Histoire des Bouches-du-Rhône


Les Bouches-du-Rhône, le Var, les Basses-Alpes
sont les trois départements qui correspondent à l'ancienne Provence.
De ces trois départements, le plus important est celui des Bouches-du-Rhône
qui va nous occuper, et à l'occasion duquel nous allons tracer
une esquisse de la province entière.
Le pays montagneux et
maritime qui s'étend entre le Rhône, la Durance, les Alpes,
le Var et la Méditerranée était occupé, dès une haute antiquité,
par les Ligures-Saliens, qui se mêlèrent avec les Celtes à l'est
et les Ibères vers l'ouest. Ils se divisaient en un grand nombre
de tribus les Ségobriges, les Commones, près de Marseille les
Véruciniens, de Grasse les Décéates, d'Antibes ; les Suétriens,
les Quariates, les Aducinates, les Oxybiens, les Liganiens,
etc. C'étaient des hommes à peu près sauvages, sans villes,
sans lois, sans industrie, habitant sous le chaume ou les roseaux,
vivant de la chasse dans les montagnes, de la pêche au bord
de la mer. Déjà cependant la zone intermédiaire entre les montagnes
détachées des Alpes et la Méditerranée produisait, grâce à la
bonté de son sol, des plantes et des fruits.

Les Phéniciens, qui avaient établi des
comptoirs sur les côtes de la Méditerranée, paraissent en avoir
placé un chez les Saliens pour leur commerce dans la Gaule.
D'autres étrangers arrivèrent ensuite c'étaient des Grecs partis
du voisinage de l'Ionie, et qui, accueillis par les Ségobriges,
fondèrent Massalie (Marseille), à la place même du comptoir
phénicien. Cette nouvelle cité s'enrichit bientôt par l'industrie
de ses habitants et excita la jalousie des barbares qui l'entouraient.
Ils firent une tentative pour la détruire et n'y réussirent
pas. Loin de succomber, elle s'agrandit par l'arrivée des Phocéens,
qui fuyaient devant les armes de Cyrus, et bientôt couvrit de
ses colonies tout le littoral voisin.
Au lieu d'accepter
avec joie les bienfaits de la civilisation, les barbares sentirent
croître leur haine en même temps que la prospérité de Massalie:
Ils se coalisèrent, élurent un roi commun, Caramandus, battirent
les troupes de la cité phocéenne et vinrent l'assiéger. Elle
appela à son secours les Romains, et le sénat, la déclarant
son alliée, chargea Flaminius d'aller donner l'ordre aux Oxybiens
de poser les armes. Ils n'avaient pas encore appris à redouter
la force invincible de Rome ; se jetant sur la suite de l'ambassadeur
romain, ils pillèrent ses bagages et le forcèrent de s'enfuir
au plus vite vers son vaisseau. Que de peuples ont préparé leur
asservissement par d'imprudents outrages, depuis Tarente, qui
couvrit de boue les députés de Rome, jusqu'au dey d'Alger !
Le consul Opimius passe les Alpes avec une armée, prend Ægilna,
en fait vendre les habitants comme esclaves et distribue aux
Massaliotes les vallées des Oxybiens, des Décéates, des Anasiliens,
etc. Tandis qu'il va triompher à Rome, Fulvius, son successeur,
écrase la tribu maritime des Saliens, et C. Sextius Calvinus,
qui vient ensuite, établit la domination romaine dans le pays
par la fondation d'une colonie, Aqueœ Sextiœ (Aix en Provence).

La Gaule entière commença à s'inquiéter.
Les Arvernes prirent les armes sous leur vaillant roi Bituit;
mais Domitius les vainquit dans de rudes combats, et plusieurs
campagnes victorieuses assurèrent aux Romains la possession
du midi de la Gaule. En 114 avant Jésus-Christ, tous les petits
peuples qui l'occupaient passèrent sous le joug, et le pays
fut réduit en province romaine. Ce fut la première province
des Romains en Gaule, la Province par excellence aussi le nom
est-il resté Provence.
C'était le poste le plus avancé de
l'empire romain du côté des barbares, et c'est là, en effet,
que Marius arrêta la terrible invasion des Cimbres et des Teutons.
Dix ans à peine étaient écoulés depuis la soumission des peuples
de la Gaule méridionale, et nul ne bougea à l'arrivée de ce
formidable secours de barbares, tant l'action conquérante de
Rome était prompte et énergique. La Province se prêta, du reste,
avec une souplesse merveilleuse à la civilisation de Rome ;
elle adopta et cultiva avec succès ses arts, son industrie,
parla sa langue, adora ses dieux, envoya ses enfants dans ses
écoles ; les habitants de la Province étonnaient les Romains
on les croirait nés à l'ombre du Capitole, disait Tacite ; Pline
appelait leur pays une véritable Italie ; Arles était surnommée
la seconde Rome. Nulle contrée, d'ailleurs, ne reçut plus profusion
les présents de la civilisation romaine, et aujourd'hui encore,
après dix-huit siècles, la Provence est moins célèbre par la
beauté de son climat et de sa position que par ses innombrables
monuments, aqueducs, thermes, ponts, cirques, temples, statues,
qui lui donnent l'apparence d'un immense musée d'architecture
romaine. Après la conquête de la Gaule par J. César, on continua
d'appeler la Province le pays qui nous occupe.
Seulement,
on distinguait cette Gaule méridionale par le nom de braccata,
dérivé d'un certain vêtement, bracca (braie), en usage chez
ses habitants; tandis que l'on appliquait le nom de chevelue
(comata), au reste de la Gaule où l'on portait de longs cheveux,
suivant la coutume barbare.

Sous Auguste, la Province prit le nom
de Narbonnaise, à l'exception de la partie montagneuse qui fut
rattachée aux Alpes Maritimes. Lorsque de nouvelles divisions,
au IIIèmeet au IVème siècle, eurent distribué
la Gaule en dix-sept provinces, la Province fut partagée en
trois. Une portion entra dans la Viennoise; les deux autres
formèrent la seconde Narbonnaise et les Alpes Maritimes. Le
territoire du département des Bouches-du-Rhône, en particulier,
était dans la seconde Narbonnaise. Déjà le christianisme avait
pénétré en Provence. Une légende veut qu'il y ait été apporté,
dès le Ierr siècle, par saint Lazare et les saintes
Maries. Quoi qu'il en soit, il y fit des progrès rapides.
Sous le règne de Constantin, il s'y tint un concile qui condamna
les donatistes. Parmi les villes soumises, Rome avait l'habitude
de récompenser les plus dociles ou d'attirer les plus hostiles
par des avantages municipaux. C'est ainsi que la plupart des
villes de la seconde Narbonnaise portèrent le titre de cité
et jouirent du droit de se gouverner elles-mêmes intérieurement.
Elles avaient un sénat, des magistrats municipaux, une curie
comprenant tous les propriétaires de vingt-cinq arpents. Nulle
portion de la Gaule ne posséda des institutions municipales
plus complètes, et nulle part elles n'eurent autant de vitalité,
puisqu'on les a retrouvées ici en plein moyen âge.
Parmi
ces cités, nous nommerons celles des Massiliens ou Massaliotes(
Marseille),des Arlésiens (Arles), des Aquiens (Aix), des Aptiens
(Apt), des Foro-Juliens (Fréjus), des Antipolitains (Antibes),
etc.
On a des notions vagues sur certaines assemblées du
midi de la Gaule, qui devaient se réunir périodiquement pour
s'entendre sur les intérêts communs de la province ; mais le
gouvernement impérial absorbait tellement toutes les affaires,
que ces assemblées, n'ayant point d'objet sérieux, tombèrent
tout à fait en désuétude.
Quand les derniers empereurs sentirent
que la vie se glaçait enfin partout dans l'empire, en présence
des barbares, ils tentèrent de la ranimer en rendant aux provinces
une certaine indépendance. Honorius, par son édit de 418, ordonna
que l'assemblée des sept provinces se réunirait tous les ans
à Arles


Ce galvanisme n'eut point d'effet durable,
et bientôt les barbares couvrirent tout l'empire. La Narbonnaise
eut pourtant l'honneur de les voir deux fois battus dans ses
plaines. Un forgeron, qui portait le nom de Marius, d'heureux
présage en ces lieux et devant de pareils ennemis, arrêta près
d'Arles les Vandales qui venaient de ravager l'Auvergne et le
nord de la Provence. Vinrent ensuite les Hérules, les Burgondes,
les Alamans, les Francs. Une victoire nouvelle, remportée près
d'Arles par le patrice Constantin, n'empêcha point les barbares
de s'établir enfin dans la seconde Narbonnaise. Les Wisigoths,
qui avaient déjà occupé la Narbonnaise première et l'Aquitaine
avec l'autorisation même d'Honorius, étendirent leur influence,
puis leur domination sur la rive gauche du Rhône. En 455, leur
roi Théodoric fit élire, à Arles, Avitus empereur, et bientôt
son fils Euric s'empara du pays. Lorsque Clovis eut gagné sur
les Wisigoths la bataille de Vouillé, qui lui livra l'Aquitaine,
il envoya une armée pour s'emparer également de la Provence.
Mais le grand Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie, prenant
sous sa protection la nation gothique tout entière, envoya son
général lbbas, qui battit les Francs près d'Arles, et les Wisigoths,
en récompense,l ui abandonnèrent la Provence en 511. Tout le
littoral de la Gaule, c'est-à- dire la Provence et la Gothie
ou Septimanie(Languedoc), demeura quelque temps encore au pouvoir
des Goths, sur lesquels Théodoric régna seul avec le titre de
roi des Ostrogoths et des Wisigoths. En 534, les Francs, ayant
soumis les Burgondes, devinrent possesseurs de la Provence par
la cession que Vitigès, roi des Ostrogoths, leur fit don ce
qu'il y possédait ; mais ils furent obligés de la partager avec
l'empire grec qui venait de renverser le royaume des Ostrogoths
et de reconquérir presque tout le littoral du bassin occidental
de la Méditerranée. Les empereurs byzantins établirent, dans
la partie qui leur fut soumise, des gouverneurs qui ne tardèrent
pas, enhardis par l'éloignement, à se rendre indépendants. En
721, on trouve Mauronte, l'un d'eux ; à peu près seul maître
du pays.
L'autorité des rois francs n'y était pas plus puissante que
celle des empereurs. Les Sarrasins, maitres d'Espagne, commençaient
à envahir le midi de la France. Charles-Martel accourut dans
la Provence pour les repousser et commença, en vrai chef de
barbares, par piller horiblement le pays. Aussi la haine contre
les Francs y fut depuis ce moment si violente que les Provençaux
se firent les alliés fidèles des Sarrasins et que l'émir de
Narbonne, Yousouf, se vit secondé par Mauronte lui-même. Occupée
en plusieurs points par les musulmans, ravagée maintes fois
avec fureur par les Francs, la Provence endura des maux qui
cessèrent sans doute sous Charlemagne, mais pour redoubler après.
Ce n'étaient plus seulement les Sarrasins, mais les Normands
d'Hastings qui remontaient le Rhône et la Durance, le fer et
la flamme à la main. A la chute de l'empire de Charlemagne,
la Provence avait pour gouverneur Boson, beau-frère de Charles
le Chauve, ambitieux qui se fraya par des crimes le chemin du
pouvoir. Le faible règne de Louis III et de Carloman lui sembla
opportun pour arriver au but qu’il méditait d'atteindre. Les
évêques du pays, réunis au nombre de vingt-trois dans le concile
de Mantaille, près de Vienne, prétendirent suivre l'inspiration
du ciel en déclarant Boson roi de Provence et de Bourgogne.
La noblesse exprima le même vœu en 879. Cette audace de l'épiscopat
de créer un roi n'a rien de surprenant dans ce siècle où les
évêques dirigèrent les rois, luttèrent contre eux et secouèrent
plus d'une fois l'autorité du pape par réaction contre ce qui
s'était passé sous Charlemagne. Boson accepta la couronne qu'il
s'était fait donner, gagna le peuple par ses largesses et ses
flatteries, la cour de Home par ses présents et ses promesses,
les églises et les abbayes par sa munificence. Son royaume comprenait
la Provence, le Dauphiné, la Savoie, le Lyonnais, la Bresse,
le comté de Bourgogne ; Arles en était la capitale.
Louis
III et Carloman firent la guerre à l'usurpateur, mais sans succès,
et, à sa mort, sa veuve Hermengarde fit reconnaitre son fils
Louis par les prélats et les grands seigneurs de la Provence,
qui le proclamèrent dans un concile tenu à Valence. L'archevêque
de Vienne dit »Le pape est le seul maître des empires, seul
distributeur des couronnes. Il ne s'est décidé à donner un chef
particulier à la Provence que pour mettre un terme aux malheurs
dont elle est depuis trop longtemps accablée. » Ces malheurs
pourtant s'accrurent encore sous le faible règne de Louis, les
Sarrasins surprirent sur le rivage le château de Fraxinet, s'y
établirent et en firent un repaire pour leurs brigandages. Ils
n'en sortaient que pour piller et détruire. Louis eût bien fait
de demeurer dans son royaume et de s'occuper à le défendre,
au lieu d'aller chercher ailleurs une fortune plus brillante
et une triste fin. La couronne d'Italie, longtemps disputée,
allait rester à Bérenger, l’un des concurrents, lorsque ses
ennemis appelèrent le roi de Provence qui avait quelques droits.
Le jeune prince s'empressa d'accourir et s'engagea étourdiment
dans les défilés. Bérenger l'y surprit mais, prenant pitié de
sa jeunesse, il lui rendit la liberté, en lui faisant seulement
jurer qu'il renonçait à tous ses droits sur l'Italie. A peine
de retour en Provence, Louis viola son serment il descendit
de nouveau en Italie, battit Bérenger, s'empara de ses États.
Il se rendit ensuite à Rome pour recevoir du pape Étienne VII
la couronne impériale, que la mort d'Arnould, roi de Germanie,
avait laissée sans maitre, et celle du royaume d'Italie, qu'il
venait de conquérir. Après quoi il vint se fixer à Vérone, qu'il
avait choisie pour capitale de ses nouveaux États. Il congédia
son armée, ne songea qu'aux plaisirs et oublia Berenger. Celui-ci
épiait le moment favorable. Une nuit, il s'introduisit secrètement
dans Vérone avec des amis dévoués, força les portes du palais
impérial, y fit Louis prisonnier et lui creva les yeux en 902.
Le triste roi, devenu Louis l'Aveugle, retourna en Provence
et y régna encore vingt-sept ans dans le silence et l'obscurité.

Les rivages de ces deux contrées se regardent
et se touchent. Leurs mœurs et leur langage étaient, surtout
dans ces temps, à peu près semblables. Le successeur de Louis
fut un seigneur puissant nommé Hugues, qui lui avait servi de
ministre durant le temps de sa cécité, et qui se couronna roi
lui-même, ne laissant au fils de son ancien maître que le titre
de comte de Vienne. Hugues eut son tour l'ambition de régner
sur la Lombardie. L'impopularité de Rodolphe II, qui avait détrôné
Bérenger, lui en rendit la conquête facile. Mais, à son tour,
son ambition excessive, son mariage avec Marozie, cette femme
célèbre par sa beauté, ses crimes et le pouvoir odieux qu'elle
exerça trop longtemps dans Rome, tournèrent contre lui ses nouveaux
sujets. Ils allaient rappeler Rodolphe, lorsque Hugues lui offrit
de lui abandonner, en échange de la Lombardie, tout ce qu'il
possédait au-delà des Alpes. Cet échange singulier eut lieu.
Hugues ne conserva en Provence qu'Arles et une petite partie
de son territoire dont il confia le gouvernement à un de ses
parents nommé Boson. Obligé plus tard de renoncer à l'Italie,
il y laissa son fils Lothaire, que les Lombards acceptèrent
comme roi, et revint terminer sa vie à Arles. II institua Boson
comte héréditaire de la portion qu'il s'était réservée en Provence
par son traité avec Rodolphe. Ce Boson, ou du moins un autre
Boson qui lui succéda, fonda une dynastie qui bientôt, se divisant
en trois branches, partagea la Provence en trois seigneuries
comté de Provence, vicomté de Forcalquier, vicomté de Marseille.
Guillaume, comte de Provence, chassa les Maures de Fraxinet,
releva les villes de Fréjus, de Toulon, de Saint-Tropez. Sous
ses successeurs, le comté se morcela encore davantage et finit
par devenir la proie de plusieurs maisons rivales.
En 1063,
le comte de Toulouse, appelé par les évêques, s'empara des comtés
d'Avignon, de Cavaillon, de Vaison et de Vénasque.

Des mariages et l'extinction des mâles
mirent sur les rangs deux autres maisons : celle de Barcelone,
qui monta peu après sur le trône d'Aragon, et celle des Baux,
l'une des plus puissantes maisons féodales de la Provence. Le
comte de Barcelone, d'abord en guerre avec le comte de Toulouse,
convint avec lui, en 1125, de signer un traité de partage. Au
comte de Toulouse fut attribuée la haute Provence, c'est-à-dire
le pays entre l'Isère, la Durance, le Rhône et les Alpes. C'est
ce qu'on a appelé le marquisat de Provence. Le comte de Barcelone
eut la basse Provence, appelée communément comté d'Arles ou
de Provence. Le comte de Barcelone fut ensuite aux prises avec
la maison des Baux, qui se fit donner l'investiture de la Provence
par l'empereur Conrad III, puis par Frédéric 1er
Barberousse, le royaume d'Arles étant fief de l'empire. Mais
le comte de Barcelone, dont le neveu Raymond-Bérenger II était
alors comte de Provence, fit une guerre terrible à la famille
des Baux, lui enleva trente châteaux et gagna complètement à
sa cause, par une alliance de famille habilement ménagée, l'empereur
Frédéric. Celui-ci révoqua l'inféodation qu'il avait faite en
faveur d'Hugues des Baux et accorda, en 1162, à Raymond-Bérenger
la propriété de la Provence Ab Alpibus ad Rhodanum avec
l'inféodation du comté de Forcalquier, moyennant une redevance
annuelle de quinze marcs d'or au poids de Cologne envers l'empire,
sans compter des présents en monnaie espagnole à l'empereur,
à l'impératrice et à la cour impériale.
La maison des Baux
tenait encore bon dans son dernier château, celui de Trinquetaille
Raymond-Bérenger l'en chassa et devint par-là comte de Provence
sans contestation. À peine les Baux étaient-ils abattus, que
la guerre recommença avec les comtes de Toulouse. Après des
efforts continuels, Raymond-Bérenger II était arrivé, à la fin
de sa vie, à posséder seul la Provence. II meurt sans héritier
mâle tout est remis en question. Le comte de Toulouse, ayant
épousé la veuve de Raymond-Bérenger, voulut s'emparer de la
Provence. Alphonse 1er, roi d'Aragon, s'y opposa.
Il y eut une guerre. Le roi d'Angleterre Henri II intervint
entre les deux rivaux, qui se donnèrent rendez-vous dans l'ile
de Gernica, près de Tarascon en 1176, et conclurent un traité
moyennant trois mille marcs d'argent, le comte de Toulouse abandonna
au roi d'Aragon tous ses droits sur le comté de Provence et
quelques autres fiefs. Ainsi la maison de Barcelone-Aragon resta
définitivement maîtresse du comté de Provence, et, si elle eut
encore quelques luttes à soutenir, elle en sortit victorieuse.

C'est sous cette brillante maison que fleurirent les troubadours avec leur magique cortège de chants, de combats, d'amours, de fêtes, de folies de tous genres. Alphonse II, Raymond-BérengerIV les attirèrent avec une grande faveur. Ils accouraient, allègres, suivis de jongleurs, musiciens, violards, musards et cornies, chargés de remplir les intermèdes. Le poète lui-même entonnait dans cette langue provençale, fille imparfaite, mais brillante et sonore, du latin transformé, que parlait presque tout le littoral de la Méditerranée, ou la tendre chanson à la louange de la personne aimée, ou le planch,, complainte douloureuse sur une amante, un ami, un bienfaiteur qui n'est plus ou le tenson, dialogue ou couplets d'amour ou de chevalerie; ou le sirvente; aux traits vibrants et acérés, ou les nova, nouvelles, ou le roman aux émouvantes péripéties, ou l'épitre enfin, ou la sixtine, la pastourelle, la ballade, la danse, la ronde, etc.; tous ces esprits méridionaux étaient ingénieux à varier la forme, sinon le fond. Ils célébraient surtout les joies d'un amour pur, les souffrances d'un amour malheureux, les transformations que l'amour produit chez l'homme qui ne cherche à plaire que lorsqu'il commence à aimer. Et comme les questions d'amour étaient délicates à résoudre, il y eut des tribunaux pour ces procès, des docteurs pour cette casuistique. C'étaient des femmes qui siégeaient dans ces cours d'amour, comme ayant plus de finesse sans doute pour apprécier les subtiles délicatesses du cœur. « De gentilles femmes, dit Nostradamus, s'adonnoient à l'étude des bonnes lettres et des sciences humaines, tenant cour d'amour ouverte, où elles définissoient les questions amoureuses à elles envoyées et proposées par divers gentilshommes et damoiselles au moyen de la résolution desquelles et de leurs belles et glorieuses compositions, leur renommée s'espandit et se fit jour en France, en Italie, en Espagne et plusieurs diverses contrées, de telle sorte qu'une foule de chevaliers et personnages de haute qualité et grand renom, s'estant portés de ce temps en Avignon pour visiter le pape Innocent sixième du nom, furent ouïr les définitions et sentences d'amour que ces illustres dames prononçoient, lesquels furent tellement ravis et esmerveillés de leur beauté et de leur divin savoir qu'ils en devinrent épris. »

C'est alors, c'est quand la Provence
était traversée par tout ce qui, des pays du nord et du centre,
allait à Rome, à Rome ce foyer et ce soleil du moyen âge, c'est
alors que se célébraient les brillants tournois et que le luxe
des chevaliers du Midi déployait ses richesses, répandait ses
prodigalités étalait ses extravagances. A la cour plénière de
Beaucaire, convoquée par le roi d'Angleterre Henri II, en 1174,
le comte de Toulouse fit présent de cent mille sous à Raymond
d'Agout, seigneur provençal, qui les distribua aussitôt à dix
mille chevaliers. Bertrand Raimbaud, plus extravagant, fit labourer
un champ voisin et y fit semer trente mille sous en deniers.
Un autre, Raymond de Venons, fit brûler devant l'assemblée trente
de ses chevaux. Folies pleines d'ostentation et de frivolité,
qui peignent le temps, le pays et les hommes. Les plus fameux
troubadours provençaux sont Carbonel et Poulet, de Marseille
; Giraud, de Cabrières Guy, de Cavaillon Jacques Motta, d'Arles,
Bertrand, d'Avignon ; Tomiers Palazis, de Tarascon, Albert,
de Sisteron; Raimbaud, d'Orange, Raimbaud, d'Hyères, la comtesse
de Die et l'empereur Frédéric Il.
Cet âge glorieux, cet
âge original de la Provence finit avec Raymond-Bérenger IV,
qui mourut sans postérité mâle, et dont l'héritière, Béatrix,
épousa en 1245 Charles d'Anjou, frère de saint Louis.
Le
sombre et impassible Charles arriva avec ses hommes du Nord.
La joyeuse Provence, à son aspect, sentit, pour ainsi dire,
le froid de la mort. « Désormais, s'écrièrent les troubadours,
désormais les Provençaux vivront dans le deuil ; car du vaillant
seigneurs nous tombons en sire. Ah Provence ! Provence quelle
honte ! Quel désespoir ! Tu as perdu bonheur, joie et repos
et gloire en tombant dans les mains de ceux de France ; mieux
valait que nous fussions tous morts ! Déchirons maintenant nos
bannières, démolissons les murs de nos villes et les tours de
nos châteaux forts ; nous sommes sujets des Français et ne pouvons
plus porter ni écu ni lance. » Charles d'Anjou s'empressa
de justifier la répugnance qu'il inspirait aux Provençaux par
la destruction de leurs républiques florissantes. Bientôt après,
il épuisa le pays pour s'en aller conquérir le royaume des Deux-Siciles,
dont le pape Clément IV l'avait autorisé à dépouiller Manfred,
fils de l’empereur Frédéric II. Deux victoires l'en rendirent
maître. Manfred fut vaincu et tué à Bénévent en 1266. le jeune
Conradin, vaincu à Tagliacozzo en 1268, monta sur l'échafaud
à Naples. Le cruel Charles d'Anjou rêvait, dans son ambition,
de nouvelles conquêtes, lorsque les Vêpres siciliennes lui enlevèrent
celle qu'il venait de faire. Un de ses chevaliers outragea une
femme de Palerme; le peuple irrité égorgea l'insolent et tous
ses compatriotes, l'esprit de vengeance, une fois allumé, parcourut
toute la Sicile, et, durant trois jours, Français et Provençaux
furent égorgés au nombre de 8,000. Un seul fut épargné, un seigneur
provençal, dont la vertu et l'intégrité étaient vénérées des
Siciliens eux-mêmes il se nommait Guilhelm des Porcelets. La
douleur emporta Charles d'Anjou trois ans après, en 1285. Charles
le Boiteux, qui lui succéda, vint en Provence dès qu'il fut
sorti de la captivité où il avait été longtemps retenu par le
roi d'Aragon, son rival. Il y fut reçu avec une grande allégresse
et n'en continua pas moins cette destruction des libertés municipales
commencée par son père, Robert, son fils, et sa petite-fille,
Jeanne, résidèrent à Naples. L'absence du souverain livra la
malheureuse Provence aux dévastations des seigneurs qui se disputaient
le pouvoir.

En 1382, Jeanne, devenue prisonnière de son neveu Charles de Duras, adopta Louis d'Anjou, frère de Charles V. Une nouvelle maison d'Anjou monta sur le trône de Provence et forma la quatrième dynastie comtale de cette province. Louis 1er mourut dans une expédition contre le royaume de Naples en 1384, ses successeurs, Louis II et Louis III, s'épuisèrent également en efforts inutiles pour enlever les Deux-Siciles à la maison d'Aragon. La modération de caractère de René d'Anjou, en 1434, semblait promettre aux Provençaux un prince pacifique. Toute une moitié de sa vie se passa pourtant à courir après des couronnes qui lui échappèrent. Il s'en alla disputer la Lorraine à Antoine de Vaudemont, neveu du dernier duc, pour faire valoir les droits de sa femme, Isabelle de Lorraine, fille de ce même duc. Mais Vaudemont, soutenu par le duc de Bourgogne, le fit prisonnier et le garda dans le château de Blacon, près de Salins. Dans cette captivité, un royaume vint à lui, celui de Naples. Louis III, son frère, roi de ce pays, venait de mourir, et sa veuve, Jeanne II, l'avait suivi de près au tombeau, désignant pour son héritier René d'Anjou. René acheta la liberté à tout prix : deux cent mille florins d'or, des places fortes, etc. Il trouva la Provence pleine des préparatifs que faisait déjà Isabelle pour l'expédition de Naples, car il fallait aller prendre ce royaume malgré les Aragonais. Il parcourut le pays, reçut des états un présent de cent mille florins d'or, emprunta de l'argent aux seigneurs, ses amis, et partit de Marseille le 5 avril 1438. Le pape lui avait donné l'investiture ; les Vénitiens, les Florentins et les Génois étaient dans son alliance. Le début fut heureux mais bientôt l'argent manqua. Le connétable de René lui refusa obéissance et finit par passer au roi d'Aragon avec une partie de son armée. Le bon René dut renoncer à ses prétentions sur le royaume de Naples, malgré la douleur des Napolitains, qui avaient en horreur les Aragonais. René et son fils, Jean de Calabre, d'humeur remuante comme toute cette maison, firent encore des tentatives également malheureuses. Enfin, instruit par les déceptions de l'ambition, René se retira en Provence et y acheva paisiblement sa vie, au milieu d'occupations utiles et agréables. Il protégea l'industrie, l'agriculture, le commerce de ses Provençaux, attira dans le port de Marseille un grand nombre de vaisseaux étrangers par les franchises qu'il leur accorda. Il s'entourait d'hommes instruits et savait à la fois peindre, faire des vers et de la musique. Il aimait à planter des arbres, cultiver des jardins. Il naturalisa sur le sol de la Provence les roses muscadelles, les paons blancs, les perdrix rouges, il améliora l'espèce des raisins muscats et multiplia les œillets. Prodigue envers ses serviteurs, et pourtant ménager de l'argent de ses sujets, doux, affable pour tous, il n'était pour tous aussi que le bon roi René. Son âme n'était pas de celles pour qui l'ambition déçue est un feu qui dévore résigné, il répétait sans cesse « Le vouloir du Seigneur soit fait » un de ces souverains, en un mot, qui donnent l'âge d'or à leurs peuples un de ces types pleins de bonhomie et dignes de la légende si rare dans la réalité. René n'était pas homme à disputer son fief à la griffe de lion de Louis XI, qui flairait partout, depuis la Manche jusqu'à la Méditerranée, s'il ne restait pas quelques seigneurs féodaux à dévorer.

René, qui avait perdu tous ses enfants,
voyait bien que Louis XI prétendrait primer les collatéraux
; trop sage pour résister, ou même paraître mécontent, il fit
la cour à messire lion et écrivit de sa main en lettres d'or,
enlumina même une donation testamentaire en faveur de Louis
XI. Toutefois un autre testament, lorsqu'il mourut, fit passer
la Provence à Charles du Maine, son neveu: Louis XI, frustré
et plein de colère, fit chercher quelque défaut dans ce testament
par le parlement de Paris, qui n'en trouva point. Alors il changea
de tactique ; au lieu d'attaquer Charles, il le flatta, le caressa,
le soutint contre les prétentions de René II, duc de Lorraine,
petit-fils du roi René, et contre celles d'Yolande d'Anjou,
duchesse douairière de Lorraine, qui contestaient la validité
du testament. En même temps, il se faisait des partisans parmi
les seigneurs de Provence, principalement Palamède de Forbin,
qui dicta, pour ainsi dire, à Charles du Maine, près de mourir
sans postérité, un testament de donation complète à Louis XI
et à ses héritiers. Pour toute condition, il suppliait le roi
de France de conserver les libertés, franchises, droits et usages
de ses sujets. Il mourut en 1481, et la Provence fut définitivement
réunie à la France, réunion sanctionnée solennellement par une
assemblée générale des états en 1486.
Pourtant Louis XII
eut encore à écarter les prétentions du duc de Lorraine et d'Anne
de France, sœur de Charles VIII. Mais il triompha et consomma
la prise de possession, en 1502, par l'établissement, à Aix,
d'un parlement composé d'un président et de onze conseillers.
L'histoire provinciale finit, ou du moins se restreint considérablement,
pour la Provence comme pour toutes les autres provinces, au
moment de la réunion à la couronne de France. Les guerres de
François Ier et de Charles-Quint l'exposèrent deux fois aux
ravages des impériaux. La première fois, en 1524, le connétable
de Bourbon les conduisit ; la seconde en 1536, Charles-Quint
lui-même. Sous le même règne, la Provence fut troublée par les
affaires des Vaudois, ces débris des Albigeois, qui vivaient
depuis des siècles au milieu des monts Luberon, au nord de la
Durance (Vaucluse), et principalement dans les villages de Mérindol
et de Cabrières.

On sait avec quelle atroce cruauté Meynier
d'Oppède, président du parlement d'Aix, à l'instigation du cardinal
de Tournon, traita ces innocentes populations que François 1er
sacrifiait à sa politique et au désir d'attirer le pape dans
son alliance. Ces horreurs, qui méritent une exécration éternelle,
eurent lieu en 1545. Elles eurent une suite dans les guerres
de religion, qui commencèrent quinze ans après. Les barons de
La Suze et des Adrets, surtout le fameux Sommerive, qui, en
1563, fit pendre, brûler ou précipiter sur des piques mille
quarante protestants, en furent les héros dans la Provence.
La Ligue s'y établit ensuite et y domina jusqu'en 1596.
La noblesse et la bourgeoisie provençale prirent part à la résistance
que rencontra dans presque toutes les provinces de France la
politique de Richelieu. Lorsque le cardinal voulut en finir
avec La Rochelle, il éprouva un grand besoin d'argent et recourut
à des impositions extraordinaires. La Provence, envahie par
les agents fiscaux de la cour, vit augmenter l'impôt du sel
et surcharger de 100,000 livres l'impôt dit de taillon.

Depuis 1543, les communautés de Provence avaient adopté l'usage de se réunir en une assemblée délibérante. Cette assemblée représenta au gouvernement l'épuisement du pays et demanda la révocation des édits de finances. Richelieu, irrité, redoubla d'exigences et ne supprima les derniers édits que pour demander 1 500 000 livres, sans compter mille mulets pour le transport des bagages de l'armée d'Italie. Et, si la Provence faisait quelque difficulté de se soumettre, il menaçait d'y promulguer le fameux édit des Élus, déjà appliqué dans plusieurs provinces voisines, et dont l'effet eût été de dépouiller les habitants du privilège de répartir la taille entre eux comme ils l'entendaient, pour remettre ce soin aux officiers royaux. Les communautés, réunies à Valensole, formèrent une députation qui se rendit à la cour et y fut aussi mal accueillie que possible. Le mécontentement fut très vif dans toute la Provence. On murmurait, on formait des assemblées tumultueuses, on exagérait même les appréhensions. Bientôt, disait-on, la cour imposerait jusqu'aux salaires des ouvriers, jusqu'aux gages des domestiques. Pourtant, rien ne s'organisait, aucun chef ne se présentait encore. Les Provençaux s'en faisaient eux-mêmes le reproche. Quoi! disaient-ils, n'y aurait-il personne pour attacher le grelot? Le seigneur de Châteauneuf, Paul de Joannis, las d'entendre répéter ce mot, s'écria en colère « Eh bien c'est moi qui l'attacherai. » Et, prenant à la lettre l'expression proverbiale, il attacha à sa boutonnière un grelot suspendu à un ruban blanc qui portait le cachet en cire de la maison de Châteauneuf. Cet emblème, adopté par tous les insurgents, leur fit donner le nom de Cascavéous, qui signifie grelot en provençal. Au reste, le gouvernement sut adroitement- diviser les rebelles, en suscitant le parti des Cascavéous au ruban bleu, qui devinrent les rivaux des Cascavéous au ruban blanc, et bientôt une armée de cinq mille hommes d'infanterie et de six cents chevaux, sous les ordres du prince de Condé, fit rentrer la province sous l'obéissance, sans effusion de sang. Les états de Tarascon votèrent les 1,500,000 livres demandées.

Si l'autorité royale triomphait en Provence,
il lui restait encore à y opérer un changement qui lui tenait
cher au cœur, à transformer ce pays d'états en pays d'élection.
Maintes fois elle en avait menacé les Provençaux, qui, redoutant,
plus que les impôts mêmes, cette atteinte à leurs libertés,
s'étaient toujours empressés de désarmer la cour par des sacrifices.
Mais enfin le gouvernement du roi résolut d'en venir à bout
et, à l'occasion de quelques délais dans le payement d'une certaine
contribution extraordinaire, rendit un édit qui établissait
en Provence deux présidiaux, à Aix et à Draguignan chaque présidial
composé de deux présidents, de douze conseillers, d'un avocat
et d'un procureur général. Le parlement d'Aix refusa d'enregistrer
cet édit. Le roi envoya sur les lieux le conseiller d'État Lauzun,
pour en exiger l'exécution. Députation des Provençaux à la cour,
nouvelles offres d'argent ; point de succès.
Le gouvernement,
impitoyable, établit les présidiaux, désorganise les états de
Provence en1639, en ne les convoquant plus qu'à de rares intervalles
et en ne permettant plus aux communautés de s'y réunir que par
des représentants. Quant au parlement, qui n'avait pas craint
de refuser l'enregistrement, on l'atteignit par des lettres
patentes du mois d'octobre 1647, qui créèrent, sous le nom de
sémestre, un autre parlement destiné à alterner ses travaux
avec l'ancien, la session de chacun durant six mois. Le nouveau
parlement était composé de trois présidents, trente conseillers,
tous hommes dévoués à l'autorité royale. Ces atteintes aux libertés
de la Provence amenèrent des troubles qui durèrent plusieurs
années, et dont le foyer fut à Aix. La guerre pourtant n'y fut
pas renfermée. Elle se fit dans toute la Provence.
Le comte
d'Alais, gouverneur de la province, fit venir des troupes, le
parlement en leva de son côté; on tint la campagne. Chaque parti
dirigea ses coups de main contre les villes qui tenaient pour
le parti opposé, Mais le comte de Carces, qui commandait les
troupes parlementaires, ayant eu l'imprudence d'engager une
action contre le régiment de Montbrun, entre les villes de Barjols
et de Brignoles, fut vaincu. Le parlement ne se laissa pas abattre
et la guerre ne cessa, en 1650, que par l'intervention du maréchal
de Saint-Aignan, qui apporta un traité de paix imposé par le
roi. Les troubles de la Fronde, qui arrivèrent alors à leur
paroxysme, rallumèrent encore quelques étincelles. Des querelles
éclatèrent en plusieurs villes entre les sabreurs, ou partisans
du parlement, et les canivets, gens du canif, gens de robe,
partisans de la cour. La paix ne fut rétablie que lorsque Mazarin
eut consenti à retirer au comte le gouvernement de la Provence
pour le donner à Louis de Vendôme, duc de Mercœur. Le nouveau
gouverneur eut toutefois à son tour une révolte à combattre
; ce fut celle de Marseille, à propos de ses consuls. Il en
sera parlé sous la rubrique de cette ville, qui perdit enfin,
comme toute la province, ses libertés. Il fallait bien, c'était
le sort de toute la France, subir le pouvoir niveleur de Louis
XIV qui portait partout l'uniformité. En 1705, la Provence fut
encore une fois envahie par les étrangers. Une armée de Piémontais
et d'Autrichiens, sous Amédée, duc de Savoie, généralissime,
et sous le prince Eugène, vint assiéger Toulon qu'une flotte
anglaise bombardait du côté de la mer. Une énergique résistance
obligea les alliés à se retirer, et Berwick, les poursuivant,
leur fit essuyer un échec près d'Embrun.

Dans le cours du XVIIIe siècle en 1744,
au milieu de la guerre européenne pour la succession d'Autriche,
la Provence eut une autre occasion de signaler son patriotisme
en repoussant une nouvelle invasion de Piémontais et d'Autrichiens,
encore appuyée par une flotte anglaise. Quant au mouvement des
idées de ce siècle puissant et novateur, elle en prit sa part.
Elle eut occasion, comme toute la France, de faire éclater son
animadversion contre les jésuites ; comme Paris, elle vit son
parlement supprimé par Maupeou; enfin, lorsque le cours des
années amena la Révolution française, elle fut des plus ardentes
à attaquer les vieux abus et envoya à l'Assemblée nationale
le Jupiter tonnant qui devait les foudroyer, l'éloquent et passionné
Mirabeau. Représentée dans l'Assemblée des notables, sous le
ministère de Calonne, par les archevêques d'Aix et d'Arles et
par le premier président du parlement, elle ne considérait pas
cette représentation comme sérieuse, parce que le tiers état
n'y avait qu'une part illusoire et presque nulle. Le débat,
en effet, n'était plus entre les provinces et le pouvoir central,
mais entre le tiers état et les deux ordres privilégiés, par
toute la France. Aussi il éclata sur le sol même de la Provence
avant d'éclater plus solennellement à Versailles l'assemblée
des états provinciaux ayant été convoquée (1787-88) à Aix, les
ordres s'y livrèrent aux plus vives, aux plus tumultueuses discussions
et à des interpellations réciproques qui dégénérèrent presque
en injures. Le clergé y était représenté par les évêques, les
abbés et le commandeur de Malte; la noblesse par cent vingt-huit
seigneurs possesseurs de fiefs; le tiers état par cinquante-six
députés des communautés et vigueries. Les trois ordres ne furent
d'accord que pour voter une subvention gratuite de 700,000 livres,
demandée par la cour ; car ce n'était pas encore la royauté
qui était l'objet de la haine et des attaques. Une seconde session
des états de Provence eut lieu au commencement de l'année 1789
et fit éclater les mêmes luttes. Mirabeau y apparut pour la
première fois, armé de cette dominante éloquence qui allait
s'ouvrir une plus vaste carrière.
On procéda aux élections
pour les états généraux du royaume, qui devaient s'ouvrir le
5 mai. Les assemblées primaires se réunirent pour le clergé,
dans les villes épiscopales ; pour la noblesse, dans les principales
villes des sénéchaussées pour le tiers état, dans les communes.
Ces assemblées désignèrent les électeurs définitifs, qui se
réunirent en assemblée électorale dans six des principales villes
de la Provence Draguignan, Forcalquier, Arles, Aix, Toulon,
Marseille. Mirabeau, élu à Marseille et à Aix, opta pour cette
dernière ville.

Ailleurs, nous parlerons de son voyage
de remerciement à Marseille, de l'ovation qu'il y reçut et de
son utile intervention pour calmer des désordres qui avaient
éclaté. Nous parlerons aussi des continuelles agitations de
Marseille, la ville rajeunie, la ville démocratique et révolutionnaire
de la Provence, tandis que Aix, la ville des nobles et des parlementaires,
était déchue de cette suprématie et de cette ambitieuse activité
qu'elle avait possédées aux temps où la noblesse faisait la
Fronde et où les parlements faisaient de l’opposition. Un des
actes les plus considérables de l'Assemblée constituante fut
la division de la France en quatre-vingt-trois départements.
La Provence formait alors un gouvernement militaire, composé
d'un gouverneur, de quatre lieutenants du roi, d'une maréchaussée
entretenue par la province, des gouverneurs de Marseille, du
château d'If, de la ville et tour de Toulon et des îles. La
justice était administrée par un parlement et par les douze
sénéchaux d'Aix, Arles, Draguignan, Digne, Forcalquier, Marseille,
Toulon, Grasse, Brignoles, Sisteron, Castellane et Hyères. Il
y avait de plus une intendance, une généralité des monnaies
et une cour des comptes. Sous le rapport ecclésiastique, la
Provence avait deux sièges métropolitains, Aix et Arles ; dans
le ressort du premier étaient les quatre évêchés de Fréjus,
Riez, Apt, Sisteron ; dans celui du second, les trois évêchés
de Marseille, Toulon et Orange les cinq autres évêchés de Provence,
Digne, Glandèves, Grasse, Senez et Vence, étaient suffragants
de l'archevêché d'Embrun. Des quatre-vingt-trois départements
établis par la Constituante, la Provence en forma trois Bouches-
du-Rhône, Var, Basses-Alpes. Aix resta toujours archevêché métropolitain
; mais Arles fut déchue de ce rang. Si le département des Bouches-du-Rhône
se ressentit vivement du contrecoup des révolutions et des réactions
qui suivirent 1789 ; s'il prit, en 1815, trop de part à ce que
l'on a appelé la Terreur blanche, il jouit, pendant quinze ans,
sous la Restauration, d'un calme et d'une prospérité que les
agitations de 1830, de 1848 et de 1870 ne lui ont pas fait perdre.
Ses habitants, livrés aux travaux de l'agriculture, aux grandes
entreprises industrielles et surtout aux transactions commerciales,
que la nature leur rend si faciles dans les campagnes, ou bien,
dans les grandes villes, suivant l'impulsion que leur imprime
la grande cité marseillaise, ont su trouver pour leur active
et intelligente mobilité une existence conforme à leurs goûts
et qui est pour eux exempte de besoins et de privations.
Marseille


Il y à 600 ans avant J.C. deux navarques grecs, Protis et Simos, partie de la ville de Phocée (Grèce) accostent avec leur bateau dans l'un des nombreux golfes situés à l'est de l'embouchure du Rhône. Ce jour là Nanos, chef de la tribu ligure, désirait marier sa fille Gyptis. Il fit bon accueil aux étrangers et les invita au festin de noce. Suivant la coutume gauloise, c'est la jeune fille qui choisissait son époux parmi les convives. Vers la fin du repas la jeune fille apparut portant dans ses mains une coupe d'eau et, après avoir balayé du regard la gente masculine assemblée autour de la table elle bu une gorgée d'eau et tendit sa coupe a Protis. S'était sa manière à elle de désigner l'élu de son cœur. Le grand chef gaulois cru que les dieux protégeaient les étrangers et il donnât en dot à sa fille la baie où le bateau avait accosté. Les grecs y fondèrent une comptoir. Plus tard une ville naitra en ce lieu : Massalia qui plus tard deviendrait Marseille.


A peine formée, la nouvelle colonie prospéra, et bientôt forma sur cette côte une nouvelle Thessalie, avec ses temples, son culte, ses bois sacrés , sa langue harmonieuse. Peu à peu la ville s'embellit et se fortifia. Cinquante-sept ans après sa formation, la ville de Phocée étant tombée au pouvoir des Perses, la plupart des habitants de cette cité s'embarquèrent avec leurs femmes et leurs enfants, abordèrent à Marseille, où ils furent accueillis par leurs anciens compatriotes. Ces deux peuplades confondues mêlèrent leurs connaissances, et commencèrent à acquérir de la célébrité. En peu de temps la république de Marseille devint puissante, vainquit les peuples voisins qui étaient jaloux de sa prospérité, opposa ses flottes à celles de Carthage, lia ses destinées à celle de Rome, étendit son commerce au delà des colonnes d'Hercule, fonda des colonies dans tout le contour de la Méditerranée, et répandit les bienfaits de la civilisation dans toutes les Gaules. L'agriculture y fut en honneur, ses lois furent vantées des anciens, son sénat devint surtout fameux par les vertus et la probité des sénateurs ; enfin Aristote composa un ouvrage particulier sur la république de Marseille, dont malheureusement il n'est resté que le titre. Les sciences et les beaux-arts, qui y étaient cultivés avec succès, augmentèrent encore sa renommée. Sa situation, son port superbe, le génie de ses habitants, en firent nécessairement une ville maritime. La navigation fut heureusement secondée par deux savants astronomes et géographes ; l'un deux, Pythéas, partit de Marseille 320 ans, avant J.C, passa le; détroit de. Gibraltar, côtoya les côtés du Portugal et de la France, et, remonta au nord jusqu'à l'Islande ; l'autre, Euthymènes, voguant vers le sud parcourut les côtes; de l'Afrique jusqu’au Sénégal, Tant que le gouvernement de la ville de Marseille fut républicain, les sciences et les beaux-arts y fleurirent : Cicéron appelle cette ville l'Athénée des Gaules, et Pline, la Maîtresse des études. Les médailles qui nous restent de cette époque le disputent à tout ce que la Grèce a de plus précieux en ce genre, et prouvent avec quel succès on y cultivait les arts. Quarante neuf ans avant J.-C., Jules César assiégea Marseille, qui avait pris parti pour Pompée, et ce siège, suivant la description consignée dans les Commentaires ; C'est un des plus fameux de l'antiquité. Subjuguée par les Romains, elle fut privée de ses lois, perdit le droit d'élire ses magistrats, et cessa d'être florissante en cessant d'être république. Durant les temps malheureux qui précédèrent; et suivirent la chute de l'empire romain ; les Goths, les Bourguignons et les Francs se disputèrent la possession de cette grande ville ; mais tous respectèrent ses libertés et n'exercèrent leur autorité immédiate que dans la ville haute, qui avait été l'ancienne citadelle, et dans cette seule enceinte dont les Romains avaient pris possession. En 735, les Sarrasins s'emparèrent de Marseille, la bouleversèrent de fond en comble, et détruisirent ce qui restait de monuments antiques.

Vers, le milieu du Xème siècle,
cette ville passa sous là domination des comtes de Provence
ou d'Arles, qui la gouvernèrent jusqu'en 1218, époque où les
vicomtes qui exerçaient alors la puissance vendirent leur droit
de souveraineté à la ville de Marseille ; qui devint république
une seconde fois. Après la mort de Béranger, sa fille Béatrix
recueillit sa succession et fut mariée à Charles Ier,
duc d'Anjou, qui, à son retour de la terre sainte entra en Provence
et tenta d'assujettir les villes qui se gouvernaient en république.
Marseille lui résista courageusement, et ce ne fuit qu'après
huit mois de guerre qu'elle consentit à faire la paix. Les deux
traités qu'elle fit avec ce prince sont connus sous le nom de
Chapitre de paix ; l'un fut conclu en 1252, et l'autre en 1253.
Par ces traités solennels la ville se soumit volontairement
et à titre de donation aux comtes de Provence, sous la réserve
des articles convenus, qu'on nommait franchises, libertés, immunités,
qui lui conservaient l'image du régime républicain ; mais dans
le fait cette ville par ce traité cessait une seconde fois d'être
république.

D'injustes exactions de Charles d'Anjou
firent recommencer la guerre en 1256 ; les Marseillais mirent
à leur tête le comte Boniface de Castellane, dont la maison
avait depuis longtemps joui d'un grand crédit chez eux. Charles
d'Anjou les assiégea l'année suivante, et, après avoir cruellement
ravagé leur territoire, il les força à ouvrir leurs portes.
Mais la clémence ne fut jamais la vertu de Charles d'Anjou.
« Pour ce que mauvais exemple ne fût donné, et pris, dit Guillaume
de Nangis, si une si grande présomption fût laissée sans vengeance,
le comte Charles fit, au milieu de la cité, devant tous, couper
le chef à tous ceux qu'il sut avoir ému le peuple à rébellion
; il prit par force tous les châteaux du comte Boniface, et
le chassa hors de la province ; par lequel fait: sa louange
fut: moult accrue, et le redoutèrent puis moult ses ennemis.
» En 1422, Alphonse d'Aragon s'empara de Marseille, qu'il saccagea
et brûla en partie. Le bon roi René, qui succéda à Louis III,
en 1437, rendit à cette ville la paix et la tranquillité, et
pendant plus de quarante ans que dura son règne, elle acquit
une grande réputation par ses manufactures.


Charles III, successeur de René, étant
mort sans postérité après dix sept mois de règne, Louis XI,
qui devint son héritier, réunit la Provence à la couronne, et
Marseille fil dès lors parte du royaume de France. Le connétable
de Bourbon assiégea cette ville sans succès en 1524. Charles-Quint
tenta inutilement de s'en emparer en 1527.
En 1257, lorsque
les Marseillais consentirent à passer sous la domination de
Charles d'Anjou, comte de Provence, ils se réservèrent de la
manière la plus expresse le droit de conserver les armes de
leur commune (pavillons des navires et embarcations), de les
porter à leur manière accoutumée, en accordant toutefois un
endroit bien convenable à celles du seigneur comte.
Le 25
mai 1720, la peste, qui avait fait périr à Marseille, en 1580,
vingt mille personnes, s'y déclara de nouveau, y exerça les
plus affreux ravages, et enleva en cinq mois de temps quarante
mille habitants ; les personnes qui échappèrent à ce cruel fléau,
durent en partie leur salut au dévouement héroïque de M. de
Belzunce évêque de Marseille, qui signala son zèle et sa charité
envers les pestiférés.

Le comte de Sade, d'ignoble mémoire, qui fit tant de bruit en 1768 pour les horreurs auxquelles il s'est porté contre une fille, sous prétexte d'éprouver des topiques, donna à Marseille, en 1770, une fête dont les suites furent effroyables. Dans un bal où il avait invité beaucoup de monde, il glissa parmi les rafraîchissements des monceaux de pastilles au chocolat si excellentes, que presque toutes les personnes en mangèrent en grande quantité. Dans la confection de ces pastilles il avait fait amalgamer des mouches cantharides, et la vertu de ce médicament s'est trouvée telle, que tous ceux qui en avaient mangé, brûlant d'une ardeur impudique, se livrèrent à tous les excès auxquels porte la fureur la plus amoureuse. Le bal dégénéra alors en une de ces assemblées licencieuses si, renommées parmi les Romains : les femmes les plus sages ne purent résister à la rage utérine qui les travaillait. Le comte de Sade profita de ce délire universel pour jouir de sa belle sœur, avec laquelle il s'enfuit pour se soustraire au supplice qu'il méritait. Plusieurs personnes moururent des excès auxquelles elles s'étaient livrées, et d'autres en furent pour longtemps très incommodées. On sait que ce monstre est mort à Charenton le 2 décembre 1814.
Aix en Provence

Ce ne fut qu'au temps de Charlemagne
que la ville d'Aix, métropole civile de la seconde Narbonnaise,
obtint d'être définitivement considérée comme métropole ecclésiastique
S'il faut en croire les traditions locales, saint Maximin et
saint Célidoine, compagnons de Marthe et Marie-Madeleine, seraient
les premiers apôtres d'Aix. Un critique qui voulut contester
l'authenticité de cette histoire vit son livre condamné au feu
par arrêt du parlement. Aix fut la première colonie romaine
en de çà des Alpes. Sa fondation est due au consul Caius Sextius
Calvinus, proconsul romain, qui, y ayant découvert des sources
d'eaux thermales, s'y établit 123 ans avant l'ère chrétienne,
après avoir vaincu les Saliens, peuplade celto-ligurienne, dont
le chef-lieu était, dit-on, sur le plateau couvert de ruines
qui domine la ville au nord: ces ruines, dont le mur d'enceinte
conservé en partie rappelle les constructions cyclopéennes méritent
d'être visitées.
Le consul C. Marius remporta, presque sous
les murs d'Aix la célèbre victoire qui anéantit les Teutons,
victoire dont le nom est resté à la montagne qui s'élève à 8
kilomètres de distance.


Vers l'est il embellit la ville de
monuments fit dessécher les marais qui environnaient et y fit
construire de beaux aqueducs. Environ 40 ans avant J.-C., Jules
César y établit une colonie qu'il avait tirée de la vingt cinquième
légion. Devenue métropole de la seconde Narbonnaise, Aix fut
le siège du préteur ou comte romain qui gouvernait la province,
et appelé rex aquensis. Vers l'année 430, les Visigoth
est les Bourguignons dévastèrent les environs mais, grâce à
l'intervention de l'archevêque Basile, ils respectèrent la cité
d'Aix. Après la bataille de Poitiers, Gondebaud roi des Bourguignons,
vint mettre le siège devant Aix, qu'il abandonna pour aller
assiéger Marseille. Les Sarrasins saccagèrent Aix, en massacrèrent
les habitants, détruisirent les monuments et renversèrent les
murailles, qu'on ne releva qu'en 796, sous le règne de Lothaire.
Cette cité ne commença à acquérir une nouvelle importance que
sous le règne d'Alphonse II, roi d'Aragon, prince protecteur
de la poésie et poète lui même, qui, sur la fin du XIIème
siècle, y attira ces aimables conteurs connus sous le nom de
troubadours. A cette époque, la cour des comtes de Provence
devint le séjour de la galanterie, de l'esprit et de la politesse.
Raymond Béranger IV et Béatrix, son épouse, portèrent encore
plus loin cette galanterie délicate ; les questions galantes
les cours d'amour, les différents tournois, les spectacles,
les fêtes où la folie et la piété étaient confondues furent
journellement célébrés dans la ville d'Aix sous leur règne,
et surtout sous celui du bon roi René, dont le souvenir est
encore cher aux habitants de la Provence. Ce roi y institua
la célèbre procession de la Fête-Dieu espèce de représentation
mêlée de sacré et de profane, de paganisme et de chevalerie
qui attirait annuellement à Aix un nombre considérable d'étrangers.
L'enfer ancien et moderne, l'Olympe et le paradis, les personnages
de la Bible et du Nouveau Testament y figuraient au milieu de
la pompe des tournois. Cette procession reparut en 1803 et a
été célébrée plusieurs fois depuis, au grand contentement de
la population provençale.

Dans les siècles qui suivent, plusieurs quartiers de la ville sont délaissés. Le théâtre antique est démantelé. Cet état ne signifie pas une décadence d'Aix, mais simplement une nouvelle organisation territoriale des espaces habités. Au IVème siècle, la ville devient la capitale de la Narbonnaise deuxième et se dote d'un diocèse dont Lazarus devient l'évêque. Elle est ensuite occupée par les Wisigoths en 477. Au siècle suivant, elle est envahie tour à tour par les Francs et les Lombards, puis en 731 par les Sarrasins. Alors que la ville d'Aix sort d'une longue période de ralentissement économique et démographique, les comtes de Provence (maisons d’Anjou et d’Aragon) décident d'en faire leur nouvelle résidence en 1189, au détriment des villes d'Arles et d'Avignon, d'où ils régnaient naguère. Cette position de force va non seulement donner à Aix le statut de capitale de Provence, mais surtout permettre un développement sans précédent de la ville. À ce titre, l'installation du bon roi René, duc d'Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile, au XVème siècle, marque l'âge d'or de la cité, qui conservera à jamais le titre de « cité du roi René ». Ce monarque, entouré d'une cour raffinée et lettrée, va faire d'Aix, dès 1409, un célèbre centre culturel et universitaire renommé, doter la ville d'une cour de justice et contribuer à son embellissement, après des siècles marqués par une stagnation économique. À partir de 1486 et le rattachement de la Provence à la France, le gouverneur y réside. En 1501, Louis XII y établit le Parlement de Provence qui perdure jusqu’à la Révolution. Le plus souvent, les États de Provence s'y réunissent pour voter l'impôt.
Arles


On prête au nom d'Arles une étymologie
latine et une étymologie gauloise ; la première, ara lata, ferait
allusion à un vaste autel consacré par les Grecs à Diane d'Éphèse,
et que les Romains auraient trouvé en ce lieu ; la seconde,
formée de deux mots celtiques, ar laith, lieu humide, rappellerait
que le pays fut autrefois couvert par les eaux. Ce dernier fait
est constaté par la science ; en 1845, on a trouvé une dent
de requin dans les roches calcaires du voisinage d'Arles ; les
légendes mythologiques parlent dans le même sens.
Pomponius
Méla raconte qu'Hercule, revenant de l'Ibérie, où il était allé
enlever les vaches de Géryon, fut arrêté dans la plaine d'Arles
par deux géants, fils de Neptune, Albion et Belgion; il épuisa
contre eux ses flèches sans pouvoir les vaincre, et invoqua
le secours de Jupiter, qui les écrasa sous une grêle de cailloux;
telle est l'origine de la plaine de la Crau (Çampus cravensis),
formée presque entièrement de cailloux roulés, et qui nourrit
pourtant plus de 300,000 bêtes à laine, richesse du commerce
arlésien. Les Grecs ont occupé Arles avant les Romains. Ils
l'appelaient la Fertile ; mais ils n'ont laissé de leur occupation
aucune trace, si ce n'est quelques mots dans la langue, et peut-être
les jeux athlétiques et les danses cette farandole, par exemple,
que nous voyons déjà sur les vases antiques, et qui, inventée
par Thésée, selon quelques érudits, pour imiter les détours
du labyrinthe, emporte encore aujourd'hui, à travers les rues
des villes provençales, des chaînes de 20, de 50, de 100 jeunes
gens des deux sexes, se repliant, se déroulant, formant mille
dessins variés, au son des tambours et des tambourins.
Moins
belle que celle de Marseille, la position d'Arles était cependant
fort avantageuse. Sur le Rhône, à l'endroit où il se bifurque
pour embrasser cette grande île de la Camargue, la navigation
des embouchures du fleuve était, il est vrai, dangereuse à cause
d'une barre. Ce fut pour éviter cet obstacle que Marius fit
creuser la Fosse Mariane. On veut même retrouver son nom dans
celui de la Camargue, Caii Marii ager quoique l'étymologie
espagnole comerca (frontière) soit plus vraisemblable.
César
fit construire à Arles douze vaisseaux longs destinés au siège
de Marseille. Il établit dans cette ville les vétérans de la
sixième légion et l'éleva au rang de colonie Julienne Colonia
Julia Paterna Arelatensis. Elle devint toute romaine, au
point qu'on l'appelait la petite Rome des Gaules Gallula
Roma Arelas

. Elle comptait 100,000 habitants. Constantin
y résida il y fit construire un temple, un pont de pierre sur
le fleuve et ce fameux palais de la Trouille, bâti en brique,
qui servit de demeure aux empereurs romains, et plus tard aux
comtes. C'est à Arles que Maximien, beau-père de Constantin,
essaya de le faire périr. On prétend que, lorsque Constantin
résolut d'abandonner Rome et de choisir une capitale nouvelle,
il hésita quelque temps entre Arles et Byzance. Il convoqua
du moins dans la Rome des Gaules un grand concile en 314, le
premier concile d'Occident ; déjà saint Trophime l'avait convertie
au christianisme. C'est encore à Arles, comme dans la métropole
des Gaules, qu'Honorius réunit, en 418, l'assemblée des sept
provinces. Au temps des invasions, Arles possédait un magnifique
trésor de monuments romains ; un amphithéâtre pour les combats
de gladiateurs, un des plus vastes du monde ; un magnifique
théâtre, un cirque, un palais impérial, des thermes publics,
des arcs de triomphe, des temples, un obélisque égyptien. Ces
monuments eurent deux ennemis dans le fanatisme de quelques
apôtres chrétiens, entre autres d'un certain Cyrille, et dans
le génie destructeur des barbares. Arles passa successivement
sous toutes les dominations germaniques qui se succédèrent en
Provence puis elle vit arriver les Sarrasins, qui la prirent
avec l'intention de s'y établir. Yousouf- ben-Abd-el-Rhaman
l'occupa au temps de Charles-Martel ; mais on ne sarait dire
si les fameuses tours qui surmontent d'une façon si originale
les arceaux du Colisée furent bâties par lui ou contre lui.
Les Sarrasins furent chassés, ne laissant guère d'autre trace
de leur passage que cette race de chevaux, presque tous blancs,
qu'on voit encore aujourd'hui se mêler aux taureaux noirs dans
les pâturages de la Camargue. Un peu plus tard, l'empire de
Charlemagne se démembra et il se forma un royaume d'Arles, relevant
de l'empire germanique. Les comtes de Provence surgirent ensuite,
et leur autorité, mieux établie et plus conforme au temps, mina
celle des rois d'Arles, dont le vain titre passa, en 1032, à
l'empereur Conrad le Salique et fut porté en dernier lieu par
Frédéric II, quinzième roi d'Arles en 1214.
Plus d'une fois,
les empereurs vinrent se faire couronner rois d'Arles à Arles.
L'empereur Charles IV y vint encore en 1364, mais ce fut pour
abdiquer immédiatement en faveur de Charles V, roi de France,
« afin de réparer, disait-il, l'injustice que Charles le Chauve
avait faite en démembrant de ces États ce royaume en faveur
de Boson Ier. »

Dans la lutte des trois maisons de Provence,
de Toulouse et d'Aragon, Arles se prononça généralement pour
les Espagnols. Alphonse d'Aragon y venait souvent avec ses chevaliers
et donnait à ses dames des joutes, des carrousels, des combats
de taureaux, qui sont peut-être l'origine de ces fameuses ferrades
qui font encore aujourd'hui courir toute la population arlésienne.
Au reste, sous la suzeraineté lointaine de l'empereur et sous
celles, plus rapprochées, du comte de Provence, qui s'appelait
aussi comte d'Arles, et de l'évêque, cette ville garda adroitement
une indépendance réelle. Les formes municipales du temps de
l'empire romain avaient subsisté et en faisaient une république.
En 1150, elle avait déjà des consuls, dont le nombre s'éleva
successivement de quatre à huit et à douze. Ils étaient annuels,
et leur élection était à deux degrés. Mais les troubles qui
éclatèrent à Arles dans la première moitié du XIII" siècle obligèrent
les habitants de nommer une sorte de dictateur, un podestat,
qui devait être étranger et qui devait choisir un juge étranger
pour exercer sa juridiction. Pourtant la méfiance de la république
arlésienne établit à côté un juge supérieur de la commune, auquel
on en pouvait appeler des décisions du juge du podestat. Arles
était riche et puissante, quoique sa population, bien inférieure
à celle du temps des Romains, ne dépassât pas 40,000 habitants.
Elle avait une marine qui faisait le commerce dans la Méditerranée.
Aussi ne craignit-elle pas de se liguer avec Marseille et Aix
contre Charles d'Anjou, qui apportait à la Provence la fin de
son indépendance. Elle dut se soumettre comme ses alliés, et
depuis ce moment son rôle n'eut plus la même importance.
Il est une famille d'Arles qui s'illustra au temps de Charles
d'Anjou c'est celle des Porcelets. C'était un Porcelet, ce gentilhomme
provençal qui, seul de tous les Français, fut épargné aux Vêpres
siciliennes, en récompense de ses vertus. Lorsque Charles d'Anjou
provoqua Pierre d'Aragon, un Porcelet se trouva parmi les cent
gentilshommes qu'il choisit pour champions. Au siècle précédent
déjà, un Porcelet avait sauvé Richard Cœur de Lion, en se faisant
tuer à sa place. Ce nom est donc glorieux. ais son origine serait
bien bizarre si on en croyait la légende; parmi les ancêtres
de cette famille se trouvait une dame pleine d'orgueil, qui
repoussa durement une mendiante chargée d'enfants « Les pauvres,
ajoutait-elle, ne devaient pas faire tant d'enfants. » Or, la
pauvresse, qui était une fée, lui répondit « Vous voyez cette
truie qui est pleine autant elle fera de porcelets autant vous
ferez d'enfants à vos prochaines couches. La truie mit bas neuf
porcelets et la dame autant d'enfants, qu'on appela les Porcelets,
ainsi que leurs descendants.
Sous la domination française,
Arles se montra énergique à défendre l'indépendance nationale.
Lorsque le général de Charles-Quint" don Alphonse d'Alvaros,
se présenta sous ses murs, les Arlésiens lui firent rebrousser
chemin par un seul coup de canon qui faillit l'emporter. Du
reste, à l'égard de la royauté, ils montrèrent une assez grande
docilité. Ils suivirent, il est vrai, la Ligue pendant la seconde
moitié des guerres de religion, mais ils reconnurent Henri IV
dès qu'il se fut converti. Ils prirent peu de part aux mouvements
qui agitèrent la Provence sous Richelieu et Mazarin.
Quand
Louis XIII parut dans leurs murs en 1622, leurs consuls tombèrent
à genoux à ses pieds. Quelques troubles, relatifs à l'élection
des consuls, servirent d'occasion à Louis XIV pour s'en réserver
l'élection lorsqu'il vint à Arles en 1660. Il fit redemander
aux Arlésiens leurs canons pour être transportés à Marseille,
au fort Saint-Jean. Ils les donnèrent. Ils donnèrent encore
75,000 livres au roi, tant leur complaisance était grande.
En 1683, le premier consul envoya au même monarque la belle
Vénus d'Arles, trouvée quelques années auparavant sous le sol
du théâtre antique. Cette trouvaille donna lieu à un débat assez
long ; quelques personnes ne voulaient pas que cette statue
fût celle de Vénus, mais bien celle de Diane c'était l'avis
du père Laugières, jésuite, et les dames d'Arles, par un sentiment
qui leur fait grand honneur, s'y rangeaient. Un savant publia
les Entretients de Callisthène, plaidant pour Vénus. Un autre
répondit :
Tes sentiments sont trop profanes
Dans
Arles c'est à tort que tu cherches Vénus ;
On n'y trouve
que des Dianes.


Une Académie fut fondée à Arles sous
Louis XIV; mais elle n'eut ni beaucoup de durée, ni beaucoup
de fécondité. Les Arlésiens se livraient volontiers alors à
une indolence que déjà Nostradamus reprochait à toute la noblesse
provençale, qui s'était « fondue au vin, à la paillardise,.
la fainéantise et à l'ignorance, » en sorte que ses noms les
plus fameux allaient s'engloutir « au lac de l'oubli. » Chasser
la perdrix dans la Crau, le canard sauvage dans la Camargue,
ou bien s'occuper à plaire aux belles Arlésiennes, sont encore
aujourd'hui d'agréables passe-temps pour les riches oisifs de
cette cité.
La Révolution mit en présence dans Arles les
siphoniers, ou les aristocrates, qui portaient comme emblème
un petit siphon à leur boutonnière, et les monaidiers, ou démocrates,
qui s'ornaient d'une pièce de monnaie percée. Mais on ne vit
se produire aucune des scènes horribles qui ensanglantèrent
les villes voisines.
De même, après l'Empire, qui avait
été accueilli avec moins de joie que le Consulat, la réaction
royaliste ne sortit pas de la modération, qu'elle foula aux
pieds en tant d'autres lieux. Aujourd'hui, Arles est riche,
quoique médiocrement peuplée. Ses habitants semblent se souvenir
de l'ancienne importance de leurs ancêtres ils en ont conservé
la fierté ; les femmes sont célèbres par la blancheur de leur
teint que fait ressortir leur noire chevelure. Leur beauté proverbiale
et leur grâce naturelle, le goût qu'elles apportent dans leur
costume, rappellent les plus beaux types des Italiens. Les irrigations
ont fait de la Crau, véritable banlieue verdoyante d'Arles,
un lieu fertile en pâturages et en céréales, sans parler des
oliviers, des vignes et du chêne-vert, où se récolte le vermillon.
Salon de Provence est la ville natale de Nostradamus. Le site d'Istres fut occupé dès la préhistoire. Ce fut un oppidum ligure, qui se développa à l'époque gallo-romaine. Il se trouvait dans le pays des Arelates, sur la route qui, contournant l'étang de Berre par l'ouest, allait des "fosses mariennes" - c'est-à-dire le port de Fos - vers la Durance. Au Moyen âge la ville se développa autour d'un château-fort. Istrum, en provençal Istré, appartenait à la viguerie et au diocèse d'Aix, puis à la puissante maison des Baux. Par la suite Istres passa aux princes de Martigues. Siège d'une importante base aérienne, elle devint sous-préfecture des Bouches du Rhône en 1981. L'île fut le lieu de séjour du célèbre rhinocéros du roi du Portugal. Le Château d'If fut construit entre 1524 et 1531, à la demande de François Ier. Commandant l’entrée du port de Marseille, il devait protéger la rade de toute attaque et garantir la possibilité de ravitaillement de la ville par la mer. L’édifice, de plan carré, était cantonné de trois puissantes tours cylindriques. En 1702, Vauban, commissaire des fortifications, ordonna la construction, à côté du château, du bâtiment des corps de garde appelé « caserne Vauban ». Devenu prison d’Etat les protestants y furent enfermé de 1696 à 1713. Mirabeau y séjourna, bien involontairement, sur une lettre de cachet. Les royalistes de la conjuration Cadoudal 1804 y furent enfermés ainsi que des Communards de 1871. Le site doit cependant sa célébrité aux talents romanesques d’Alexandre Dumas, qui situa une partie de l’action du " Comte de Monte-Cristo", paru en 1844, dans l’îlot d’If.
Tarascon


Le Château de Tarascon Construit sur un rocher surplombant le Rhône, la château a été construit entre 1400 et 1435, par les duc d’Anjou. À cet emplacement s'élevait un premier château qui fut occupé au milieu du XIIIe siècle par Charles d’Anjou, comte de Provence et frère de Saint-Louis, roi de France. Ce château est agrandi par son fils Charles II dit « le boiteux ». En 1367 le duc Louis d'Anjou, gouverneur du Languedoc et frère du roi de France Charles V, veut profiter de l’éloignement du pape Urbain V qui s'était rendu à Rome et de l'absence de la reine Jeanne, comtesse de Provence, pour substituer son pouvoir à celui de la reine. Cette entreprise était une nouvelle manifestation de l'ambition française sur la Provence. Le duc d'Anjou trouve un capitaine en la personne de Bertrand Du Guesclin qui vient d'être libéré en décembre 1367 après sa capture à la bataille de Nájera. Du Guesclin se met en marche le 26 février 1368 avec 2 000 hommes et met le siège devant Tarascon le 4 mars 1368. La ville est bloquée de toute part. Les trébuchets font plusieurs victimes dont le clavaire Martin Champsaur2. La ville de Tarascon capitule le 20 ou 22 mars 1368, mais sera reprise en septembre 1368.

À son retour d'Italie Louis II d'Anjou,
comte de Provence, fait entreprendre le 27 novembre 1400 la
reconstruction du château à l'emplacement qu'il occupait. Les
travaux avancent rapidement, mais sont interrompus quelques
années plus tard et sont repris de 1428 à 1435 par son fils
Louis III d'Anjou.
L'architecte était Jean Robert auquel
furent adjoints les sculpteurs Simon de Beaujeu et Jacques Morel.
Les matériaux furent empruntés à des carrières de Beaucaire.
Le roi René n'y apporta que de petites modifications de 1447
à 1449 sous la conduite de Jean de Serocourt et Regnault de
Serocourt, capitaine et lieutenant de Tarascon, afin de le rendre
plus habitable et fit placer son buste et celui de la reine
Jeanne de Laval dans une niche de la cour d'honneur. À la fin
de son règne le roi René fit de 1476 à 1479 entreprendre encore
quelques travaux tels que le remplacement du pont-levis par
un pont fixe.
Après 1481 le château ne sert qu'occasionnellement
aux agents du roi. Du XVIIIème siècle à 1926, le
château sert de prison, notamment pour des marins ennemis.

Le château est bâti sur un îlot rocheux en bordure du Rhône qui le longe d'un côté tandis qu'un fossé taillé dans le roc pouvant recevoir les eaux du Rhône le sépare de la ville. Il se compose de deux parties bien distinctes : au nord la basse-cour réservée aux communs et aux hommes d'armes, et au sud le logis proprement dit. On pénètre dans le château par une porte ouverte entre la première tour carrée de la basse-cour et la tour ronde dite de l’Horloge ; on accède ainsi à une cour fermée située entre la basse-cour et le château seigneurial, ce qui constitue une véritable souricière en cas d’attaque.
Abbaye de Silvacane
C'est en 1144 que les moines s'installèrent dans cette forêt. Et c'est un groupe de cisterciens de Morimond, sous la conduite de l'abbé Othon, demi-frère de l'empereur Conrad III, qui remplacèrent les bénédictins en prenant en main l'abbaye de Silvacane dès son affiliation à l'ordre de Cîteaux et effectue les travaux de bonification des terres environnantes. Protégée par les grands seigneurs de Provence, l'abbaye prospère pour fonder à son tour une filiale à Valsainte près d'Apt. Mais le sac de 1358 par le seigneur d'Aubignan et les grandes gelées de 1364 qui anéantissent les récoltes d'olives et de vin entraînent le déclin et, en 1450, l'abbaye est annexée au chapitre de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence.