Histoire de la Drome


Diverses peuplades gauloises habitaient
anciennement le territoire dont le département de la Drôme a
été formé les Segalauni, sur la rive gauche du Rhône, depuis
la rive droite de l'Isère, jusqu'au Boubion ; les Tricastini,
entre le Roubion et l'Aygues, sur les bords du Rhône ; les Vectacomiri,
dans les montagnes du Vercors ; les Voconces, sur la pente des
Alpes; les Triulates, dans le Royannais, et les Tricorii, au
nord des Voconces. Toutes ces peuplades avaient chacune ses
lois et ses chefs mais, divisées en temps de paix, elles se
confédéraient dans la guerre.
Bellovèse, marchant vers les
Alpes, se rendit chez les Tricastini; de là, il entra sur le
territoire des Voconces, et il paraît qu'il entraîna une de
leurs peuplades, les Vertacomiri, qui, suivant Pline, fondèrent
Novaria (aujourd'hui Novare) en Italie.

Annibal traversa le pays des Tricastini
et des Tricoii. Sur presque toute la route, les lieux où il
s'arrêta s'appellent encore aujourd'hui le camp d'Annibal.
Ravagé par les Cimbres et les Teutons, ce pays fut des premiers
conquis par les Romains. Il fit d'abord partie de la Province,
puis de la viennoise. Rome s'efforça de réparer, par de grandes
fondations, les maux de la conquête elle fit participer aux
bienfaits de la civilisation les habitants, que le voisinage
des Phocéens y avait déjà préparés elle polit leurs mœurs, construisit
des voies et des aqueducs, éleva des édifices.
Il y eut des
colonies à Valence, à Die, à Nyons, à Luc, à Saint-Paul-Trois-Châteaux.
La grande voie romaine ou Domitienne traversait la Berre près
de Duzera (Donzère), débouchait, par les combes de cette localité,
dans les plaines d'Acusio (Montélimar), d'où elle se dirigeait
sur la station de Batiana, aujourd'hui Bance, dans le territoire
de Mirmande. Après avoir longé la colline de Livron, au couchant,
elle passait à Ambonil ( Umbunum), rejoignait la route de Valence
à Die sur le territoire d'Étoile, au quartier de Bosse, et passait
à Valence, à Châteauneuf, à Tain, Saint-Vallier, Bancel, Roussillon,
etc.
Pendant que le génie romain colonisait ce pays, le
passage des légions qui se disputaient l'empire, et les fréquentes
irruptions des peuples du Nord le couvraient de sang et de ruines.
Prétendants et barbares le traitaient en pays conquis ; et quand,
vers la fin du IIème siècle, il commença à connaître
le christianisme, il l'accueillit comme un libérateur. Valence,
Die, Saint-Paul-Trois-Châteaux, eurent leurs églises et leurs
martyrs.

Après les Wisigoths en 412, les Alains
en 430, les Bourguignons vinrent, en 460, se fixer dans le Valentinois
et y fondèrent un royaume qui dura jusqu'au milieu du VIIIème
siècle; mais à peine délivré de leur joug par les rois francs,
ce pays eut à subir les Sarrasins. Vieillards, femmes, enfants
massacrés ou emmenés captifs, villes pillées ou livrées aux
flammes, champs ravagés, églises et abbayes renversées ces terribles
conquérants n'épargnaient rien sur leur passage. Partout, dit
un historien, l'horreur du désert et l'image de la mort Après
plusieurs irruptions, ils furent enfin repoussés par Charles-Martel.
Néanmoins, beaucoup restèrent en Dauphiné et s'y fondirent dans
la population indigène. On retrouve encore dans quelques noms
de lieux et de rivières des restes de leur langage. C'est ainsi
que le petit torrent que traverse la route nationale qui conduit
à Nyons, au-dessus du moulin de Vinsobres, a gardé le nom de
la Moïe, et ce mot est entièrement arabe (Moïe, eau).
Aux
Sarrasins succédèrent les pirates normands, en 860, qui pillèrent
et ravagèrent la vallée du Rhône. Cependant, vers la fin du
IXème siècle, la guerre et l'anarchie étaient partout,
grâce aux rivalités des faibles descendants de Charlemagne.
Boson, allié à la famille du grand empereur, se révolte ; un
parti puissant le pousse au trône. Évêques et seigneurs s'assemblent,
le 15 octobre, au château de Mantaille « se voyant sans secours,
non seulement par rapport à eux et aux biens des églises, mais
encore par rapport au bien de tout le peuple, n'ayant en vue
que le besoin du royaume et les secours qu'il doit en espérer,
» ils élisent roi Boson, mais pour se partager bientôt après
son héritage, que ses tristes successeurs ne surent ni perdre
ni conserver. Vainement, en effet, Rodolphe III ; dit le Fainéant,
avait légué, avant de mourir, le royaume à Henri, fils de l'empereur
Conrad le Salique ; les seigneurs et les évêques ne voulant
pas d'un prince étranger, secouèrent le joug. Alors, chacun
s'empara d'un lambeau de ce royaume. De là, une foule de petits
États souverains et indépendants les comtés d'Albon, de Valentinois
et de Diois, le comté de Grignan ; le marquisat du Pont, ou
principauté du Royané. Ainsi commença et finit le second royaume
de Bourgogne. Bientôt, chacun de ces tyrans chercha à s'élever
sur la ruine des autres. L'Église empiéta sur le temporel, les
princes et les seigneurs sur l'Église. On se disputait le pays
comme une proie les terres et les villes étaient au plus fort.
On ne voyait qu'usurpations et brigandages. Jusqu'aux évêques,
qui ne craignaient pas de guerroyer, tant la religion elle-même
avait pris les mœurs barbares. Ainsi, en 1280, l'évêque de Valence
et le chapitre de Die en vinrent aux mains. Après divers combats
et des pertes réciproques, ils firent la paix, mais non pour
longtemps. Douze ans après, en effet, ce même évêque ayant voulu
lever un subside sur les vassaux de son église, la ville et
le chapitre de Die s'en émurent, et la guerre se ralluma. Il
fallut, pour l'apaiser, l'intervention du prince d'Orange. Toutefois,
ce n'était là que le prélude de luttes plus longues et plus
sanglantes. Les évêques voulaient régner sans partage dans le
Valentinois, et la puissance des comtes leur faisait ombrage.
De là cette guerre dite des épiscopaux, qui ne finit que par
la cession du Valentinois à la couronne de France.

Pierre de Chastellux, l'évêque, mit le
premier, en 1345, ses troupes en campagne. Battu par celles
du comte, il se vengea de sa défaite en mettant à feu et à sang
les villages où il passait Charpey, Alixan, Livron, Barcelone,
la vallée de Quint furent la proie des flammes. C'est le peuple
surtout qui souffrit de cette guerre. Les petites armées des
comtes et des évêques, également indisciplinées, commandées
par des chefs avides de butin et de pillage, ne pourvoyaient
à leur subsistance, pendant la campagne, que par la force. Les
chevaliers et les soldats étrangers, pour qui le motif de la
guerre était indifférent, vendaient leur épée à la fortune de
l'évêque ou du comte. Alors, pour les stipendier, il fallait
taxer le peuple bourgeois, artisans, paysans, se voyaient ruinés
par des taxes iniques. Ajoutons encore les ravages de la peste
et de la famine le pain était si rare et si cher, que le peuple
était réduit à brouter l'herbe, pendant qu'une fièvre noire
le décimait. On manquait de bras dans les campagnes pour cultiver
la terre. Bientôt vinrent les routiers et les aventuriers. Plusieurs
de ces compagnies, de retour d'Italie, voulurent traverser le
Valentinois ; mais le comte s'y opposa. Alors un combat s'engagea
près de Mazenc, fatal aux troupes du comte les routiers s'emparèrent
de Châteauneuf et firent prisonniers l'évêque de Valence, le
prince d'Orange et le comte de Valentinois lui-même. Aimery
de Sévérac, chef des routiers, mit le pays à rançon, et obtint
le libre passage.
Jusqu'à la fin du XIIème siècle,
le Diois, dont la ville de Die était la capitale, avait eu ses
souverains comme le Valentinois leur héritière avait épousé
Guillaume, comte de Forcalquier, qui laissa le Diois à son fils
Pons, dont la postérité le posséda pendant trois générations;
mais en 1176, Isoard II, le dernier comte, étant mort sans enfants,
l'empereur Frédéric Ier, regardant le Diois comme
un fief vacant de l'Empire et du royaume d'Arles, en investit
Aymar de Poitiers, comte de Valentinois. Ainsi les deux comtés
furent réunis.
Le Valentinois resta longtemps sans faire
partie du Dauphiné. D'abord comté, il s'étendait depuis l'Isère
jusqu'à la Drôme puis duché, depuis l'Isère jusqu'au comtat
Venaissin. De 950 à 1419, il fut possédé par les comtes ; mais
le dernier, par haine pour sa famille, et accablé de dettes,
le vendit au dauphin Charles, depuis Charles VII, à cette condition
qu'il ferait partie du Dauphiné. Charles VII n'ayant pas rempli
ses engagements vis-à-vis du comte, le duc de Savoie, qui lui
était subrogé dans la donation, se mit en possession du comté
et du duché de Valentinois, qu'il céda, en 1446, au dauphin,
fils de Charles VII. Ainsi réuni au Dauphiné, le Valentinois
le fut à la France.
Plus tard, en 1498, Louis XII l'érigea
en duché-pairie, et le donna à César Borgia, pour se rendre
le pape Alexandre VI favorable; mais il ne tarda pas à se repentir
de sa donation César Borgia ayant embrassé le parti espagnol
contre la France, le roi le déclara coupable de félonie, et
lui retira son duché, qui revint à la couronne.
Depuis, François
1er en fit don à Diane de Poitiers, pour en jouir
pendant sa vie; mais, en 1642, le Valentinois passa aux princes
de Monaco, qui l'ont conservé jusqu'à la Révolution.

Le Valentinois ne reconnaissait le roi
que comme dauphin, l'impôt y était levé non comme une contribution,
mais comme un don gratuit. Rien ne s'y faisait sans la sanction
du parlement. Bien que la noblesse y fût nombreuse, il y avait
des terres sans seigneurs. C'était là que les dauphins venaient
se préparer à régner. On sait le long séjour qu'y fit le prince
qui devait s'appeler Louis XI. On cite encore les châteaux qu'il
habita et ceux où il marqua son passage par des parties de chasse
et de plaisir. Il s'y essaya à cette politique qui devait caractériser
son règne, il y supprima les coutumes et les règlements que
les évêques et les seigneurs avaient établis dans leurs terres,
autant de petits tyrans qui s'y étaient élevés sur les ruines
de l'ancien royaume de Bourgogne, et qu'il abaissa. A l'avènement
de Louis XI, ils s'armèrent pour recouvrer leurs privilèges
ils firent de l'Étoile le centre de la révolte mais le gouverneur
de la province ayant fait appel aux communes voisines, les révoltés
se soumirent, et la puissance féodale ne se releva plus dans
ce pays.
A peine sorti des guerres civiles, le Valentinois
se vit agité par les guerres religieuses. Déjà, dans la croisade
contre les Albigeois, il avait été désigné comme le lieu du
rendez-vous. Raymond, comte de Toulouse, passait pour protéger
les hérétiques, il fut cité à comparaître en personne devant
un concile à Valence. Il s'y rendit, fit et promit ce qu'on
voulut dans l'intérêt de la paix ; mais les croisés ne voulurent
point poser les armes. On sait ce qui arriva. Cependant le Valentinois
et le Diois, où Raymond avait des intelligences et des amis,
s'agitaient. Simon de Montfort accourut ; mais le comte Aymar,
qui commandait les révoltés, lui résista vigoureusement et le
contraignit à se retirer.
Plus tard, quand vint la Réforme,
elle trouva ce pays déjà préparé par les Vaudois et les Albigeois
à la recevoir. Sur plusieurs points, le feu qui couvait éclata.
A Valence, à Montélimar, à Romans, à Saint-Paul-Trois-Châteaux,
les protestants prirent les armes et s'emparèrent des églises.
Après le massacre de Vassy, la révolte devint générale. D'abord
l'ennemi des calvinistes, le baron des Adrets s'était fait leur
chef. A son appel, tout ce qu'il y avait de jeunes hommes dans
le pays vint se rallier à lui. Non moins redoutable aux catholiques
qu'il l'avait été pour les protestants, il soumit tout sur son
passage mais, comme il faisait la guerre pour la guerre, il
devint suspect à son parti, qu'il compromettait par ses cruautés,
ce qui le fit arrêter à Valence en janvier 1563. Catherine-de
Médicis, dont la politique était de souffler à la fois la paix
et la guerre, vint en Dauphiné elle visita Valence, Étoile.,
Montélimar et Suze-la-Rousse, promettant partout aux huguenots
protection et amitié; mais la journée de la Saint- Barthélemy
leur fit payer cher leur confiance ainsi qu'à Paris, le sang
coula à Valence, à Romans, à Montélimar. Dans cette dernière
ville, les magistrats essayèrent, mais en vain, de les sauver
en les renfermant dans la citadelle on en força les portes,
et tous furent égorgés. Alors la guerre recommença, mais cette
fois à outrance. Conduits par deux braves chefs, Montbrun et
Lesdiguières, les protestants s'emparent de plusieurs places
dans le Valentinois et le Diois. Assiégés dans Livron par Bellegarde,
chef de l'armée catholique, ils s'y défendent vaillamment et
le forcent à la retraite. Après des alternatives de paix et
de guerre, calmés, non satisfaits par l'édit de Nantes, à l'avènement
de Louis XIII, ils reprennent les armes. Un fils du célèbre
Montbrun les commande ils assiègent Le Buis, prennent les châteaux
de Mollans, de Roilhanette et de Puygiron. Tout le Diois est
en leur pouvoir; mais le prince de Condé le reprend en 1627,
les protestants sont désarmés et les forts de Nyons, de Livron,
de Die, de Crest, de Soyans et de Moras détruits. Déjà ceux
des Saillans, de Pontaix, de Vinsobres, de Tulettes, de Saint-Paul-Trois-Châteaux,
de Loriol, de Puy-Saint-Martin et de Grane avaient été rasés.

Avec la guerre et tous les malheurs qui
l'accompagnent, la peste, la famine et d'autres fléaux calamiteux
ravagèrent ce pays.
Après une invasion de sauterelles en
873, une invasion de chenilles en 1586, à la suite de pluies
torrentielles qui avaient corrompu l'air. Ces chenilles étaient
en si grand nombre, disent les mémoires du temps, qu'elles infestaient
les habitations, les chemins, les arbres, les haies. Beaucoup
parmi les superstitieux s'en prirent aux huguenots mais le plus
grand nombre au diable. Comme le cas était grave, on avisa.
Après d'inutiles efforts pour chasser ces nouveaux ennemis,
le grand vicaire de Valence les cita à comparaître devant lui
et leur nomma un procureur d'office, qui défendit solennellement
leur cause l'avocat fut éloquent, mais malheureux, et ses clientes
furent condamnées à « vider les lieux, » sous peine de forfaiture
et d'excommunication. On leur signifia leur jugement avec défense
d'en appeler. Il fut défendu aux chenilles de se mouvoir. Alors,
comme on les en avait menacées, on lança contre elles les foudres
de l'anathème mais, avant de recourir au bras séculier, on voulut
essayer des voies de la conciliation. Sur l'avis de deux savants
jurisconsultes et de deux théologiens qu'il serait plus sage,
en pareille matière, de ne se servir que des armes spirituelles,
et d'user d'un peu de tolérance envers les chenilles, on se
contenta de les adjurer et de les asperger d'eau bénite. 0 puissance
de l'exorcisme ; les chenilles disparurent, longtemps après,
il est vrai mais qu'importe ? on n'en cria pas moins au miracle.
Après tant d'agitations, protestants et catholiques vivaient
en paix dans ce pays, quand la révocation de l'édit de Nantes,
en 1685, vint de nouveau tout diviser. Dans plusieurs communes,
notamment à Bourdeaux, à Bezaudun et à Chantemerle, les protestants
coururent aux armes. On ne les soumit point, on les persécuta.
Rien n'était épargné, ni l'âge ni le sexe. A Poët-Laval, trois
jeunes filles eurent la tête tranchée une quatrième fut pendue
à un peuplier. A Die, le pasteur Ranc fut décapité, et sa tête
exposée sur un poteau à la porte d'un cabaret. Sur la fin de
1745, les prisons de Crest, de Montélimar de Valence et de Die
étaient remplies de protestants condamnés à mort ; ils marchaient
avec joie au martyre, comme les premiers chrétiens. Cette persécution
dura jusqu'au règne de Louis XVI.

Si le Dauphiné donna le premier, à Vizille,
le signal de la Révolution, le premier il se leva pour la défendre
douze mille citoyens armés se rassemblèrent, en 1789, dans la
vallée du Rhône, et jurèrent « de rester à jamais unis, de
se donner mutuellement toute assistance, et de voler au secours
de Paris et de toute autre ville de France qui serait en danger
pour la cause de la liberté. » Ce serment, les habitants
de la Drôme surent le tenir en envoyant, en 1792, les premiers
volontaires aux frontières. C'est avec eux que furent formées
en grande partie la 4ème demi-brigade légère, la
57ème de ligne, qu'on surnomma la Terrible; la 18ème,
à qui Bonaparte général en chef de l'armée d'Italie, adressa
ces paroles, en lui donnant l'ordre d'attaquer à la bataille
de Rivoli « Brave dix-huitième, je vous connais; l'ennemi
ne tiendra pas devant vous » et enfin cette 32ème
demi-brigade, qui se couvrit de gloire à Arcole « J'étais
tranquille, lui dit Napoléon, la 32ème était là »
Ce département fut ravagé en 1795 par les compagnies de
Jéhu et du Soleil, et par la réaction royaliste, en 1815. Il
avait salué le retour de Napoléon et pris une part active aux
Cent-Jours, en s'opposant à la marche du duc d'Angoulême sur
Paris. « Après avoir remonté la vallée du Rhône jusqu'à Valence,
il (ce prince) se vit arrêté devant Romans par les troupes impériales.
Alors, il rétrograda sur Pont-Saint-Esprit. Repoussé de cette
ville, il se retira sur La Palud. Cependant les troupes impériales
n'avaient pas cessé de le poursuivre. Arrivées à Montélimar,
et leur avant-garde occupant Donzère, elles se disposaient à
l'attaquer ; mais déjà le duc, effrayé du mouvement des gardes
nationales qui le pressaient de toutes parts, avait conclu avec
le général Gilly une capitulation qui l'obligeait à poser les
armes et à s'embarquer au port de Cette. » (Ferrand et Lamarque,
Histoire de la Révolution française de 1789 à 1830.) Après le
coup d'État du 2 décembre, il y eut, sur plusieurs points du
département, des rassemblements armés qui ne tardèrent pas à
être dispersés, non sans coûter la liberté à quelques insurgés
faits prisonniers mais à ces jours orageux succéda une ère plus
calme, à la faveur de laquelle le département vit renaître son
industrie agricole et son commerce. Si le département de la
Drôme n'a pas eu à souffrir de la guerre 1870-1871, il a pris
une large part à la défense nationale en envoyant à l'armée
de la Loire son contingent de mobiles dont plus d'un s'est signalé
dans les divers combats qui furent livrés contre les Prussiens.
Il y a dans les mœurs, dans le langage, dans le caractère et
dans le costume des habitants de la Drôme, quelque chose des
vieux Celtes, leurs ancêtres ils portent la braye comme eux,
et comme eux encore ils sont gais, vifs, vaillants, hospitaliers,
actifs et laborieux. Cependant, si le citadin se ressent davantage
des rapports de ce pays avec le Midi, qui l'avoisine, le paysan
et le montagnard, par une bonhomie qui n'exclut pas la finesse
et la ruse, semblent se rapprocher des Normands.
C'est à Romans en 1349 que fut prononcé le rattachement du Dauphiné au royaume de France, mais les comtés de Valentinois et Diois ne le furent qu'un siècle plus tard, en 1446, après de nombreuses péripéties mettant en jeu le pape, le roi de France, le duc de Savoie et même le prince d'Orange.
>Valence

Valence fut une des premières villes à adhérer au protestantisme. La nouvelle religion fut accueillie partout dans la région avec ferveur. Beaucoup de seigneurs soutinrent la Réforme. Le lieutenant général de la province, Laurent de Maugiron, fut envoyé contre Valence pour arrêter les progrès du protestantisme. Les protestants prirent les armes et la guerre civile commença. En 1560, le nouveau lieutenant général, la Motte-Gondrin, fut tué par les réformés et son cadavre pendu à la fenêtre de sa demeure. La Saint-Barthélemy déclencha des combats de plus en plus acharnés. En 1570, la ville de Montélimar fut sauvée des assauts des protestants dirigés par Ludovic de Nassau, commandant pour l'Amiral de Coligny, l'armée protestante. Une héroïne, Margot Delaye, prit la tête de la défense de la ville et en devint une figure légendaire. En 1577, les châteaux de Barbières, Châteaudouble, Charpey et La Jonchère et d'autres furent pris par les huguenots et repris dans les années 1579-80. Sous Henri IV, le pays fut pacifié grâce à l'édit de Nantes (1598). Sous Louis XIII, Richelieu ordonna la destruction de plusieurs forteresses, le château de Crest ne conserva que sa tour. À la révocation de l'Édit de Nantes, en 1685, de très nombreuses familles huguenotes durent s'exiler : vers la Suisse, l'Allemagne (Hesse, Brandebourg), la Hollande. Les villes les plus touchées furent Romans, Die et Valence qui perdirent une partie de leur population, ainsi que de nombreuses régions rurales où les protestants étaient majoritaires : La Baume-Cornillane, Châteaudouble, Montmeyran, et la vallée de la Drôme.

Au cours des premiers siècles de notre
ère, Valence devint un important carrefour routier présent sur
les cartes et itinéraires et, au Bas Empire, cette cité conserva
sa position privilégiée.
Mais dès le IVème siècle,
Valentia dut faire face à de nombreuses razzias mais la cité
conservait, à l’abri de son rempart, sa parure monumentale rivalisant
avec Arles et Vienne. À l’aube du Vème siècle, la
cité vivait à l’abri du rempart érigé sous le Bas-Empire. Les
Wisigoths s’emparèrent de Valence en 413 ap. J.-C. ; les Burgondes
furent maîtres du bassin rhodanien à la fin du ve siècle ; le
Valentinois échut au royaume franc en 533. Ces invasions successives
effacèrent presque toute trace de romanisation. Durant cette
période troublée, la ville aménagea au mieux son enceinte antique
: les portes romaines furent murées, faisant ainsi disparaître
les deux axes principaux de la cité et restructurant durablement
le réseau urbain. Les habitants des campagnes s’installèrent
sur les petits Monts de la plaine, donnant naissance à un grand
nombre de villages : Montoison, Montmeyran, Montélier, Montvendre,
Montéléger, etc.
La ville, à l'abri des crues du fleuve et
protégée par ses remparts est une étape sur la route des pèlerinages
vers Compostelle. La vie religieuse s'anime, la cathédrale Saint-Apollinaire
est construite ainsi que l'abbaye des chanoines de Saint-Ruf.
Deux personnages importants se disputent le pouvoir sur la ville
: l'évêque et le comte de valentinois. Le Rhône est parfois
présenté comme la frontière entre le royaume de France et le
Saint-Empire romain germanique dont Valence fait partie, jusqu’au
XVème siècle, mais c'est surtout un trait d'union
entre les différents pays qui le bordent. L'évêché de Valence,
tout comme la principauté rivale, le comté de Valentinois-Diois,
s'étendent d'ailleurs sur les deux rives. C'est aussi un axe
commercial important, notamment pour le sel, ce dont va profiter
la ville qui en garde comme trace le nom de la rue « Saunière
», autrefois nom de l'une des quatre portes de Valence, celle
qui donnait au Sud. L'essor économique se traduit par le développement
de bourgs, surtout du côté du Rhône : la Rivière (Riperia) dite
aujourd'hui, moins poétiquement, « basse-ville » ; la Ville
Neuve, au Nord de l'ancienne porte Pomperi ; et le Bourg-Saint-Pierre,
formé autour de l'abbaye Saint-Pierre, qui a engendré la commune
actuelle de Bourg-lès-Valence.

Ailleurs, sur la moyenne terrasse, l'habitat hors-les-murs est associé aux fondations religieuses : la commanderie des Hospitaliers, porte Tourdéon, l'abbaye Saint-Félix, porte Saint-Sulpice, la commanderie templière à Faventines, le prieuré bénédictin de Saint-Victor au Sud à proximité de l'ancienne Via Agrippa, et peut-être, plus au sud encore, une léproserie dont la mémoire est transmise par le canal de la « Maladière ». Après la disparition du comté de Valentinois, incorporé au Dauphiné, le dauphin Louis II peut imposer l'hommage à l'évêque et à l'abbé de Saint-Ruf (abbé exempt et immuniste) : Valence est donc incorporée au Dauphiné. La seconde moitié du XVème siècle et le début du XVIème siècle constituent un âge d'or pour la cité médiévale, matérialisé par la maison des Têtes et le Pendentif. Fondée le 26 juillet 1452 par le dauphin Louis, futur Louis XI, l'université de Valence s'est rapidement développée. Des professeurs de renom venus de divers pays, tel Jacques Cujas ont forgé sa réputation en enseignant le droit, la théologie, la médecine et les arts. Après son sacre, Louis XI confirme sa préférence en expédiant ses lettres patentes destinées à l'université le 12 octobre 1461. En mars 1480, le roi soutient encore son université préférée. Le dauphin Louis fait de nombreux séjours à Valence qui, en signe d'allégeance, lui fait don d'une porte de la ville, la porte Saunière et de quelques maisons alentour. Il en fait un palais delphinal occupé par la suite par l'ordre religieux des récollets. Devenu Louis XI, il autorisa en 1476 un marché au bourg de Valence lors de son séjour dans la ville et confirma ses privilèges de la taxe, en faveur de la ville de Valence. Cette époque s'achève brutalement lors de l'occupation de la ville par les troupes du baron des Adrets : tous les édifices religieux de Valence sont partiellement ou totalement détruits.
Die


Au début du IIème siècle, la ville de Die (Dea Augusta Vocontiorum) compte de nombreux monuments et acquiert un statut de capitale romaine, remplaçant Luc-en-Diois dans cette fonction pour le peuple des Voconces du nord. Le titre de colonie semble lui être décerné vers la fin du IIème siècle ou dans le courant du IIIème siècle. La ville devient un centre important du culte de Cybèle et obtient le statut de colonie sous le nom de colonia Dea Augusta Vocontiorum à la fin IIIème siècle. Alors que l'Empire montre des signes de faiblesse, la ville s'entoure d'un rempart, entre 285 et 305, qui fortifie une surface urbanisée de 25 hectares. La région est en crise et des quartiers périphériques sont déjà abandonnés. Le rempart de Die occupe une longueur de près de deux kilomètres. Lors de l'édification, des fragments de monuments funéraires ont été réemployés. La ville avait deux portes principales : la porte Saint-Pierre, démolie en 1891, à l'ouest, et la porte Saint-Marcel à l'est. Lors de la construction du rempart, un arc monumental a été démonté et sa voûte intégrée dans l'actuelle porte Saint-Marcel. L'axe reliant les deux portes peut être considéré comme étant le decumanus. Le cardo, s'il existe, n'est pas localisé. Une route vers Grenoble passait par le massif de Glandasse (sud du Vercors) pour aboutir à Chichilliane. Sur ce plateau ont été retrouvés les fronts de taille de carrières de pierres extraites puis amenées à Die pour le Pas de Chabrinel.
Crest

Cette ville est bâtie dans une position
pittoresque, sur la rive droite de la Drôme, au pied d'un rocher
qui a la forme d'une crête de coq, qui paraît avoir déterminé
son nom. Elle est dominée par les restes d'un ancien château
qui défendait le passage de la Drôme et faisait de Crest une
des plus fortes places du Valentinois. Il en reste encore une
tour, parfaitement conservée, curieuse par sa forme, son élévation,
sa solidité et la hardiesse de sa construction. Cette tour,
connue sous le nom de tour de Crest, servait autrefois de prison
d'Etat. Elle est maintenant convertie en maison de correction.
On voit au-dessous un jardin curieux par son exposition, par
ses points de vue, et remarquable par les difficultés qui l’a
fallu vaincre pour le créer avec des terres en partie rapportées
au milieu des roches presque entièrement composées de coquillages.
Lecomte de Montfort assiégea plusieurs fois, sans succès, le
château de Crest, dans la guerre des Vaudois.
Sur une des
portes de l'église paroissiale, on voit un bas-relief de la
tour et de la ville, et dans l'intérieur de cette même église,
une inscription portant la date de1188,qui constate les libertés
et franchises accordées par le comte Aymard de Poitiers à ses
gens de Crest.

Nyons

La villa de Niomes est citée en 972 dans un acte de donation des églises Saint-Vincent et Saint-Ferréol de Nions à l'abbaye Saint-Césaire d'Arles. Longtemps possession directe de cette abbaye et des archevêques d'Arles, Nyons passe sous la domination effective de seigneurs laïcs. Les seigneurs de Montauban parviennent à y prendre pied au début du xiiie siècle. Après un siècle de conflits pour la possession de la seigneurie, la ville est intégrée au Dauphiné en 1315. Il reste toutefois que le Dauphin doit toujours rendre l'hommage au pape pour Nyons, Vinsobres et Mirabel. En 1349, après le transport du Dauphiné à la France, la ville de Nyons devient propriété du roi-dauphin qui restera suzerain jusqu'à la Révolution. La ville connaît une période de croissance exceptionnelle à partir de la fin du XIIIème siècle et jusqu'au début du XVème siècle, croissance liée à la présence de la cour papale à Avignon, à celle de marchands italiens et d'une communauté juive nombreuse. Le début du XVIèmee siècle est également une période d'expansion, mais les guerres de religion, commencées dans la région à la fin des années 1550, bouleversent profondément Nyons. En 1585, une citadelle est construite sur la rive gauche de l'Eygues et domine la ville et le pont, alors que le château delphinal, construit au début du XIVème siècle, est démantelé. Nyons devient alors place de sûreté protestante, le reste après l'édit de Nantes de 1598 et ne perd ce statut qu'après l'édit de La Rochelle en 1622. En effet, après les insurrections protestantes de cette année-là, Louis XIII décide d'abattre les principales fortifications de la région, susceptibles de servir de repaire aux protestants. Un édit de juillet 1627 ayant ordonné le démantèlement de toutes les places fortes qui n'étaient pas frontières, Nyons devint une ville ouverte. C'est le 6 juillet 1633 que commencèrent les travaux de démolition de sa citadelle. Les Nyonsais obtinrent seulement la conservation des murailles de la ville, devenues inoffensives, mais qui, depuis des siècles, avaient assuré la sécurité du pays.