et fossé.
En 1135, la ville choisit de reconstruire sa cathédrale
dans un style innovant. elle est la première cathédrale gothique
de France. Son style est caractéristique de cette période de
transition. À la même époque, la ville bénéficie brièvement
d’institutions communales, qui lui sont retirées par Louis VI.
Sous Louis VII, pendant près de trois années, le Pape exilé
se fixe avec la Curie à Sens. La cité reçoit les archevêques
de Cantorbury Thomas Becket et Edmond .
En 1189/1190 le
Roi Philippe-Auguste, qui est le neveu de Guillaume de Champagne,
permet à Sens de disposer de toute l'indépendance alors possible
en lui permettant d'avoir un maire qui exerce avec les pairs
la justice sur les hommes du roi et des jurés et lui accorde
une charte qui place la ville sous son autorité exclusive.
En 1194, un bailli royal est localisé à Sens. Il est le
premier du domaine royal à être ainsi localisé alors que l'institution
est connue depuis 1184. Le bailliage de Sens comprendra à l'époque
médiévale Melun, Nemours, Courtenay, Auxerre, le Donziois, la
Puisaye, le Tonnerrois, la région de Langres jusqu'à la Saône,
d'importants éléments du Barrois Mouvant, le Nord-Ouest Troyen,
des éléments épars près de Chalon en Champagne. La création
postérieure de bailliages royaux à Mâcon, Saint-Pierre-le-Moutiers,
puis l'incorporation de la Champagne dans le domaine royal,
limitent l'action d'un des plus importants fonctionnaires territoriaux
de la Couronne. Sens fournit le plus ancien lieutenant général
de bailliage royal français, et travaille le premier à la mise
en forme des plus anciennes coutumes de bailliage. Le tribunal
fournit non seulement le travail à des magistrats, mais aussi
à des centaines de sergents dispersés dans vaste ressort judiciaire.
Il a fortement contribué à limiter les ambitions judiciaires
des tribunaux féodaux de Champagne, de Bourgogne, de Nivernais,
de l'Auxerrois, du Gâtinais et de la Brie française.
La
ville est dotée de seize paroisses : Sainte-Croix (en la cathédrale),
Sainte-Colombe-du-Carrouge, Saint-Pierre-le-Rond, Saint-Maximin,
Saint-Maurice, Saint-Benoît, Saint-Romain, Saint-Hilaire, Saint-Didier,
Saint-Pierre-le-Donjon, Saint-Hilaire et hors les murs La Madeleine,
Saint-Didier, Saint-Savinien, Saint-Pregts et Saint-Symphorien.
En 1234, Saint Louis y épousa Marguerite de Provence. Le
pape Alexandre III s'y réfugie de 1162 à 1165. Thomas Becket
y passa une partie de son exil.
Le bailli de Sens met la
ville en défense face aux bandes Anglo navarraises.
. La
ville perd son industrie drapière incarnée par la famille Chacerat,
considérée comme étant celle des plus riches marchands existant
entre Paris alors la plus grande ville d'Europe et Avignon qui
est le siège de la papauté. La ville fournit au régent Charles,
le futur Charles V, le calme lui permettant de repartir à l'offensive
contre Etienne Marcel.
Jusqu'à la perte du pouvoir par la
reine Isabeau de Bavière, les patriciens de Sens jouissent d'une
position tout à fait considérable au sein de l'appareil central
de l'État. Ils ont largement contribué à le développer à partir
des règnes des fils de Philippe le Bel. Les de Dicy, Dallement,
Col, Chanteprime, de Quatremares, de Bragelongne peuplent le
Trésor, les Aides, le Parlement, le Notariat royal, les Requêtes
dans des proportions incroyables.
Durant la seconde phase
de la guerre de Cent Ans, la ville est contrôlée par le bailli
Guillaume de Chaumont jusqu'en 1420. Il est obligé de quitter
la place face à la caravane militaire composée du roi d'Angleterre,
du duc de Bourgogne et de la reine Isabeau de Bavière, revenant
de Troyes et gagnant Paris. Lui même va gagner Orléans où il
accueillera Jeanne d'Arc.
La cité n'ouvre ses portes à Charles
VII qu'en suivant l'exemple de la ville de Troyes. Mais Provins,
Montargis et Auxerre maintiennent son ralliement isolé. Les
campagnes sont libérées mais ruinées par Arnault-Guilhem de
Barbazan, "chevalier sans peur et sans reproche" inhumé à Saint-Denis.
Le combat larvé après le traité d'Arras impliquera certes la
prévôté de Villeneuve-le-Roi, mais aussi le bailliage de Sens
en base arrière du harcèlement juridique royal jusqu'en 1477.
Les baillis sont d'éminents personnages de l'État, parfois même
favoris du Roi comme Charles de Melun. Plusieurs des griefs
du duc de Bourgogne articulés durant "l'entrevue de Péronne"
concerne les entreprises du bailli de Sens.
En juin 1474,
la ville se voit accorder par le roi Louis XI de France l'autorisation
d'avoir un maire et un conseil municipal. Louis XI entame le
rééquilibrage du ressort judiciaire en retirant au bailliage
de Sens l'Auxerrois, le Donziois et la Puisaye. La résistance
persiste jusque sous François Ier.
Le bailliage
de Sens obtient de disposer d'un siège présidial. Son ressort
comprend, outre le Sénonais, le Gâtinais oriental, le Tonnerrois,
le pays de Langres et des enclaves en Champagne. Il fait vivre
environ 150 avocats et procureurs dans la seule cité. Durant
les guerres civiles, le pays de Langres s'émancipe judiciairement.
Sous François Ier, la Couronne concède enfin
à l'archevêque de Lyon qui venait lui-même de s'affranchir de
l'archevêque de Vienne le titre de primat de France. Le parlement
de Paris résiste un temps. Il plie finalement à cette innovation
royale intéressée par les capacités financières des Lyonnais.
En compensation, le Parlement donne à l'archevêque de Sens le
titre de "Primat des Gaules et de Germanie" pour rappeler à
tous la prééminence de l'archevêque de Sens datant à la fin
du VIIIème siècle, quand il était systématiquement
désigné légat permanent du pape pour les royaumes francs. Le
titre est conservé de nos jours.
Durant les guerres de religion,
Sens est particulièrement agitée. Charles IX y commence son
tour de France royal entre 1564 et 1566, t arrive à sens en
mars, accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère
le duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et
de Lorraine.
Sous le règne de Louis XIII, le diocèse de
Paris est érigé en archidiocèse par démembrement de celui de
Sens. L'officialité métropolitaine perd la connaissance des
appels en provenance de la province formée depuis près d'un
millénaire par Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers
et Troyes.
La cité épiscopale rassemble environ neuf mille
habitants. Elle est commodément reliée à Paris par le coche
d'eau et se situe sur la route de poste de Paris à Dijon. À
la tannerie, elle joint avant 1789 de grandes manufactures textiles.
Mais l'économie locale ne fait que desservir les campagnes environnantes.
Par contre le clergé local brille de tous ses feux. Le chanoine
Fenel créé une bibliothèque ouverte au public. Les Tarbé éditent
un journal nommé les Affiches Sénonaises qui sont un prototype
pour la province. Les archevêques finissent par opter pour l'attitude
gouvernementale anti Janséniste, qui va indisposer gravement
la bourgeoisie.
Mort de la tuberculose peu avant Noël 1765,
le dauphin Louis-Ferdinand est inhumé dans la cathédrale. La
dauphine Marie-Josèphe qui avait contracté le mal de son époux
en le soignant, l'y rejoignit quelques mois plus tard. Leur
tombeau fut profané en 1794 mais leurs dépouilles, jetées à
la fosse commune, furent replacées dans leur tombeau en 1814
sur ordre de leur fils, le roi Louis XVIII de France.
En
1789, la cité ne parvient pas à faire aboutir ses projets de
département comprenant Provins et Montargis. Elle devient une
sous-préfecture. Elle obtient un lycée grâce à l'entregent de
Fauvelet de Bourienne, ancien secrétaire particulier de Napoléon
Bonaparte. Sous la Restauration, le siège archiépiscopal est
rétabli, de manière à honorer le confesseur de la Dauphine.
La ville d'Auxerre est dans une situation agréable, au milieu
d'un riche vignoble dont les produits jouissent d'une réputation
méritée, et dont les plus estimés sont ceux des coteaux de Migraine
et de la Chaînette. Elle est bâtie au sommet et sur le penchant
d'une colline qui s'abaisse jusqu'au bord de l'Yonne, qui y
forme un port commode et très-fréquenté vis-à-vis duquel se
trouve une île, ombragée de bouquets d'arbres et occupée par
de moulins dont l'aspect est on ne peut plus pittoresque Dans
l'intérieur, ou trouve plusieurs beaux quartiers, des rues,
larges et bien percée et quelques constructions modernes qui
ne sont pas dépourvues d'élégance. Le quai qui borde l'Yonne
est bordé de maisons en général assez bien bâties ; une promenade
en forme de boulevards enceint la ville jusqu'au quai. Dans
le quartier le plus élevé se trouve une fort belle fontaine
publique, dont les eaux provenant de sources situées sur les
coteaux voisins, sont amenées par des conduits souterrains.