La Franche Comté
La Bresse - Vincent de Roses
Bientôt après Dijon
commencent les ondulations, puis les montagnes, c’est le
Jura. Tout est vert ; les longs étages des collines boisées
qui se développent en tournant le long de la rivière, les
montagnes par derrière, âpres, tranchées à vifs de grandes
entrailles et poussant, debout dans le ciel, leurs pans
de pyramides, la mince lisières de prairies plates qui borde
les deux rives. On est dans une coupe de verdure où luit
une rivière bleu, roulée par le vent en flots d’émeraude
grisâtre. Le soleil n’est pas encore haut encore, et pendant
que les têtes onduleuses de la forêt rient, gaiement illuminées,
les tranchées intérieures profondes de roc cassés restent
noyées dans une ombre noire. Parfois, au-dessous d’une saillie
perpendiculaire blanche comme un morceau de marbre, rampe
une de ces longues noirceurs, haute de trois cents pieds,
larges d’un demi quart de lieu. Une fumée lumineuse, un
poudroiement vaporeux, une pâle et charmante brume transparente
dort sur toutes ses grandes formes, et selon la distance,
la verdure plus où moins bleue semble enveloppé de plus
d’un voile.
Hippolyte Taine
Carnet de voyage